Déjantés du ciné

30 janvier 2012

The house of the devil de Ti West

thehouse1Titre du film : The house of the devil

Réalisateur : Ti West

Année : 2009

Origine : Etats-Unis

Durée du film : 93 minutes

Avec
: Jocelin Donahue (Samantha Hughes), Tom Noonan (Mr Ulman), Mary Woronov (Mrs Ulman), Greta Gerwig (Megan), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Une jeune femme accepte de garder un enfant dans une maison isolée. Elle va avoir l'occasion de se rendre compte qu'il n'y a pas d'enfant à garder à cet endroit...

Produit par Larry Fessenden (connu pour réaliser des séries B avec de petits budgets), The house of the devil est signé Ti West. Auteur en 2005 d'une sympathique série B avec The roost, Ti West s'est par la suite complètement vautré en réalisant une très peu convaincante suite du film Cabin fever.
Avec The house of the devil, le cinéaste américain nous revient en grande forme avec un film qui n'est certes pas révolutionnaire mais qui se révèle fort efficace.

Quand on regarde The house of the devil, on a l'impression d'assister à un film d'horreur des années 80. Tout concourt à cette idée : les acteurs et plus précisément les actrices ont le style vestimentaire et une coupe de cheveux caractéristique de cette époque ; les automobiles sont bien datées ; les téléphones que l'on trouve sont bien loin des portables actuels ; et puis la photographie est sans conteste typée années 80.
The house of the devil rappelle le film Terreur sur la ligne (1979) de Fred Walton avec cette baby sitter venue garder deux enfants. Ici, le cas de figure est tout de même un peu différent mais l'ambiance tendue du début de Terreur sur la ligne est ressentie de manière identique.

Dans le film de Ti West, plusieurs éléments étranges se déroulent dès le début : il y a la personne qui rappelle la jeune étudiante, Samantha Hughes, alors que celle-ci n'a pas laissé de numéro ; il y a également cette première baby sitter qui n'aurait pas convenu sans que les raisons soient bien connues (en tout cas au départ) ; il y a le fait que Samantha se fasse planter lors de son rendez-vous.
Mais surtout que dire de ce baby sitting qui se situe dans une bâtisse vieille, isolée et qui concerne non pas des enfants mais la mère du demandeur ? Pourquoi le demandeur est prêt à payer 400 dollars pour simplement surveiller une vieille dame qui dort déjà dans son lit ? Avec finalement peu de moyens et simplement des éléments pour le moins troubles et de longs couloirs obscurs, Ti West réussit à instaurer une vraie tension.

Doté d'un scénario plutôt intéressant qui met tout en œuvre afin que l’héroïne se trouve dans une situation de stress (comment la personne qui paye Samantha peut parler à son épouse à l'étage alors que celle-ci vient tout droit de la cave ? Qu'est-ce qu'il y a exactement à l'étage ?) et faisant tout pour que le spectateur prenne fait et cause pour son héroïne, Ti West livre un film vraiment prenant. Les déambulations de l’héroïne dans la maison sont tout à fait prenants.
Surtout que rapidement (suite au décès de son amie) on comprend que Samantha va être seule face à son destin dans cette affaire.

Avec un film qui privilégie une ambiance étrange et plutôt tendue, Ti West peut également se permettre de surprendre le spectateur et de le faire sursauter avec quelques moments de violence sèche, particulièrement inattendus.
Il en va ainsi lors du meurtre de l'amie de Samantha. Encore plus fort, et pas forcément prévisible, le film prend un virage à 360 degrés lors de ses vingt dernières minutes. Alors que l'horreur était jusque-là quasi exclusivement suggestive, on a droit à un déferlement d'effets gore (du reste tout à fait réussis) avec des meurtres qui ne font pas dans la dentelle.
De plus, Ti West a l'excellente idée de ne pas terminer son film comme on pouvait s'y attendre. Non, le réalisateur, qui aura marié plusieurs sous-genres différents (film de maison hantée, survival, film sur le diable), va surprendre le spectateur avec un premier twist bien carré (ce que décide de faire l’héroïne pour en finir avec ses problèmes) suivi d'un autre twist non dénué d'une certaine ironie.

Terminons la synthèse de ce film en louant la performance d'actrice de la jeune Jocelin Donahue, très bonne dans le rôle de Samantha. Avec cette actrice, on a sans conteste une nouvelle « scream queen » de talent. Sans l'implication de cette actrice, il va sans dire que le film n'aurait pas la même intensité.

Au final, the house of the devil est une très bonne surprise. Si The house of the devil n'est pas le chef d'oeuvre ni un long métrage qui va renouveler le genre, il s'agit d'un film respectueux du genre, et qui rappelle au grand plaisir du spectateur les films d'horreur des années 80. Avec en sus un changement de rythme dans le film dans son dernier quart qui est tout à fait appréciable. Voilà donc une très bonne série B à voir.

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24 janvier 2012

La longue nuit de l'exorcisme de Lucio Fulci

la-longue-nuit-de-lexorcismeTitre du film : La longue nuit de l'exorcisme

Réalisateur : Lucio Fulci

Année : 1972

Origine : Italie

Durée du film : 102 minutes

Avec : Tomas Milian (Andrea Martelli), Barbara Bouchet (Patrizia), Florinda Bolkan (Maciara), Marc Porel (Don Alberto, le curé du village), Georges Wilson (Francesco), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Des meurtres d'enfants ont lieu dans un petit village en Silice.


Quand on évoque la carrière de Lucio Fulci, on pense immédiatement à ses films d'horreur dont certains sont passés à la postérité (L'enfer des zombies en 1979, Frayeurs en 1980, L'au-delà en 1981 et La maison près du cimetière en 1981). Pourtant, ce cinéaste italien a également œuvré dans de nombreux autres genres, et notamment dans le giallo (Perversion story en 1969, Le venin de la peur en 1971 et L'emmurée vivante en 1977).

En 1972, il met en scène un giallo, La longue nuit de l'exorcisme. Passons rapidement sur le titre ridicule du film en français qui ne correspond absolument pas à son contenu. On peut simplement se demander si le distributeur français n'a pas cherché à l'époque surfer sur la vague de L'exorciste de Friedkin (1973), dans la mesure où La longue nuit de l'exorcisme n'est sorti en France qu'en 1978.

Dans tous les cas, avec ce film, Lucio Fulci livre un excellent giallo, qui comporte plusieurs éléments propres au genre. D'abord, on assiste à des meurtres. Qui dit meurtres dit enquête policière. Cette dernière est présente de bout en bout dans le film, même si elle a tendance à s'enliser du côté de la police. Ensuite, l'identité du tueur demeure inconnue, jusqu'au final inattendu du film.

Surtout, ce film est important par le fait qu'il constitue un giallo atypique, qui prend au demeurant le contre-pied du venin de la peur, film précédent du cinéaste transalpin.

Ici, l'action du film se déroule dans la campagne reculée d'Italie alors que Le venin de la peur avait lieu à Londres, une des villes les plus peuplées à l'époque, et symbole de l'urbanisation. Le venin de la peur présentait directement l'identité du tueur. Dans ce film, on n'apprendra que lors dans un final étonnant l'identité du tueur. Dans Le venin de la peur, comme dans dans quasiment tous les gialli, les pauvres victimes se trouvent être des femmes. Dans le cas présent, les victimes ne sont pas des femmes mais des enfants. Et si les meurtres ne sont pas particulièrement violents (à la différence de nombre de gialli), c'est en revanche le fait qu'ils touchent à des enfants qui les rend si horribles. Comme les victimes sont des enfants, on se doute bien que l'on n'aura pas droit au lot habituel des scènes érotiques qui se succèdent dans les gialli. Pour autant, la seule scène à connotation sexuelle comporte incontestablement un côté pédophile avec la belle Patrizia (sublime Barbara Bouchet) qui, telle une mante religieuse, suscite l'envie d'un jeune enfant – qui sera une future victime du tueur – en se montrant nue devant lui et en lui parlant comme s'il était un adulte.

A l'instar du Le venin de la peur, Lucio Fulci n'a pas hésité à se démarquer de ce genre pour apporter une vision très personnelle. Ainsi, la société rurale dans son ensemble est mise à mal. Lucio Fulci présente des gens qui sont très sensibles aux superstitions, aux « on dit » et aux préjugés. C'est ce qui amène ces villageois à croire d'abord que le coupable peut être l'idiot du village puis surtout à s'en prendre à « la sorcière ». Cette dernière ne leur a rien fait. Tout au plus a-t-elle-joué avec des figurines en cire transpercées d'aiguilles. Oui mais voilà cette femme mystérieuse inquiète les villageois qui ne la comprennent pas et pensent qu'elle constitue le coupable idéal. On a donc droit à une scène d'une incroyable atrocité où plusieurs villageois vont froidement s'en prendre à la sauvageonne. Ce meurtre est vraiment terrible car les villageois se sont accordés le droit de tuer quelqu'un, qui a fortiori n'est pas leur tueur. Oui mais voilà les gens veulent un coupable à tout prix. On notera au passage que Florinda Bolkan, qui interprète le rôle de « la sorcière », joue un personnage aux antipodes de celui du venin de la peur, puisqu'ici elle est mise à mort alors qu'elle est innocente.

L'un des inspecteurs de police résume parfaitement dans le film le côté inadmissible de ce meurtre : « Un crime atroce entre tous. Un acte répugnant qui arriverait à nous faire douter de l'Homme. Enfin quoi. Nous sommes capables d'aller sur la lune mais nous sommes incapables de vaincre l'ignorance et la superstition. Nous devons trouver les coupables et les punir. »

Sauf que si les policiers veulent sévir, il faudrait s'en prendre à quasiment tout le village, qui est coupable de ce meurtre. Invoquant en permanence la religion catholique, ces villageois se comportent comme des bêtes. Et ils ne sont pas mieux dans leur quotidien, n'hésitant pas à fréquenter des prostituées, quand ils en ont l'occasion.

Si ces gens manquent de finesse, le curé du village n'est pas non plus un modèle du genre, son implication à combattre l'immoralité n'étant pas meilleure que la réaction violente de ses ouailles. Loin s'en faut.

Au regard de ses thématiques, on constate que le film de Fulci est très riche et ne se contente pas d'une enquête policière, qui au demeurant est très intéressante, le film multipliant les fausses pistes jusqu'à délivrer sa conclusion qui fait froid dans le dos.

De plus, le film peut se targuer d'avoir une bande son originale signée Riz Ortolani. Les morceaux musicaux sont plusieurs fois en décalage avec ce que l'on voit à l'écran. C'est le cas notamment lors de la scène de la mise à mort de « la sorcière » où l'on entend en fond une musique rock puis une sorte de slow. Cette musique a pour effet de renforcer l'horreur de la scène auquelle on assiste.

Quant au casting du film, il est plutôt de bonne tenue. On retiendra de prime abord la composition de Tomas Milian, impeccable en journaliste qui fait tout pour découvrir la vérité, voyant bien que la police est complètement impuissante. A ses côtés, on trouve la belle Barbara Bouchet dont le charme vénéneux irrigue chacune des scènes où elle est aperçue. Notons aussi le jeu de Florinda Bolkan, crédible en jeune sauvageonne paumée.

Au final, La longue nuit de l'exorcisme constitue un excellent giallo qui prouve une nouvelle fois que Lucio Fiulci est capable de réaliser de très grands films, et pas seulement en mettant en scène des zombies.

L'éditeur français Néo Publishing, qui a édité de nombreux gialli, ayant mis la clé sous la porte avant de distribuer ce film, il serait appréciable qu'un éditeur ait la bonne idée de sortir La longue nuit de l'exorcisme en DVD ou en blu ray.

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18 janvier 2012

8th wonderland de Nicolas Alberny et Jean Mach

8thwonderlandTitre du film : 8th wonderland

Réalisateurs : Nicolas Alberny et Jean Mach

Année : 2010

Origine : France

Durée du film : 94 minutes

Avec : Matthew Géczy (John Mc Clane), Robert William Bradford (David), Alain Azerot (César), Eloïssa Florez (Isabella), Ahlima Mhamdi (Rachida), Michael Hofland (Karel), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Des millions de personnes disséminées de par le monde et déçues de la manière dont celui-ci évolue décident de s'unir. Toutes guidées par le même désir d'améliorer les choses, de ne plus subir l'actualité sans pouvoir réagir. Par le biais d'Internet, elles créent le premier Pays virtuel : 8th Wonderland.

Auréolé de pas mal de récompenses lors de divers festivals, "8th Wonderland" est une satire intéressante, poussant à la réflexion sur notre monde actuel. Tourné en 2007, le film aura mis trois années à véritablement sortir, malgré ses qualités et ses récompenses glanées au cours des deux années précédant sa sortie.

Réalisé par Nicolas Alberny (« 100 Précédents ») et Jean Mach (« Par l'odeur alléché »), « 8th Wonderland » est un film indépendant français et cela ne se ressent absolument pas, même si on notera les apparitions télé de Julien Lepers, Amanda Lear et Nikos Aliagas.

L'histoire, si elle relève de la science-fiction, est totalement d'actualité et montre le pouvoir et l'influence que peuvent avoir les réseaux sociaux. Ici il s'agit d'un réseau social devenu un pays virtuel, au pouvoir grandissant, composé de personnes, comme vous et moi, qui ont pour ambition de lutter contre des problèmes graves comme la peine de mort, le Sida, le travail des enfants etc...

Si leurs actions se révèleront amusantes au départ (les distributeurs de préservatifs goût « hostie » accrochés sur les murs du Vatican, dénonçant ainsi la position de l'Église par rapport au Sida, par exemple!), démontrant ainsi qu'il est plus facile de mobiliser l'opinion public par des actions insolites qu'en leur pointant directement les véritables problèmes, rapidement ils vont perdre le contrôle de ce qu'ils ont créé, par la récupération de personnes mal intentionnées, avides de pouvoir et d'argent, mais également par les dérives de certains membres qui évolueront vers le terrorisme. Ainsi, la décision sera prise de faire exécuter un président, alors qu'ils sont contre la peine de mort...

Le film qui allie satire et comédie, avec des scènes parfois particulièrement amusantes, comme celle savoureuse de l'entretien entre les chefs d'État Russe et Iranien, concernant l'achat de centrales nucléaires, aurait gagné à prendre un ton un peu plus grave sur la dernière partie du métrage. Il aurait ainsi, certainement, eu encore plus d'impact. Mais malgré cette semi légèreté, on reste, tout de même, captivé jusqu'au bout, grâce, notamment à un rythme soutenu et une réalisation dynamique.

Pour un film français et en plus indépendant, celui-ci bénéficie d'une réalisation très soignée et d'une interprétation convaincante et cela, malgré un budget limité et une majorité d'acteurs peu connus, ce qui apporte d'ailleurs beaucoup quant à la crédibilité des personnages. On notera tout de même la présence de Matthew Géczy (« Dear Wendy », « Femme fatale », « San Antonio ») comme tête connue, en dehors des courtes apparitions des personnalités citées précédemment.

Les réalisateurs, également scénaristes, en profitent aussi pour dénoncer, entre autres, le pouvoir de la publicité, des médias et de l'argent. Vu l'importance que prennent des sites comme Facebook actuellement, le sujet du film ne peut laisser indifférent et nous pousse forcément à la réflexion sur le pouvoir que pourraient avoir à force ces réseaux sociaux, s'ils devenaient comme dans le film, incontrôlables...

« 8th Wonderland » est donc une agréable surprise, un film atypique dans le paysage du cinéma français. A découvrir!

Par flo001fg

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12 janvier 2012

Septième édition du festival international du film écologique de Bourges

Septième édition du festival international du film écologique de Bourges :

 festivalfilmécoloLe maire de Bourges, monsieur Serge Lepeltier, annonçait dans l'édito du programme de cette septième édition du festival international du film écologique de Bourges que « la question de l'eau demeure vitale et irrigue à elle seule, une très large partie des problèmes du monde. C'est toute cette problématique que le 7ème Festival International du Film Écologique, à travers une trentaine de films, documentaires, fictions, reportages sélectionnés mettra en exergue. Le 7ème festival doit être, encore plus que les précédents, l'instrument pédagogique indispensable à la prise de conscience de l'enjeu majeur qui est l'accessibilité pour tous à l'eau. »

C'est donc très logiquement que plusieurs documentaires que j'ai eu l'occasion de voir concernent la thématique de l'eau.

En tout cas, ce festival de qualité, gratuit et ouvert à tous, m'a permis d'apprendre de nombreuses choses en rapport à notre environnement quotidien. Le festival annonçait en publicité : « Vous n'en sortirez pas indemne » et c'est vrai qu'après avoir regardé certains documentaires, la réalité de notre société actuelle fait froid dans le dos. Il est nécessaire de changer les choses ! Et le premier acte est d'informer la population. C'est ce que réussit ce festival par le biais de ses nombreux documentaires.

 

Ci-joint mon avis sur les documentaires visionnés :

 

notrepoisonquotidienTitre du documentaire : Notre poison quotidien

Réalisatrice : Marie-Monique Robin

Durée : 112 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : jeudi 6 octobre 2011, à 20h03

Avec notre poison quotidien, la journaliste Marie-Monique Robin (qui s'est notamment fait remarquer par son film Le monde selon Monsanto, diffusé sur ARTE le 11 mars 2008) s'intéresse à la question des aliments (solides et liquides) que l'on retrouve tous les jours dans notre assiette, et qui comportent parfois des doses non négligeables de produits chimiques. Il y a donc bien du poison dans notre nourriture. C'est tout l'intérêt de ce documentaire qui allie images actuelles et images d'archives.

 Notre poison quotidien débute avec une vidéo de l'INA de 1964 où une personne évoque déjà la question des pesticides. A l'heure actuelle, le marché annuel des pesticides représente 25 milliards d'euros.

Sauf que si la chimie a réponse à tout (fongicide, herbicide, pesticide), Marie-Monique Robin signale que chaque année une à trois millions de personnes sont victimes et 200 à 300 000 en meurent.

Toute la problématique de ce film fort bien documentée est résumée à travers cette phrase particulièrement évocatrice : « Ce sont les industriels qui prennent les bénéfices et les consommateurs les risques. »

 Le danger est bien réel pour le consommateur. Le but pour chacun est de ne pas dépasser la dose journalière admissible (DJA). Cette DJA correspond à la quantité d'une substance qui peut être administrée à une personne, sans risque pour sa santé. C'est pourquoi le toxicologue René Truhaut a écrit que c'est la dose qui fait poison.

Le problème reste entier car le documentaire indique que les mesures de la DJA sont floues et surtout les rapports internationaux sont contradictoires, ce qui profite aux firmes industrielles.

 L'exemple de l'aspartame (que l'on trouve entre autres dans le coca-light ou le coca-cola zéro), qui est parfaitement développé dans le film, est un modèle du genre. La réalisatrice Marie-Monique Robin déclare que la Food and drug administration (FDA), agence des Etats-Unis responsable de la pharmacovigilance, a procédé à des études légères sur ce produit chimique. Et pour cause : le lien entre industrie, politique et administration est pour le moins étroit. Ce point du documentaire est particulièrement intéressant et édifiant en montrant que la santé publique n'est pas forcément l'élément le plus important pour des politiques.

C'est sans surprise que toutes les études de l'industrie concluent que l'aspartame ne pose aucun problème. Sauf que 100 % des études indépendantes concluent au contraire au danger de l'aspartame.

 Un autre exemple fait également froid dans le dos. C'est le cas du bisphénol A, qui augmente le risque d'avoir un cancer ou d'être obèse.

 Avant de conclure son film, la réalisatrice indique que 80 à 90 % sont liés au mode de vie que l'on adopte et aux régions dans lesquelles on habite.

 Au final, Notre poison quotidien se révèle un documentaire très riche et très instructif. Marie-Monique Robin a fait un énorme travail de fond, ayant eu accès à de nombreuses données et ayant interviewé plusieurs scientifiques, tant Français qu'étrangers. Elle a posé de vraies questions de société, qui se révèlent même parfois dérangeantes pour l'OMS dont les représentants se sont refusés à tout commentaire.

Voilà un documentaire qui fait franchement peur. On espère que les choses pourront évoluer, mais il faudra pour cela que les politiques se décident à prendre à bras le corps ces questions de santé publique.

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nigeriaTitre du documentaire : Nigéria : l'éternelle marée noire

Réalisateurs : Sébastien Mesquida et Yann Le Gléau

Durée : 22 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : vendredi 7 octobre 2011, à 13h48

Ce documentaire dure à pleine plus de 20 minutes. Pour autant, durant sa courte durée il montre très bien la situation au Nigéria concernant le pétrole avec d'un côté les grands groupes industriels qui s'enrichissent en extrayant du pétrole et de l'autre des villages entiers qui sont victimes de marées noires, provenant d'oléoducs qui ne sont pas réparés ou d'oléoducs victimes d'attaques de rebelles.

Le film évoque bien le chaos qu'il y a dans ce pays avec le pétrole qui est l'objet de toutes les convoitises, y compris de personnes qui exploitent le pétrole provenant de la marée noire. Certaines interviews qui émaillent ce documentaire sont proprement hallucinantes. On comprend que des gens risquent leur vie en traitant dans des conditions plus que rudimentaires le pétrole récupéré (illégalement) de la marée noire, et ce pour avoir au bout du compte une faible somme d'argent.

Le film a aussi le mérite de signaler le fait que les plaintes de Nigerians au sujet de la marée noire n'ont pas la même incidence selon que les procès se déroulent au Nigéria ou dans les grands pays industrialisés. En effet, dans le premier cas, les gens peuvent espérer tout au plus quelques centaines d'euros (sachant que les procès sont longs), et dans le second cas des milliards d'euros. C'est bien toute la différence entre le fait de résider dans un pays riche et démocratique et au contraire vivre dans un pays instable sur le plan politico-économique.

Nigéria : l'éternelle marée noire constitue un documentaire très instructif qui conduit le spectateur à un sentiment de révolte, tant l'injustice qui semble régner dans ce pays paraît grande.

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dupoisondansleaudurobinetTitre du documentaire : Du poison dans l'eau du robinet

Réalisatrice : Sophie Le Gall

Durée : 90 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : vendredi 7 octobre 2011, à 14h11


Journaliste à France 3, Sophie Le Gall a choisi de réaliser un documentaire sur un sujet au thème universel : l'état de l'eau potable que l'on consomme quotidiennement au robinet.

Avec un titre tel que Du poison dans l'eau du robinet, on se doute que le constat risque d'être implacable.

On débute d'ailleurs sur les chapeaux de roues en apprenant que si l'eau du robinet contient de l'aluminium – et ce afin de la rendre plus limpide – on observe dans plusieurs villes françaises des taux d'aluminium supérieurs entre 4 et 20 fois à la norme réglementaire !

Ces chiffres sont d'autant plus inquiétants que seize millions de Français boiraient chaque année de l'eau traitée avec de l'aluminium. Or, ces traces d'aluminium s'accumulent dans le cerveau et sont susceptibles de favoriser la maladie d'Alzheimer.

Le documentaire signale que des solutions existent pour éviter l'aluminium. Ainsi, Paris (qui n'est tout de même pas une petite ville !), l'aluminium a été proscrit depuis plus de 30 ans. Dans la capitale, on ajoute des sels ferriques qui peuvent parfois donner une petite couleur à l'eau. Mais que vaut-il mieux défendre ? Une eau potable ou une eau claire qui semble pure mais qui risque d'être dangereuse pour la santé. La réponse semble évidente. Reste à faire évoluer tout cela.

Très engagée, la réalisatrice n'a pas hésité à prendre contact avec les grands groupes français qui distribuent l'eau en y ajoutant de l'aluminium. Suez n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Quant au représentant de Veolia, il n'a pas fourni d'explications quant aux raisons de la distribution d'une eau qui ne respecte pas la norme en matière de teneur d'aluminium.

Sophie Le Gall pose des questions pertinentes et s'en prend aux personnes directement concernées.

La journaliste s'intéresse ensuite à la question des nitrates et des pesticides dont les taux dépassent bien souvent largement la norme. Elle cite l'exemple de l'Eure-et-Loir, département de France le plus contaminé.

Sophie Le Gall a réussi à interviewer un maire qui semblait embarrassé sur la question, et a fini par déclarer la phrase suivante, qui est proprement incroyable : « Oh madame, on a aucun malade, aucun mort. »

Sur les 5 communes testées dans le cadre du documentaire, seul un maire informe la population du danger de la qualité de l'eau au regard du taux de nitrates et de pesticides. Une nouvelle fois, Sophie Le Gall explique que des solutions existent.

Ainsi, la DDASS a décidé d'interdire la construction de lotissements dans une commune, tant que des travaux ne seraient pas fait pour améliorer la gestion de l'eau.

Il faut dire que cette eau – dont l'autorisation d'exploitation est délivrée parfois par dérogation (où le maire s'engage à faire les travaux nécessaires) - est dangereuse pour les femmes enceintes et les nourrissons.

A leur niveau, les citoyens peuvent aussi espérer faire évoluer les choses par eux-mêmes. Ainsi, on apprend que dans une affaire qui est allée devant les tribunaux, la SAUR (société spécialisée notamment dans la gestion des services d'eau et d'assainissement) a été condamnée pour avoir vendu de l'eau non potable.

Le documentaire va encore plus loin dans son constat accablant en montrant notamment que le radon, un gaz radioactif, circule dans l'eau. Or, il est difficile de mesurer sa présence dans la mesure où la réglementation française ne prévoit pas de rendre en compte le radon !

Et ce n'est pas tout. L'eau contient également des médicaments. Même après avoir été traitée, l'eau contient encore 80 % de résidus de médicaments car les stations d'épuration ne sont pas prévues pour cela ! Tout cela est très réjouissant !

Parfaitement transparente sur le sujet et cherchant à mettre en lumière les risques auxquels peut s'exposer le consommateur en buvant de l'eau du robinet, Sophie Le Gall n'y va pas par quatre chemins. La journaliste demande des informations au directeur de la communication de Veolia qui paraît gêné sur le sujet. Les élus interviewés sont dans l'ensemble à peine plus sereins. Sophie Le Gall va jusqu'à montrer en direct au représentant d'une société censée filtrer l'eau sque son système ne marche pas.

A la fin de ce documentaire, on est tout à la fois surpris, agacé et inquiet par ce que l'on vient d'apprendre. Merci Sophie Le Gall pour nous avoir informé des dangers qui nous guettent à boire l'eau du robinet. Pour ma part, mon premier geste en tant que citoyen a été de rédiger cet article ! Mon premier geste en tant que consommateur a été d'acheter des bouteilles d'eau et arrêter de boire l'eau du robinet.

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globalsteakTitre du documentaire : Global steak, demain nos enfants mangeront des criquets

Réalisateur : Anthony Orliange

Durée : 90 minutes

Date de programmation au festival de Bourges : samedi 8 octobre 2011, à 13h48


Dans une sélection de films qui permettent certes d'apprendre beaucoup de choses sur l'nevironnement dans lequel on évolue mais se révèlent particulièrement alarmistes, le documentaire d'Anthony Orliange intitulé Global steak, fait figure d'oeuvre atypique.

Global steak part lui aussi d'un constat inquiétant : En France, on consomme 92 kilos de viande par habitant et par an. En 2050, avec une population mondiale de 9 milliards d'habitants, il faudra doubler la production actuelle et faire avec 36 milliards d'animaux d'élevage. Comment faire pour nourrir une population aussi importante ?

Si le sujet est en soi problématique, la situation est constamment dédramatisée par le ton libre, amusant, décalé que prend ce documentaire.

A cet effet, le narrateur de Global steak est bien souvent très drôle par les propos qu'il tient, comme par exemple lorsqu'il parle du cochon transgénique, l'enviropig, conçu au Canada : « un avenir plus proche de Frankenstein que des trois petits cochons. » ; « un cochon qui chie moins de phosphore ».

Certaines situations sont également marrantes alors qu'elles n'ont rien de drôle. C'est le cas lors d'une scène qui se déroule à l'abattoir de Castres avec en musique de fond un extrait de la chanson Les joyeux bouchers (1954) de Boris Vian.

La scène pourrait être qualifiée en tant que telle de gore – voire carrément de mauvais goût pour les défenseurs des animaux – mais les paroles de Boris Vian donnent au contraire un aspect drôle à l'ensemble. Il faut dire que ces paroles valent le détour :

« Faut qu' ça saigne
Faut qu' les gens ayent à bouffer
Faut qu' les gros puissent se goinfrer
Faut qu' les petits puissent engraisser
Faut qu' ça saigne
Faut qu' les mandataires aux Halles
Puissent s'en fourer plein la dalle
Du filet à huit cent balles
Faut qu' ça saigne
[...] »

Tout ceci est déjà très drôle. Pourtant, le réalisateur Anthony Orliange va faire encore mieux en prenant le parti d'utiliser tout au long de son documentaire en tant que présentateur Yves-Marie Le Bourdonnec, un boucher très marrant, sympathique et qui n'a pas sa langue dans sa poche. Lors d'un passage au salon de l'agriculture, Yves-Marie parle de « bidoche », de « cul proéminent de la vache », de « Schwarzenegger en bovin ». Il est là aussi bien pour apporter sa connaisssance de la viande qu'un second degré des plus appréciables.

Le réalisateur Anthony Orliange ne perd pas pour autant le fil de son sujet. Ainsi, on apprend que le Brésil, qui dispose du 2ème cheptel mondial, est le premier exportateur mondial de viande bovine avec le zébu. Ce bétail est responsable de 80 % de la disparition de la forêt amazonienne d'où le réchauffement de la planète. Des solutions existent-elles ?

Eh bien oui. On peut même les trouver aux Etats-Unis, qui sont cela dit au passage les premiers consommateurs de viande au monde. L'alternative à l'élevage intensif est l'élevage sur herbe. Si la prairie est permanente, elle va capter le méthane (gaz à effet de serre présent dans l'atmosphère, plus puissant que le dioxyde de carbone). Le réalisateur évoque aussi l'exemple aux Etats-Unis des néo-bouchers qui utilisent de la viande provenant de vaches élevées au milieu d'herbe.

En France, dans l'Aubrac, on compte des prairies permanentes riches en oméga 3.

Fidèle à son esprit décalé, le documentaire présente le cas du wagyu, boeuf d'origine japonaise qui est élevé en Espagne. Ce boeuf est bichonné comme un animal précieux. Des céréales sont produites et données sur place aux wagyu. On lui donne même un litre de vin rouge bio pour les antioxydants. Tout cela a un prix : le wagyu se retrouve entre 30 et 250 euros le kilo, selon le morceau !

A l'inverse, le documentaire signale ce qui ce fait de pire. Ainsi, le traitement de la volaille congelée n'est pas des plus ragoûtants. On part d'une usine à volaille chez un producteur breton avec du poulet qui est congelé avant d'être vendu au Bénin. En plus de la qualité relative de ce poulet, celui-ci est réexpédié par une société du Bénin à son voisin, le Nigéria, avec un respect de la chaîne du froid qui demeure très aléatoire.

Le réalisateur Anthony Orliange ne s'arrête pas à la question de la consommation de la viande. Il présente une alternative à la viande pour le moins originale et peu développée à l'heure actuelle : la consommation d'insectes. Eh oui, cela n'est pas pour rien si le documentaire s'intitule Global steak, demain nos enfants mangeront des criquets.

Si aux Pays-Bays, des chercheurs ont mis en place des élevages de criquets qui ont le mérite de ne pas émettre de gaz à effet de serre, reste à convaincre le consommateur qui n'est pas forcément attiré par le côté peu appétissant du criquet avant la mise en bouche.

Au final, Global steak est un documentaire très riche au niveau de son contenu et qui en même temps distrait le spectateur par son humour omniprésent.

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 Conclusion à propos de cette septième édition du festival international du film écologique de Bourges :

arbre-orTous les documentaires que j'ai eu l'occasion de voir lors de ce festival se sont révélés intéressants. Le palmarès de ce septième festival a laissé la part belle à plusieurs documentaires que j'ai eu  plaisir à regarder. Si je n'aurais pas forcément remis le prix du meilleur reportage et l'Arbre d'or au (relativement) court documentaire Nigéria : l'éternelle marée noire, je suis satisfait que Global steak et Du poison dans l'eau du robinet aient été récompensés respectivement par le prix du meilleur documentaire et par le prix des lycéens.

Le film Bonobos, d'Alain Tixier, qui avait eu l'honneur d'une sortie en salles le 30 mars 2011, a pour sa part reçu le prix de la meilleure fiction et le prix Ushuaïa.

Merci dans tous les cas à tous ceux qui ont permis à ce festival (qui rappelons-le est gratuit) d'avoir lieu.

Vivement la prochaine édition du festival international du film écologique de Bourges !

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06 janvier 2012

Melancholia de Lars Von Trier

melancholiaTitre du film : Melancholia

Réalisateur : Lars Von Trier

Année: 2011

Origine : Danemark

Durée : 130 minutes

Acteurs: Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, John Hurt, Charlotte Rampling, Udo Kier.

Fiche IMDB

Synopsis: À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sœur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre. La fin du monde semble imminente et va tout remettre en question...

 

Dans son nouveau film, scindé en trois parties :un prologue et deux parties, l'une intitulée Justine, l'autre Claire, du nom des deux sœurs héroïnes, Lars Von Trier déploie un véritable poème visuel d'une étincelante noirceur.

Mais avant toutes choses, un bref rappel s'impose : Melancholia, la mélancolie, est un terme psychiatrique désignant l'état dépressif le plus grave et le plus profond.

Étymologiquement parlant, le terme signifie : bile noire, terme hérité de la célèbre théorie des humeurs d'Hippocrate.

Sur le plan artistique : de nombreuses œuvres font références, directement ou non à la mélancolie : de la gravure d'Albrecht Dürer, Melancolia, au spleen baudelairien en passant par les écrits de Cioran, nombreux sont les artistes a avoir évoqué cette solitude face au désenchantement du monde

Ce petit rappel a son importance, nous le verrons par la suite.

 Le film de Lars Von Trier semble truffé de références, comme autant de métaphores du mal rongeant Justine avant de toucher ses proches et le monde.

 Le film débute donc par un prologue composé d'images, quasi-mentales, d'une grande poésie, soutenues par la musique baroque de Richard Wagner (« La mort d’Isolde ») qui reviendra en leitmotiv durant tout le film.

On y voit la planète Mélancholia venir s'écraser sur la terre, mettant ainsi fin à toute vie à la surface de celle-ci.

Curieusement, pourrait-on penser, le prologue préfigure l'issue fatale du film, annihilant ainsi tout espoir dès le départ. Bien que fantasmatique, cette partie ne semble avoir en effet qu'un objectif : ne laisser aucun doute au spectateur, ayant ainsi la double fonction de présenter à la fois le cadre de l'histoire que nous allons vivre, les derniers jours de Justine et de Claire, ainsi que le terrible dénouement de celle-ci.

 Comme à son habitude, Lars Von Trier opère méthodiquement, comme s'il procédait à une démonstration, déroulant son histoire de manière graduelle, faisant ainsi monter le malaise de manière implacable, comme pour signifier que cette fin est inéluctable, sans qu'il y ait de suspens véritable.

Le début de la première partie, intitulée Justine, semble toutefois prendre le contre-pied du prologue. En effet, aux images inquiétantes et apocalyptiques succèdent le visage rieur de Justine (Kirsten Dunst) ne pouvant garder son sérieux, bloquée avec son époux à l'arrière d'une limousine trop grande pour les chemins sinueux qu'ils doivent emprunter.

Ce qui pourrait n'être qu'un détail dans une journée censée être placée sous le sceau de la joie et du bonheur devient un grain de sable d'autant plus perturbateur que le réalisateur semble prendre un malin plaisir à faire durer la scène, ce jusqu'au malaise, à l'énervement des divers protagonistes qui ne peuvent que reconnaître le côté grotesque de la situation.

L'arrivée au manoir du richissime John (Kiefer Sutherland), le mari de Claire (Charlotte Gainsbourg) ne sera pas pour autant une libération.

Justine, qui apparaît bien vite comme un être différent, dépeinte comme une femme tour à tour évanescente, tour à tour dépressive, semble prise dans un mécanisme qui lui échappe dès le départ : le déroulement de son propre mariage dont on en vient vite à se demander s'il répond à une volonté personnelle ou s'il répond à une volonté de correspondre à une norme sociale.

Justine, bien qu’à priori totalement intégrée sur le plan social et professionnel montre un vite un comportement qui va susciter l'interrogation des uns et l'agacement des autres, dont John et l'organisateur du mariage (Udo Kier, dans une composition toute en décalage). Par son attitude, Justine incarne l'éclatement des valeurs sociales et de la cellule familiale, recomposée de manière factice à l'occasion de son mariage.

C'est aussi l'occasion de constater tout l'art de Lars Von Trier qui a construit son film sur de multiples oppositions : celle de la figure paternelle et de la figure maternelle, tout d'abord, mais aussi l'opposition entre les deux sœurs, celle existant entre les deux « visages » de Justine, et l'opposition entre les deux planètes : Mélancholia, sombre planète métaphorique, et la terre symbole de vie.

La première partie, consacrée à Justine, trace un subtil portrait en creux de l’héroïne qui apparaît comme une femme faible, victime de sa légèreté et de ses crises d'angoisse, une femme qui à tout pour être heureuse sans jamais y parvenir.

Peu à peu, le comportement de Justine, et le trop évident bonheur qui devrait régner va céder la place à l'incompréhension, au doute, et au malaise.

En effet, Justine va multiplier les absences, retardant le déroulement d'un mariage méticuleusement préparé par un Udo Kier blessé au plus profond de son orgueil par ce qu'il prend pour un vulgaire caprice de la mariée.

Or, il apparaît de plus en plus évident que celle-ci fuit, dès qu'elle en a l'occasion une situation qui la met mal à l'aise : la célébration de son propre mariage, comme la présence de ses proches.En cela, Justine incarne le point de vue du réalisateur, qui semble s'acharner à nous démontrer que l'humanité ne vaut pas la peine d'être sauvé (ce qui sera dit textuellement dans le film).

 L'opposition entre les figures paternelles et maternelles viennent renforcer le malaise s'installant insidieusement : le père (John Hurt) apparaît lui-même d'une grande inconsistance, alors que la mère ne cache pas son mépris pour le mariage de sa fille, comme pour le reste de la société d'ailleurs.

À l'instar de Festen, le film semble un temps se focaliser sur le délitement de la cellule familial, tant chacun semble avoir des aspirations divergentes.

Mais le malaise, éprouvé par Justine, qui semble de plus en plus inadaptée à mener la vie qu'on lui destine au travers de cette apparente réussite professionnelle, elle travaille dans la publicité et se voit offrir une promotion par son employeur, et sociale, dont le point d'orgue serait son mariage justement, dépasse de loin les oppositions de chacun des membres de la famille.

S'il est plus profond, son caractère est aussi plus diffus et va gagner l'ensemble des invités, jusqu'au délitement final, marqué par le départ du marié, comprenant que l'univers de Justine est totalement inaccessible.

 Comme annoncé, la deuxième partie va se focaliser sur la sœur, Claire, sans toutefois oublier Justine.

Alors que le comportement de Justine semblait jusque là échapper à toute compréhension, cette deuxième partie vient au contraire renforcer l'avis de l’héroïne, à priori si insaisissable, en épousant encore plus étroitement son point de vue.

Alors que la première partie la montrait dans un élément qui n'est pas le sien, et auquel elle ne peut s'intégrer, cette deuxième partie nous installe au cœur même de ce qui compose le point de vue et les préoccupations de Justine.

Inutile de dire que cette partie est plus sombre et ouvertement désespérée, l'espoir n'y ayant pas de place, ce qui fera sombrer l'entourage de Justine.

L'on rejoint alors pleinement la définition de la mélancolie : état dépressif le plus grave et le plus profond, ou l'espoir ne trouve plus sa place.C'est précisément ce caractère inéluctable qui va entraîner a chute de tous, excepté Justine dont la force moral se révèle sans égal face à cette épreuve qu'est la fin du monde qui se profil.

Évidemment, la planète Mélancholia qui vient s'écraser contre la terre n'est qu'une métaphore du malaise que connaît si bien Justine et qui laisse tout le monde désarmé.

Pire, les plus optimistes et combatifs semblent se résigner, comme le fait John qui ne peut se résoudre à voir le monde qu'il connaît et dont il jouit chaque jour disparaître. Il préfère mettre fin à ses jours, dans un élan bien égoïste, mais profondément humain, laissant sa femme et leurs enfants se débrouiller sans lui.

Ce à quoi Lars Von Trier nous fait assister est bien le refus ou l'incapacité de s'adapter et d'envisager la fin du monde tel que nous le connaissons.

Justine, elle, passe tour à tour, de l'image de la femme futile et fragile à celle d'une femme inflexible, au caractère fort n'ayant pas peur d'envisager le pire scénario possible.

Il est indéniable que Lars Von Trier s'amuse de nos défauts et nos faiblesses à travers ce film, alors que nous traversons une période charnière : crise sans précédent, révoltes et guerres. Mais ce qu'il fustige avant tout est notre faiblesse à vouloir, à l'image de John, préserver les apparences et se voiler la face lorsque nous sommes confrontés à nos contradictions.

Cet opus est sans doute le plus sombre de son réalisateur, pourtant déjà prolixe en la matière, si l'on y pense bien, mais il semble qu'il ait, sous des aspects métaphoriques, atteint le point de non-retour de son système.

Melancholia reste une fable d'une force indéniable, d'une beauté sombre inquiétante et impressionnante.

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03 janvier 2012

Mon top 20 des meilleurs films de 2011 (avec des liens pour accéder à la critique de chaque film)

Mon top 20 des meilleurs films de 2011 (avec des liens pour accéder à chaque critique de film)

drive

1) Drive de Nicolas Winding Refn

2) Black swan de Darren Aronofsky

3) Fighter de David O.Russell

4) L'étrangère de Feo Aladag

5) Le complexe du castor de Jodie Foster

6) Crazy, stupid, love de John Requa et Glenn Ficarra

7) Rabbit hole de John Cameron Mitchell

8) La piel que habito de Pedro Almodovar

9) La planète des singes : les origines de Rupert Wyatt

10) L'apollonide – souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello

11) The artist de Michel Hazanavicius

12) Shame de Steve McQueen

13) Route irish de Ken Loach

14) Animal kingdom de David Michôd

15) Carancho de Pablo Trapero

16) J'ai rencontré le diable de Kim Jee-Woon

17) Ha Ha Ha d'Hong Sang-Soo

18) Super 8 de J.J. Abrams

19) Même la pluie d'Iciar Bollain

20) Winter's bone de Debra Granik

wintersbone

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31 décembre 2011

Route irish de Ken Loach

routeirishTitre du film : Route irish

Réalisateur : Ken Loach

Année : 2011

Origine : Royaume-Uni

Durée : 109 minutes

Avec : Mark Womack (Fergus), Andrea Lowe (Rachel), John Bishop (Frankie), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un homme se fait tuer sur la route irish, la route la plus dangereuse de Bagdad. Un de ses amis va enquêter sur ce décès.


Réalisé par Ken Loach (Sweet sixteen, It's a free world), chef de file du cinéma britannique, Route irish fait référence à une route extrêmement dangereuse à Bagdad en Irak qui va de l'aéroport à la zone internationale (la fameuse green zone).
Pour autant, il ne faut pas s'y tromper. Route irish ne constitue pas un énième film sur les militaires qui ont rejoint l'Irak. Ou en tout cas il ne s'agit pas de l'unique thématique du film. Non Ken Loach est beaucoup plus subtil que ça.

Le cinéaste nous signale d'abord un fait qui n'est pas vraiment connu du grand public, à savoir que dans le cadre de la guerre en Irak, de nombreuses personnes ont été recrutées en qualité de contractuelles (contractor) pour faire un travail qui s'apparente en tous points à celui des militaires. Sauf qu'au regard des salaires qui sont versées (le film indique la somme de 10 000 livres sterling mensuel) et des personnes qui sont recrutées, on a plus à faire à des mercenaires qu'à des militaires.
Le synopsis du film nous raconte que l'un de ces contractors, Frankie, vient de décéder sur la route irish. Le meilleur ami de ce contractor, Fergus, lui-même un ancien contractor, ne comprend pas comment son ami a pu décéder car son camarade a toujours bénéficier d'une bonne étoile. Il ne peut donc pas admettre que son ami se soit trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ("at the wrong place at the wrong time"). Il décide alors d'enquêter pour se rendre compte par lui-même si on ne lui aurait pas menti et si les nouvelles délivrées par des militaires sont bien vraies.

C'est à partir de ce scénario somme toute assez classique au départ - dans le sens où les films sur l'Irak commencent à être nombreux - que Ken Loach va livrer un film qui va jouer sur plusieurs registres : on est à la fois dans le drame avec la perte de Frankie ; dans le thriller avec la recherche du coupable par Fergus et dans la critique politico-économique par le manque de clarté des autorités officielles qui d'un côté cherchent à combattre des ennemis de la liberté en Irak et de l'autre font diverses tractations avec des sociétés privées pour signer des contrats en Irak.

Le film de Ken Loach est haletant de bout en bout avec ce mélange plutôt réussi des genres. Surtout qu'en filigranes le film apporte une réflexion intéressante sur la notion de vengeance. Fergus critique ce qui s'est passé en Irak avec son ami qui est décédé dans des circonstances inconnues et le fait qu'il ait appris que deux innocents ont été tués par un autre contractor. Mais les méthodes utilisées par Fergus pour en apprendre plus sur ce qui est arrivé à son ami sont-elles pour autant légitimes ? Même si on peut à un moment en douter, on voit bien que Ken Loach n'est absolument pas un fervent supporter de la loi du talion, quand on voit ce qu'il advient aux personnages principaux du film. Car se venger n'apporte rien en soi et surtout une vengeance aveugle peut comporter des erreurs.

Parfaitement bien mis en scène, Route irish comporte son lot de scènes de violence sèche (la torture par l'eau, la voiture qui explose) qui étonnent et surprennent et font surtout écho à cette violence renfermée du principal protagoniste qui utilise lui aussi des méthodes peu conventionnelles pour arriver à ses fins. Ces scènes vont dans la continuité d'autres scènes qui se révèlent assez surprenantes et marquent de vrais rebondissements dans l'action.
Sur ce point, Ken Loach ne manque pas de critiquer le contexte politico-économique qui semble tirer profit de la situation. Si tout n'est pas très clair car on ne saisit pas forcément les liens qu'il peut y avoir entre le gouvernement, les militaires, les sociétés privées britanniques, on voit bien qu'il y a des gens qui sans risques tirent les marrons du feu.

On appréciera aussi toute l'humanité que l'on retrouve dans le cinéma de Ken Loach avec ce plaidoyer en faveur du peuple irakien qui souffre et est in fine l'une des principales victimes "collatérale" de cette guerre larvée.
Les thématiques du film sont bien traitées. Et les acteurs sont également excellents, avec en premier lieu Mark Womack qui joue un Fergus déterminé des plus crédibles.

On regrettera simplement cette histoire d'amour entre Fergus et la femme de son meilleur ami, Frankie. Cela n'est pas très fin et pas forcément évident à croire. Car il demeure difficile de penser que peu de temps après avoir assisté à l'enterrement de Frankie, l'un et l'autre cherchent à être ensemble. Heureusement, Ken Loach apporte un peu de finesse à cette relation.

Au final, voilà un très bon film qui mélange habilement critique politique, drame humain et thriller. Voilà un bon cru pour ce nouveau film signé Ken Loach.

Posté par nicofeel à 17:01 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
30 décembre 2011

On recrute !!!!

uncle_samSi vous êtes passionné de cinéma et avez envie d'écrire des critiques de films, vous pouvez postuler afin de devenir rédacteur sur ce blog, qui connaît une audience croissante et comprend un total actuel de 280 films chroniqués.

En cas de recrutement, vous serez totalement libre du choix des films à critiquer. L'essentiel est que l'article tienne la route.

On vous attend !

PS : Merci de joindre une de vos critiques de film à l'appui de votre candidature, afin que l'on puisse juger de votre capacité à rédiger, à l'adresse suivante : dejantesducine@gmail.com

Signé : Nicofeel


 

 

Posté par Tchopo à 20:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
26 décembre 2011

Rabbit hole de John Cameron Mitchell

rabbitholeTitre du film : Rabbit hole

Réalisateur : John Cameron Mitchell

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée : 92 minutes

Avec : Nicole Kidman (Becca), Aaron Eckhart (Howie), Dianne Wiest (Nat), Miles Teller (Jason), Tammy Blanchard (Izzy), Giancarlo Esposito (Auggie), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un couple n'arrive pas à faire le deuil de son enfant décédé il y a huit mois.

Après le sulfureux Shortbus, John Cameron Mitchell revient avec son nouveau film, Rabbit hole, sur les écrans de cinéma. Le sujet n'a rien à voir avec son film précédent et le traitement est aussi bien différent.

Dans Rabbit hole, c'est le mot sobriété qui vient immédiatement à l'esprit après avoir vu le film. Il faut dire que vu les thématiques du film, on en attendait pas moins. Basé sur une pièce de David Lindsay-Abaire, qui a d'ailleurs scénarisé le film, Rabbit hole raconte l'histoire d'un couple, Howie (Aaron Eckhart) et Becca (Nicole Kidman), qui a perdu son enfant il y a huit mois. Le couple a été et continue d'être traumatisé par cette disparition.
Howie continue à penser à son enfant en regardant des vidéos de ce dernier ou en laissant à la plage arrière de sa voiture le siège bébé. Pour tenter de faire le deuil, il se rend, d'abord avec son épouse, puis seul, à des groupes qui permettent de rencontrer des gens qui ont subi eux aussi la perte d'un enfant.

De son côté, Becca se sent comme paralysée par la perte de son enfant. Elle ne veut pas être consolée par sa famille (mère, soeur) et attend que cela soit son couple d'amis qui fasse le premier pas pour la contacter à nouveau. Elle reste chez elle, l'âme en peine, à repenser à l'être qu'elle a perdu. Elle décide alors de faire sa thérapie en rencontrant le jeune homme responsable de la mort de son enfant. Une relation apaisée a lieu entre Becca et ce hgarçon, Jason.

Avec une très grande finesse, le réalisateur John Cameron Mitchell montre bien la difficulté qu'un couple peut rencontrer pour faire face à un événement aussi tragique. Certains s'en relèvent, d'autres sont détruits à jamais, à l'image de ce couple dans le couple qui se rend depuis huit ans dans un groupe de soutien avant de se séparer par la suite.

Le couple formé de Howie et de Becca est loin d'être dans sa meilleure phase. Pourtant, on va bien que l'un et l'autre s'aiment. Howie a bien quelques crises de colère et est parfois proche de succomber à la tentation de tromper sa femme. Mais fondamentalement il aimerait tourner la page de ce drame et commencer une nouvelle vie avec sa femme, en ayant pourquoi pas avec elle un enfant. De son côté, Becca entend aussi débuter une nouvelle vie en jetant les affaires de son enfant et en mettant en vente cette maison remplie de souvenirs.

De manière assez différente du chef d’œuvre La chambre du fils, qui constitue sans nul doute le film référence sur la difficulté de faire le deuil et sur les conséquences induites par la perte d'un être cher, Rabbit hole fait son trou de son côté en insistant sur le drame au quotidien qui dévaste tout et change les gens.
Sans être pour autant larmoyant, John Cameron Mitchell met le spectateur dans un sentiment d'empathie avec les personnages principaux du film et amène à se poser des questions essentielles dans le cas d'un tel drame : Comment fait-on pour revivre normalement ? Peut-on un jour vivre correctement avec ce drame sur la conscience ? Est-il possible d'oublier et est-ce la solution ? Beaucoup de questions sont soulevées dans ce film avec un sujet qui n'est certes pas original mais bénéficie d'un traitement des plus subtils.

Et puis il est clair que si le film émeut profondément, c'est bien en raison de son interprétation. Nicole Kidman, qui est en outre productrice du film, livre une très belle composition d'actrice. Le rapport qu'elle entretient avec la personne responsable du décès de son enfant, fait vraiment l'objet de beaucoup de nuances. Quant à Aaron Eckhart, il est lui aussi parfait dans son rôle. Il est vraiment bon dans le rôle de cet homme qui a du mal à accepter de faire le deuil de son enfant mais qui pourtant cherche à changer d'horizon (le fait qu'il fume du shit, qu'il veuille refaire l'amour à sa femme, qu'il veuille rencontrer du monde, etc.).

Au final, Rabbit hole constitue une excellente surprise. En caractérisant parfaitement ce que peut ressentir un couple suite à la perte d'un être aimé – à tel point que l'on peut se demander si le réalisateur n'a pas vécu un tel drame dans sa famille – John Cameron Mitchell livre un film intelligent, subtil, qui touche le spectateur dans son fors intérieur. Voilà donc un film à ne pas rater, surtout si l'on apprécie les films poignants et émotionnellement forts.

Posté par nicofeel à 06:47 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
20 décembre 2011

La piel que habito de Pedro Almodovar

lapielquehabitoTitre du film : La piel que habito

Réalisateur : Pedro Almodovar

Année : 2011

Origine : Espagne

Durée du film : 117 minutes

Avec : Antonio Banderas (le docteur Robert Ledgard), Elena Anaya (Vera), Marisa Paredes (Marilia),Vicente (Jan Cornet), Blanca Suarez (Norma), Roberto Alamo (Zeca), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un médecin réputé se lance dans des expérimentations concernant le corps humain.

Sélectionné au dernier festival de Cannes, la piel que habito marque le retour du cinéaste Pedro Almodovar. En adaptant librement le roman Mygale du français Thierry Jonquet, Almodovar signe un film au scénario particulièrement retors. Jugez plutôt : un chirurgien renommé retient prisonnier chez lui, dans une résidence isolée, une belle jeune femme. Ce chirurgien avait auparavant épousé une femme qui l'avait trompé avec son frère illégitime. Brûlée dans un accident de voiture après avoir tenté de fuir avec son amant, son épouse s'était suicidée en se jetant par la fenêtre ne supportant pas la vision de l'être qu'elle était devenue. Quelque temps après, c'est la fille du chirurgien qui s'est suicidée après s'être fait violer. Voilà des événements qui sont bien gratinés et torturés. Et pourtant, à ce stade on est encore loin de couvrir toutes les problématiques dramatiques du film.

Car Pedro Almodovar va loin dans ce film, n'hésitant pas à repousser les limites de la morale. Au regard du scénario, seule la sensibilité et l'intelligence d'Almodovar permettent d'éviter au film de sombrer dans le ridicule, dans le grand-guignolesque.

En voyant La piel que habito, on pense forcément aux yeux sans visage de George Franju au regard du titre du film et du synopsis de celui-ci. Pourtant, à y regarder de plus près, Pedro Almodovar est plutôt sous influence cronenbergienne avec toute cette relation au corps. C'est d'ailleurs chez Cronenberg que l'on retrouve des chirurgiens (Les jumeaux de Faux-semblants) et que le corps fait l'objet de toutes les attentions. Et puis ce côté froid, clinique, se trouve bien dans le film Faux-semblants de Cronenberg.

Cela étant dit, le film est aussi et surtout un melting-pot du cinéma d'Almodovar : la transformation d'un homme en femme fait écho à Tout sur ma mère ; les relations perverses entre Eros et Thanatos (le docteur a tout de même une relation avec sa créature, qui lui rappelle sa femme décédée) sont déjà à l’œuvre dans Matador, avec d'ailleurs déjà Antonio Banderas dans le rôle principal. Quant au scénario du film, s'il est complètement « barré », à la limite du scabreux (quoique la limite est certainement dépassée), il n'est pas sans rappeler Parle avec elle où un homme commettait déjà des actes répréhensibles. Il était déjà question d'éthique.

Dans ce film, Almodovar ne se contente pas d'être référentiel du cinéma de grands réalisateurs ou de son propre cinéma. Il parvient avec maestria à mettre en scène un film intense et non dénué de fond sur le plan thématique.

Almodovar réussit dans La piel que habito à allier deux choses qui vont rarement de pair : le cinéma de genre avec l'aspect thriller. La photographie très soignée du film accroît son aspect froid, clinique, inquiétant. Cela permet aussi de renforcer le côté thriller du film, qui est à la lisière du fantastique.

Dans ce film, Antonio Banderas, qui n'avait pas retravaillé avec Almodovar depuis Attache-moi (1989), est parfait dans son rôle de médecin obsédé à l'idée de retrouver d'une façon ou d'une autre sa femme. La passion qu'il a pour elle tourne à l'obsession et fait qu'il ne s'embarrasse pas outre mesure de questions éthiques liées à sa profession (faire des tests concernant de nouvelles peaux sur des humains) ou de questions de morale (enlèvement, séquestration, punition, etc.). En cherchant à ressusciter sa femme disparue en transformant un être en une créature, il se prend pour Dieu mais n'est rien d'autre que le docteur Frankenstein.

Pedro Almodovar profite ainsi de ce film pour développer des thèmes qui lui sont chers : Le plus évident est l'obsession qui peut mener à la folie. Il y a aussi le culte du corps à travers la beauté de la femme. Sur ce point, l'actrice Elena Anaya qui joue le rôle de Vera est superbe : elle a un joli visage et est très fine. Son physique s'adapte bien à ce rôle où le docteur cherche à obtenir une nouvelle peau parfaite. Amodovar s'intéresse aussi dans ce film à l’ambiguïté sexuelle mais aussi au voyeurisme avec les écrans de contrôle qui font penser à du Brian de Palma.

Au final, avec La piel que habito, Pedro Almodovar livre un film qui flirte avec le thriller, voire le film d'horreur (il est clairement question de vengeance) mais qui n'en reste pas moins une œuvre en adéquation avec la filmographie du réalisateur espagnol (la passion est le maître mot de ce film). Ce film a beau être très réussi et particulièrement prenant, il est tout de même réservé à un public averti car il est tout de même question de viol, de suicide, de kidnapping, de changement de sexe. En somme, des éléments que l'on ne retrouve pas couramment dans le cinéma actuel et qui posent des questions sur le plan moral.

Posté par nicofeel à 06:20 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]