Déjantés du ciné

24 juillet 2017

The last girl de Colm McCarthy

thelast1Titre du film : The last girl (The girl with all the gifts)

Réalisateur : Colm McCarthy

Année : 2017

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h52

Avec : Sennia Nanua (Melanie), Gemma Arterton (Helen Justineau), Paddy Considine (le sergent Eddie Parks), Glenn Close (le docteur Caroline Caldwell), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions.

 

Avec son affiche sanglante lorgnant clairement du côté des films d’horreur, The last girl donne l’impression, de prime abord, de n’être qu’un énième film de zombies.

Pourtant, s’il s’inscrit dans un genre surabondant frôlant la saturation, il a le mérite de se démarquer rapidement du tout-venant. Le festival du film fantastique de Gérardmer ne s’y est d’ailleurs pas trompé en lui délivrant le prix du jury.

The last girl - dont le titre original, The girl with all the gifts est beaucoup significatif du contenu de cette œuvre – est déjà remarquable par la figure de son héroïne. Il ne s’agit pas d’une jeune femme qui va se révéler courageuse en affrontant une horde de zombies. Non, ici on a affaire à une fillette de dix ans, haute comme trois pommes et toute mignonne. Alors pourquoi diable est-elle enfermée dans une sorte de bunker avec d’autres enfants? Il s’avère que ces enfants ont été infectés par un champignon pathogène. De fait, ils peuvent se révéler très dangereux.

thelast4C’est pourquoi ils sont constamment surveillés par des militaires et n’ont le droit de sortir de leur cellule qu’en étant ligotés et seulement pour recevoir les cours d’une jeune professeure (Gemma Arterton). C’est comme si on testait la part d’humanité qu’il y a en ces enfants. Dans quel but ? On ne tardera pas à découvrir l’horrible réalité.

En attendant, comme dans tout bon film de zombies qui se respecte, on apprend que la pandémie due au champignon pathogène a touché un grand nombre de la population, transformant nombre d’humains en monstres assoiffés de sang. Vous me direz que tout ceci est très classique.

D’autant qu’à l’instar du début de l’excellent 28 semaines plus tard, on ne tarde pas à assister à une scène de combat avec des centaines (des milliers?) de contaminés s’en prenant aux derniers humains ayant échappé au virus. Les prémices d’un film d’action mâtiné d’horreur ? Pas vraiment. Le réalisateur Colm McCarthy, dont c’est le premier long métrage, après qu’il se soit fait la main sur des épisodes des Tudors ou encore de Doctor Who, privilégie l’aspect psychologique sur le reste.

Si l’on excepte quelques scènes un peu gore, il faut bien reconnaître que The last girl pourrait s’apparenter à un pur film d’auteur.

Dans ce road movie urbain – décidément ce film est multi genre – où nos principaux protagonistes (notre jeune héroïne, la professeure, une scientifique jouée par Glenn Close et des militaires) sont livrés à eux-mêmes, le but devient simple : survivre dans un environnement hostile. Cette quête est d’autant plus ardue que les intérêts des uns et des autres sont divergents.

Après avoir installé un climat lourd et oppressant dans le premier tiers de son film, Colm McCarthy ne relâche pas la pression sur le spectateur en instaurant une tension quasi omniprésente. A de moults reprises, on se demande bien comment nos personnages vont se sortir de situations ô combien délicates. Comme quoi, pas besoin de jouer sur le côté spectaculaire avec des attaques de zombies pour marquer son auditoire.

En plus d’un scénario bien plus fin qu’attendu, The last girl pose de vrais questionnements autour du devenir de l’Homme. Et puis il s’intéresse dans le même temps aux « contaminés ». Comme le suggérait en son temps George A. Romero (qui vient récemment de décéder) dans Le jour des morts-vivants avec le personnage de Bouba, et si ces zombies étaient dotés d’une conscience, comme nous ? Dans cette œuvre où le psychologique prend une part déterminante, Colm McCarthy va même plus loin en évoquant cette horrible réflexion : et si l’ère de l’homme était révolue, pour laisser place à une espèce plus puissante, celle des »contaminés » ? Ne cédant jamais à la facilité, Colm McCarthy va jusqu’au bout de son idée avec une fin surprenante et nihiliste, qui devrait laisser pantois plus d’un spectateur. Le réalisateur a d’ailleurs le mérite de terminer son film par un climax très réussi.

thelast3Au terme d’1h52 d’un voyage intense, Colm McCarthy sera parvenu à nous surprendre, ce qui n’était pas gagné d’avance dans un genre surabondant.

Même la distribution, habituellement faiblarde dans de telles productions, tire le film vers le haut. Les personnages ne sont pas des caricatures. La jeune Sennia Nanua, dans le rôle principal, est épatante de naturel. Elle dégage une vraie émotion en incarnant à merveille cet enfant dangereux qui cherche simplement sa place dans le monde. Ayant eu une enfance brisée, elle aspire à autre chose dans ce monde désolé. On est également (très) agréablement surpris par la performance de Gemma Arterton. L’actrice britannique, dont le personnage a bien été travaillé, fait autre chose que montrer son joli minois. Quant à Paddy Considine, il joue de façon convaincante un officier militaire.

The last girl bénéficie aussi d’un background bien travaillé. Encore une fois, on ne tombe pas dans la facilité avec par exemple des effets spéciaux clinquants. Comme dans 28 jours plus tard - une des influences évidentes du film - on traverse des rues désertes, des lieux abandonnés, avec une nature qui a déjà repris ses droits.

Au final, The last girl constitue un film d’horreur (mais pas seulement) de premier plan, notamment par son aspect psychologique très développé. Voilà une œuvre qui se bonifiera au cours du temps. On attend avec impatience le prochain long métrage du prometteur Colm McCarthy.

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12 juillet 2017

Love, et autres drogues d'Edward Zwick

loveetTitre du film : Love, et autres drogues

Réalisateur : Edward Zwick

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h52

Avec : Jake Gyllenhaal, (Jamie Randall) ; Anne Hathaway (Maggie Murdock) ; Josh Gad (Josh Randall), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : New York, les années 90. Jamie est un jeune commercial redoutable dont l’assurance - et le physique avantageux - sévissent aussi bien auprès des femmes que dans l’univers implacable de l’industrie pharmaceutique où, entre antidépresseurs et dopants sexuels, il parvient finalement à tout vendre.


Réalisé par Edward Zwick (Légendes d'automne en 1995 ; Le dernier samouraï en 2004 et Blood diamond en 2007), Love, et autres drogues, réunit à l'écran deux stars vus dans le film Le secret de Brokeback mountain, à savoir Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway.

Le premier joue le rôle de Jamie Randall, une personne aimant le sexe et qui décide de devenir visiteur médical car cela paie bien (« ce sont des représentants de commerce sauf qu'ils en vendent pour 97 milliards de dollars par an »). Il entre ainsi à la fin des années 90 chez le groupe pharmaceutique Pfizer où il a droit à une formation qui n'a d'autre but que de lui donner des pistes pour vendre les produits de son employeur. On a droit ainsi à l'idée selon laquelle il faut combattre la maladie sous tous les fronts ou encore que Pfizer rend la vie plus belle. Rien que ça.

loveet2De son côté, Anne Hathaway interprète Maggie Murdock, une jeune femme atteinte de la maladie de Parkinson, que Jamie va avoir l'occasion de voir lors de l'une de ses visites à un médecin. Après une période d'acclimatation, l'un et l'autre se trouvent un point en vue en commun : ils adorent le sexe, c'est leur truc. Ils « baisent » en toute liberté, sans se faire de promesses. D'où le titre du film. Mais leur passion pour le sexe n'est qu'une façade car ils n’osent pas affronter la vie en face, et refusent les responsabilités.

Si Edward Zwick n'est pas considéré comme un grand réalisateur mais plutôt comme un cinéaste lambda, voire un « yes man » pour certaines mauvaises langues, il a tout de même le mérite de proposer une approche originale de la comédie romantique. Ici, le couple dont il est question commence d'abord par coucher (le film donne d'ailleurs l'occasion de voir l'actrice Anne Athaway dans quelques scènes de nu, ce qui n'est pas fréquent) avant d'en venir progressivement à la question des sentiments.

Et puis même si le réalisateur Edward Zwick opte pour le ton de la comédie, il ne se gêne pas pour critiquer les méthodes de vente employées par les grands groupes pharmaceutiques. Tout est bon d'après les groupes pharmaceutiques à partir du moment où cela permet de vendre. Évidemment, le film y va avec la finesse d'un éléphant – il ne faut pas oublier qu'il s'agit à la base d'une comédie – mais il a le mérite d’évoquer les choses sans ambages. Ainsi, Jamie Randall se met à jeter de la marchandise concurrente dès qu'il le peut pour faire valoir le produit phare de son groupe pharmaceutique ; certains visiteurs médicaux n'hésitent pas à user de leurs charmes auprès des secrétaires pour réussir à approcher les médecin. Il y a même des rapports marchands avec le don déguisé d'argent à un médecin ou encore des voyages au soleil. Ne cherchons pas la véracité dans de telles actions. C'est surtout la pression effectuée par les groupes pharmaceutiques pour vendre leurs produits qu’il convient de retenir au final.

Ceux-ci ne sont d'ailleurs pas aussi philanthropiques qu'ils le laissent entendre. Pour eux, l'idée est de vendre un produit en grande quantité. C'est la raison pour laquelle on voit dans le film Jamie Randall qui se satisfait de la vente du viagra, pilule traitant l'impuissance. Les éventuels effets indésirables de ce médicament ne sont évidemment signalés qu'en arrière plan.

loveet3Le réalisateur évoque donc la situation de grands groupes pharmaceutiques riches alors qu'à l'inverse, en raison de la cherté des médicaments, certains patients n'hésitent pas à acheter leurs médicaments à l'étranger (dans le film au Canada).

Le film n’est pas uniquement comique. Loin de là. Progressivement, en raison de l'évolution de la maladie de Maggie, l'aspect dramatique est mis en avant. Il faut dire que la maladie de Parkinson n'a pas encore trouvé de vaccin ou de médicament efficace à 100 %. Cette maladie dégénératrice est actuellement irréversible. On comprend la difficulté de vivre au quotidien avec quelqu'un qui est malade et sait que les chances d'une amélioration de son état sont minces.

Comédie pas toujours fine dans son approche (la critique de la politique des grands groupes pharmaceutiques et l'appétit sexuel de certaines personnes), Love, et autres drogues, n'en reste pas moins un film intéressant, ne serait-ce que par les thématiques qui y sont développées.
Et puis il faut reconnaître que le couple Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway fonctionne très bien. On aurait donc tort de ne pas voir une comédie romantique qui sort un peu de l'ordinaire. Après tout, cela n’est pas si fréquent.

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29 juin 2017

Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

cequinouslie1Titre du film : Ce qui nous lie

Réalisateur : Cédric Klapisch

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h54

Avec : Pio Marmaï (Jean), Ana Girardot (Juliette), François Civil (Jérémie), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance.

 

Adepte de comédies prenant le pouls de la jeunesse (Le péril jeune, L’auberge espagnole, Les poupées russes) avec plus ou moins de réussite, Cédric Klapisch délaisse avec Ce qui nous lie, son nouveau long métrage, sa « coolitude » pour adopter un ton plus sérieux. Par ailleurs, le cadre est bien différent que ses autres œuvres puisque l’action se déroule dans la campagne bourguignonne.

Ce qui nous lie est l’histoire de deux frères (Jean et Jérémie) et d’une sœur (Juliette), réunis en raison de la maladie du père. Avec la mort de ce dernier, Jean, Jérémie et Juliette se retrouvent à diriger un important domaine viticole.

cequinouslie3Le film de Klapisch frappe d’emblée par son authenticité. Outre le lieu du tournage, à savoir de véritables terres viticoles en Bourgogne, on assiste à la vie d’un domaine au gré des saisons. Le matériau a beau être celui d’une fiction, on a tout de même le privilège de suivre le travail de la terre et des vignes, débutant par les fameuses vendanges et se poursuivant avec d’autres étapes obligatoires.

Ce qui nous lie est l’affaire de gens passionnés par leur métier. Tous travaillent dans le domaine du vin. De son côté, Juliette fait tout pour s’imposer en tant que viticultrice. Elle a beaucoup de talent mais doit faire face à plusieurs difficultés.

Car Ce qui nous lie n’est pas une sinécure pour ses protagonistes. Avec le décès du père, nos trois jeunes doivent du jour au lendemain gérer un domaine. Mais surtout ils doivent décider s’ils gardent ou non ce domaine. Pas facile de se décider et de garder la tête froide lorsque les droits de succession sont pharaoniques (encore un point très réaliste du film). Les questions d’argent sont bien souvent une source de division.

Mais Klapisch montre avec beaucoup de sensibilité que nos personnages ont une histoire en commun. Ce qui nous lie évoque l’attachement de Jean, Juliette et Jérémie pour la maison et les terres où ils ont grandi ensemble jadis. Ce lieu n’est pas anodin. C’est la terre de leurs ancêtres. Par d’astucieux flashbacks, on voit nos protagonistes lorsqu’ils étaient enfants avec leur père, présent à leurs côtés, toujours passionné pour leur apprendre le métier de viticulteur. Un père parfois dur dans ses remarques, mais qui a été un lien fort entre les membres de cette fratrie.

Ce qui nous lie n’est pas qu’une question de succession. C’est aussi et surtout une affaire de transmission avec un père qui a appris un savoir, un métier et des valeurs à ses enfants. C’est aussi pour cette raison que nos trois personnages principaux sont fortement attachés l’un à l’autre.

D’ailleurs, au fil des saisons, on sent clairement que le lien les unissant grandit de jour en jour : il n’y a plus seulement le lien du sang. Il y a aussi celui de cette passion du vin, mais aussi des terres de leurs ancêtres et évidemment de leur histoire commune qu’ils continuent d’écrire ensemble.

De même que la culture du vin demande du temps, Cédric Klapisch a pris son temps pour filmer ces paysages sur plusieurs années. Cela donne l’impression d’un temps qui passe tranquillement, avec un être humain qui fait corps avec la nature, la terre. Même si l’on n’est pas amateur de vin, on aurait bien envie à la fin du film de boire un verre de cette cuvée semblant très air agréable en bouche.

cequinouslie2Avec Ce qui nous lie, Cédric Klapisch livre un de ses meilleurs opus, sinon peut-être le meilleur. L’endroit du tournage a été très bien choisi avec ces terres bourguignonnes vallonnées, ce beau domaine, le tout filmé à différentes saisons, ce qui donne l’impression de suivre la vie de nos protagonistes. Tous n’ont pas les mêmes aspirations, certains ont le besoin de s’émanciper (le frère cadet vis-à-vis de sa belle famille) alors que d’autres cherchent tout simplement leur voie, à l’instar de Jean, le frère aîné qui raconte l’histoire en voix off.

Au niveau de la distribution, Ana Girardot sort clairement du lot. Elle est excellente dans le rôle de Juliette, apparaissant tout à la fois affirmée et fragile. Elle est la seule à être restée constamment sur le domaine familial et cela pèse évidemment sur son personnage.

Les deux autres acteurs, Pio Marmaï et François Civil, jouant respectivement les rôles de Jean et Jérémie, jouent correctement, mais finalement de la façon dont on les attend.

Dans l’ensemble, Ce qui nous lie constitue un film de qualité, où une famille tente de sauver le vignoble ancestral en se serrant les coudes. Une belle leçon de vie que l’on ferait bien de reproduire au quotidien, en dépassant nos différences et nos intérêts.

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19 juin 2017

Welcome to the Rileys de Jake Scott

welcometo1Titre du film : Welcome to the rileys

Réalisateur : Jake Scott

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec
: Kristen Stewart (Mallory), James Gandolfini (Doug Riley), Melissa Leo (Lois Riley), etc.

FICHE IMDB

 

Produit notamment par Tony et Ridley Scott, Welcome to the rileys est un film du fils de Ridley, Jake Scott. Pour autant, ce long métrage est très différent de ce que fait son père. Ce qui est en soi une bonne nouvelle, tant Ridley Scott nous propose actuellement des produits formatés.

A l'inverse, Jack Scott réalise ici un petit film américain qui se révèle intéressant tant par ses thématiques fortes que par une direction d'acteurs impeccable. Welcome to the Rileys montre d'abord un couple d'une cinquantaine d'années, la fameuse famille Riley, qui est constitué de Doug et de Lois. On sent que ces deux-là n'ont plus grand chose à se dire que manifestement quelque chose de grave s'est passé, qui explique le fossé qu'il y a entre eux. Il n'est plus question de discussions entre ces deux êtres, et encore moins de sexe. Doug trompe (depuis manifestement un moment) son épouse et Lois, tel un mort vivant, ne sort jamais de chez elle et est bourrée de médicaments qui lui permettent d'éviter de se confronter avec la réalité. Ces deux personnes sont à la dérive.

welcometo2Mais ce ne sont pas les seules. Le film nous brosse également le portrait d'une jeune femme, Mallory, une jeune stripteaseuse qui pour quelques dollars n'hésite pas à coucher avec des clients. De manière étonnante on retrouve dans le rôle de Mallory l'actrice Kristen Stewart, bien connue pour son rôle de Bella dans le film pour adolescents Twillight. Cependant, la présence de cette actrice n'est pas usurpée. Très peinturlurée, particulièrement vulgaire dans le film, Kristen Stewart n'hésite pas à écorner son image de star et elle est parfaite en tant qu'adolescente paumée, qui n'a ni argent ni famille et qui est en cruel manque de repères.

Le réalisateur Jake Scott va faire se rencontrer les différents personnages de cette histoire, faisant preuve au demeurant d'une grande finesse. Ne pouvant plus supporter le poids de cette vie qu'il assimile à une mort, Doug Riley profite d'un salon professionnel pour quitter provisoirement son épouse et se rendre à la Nouvelle-Orléans. C'est là qu'il rencontre Mallory, qu'il va aider, se voulant tout à la fois son protecteur mais aussi son père. Doug reprend avec plaisir goût à la vie avec cette jeune femme qui a quasiment l'âge de sa fille décédée dans un accident de voiture. De son côté, Mallory, bien que rebelle, accepte de se faire à cette nouvelle vie et apprécie la présence de Doug.

Surtout, Lois prend conscience également de sa vie monotone et décide de rejoindre son époux. Cela donne lieu à plusieurs scènes très drôles, avec cette femme qui a peur de tout et a bien du mal à quitter son domicile. La scène où elle s'endort dans son garage ou encore celle où elle abîme la voiture donnent un aspect plus détendu à ce long métrage.

Principale thématique de ce film, la difficulté à faire le deuil de l'enfant perdu finit par être acceptée tant par Doug que par Lois. La présence de Mallory apporte une certaine sérénité à ce vieux couple mais permet surtout à ce dernier de faire preuve de résilience. C'est en parlant des choses telles qu'elles sont et en arrêtant de vivre dans le passé que la famille Riley peut redevenir une vraie famille. Evoquer les choses et reconnaître que l'on n'est pas coupable, que l'on n'a rien à se reproche permet de faire disparaître le trauma.

welcometo3Le film est très intelligent car il ne joue pas pour autant les « bisounours ». Les relations entre les divers personnages sont difficiles, il y a parfois des heurts, mais ces gens savent pertinemment qu'ils ont besoin les uns des autres. Les questions familiales sont au coeur de plusieurs films sortis en 2010. Après la famille factice de La famille Jones, c'est cette fois-ci la famille recomposée avec La famille Riley qui nous est proposée. La différence entre les deux films est que le second joue clairement sur un aspect humaniste car tous les personnages, malgré leurs défauts (adultère du mari, maladie psychique de l'épouse, adolescente qui se prostitue), sont des gens auxquels on s'attache assez rapidement. C'est la preuve que leurs caractères ont été bien étudiés et qu'ils ne sont nullement des caricatures.

Alors quand on voit que la distribution du film est de qualité, que l'histoire est forte et que la mise en scène est tout à fait appréciable, on comprend bien que Welcome to the Rileys est un film à voir. Surtout qu'il n'est pas fréquent qu'un même film fasse état (avec brio au demeurant) de deux éléments graves de notre société – la mort et la prostitution.

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09 juin 2017

Le grand silence de Sergio Corbucci

legrandsilence1Titre du film : Le grand silence

Réalisateur : Sergio Corbucci

Année : 1968

Origine : Italie

Durée : 1h45

Avec : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Vonetta McGee

FICHE IMDB

Synopsis : Dans la province de l'Utah, aux Etats-Unis. Le froid extrême de cet hiver 1898 pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé "Silence", s'oppose bientôt à eux...

Réalisé par le grand Sergio Corbucci en 1968, ce western sombre et pessimiste est l’une de ses plus grandes réussites, et peut-être son meilleur western-spaghetti, encore plus abouti que son excellent Django avec Franco Nero. Dans un décor enneigé d’un blanc immaculé, ce qui est très étrange dans le cadre du western (même si le magnifique La prisonnière du désert du grand John Ford ou l’excellent Jeremiah Johnson de Sydney Pollack se déroulent aussi dans la neige, du moins par moments), Sergio Corbucci dépeint une société corrompue, entièrement sous la coupe du capitalisme et d’hommes qui, sous les oripeaux de la respectabilité, sont prêts à tout pour le profit et le pouvoir, engageant sans sourciller des chasseurs de prime pour exécuter le sale boulot, notamment déposséder la terre à ses paysans. Il y a ainsi le personnage de l’usurier, joué par Luigi Pistilli : c’est lui qui a poussé les paysans à être hors-la-loi pour pouvoir prendre possession de leurs terres voire de leurs femmes. Ce bourgeois est une ordure intégrale.

legrandsilence3Dans cet univers chaotique, le sang va bientôt faire son apparition et tâcher définitivement cette neige blanche et pure, métaphore à peine voilée de la société actuelle qui assoit sa réputation sur de sombres affaires. Le bon shérif (Frank Wolff) est l’un des seuls personnages positifs. Il représente encore le rêve d’une société égalitaire, et d’une justice telle qu’elle devrait être. On a l’impression d’un shérif porteur de valeurs fordiennes. Le problème est que le monde a évolué et c’est ici la loi du plus fort qui prime, comme l’indique le personnage de Tigrero, interprété par un Klaus Kinski sobre et parfois halluciné.

Corbucci va s’intéresser particulièrement à la confrontation entre Tigrero, chasseur de prime sans foi ni loi d’une froideur implacable, à la limite du dandysme, et Silence (interprété par Jean-Louis Trintignant), vengeur muet étrange et ambigu, qui va essayer d’aider les habitants tout en accomplissant sa vengeance. Trintignant  apporte sans conteste dans ce film une sorte de mélancolie triste dans son regard, que n’a pas un Clint Eastwood ou un Franco Nero. Cela rend ce long métrage assez touchant. En même temps, c’est tout de même assez curieux de trouver cet acteur de films d’auteur dans un western spaghetti.

En tout état de cause, Le grand silence est une œuvre prenante qui trouve son climax dans un final surprenant et nihiliste. A tel point que les producteurs, effrayé par cette fin, avaient demandé à Corbucci de tourner une autre fin, qui constitue une fin alternative, beaucoup plus optimiste. Mais ce n’est pas la fin officielle du film.

legrandsilence2Bercé par une sublime partition crépusculaire d’Ennio Morricone, Le grand silence est une œuvre extrêmement radicale, où les hommes crèvent dans la boue dans l’irrespect le plus total.

Le film comporte une violence sèche, caractéristique du style de Corbucci. Chez Leone, la violence est au contraire plus stylisée, plus lyrique et chez Sollima elle est plus politique. Ici, même la belle histoire d’amour qui naît entre Silence et Paulina (Voneta McGee), où Corbucci fait preuve d’une sensibilité étonnante de sa part, semble sans issue. Rarement un western n’aura montré avec autant de noirceur la déliquescence de la société et les tréfonds de l’âme humaine.
En synthèse, Le grand silence reste l’un des plus grands westerns italiens, un chef d’œuvre sauvage d’un nihilisme impressionnant qui est aussi la plus belle réussite de Sergio Corbucci.

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31 mai 2017

Logan de James Mangold

logan1Titre du film : Logan

Réalisateur : James Mangold

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h17

Avec : Hugh Jackman (Logan / Wolverine), Patrick Stewart (Professeur Charles Xavier), Dafne Keen (Laura), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

 

Avec Logan, le réalisateur James Mangold (Copland, 1997 ; Walk the line, 2005) relance la saga des X-Men. A priori, on s’attend à un film d’action autour du célèbre Wolverine, à l’instar de X-Men origins : Wolverine (2009) et Wolverine : le combat de l’immortel (2013). Eh bien pas du tout !

Évidemment, Logan s’inscrit dans l’univers Marvel puisque l’on retrouve plusieurs des protagonistes des X-Men avec, outre Logan / Wolverine, le célèbre professeur Charles Xavier (le professeur X).

Mais le temps a passé. Le film Logan se situe 50 ans après les événements X-Men : days of future past. Nos héros sont vieillissants et on ne tarde pas à s’en apercevoir avec un Logan « traînant la patte ». On ne peut pas dire que James Mangold cherche à idéaliser ses personnages.

logan4Les amateurs de super-héros risquent sans doute d’y être pour leurs frais. Ici, les protagonistes n’utilisent qu’en dernier ressort leurs pouvoirs et il n’est pas question de combats planétaires avec des explosions dans tous les sens. Non, James Mangold privilégie le « réalisme » des situations.

On assiste à des corps à corps dont l’âpreté et la violence destinent ce film à un public averti. Logan s’adresse clairement à des adultes et plus seulement aux adolescents constituant généralement la cible de choix de ces films de super-héros.

A la manière d’Impitoyable de Clint Eastwood, Logan est une œuvre nostalgique et désenchantée. Nos héros sont fatigués et on ne les a jamais senti aussi tourmentés. Logan et le professeur X regrettent d’avoir tués des gens dans leur vie. Ils font leur introspection, ce qui tranche encore une fois avec le ton auquel on est habitué avec des super-héros.

Les exploits de nos personnages font partie du passé, puisqu’ils sont évoqués dans des BD qui ont visiblement idéalisé leurs aventures. Désormais, nos héros fuient la société, comme s’ils étaient des pestiférés.

De la même manière que Terminator 2, Logan constitue un road-movie où deux adultes et un enfant voyagent ensemble. Un Wolverine affaibli et un professeur X malade utilisent leurs dernières forces pour accompagner une jeune mutante traquée, Laura, vers un Eden où elle pourra vivre en paix avec les gens de sa condition.

Pour arriver à destination, les personnages traversent des paysages désertiques. Voilà une référence évidente au western. Il y en a bien d’autres dans ce film. Ainsi, comme dans certains westerns, on assiste à une confrontation entre des riches propriétaires terriens et des agriculteurs souhaitant conserver leurs terres (sympathique apparition d’Eriq La Salle, le fameux docteur Benton dans la série Urgences). Et puis à plusieurs reprises on voit dans Logan des extraits du film L’homme des vallées perdues (1953) de George Stevens, particulièrement apprécié Outre-Atlantique. Dans ce film, un étranger sorti de nulle part venait en aide à une famille. Ce long métrage à la trame classique est principalement marquant parce qu’il véhicule des valeurs nobles, telles que le code de l’honneur. Des valeurs que l’on retrouve chez nos X-Men vieillissants.

logan3En fin de compte, le film Logan se révèle très surprenant par rapport à ce que l’on imaginait au départ. Il s’agit bien plus d’un drame humain fort sur le plan émotionnel émaillé de plusieurs scènes de violence bien sauvages, plutôt qu’un film de super-héros décérébré. Logan apparaît également comme un thriller prenant puisque l’on se demande pendant un moment ce qui est arrivé à la jeune Laura. Aurait-elle subi comme Logan / Wolverine une mutation de son code génétique ? Le réalisateur James Mangold nous révèle progressivement les raisons pour lesquelles Laura est pourchassée.

Au niveau de la distribution, Hugh Jackman incarne comme dans les autres histoires des X-Men le personnage de Logan / Wolverine. Il convainc totalement dans le rôle de cet homme brisé, qui n’a plus aucun goût dans la vie et n’en demeure pas moins doté de super-pouvoirs. Sa prestation est d’autant plus marquante car l’acteur a déclaré que c’est la dernière fois qu’il jouerait le rôle de Logan. Quant à Patrick Stewart, on est ravi de le revoir dans le rôle du professeur Xavier. Ce duo est complété pour l’occasion par la jeune Dafne Keen, qui joue avec conviction le rôle de la mutique et dangereuse Laura.

Il va sans dire que Logan est un film de super-héros atypique, comme l’était à sa façon Deadpool. Mais de façon différente car ce film particulièrement riche sur le plan thématique est clairement une œuvre charnière, un passage de relais pour de nouveaux films de super-héros. Vu la qualité proposée ici, on ne peut qu’encourager les studios à poursuivre dans cette voie.

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21 mai 2017

The young lady de William Oldroyd

theyoung1Titre du film : The young lady

Réalisateur : William Oldroyd

Année : 2017

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h29

Avec : Florence Pugh (Katherine), Cosmo Jarvis (Sebastian), Paul Hilton (Alexander), Naomi Ackie (Anna), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d’un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d’un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion.

Adapté d'un roman de Nikolaï Leskov, Lady Macbeth du district de Mtsensk, The young lady constitue le premier long métrage de William Oldroyd. Ce film pourrait apparaître de prime abord comme une variation de L’amant de Lady Chatterley. En effet, son héroïne, Katherine, fait un mariage de convenance avec un Lord bien plus âgé qu’elle. Or, ce dernier se désintéresse d’elle. Et Katherine voit comme unique réconfort une passion adultérine avec Sebastian, un des palefreniers du coin. Immanquablement, on pense donc à Lady Chatterley.

Que nenni. La comparaison s’arrête clairement à cette liaison adultérine. En effet, le réalisateur William Oldroyd s’intéresse à la condition de Katherine bien plus pour dresser le portrait de la société britannique de l’époque que pour mettre en scène une histoire d’amour passionnée.

theyoung3Dès le départ, le ton est donné avec Katherine qui subit un mariage de raison et devient une épouse asservie. Avec beaucoup de minutie, William Oldroy s’attelle à décrire une société puritaine où la femme n’est rien d’autre qu’un objet, ou au mieux une femme de compagnie pour l’homme. Katherine subit les pires outrages d’un mari indifférent à sa femme, pervers, qui n’a de cesse de lui rappeler qu’il est le maître de la maison. Dans le même temps, Katherine doit faire avec les us et coutumes en vigueur : rester bien sagement à la maison – quitte à s’ennuyer – et se vêtit de manière stricte et étriquée avec un corset très rigide. Son corset est d’ailleurs le symbole d’une société qui étouffe ces femmes subissant leur condition.

Là où le film est captivant, c’est par son déroulement imprévisible. L’amour de Katherine pour le jeune palefrenier ne constitue nullement un amour passionné. C’est plutôt la seule issue pour notre héroïne d’échapper à une vie d’une tristesse infinie. De ce point de vue, l’adultère apparaîtrait presque comme une situation normale. Mais Katherine ne s’arrête pas là. Elle commet des actes répréhensibles, de plus en plus condamnables sur le plan moral. Voilà une preuve de plus que Katherine s’affranchit des règles, des valeurs, d’une société dans laquelle elle ne se retrouve pas.

A sa façon, William Oldroy montre une jeune femme prête à tout pour (re)gagner sa liberté. A la rigueur de sa maisonnée, symbolisée par des chambres vides, sans vie, et des gestes répétitifs de ses occupants (la domestique ouvrant les volets chaque jour), s’oppose des terres sauvages s’étendant à perte de vue. The young lady est une œuvre féministe avec une posture tout à fait originale : pas de belle histoire d’amour à la Jane Austen mais au contraire une femme cherchant coûte que coûte à prendre son destin en main. Au roman à l’eau de rose, si cher aux spectateurs romantiques, répond le réalisme d’une société britannique qui maltraite les femmes.

Mais le film est également prenant car il comporte un scénario assez surprenant puisque, jusqu’à la fin, on se demande bien comment tout cela va se terminer. Il y a un vrai suspense entretenu par les actes et les choix pris par une héroïne qui devient de plus en plus une « anti-héroïne », jouant uniquement sa carte personnelle. Bien que se déroulant en 1865, The young lady surprend par son incroyable modernité.

theyoung2Évidemment, le film ne serait pas aussi réussi sans son son excellent casting. Florence Pugh fait corps avec son personnage de Katherine. On la voit tour à tour dépassée, amoureuse, machiavélique. Elle incarne brillamment le rôle de cette femme passant du statut de victime à bourreau. Les autres acteurs ne sont pas en reste. Cosmo Jarvis est crédible dans le rôle du palefrenier pris dans les filets de Katherine alors que Naomi Ackie campe une femme de chambre vite dépassée par les événements.

Au final, The young lady multiplie les bons points en prenant une héroïne lambda pour s’attaquer à la bonne moralité d’une société en perte de vitesse, qui prend la femme pour un être inférieur à l’homme. Le romantisme est certes loin mais il est parfois utile de remettre les choses dans leur contexte pour mieux les critiquer.

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11 mai 2017

Alien : Covenant de Ridley Scott

alienc1Titre du film : Alien : Covenant

Réalisateur : Ridley Scott

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 2h02

Avec : Michael Fassbender (David / Walter) Katherine Waterston (Daniels), Danny McBride (Tennessee), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible.

 

En 2012, certains critiques avaient été quelque peu décontenancé par Prometheus de Ridley Scott, préquelle de la saga Alien avec des réflexions sur l’origine de l’humanité. Ce film hybride n’avait pas totalement convaincu.

Cinq ans plus tard, Ridley Scott continue son exploration de la saga Alien. Désormais, un nouveau vaisseau, le Covenant, doté d’un équipage de 15 personnes, embarque à son bord plus de 2000 passagers placés en sommeil artificiel, dans le but de coloniser Origae-6, une planète lointaine. Après une scène catastrophe bien amenée en terme d’action et de tension, les membres de l’équipage sont sortis de leur sommeil et jettent leur dévolu sur une autre planète proche, semble-t-il habitable. Une navette comprenant plusieurs membres de l’équipage part alors en reconnaissance sur cette planète.

alienc2Par petites touches, Ridley Scott déroule un scénario implacable. La planète en question est belle et a des allures de paradis sauvage. Pourtant, comme le dit un des personnages, il est étonnant qu’il n’y ait aucune forme de vie animale. La beauté des paysages de cette planète ne trompe pas le spectateur qui n’attend qu’une chose : voir l’alien à l’œuvre. Sur ce point, on n’est pas déçu. Bien au contraire. Sir Scott en donne au spectateur pour son argent. Évidemment, la surprise n’est pas de mise pour ceux qui connaissent bien l’univers d’Alien et notamment Alien le huitième passager. Mais le xénomorphe apparaît ici sous différentes formes et de différentes façons. Pour cette raison, le film reste d’ailleurs réservé à un public averti car les débordements gore sont nombreux.

L’alien n’est pas là pour faire de la figuration et lorsqu’il apparaît à l’écran, son instinct de tueur est toujours aussi vivace. Alien : Covenant propose ainsi plusieurs scènes mémorables où l’homme est aux prises avec cet implacable tueur, que cela soit dans la navette larguée sur cette planète inhospitalière, dans un champ s’étendant à perte de vue ou dans une cité morte prenant des allures de tombeau géant. Sans compter une magnifique séquence finale à l’intérieur du vaisseau où l’on assiste à un superbe jeu du chat et de la souris, où Ridley Scott prouve qu’il n’a rien perdu de sa maestria au niveau de la mise en scène, utilisant au mieux ses décors labyrinthiques pour proposer une sorte de shoot them up à grande échelle.

Cela étant, dans cet océan de gore, il subsiste tout de même un problème et non des moindres. Alien : Covenant ne fait jamais peur. On n’est jamais surpris et l’arrivée de l’alien est toujours attendue. Ce qui est tout de même un peu dommageable.

De plus, Ridley Scott s’est obstiné à intégrer – comme pour Prometheus – une réflexion métaphysique permanente dans cette histoire. La séquence inaugurale donne le ton avec un rapport évident entre le créateur et sa créature (Frankenstein et son monstre?). On a même droit à deux êtres synthétiques, joués par l’acteur Michael Fassbender, dont les motivations semblent diamétralement opposées. Tout cela n’est pas forcément inintéressant. Cela poursuit le mythe d’Alien en ouvrant de nouvelles pistes. Toutefois, ces éléments ont pour effet de ralentir l’action du film et sont même parfois assez ennuyeuses (la scène de la flûte). En voulant jouer sur plusieurs tableaux, et surtout en souhaitant donner une envergure métaphysique à un film de science-fiction doté d’une trame somme toute classique, Ridley Scott a surtout mis en scène une nouvelle œuvre hybride (après Prometheus), qui ne convainc pas totalement.

alienc3D’autant que la distribution n’est pas franchement à la hauteur. Si Michael Fassbender est plutôt crédible et joue parfaitement sur l’ambivalence des deux personnages qu’il interprète (notamment celui de David), les autres acteurs ne sont pas spécialement à la fête. L’actrice Katherine Waterston souffre forcément de la comparaison avec l’inoubliable Sigourney Weaver alias Ellen Ripley. Elle en constitue une pale copie. Quant aux autres acteurs, ils sont bien souvent cantonnés à des rôles secondaires, quand ce n’est pas tout bonnement à être de la chair à canon pour l’alien.

Si Alien : Covenant est loin d’être exempt de tout défaut, ne boudons pas notre plaisir. Ridley Scott nous propose tout de même un spectacle de haute tenue avec une très belle photographie, une mise en scène soignée, plusieurs séquences remarquables et une fascination morbide tout à fait insolite pour le xénomorphe. A cette occasion, c'est un véritable musée des horreurs qui s'ouvre au spectateur dans la dernière partie du film. Rien que pour cela et pour sa fin jusqu’au-boutiste (bien que prévisible), Alien : Covenant mérite d’être vu. On attend même avec intérêt la suite de ces aventures car visiblement on en a pas encore fini avec l'alien...

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01 mai 2017

The Jane Doe identity d'André Ovredal

thejanedoeidentity1Titre du film : The Jane Doe identity

Réalisateur : André Ovredal

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h39

Avec : Emile Hirsch (Austin Tilden), Brian Cox (Tommy Tilden), Olwen Catherine Kelly (Jane Doe), Ophelia Lovibond (Emma)

FICHE IMDB

Synopsis : Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte.

 

Cinéaste norvégien, André Ovredal n’avait pas franchement convaincu avec son premier long métrage, The troll hunter, un film fantastique surfant sur la vague des found footage. C’est donc sans grande conviction que l’on attendait son prochain film.

The Jane Doe identity (dont on préférera son titre original The autopsy of Jane Doe) constitue pourtant une très bonne surprise.

thejanedoeidentity3 cop IM globalCe long métrage horrifique vaut d’abord par l’originalité de ses personnages principaux, des médecins légistes faisant des autopsies sur des morts. Il s’agit précisément d’une famille de médecins-légistes, Tommy Tilden et son fils Austin.

Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est que le suspense naît de l’autopsie d’une personne inconnue, la fameuse Jane Doe (dont le terme en anglais signifie justement inconnu), qui est montrée dans ses moindres détails au spectateur. Dans sa première partie, le réalisateur présente des scènes très réalistes, à la limite du documentaire et assez affreuses à regarder pour le spectateur. Les deux médecins-légistes ouvrent le corps de Jane Doe et le dissèquent en plusieurs étapes, comme dans n’importe quelle autopsie. Le résultat est tout de même à la limite du soutenable pour le spectateur lambda. Comme quoi, pas besoin de verser dans des scènes gore sanguinolentes pour impressionner.

Cette autopsie apporte d’ailleurs des éléments de plus en plus inquiétants. On sent progressivement qu’il va se passer quelque chose d’horrible. Petit à petit des événements inexplicables ont lieu. Jane Doe va-t-elle au final se réveiller et proposer une intrigue plutôt convenue dans le cinéma d’horreur ? Ou le scénario va-t-il être retors jusqu’au bout ?

Si la deuxième partie est plus convenue car on quitte le côté thriller / enquête pour basculer dans un film d’horreur de tonalité plus classique, il n’empêche que le réalisateur utilise bien le lieu confiné où se déroule l’action. Les divers mouvements de caméra donnent une impression de labyrinthe, un côté inéluctable, et tout cela confine à l’angoisse.

thejanedoeidentity4 cop IM globalAu demeurant, le film se montre très efficace dans ses effets. La tension monte de façon graduelle et devient de plus en plus inquiétante avec des portes qui s’ouvrent, des animaux morts, l’apparition d’ombres. C’est certes classique mais ça marche bien.

De la même façon, la photographie est très soignée. A l’inverse de son found footage, The troll hunter, André Ovredal opère une mise de scène de qualité qui n’est jamais clippesque, ce qui donne du cachet à The Jane Doe identity.

Et puis alors que dans un tel film de genre, les considérations extra-horrifiques sont généralement réduites à l’essentiel, cela n’est pas le cas ici. Au fur et à mesure de la progression du film, la relation entre le père et son fils devient plus lisible et de plus en plus touchante. On en apprend de plus en plus sur leur lien. Et aussi sur la mort de la mère.

A cet égard, la distribution est elle aussi au diapason du film. On a droit à un casting de qualité avec dans les deux rôles principaux les acteurs Emil Hirsch (Into the wild, Harvey Milk) et Brian Cox (il a joué le premier Hannibal Lecter dans Manhunter). Tous les deux sont très convaincants et clairement complémentaires.

Le film ne pâtit absolument pas de son aspect en huis-clos avec seulement deux personnages - trois si l’on intègre la petite amie d’Austin Tilden dont le rôle reste très secondaire . Au contraire. On ne s’ennuie pas une minute devant ce film d’horreur. D’autant que le réalisateur a eu la bonne idée de disséminer tout au long de cette œuvre quelques pures scènes d’horreur pas piquées des hannetons et a ménagé jusqu’au bout la conclusion du film.

Au final, après un premier long métrage pas franchement convaincant, André Ovredal a nettement redressé la barre. Avec The Jane Doe identity, il a mis en scène ce qui restera sans doute un des meilleurs films d’horreur de l’année 2017 et sans conteste un de ses plus effrayants. Et puis à l’heure des remake, préquelle et autre suite, on a tout de même droit à un long métrage au scénario relativement original.

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18 avril 2017

Grave de Julia Ducournau

Grave1Titre du film : Grave

Réalisatrice : Julia Ducournau

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h38

Avec : Garance Marillier (Justine), Ella Rumpf (Alexia), Rabah Naït Oufella (Adrien), Laurent Lucas (le père), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

 

Précédé d’une réputation flatteuse après son passage au festival de Cannes et à d’autres manifestations cinématographiques, Grave attise forcément notre curiosité. Dans ce nouveau film d’horreur à la française, a-t-on affaire à une belle réussite ou au contraire à une œuvre inégale comme de nombreux autres films français de genre ? (Haute tension, A l’intérieur)

Premier long métrage de la jeune Julia Ducournau, Grave constitue une bonne surprise. En effet, il s’agit d’une œuvre qui joue beaucoup sur les représentations et sur le côté psychologique, et pas uniquement sur le côté horrifique. L’héroïne principale, la jeune Justine (la citation à la Justine de Sade est évidente), rentre dans une école vétérinaire. C’est pour elle l’occasion d’un grand changement. Elle doit tout à la fois s’intégrer au sein du corps des vétérinaires mais aussi faire avec son propre corps.

grave3De manière parfois trash, la réalisatrice Julia Ducournau évoque le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Justine est en fin de compte une jeune fille brillante sur le plan scolaire qui se cherche au niveau de l’identité. Lorsqu’elle se trouve dans son école de véto, elle rencontre un monde qui lui est étranger, et l’intégration n’est pas évidente. Le rituel du bizutage est bien présent et oblige les bizuts à subir des événements pas toujours très sympathiques : ramper comme des esclaves ; jeter son matelas sur lequel on dort par la fenêtre  ; se faire inonder de sang d’animal (hommage à Carrie) ; manger de la cervelle de rat qui constitue d’ailleurs une scène-clé du film. Julia Ducournau retranscrit bien ce bizutage et en particulier le premier soir à l’école de véto avec la fête qui est organisée. On ressent bien l’ivresse des fêtes étudiantes avec tous les délires qui semblent permis. Par moments, on a l’impression que la jeune réalisatrice est sous l’influence de Gaspar Noé ou de Gregg Araki.

Mais tout le monde n’y trouve pas son compte dans ces fêtes. Justine semble perdue. Elle est clairement à la recherche du groupe auquelle elle appartient et même de sa propre identité. Elle ne sait pas très bien où elle en est. Elle continue à se chercher, y compris dans sa propre féminité. Si elle est effectivement une fille, elle n’est pas à l’aise lorsqu’on l’oblige à porter une jupe. De la même façon, elle est forcément troublée lorsque sa grande sœur s’amuse à pisser debout comme un garçon. Voilà qui remet une nouvelle fois en question sa propre identité. Et que dire de cette scène où sa sœur veut lui raser des poils pubiens, pour lui donner une nouvelle féminité. Cette séquence est sans aucun doute un passage-clé du film. Il révèle à Justine sa véritable nature, celle d’une jeune femme qui prend un plaisir certain à manger de la viande humaine. Ce cannibalisme, très réaliste dans son approche, donne une nouvelle dimension au film. Ce dernier joue sur deux registres qui se complètent plutôt bien : le gore pur et dur et le psychologique.

Les séquence gore, pas très nombreuses, donnent lieu en tout cas à des scènes sacrément marquantes. Qui malheureusement ne sont pas toujours bien amenées : la fameuse scène du doigt me paraît un peu « too much » et trop abrupte. De la même façon, la révélation finale concernant le père de Justine surligne trop quelque chose qu’on aurait pu laisser à la libre appréciation du spectateur. C’est un peu dommage car cela amoindrit la portée du film puisque l'on pourrait avoir l’impression que la réalisatrice a voulu juste choquer pour choquer.

grave4Pourtant, à y regarder de près, cela n’est pas le cas. Grave évoque certes le cannibalisme mais il raconte surtout le difficile passage à l’âge adulte avec une jeune femme qui découvre sa sexualité. De façon peu conventionnelle certes, mais elle découvre désormais un corps qu’elle n’avait jamais utilisé pour assouvir ses pulsions. A l’instar de la comédie horrifique Teeth et de l’excellent It follows, Grave montre que la sexualité est quelque chose de compliqué à appréhender, et qu’elle peut donner lieu à des conséquences inattendues. Dans Teeth, l'héroïne juvénile disposait d'un incroyable vagin denté lui permettant de se protéger de prédateurs masculins. Dans It follows, le sexe, tel un interdit qu’il ne faut pas franchir, devient maléfique puisqu’il finit par poursuivre ses utilisateurs. La jeune héroïne le comprend rapidement à ses dépens. Dans Grave, Justine assouvit sa passion du corps de l’autre de façon extrême. Même si ces films sont évidemment assez différents par leur approche, ils racontent tous l’histoire d’une adolescente qui se métamorphose (les scènes sous la douche sont à cet égard symboliques de cet état de fait) puisqu’elle vit le passage obligé de l’adolescence à celui de l’adulte. La cinéaste Julia Ducournau insiste d’ailleurs sur la transformation sur le plan physique.

A cet égard, il convient de signaler la performance époustouflante de Garance Marillier dans le rôle de Justine. La jeune actrice est totalement à son aise en interprétant cette jeune fille tout à la fois frêle, timide et pouvant s’avérer extrêmement violente lorsqu’elle laisse parler ses envies. Ella Rumpf, dans le rôle de sa grande sœur Alexia, livre aussi une prestation de tout premier plan. Elle est l’initiatrice de Justine et ce dès la première scène. D’ailleurs, les deux sœurs à l’écran sont finalement très proches. Comme quoi, même dans des films français dits de genre, on peut avoir droit à une distribution de qualité.

Au final, en dépit de défauts d’écriture alourdissant son propos, Grave s’avère un film d’horreur psychologique de bonne tenue. On attend avec intérêt la prochaine œuvre de Julia Ducournau.

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