Déjantés du ciné

20 mai 2012

La communauté de l'anneau de Peter Jackson

lacommunaute0Titre du film : Le seigneur des anneaux : La communauté de l'anneau

Réalisateur : Peter Jackson

Année : 2001

Origine : Etats-Unis / Nouvelle Zélande

Durée du film : 208 minutes (pour la version longue)

Avec : Elijah Wood (Frodon Sacquet), Sean Astin (Sam), Ian McKellen (Gandalf), Viggo Mortensen (Aragorn), Orlando Bloom (Legolas), John Rhys-Davies (Gimli), Dominic Monaghan (Merry) Billy Boyd (Pippin), Boromir (Sean Bean), Liv Tyler (Arwen), Ian Holm (Bilbon Sacquet), Christopher Lee (Saroumane), Hugo Weaving (Elrond), Cate Blanchett (Galadriel), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Un hobbit, Frodon Sacquet, hérite d'un anneau, qui est convoité par Sauron, le seigneur des ténèbres, qui pourrait dominer le monde, s'il était en mesure de le récupérer.

 

 En cette année 2012, avant l'arrivée très attendue de la version cinéma de Bilbo le hobbit, on vous proposera la critique des trois films du Seigneur des anneau de Peter Jackson. On commence très logiquement avec le premier film, La communauté de l'anneau.

Roman en trois volumes (La communauté de l'anneau, Les deux tours, Le retour du roi) paru entre 1954 et 1955, Le seigneur des anneaux de John Ronald Reuel Tolkien est une référence dans le domaine de l'heroic-fantasy. C'est même un livre qui s'est attiré un public très large, à tel point que d'après certaines sources il constituerait le livre le plus lu du XXème siècle, derrière la Bible ! C'est dire l'attente suscitée par l'adaptation cinématographique d'un tel roman.

Après un dessin animé de piètre qualité sorti en 1978, qui ne relatait qu'une partie des événements du seigneur des anneaux, le réalisateur Peter Jackson, connu avant tout pour ses films d'horreur (Bad taste, Brain dead) et son beau drame Heavenly creatures, a décidé d'adapter le seigneur des anneaux.

Doté de capitaux très importants, le réalisateur néo-zélandais a tourné les trois épisodes du seigneur des anneaux en continuité, bénéficiant ainsi de la présence de tous ses acteurs et de la même équipe.

En revanche, les films ne sont pas sortis en même temps au cinéma, mais à un an d'intervalle, pendant les fêtes de fin d'année, pour d'évidentes considérations financières.

C'est donc en décembre 2001 qu'est sortie La communauté de l'anneau dans sa version cinéma. Plus tard, une version longue qui allonge le film d'environ une demi-heure (sans compter le générique de fin qui est lui aussi plus important) est sortie en DVD et même récemment en blu-ray.

lacommunauteLes cinquante sept années qui séparent la parution de la communauté de l'anneau de son adaptation par Peter Jackson n'auront pas été vaines.

Dès le départ, dans ce film, on est plongé dans un monde merveilleux, caractéristique de l'heroic-fantasy. On se retrouve dans un endroit qui s'appelle la Terre du milieu,créé de toutes pièces par Tolkien et où l'on peut croiser des elfes, des nains, des hobbits (dits semi-hommes également), des hommes, des orques, des trolls, des dragons, des spectres, des wargs, des araignées géantes, etc.

Le réalisateur Peter Jackson a vu les choses en grand, à tel point que l'on est directement plongé dans ce monde imaginaire. Dans la première partie du film, on voit ainsi se déployer devant nous la comté et ses plaines verdoyantes, où résident les paisibles hobbits. Le soin apporté aux décors (la comté a pris des mois à être constituée par des jardiniers), le nombre important de figurants et le beau travail sur la photographie nous font croire à l'existence de ce monde qui est complètement dépaysant pour le spectateur. Cette remarque qui concerne la comté vaut également pour tous les autres lieux qui vont être mis en scène : les mines de la Moria ; La Lorien qui est le royaume des elfes de la reine Galadriel ; Fondcombe, la vallée des monts brumeux où résident d'autres elfes, avec comme chef Elrond.

Mais il ne suffit pas de peupler un monde. Encore faut-il que tout cela ait un sens et que ces personnages se mettent au service d'une histoire.

Sur ce point, Peter Jackson a eu l'excellente idée de replacer La communauté de l'anneau dans son contexte – ce que ne faisait pas le roman de Tolkien qui débutait directement par un chapitre concernant les hobbits – avec un rappel sur des événements importants qui ont précédé la période du seigneur des anneaux. Car le seigneur des anneaux se déroule en Terre du Milieu au cours du quatrième âge. De nombreuses choses ont déjà eu lieu qui expliquent les tenants et aboutissants de cette histoire.

De manière schématique, le scénario du seigneur des anneaux consiste à représenter le combat entre le Bien et le Mal. On a d'un côté les peuples libres de la Terre du milieu (les elfes, les hommes, les nains, les hobbits) et de l'autre les armées de l'ombre (les orques, les gobelins, les trolls, les spectres) qui cherchent à ravager le monde. Les puissances du Mal sont gouvernées par un être surpuissant, Sauron, qui est symbolisé par un oeil (Big Brother avant l'heure...). Cet ennemi des peuples libres cherche à récupérer l'anneau unique, qui lui permettrait de dominer la Terre du millieu. Sauf que ce fameux anneau est détenu au début du seigneur des anneaux par une créature des peuples libres : un hobbit. Le but pour les peuples libres est de jeter l'anneau unique dans la montagne du destin, pour mettre alors fin aux agissements de Sauron. C'est cette quête, extrêmement périlleuse qui est contée dans le seigneur des anneaux.

La communauté de l'anneau comporte une phase de présentation assez importante. Certains spectateurs trouvent que c'est trop long. A mon sens, il est pourtant nécessaire d'une part de respecter les écrits de Tolkien et d'autre part de placer le spectateur dans un sentiment d'empathie avec les « gentils ». On découvre ainsi progressivement les différents personnages qui vont constituer la fameuse communauté de l'anneau, c'est-à-dire le groupe de personnes chargé de tout faire pour amener l'anneau unique dans la montagne du destin. On a d'abord le porteur de l'anneau, qui est le jeune hobbit Frodon Sacquet. Et puis on a 8 autres personnes : d'autres hobbits – Sam Gamegie le jardinier de Frodon ; les malicieux Merry et Pippin – mais aussi des Humains avec Aragorn et Boromir ; le magicien Gandalf ; le nain Gimli et l'elfe Legolas.

A noter que la distribution du film est de qualité. Les acteurs qui interprètent le rôle de ces différents personnages sont tous crédibles et à la hauteur. Certains sont même carrément très bons dans leur jeu : on pense notamment à Elijah Wood qui fait un Frodon conscient de la tâche énorme qui lui est demandée et à Viggo Mortensen qui dégage le charisme nécessaire pour jouer le rôle d'Aragorn.

lacommunaute2Cette communauté de l'anneau va devoir affronter mille dangers et certaines scènes se révèlent particulièrement marquantes. On peut citer à titre non exhaustif l'attaque des Nazgul à Amon Sul ; la scène où les troupes de l'Isengard (menées par le magicien Saroumane) détruisent la forêt ; la rencontre du Balrog (sorte de démon) de la Moria sur le pont de Khazad-Dûm (c'est à ce moment où l'on a droit à la célèbre réplique : « Vous ne passerez pas » puis à « Fuyez pauvres fous »), etc.

Les scènes d'action ou celles qui sont plus intimistes (la scène où Arwen et Aragorn lient leur destin à Fondcombe est d'un romantisme et d'une beauté sans nom) sont d'autant plus prenantes que Peter Jackson est un excellent metteur en scène. Par exemple, on a droit à un superbe travelling arrière qui montre l'étendue des mines de la Moria ou encore à des mouvements à la grue qui donnent une idée de la beauté de la Lorien.

La communauté de l'anneau s'achève en queue de poisson mais il en va de même dans le roman de Tolkien. On a d'ailleurs droit à une belle scène de séparation entre Boromir qui décède sous les coups de l'ennemi et Aragorn. Et puis la fin du film se conclut avec la très belle chanson May it be d'Enya.

Pour conclure, on peut dire que le succès de La communauté de l'anneau de Peter Jackson tient au fait que le réalisateur a respecté le roman de Tolkien dans ses grandes longueurs (on regrette seulement l'absence du personnage mystérieux qu'est Tom Bombadil) et qu'il n'a pas hésité à déployer de grands moyens, à la hauteur du roman. Les décors sont superbes, les effets spéciaux sont probants et la musique celtique d'Howard Shore nous introduit un peu plus dans la comté. Sans compter que la distribution de qualité permet de mettre un visage crédible derrière chacun des personnages de la saga culte de Tolkien. La suite du seigneur des anneaux s'annonce passionnante au vu de ce premier épisode plus que prometteur.

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14 mai 2012

Louise Wimmer de Cyril Mennegun

louisewimmerTitre du film : Louise Wimmer

Réalisateur : Cyril Mennegun

Année : 2012

Origine : France

Durée du film : 80 minutes

Avec : Corinne Masiero (Louise Wimmer), Jérôme Kircher (Didier), Anne Benoit (Nicole), Marie Kremer (Séverine), Jean-Marc Roulot (Paul), Frédéric Gorny (le manager de l'hôtel), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Louise Wimmer, âgée de 50 ans, vit dans sa voiture et cherche à obtenir un logement social.


Premier film de fiction du français Cyril Mennegun, Louise Wimmer apparaît clairement comme un film social. Si ce long métrage ne se veut pas un manifeste contre notre société, il n'en montre pas moins certains dysfonctionnements, avec nombre de nos concitoyens dont la situation est préoccupante.

Celle de Louise Wimmer en est un exemple criant. Cette femme âgée de 50 ans est dans un état critique sur le plan économique et social.

Au niveau économique, elle ne peut compter que sur ses (faibles) revenus de femme de ménage dans un hôtel alors qu'elle a les huissiers qui sont sur le point de lui saisir les rares biens qu'elle possède. Elle n'arrive pas à rembourser ses dettes. Elle en est arrivée à un stade où elle est obligée de dormir dans sa voiture.

Pour s'en sortir, Louise Wimmer a choisi un système D qui l'amène parfois à commettre des actes illégaux : elle mange « à l'oeil » dans une sorte de Flunch en prenant l'assiette d'un client une fois que celui-ci a terminé son repas ; elle siffone l'essence d'un chauffeur routier ; elle prend des douches chez Total. Et puis toujours sur le mode de la débrouille elle se fait remplacer la culasse de sa voiture gratuitement par l'ami d'un ami.

Pour ne rien arranger à sa situation, Louise Wimmer doit faire avec un lien social qui s'est particulièrement effiloché. Ainsi, elle est séparée de son mari qui a refait sa vie avec une nouvelle femme. Quant à ses rapports avec sa fille, ils sont quasiment insignifiants, la seule rencontre ayant lieu lorsque celle-ci lui demande un service.

louisewimmer2Malgré tout, Louise Wimmer refuse de se laisser abattre. Elle est une anonyme qui trouve un équilibre précaire auprès d'autres anonymes. Il y a Nicole, la tenancière d'un bar-tabac, qui lui fait crédit et la soutient. Il y a aussi son copain Didier avec qui elle fait quelques paris sportifs. Et puis il y a cet homme qu'elle rejoint de temps à autre dans une chambre d'hôtel afin d'assouvir ses pulsions sexuelles.

Le film Louise Wimmer est très intéressant par sa capacité à faire de son « héroïne » le symbole de notre époque où la crise est omniprésente. A ce titre, on est proche du documentaire, milieu dans lequel a évolué auparavant le réalisateur Cyril Mennegun.

Louis Wimmer constitue aussi tout simplement un très beau portrait de femme. L'actrice Corinne Masiero est impressionnante de naturel dans le rôle de Louise Wimmer. Elle donne corps à cette femme qui est dans une situation compliquée mais qui souhaite coûte que coûte s'en sortir. Le réalisateur français ne fait jamais dans le misérabilisme car Louise Wimmer est une battante. Elle cherche à quitter la galère qu'elle connaît actuellement.

La seule aide qu'elle demande à la société est l'octroi d'un logement social. On la voit à plusieurs reprises en entretien avec une assistante sociale d'un CCAS.

De manière générale, Louise Wimmer est une femme qui entend conserver sa dignité et même si les événements sont parfois difficiles, elle prend toujours soin de se laver et de se coiffer. Car si son condition économique est malaisée, elle n'en demeure pas moins la même personne. C'est quelqu'un qui a envie de vivre. Ce que prouve par exemple cette très belle scène où on l'observe en train de danser et de s'abandonner sur la musique ô combien rythmée et caractéristique de la chanteuse Frida intitulée « I know there's something going on. » Dans le même ordre d'idée, cette rage de vivre se matérialise lors de ce moment où elle se met à danser seule, en faisant face à la ville.

louisewimmer3Et puis comme pour apporter dans cet environnement un signe d'espoir, voire même indiquer que tout est possible si on s'en donne les moyens, le réalisateur Cyril Mennegun a choisi de conclure son film par un happy-end.

On ne peut que se satisfaire de l'issue apportée à Louise Wimmer, avec la très belle chanson The day of Pearly Spencer de Rodolphe Burger lors du générique de fin.

Film ramassé sur seulement 80 minutes, Louise Wimmer est porté à bout de bras par son actrice principale, qui impressionne par sa justesse de ton. Ce film n'est pas franchement facile à regarder car il dresse un portrait juste mais critique de notre société. L'émotion vraie qui se dégage de ce long métrage, par l'utilisation notamment de nombreux gros plans sur l'actrice principale du film, est une raison de plus d'aller voir Louise Wimmer.

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08 mai 2012

Interview de Xavier Gens (avril 2012)

Interview de Xavier Gens, réalisateur de Frontière(s), Hitman et The divide

xaviergensPendant le festival Hallucinations, j'ai eu le plaisir d'interviewer Xavier Gens, juste après avoir vu son film The divide.

Je remercie à cette occasion ce cinéaste pour sa disponibilité et sa bonne humeur et aussi Anne-Laure de Boissieu qui a permis l'organisation de cette interview.


Bonjour Xavier. Que penses-tu des festivals de cinéma tels que Hallucinations collectives, le NIFFF (à Neuchâtel) ou encore Gérardmer ?

Ils sont importants parce qu'ils donnent accès à la culture, notamment parallèle, qu'on ne peut pas avoir dans les cinémas.

Souvent, quand tu souhaites aller au cinéma en ville, tu n'as accès qu'à des programmes qu'on t'impose, qui sont très « mainstream » alors que dans les festivals de ce genre tu découvres des films, des courts métrages que tu n'as pas forcément l'occasion de voir au cinéma traditionnel, mais uniquement en DVD.

Heureusement qu'il y a ces festivals qui existent pour offrir des choses un peu nouvelles aux spectateurs.

 

risquemaximumJ'ai vu que tu avais été assistant réalisateur de Ringo Lam et de Tsui Hark. Peux-tu m'en dire plus à ce sujet ?

C'est en fait le résultat du hasard. J'habitais à cette époque à Nice et Antibes. Ringo Lam et Tsui Hark sont venus en 1996-1997 tourner les films Risque maximum et Double team qui se sont enchaînés.

Les cinéastes avaient besoin de stagiaires régie / mise en scène sur les films. J'ai donc été postuler aux tournages. L'ironie du sort est qu'avec un pote on rêvait de faire du cinéma et on s'était dit que le jour où on en ferait, ça ne serait jamais avec Jean-Claude Van Damme. Et en fait le premier job qu'on a eu, c'était avec Van Damme !

 

dentsdelamerQuels sont tes films préférés ?

Le film qui m'a le plus marqué est Les dents de la mer de Steven Spielberg. Après j'adore Robocop de Verhoeven, Starship troopers, Predator de Mc Tiernan, Piège de cristal. J'apprécie toute cette génération qui va des années 70 au début des années 90 qui correspond en fait à la période de la VHS et à mon adolescence durant laquelle j'ai découvert tous ces films.

J'aime aussi beaucoup les premiers films Peter Jackson et Sam Raimi. C'est la démarche que ces jeunes cinéastes ont eu qui m'a poussé à vouloir faire du cinéma. Quand tu regardes Bad taste, Brain dead ou Evil dead, ce sont des films qui ont été tournés avec des bouts de ficelles sur plusieurs semaines, entre potes. C'est vraiment la démarche de faire son truc par soi-même qui fait que je suis arrivé par ce biais là.

C'était un peu l'avènement des amateurs qui souhaitaient devenir professionnels. Peter Jackson c'est quelqu'un comme toi ou moi qui était juste « ouf » à faire ses « make-up » lui-même, ses maquettes, enfin il faisait tout lui-même. Il a même deux rôles dans Bad taste ! Quand tu vois un film comme cela, il y a une telle générosité que tu as envie de faire la même chose.

 

the divide 2Quelles sont tes sources d'inspiration sur The divide ?

En fait, sur Frontière(s), j'ai reçu plein de critiques comme quoi le film était inspiré d'autres films. Quand j'ai fait The divide j'ai essayé d'éviter ça. J'ai cherché à faire un film qui n'appartienne qu'à lui. Au moins, si la critique s'en prend au film, cela ne sera pas pour cette raison.

Sur la structure du film en lui-même, je dirais que la seule vraie inspiration est Sa majesté des mouches de Peter Brook, et encore.

 

En voyant dans The divide ce groupe reclus qui se désunit progressivement , cela m'a fait penser à La nuit des morts-vivants de George A. Romero. Est-ce le cas ?

Peut-être inconsciemment. En fait, dans The divide, avec la dégradation progressive des personnages, je penserais plus à Salo de Pasolini. Et encore il ne s'agissait pas là d'une inspiration directe. C'était plus une inspiration thématique. Après il faut dire qu'il y a eu des petits clins d’œil à John Carpenter sur la musique (des thèmes musicaux rappellent The thing) ou tout simplement par le fait que l'un des personnages s'appelle Sam Carpenter.

 

Peut-on avoir une idée du budget du film ?

4 millions de dollars au total. Il faut savoir qu'au départ, on avait 5 millions de dollars pour faire le film. Mais on a eu des problèmes avec plusieurs des financiers initiaux qui sont partis. On a été obligé de tout arrêter. C'est au moment où on a pris la décision de casser le décor que le stagiaire régie m'a a invité à parler à ses parents. Moi je croyais que c'était pour justifier un mot d'excuse pour dire pourquoi le stagiaire régie n'avait plus de boulot. Et pas du tout. Ses parents m'ont dit que l'argent ne constituait pas un problème et ils m'ont promis 2,5 millions de dollars ! L'argent était viré sur le compte dès le lendemain ! C'est incroyable. Un film ne tient parfois vraiment à rien.

 

rosannaarquetteIl y a dans le film plusieurs acteurs qu'on avait perdu de vue au niveau du cinéma – Rosanna Arquette, Michael Biehn – et d'autres qu'on a plus l'habitude de voir dans des séries télé. Comment t'es venue l'idée de penser à ces acteurs ?

Sur ce genre de budget, aux Etats-Unis, c'est plus facile d'avoir des gens qui sont à la télé parce que d'un coup ça amène une vraie valeur sur ton film. Par exemple, Milo Ventimiglia est quelqu'un qui joue dans Heroes et qui a une bonne exposition. Au cinéma, il n'a pas encore des premiers rôles. En le prenant dans un film, c'est intéressant pour lui parce qu'il casse son image et ça aide le film qui bénéficie de la présence de quelqu'un de très connu dans un rôle important. Pour Michael Biehn et Rosanna [Arquette] j'ai grandi en regardant les films qu'ils faisaient. Quand j'ai annoncé Michael Biehn à la production, on m'a dit pourquoi pas. Plus personne ne pensait à lui.

Pour le rôle joué par Rosanna, on a essayé au départ d'avoir Linda Hamilton [Sarah Connor dans Terminator et Terminator 2]. Et en fait quand cette dernière a lu le script elle nous a dit non. Elle ne voulait pas dans le film être prise en levrette par deux autres acteurs. Ce qui n'a pas posé de soucis à Rosanna.

 

Y-a-t-il une scène dont tu es particulièrement fier dans The divide ?

J'aime vraiment bien la scène où ils jouent à « action ou vérité ». C'est uniquement du jeu d'acteurs. Et je trouve que le rythme de la scène tient grâce aux comédiens. Sur cette séquence-là, Milo [Ventimiglia] tient vraiment le truc, il est à fond dedans. Tout comme Michael Eklund qui a improvisé avec la bouteille. Cette scène avait été écrite au départ un peu différemment et rien qu'en improvisation les acteurs ont réussi à apporter quelque chose de vraiment étonnant.

Les acteurs sont de la matière organique que tu ne peux pas complètement contrôler. Et quand ça marche c'est là où il y a de la vraie magie. Quand tu as une super scène avec un bon jeu d'acteurs, c'est ce qu'il y a de plus important.

 

Est-il prévu que le film sorte en salles ou le verra-t-on uniquement en DVD et en blu ray ?

Officiellement il ne sortira qu'en DVD et en blu ray. Mais une petite tournée avec Bac Films est prévue à travers toute la France et je devrais avoir prochainement les dates. Au moins on pourra montrer le film au public.

 

frontierTes films évoquent toujours un rapport à la violence et derrière tout ça un rapport dominant-dominé. Est-ce quelque chose qui t'intéresse ?

Je pense que c'est inconscient. Pour Frontière(s), je voulais traiter d'un conflit de société et dans The divide il s'agissait de montrer comment une micro-société va amener à répéter les mêmes erreurs que par le passé, c'est-à-dire à basculer dans le fascisme. Quelque part The divide constitue une continuité de la thématique de Frontière(s). Je pense que pour le prochain film je vais vraiment passer à autre chose. Je trouve que c'était intéressant de montrer dans Frontière(s) un conflit entre deux générations : les jeunes d'aujourd'hui et une entité comme le nazi qu'on voit dans le film qui représente un peu le terreau de tout ce qui est d'extrême-droite et autre. Et puis dans The divide on voit notre société qui bascule dans quelque chose d'un peu sauvage malgré elle. Elle répète des choses qui sont arrivées parce que les personnages sont acculés dans quelque chose qu'ils ne maîtrisent pas.

 

Peut-on avoir des informations sur ton prochain projet de long métrage ?

Plusieurs projets sur le feu. Je ne sais pas lequel va démarrer en premier. Cela dépendra du financement.

Il y a un projet en France qui devrait se faire. Je ne le saurai que cet été.

Et il y a aussi un film américain qui devrait se faire. Mais c'est pareil. J'attends de savoir si ça va être financé ou pas. Je ne le saurai qu'après Cannes.

Ces deux pistes m'intéressent. Pour l'instant j'écris, je prends des rendez-vous, je fais des repérages pour les deux films. Et puis on verra bien ce qui se passe. Comme je suis un peu superstitieux, je ne préfère pas trop en dire. Attendons.

Merci Xavier pour cette interview !

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02 mai 2012

Timer de Jac Schaeffer

timer1Titre du film : Timer

Réalisateur : Jac Schaeffer

Date de sortie : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée du film : 99 minutes

Avec : Emma Caulfield (Oona O'Leary), Michelle Borth (Steph Depaul), John Patrick Amedori (Mikey Evers), Desmond Harrington (Dan), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Dans un futur proche, le timer est un objet qui permet de savoir à quel moment on va rencontrer son âme sœur.

Pas évident de nos jours de trouver un thème original lorsque l'on décide de mettre en scène une comédie.

C'est pourtant la contrainte qu'a réussi à relever brillamment le cinéaste Jac Schaeffer. Il a eu l'idée d'imaginer le timer, qui correspond d'ailleurs au titre du film. Le timer est une sorte de montre électronique que l'on choisit librement d'implanter à son poignet. C'est un produit commercial que l'on trouve partout dans le commerce. Il y a des sociétés qui ont pignon sur rue et qui peuvent vous implanter un timer. Au moment où débute le film, le timer existe déjà depuis 15 ans.

Sauf que le timer n'est pas un objet comme un autre. Et en faire l'acquisition est tout sauf anodin. En effet, la caractéristique du timer est de vous permettre de trouver votre âme sœur. Le compteur du timer indique le nombre de jours qu'il vous reste à attendre avant de rencontrer l'être tant recherché. Si votre alter ego ne s'est pas encore fait implanté un timer, le chrono du timer reste vierge.

C'est ce qui arrive à l’héroïne du film, Oona O'Leary, une belle jeune femme qui a une situation aisée sur le plan professionnel. Mais Oona ne trouve pas l'homme qui comblera sa vie de bonheur.

timer2

Elle rencontre fortuitement un jeune homme, Mikey, qui lui plaît bien malgré toutes les différences qui les opposent : Mikey n'a que 22 ans alors qu'Oona a 30 ans ; Mikey ne vit que de petits boulots alors qu'Oona est orthodentiste ; Mikey est plutôt cool dans son attitude générale alors qu'Oona reste très terre à terre. Et puis surtout Mikey n'est pas celui qui fait sonner le timer d'Oona. Mais il croit en leur relation car Mikey est convaincue de l'importance de la rencontre fortuite, et donc par la même occasion du coup de foudre. S'il ne donne pas l'impression au départ d'être d'un sérieux admirable, ses propos sont loin d'être stupides : « si on sait s'y prendre le présent peut être très excitant. » ; « C'est ça qui est mal avec le timer t'as plus qu'une route à suivre et tu fais pas de détours. Mais la vie elle est faite de détours. »

Le film Timer se déroule dans une ambiance très décontractée, comme le prouvent les déclarations des personnages principaux du film qui font souvent preuve de beaucoup d'humour. A titre non exhaustif, on peut citer les phrases suivantes : « Il est venu pour soutenir son grand-père, pas pour draguer la bonniche. » ; « t'es une vraie colle à dentier. »

Pour autant, le film suscite beaucoup d'interrogations légitimes.

On voit clairement qu'il y a les pro et les anti timer. Si le timer est une création incroyable puisqu'elle donne la possibilité de trouver son parfait amour (« moi j'attends le grand amour », dixit Oona), encore faut-il s'interroger sur la pertinence de cet objet ? Comment un bracelet électronique est-il capable de détecter l'être d'une vie ? Il ne faut pas oublier au demeurant que le timer a un coût et que la société qu'il l'a conçu n'est pas forcément fiable. D'ailleurs, l'idée de trouver l'être aimé par cet objet n'est-elle pas quelque pas illusoire ? Les personnes qui se rencontrent de cette façon et qui décident de faire leur vie ensemble ne sont-elles pas victimes d'un leurre ou à tout le moins ne se persuadent-elles pas d'un amour qui n'est pas forcément véritable ? Autre question intéressante : trompe-t-on quelqu'un que l'on a jamais rencontré si on a un timer et que l'on fait l'amour à quelqu'un dans l'attente de rencontrer son âme soeur ?

Si le logo du timer fait beaucoup penser à celui des sites de rencontres comme Meetic, cela n'est pas anodin. Le réalisateur Jac Schaeffer entend s'intéresser à notre société actuelle, qui est en pleine évolution avec l'introduction des nouvelles technologies. Au même titre que ces sites de rencontres qui donnent la possibilité de rencontrer des gens que l'on a sélectionné, le timer est là pour couper court au hasard.

Mais au fond est-ce tout cela ne fait pas perdre l'un des attraits de notre vie, à savoir le hasard de notre destinée.

Et puis le timer est susceptible d'apporter des fortunes diverses.. Si la rencontre entre deux jeunes gens de classes sociales très différentes permet de faire exploser les barrières sociales, en revanche certains cas de figures peuvent se révéler désastreux. Ainsi, le réalisateur pousse la logique du timer à l'extrême lorsqu'il décide dans son histoire qu'Oona va voir son timer sonner au moment où le petit ami de sa sœur va faire l'acquisition de cet objet. S'il est dit de manière décalée, que « c'est une foutue tragédie grecque « , il n'empêche que l'on n'est pas loin de cet état de fait.

Et puis la conclusion du film, plutôt pessimiste, montre que notre héroïne croit plus une machine que son cœur. N'est-ce pas quelque part assez triste ?

timer3Pour jouer dans cette comédie, Jac Schaeffer bénéficie d'un casting de qualité. Si les acteurs ne sont pas franchement connus et viennent pour certains de série télé, ils interprètent parfaitement leurs rôles et apportent tous une touche de fraîcheur.

La mise en scène du film est plutôt impersonnelle mais n'handicape pas le film qui peut se targuer d'avoir une histoire, des personnages, des acteurs et des dialogues qui sont très intéressants.

Voilà donc un film qui mérite d'autant plus d'être vu qu'il change des comédies que l'on a l'habitude de regarder.

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26 avril 2012

Compte rendu du festival Hallucinations collectives (Lyon, avril 2012)

Deuxième édition du festival Hallucinations collectives à Lyon :

HalluaffichePour Pâques, quand on est petit, on part dans le jardin chercher les œufs.

Pour Pâques, quand on devient grand, il faut aller à Lyon. Pourquoi ? Car c'est durant cette époque que se déroule l'excellent festival de cinéma Hallucinations collectives.

Hallucinations collectives est un festival organisé chaque année au cinéma Le Comoedia par une association de passionnés, Zonebis.zonebis

Pour reprendre les termes de la présentation de cette deuxième édition sur son site Internet, Hallucinations collectives cherche à faire découvrir aux spectateurs des « films oubliés », des « nouveautés frapadingues » et le tout avec des « invités iconoclastes ».

Pour ma part, j'ai pris plaisir pendant le week-end pascal à assister à la bagatelle de onze films (sur un total de vingt trois longs-métrages projetés), constitués d'avant-premières ou de films rares. Tous ont fait l'objet de présentations qui augmentaient l'envie de regarder ces films.

Le plaisir de participer à Hallucinations collectives a été décuplé par le fait de pouvoir discuter aussi bien avec les membres de Zonebis qu'avec des spectateurs ravis par le programme du festival.

Il est toujours appréciable de pouvoir discuter de cinéma avec des gens qui apprécient toutes sortes de films

Avant de procéder à la critique de chaque film visionné, un rapide bilan s'impose. A cet effet, il convient de noter la grande qualité globale de ce festival.

Au niveau des avant-premières, j'ai eu l'occasion de découvrir le très intéressant film Red state de Kevin Smith qui tire à boulets rouges sur les travers de la société américaine. Ce film était personnellement mon favori pour remporter le prix du meilleur long-métrage.

J'aurais également mis quelques pièces sur la comédie frapa-dingue Detention (une sacrée exclusivité!) de Joseph Kahn qui n'est pas piquée des hannetons et se révèle sans conteste le film le plus « hallucinant » de la sélection.

Au rang des satisfactions, on compte aussi deux films post-apocalyptiques : le très maîtrisé Hell du jeune suisse allemand Tim Fehlbaum et le très sombre The divide de Xavier Gens.

The theatre bizarre n'est pas mal non plus, même si les sketchs de ce film qui rend hommage au grand-guignol sont de niveau très variables.

En fait, le seul film qui m'a déçu est le polar atypique Kill list qui souffre d'un défaut de rythme et d'une fin incongrue. Ce film n'a manifestement pas déplu à tout le monde puisque le jury d'Hallucinations collectives lui a délivré le prix du meilleur long-métrage.

Hallujury Du côté des films remis au goût du jour l'espace d'une séance, Hardware et Dust devil de Richard Stanley ont représenté de véritables expériences. Ces films ont été d'autant plus plaisants à voir que chaque film a été précédé d'une présentation par Richard Stanley, invité d'honneur du festival. Ce dernier s'est d'ailleurs montré très disponible sur le festival, étant toujours prêt à répondre très gentiment aux questions des spectateurs.

Dans le style des curiosités qui marquent durablement la rétine, Schizophrenia obtient sans nul doute la palme. Ce film qui se focalise sur le quotidien d'un serial-killer est très malaisant par son aspect documentaire très réaliste.

Le film Les lèvres rouges, qui s'inscrivait dans la rétrospective La Belgique interdite, propose pour sa part une œuvre fantastique très étrange, qui se démarque des films de vampires des années 70.

De manière plus conventionnelle, j'ai revu sur grand écran l'excellent Total recall de Paul Verhoeven, qui faisait partie de la rétrospective dédiée à Philip K. Dick.

Comme l'année précédente, les longs-métrages en compétition ont été précédés de courts tout à fait plaisants à regarder. On pourra notamment signaler le déjanté A function, qui est caractéristique du style gore et décomplexé de la Corée du Sud. Sa jeune réalisatrice a bien mérité le prix du meilleur court-métrage. Signalons aussi la grande maîtrise formelle du court nommé Hope de Pedro Pires (Canada) qui avait remporté le grand prix au PIFFF.

En somme, le cru 2012 du festival Hallucinations collectives a été très bon, comme le prouvent les critiques des différents films visionnés, qui figurent ci-dessous.

On attend désormais qu'une chose : revenir sur ce festival qui aura lieu pour sa prochaine édition du 28 mars au 1er avril 2013, au cinéma Le Comoedia à Lyon.

Vous savez donc quelles dates sont à bloquer sur votre agenda l'année prochaine !

 

Les séances du samedi 7 avril 2012 :

 

hell21) Hell (2011, Allemagne) de Tim Fehlbaum :

La critique du film :

Hell n'est pas à confondre avec le film du japonais Nobuo Nakagawa qui avait été présenté au festival du NIFFF en 2008. Il s'agit ici du film de fin d'étude du suisse allemand Tim Fehlbaum. Pour autant, pour un premier film, le moins que l'on puisse dire c'est que Hell est un film particulièrement maîtrisé, notamment d'un point de vue formel.

Hell est un long-métrage post-apocalyptique. En seulement 4 ans (le film a lieu en 2016), le monde a complètement changé. La température du globe a monté de 10 degrés. La vie est devenu très difficile, et ce d'autant plus que l'ordre social a disparu.

Tim Fehlbaum ne s’embarrasse pas de considérations sociales comme dans La route de John Hillcoat ou Stake land. Son film va droit à l'essentiel. Il s'agit avant tout pour les principaux protagonistes de survivre dans ce monde chaotique.

Et le réalisateur évoque très bien cette question. D'abord, grâce à une photographie bien adaptée où les couleurs saturées étayent l'idée que le soleil est dangereux. Tourné en Corse dans des forêts calcinées, Hell est bien un enfer pour les survivants, comme le prouve cet horizon qui est bouché par un soleil aveuglant. Mais Hell est aussi et surtout un enfer car notre Terre est devenue un monde chaotique où c'est la loi du plus fort qui a cours. Les personnages du film doivent donc tout faire pour se tirer d'affaire, notamment face à des cannibales.

On notera que si le film ne joue pas fondamentalement sur les rapports humains, il a tout de même le mérite de rappeler, à l'instar de l’œuvre de George A. Romero, que l'humanité des gens est révélée dans ces épreuves de survie.

Sans être d'une folle originalité, voilà le premier film d'un jeune réalisateur prometteur qui mérite largement d'être vu.

Mon avis en quelques mots : un film post-apocalyptique sombre tant sur le fond que sur la forme.

 

hardware2) Hardware (1990, Angleterre) de Richard Stanley :

Le cinéaste sud-africain Richard Stanley a été l'invité de marque de ces Hallucinations collectives. On ne peut que féliciter l'organisation du festival d'avoir permis la présence de ce réalisateur. Avant le film, Richard Stanley a évoqué son film, notamment en faisant un parallèle entre Hardware et notre société actuelle quant à de l'utilisation des drones. Pour le cinéaste, depuis qu'il a fait son film il y a vingt deux ans, « beaucoup de choses ont changé mais pas assez de choses. »

La critique du film :

Réalisé en 1990 par très rare Richard Stanley – auteur de deux longs-métrages dans toute sa carrière – Hardware est un film de science-fiction post-apocalyptique où le monde actuel n'existe plus. Des radiations ont contaminé un grand nombre de personnes. Sans compte que les survivants doivent faire avec un climat caniculaire.

Le film se retrouve dans la tendance d'un Terminator ou des films de ce type. En effet, on va assister à des combats entre l'Homme et un robot extrêmement dangereux qui parvient à se reconstituer.

Cela étant dit, à la différence de films qui jouent uniquement sur le côté « actioner », Richard Stanley émaille son film de considérations politiques où il semble nous mettre en garde contre l'évolution de notre société. Il y a d'une part une critique contre le tout électronique avec par exemple plusieurs éléments de l'appartement de l’héroïne (la bouilloire, les portes) sont reliées à un unique terminal. En cas de dysfonctionnement ou d'attaque par un hacker, il risque d'y avoir un problème.

D'autre part, Richard Stanley profite de son film pour descendre en flèche la politique militaire des Etats-Unis. Ce robot, le MARK13, quasi indestructible et qui tue n'importe quelle présence vivante qui se trouve sur son chemin, est un véritable danger. On peut au passage faire un parallèle entre ce robot et entre les fameux « dommages collatéraux » causés par des bombes téléguidées lors de guerres bien réelles.

De plus, le film se révèle extrêmement pessimiste quant à la survie du genre humain avec par exemple ce décret qui interdit aux gens d'avoir des enfants et par extension cette phrase de l’héroïne du film qui déclare qu'il est « stupide, suicidaire et sadique d'avoir des enfants en ce moment. »

Très joliment filmé et bénéficiant d'une belle photographie, Hardware est un film d'action intelligent, ce qui lui permet d'ailleurs de ne pas souffrir du poids des années.

Mon avis en quelques mots : un film post-apocalyptique prenant et délivrant un message politique.

 

kill list3) Kill list (2011, Angleterre) de Ben Wheatley :

La critique du film :

Kill list est un polar qui a au moins un mérite : celui de l'originalité. Son réalisateur, le jeune Ben Wheatley, commence par dresser le portrait d'un couple marié, Jay et Jill, qui est en crise et en difficultés sur le plan matériel. Ces difficultés de Jay sur le plan économique expliquent pourquoi il accepte avec son meilleur ami, Sam, une mission où il s'agit de tuer des personnes signalées par un employeur mystérieux.

Le film joue à fond la carte du mélange des genres avec des moments comiques (la fête au début du film ; la façon dont Jay s'en prend à un catholique dans un restaurant) qui alternent avec des moments plus dramatiques. Dans un film à l'ambiance décontractée, on est surpris par les excès de violence, en particulier lorsque Jay tue de façon atroce une de ses victimes avec un marteau. La folie de Jay est tout à fait hallucinante, à tel point que ce personnage se révèle ambigu. Est-il fou ?

Si Kill list peut se targuer de qualités certaines – mélange des genres, excès inattendus de violence – il a malheureusement des défauts qui plombent quelque peu le plaisir que l'on a à regarder ce film. Le film manque ainsi de rythme. On est certes réveillé par les scènes violentes du film mais par moments on s'ennuie un peu. Surtout, les tenants et les aboutissants du film ne sont pas clairs et finissent par le desservir. On ne sait pas grand chose des fameuses victimes. On ne sait pas clairement ce qui leur est reproché (l'exemple le plus significatif est celui du prêtre qui semble assassiné de façon totalement gratuite) et encore moins pourquoi ces personnes remercient Jay lorsqu'elles se font tuer. Certes, il est parfois utile de ne pas tout dévoiler mais dans le cas présent il manque des clés de compréhension.

Dans le même ordre d'idée, les éléments qui rappellent Eyes wide shut, mais aussi les mœurs païens qui évoquent l'excellent A wicker man, auraient pu être développés au lieu de consister en une simple rupture scénaristique du film.

De plus, la fin du film part complètement en vrille en donnant l'impression que le réalisateur Ben Wheatley cherche à tout prix à choquer le spectateur, quitte à lui montrer des scènes proches du ridicule. La dernière action de Jay n'est pas sans rappeler les agissements du personnage principal du plus que douteux A serbian film.

Tout cela est bien dommage car le film dispose d'une distribution solide et d'une mise en scène efficace.

Mon avis en quelques mots : un polar original qui, à trop vouloir surprendre le spectateur, finit par le décevoir.

 

 

Les séances du dimanche 8 avril 2012 :


dustdevil1) Dust devil (1992, Angleterre) de Richard Stanley :

Dust devil a été introduit par Richard Stanley qui a évoqué le fait divers à l'origine du film et les galères qu'il a rencontrées lors du tournage.

Le film a par ailleurs été présenté en VO dans sa version director's cut, remontée en 2006.

La critique du film :

Deuxième et dernier long métrage à ce jour de l'excellent Richard Stanley, Dust devil est un film sur serial-killer complètement atypique et unique en son genre.

Le film se base sur un fait divers où un meurtrier en Namibie était introuvable et était considéré comme une sorte de démon qui voyageait par le vent. A partir de cette histoire, Richard Stanley livre un film à l'ambiance étrange. On est tout à la fois dans un film fantastique, dans un film ésotérique et dans un film de serial-killer.

Le film bénéficie de l'interprétation impressionnante de l'acteur Douglas Burke, qui joue le rôle du démon. L'acteur a une présence magnétique, un charisme incroyable qui fait que l'on est sans cesse en train de se demander ce qui va se passer lorsqu'on le voit à l'écran. Car le démon n'est pas un tendre : il fait de l'auto-stop et tue ses victimes, parfois après avoir fait l'amour avec celles-ci. Le premier meurtre est d'ailleurs bien caractéristique du film avec un meurtre brutal qui fait suite à une très belle scène d'amour, superbement filmée. Le démon se sert du sang de sa victime pour faire de curieux dessins sur les murs de la maison de la personne tuée. Ce qui entretient le côté étrange de ce film.

Mais surtout c'est la relation particulière entre le démon et la belle Wendy Robinson (interprétée par l'actrice Chelsea Field) qui retient l'attention. On a d'un côté une femme désabusée qui a quitté son fiancé et songe même à mettre fin à ses jours, et de l'autre un démon qui lui fait l'amour avant de jouer avec elle au jeu du chat et de la souris.

Disposant de plusieurs niveaux de lecture, Dust devil est superbement filmé avec en particulier de très beaux plans plans-séquence qui donnent une vraie dynamique à ce long métrage. C'est donc un film qui est d'autant plus appréciable à regarder dans une salle de cinéma.

Mon avis en quelques mots : Un film fantastique très réussi sur une entité démoniaque insaisissable.

 

red state2) Red state (2011, Etats-Unis) de Kevin Smith :

La critique du film :

S'étant fait connaître avec la comédie Clerks, Kevin Smith a depuis dû essuyer quelques revers commerciaux, avec dernièrement le pourtant fort sympathique Zack et Miri tournent un porno. Avec Red state, Kevin Smith a décidé de tourner une œuvre sans concessions.

Le moins que l'on puisse dire c'est que le cinéaste n'y va pas de main morte. Le début du film montre trois jeunes adolescents américains qui n'ont aucune expérience au niveau du sexe et qui entendent se faire dépuceler. Avec des blagues potaches caractéristiques du cinéma de Kevin Smith, on sent que l'ambiance est décontractée.

Pourtant, les choses vont nettement se corser pour nos trois jeunes puisqu'ils vont tomber dans le piège tendu par une femme qui joue le rôle d'un appât. Si de prime abord on aurait pu s'attendre à une sorte de Hostel bis, il n'en est rien. Ici, il n'est pas question de pervers qui aiment faire souffrir les gens mais plutôt d'extrémistes religieux qui trouvent qu'en dehors de chez eux, « il n'y a qu'un monde d'ordures ». Le cinéaste Kevin Smith insiste pendant de longues minutes sur le sermon du pasteur qui est le chef de ces extrémistes, pour montrer – sous les oripeaux de la Bible – à quel point il est radical et qu'il dispose à ses côtés de fidèles qui ont été endoctrinés. Dans ces conditions, difficile pour nos trois jeunes de s'en sortir.

Heureusement, si l'on peut dire, alors que les choses paraissent désespérées, nos adolescents voient arriver les secours, à savoir l'armée. Sauf qu'elle commet une bévue en tuant l'un des jeunes et décide alors de tuer quasiment tout le monde, en faisant croire à des terroristes. Les séquences de meurtres des jeunes qui avaient choisi de se rendre sont proprement révoltantes et constituent des scènes marquantes.

Finalement, Kevin Smith renvoie tout le monde – la politique, la religion et les forces de l'ordre – dos à dos et nous rappelle que l'Amérique post- 11 septembre est loin d'avoir pansé ses plaies. Voilà sans conteste l'un des films les plus forts de la sélection officielle du festival.

Mon avis en quelques mots : Un brûlot politique qui tire sur tout ce qui bouge avec un talent certain.

 

schizophreniaa3) Schizophrenia (Autriche, 1983) de Gérald Kargl :

Lors de cette séance on a eu droit à la version intégrale du film.

La critique du film :

Les films qui traitent de serial-killer sont légion, mais tous ne sont pas forcément de qualité équivalente. Dans le registre des films radicaux, on connaît entre autres Maniac, Henry portrait d'un serial killer ou encore Schramm du trop rare Jörg Buttgereit.

Le film Schizophrenia de l'autrichien Gérald Kargl fait partie de la veine de ces films sans concessions, qui nous confrontent au quotidien du psychopathe.

Mais Schizophrenia a sûrement un avantage sur les films précités, c'est qu'il va plus loin dans le réalisme.

Deux éléments dans le film sont remarquables sur ce point : d'une part, les différents méfaits commis par le tueur sont expliqués, et justifient les raisons pour lesquelles il a passé jusque-là près de la moitié de sa vie en prison.

D'autre part, et c'est sans conteste le grand apport de Schizophrenia, l'enfance et l'adolescence du tueur nous sont racontées en voix off par celui-ci tout au long du film. On apprend toutes sortes de choses sur la façon dont il pense, et notamment son goût immodéré à faire souffrir les gens et à voir dans leurs yeux un sentiment de peur.

Dans Schizophrenia, le serial-killer, qui ressemble à monsieur-tout-le-monde, est un jeune homme qui va prendre un malin plaisir à tuer toute une famille – une vieille dame et ses deux enfants – sans autre raison que celle de satisfaire son envie de meurtre.

Le spectateur est d'autant plus au cœur de cette action macabre que le réalisateur Gérald Kargl a fait le choix d'une mise en scène très fluide où il alterne plans larges et plans rapprochés de façon très judicieuse. Par ailleurs, une caméra a été fixée sur un harnais face à l'acteur pour accroître le côté désorienté du personnage principal.

Prenant quasiment la forme d'un documentaire sur un serial-killer, Schizophrenia est un film qui mérite très largement d'être vu, même s'il est clair que c'est un film à déconseiller aux âmes sensibles.

Mon avis en quelques mots : Un film qui amène le spectateur au plus proche du quotidien d'un psychopathe. Une rareté incontournable.

 

the theatre bizarre4) The theatre bizarre (2011, France / Etats-Unis) de Richard Stanley, Buddy Giovinazzo, Tom Savini, Douglas Buck, Karim Hussain, David Gregory et Jeremy Kasten :

La critique du film :

A la base de The theatre bizarre, il y a un projet de David Gregory qui a proposé à des cinéastes qui ont déjà fait leurs preuves, de mettre en scène une histoire horrifique d'une durée maximum de 20 minutes et pour un budget n'excédant par 20 000 dollars.

The theatre bizarre entend raviver l'esprit du grand-guignol à la française. Le résultat est dans l'ensemble satisfaisant. Sur les sept histoires, cinq m'ont paru plaisantes, avec bien entendu des degrés divers d'intérêt.

Au chapitre des satisfactions, signalons notamment le segment mis en scène par Tom Savini. Celui qui s'est fait principalement connaître grâce aux maquillages dans les films de zombies de George A. Romero, livre ici un film bien sarcastique sur l'infidélité, dans la lignée des contes de la crypte. Il joue sur la notion de rêve et de réalité pour proposer des rebondissements à son histoire. C'est à mon sens le meilleur segment de The theatre bizarre.

D'autres sont tout à fait recommandables. On a ainsi Sweets de David Gregory – qui a su tiré parti de son projet de The theatre bizarre – avec une variation intéressante des films La grande bouffe et Le cuisinier, le voleur, sa femme et son enfant, le tout dans des couleurs pop particulièrement vives. Le sketch de Karim Hussain, avec une jeune femme qui récupère les visions des autres, est tout à la fois original et difficilement soutenable par instants (ah, l'injection d'une seringue dans l’œil). Les sketchs de Richard Stanley et de Buddy Giovanazzo, respectivement sur une histoire de sorcellerie et sur un couple en crise, sont sympathiques, même s'ils manquent cruellement d'originalité.

Au niveau des déceptions, on pourra signaler, outre des liens entre les sketchs qui sont quelque peu factices, le sketch de Douglas Buck, certainement sur le papier le cinéaste le plus intéressant (il n'y a qu'à voir son film A family portraits), qui livre ici un sketch ennuyeux sur la notion de mort qui est expliquée par une mère à sa fille.

Mon avis en quelques mots : Le retour du grand-guignol à travers sept sketchs satisfaisants mais inégaux.

 

 

Les séances du lundi 9 avril 2012 :

 

total recall1) Total recall (1990, Etats-Unis) de Paul Verhoeven :

La critique du film :

Total recall constitue l'adaptation d'une courte nouvelle de Philip K. Dick. Après avoir été confié un temps à David Cronenberg, le film Total recall a finalement été mis en scène par Paul Verhoeven qui s'était fait précédemment remarqué par son très violent Robocop (1987).

Total recall étant d'une part réalisé par un cinéaste européen connu pour sa violence – et donc a priori pas vraiment cérébral – et d'autre part conçu comme un véritable blockbuster, le risque était grand de voir tout l'aspect psychologique de la nouvelle, caractéristique de l’œuvre de Philip K. Dick, gommé d'un seul trait.

Cet écueil a été totalement évité. Paul Verhoeven a su marier avec talent deux éléments qui peuvent paraître antinomiques : l'action et le psychologique.

Le musculeux Arnold Schwarzenegger (Schwarzi pour les intimes) interprète le rôle principal du film, celui de Douglas Quaid, un homme qui pense être un ouvrier de chantier mais qui est en fin de compte Hauser, un agent des services secrets dont on a effacé la mémoire.

Le film se déroule à un rythme soutenu, avec un Schwarzenegger qui court dans tous les sens pour tenter de découvrir la vérité. Les combats à mains nues, les fusillades, les destructions et meurtres sont nombreux dans Total recall.

Pour autant, si le côté action est très présent, Paul Verhoeven n'a pas négligé l'aspect psychologique. Et précisément c'est tout le côté paranoïaque – un thème fondamental chez Philip K. Dick – qui est mis en exergue. En effet, à plusieurs reprises, Douglas Quaid est ballotté au gré des événements, ne sachant pas toujours à qui se fier. Il faut dire que tout cela fait partie d'un plan qui avait été prémédité par Hauser.

Ce point est fondamental car au-delà des multiples rebondissements qui marquent le film, c'est toute la notion de héros qui pose question dans Total recall. Certes, Douglas Quaid est prêt à sauver le monde et à se rallier du côté des gens qui sont opprimés, mais à la base c'est la même personne, à savoir Hauser, qui avait préparé un plan machiavélique. Ce n'est qu'après son lavage de cerveau qu'il se révèle en tant que héros. Cela amène donc à rester très mesuré sur la notion de héros.

Au final, voilà un film d'excellente facture qui n'a pas vieilli et qui fait toujours autant plaisir à voir.

Mon avis en quelques mots : un excellent blockbuster qui offre une réflexion sur la question de l'identité.

 

Les levres rouges2) Les lèvres rouges (1972, Belgique / France / Allemagne) d'Harry Kümel :

La critique du film :

Réalisé par Harry Kümel en 1972 dont c'était alors la première incursion dans le genre horrifique, Les lèvres rouges est un film complètement atypique. En effet, à une époque où les films de la firme Hammer constituent les standards des films de vampires, Les lèvres rouges apparaît comme une véritable curiosité.

D'abord, le film mélange deux mythes : d'une part, celui des vampires et d'autre celui de la sanguinaire Elizabeth Bathory, qui ont comme chose commune le fait que ces personnages boivent le sang de leurs victimes et restent éternellement jeunes.

Ensuite, ce film entretient un certain mystère. En effet, on se doute fortement que la comtesse Bathory et sa fidèle Ilona sont des vampires. Mais on en a pas la certitude. D'ailleurs, le réalisateur a évité de montrer durant tout le film les fameuses canines caractéristiques des vampires.

Les lèvres de sang est un film original qui ne plaira pas à tous les amateurs d'horreur. En effet, son rythme est plutôt lent et il est clair qu'il faut adhérer à l'ambiance spéciale qui se dégage de ce long métrage.

On constatera que certains éléments propres aux années 70 sont clairement mis en avant dans ce film. Ainsi, le film comporte plusieurs scènes érotiques, et ce dès le début du film où l'on voit un couple de jeunes mariés, Stefan et Valerie (deux des principaux protagonistes du film) en train de faire l'amour. On assiste même dans Les lèvres de sang à un érotisme lesbien dans le rapport qu'il y a entre la comtesse Bathory et Ilona mais aussi dans le rapport qu'il y a entre Bathory et Valerie.

Il est important de noter que l'une des réussites certaines de ce film est sa mise en scène et sa belle photographie où la couleur rouge est mise en avant. Sur ce point, on a droit à des fondus au rouge qui se révèlent pertinents et à des habits des protagonistes qui insistent sur cette couleur (la comtesse Bathory a une robe rouge, des ongles rouges et du rouge sur ses lèvres ; Stéphane a un peignoir rouge et porte un pull rouge).

Film de genre quelque peu déroutant, Les lèvres rouges est sans conteste une œuvre originale à voir.

Mon avis en quelques mots : Un curieux film de vampires des années 70 qui dégage une atmosphère particulière.

 

The Divide3) The divide (2011, France) de Xavier Gens :

Le film a été présenté par Xavier Gens en personne, pour la première fois dans sa version director's cut, plus longue de 15 minutes par rapport au premier montage.

La critique du film :

Auteur du film Frontières qui n'hésitait pas à faire preuve d'un jusqu'au-boutisme certain au niveau de l'horreur, Xavier Gens propose avec The divide son nouveau long métrage.

Le film ne joue pas forcément la carte de l'originalité puisqu'il s'agit d'un film post-apocalyptique. En revanche, il a le mérite d'être assez efficace. Xavier Gens ne s'embarrasse pas à donner des explications sur le changement de notre monde. Lors d'une scène d'introduction menée tambour battant, on comprend que c'est le chaos avec des bâtiments qui explosent de partout. Des survivants partent alors se réfugier dans un abri. A partir de là, l'intrigue va être particulièrement ramassée.

Hormis une scène où le réalisateur ouvre une piste avec des hommes portant des combinaisons qui procèdent à d'étranges expériences dans un laboratoire attenant à l'abri, le film se focalise sur les rapports entre les survivants.

Même si au départ The divide peut donner l'impression de tourner un peu en rond, il n'en est rien. Avec des plans qui ont le mérite d'être moins « cut » que dans Frontières, Xavier Gens marque progressivement la dégradation des relations entre les différents personnages, jusqu'à la formation de véritables clans.

Dans un environnement clos où il est avant tout question de survie, certaines personnes se comportent de manière pire que celle d'animaux.

La tension est de plus en plus palpable dans The divide. D'ailleurs, l'horreur psychologique et l'horreur physique sont de plus en plus présentes.

Le film ne laisse guère de place à l'optimisme, à l'image de l'acte final de son héroïne qui choisit la carte de l'individualisme pour s'en sortir.

Plutôt bien filmé et bénéficiant d'une distribution de qualité – on retrouve avec plaisir Michael Biehn et Rosanna Arquette – The divide est sans conteste à ce jour le meilleur film de Xavier Gens.

Mon avis en quelques mots : Un huis-clos oppressant qui met l'homme au révélateur lorsqu'il s'agit de survivre.

 

detention4) Detention (2011, Etats-Unis) de Joseph Kahn :

La critique du film :

La diffusion de Detention constitue une sacrée exclusivité car jusque-là le film n'a bénéficié que d'une seule diffusion en France, au PIFFF.

Pour parodier une célèbre série d'animation datée de 1989, avec Detention le lycée est « fou, fou, fou ». Car Detention constitue un long métrage survitaminé qui va à cent à l'heure. Son réalisateur, Joseph Kahn, auteur de Torque, parvient à mettre en scène une comédie horrifique dans le milieu lycée américain où les moments humoristiques se succèdent à vitesse grand V.

Certes, le fond du film n'est pas très fin puisqu'il s'amuse avant tout à parodier les films dans le style de Scream (le mystérieux tueur) et les films de John Hugues (le couple constitué des personnages Clapton Davis et Riley Jones).

Quoi qu'il en soit, Detention fait plaisir au spectateur par l'aspect très coloré de l'ensemble et par le côté délirant des personnages qui n'est pas sans rappeler certaines séries télé pour adolescents tel que Parker Lewis ne perd jamais.

Le film comporte des dialogues complètement délirants et des créations visuelles tout aussi hallucinantes. La scène de la retenue (qui constitue le titre du film en anglais) est de ce point de vue extrêmement drôle, par le biais d'un flashback musical qui vaut le détour.

Joseph Kahn s'amuse même à proposer une interaction avec le spectateur, comme lors de cette scène où il est indiqué que « le film Detention est contre l'alcool au volant, même si vous êtes suicidaire » lorsqu'un père de famille alcoolique refuse d'amener sa fille à l'école. Joseph Kahn en profite aussi pour se venger, se moquant de son premier film Torque (où il avait été contraint par les producteurs à faire des choses qu'il ne souhaitait pas) lorsqu'un étudiant évoque dans Detention « une débilité de film, Torque. »

Les blagues dans le film sont tellement nombreuses que l'on a parfois du mal à suivre et à tout comprendre. Ce qui est en soi un peu dommage.

Au final, Detention est épuisant mais l'ambiance qui s'en dégage est tellement cool et décontractée que l'on est heureux après avoir vu ce film.

Mon avis en quelques mots : Une comédie adolescente survoltée, qui part dans tous les sens.

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21 avril 2012

38 témoins de Lucas Belvaux

38temoinsafficheTitre du film : 38 témoins

 Réalisateur : Lucas Belvaux

 Année : 2012

Origine : France

Durée du film : 1h44

Avec : Yvan Attal(Pierre Morvand), Sophie Quinton (Louise Morvand), Nicole Garcia (Sylvie Loriot), François Feroleto (le capitaine Léonard), Natacha Régnier (Anne), Patrick Descamps (Petrini), Didier Sandre (le procureur Lacourt), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Une jeune femme rentre de voyage et apprend que sa rue a été le théâtre d'un meurtre. Mais il n'y a aucun témoin.

 Le synopsis du film 38 témoins peut faire penser de prime abord à un thriller. En effet, dans les premières images, on voit un corps inerte qui gît dans le hall d'un immeuble. On apprend rapidement qu'il s'agit du corps d'une femme assassinée. L'enquête de la police est pour le moins difficile puisque les 37 premiers témoins potentiels – à savoir les voisins de l'immeuble d'en face – n'ont rien vu ou entendu lorsque le meurtre a eu lieu.

38 témoins prend les contours d'un polar. Pour autant, cela n'est pas le sujet principal du film. Le réalisateur Lucas Belvaux en profite pour traiter un de ses thèmes de prédilection : le social avec la description de vies brisées.

Comme dans son film précédent, Rapt, Lucas Belvaux a choisi Yvan Attal pour interpréter le rôle principal du film. Ici, le jeu de l'acteur est particulièrement sobre. Yvan Attal est Pierre Morvand, un monsieur-tout-le-monde qui travaille dans le port du Havre et vit avec une jeune femme qui voyage beaucoup. A de nombreuses reprises, Lucas Belvaux insiste sur le visage de Pierre Morvand, comme pour montrer que celui-ci est déjà coupable. C'est d'ailleurs un sentiment de culpabilité grandissant tant vis-à-vis de sa compagne que de la société de manière générale qui amène Pierre Morvand à être ce fameux trente-huitième témoin qui va déclarer avoir vu et entendu quelque chose lorsque le meurtre a eu lieu.

Les similitudes entre les deux derniers films de Lucas Belvaux existent bel et bien : dans les deux cas, ces hommes ont vécu un moment particulièrement difficile mais ce n'est rien à côté des ennuis qui ont lieu après le drame vécu. A chaque fois, le retour à la vie normale n'est pas possible.

38temoins2

Dans 38 témoins, la vie de Pierre Morvand devient encore plus insupportable lorsque ses voisins comprennent que c'est lui qui a parlé à la police et qui les a mis dans une situation difficile. Il devient un paria pour ces voisins et même sa compagne qui déclarait au début du film qu'elle lui pardonnerait tout (« je t'aimerai toujours ») finit par le quitter quand elle comprend la façon dont il s'est comporter le jour du drame.

A cet égard, la reconstitution du drame dans le film est sans nul doute une des scènes les plus éprouvantes qui constitue des preuves accablantes contre ceux qui s'étaient jusque-là réfugiés dans le mensonge.

N'ayons pas peur des mots, 38 témoins est un film qui met particulièrement à mal la condition humaine. Il ne fait que révéler les pires travers de l'être humain : la lâcheté et le mensonge sont des attitudes que l'on observe avec un certain dégoût.

Pour autant, la question à se poser est de savoir ce que l'on ferait si se trouvait dans la même situation que ces gens. Jouerait-on les héros ou resterait-on chez soi, par peur ?

Le personnage du procureur (interprété avec beaucoup de justesse par l'acteur Didier Sandre) est symptomatique de l'état de notre société. Il dit à la journaliste de laisser tomber car au final elle découvrira quelque chose qui est totalement attendu : le fait que les gens sont « lâches et indifférents ».

Dans ce film, sur un rythme assez lent qui peut déconcerter certains spectateurs, le cinéaste Lucas Belvaux porte un regard très sombre sur la condition humaine et signale dans le cas d'espèce que la non-assistance à personne en danger peut avoir des conséquences irréparables.

Le personnage de Pierre Morvand, brillamment joué par Yvan Attal, est révélateur à lui tout seul des maux qui touchent ces personnes rongées par la culpabilité. Il préfère être lynché par les médias (le titre « La honte » du journal qui évoque cette affaire ne fait pas dans la demi-mesure) et donc jugé par la société plutôt que de continuer à vivre dans le silence et le mensonge comme une âme en peine. En tout état de cause, il est entre deux eaux et comme il le dit lui-même, il n'existe plus.

38 témoins est un film qui n'est pas du tout aimable. C'est en outre un film qui n'est pas franchement facile d'accès. Cependant, c'est un film très profond et qui peut s'enorgueillir d'une distribution de qualité. Rien que pour cela, c'est sans conteste un film à voir.

38temoins3

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15 avril 2012

Martin de George A. Romero

martinRéalisé par : George A. Romero
Origine : Etats-Unis
Date de sortie : 1977
Scénario : George A. Romero
Avec : John Amplas, Lincoln Maazel, Christine Forrest, Elyane Nadeau, Tom Savini, Sara Venable, Francine Middleton

Fiche IMDB

Synopsis : Martin est un jeune homme de 17 ans. Recueilli par son oncle Cuda à Braddock en Pennsylvanie, il est rapidement mis en garde par son tuteur : Martin est un Nosferatu, un vampire âgé de 84 ans, et Cuda doit sauver son âme avant de détruire son enveloppe terrestre. Des meurtres perpétrés par Martin semblent donner raison à son oncle, meurtres au cours desquels Martin boit le sang de ses victimes mais où aucun pouvoir fantastique ne transparaît.

Réalisé après le mésestimé  season of the witch , George A. Romero reprend dans Martin le réalisme cru qui avait tant dérouté et continu à diviser les amateurs de zombis.

Il faut dire que Martin a tout du film malade : film bicéphale, pour ne pas dire schizophrénique, dans la mise en scène comme dans la thématique, il joue aussi sur l'esthétique visuelle pour composer une œuvre d'une grande poésie, ou, à l'instar d'un conte, la douceur côtoie la violence la plus crue.

Dès sa scène introductive, l'auteur nous plonge au cœur de l'action, sans explication : nous assistons aux préparatifs et à l'exécution d'un meurtre dans un train.

Le meurtrier, un jeune homme aux aguets, au comportement aussi ambigu, instable et insaisissable que ses motivations va sauvagement attaquer une jeune femme : après lui avoir administré une drogue au moyen d’une piqure, il va lui couper les veines, à l'aide d'une lame de rasoir pour boire son sang.

Cette scène, à la sauvagerie sèche, filmée avec le plus grand réalisme, donne lieu à la première percée poétique, pour ne pas dire surréaliste : une vison, en noir et blanc, montre la jeune femme succomber avec lascivité dans les bras du jeune homme grimé en vampire. L'esthétique fait clairement référence aux films de la Hammer, dont les Dracula étaient des valeurs sûres, alors déclinantes en 1976, année de réalisation de Martin : Le jeune homme porte la cape comme son « modèle ».

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Nous pouvons noter le montage particulier de cette scène, au découpage précis, et très présent : les plans sont courts, nous plongeant au cœur des réactions des deux protagonistes : le meurtrier et sa victime. Mais le montage prend également un autre sens : sa précision, sa froideur semblent également symbolisé l'état d'esprit de ce jeune inconnu si déterminé dans sa terrible tâche, et préfigurer le destin de la victime qui va périr par l'usage d'une lame de rasoir, arme précise, au tranchant radical.

Le montage de la scène de crime semble répondre à l'usage de cette même arme.

L'issue fatale de cette attaque : le jaillissement du sang représente à lui seul plusieurs symboliques.

Tout d'abord la métaphore de l'éjaculation, venant en conclusion d'un acte vécu d’abord sur le mode de la séduction puis de l’acte sexuel, par son auteur, comme en témoigne la vision en noir et blanc nimbée d’érotisme, mais aussi son attitude et sa volonté de rassurer la victime : « vous ne ressentirez rien, vous n'aurez pas mal, n'ayez pas peur ».

L'approche même de la victime pouvait être perçue comme une approche amoureuse bien maladroite. Le sang apparaît aussi comme le parachèvement de son fantasme d'être vampire. Plus tard, nous verrons qu'il a également une connotation religieuse :

Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière,
nous sommes mutuellement en communion,
et le sang de Jésus son Fils nous purifie de toutpéché. 1 Jean 1:7.

Cette première scène résume l’ensemble du film ou vont constamment lutter, comme des sentiments contradictoires la frustration, la fragilité, le religieux, la violence, la douceur , le moderne et l’ancien. Martin, le film, comme le personnage, est un cocktail dangereusement instable de tout cela.

Dès son arrivée, Martin, est accueilli et recueilli par son vieil oncle, Cuda, catholique « plus » que pratiquant. Un homme regardant d’un mauvais œil toute modernité, tout changement y compris au sein de l’église.

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Martin se montre un jeune homme renfermé, asocial, d’un redoutable timidité, vite à l’étroit dans la petite ville de Pennsylvanie, que la plupart des jeunes rêvent de quitter, ou il se retrouve : Braddock est une ville à la population vieillissante, sans attrait.

De plus, l’attitude de Cuda est des plus stigmatisantes : il traite Martin en Nosferatu, en s’appuyant sur une « histoire » de famille des plus rocambolesques. Cuda, dangereusement pragmatique enferme littéralement son neveu, la honte familiale, forme de péché originel, met des gousses d’ail sur sa porte et lui interdit d’approcher sa fille.

Aidant son oncle dans sa petite boutique, œuvrant en qualité de livreur, Martin va pourtant peu à peu s’ouvrir au monde. Il fera même une rencontre déroutante, qui, dans un premier temps l’effraiera : une jeune veuve « libérée », qui jouera à le provoquer.

Cette première rencontre, hors du cadre familial, qui n’a rien de réconfortant, en dehors de la nièce, qui représente l’ultime interdit, le tabou par excellence, va le faire vaciller et se mettre en quête d’une victime. Une recherche qui va le conduire à se mettre en danger bien plus qu’il ne l’imagine, donnant lieu à une monumentale scène de poursuite dans un appartement labyrinthique à souhait.

Son ouverture au monde se fera aussi par le biais du téléphone : il deviendra involontairement la coqueluche d’une émission nocturne avide de détails morbides sur ses fantasmes vampiriques.

Le télescopage avec les séquences en noir et blanc présent tout au long du métrage, revêt différents sens : l’une d’entre elle tourne clairement en ridicule les convictions éculées de Cuda. On y voit Martin, déguisé en vampire, arborer de superbes canines ( que n’aurait pas renié Christopher Lee en son temps) danser autour de son oncle, un soir de pleine lune. Mais, la danse achevée, Martin dévoile le subterfuge, fustigeant ainsi son oncle et son attitude.

Cette scène nous invite à la réflexion : à l’instar de « season of the witch », sommes nous prisonnier de nos convictions ? Comment pouvons nous nommer un individu qui boit le sang de ses victimes, sans sombrer dans l’imagerie religieuse ou fantastique ?

N’est-ce qu’affaire de représentation ? Comme ce noir et blanc qui fait intrusion dans cet univers si réaliste, qu’il en est presque naturaliste.

Bien-entendu, la figure du vampire, bien malmenée ici, car martin n’a aucun pouvoir et doit recourir à des subterfuges bien modernes, n’est qu’un prétexte : le film parle avant tout de la jeunesse américaine, confrontée au puritanisme ambiant. Nous sommes alors en pleine libération sexuelle.

Le double fantasmé de Martin représente tout ce qu’il n’est pas : séducteur, sûr de sa force, doté de réel pouvoir. Lui est un adolescent bien banal, en proie à des désirs qu’il pense coupables à cause de ce puritanisme ambiant.

Mais ce contenter de cette analyse semble bien réducteur au regard de la complexité même du film : s’il y est bien question des problèmes de la jeunesse, d’un choc générationnel, il y est également question de comportement addictif.

Un élément majeur du mode opératoire de martin nous met en alerte à ce sujet, sans que toutefois l’auteur ait à s’appesantir sur le sujet : l’utilisation d’une seringue pour endormir ses victimes. Il suggère donc que Martin pourrait n’être qu’une victime que de ses visions sous l’emprise de la drogue : la schizophrénie évoquée serait sous-tendue par cette addiction, l’amenant à confondre rêve et réalité, l’autre et soi-même.

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La psychanalyse s’est d’ailleurs intéressée à cette tendance, citons Pérel Wilgowicz : « Le mythe de vampire, « revenant en corps », ni-mort/ni-vivant et ses variantes littéraires et artistiques, se prêtent à éclairer des aspects cliniques et métapsychologiques en deçà des problématiques oedipiennes et narcissiques. Un vampirisme psychique décelable dans les pathologies narcissiques, borderlines ou psychosomatiques est tout particulièrement à l'ouvre dans les pathologies du deuil et post-traumatiques. Irreprésentable, ante et antinarcissique, le vampirisme associe une tendance à l'indistinction sujet/objet, un flou des limites temporo-spatiales, la circulation ombilicale d'un flux sanguin de l'un à l'autre des partenaires à l'intérieur d'une peau commune. . »

Une définition, qui, à elle seule, semble définir le comportement de Martin : son manque de confiance en soi, son incapacité à s’accepter tel qu’il est.

Nous le voyons, Martin, le film que Romero déclare comme son préféré, est d’une remarquable complexité, une complexité pourtant jamais rebutante et qui n’opère pas au détriment de la narration.

 Romero s’autorise même de petites pointes d’humour : le jeu avec le double vampirique, véritable hommage au cinéma de genre, qui contrebalancent avec le puritanisme excessif de Cuda, la transposition en Pennsylvanie, au lieu de la Transylvanie, pays natal de Dracula, justement.

Martin est donc un film à découvrir de toute urgence pour accéder à une facette plus intimiste de Roméro.

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09 avril 2012

Le massacre de Fort Apache de John Ford

massacrefort2Titre du film : Le massacre de Fort Apache

Réalisateur : John Ford

Année : 1948

Origine : Etats-Unis

Durée : 127 minutes

Avec : John Wayne (Capitaine Kirby York), Henry Fonda (Lieutenant-colonel Owen Thursday), Shirley Temple (Philadelphia Thursday), Pedro Armendariz (Sergent Beaufort), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Nommé à la tête de Fort Apache, le colonel Thursday entend imposer des règles strictes. Il s'oppose au capitaine Kirby qui pour sa part connait bien le terrain. Le colonel Thursday espère capturer Cochise, le chef des Apaches.

Réalisé en 1948 par l'immense réalisateur américain John Ford, Le massacre de Fort Apache fait écho à un fait historique qui a réellement eu lieu : le massacre des troupes du général George Armstrong Custer le 25 juin 1876 face à celles de l'Indien Sitting Bull à Little Big Horn.

Dans ce film, John Ford s'intéresse à la cavalerie américaine et plus précisément à ses us et coutumes qui ont lieu au sein d'une garnison. Cette garnison, c'est Fort Apache, où est envoyé le colonel Owen Thursday (interprété par un excellent Henry Fonda dans un rôle assez difficile). Ce dernier incarne un homme rigide qui, pour son ambition personnelle, veut que l'on entende parler de Fort Apache.
Mais John Ford ne se focalise pas uniquement sur ce personnage, lequel est d'ailleurs plus nuancé que l'on pourrait le penser (lorsque Thursday porte un regard tendre et protecteur envers sa fille ou encore lorsqu'il vient s'excuser auprès de ses soldats quand il comprend que la fin est proche).

John Ford décide dans la première moitié du film de nous narrer la vie à l'intérieur d'une garnison : on a droit à des relations presque fraternelles entre de nombreux soldats ; on a de nombreuses scènes humoristiques par le biais de la discipline (vestimentaire notamment) voulue par par le colonel Thursday qui est tournée en dérision ; par l'apprentissage des militaires lorsqu'ils apprennent à monter à cheval ou encore lorsque des militaires ivres se retrouvent de corvée.

Le film de John Ford évoque également l'idylle entre la fille du colonel Thursday, Philadelphia (interprétée par Shirley Temple) et le lieutenant Michael O'Rourke (John Agar). D'ailleurs, O'Rourke la demande en mariage mais Thursday refuse ce mariage, en raison notamment des différences sociales.

La seconde partie du métrage évolue progressivement vers le drame avec le colonel Thursday qui refuse d'écouter le capitaine York et mène ses troupes vers une destinée tragique. Le personnage du capitaine York, interprété par John Wayne, montre de façon évidente que ce film est pro-indien.

Avec John Ford, on est bien loin du film manichéen avec de gentils cavaliers Américains et de méchants Indiens. Le capitaine York est d'ailleurs le représentant du réalisateur, ayant bien compris que les Indiens ne souhaitent pas la guerre mais avant tout rester en paix. A ce propos, le capitaine York a dans le film une entrevue amicale avec Cochise, le chef des Indiens. Plus tard dans le film, Cochise dira : « Il ne faut pas qu'une nation ne pense qu'à faire la guerre ». On notera que la guerre a lieu car Thursday n'est pas prêt à comprendre le point de vue des Indiens, les prenant pour de simples sauvages.

Portant un regard loin de toute caricature sur les Indiens, John Ford n'en n'oublie de porter un regard juste sur l'Histoire : en effet, lorsqu'à la fin, le capitaine York, survivant du massacre, dresse un tableau idyllique du combat mené par le colonel Thursday, ce n'est pas tant pour revaloriser Thursday mais plutôt parce que l'Amérique et les militaires ont besoin de héros pour la suite. La fin du film reste d'ailleurs optimiste, signalant que malgré cet épisode malheureux, la vie continue (le lieutenant Michael O'Rourke a pu épouser Philadelphia et a eu un enfant d'elle ; les cavaliers sont prêts à nouveau à porter haut et fort les couleurs de la nation américaine).

Bénéficiant d'une histoire passionnante, d'un casting trois étoiles, d'une nuance dans le propos, d'une superbe mise en scène qui sublime une fois de plus chez Ford toute la beauté des paysages arides et désertiques des Etats-Unis, Le massacre de Fort Apache est un western essentiel qui n'a absolument pas vieilli d'un iota. 

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03 avril 2012

Fengming - Chronique d'une femme chinoise de Wang Bing

Fengming 4Réalisé par Wang Bing

Titre original : He Fengming

Titre international : Chronicle of a Chinese woman 

Année : 2007

Date de sortie en salles en France : 7 mars 2012

Origine : Chine

Durée : 192 minutes

Avec : He Fengming

Fiche IMDB

Résumé : L'hiver en Chine. Une ville enneigée. Le jour tombe. Enveloppée dans son manteau, une femme s’avance lentement. Elle traverse une cité puis rentre dans son modeste appartement. Fengming s’installe au creux du fauteuil de son salon. Elle se rappelle. Ses souvenirs nous ramènent aux débuts, en 1949. Commence alors la traversée de plus de 30 ans de sa vie et de cette nouvelle Chine...

 

Après le monumental A l’ouest des rails (2003), film documentaire exceptionnel de plus de 9 heures tourné dans une ville-usine sur le point de disparaître où errent sans fin quelques ouvriers sacrifiés et confrontés au désastre industriel, le cinéaste chinois Wang Bing a enregistré le témoignage fleuve (plus de 3 heures) d’une vieille dame octogénaire, He Fengming, qui aura vécu les heures les plus sombres de la répression chinoise envers les personnes considérées comme « droitières », donc comme ennemies du communisme.

Le premier plan suit He Fengming, enveloppée dans son manteau, dans un élégant travelling et permet de présenter celle-ci au spectateur. La vieille dame avance dans une rue enneigée, traversant une cité indéfinie et finit par entrer dans un appartement très modeste.

Après avoir déposé ses affaires, Fengming s’installe dans un confortable fauteuil et commence à faire appel à ses souvenirs, face contre caméra.

Dès lors, Wang Bing la filmera frontalement, en longs plans fixes, le plus souvent à une certaine distance mais aussi en gros plans, permettant au spectateur de se plonger dans le visage de Fengming (le cadre dévoilant quelquefois ses yeux fermés) et ainsi de mieux ressentir certaines émotions qu’elle ne peut dissimuler. Le cinéaste brisera en de très rares fois ce dispositif rigoureux pour filmer le contre-champ, à savoir une fenêtre et quelques plantes, comme une nature morte, concédant la possibilité au spectateur de respirer un peu face au tragique témoignage de la vieille dame.

Durant plus de trois heures, Fengming va dérouler sa vie : son renoncement aux études supérieures pour s’engager dans la révolution maoïste, son activité journalistique aux cotés de son mari qui écrit quelques articles jugés dangereux pour le régime, et à partir de là l’enfer qu’elle a vécu ensuite, de la diffamation des cadres du parti qui la cataloguent comme droitière comme son époux jusqu’aux diverses déportations qu’elle a subies dans les « camps de rééducation », véritables goulags chinois.

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Wang Bing ne se détournera plus de Fengming, même lorsque celle-ci se lève pour répondre au téléphone ou aller aux toilettes : il continuera de filmer le fauteuil vide, pour ne pas s’immiscer dans le récit de la vieille dame, pour ne pas interrompre son témoignage saisissant.

Le récit de Fengming devient ainsi l’unique raison d’être du film, le discours rendu encore plus authentique par les chemins de traverse qu’il emploie, que cela soit par les détails et les précisions que la vieille dame apporte (loin d’alourdir le témoignage, ces détails et ces précisions lui donnent une réalité encore plus prégnante) ou encore par les retours en arrière qu’elle opère parfois.

La liberté de la parole dégagée sonne alors comme une revanche envers le régime maoïste qui a détruit la vie de Fengming et qui lui a injustement pris son mari (accusé de droitisme en raison de ses articles, donc de ses mots). Wang Bing ne filme finalement que cela : la toute-puissance de la parole qui semble redonner l’intégrité à la vieille dame et qui permet au spectateur de visualiser précisément le calvaire qu’elle a vécu durant plus de 30 ans. Fengming peut témoigner de tout ce qui a été tu, dissimulé, le dispositif mis en place par le cinéaste chinois lui accordant une liberté totale, autant dans le débit de ses paroles que dans ses silences ou ses digressions, et donnant ainsi tout son sens au projet.

Alors que Fengming fait état de la censure qui frappait les lettres qu’elle échangeait avec son mari, prisonnier d’un autre « camp de rééducation », l’un des pires qui existaient, bien plus éprouvant que celui dans lequel elle-même était retenue, le spectateur ne peut que constater avec effroi combien la privation de mots peut être terrible, ces lettres censurées étant le seul lien qui réunissait encore Fengming et son époux.

La vieille dame ne peut d’ailleurs retenir ses sanglots lorsqu’elle apprend la mort anonyme de son mari dans son camp : après toutes les épreuves qu’elle a endurées, la faim, le cloisonnement, le manque d’argent, la désunion avec sa famille (ses parents, ses sœurs, ses enfants), il lui faut encore subir l’annonce du décès de son époux, sans avoir pu revoir une dernière fois celui-ci après des années de séparation forcée… Le gros plan fixe sur son visage meurtri suscite immanquablement l’émotion du spectateur, qui partage ainsi la douleur de Fengming face à tant d’injustice.

Fengming 2

 A l’instar de l’admirable Shoah (1985) du français Claude Lanzmann ou plus récemment des indispensables Le cas Pinochet (2001) du chilien Patricio Guzman ou S21 – La machine de mort khmère rouge (2003) du cambodgien Rithy Panh, la puissance évocatrice de la parole, enfin libérée da la censure du régime chinois, permet de revivre le destin non seulement de Fengming, mais aussi par son biais, de tous ces intellectuels considérés comme « droitiers » par le régime maoïste qui ont été victimes d’une incroyable répression à partir de 1957-1958, à la suite de la campagne des Cents Fleurs.

Introduisons un petit détour historique pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette politique qui a été menée en Chine de février à juin 1957 et connue sous le nom de campagne des Cents Fleurs. En cette période trouble, Mao Zedong, qui est de plus en plus contesté au sein de son Parti, doit rétablir son autorité et améliorer les relations entre les formations communistes et la population dans un contexte international explosif. Par conséquent, il décide de mettre en place une campagne de rectification, dont l’objectif est de redonner une certaine liberté d’expression au peuple chinois, notamment aux intellectuels, afin de critiquer le Parti communiste et par là-même retrouver une certaine légitimité en affaiblissant certains de ses adversaires.

Cependant, peu de temps après l’ouverture de la campagne, la contestation finit par exploser et le Parti, afin de garder le contrôle de la situation, lance une répression féroce qui fera plus de 400 000 victimes, qu’elles soient emprisonnées, déportées et même exécutées dans les fameux « camps de rééducation par le travail »  (camps déjà évoqués dans le beau Chine ma douleur que Dai Sijie a tourné en 1989).

Fengming explique dans un premier temps les tentatives d’intimidation qu’elle et son mari (auteur de trois articles jugés néfastes au Parti) ont subies par les cadres du Parti sur leurs supposées droitisations, puis les interrogatoires éprouvants qui ont suivi et enfin leurs condamnations à intégrer chacun un camp de rééducation par le travail afin qu’ils réfléchissent à la portée de leurs actes.

Bien évidemment, Fengming et son époux ne sont pas envoyés dans le même camp de rééducation, pour qu’ils ne puissent pas continuer à comploter. Elle avoue d’ailleurs avoir intégré un camp moins éprouvant que son mari, expédié dans le tristement célèbre camp de Jiabianjou, réputé pour être l’un des camps de rééducation par le travail les plus durs.

Séparés aussi bien l’un de l’autre que de leurs familles (Fengming et son mari ayant donné naissance à deux garçons), livrés à eux-mêmes, leurs seuls liens (les lettres qu’ils échangent) étant honteusement censurés, les deux tourtereaux vont prendre conscience que la survie devient le seul but, la réhabilitation par les autorités un temps envisagée n’ayant progressivement plus d’importance face aux terribles conditions de vie des camps.

Fengming raconte notamment en détail la famine qui régnait dans le camp et les trésors d’ingéniosité qu’elle et ses co-détenues devaient employer pour ne pas mourir de faim, comme le fait d’être obligées de chaparder de la farine pour qu’elles la mélangent à la soupe très légère qu’elles recevaient afin de donner à celle-ci une consistance qui leur permettaient de survivre…

Et le récit de la vieille dame continue de se dérouler, le spectateur étant contraint d’écouter le flot ininterrompu de paroles qui lui permet de ressentir toutes les épreuves restant à surmonter, comme l’hiver meurtrier de 1960 qui a mené le mari de Fengming à entreprendre le voyage du camp de Jiabianjou vers le camp de Mingshui et qui n’a pu survivre, mais aussi la première réhabilitation de Fengming puis son retour vers sa famille, les différentes mutations qu’elle a été obligées de suivre, sa deuxième déportation dans un camp de rééducation (mais beaucoup plus supportable) et enfin sa réhabilitation définitive en 1978 (et celle de son mari, la même année, à titre posthume) par le régime.

Fengming termine son récit en expliquant sa volonté de rechercher la tombe de son mari afin de lui donner des offrandes et ainsi enfin accepter sa mort… Mais la tombe ne sera jamais retrouvée, donnant à jamais à son époux le statut de martyr, un parmi des centaines de milliers. Pudiquement, Fengming évoque la mort de son fils ainé, qui l’avait aidée durant sa quête de la tombe, nouveau drame personnel qui ne semble pas avoir de rapport avec la répression du régime mais qui s’ajoute encore à la souffrance de la vieille dame.

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Wang Bing a choisi un dispositif d’une simplicité désarmante pour rendre justice au témoignage de Fengming, qui semble cependant le seul possible. Il a réduit le nombre de prises à seulement une quinzaine, afin de ne pas briser la continuité du récit.

Toutefois, le cinéaste chinois s’autorise quelques audaces, comme cette longue prise de Fengming qui voit progressivement la lumière s’assombrir (sans que le spectateur s’en rende tout de suite compte) jusqu’à ne distinguer plus que la silhouette de la vieille dame assise dans son fauteuil. On entend alors à la fin de la prise la voix de Wang Bing (ce sera la seule intervention visible du cinéaste) demander à Fengming si elle veut bien allumer la lumière, qui éclaire enfin la pièce. Moment magique, admirable, qui permet de mettre en lumière les évènements dramatiques vécus par Fengming, comme si les fantômes du passé tapis dans l’obscurité revenaient à la surface et à la face du spectateur, après avoir été trop longtemps enfouis dans le silence et l’oubli…

Mais le récit de Fengming ne peut s’oublier. La vieille dame a d’ailleurs déjà écrit un livre sur son calvaire, mais le restituer oralement aux spectateurs, droit dans les yeux, est tout aussi indispensable, elle qui a été obligée de se taire trop longtemps. Que cela soit par les mots ou par la parole, le scandale de la répression due à la campagne des Cents Fleurs est ainsi révélé au monde, et le travail de la mémoire peut alors commencer…

Le dernier plan du film montre depuis un couloir Fengming, après avoir terminé son éprouvant témoignage, répondre au téléphone dans sa chambre. C’est un plan fixe, filmant la conversation téléphonique de la vieille dame avec un autre survivant des camps de rééducation qui désire prendre contact avec elle.

Et le spectateur se rend alors vraiment compte que ces déportations ont touché d’autres personnes, le récit de Fengming permettant ainsi d’attirer l’attention sur tous les autres prisonniers ayant vécu la même tragédie.

Au final, Wang Bing a réalisé avec Fengming – Chronique d’une femme chinoise un film magnifique qui apporte un éclairage indispensable sur la répression féroce qui a suivi la campagne des Cents Fleurs et qui a fait des centaines de milliers de victimes. Malgré une réhabilitation discrète de la quasi-totalité d’entre elles, le régime chinois n’a jamais clairement reconnu l’injustice qui leur a été faite.

Le film, en plus de ses évidentes qualités cinématographiques qui donnent une liberté totale à la parole, comme si celle-ci était une revanche contre la censure du régime, a par ailleurs une importance historique essentielle, permettant de mettre en lumière la persécution terrible que ces « droitiers » ont subie.

Wang Bing a ensuite tourné en 2010 le puissant Le fossé, premier film de fiction du cinéaste chinois qui revient plus particulièrement sur la dureté des conditions de vie dans le camp de Mingshui durant la famine de 1960 et qui est donc un complément indispensable à Fengming – Chronique d’une femme chinoise.

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28 mars 2012

Bullhead de Michael R. Roskam

bullheadTitre du film : Bullhead

Réalisateur : Michael R. Roskam

Année : 2012

Origine : Belgique

Durée du film : 129 minutes

Avec : Matthias Schoenaerts (Jacky Vanmarsenille), Jeroen Perceval (Diederik Maes), Jeanne Dandoy (Lucia Schepers), Robin Valvekens (Jacky âgé de 13 ans), etc.

Synopsis : Un jeune homme se trouve au coeur d'un trafic d'hormones. Mais surtout il cache un secret pour le moins dramatique. 

Premier long métrage du flamand Michael R. Roskam, Bullhead est ce que l'on pourrait appeler un polar agraire. En effet, il se déroule dans le milieu agricole.

Issu d'une famille d'agriculteurs dans le sud du Limbourg, Jacky Vanmarsenille est une figure importante dans le milieu du trafic des hormones, avec notamment l'aide que lui procure un vétérinaire corrompu. Alors qu'il est sur le plan de signer un contrat important et d'étendre son influence, Jacky doit au contraire se faire particulièrement discret suite au décès d'un policier fédéral. Car la police enquête et il fait partie des gens qui sont surveillés.

Le synopsis du film laisse entendre que l'on a à faire à une sorte de polar. Si l'enquête policière, qui est rondement menée correspond bien à la toile de fond du film, elle n'en constitue pas pour autant le sujet principal du film.

Toute cette histoire nous ramène au personnage de Jacky Vanmarsenille. Ce jeune homme de 33 ans apparaît comme quelqu'un de rustre et plutôt brutal, en tout cas en affaire. Et cela n'est pas spécialement dû au fait qu'il vit depuis son enfance dans un monde agricole qui paraît fermé. Non, en fait on apprend dans le film que Jacky doit faire chaque jour avec un terrible secret.

Le drame originel nous est raconté par le biais d'un flashback terrifiant qui ne cesse de hanter le quotidien de Jacky. Il faut dire qu'il y a de quoi être tourmenté. Lorsqu'il était âgé de 13 ans, Jacky s'est fait écraser ses testicules par un garçon plus âgé que lui. La scène est terrible à voir et elle explique beaucoup de choses.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi s'injecte en permanence des anabolisants pour tenter de devenir ou à tout le moins de rester en apparence un homme comme les autres. La testostérone qu'il prend est une hormone stéroïdienne. Elle permet une augmentation de la masse musculaire. Elle joue un rôle dans le désir sexuel mais aussi dans l'agressivité.

Cette hormone préfigure bien toute la personnalité de Jacky. C'est un être frustré qui n'en a pas moins des désirs. Il est obligé à plusieurs reprises de refouler ses pulsions sexuelles et quand on le voit en train de fréquenter son amour d'enfance, on voit bien qu'il est dans un état second. Le réalisateur Michael R. Roskam filme notamment à merveille cette scène dans la boîte de nuit où Jacky arrive déterminé, désireux de ramener celle qu'il aime (ce sentiment est appuyé par des ralentis totalement justifiés). Mais il sait qu'il est un être castré et pour se donner du courage, il boit jusqu'à perdre la raison, les gros plans sur son visage étant admirables de sincérité.

L'acteur Matthias Schoenaerts qui joue le rôle de Jacky réalise une performance époustouflante. Il est parfait dans le rôle de cet homme qui d'un côté donne l'impression d'être une véritable force de la nature, un être dangereux, imprévisible, et d'un autre côté est une personne blessée dans sa chair et fragile sur le plan psychologique.

S'il est surnommé Tête de bœuf (traduction littérale en français du titre du film) par certains, cela n'est pas sans raisons. C'est bien entendu dû à son physique imposant. Mais c'est aussi une façon de rappeler qu'il est lié aux bœufs qui constituent son gagne-pain. En effet, il fait évoluer les bœufs en leur injectant des hormones. Ces bœufs deviennent ainsi gros plus rapidement et plus gras. De son côté, Jacky est une bête blessée qui s'injecte des anabolisants pour être un autre homme.

Mais on est toujours rattrapé par son passé, ce que déclare d'ailleurs en voix-off Matthias Schoenaerts au tout début du film (« tu te fais toujours couillonner »).

En ce sens, Bullhead est non seulement un polar agricole très intéressant – ce trafic d'hormones paraissant plus vrai que nature – mais aussi et surtout un terrible drame humain.

Le réalisateur Michael R. Roskam ne juge jamais son antihéros. Il a même une certaine compassion envers lui. Pourtant, Jacky est loin d'être un tendre. Certaines scènes sont d'une violence assez dure. On pense notamment à la scène où Jacky tabasse l'homme qui a passé la nuit avec son amour d'enfance ou bien évidemment la scène de l'ascenseur qui n'est pas sans rappeler la violence brutale aperçue dans l'excellent Drive de Nicolas Winding Refn.

Pour autant, la violence la plus terrible est bien celle que l'on ne voit pas : lors de la castration, on ne voit que le visage de Jacky et l'horreur est encore plus insoutenable.

Bullhead est un film qui prend à la gorge du début à la fin tant en raison d'un excellent scénario que d'un acteur principal remarquable.

Ce ne sont pas les seules qualités de ce film. On notera que pour un premier long métrage, Michael R. Roskam s'est montré particulièrement à son avantage. Son film est extrêmement maîtrisé d'un point de vue formel. On peut signaler entre autres la présence de très beaux ralentis (voir la scène dans la boîte de nuit) ; plusieurs travellings de qualité et un excellent plan-séquence dans l'hôpital psychiatrique qui donnent une dimension supplémentaire à Bullhead.

Si l'on ajoute la photographie aux couleurs sombres qui amplifie l'aspect dramatique du film, on comprendra que l'on tient là un film de tout premier plan. C'est le premier choc de l'année. Et sans nul doute l'un des films majeurs de 2012.

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