Déjantés du ciné

14 octobre 2017

La foire aux vanités de Marc Munden

lafoirauxvanitesphoto3_8890dTitre de la mini-série : La foire aux vanités

Réalisateur : Marc Munden

Année : 1998

Avec : Natasha Little, Frances Grey, Tom Ward, Philip Glenister, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes font rage. Fille d’un artiste peintre sans le sou et d’une chanteuse de cabaret, l’orpheline Becky Sharp quitte le pensionnat. Mécontente de son pauvre sort, elle ambitionne d’accéder à la haute société britannique. Pour atteindre son but, Becky va déployer sans scrupules toute son intelligence et son pouvoir de séduction...

De manière un peu exceptionnelle, ci-joint la critique d'une (excellente) mini- série, La foire aux vanités.


William Makepeace Thackeray (1811-1863), un des romanciers les plus importants de la période victorienne, est bien connu pour l’adaptation de ses Mémoires de Barry Lyndon par Stanley Kubrick. Toutefois, les plus lettrés n’oublieront pas de mentionner son autre « best-seller », La foire aux vanités (Vanity fair), paru sous forme de feuilleton entre 1846 et 1847. Une source intarissable d’adaptations au cinéma à partir de 1911, dont une en 2004 par Mira Nair avec Reese Witherspoon et Romola Garai dans les rôles principaux.

lafoireauxvanitesphoto1_fc287Le culte autour du roman s’est également matérialisé par les nombreuses séries télévisées orchestrées par la BBC tout d’abord en 1956, puis en 1967, 87 et 98. Pour cette dernière, la BBC a mis les petits plats dans les grands puisqu’elle a fait appel à Andrew Davies, spécialisé dans l’adaptation de romans célèbres, que ce soit notamment Middlemarch (1994) d’après George Eliot ou la célèbre mini-série d’Orgueil et préjugés (1995) avec Colin Firth dans le rôle inoubliable de M. Darcy, d’après une certaine Jane Austen.

Le réalisateur Marc Munden, inspiré par le scénario d’Andrew Davies, a disposé d’un temps suffisant pour installer l’action et développer ses personnages. Le roman a pu de ce fait être respecté dans ses grandes largeurs.

A la différence du film de Mira Nair, l’action est ici centrée autour de deux personnages féminins et pas uniquement sur celui de Becky Sharp. Cela donne d’autant plus d’attrait à cette œuvre qui s’attache à dépeindre la société anglaise de la première moitié du XIXème siècle. N’y allons pas par quatre chemins. D’ailleurs, tout est dit dans le titre. La foire aux vanités est une satire féroce des prétentions, qui s’accommode très bien du format d’une mini-série de près de 5 heures.

Pour donner du poids à sa démonstration, Marc Munden a choisi de mettre l’accent sur les deux personnages principaux, clairement antinomiques dans leur façon d’être : d’un côté la machiavélique Becky Sharp, à l’ambition féroce, et de l’autre la prude et jouvencelle Amelia Sedley. En dehors de leur personnalité, c’est bien leur condition sociale qui les oppose : la première est issue du milieu populaire quand l’autre est bien établie dans la bourgeoisie. De quoi donner du mordant à la farce : le réalisateur insiste sur les travers hypocrites de cette société où derrière l’apparat de la bienséance, tout le monde (ou presque) n’est que faux-semblant et usurpateur.

On assiste donc à un jeu de dupes – très divertissant au demeurant – où les manigances et manipulations en tous genres sont légion. Le meilleur représentant en la matière est évidemment le personnage d’arriviste de Becky Sharp, l’un des plus développés, au plus grand bonheur du spectateur qui suit avec délice les stratagèmes mis en place pour son ascension sociale. Rien ne l’arrête quand il s’agit de changer de rang, surtout quand il s’agit de profiter de la sottises de certains hommes fortunés (ou ne serait-ce pas tout simplement l’attirance que leur inspire cette femme).

lafoirauxvanitesphoto2_52339Becky ne recule devant rien et tout homme disposant d’une bonne position sociale et d’une bourse conséquente fait partie potentiellement de ses plans. Les actions amorales de cette Rastignac britannique forcent le respect. A côté, George Osbourne, jeune noble vantard et notoirement coureur de jupons, apparaîtrait presque comme un perdreau.

Fort du roman originel qui aide aux dialogues ciselés, la farce trouve le bon ton à la télévision et tient aisément en haleine de par les actions des différents personnages, assez truculents. La charge sarcastique du roman est parfaitement rendue, à l’image des déclarations à l’emporte-pièce de la tante, qui se plaît à critiquer les desseins intéressés de toute sa famille, laquelle n’attend qu’une chose… qu’elle rende son dernier souffle pour tirer les marrons du feu de sa riche succession à venir.
Cette tante, inlassablement allongée, est d’ailleurs l’une des seules à voir clairement dans le jeu de Becky Sharp. Mais, à l’instar du spectateur, elle la trouve amusante.

Belle charge contre la noblesse victorienne, le divertissement de la BBC est moins consensuel que ce que l’on aurait imaginé au départ, malgré une fin forcément plus optimiste que le roman. Mais cela n’entache en rien le plaisir à regarder cette série qui ne s’adresse pas uniquement au seul public féminin.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/la-foire-aux-vanites-la-critique-de-la-serie-le-test-dvd


03 octobre 2017

Identities de Joshua Marston

identities1_a5e99Titre du film : Identities

Réalisateur : Joshua Marston

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h31

Avec : Rachel Weisz, Michael Shannon, Kathy Bates, Danny Glover

FICHE IMDB

Synopsis : La veille de son déménagement, synonyme d’un nouveau départ pour lui et son épouse, Tom fait une rencontre qui le trouble : lors d’un dîner, il croise Jennie, dont il a été autrefois éperdument amoureux. A sa grande surprise, la femme dit s’appeler Alice, et déroule devant l’assemblée une vie qui n’a rien à voir avec la réalité. Est-elle un sosie ? Une mythomane ? Bien décidé à percer le secret, Tom découvre bientôt qu’Alice dissimule bien davantage qu’une double identité...


Réalisé par Joshua Marston, remarqué avec Maria pleine de grâce, Identites se présente de prime abord comme une œuvre intrigante avec cette femme capable de changer d’identité (d’où le titre du film).

D’ailleurs, le début de ce long métrage entretient un mystère avec cette femme caméléon qui peut être tantôt une infirmière, tantôt l’assistante d’un magicien, ou une post-hippie. Il s’agit bien évidemment de la même personne mais on est surpris par sa capacité d’adaptation en fonction de l’environnement dans lequel elle évolue. Au passage, on notera que le hasard du calendrier a voulu qu’en 2017 plusieurs films, assez différents dans leur approche, évoquent cette question des personnages aux personnalités multiples : on songe ainsi à l’excellent Split de Night Shyamalan, à Seven Sisters avec Noomi Rapace actuellement en salles et donc à ce film avec Rachel Weisz dans le rôle principal.

identities3_07588Le trouble du spectateur perdure lorsque celui-ci apprend que cette femme, se prénommant Alice, est venu retrouver Tom, un ancien amant. Quelle est la raison de sa visite ? Qu’attend-elle de Tom ? Se dirige t-on vers une trame digne du Théorème de Pasolini lorsqu’un étranger sème le désordre dans une famille bourgeoise ?
Pas du tout. Identities s’attache à expliquer le besoin de cette femme, ayant vécu de multiples « vies » (neuf, forcément !), de jouer constamment un rôle. De cette façon, elle cherche à être une anonyme dans la masse et conserver ainsi toute forme de liberté. La fin du film est particulièrement évocatrice sur ce point.

L’idée est intéressante en soi mais son exploitation n’est pas fameuse. En effet, après une première demi-heure ayant installé l’intrigue, Identities se contente rapidement d’une discussion nocturne entre deux anciens amants n’ayant finalement pas grand chose à se dire. L’histoire donne sérieusement l’impression de tourner à vide. Or, il ne s’agit ni d’une histoire d’amour, ni d’un thriller, ni d’un drame, ni d’un film fantastique. Bref, on n’arrive pas à faire rentrer ce film dans une case et on ne parvient pas à s’y intéresser en raison d’un manque évident d’enjeux. Si on avait conservé le titre original du film, Complete Unknown, les choses auraient été plus claires...

De la même façon qu’Identities se poursuit dans la nuit, le spectateur est gagné par une incommensurable envie de s’endormir devant cette œuvre agissant comme un soporifique.
C’est d’ailleurs bien dommage car la déception est à la hauteur des espoirs suscités par un démarrage convaincant et un synopsis alléchant.

identities2_98a88Au demeurant, les deux acteurs principaux ne sont même pas à blâmer. Comme souvent, Rachel Weisz se révèle excellente. Ici, elle interprète finement le rôle de cette femme insaisissable, qui parvient à s’adapter à n’importe quel environnement. Pour lui rendre la pareille, on peut compter sur Michael Shannon, lui aussi très bon dans le rôle de l’amoureux éconduit, cherchant à comprendre les motivations de son ex. Le reste de la distribution est malheureusement sacrifié, à l’image de Kathy Bates et Danny Glover, apparaissant dans une scène unique d’une utilité très relative. Si on était mauvaise langue, on pourrait dire que c’est une façon pour le réalisateur d’inclure dans son casting deux autres pointures. Manque de chance, Identities s’apparente plus à un pétard mouillé qu’autre chose.

En dépit d’un démarrage convaincant, on peut sans mal lui décerner la palme de l’ennui alors que le film n’excède pas 1 h 30. On ne sera donc pas surpris qu’Identities ne soit pas passé par la case cinéma en France et qu’il sorte simplement en VOD, DVD et blu ray.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/identities-la-critique-le-test-blu-ray

 

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17 septembre 2017

Hors du temps de Robert Schwentke

horsdutempsafficheTitre du film : Hors du temps

Réalisateur : Robert Schwentke

Année : 2009

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Rachel McAdams, Eric Bana, Ron Livingston

FICHE IMDB

Synopsis : Clare aime Henry depuis toujours. Elle est convaincue qu'ils sont destinés l'un à l'autre, même si elle ne sait jamais quand ils seront séparés... Henry est en effet un voyageur du temps. Il souffre d'une anomalie génétique très rare qui l'oblige à vivre selon un déroulement du temps différent : il va et vient à travers les années sans le moindre contrôle sur ce phénomène. Même si les voyages d'Henry les séparent sans prévenir, même s'ils ignorent lorsqu'ils se retrouveront, Claire tente désespérément de faire sa vie avec celui qu'elle aime par-dessus tout...

Auteur d'un peu glorieux Flight plan, Robert Schwentke a mis en scène en 2009 un film dans un genre complètement différent. Ici, on est clairement dans le drame romantique avec cet homme, Henry (Eric Bana), victime d'une maladie génétique qui le contraint à voyager dans le temps, aussi bien dans le futur que dans le passé.

horsdutempscoupleÉvidemment, pour faire une belle histoire d'amour, il faut être deux. Et c'est Claire (Rachel McAdams) qui va être l'amour de la vie d'Henry. Si Henry ne peut pas contrôler ses disparitions, en revanche c'est de manière régulière qu'il revient voir sa chère Claire.
Là où le film fait preuve d'une réelle originalité, c'est qu'il montre au spectateur un couple qui va être réuni à différentes époques. Et tant Henry que Claire n'auront pas le même âge. D'ailleurs, au début du film, quand Henry vient voir Claire, seule cette dernière le connaît. Plus tard, c'est l'inverse qui se produit : Henry rencontre une petite fille, la fameuse Claire, dans un pré. Comme pour indiquer que chaque venue d'Henry est un éternel recommencement, on voit ce personnage nu comme un ver (enfin on ne le voit pas, c'est suggéré) à chacun de ses retours.

Sur le plan scénaristique, l'idée de cet amour presque impossible est des plus enthousiasmantes. En effet, Claire sait très bien qu'elle ne pourra vivre que par instants avec l'amour de sa vie. C'est la même chose pour Henry. On comprend alors la difficulté pour les deux tourtereaux de réussir à se marier ou encore de décider d'avoir un foyer commun.
Et que dire de la volonté de Claire d'avoir un enfant qui donne lieu à des scènes véritablement dramatiques. On assiste à ses fausses couches et on voit même Henry refuser d'avoir un enfant. Finalement, Claire réussira à « tromper » la vigilance d'Henry en faisant l'amour à un Henry plus jeune, qui n'est donc pas au courant de cette histoire d'enfant. En quelque sorte, Claire trompe l'histoire.
Mais c'est bien l'un des seuls moments où l'histoire ne se répète pas. Car Henry ne peut pas changer le cours de l'histoire. Ainsi, on observe à plusieurs reprises au début du film le jeune Henry qui revit la scène de l'accident qui amène au décès de sa mère. Mais il ne peut rien y faire. Dans le même ordre d'idée, Henry sait pertinemment que le futur ne lui permet jamais de dépasser la quarantaine. Progressivement, il comprend donc que sa vie est comptée. Il n'a plus beaucoup de temps à vivre avec sa bien aimée et sa fille Alba. D'autant que cette dernière est comme lui une voyageuse du temps. Elle sait donc pertinemment quand son père va décéder.

horsdutempsneigePrenant progressivement une tournure dramatique, le film Hors du temps a malheureusement le tort d'avoir un piètre réalisateur derrière la caméra. Robert Schwentke ne profite que partiellement de son excellent scénario de base. Il se contente de nous offrir des scénettes (dont certaines sont tout de même plutôt réussies) avec comme raccords la disparition et la réapparition d'Henry. Tout ceci devient finalement assez facile comme procédé et les scènes deviennent redondantes.

Heureusement, le dernier tiers du film est fort sur le plan émotionnel avec l'inéluctable (la mort d'Henry) qui est proche aors que l'on ne peut rien y faire pour l'empêcher. Par un joli tour de passe-passe, le réalisateur Robert Schwentke décide malgré tout, dans un ultime rebondissement, d'inscrire ses deux principaux protagonistes, Henry et Claire, dans une histoire d'amour éternelle.
Au niveau du casting, Eric Bana interprète un Henry d'une grande sensibilité. Ce bel acteur est parfait dans le rôle. La très mignonne Rachel McAdams ne l'est pas moins en interprétant une Claire éprise à jamais d'Henry. Les deux acteurs donnent vraiment l'impression d'être complices dans ce film et la réussite partielle de ce dernier n'y est pas étrangère. Voilà un couple beau et romantique.
L'histoire de personnages victimes d'un temps qui passe à l'envers ne nous est pas étranger. On a pu notamment constater cet étrange phénomène dans L'étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher.
Ici, l'histoire comme les effets spéciaux sont beaucoup plus simples. Non dénué de défauts, Hors du temps mérite tout de même que l'on s'y attarde. Ne serait-ce que pour sa dimension romantique omniprésente.

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07 septembre 2017

Patti Cakes de Geremy Jasper

patti1Titre du film : Patty Cakes

Réalisateur : Geremy Jasper

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h48

Avec : Danielle Macdonald (Patti), Bridget Everett (Barb), Siddharth Dhananjay (Jheri), Mamoudou Athie (« L’antéchrist »), Cathy Moriarty (Nana), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son Dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux.

 

Réalisateur de clips vidéo, Geremy Jasper se lance dans le grand bain du cinéma. Avec Patti Cakes, il met en scène son premier long métrage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il atteint sa cible. Patti Cakes reste durablement dans la tête du spectateur après son visionnage.

Le film interpelle déjà par son sujet qui donne l’impression d’assister à un « Eight miles » au féminin : c’est le même genre d’histoire, à savoir une success story à l’américaine. Ici, Patricia Dombrowski, alias Patti Cakes est de couleur blanche, issue d’un milieu défavorisé et vit dans le fin fond du New Jersey. Elle a du mal à s’en sortir dans la vie. Elle doit travailler en tant que serveuse dans un bar miteux avec des mecs paumés comme clients. Tout cela pour assurer la subsistance d’une grand mère infirme et d’une mère ayant échoué dans la chanson qui se console en buvant des coups et en couchant avec n’importe qui.

patti4Le background est posé, il est loin d’être florissant. On se croirait plutôt dans une histoire à la Zola.

Mais il y a encore mieux (pire?). Patti rêve de rencontrer O-Z, une véritable icône du rap, et elle s’imagine devenir elle aussi une star du rap. Or, elle n’a pas du tout le profil : c’est une femme, elle est blanche, dispose d’un physique ingrat (forte corpulence) et réside dans une petite ville des États-Unis.

A la base, c’est vraiment pas gagné. Et pourtant… Patti est une excellente slammeuse. Elle sait rythmer ses chansons, fait passer des messages et ne se gêne pour choquer ses interlocuteurs quand elle le juge nécessaire (il faut voir le nombre de connotations sexuelles).

Et puis, elle n’est pas seule : elle a autour d’elle trois personnes importantes qui ne vont cesser de l’épauler : il y a évidemment sa grand-mère qui a toujours cru en elle, il y a aussi son pote Indien avec qui elle fait du rap et il y a le mystérieux « Antéchrist » dont le mutisme est à la hauteur pour trouver d’excellents accords.

Dans un film qui fleure bon le « feel good movie », son réalisateur Geremy Jasper parvient adroitement à mêler comédie et émotion. Le côté amusant du film est évidemment celui que l’on perçoit le plus rapidement avec notamment les nombreux combats de slam lorsque Patti remet en place ses adversaires masculins. Et puis il y a le moment savoureux de la création du groupe de musique P.B.N.G. avec notamment la grand-mère qui se prête au jeu en mettant une cagoule (comme une racaille) et qui n’hésite pas à en faire des tonnes ! Il faut voir aussi la mère de Patti Cakes qui est ridicule à de nombreuses reprises lorsqu’elle essaie de jouer à l’ex-star.

Ce long métrage comporte aussi son lot de scènes touchantes, à l’image de cette belle séquence lorsque Patti passe le micro à sa mère pour qu’elle chante avec elle. On sent clairement que le lien les unissant, pas toujours au beau fixe, repart sous de bons auspices.

Comme dit précédemment, le film est sans nul doute un feel good movie, un véritable antidépresseur. Même quand les choses vont mal, le copain de Patti lui rappelle qu’il ne faut jamais baisser les bras : « arrête avec la haine et la négativité, tout ça c’est toxique. » A sa façon, le film comporte des thématiques universelles, en invitant le spectateur à croire en ses rêves et à se battre au quotidien pour que ceux-ci se réalisent. C’est sans doute un peu naïf mais après tout pourquoi pas. C’est bien quand on arrête de rêver, que l’on a plus de but dans la vie, que l’on n’a plus aucun plaisir dans la vie.

patti2Il est notable dans Patty Cakes que le film vaut le coup d’œil pour certaines scènes totalement surréalistes, lorsque Patti s’imagine avec O-Z dans ses rêves : cela donne un aspect loufoque, drôle et très coloré à ce long métrage qui ne manque pas d’idées. Et puis ces scènes sont parfaitement antinomiques avec le morne quotidien de Patti, qui évolue dans une ville sans avenir.

Comme quoi, derrière le vernis de son côté « fun », le film a bien quelque chose à raconter au spectateur.

Il va sans dire que la réussite de ce long métrage tient à l’interprétation de ses acteurs. Au premier rang de ceux-ci il y a évidemment l’actrice Danielle Macdonald dans le rôle de Patti Cakes. L’actrice s’est beaucoup entraînée pour obtenir le bon rythme au niveau de son flow. C’est essentiel car le film comporte de nombreuses séquences chantées qui font bien souvent mouche. Et puis elle interprète avec avec beaucoup d’envie le rôle de cette fille qui fait tout pour s’en sortir, s’évader de son environnement quotidien. Aux côtés de cette actrice formidable qui crève l’écran, on trouve d’excellents seconds rôles qui jouent eux aussi sans fausse note.

En somme, rien à dire, si ce n’est que ce film mériterait d’être bien plus connu, tant il est plaisant à regarder et qu’il donne une pêche d’enfer ! Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

Pour terminer, j’invite les futurs spectateurs de ce film à le regarder jusqu’au bout car la chanson de fin, « The time that never was », signée Bruce Springsteen, est vraiment excellente et totalement en adéquation avec Patti Cakes.

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26 août 2017

Les filles d'Avril de Michel Franco

avril1Titre du film : Les filles d’Avril

Réalisateur : Michel Franco

Année : 2017

Origine : Mexique

 Durée : 1h52

 Avec : Emma Suarez (Avril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Joanna Larequi (Clara), Enrique Arrizon (Mateo), etc.

 FICHE IMDB

Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l'enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l'aide sa mère Avril, installée loin d'elle et de sa sœur.

 

On ne sait pas si ça lui arrivera un jour, mais il est tout de même peu probable que le cinéaste mexicain Michel Franco s’adonne aux comédies romantiques. Et pour cause. Celui-ci semble prendre un malin plaisir à filmer toute la noirceur de l’être humain.

Révélé avec son long métrage Despuès de Lucia, formidable drame sur le harcèlement à l’école, Michel Franco continue d’explorer les travers de l’Homme avec son nouveau film, Les filles d’Avril.

La première scène est tout à fait insolite et donne d’emblée le ton. On aperçoit une trentenaire, Clara, visiblement peu épanouie, en train de préparer à manger, alors que dans la chambre à côté, un couple fait l’amour ! Quelques instants plus tard, on voit une jeune fille nue et enceinte, Valeria, sortir de la chambre. Valeria est tout simplement la jeune sœur de Clara ! Dans cette scène, il y a tout le cinéma de Franco avec d’un côté une femme frustrée et de l’autre des rapports familiaux pour le moins étonnants.

avril3La suite du film va confirmer cette impression, en amplifiant le sentiment de malaise que provoquent des relations familiales inattendues. Le spectateur se trouve un peu comme dans Daniel et Ana, où l’horreur de l’inceste nous était décrit de façon implacable, dans une situation de voyeurisme fort déplaisante.

Comme l’indique le titre du film, il y a forcément dans Les filles d’Avril… Avril, la mère de Valeria et Clara. Elle est interprétée par Emma Suarez, très remarquée l’an dernier dans Julieta d’Almodovar. Ici, elle joue avec conviction le personnage complexe et terrifiant d’Avril. Avec son air enjoué et son côté sociable, Avril donne l’impression d’une personne aimable, sympathique. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

Surtout que dès le départ, Valeria n’est pas franchement ravie à l’idée de revoir sa mère. On sent une vraie gêne quand elle pense à elle. Et on ne tarde pas à comprendre pourquoi. Sous son air jovial, Avril cache une personnalité de dictateur, qui entend régenter la vie des autres comme elle le souhaite. Tout doit tourner autour de ses choix.

Sans exagérer, on peut affirmer qu’elle essaie de vampiriser son entourage. Âgée de la quarantaine bien dépassée, Avril se comporte comme une véritable mère vis-à-vis de l’enfant de sa fille. Elle prend tout l’espace autour d’elle et rien ne l’arrête. Pas même les considérations morales, qui sont censées refrénées certaines pulsions. On est abasourdi par ce que Avril ose faire, montrant en tout état de cause que seul son intérêt personnel compte. Et de la même façon qu’un vampire reste éternellement jeune, Avril entend vivre à sa façon une deuxième jeunesse.

avril2Dans Les filles d’Avril, Michel Franco n’y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire de façon abrupte les rapports tendus entre une mère et ses deux filles, dont le seul lien est celui du sang. Quoique, en réfléchissant bien, elles semblent liées par un autre point commun : elles sont toutes trois mal dans leur peau. Avril, en apparence joyeuse, compense son mal-être par la liberté totale qu’elle s’accorde, à commencer par son obsession à donner des cours de yoga (une façon de lui apporter un minimum de sérénité?).

Il va sans dire que Les filles d’Avril ne serait pas un drame autant réussi sans la performance d’Emma Suarez. L’actrice hispanique est tout bonnement époustouflante dans le rôle de cette femme machiavélique et réellement dérangée. A l’image de la dernière scène où on la voit à l’écran, où elle ne manque pas de surprendre une dernière fois le spectateur. Les deux autres actrices sont bien moins marquantes. D’ailleurs, le rôle de Clara, relativement stéréotypé, aurait sans doute mérité un développement plus important. On ressent son spleen, sans comprendre ses raisons. On reste dans le non-dit, ce qui était sans doute voulu par Michel Franco.

Dans tous les cas, avec Les filles d’Avril, Michel Franco prouve une nouvelle fois sa maestria à mettre en scène des drames humains forts, intenses et malaisants par moments. Toutefois, on lui sait gré d’avoir opté pour une fin (relativement) optimiste, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

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14 août 2017

Dans ses yeux de Juan José Campanella

danssesyeuxTitre du film : Dans ses yeux

Réalisateur : Juan José Campanella

Année : 2010

Origine : Argentine

Durée : 2h09

Avec
: Ricardo Darin (Benjamin Esposito), Soledad Villamil (Irene Menendez Hastings), Pablo Rago (Ricardo Morales), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1974, Buenos Aires. Benjamin Esposito enquête sur le meurtre violent d'une jeune femme. 25 ans plus tard, il décide d'écrire un roman basé sur cette affaire "classée" dont il a été témoin et protagoniste.

 

Film argentin réalisé par Juan José Campanella, Dans ses yeux a obtenu l'oscar du meilleur film étranger, au nez et à la barbe de films tels qu'Un prophète et Le ruban blanc. Et au vu de la qualité du film il faut bien reconnaître que cette récompense n'est pas imméritée, loin de là.
Dans ses yeux utilise les codes de l'enquête policière, avec cet homme à la retraite, Benjamin Esposito, qui a travaillé auparavant dans un tribunal judiciaire de Buenos Aires, et se remémore une affaire de meurtre irrésolue particulièrement marquante dans sa carrière.

dansesyeux2Vingt cinq ans après les événements, cette affaire continue à le hanter (« je crains » a-t-il écrit à la main sur un papier), à tel point qu'il a choisi d'écrire un roman sur cette affaire, tentant donc par là même de donner à son geste un aspect cathartique.
Benjamin Esposito revient naturellement voir celle qui fut sa greffière en chef à l'époque (son supérieur hiérarchique) et qui a depuis fait son trou. Le film va nous proposer de très nombreux flashbacks sur les événements passés, en narrant une histoire forcément subjective puisque certains éléments – pour le moins inconnus – sont déduits par la logique de Benjamin.

L'histoire à proprement parler débute avec comme point de départ le meurtre d'une jeune femme dans des conditions horribles. Violée et tuée, elle laisse un mari désormais veuf alors inconsolable, qui espère bien que la justice de son pays va retrouver le meurtrier de son épouse.

Véritable jeu de pistes, l'enquête policière est effectuée par Benjamin Esposito et son acolyte, personnage alcoolique et complètement décalé. Le collègue de Benjamin est là pour apporter une touche amusante à un film sérieux sur le fond et pour autant non dénué d'un humour parfois étonnant.
Retrouver le meurtrier n'est pas une mince affaire et la résolution de l'intrigue ne pourra avoir lieu que par le biais de lettres (retrouvées dans des conditions pas vraiment légales) qui comportent des rébus footballistiques. Une fois compris, ces rébus vont mener au tueur. Notons que l'on aura droit à une superbe transition par l'intermédiaire d'un magnifique plan-séquence partant du ciel pour arriver jusqu'au tueur désigné.
Cependant, lorsque l'administration argentine met la main en 1974 sur ce fameux tueur, le film est loin d'être fini. Et pour cause : le tueur va être gracié ! Le cinéaste Juan José Campanella met alors à profit cet épisode pour critiquer une justice qui est loin d'être au dessus de tout reproche. Ainsi, sous prétexte que cet homme divulgue des informations des informations à la police (il joue le rôle d'indic' en somme), il peut être libéré malgré un procès ayant décidé comme jugement la prison à perpétuité.

danssesyeux3Du coup, l'un des autres intérêts de cette situation est que la tension repart de plus belle avec les gens qui ont travaillé sur ce dossier – Benjamin et son acolyte mais aussi la greffière en chef – qui se retrouvent en danger. Qui a tué le collègue de Benjamin ? Pourquoi le tueur du début a disparu dans la nature sans que l'on entende plus jamais parler de lui ? Voilà des questions restées sans réponse qui vont enfin trouver une solution. A cet égard, la fin du film, qui nous offre en peu de temps plusieurs twists fort intéressants, se termine de façon bien surprenante mais parfaitement crédible avec une belle réflexion sur la notion de passion (notion qui est évoquée à plusieurs reprises dans le film) et de justice personnelle.
Dans son ensemble, Dans ses yeux se penche également sur un amour impossible entre Benjamin et Irène, la greffière en chef. Le train que l'on voit au début du film et vers la fin n'est pas sans rappeler le cinéma de Kieslowski avec cette thématique du hasard.
Très bien interprété par l'ensemble de la distribution du film, Dans ses yeux est un long métrage particulièrement prenant, jouant aussi bien sur un registre policier que sur celui d'une émotion contenue mais réelle (l'amour entre Benjamin et Irène ; le lien plus fort que prévu entre Benjamin et son collègue ; la permanence des sentiments du veuf).
En somme, voilà un film de qualité qui mérite à tous points de vue d'être regardé.

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04 août 2017

La planète des singes : suprématie de Matt Reeves

laplanetedessinges1Titre du film : La planète des singes : suprématie

Réalisateur : Matt Reeves

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 2h20

Avec : Andy Serkis (César), Woody Harrelson (le colonel), Karin Konoval (Maurice), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans ce volet final de la trilogie, César, à la tête des Singes, doit défendre les siens contre une armée humaine prônant leur destruction. L’issue du combat déterminera non seulement le destin de chaque espèce, mais aussi l’avenir de la planète.

 

La planète des singes : suprématie constitue le dernier épisode de la nouvelle saga de La planète des singes. C’est à nouveau Matt Reeves qui est aux commandes après La planète des singes : l’affrontement (2014).

Au départ, on s’attend à un film de science-fiction basé sur l’action comme le précédent opus. D’ailleurs, ce volet démarre « pied au plancher » avec des militaires arpentant une forêt dans le but unique d’éliminer des singes. Le combat qui s’en suit est assez féroce et va causer de lourdes pertes des deux côtés. Outre cette séquence et un final spectaculaire, ce long métrage ne comporte que de rares scènes d’action durant ses 2h20.

En fait, pour un blockbuster estival, le réalisateur Matt Reeves surprend le spectateur par un spectacle basé avant tout sur l’émotion. Avec ces laplanetedessinges2singes traqués en permanence alors qu’ils demandent simplement à vivre en paix, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec une histoire pas si lointaine des États-Unis : celle du massacre des Indiens. De la même façon que ceux-ci, les singes sont l’ennemi numéro un alors qu’ils n’ont jamais cherché à déclencher une guerre. Les agissements des hommes se révèlent même particulièrement cruels puisque, non contents de tuer leurs adversaires, ils prennent un malin plaisir à les faire souffrir et à les torturer.

De son côté, le leader des singes, César, est tiraillé entre le besoin de guider les siens vers une terre hospitalière et son désir de vengeance. C’est toute la problématique de cet opus avec ce singe ressentant des émotions, finalement comme un humain. Dans La planète des singes : suprématie, le spectateur adopte le point de vue des singes, et en particulier celui de César. Comme lui, on ressent des choses, lorsqu’il perd des êtres chers ou lorsqu’il doit faire face à des dangers multiples.

De la même manière que certains westerns (progressistes) se révèlent pro-Indiens, ce film apparaît immanquablement comme une œuvre en faveur des singes. Sur ce point, l’idée est sans doute bonne mais elle aurait gagné à être plus nuancée. Car sans exagérer on a d’un côté les méchants humains, individualistes, commandés par un colonel cruel et de l’autre des singes très unis (sauf quelques traîtres), prêts à tout pour aider leurs congénères. D’ailleurs, la colère animant César n’est que le résultat d’une vengeance (légitime ?) qui le tiraille. Au niveau des hommes, seule une jeune fille muette apparaît comme un personnage positif : mais ne serait-ce pas dû au fait que c’est une enfant, encore innocente ? Sans doute.

Cette dichotomie entre gentils singes et méchants humains se révèle aussi au niveau de l’utilisation de la parole, à la base une des spécificités de l’Homme. Ici, on entend rarement la voix des hommes. Bien souvent, les militaires se limitent à des bruits guerriers pouvant faire penser à des rites de sauvages. Et puis les hommes sont victimes de la grippe simienne, leur faisant perdre l’usage de la parole. A l’inverse, les singes sont parfois dotés du don de la parole, à l’instar de César ou du singe portant une doudoune ayant appris à parler en entendant les hommes.

On sent donc que l’enjeu n’est pas seulement à voir sous l’angle du combat entre les hommes et les singes. Surtout qu’à la différence des singes (en tout cas dans cet opus), les hommes sont capables de se combattre entre eux pour une pseudo suprématie.

laplanetedessinges3Doté d’effets spéciaux bluffants avec des singes plus vrais que nature, un background et une mise en scène fluide, ce nouvel épisode de La planète des singes trouve pourtant son attrait principal au niveau de son fond. Alors que le précédent opus pêchait sur ce plan, Suprématie est au contraire une œuvre très riche qui joue sur l’humanisme de ces singes, dépassant sur ce point leurs anciens maîtres. Certaines scènes sont fortes sur le plan émotionnel, ce qui était loin d’être gagné au départ.

Il faut dire que Andy Serkis, affublé d’une combinaison dite de performance capture, est toujours autant à l’aise dans le rôle de César. Il livre une composition de premier lieu en faisant passer des émotions vraies. On se plaît à suivre ses aventures. De son côté, Woody Harrelson ne fait pas dans la finesse dans le rôle d’un colonel sanguinaire, mais il a le mérite de rendre son personnage hautement détestable. Preuve qu’il est parvenu à atteindre le but qui lui avait été assigné.

On ne sait pas à l’heure actuelle si on en a fini avec La planète des singes et ses nombreux reboots ou remakes. Mais toujours est-il que Matt Reeves clôt de belle manière cette trilogie.

24 juillet 2017

The last girl de Colm McCarthy

thelast1Titre du film : The last girl (The girl with all the gifts)

Réalisateur : Colm McCarthy

Année : 2017

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h52

Avec : Sennia Nanua (Melanie), Gemma Arterton (Helen Justineau), Paddy Considine (le sergent Eddie Parks), Glenn Close (le docteur Caroline Caldwell), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions.

 

Avec son affiche sanglante lorgnant clairement du côté des films d’horreur, The last girl donne l’impression, de prime abord, de n’être qu’un énième film de zombies.

Pourtant, s’il s’inscrit dans un genre surabondant frôlant la saturation, il a le mérite de se démarquer rapidement du tout-venant. Le festival du film fantastique de Gérardmer ne s’y est d’ailleurs pas trompé en lui délivrant le prix du jury.

The last girl - dont le titre original, The girl with all the gifts est beaucoup significatif du contenu de cette œuvre – est déjà remarquable par la figure de son héroïne. Il ne s’agit pas d’une jeune femme qui va se révéler courageuse en affrontant une horde de zombies. Non, ici on a affaire à une fillette de dix ans, haute comme trois pommes et toute mignonne. Alors pourquoi diable est-elle enfermée dans une sorte de bunker avec d’autres enfants? Il s’avère que ces enfants ont été infectés par un champignon pathogène. De fait, ils peuvent se révéler très dangereux.

thelast4C’est pourquoi ils sont constamment surveillés par des militaires et n’ont le droit de sortir de leur cellule qu’en étant ligotés et seulement pour recevoir les cours d’une jeune professeure (Gemma Arterton). C’est comme si on testait la part d’humanité qu’il y a en ces enfants. Dans quel but ? On ne tardera pas à découvrir l’horrible réalité.

En attendant, comme dans tout bon film de zombies qui se respecte, on apprend que la pandémie due au champignon pathogène a touché un grand nombre de la population, transformant nombre d’humains en monstres assoiffés de sang. Vous me direz que tout ceci est très classique.

D’autant qu’à l’instar du début de l’excellent 28 semaines plus tard, on ne tarde pas à assister à une scène de combat avec des centaines (des milliers?) de contaminés s’en prenant aux derniers humains ayant échappé au virus. Les prémices d’un film d’action mâtiné d’horreur ? Pas vraiment. Le réalisateur Colm McCarthy, dont c’est le premier long métrage, après qu’il se soit fait la main sur des épisodes des Tudors ou encore de Doctor Who, privilégie l’aspect psychologique sur le reste.

Si l’on excepte quelques scènes un peu gore, il faut bien reconnaître que The last girl pourrait s’apparenter à un pur film d’auteur.

Dans ce road movie urbain – décidément ce film est multi genre – où nos principaux protagonistes (notre jeune héroïne, la professeure, une scientifique jouée par Glenn Close et des militaires) sont livrés à eux-mêmes, le but devient simple : survivre dans un environnement hostile. Cette quête est d’autant plus ardue que les intérêts des uns et des autres sont divergents.

Après avoir installé un climat lourd et oppressant dans le premier tiers de son film, Colm McCarthy ne relâche pas la pression sur le spectateur en instaurant une tension quasi omniprésente. A de moults reprises, on se demande bien comment nos personnages vont se sortir de situations ô combien délicates. Comme quoi, pas besoin de jouer sur le côté spectaculaire avec des attaques de zombies pour marquer son auditoire.

En plus d’un scénario bien plus fin qu’attendu, The last girl pose de vrais questionnements autour du devenir de l’Homme. Et puis il s’intéresse dans le même temps aux « contaminés ». Comme le suggérait en son temps George A. Romero (qui vient récemment de décéder) dans Le jour des morts-vivants avec le personnage de Bouba, et si ces zombies étaient dotés d’une conscience, comme nous ? Dans cette œuvre où le psychologique prend une part déterminante, Colm McCarthy va même plus loin en évoquant cette horrible réflexion : et si l’ère de l’homme était révolue, pour laisser place à une espèce plus puissante, celle des »contaminés » ? Ne cédant jamais à la facilité, Colm McCarthy va jusqu’au bout de son idée avec une fin surprenante et nihiliste, qui devrait laisser pantois plus d’un spectateur. Le réalisateur a d’ailleurs le mérite de terminer son film par un climax très réussi.

thelast3Au terme d’1h52 d’un voyage intense, Colm McCarthy sera parvenu à nous surprendre, ce qui n’était pas gagné d’avance dans un genre surabondant.

Même la distribution, habituellement faiblarde dans de telles productions, tire le film vers le haut. Les personnages ne sont pas des caricatures. La jeune Sennia Nanua, dans le rôle principal, est épatante de naturel. Elle dégage une vraie émotion en incarnant à merveille cet enfant dangereux qui cherche simplement sa place dans le monde. Ayant eu une enfance brisée, elle aspire à autre chose dans ce monde désolé. On est également (très) agréablement surpris par la performance de Gemma Arterton. L’actrice britannique, dont le personnage a bien été travaillé, fait autre chose que montrer son joli minois. Quant à Paddy Considine, il joue de façon convaincante un officier militaire.

The last girl bénéficie aussi d’un background bien travaillé. Encore une fois, on ne tombe pas dans la facilité avec par exemple des effets spéciaux clinquants. Comme dans 28 jours plus tard - une des influences évidentes du film - on traverse des rues désertes, des lieux abandonnés, avec une nature qui a déjà repris ses droits.

Au final, The last girl constitue un film d’horreur (mais pas seulement) de premier plan, notamment par son aspect psychologique très développé. Voilà une œuvre qui se bonifiera au cours du temps. On attend avec impatience le prochain long métrage du prometteur Colm McCarthy.

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12 juillet 2017

Love, et autres drogues d'Edward Zwick

loveetTitre du film : Love, et autres drogues

Réalisateur : Edward Zwick

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h52

Avec : Jake Gyllenhaal, (Jamie Randall) ; Anne Hathaway (Maggie Murdock) ; Josh Gad (Josh Randall), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : New York, les années 90. Jamie est un jeune commercial redoutable dont l’assurance - et le physique avantageux - sévissent aussi bien auprès des femmes que dans l’univers implacable de l’industrie pharmaceutique où, entre antidépresseurs et dopants sexuels, il parvient finalement à tout vendre.


Réalisé par Edward Zwick (Légendes d'automne en 1995 ; Le dernier samouraï en 2004 et Blood diamond en 2007), Love, et autres drogues, réunit à l'écran deux stars vus dans le film Le secret de Brokeback mountain, à savoir Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway.

Le premier joue le rôle de Jamie Randall, une personne aimant le sexe et qui décide de devenir visiteur médical car cela paie bien (« ce sont des représentants de commerce sauf qu'ils en vendent pour 97 milliards de dollars par an »). Il entre ainsi à la fin des années 90 chez le groupe pharmaceutique Pfizer où il a droit à une formation qui n'a d'autre but que de lui donner des pistes pour vendre les produits de son employeur. On a droit ainsi à l'idée selon laquelle il faut combattre la maladie sous tous les fronts ou encore que Pfizer rend la vie plus belle. Rien que ça.

loveet2De son côté, Anne Hathaway interprète Maggie Murdock, une jeune femme atteinte de la maladie de Parkinson, que Jamie va avoir l'occasion de voir lors de l'une de ses visites à un médecin. Après une période d'acclimatation, l'un et l'autre se trouvent un point en vue en commun : ils adorent le sexe, c'est leur truc. Ils « baisent » en toute liberté, sans se faire de promesses. D'où le titre du film. Mais leur passion pour le sexe n'est qu'une façade car ils n’osent pas affronter la vie en face, et refusent les responsabilités.

Si Edward Zwick n'est pas considéré comme un grand réalisateur mais plutôt comme un cinéaste lambda, voire un « yes man » pour certaines mauvaises langues, il a tout de même le mérite de proposer une approche originale de la comédie romantique. Ici, le couple dont il est question commence d'abord par coucher (le film donne d'ailleurs l'occasion de voir l'actrice Anne Athaway dans quelques scènes de nu, ce qui n'est pas fréquent) avant d'en venir progressivement à la question des sentiments.

Et puis même si le réalisateur Edward Zwick opte pour le ton de la comédie, il ne se gêne pas pour critiquer les méthodes de vente employées par les grands groupes pharmaceutiques. Tout est bon d'après les groupes pharmaceutiques à partir du moment où cela permet de vendre. Évidemment, le film y va avec la finesse d'un éléphant – il ne faut pas oublier qu'il s'agit à la base d'une comédie – mais il a le mérite d’évoquer les choses sans ambages. Ainsi, Jamie Randall se met à jeter de la marchandise concurrente dès qu'il le peut pour faire valoir le produit phare de son groupe pharmaceutique ; certains visiteurs médicaux n'hésitent pas à user de leurs charmes auprès des secrétaires pour réussir à approcher les médecin. Il y a même des rapports marchands avec le don déguisé d'argent à un médecin ou encore des voyages au soleil. Ne cherchons pas la véracité dans de telles actions. C'est surtout la pression effectuée par les groupes pharmaceutiques pour vendre leurs produits qu’il convient de retenir au final.

Ceux-ci ne sont d'ailleurs pas aussi philanthropiques qu'ils le laissent entendre. Pour eux, l'idée est de vendre un produit en grande quantité. C'est la raison pour laquelle on voit dans le film Jamie Randall qui se satisfait de la vente du viagra, pilule traitant l'impuissance. Les éventuels effets indésirables de ce médicament ne sont évidemment signalés qu'en arrière plan.

loveet3Le réalisateur évoque donc la situation de grands groupes pharmaceutiques riches alors qu'à l'inverse, en raison de la cherté des médicaments, certains patients n'hésitent pas à acheter leurs médicaments à l'étranger (dans le film au Canada).

Le film n’est pas uniquement comique. Loin de là. Progressivement, en raison de l'évolution de la maladie de Maggie, l'aspect dramatique est mis en avant. Il faut dire que la maladie de Parkinson n'a pas encore trouvé de vaccin ou de médicament efficace à 100 %. Cette maladie dégénératrice est actuellement irréversible. On comprend la difficulté de vivre au quotidien avec quelqu'un qui est malade et sait que les chances d'une amélioration de son état sont minces.

Comédie pas toujours fine dans son approche (la critique de la politique des grands groupes pharmaceutiques et l'appétit sexuel de certaines personnes), Love, et autres drogues, n'en reste pas moins un film intéressant, ne serait-ce que par les thématiques qui y sont développées.
Et puis il faut reconnaître que le couple Jake Gyllenhaal et Anne Hathaway fonctionne très bien. On aurait donc tort de ne pas voir une comédie romantique qui sort un peu de l'ordinaire. Après tout, cela n’est pas si fréquent.

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29 juin 2017

Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

cequinouslie1Titre du film : Ce qui nous lie

Réalisateur : Cédric Klapisch

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h54

Avec : Pio Marmaï (Jean), Ana Girardot (Juliette), François Civil (Jérémie), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance.

 

Adepte de comédies prenant le pouls de la jeunesse (Le péril jeune, L’auberge espagnole, Les poupées russes) avec plus ou moins de réussite, Cédric Klapisch délaisse avec Ce qui nous lie, son nouveau long métrage, sa « coolitude » pour adopter un ton plus sérieux. Par ailleurs, le cadre est bien différent que ses autres œuvres puisque l’action se déroule dans la campagne bourguignonne.

Ce qui nous lie est l’histoire de deux frères (Jean et Jérémie) et d’une sœur (Juliette), réunis en raison de la maladie du père. Avec la mort de ce dernier, Jean, Jérémie et Juliette se retrouvent à diriger un important domaine viticole.

cequinouslie3Le film de Klapisch frappe d’emblée par son authenticité. Outre le lieu du tournage, à savoir de véritables terres viticoles en Bourgogne, on assiste à la vie d’un domaine au gré des saisons. Le matériau a beau être celui d’une fiction, on a tout de même le privilège de suivre le travail de la terre et des vignes, débutant par les fameuses vendanges et se poursuivant avec d’autres étapes obligatoires.

Ce qui nous lie est l’affaire de gens passionnés par leur métier. Tous travaillent dans le domaine du vin. De son côté, Juliette fait tout pour s’imposer en tant que viticultrice. Elle a beaucoup de talent mais doit faire face à plusieurs difficultés.

Car Ce qui nous lie n’est pas une sinécure pour ses protagonistes. Avec le décès du père, nos trois jeunes doivent du jour au lendemain gérer un domaine. Mais surtout ils doivent décider s’ils gardent ou non ce domaine. Pas facile de se décider et de garder la tête froide lorsque les droits de succession sont pharaoniques (encore un point très réaliste du film). Les questions d’argent sont bien souvent une source de division.

Mais Klapisch montre avec beaucoup de sensibilité que nos personnages ont une histoire en commun. Ce qui nous lie évoque l’attachement de Jean, Juliette et Jérémie pour la maison et les terres où ils ont grandi ensemble jadis. Ce lieu n’est pas anodin. C’est la terre de leurs ancêtres. Par d’astucieux flashbacks, on voit nos protagonistes lorsqu’ils étaient enfants avec leur père, présent à leurs côtés, toujours passionné pour leur apprendre le métier de viticulteur. Un père parfois dur dans ses remarques, mais qui a été un lien fort entre les membres de cette fratrie.

Ce qui nous lie n’est pas qu’une question de succession. C’est aussi et surtout une affaire de transmission avec un père qui a appris un savoir, un métier et des valeurs à ses enfants. C’est aussi pour cette raison que nos trois personnages principaux sont fortement attachés l’un à l’autre.

D’ailleurs, au fil des saisons, on sent clairement que le lien les unissant grandit de jour en jour : il n’y a plus seulement le lien du sang. Il y a aussi celui de cette passion du vin, mais aussi des terres de leurs ancêtres et évidemment de leur histoire commune qu’ils continuent d’écrire ensemble.

De même que la culture du vin demande du temps, Cédric Klapisch a pris son temps pour filmer ces paysages sur plusieurs années. Cela donne l’impression d’un temps qui passe tranquillement, avec un être humain qui fait corps avec la nature, la terre. Même si l’on n’est pas amateur de vin, on aurait bien envie à la fin du film de boire un verre de cette cuvée semblant très air agréable en bouche.

cequinouslie2Avec Ce qui nous lie, Cédric Klapisch livre un de ses meilleurs opus, sinon peut-être le meilleur. L’endroit du tournage a été très bien choisi avec ces terres bourguignonnes vallonnées, ce beau domaine, le tout filmé à différentes saisons, ce qui donne l’impression de suivre la vie de nos protagonistes. Tous n’ont pas les mêmes aspirations, certains ont le besoin de s’émanciper (le frère cadet vis-à-vis de sa belle famille) alors que d’autres cherchent tout simplement leur voie, à l’instar de Jean, le frère aîné qui raconte l’histoire en voix off.

Au niveau de la distribution, Ana Girardot sort clairement du lot. Elle est excellente dans le rôle de Juliette, apparaissant tout à la fois affirmée et fragile. Elle est la seule à être restée constamment sur le domaine familial et cela pèse évidemment sur son personnage.

Les deux autres acteurs, Pio Marmaï et François Civil, jouant respectivement les rôles de Jean et Jérémie, jouent correctement, mais finalement de la façon dont on les attend.

Dans l’ensemble, Ce qui nous lie constitue un film de qualité, où une famille tente de sauver le vignoble ancestral en se serrant les coudes. Une belle leçon de vie que l’on ferait bien de reproduire au quotidien, en dépassant nos différences et nos intérêts.

Posté par nicofeel à 06:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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