Déjantés du ciné

12 août 2022

Le dernier piano de Jimmy Keyrouz (critique film + DVD)

ledernierpiano2Titre du film : Le dernier piano

Réalisateur : Jimmy Keyrouz

Année : 2022

Origine : Liban

Durée : 1h46

Avec : Tarek Yaacoub, Rola Baksmati, Mounir Maasri, Ibrahim El Kurdi, Julien Farhat

Editeur : Blaq Out

En DVD le 23 août 2022

FICHE IMDB

Synopsis : Karim, un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre en Syrie et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

 

« En 2014, un groupe extrémiste prend le contrôle de l’Iraq et de la Syrie, et dicte une interprétation stricte de la charia islamique ». Voilà comment débute Le dernier piano de Jimmy Keyrouz, histoire de bien mettre le spectateur dans l’ambiance.

L’action se déroule dans une ville (fictive) de Syrie, aux mains des Islamistes. Le territoire est complètement désolé avec des bâtiments détruits de toutes parts. Un environnement digne de Allemagne année zéro de Rossellini. Sauf que pour des raisons évidentes de sécurité et à cause du contexte géopolitique, Le dernier piano n’a pas été tourné en Syrie mais dans un Liban en ruines, la contrée d’origine du cinéaste Jimmy Keyrouz.

ledernierpiano4Dans ce paysage inhospitalier, le film a le mérite de montrer le régime de terreur instauré par les Islamistes. Ces derniers sont omniprésents et particulièrement craints par la population, des contrôles sont effectués lors des check points pour les fuyards ainsi que des descentes inopinées afin de capturer les rebelles. Et puis il y a le quotidien avec des humiliations ou exécutions sommaires en public. Ces personnes sans foi ni loi adaptent à leur façon la charia islamique (« la voie », concrètement la loi islamique codifiant les droits et devoirs des musulmans). La musique est ainsi interdite par l’État islamique.

Ce qui nous amène à l’une des autres grandes thématiques du film : l’art comme lutte contre l’obscurantisme. Dans cet univers de poussière et de mort où l’on risque à chaque rue une mauvaise rencontre ou une dénonciation, la musique devient un refuge contre l’ennemi et les valeurs qu’il symbolise. C’est pour cette raison que le principal personnage du film, Karim, met tout en œuvre pour réparer son piano. Ce dernier devient d’une certaine façon un acte de résistance contre le régime en place. L’art permet – provisoirement – de s’échapper d’un quotidien morne et dramatique, et une façon de proclamer la paix face aux exactions de l’occupant. Le questionnement autour de l’art est un moyen original d’aborder un des conflits en Moyen-Orient, et pas seulement. Ce film fait évidemment écho à la guerre en Ukraine et toutes ces guerres impliquant des civils désemparés.

ledernierpiano3Ce long métrage ne serait pas réussi sans la qualité de sa distribution. L’acteur Tarek Yaacoub est épatant de naturel et synthétise parfaitement l’ambivalence du personnage de Karim : il campe tout à la fois un homme craintif face aux Islamistes mais également une personne déterminée à s’en sortir. Tarek Yaacoub est toujours dans le bon ton, ce qui est fondamental puisque l’on suit ses pérégrinations au gré de ses rencontres. A cet égard, les autres acteurs sont tout à fait crédibles dans leurs rôles respectifs. Aucune fausse note à ce niveau.

Au demeurant, Le dernier piano bénéficie d’une bande son de qualité que l’on doit à un autre libanais de renom : le compositeur Gabriel Yared, César de la meilleure musique de film pour L’amant (1993) et Oscar du meilleur film pour Le patient anglais (1997). Sa musique classique accroît la charge émotionnelle du film.

Toutefois, Le dernier piano n’est pas exempt de quelques anicroches : l’histoire, « inspirée de faits réels » est très romancée. Le cinéaste veut parfois trop en faire au risque d’instaurer un pathos malvenu. Par ailleurs, le scénario est parfois tiré par les cheveux : Karim se sort parfois miraculeusement de situations bien compliquées.

Fort heureusement, les qualités du film évoquées précédemment prennent le dessus sur ces réserves. Le dernier piano constitue une œuvre ayant le mérite d’exister, et de mettre en lumière une situation terrible par le prisme de l’art. Un art comme moyen de résistance. Rien que pour cette raison, ce long métrage mérite d’être vu.

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Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out :

L’image : une image d’excellente facture, exempte de défauts. Elle permet d’apprécier l’énorme travail effectué par le chef-opérateur.

Le son : un son bien prenant et parfaitement réparti dans l’espace en dolby digital 5.1 (ou en 2.0 pour les personnes non équipées). Dommage qu’il n’existe pas de doublage français. Mais bon force est de constater qu’un tel film est avant tout destiné à un public cinéphile ayant l’habitude de regarder une œuvre étrangère en VOSTF.

Les suppléments : c’est assez maigre à ce niveau-là. L’interview du réalisateur Jimmy Keyrouz (12 mn31) permet de connaître la genèse du film ou encore les intentions de l’auteur. L’autre module consistant en une interview croisée entre Gabriel Yared et Jimmy Keyrouz est totalement anecdotique, tant sa durée est faible (2 mn04).

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02 août 2022

Paranormal activity 2 de Tod Williams

paranorm1Titre du film : Paranormal activity 2

Réalisateur : Tod Williams

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h31

Avec : Brian Boland (Daniel), Molly Ephraim (Ali), Sprague Grayden (Kristi), Katie Featherston (Katie), Micah Sloat (Michah), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : L'esprit démoniaque du premier Paranormal Activity est de retour, et c'est une nouvelle famille fraîchement installée dans une belle demeure qui va en faire les frais...


Réalisé par Tod Williams,
Paranormal activity 2 est la suite de Paranormal activity. Le film entend surfer sur la vague de ce film d'horreur qui avait fait le buzz autour de lui et avait permis à son réalisateur d'engranger beaucoup d'argent pour des coûts dérisoires.

Évidemment, mieux vaut battre le fer tant qu'il est encore chaud. C'est la raison pour laquelle ce second opus sort seulement 10 mois après le premier film.

Exit Oren Peli, cette fois-ci c'est Tod Williams qui est aux manettes de ce film narrant des phénomènes surnaturels. Le budget est également beaucoup plus conséquent puisque l'on dépasse les 2 millions de dollars. Au vu du film, on peut se demander où est passé le budget. Dans la publicité pour faire venir les spectateurs ? Peut-être.
Toujours est-il que Paranormal activity 2 n'a semble-t-il aucun autre but que celui de rapporter de l'argent.

Autant le premier opus pouvait apparaître un peu original en utilisant le filmage d'un caméscope et des caméras de surveillance pour faire monter progressivement la peur, autant le second opus n'apporte rien de plus.

paranorm2On serait même tenté de dire que ce film tourne à vide. Le réalisateur ne s'est pas embêté la vie au niveau du scénario en décidant de placer l'esprit maléfique dans une maison où vit une famille entière avec un couple, une adolescente et un bébé. Comme pour hasard, le réalisateur a choisi que la femme du couple serait tout simplement Kristi, la soeur de Katie, héroïne de Paranormal activity.

Le film débute d'ailleurs 62 jours avant le meurtre de Micah pour s'achever un jour après ce même meurtre. On voit donc plusieurs fois Katie mais également Micah qui va se retrouver une fois à filmer une scène du film que l'on observe. Quel intérêt de cette scène ? Aucun.

Paranormal activity 2 se démarque d'ailleurs du premier opus par sa capacité à provoquer l'ennui. Pendant tout de même au moins la moitié du film, il ne se passe strictement rien. On voit juste la vie quotidienne d'une famille tout à fait banale de la middle-class américaine.
Le réalisateur tente par instants de réveiller le spectateur avec le bruit de portes qui claquent, d’ustensiles de cuisine tomb
ant tout seuls, du chien flairant une présence, etc.
Non seulement
cela ne représente pas grand chose, mais en plus on a la désagréable impression d'avoir vu et revu tout ça à de nombreuses reprises. Certaines scènes sont même littéralement pompées du premier opus comme l'idée du ouija qui bougeant tout seul.

Et puis il y a même dans ce long métrage un humour qui ne vole pas haut, avec des blagues sur la présence d'esprits. On ne peut même pas se raccrocher à un côté sérieux entièrement assumé.

En outre, certaines scènes paraissent incohérentes. Pourquoi décider d'accélérer la bobine (qui est censée avoir été récupérée par la contribution des familles de victimes et par la police de Carlsbad) à deux reprises ?

Le seul élément positif du film tient à la façon de lier les deux opus à la fin dans un final certes quelque peu tiré par les cheveux mais qui a le mérite d'être assez énergique (à tel point que par moments on ne comprend plus ce qui a lieu).
En conclusion,
Paranormal activity 2 est un film totalement inutile, qui sent vraiment le réchauffé. L'originalité du premier opus – qui n'était déjà pas exempt de défauts, en raison de son faible budget notamment – a disparu et laissé la place à une œuvre parfaitement anecdotique. Dans le genre du film de maison hantée, mieux vaut cent fois se regarder Poltergeist, beaucoup plus convaincant et prenant.

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06 juillet 2022

Belfast de Kenneth Branagh (critique film + DVD)

belfast0Titre du film : Belfast

Réalisateur : Kenneth Branagh

Année : 2022

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h34

Avec : Caitriona Balfe, Jamie Dornan, Jude Hill, Ciaran Hinds, Judi Dench, etc.

Editeur : Universal Pictures France (site internet, facebook, twitter)

En DVD et Blu-Ray depuis le 6 juillet ainsi qu'en VOD et Achat digital

Synopsis : Été 1969 : Buddy, 9 ans, sait parfaitement qui il est et à quel monde il appartient, celui de la classe ouvrière des quartiers nord de Belfast où il vit heureux, choyé et en sécurité. Mais vers la fin des années 60, alors que le premier homme pose le pied sur la Lune et que la chaleur du mois d’août se fait encore sentir, les rêves d’enfant de Buddy virent au cauchemar. La grogne sociale latente se transforme soudain en violence dans les rues du quartier.

 

Kenneth Branagh est bien connu pour ses adaptations à l’écran de classiques allant de Shakespeare comme Beaucoup de bruit pour rien (1993) et Hamlet (1996) à Agatha Christie avec Le crime de l’Orient-Express (2017) et Mort sur le Nil (2022). On imagine beaucoup moins que l’intéressé est né à Belfast et qu’il y a vécu jusqu’à l’âge de neuf ans.

belfast1Belfast est vu par Kenneth Branagh comme une œuvre autobiographique, à ceci près qu’il a changé des éléments de sa vie personnelle pour les besoins de cette fiction. Il évoque donc la ville de son enfance, faisant partie de l’Irlande rattachée au Royaume-Uni, et les affrontements entre la minorité catholique et la majorité protestante dans les années 60.

Le film débute d’ailleurs le 15 août 1969 avec son personnage principal Buddy (une représentation évidente de Kenneth Branagh jeune), un garçon de neuf ans, qui observe les débuts de cette guerre civile entre protestants et catholiques.

Le cinéaste n’a pas choisi d’axer son propos sur ces conflits – même s’ils ne cessent d’émailler le film – mais plutôt de s’intéresser à la cellule familiale de Buddy. Le garçon est issu d’une famille modeste dont le père est obligé de s’expatrier en Angleterre pour s’en sortir.

Filmé à hauteur d’enfant, Belfast nous montre deux choses ambivalentes. Côté face on la difficulté d’une famille à boucler les fins de mois et les tensions latentes que cela génère, avec en arrière-plan ces rixes de plus en plus fréquentes entre protestants et catholiques. Côté pile on a la joie de vivre d’un enfant parfaitement intégré dans un cocon familial et qui découvre le bonheur d’aller au cinéma et de voir des films à la télévision. On se régale d’ailleurs de voir des extraits – en couleurs, une façon de signifier qu’il s’agit des moments de joie – de westerns tels que L’homme qui tua Liberty Valance.

Certes, Belfast n’apporte rien de vraiment neuf et Kenneth Branagh n’approfondit pas le contexte explosif de l’époque. Il était nécessaire à ce moment de choisir son camp, on pouvait difficilement rester neutre.

belfast2Toutefois, il compense la faiblesse d’un scénario trop balisé avec une belle réussite au niveau de la chronique sociale. L’enfant Buddy, joué par le charmant Jude Hill, est extraordinaire de naturel. Ce gamin est super mignon et on suit avec intérêt sa vie de famille à travers son regard d’enfant. Comme dans toute famille, celle de Buddy comporte son lot de moments de bonheur et de tristesse. On voit aussi clairement que cette famille, notamment la mère, est très attachée à la ville de Belfast (la fin alternative du film, que l’on retrouve sur le DVD, est de ce point de vue plus riche sur le plan émotionnel). C’est un peu une part de ces gens qui vit et vivra toujours dans Belfast.

Si le film est chargé en émotion, il comporte aussi plusieurs séquences d’humour que l’on doit aussi bien à la petite copine de Buddy, une voleuse patentée, mais aussi le grand-père toujours décontracté et philosophe à sa façon : « les femmes sont des créatures mystérieuses ».

Belfast peut aussi se targuer d’une très belle photographie en noir et blanc qui inscrit d’autant plus l’action dans un passé révolu. La musique d’époque est elle aussi plaisante qu’elle soit jazzy ou plus rock, voire même dans un style proche de la country. Dans une magnifique séquence célébrant l’amour, on prend un plaisir évident à regarder se déhancher les parents de Buddy sur le hit Everlasting love du groupe Love Affair (1967).

On appréciera enfin la bonne tenue de la distribution, qui comporte quasiment que des Irlandais au casting, qu’il s’agisse de l’émouvante Caitriona Balfe (l’actrice culte de la série Outlander) dans le rôle de la mère ou encore du beau Jamie Dornan, Monsieur 50 nuances de Grey. Une pensée aux seconds rôles tenus par d’excellents Ciaran Hinds, Judi Dench.

En somme, si Belfast est sans doute un film mineur dans la filmographie de Kenneth Branagh, il n’en reste pas moins une œuvre plaisante et émouvante à regarder qui a su séduire un public, au regard des différents prix récoltés.

 jamiedornan3Caractéristiques du DVD édité par Universal Pictures France  :

L’image : une copie très propre qui rend grâce à la magnifique photographie en noir et blanc.

Le son : un dolby digital 5.1 de très bonne facture qui permet d’apprécier la belle BO du film.

Les bonus : On débute avec une fin alternative (5 mn23) qui constitue une fin sans doute plus nostalgique que celle retenue au final. On poursuit avec trois scènes coupées d’une durée totale de 2 mn38. Totalement anecdotiques, on comprend que ces dernières n’aient pas été conservées au montage. Une ville d’histoires : le making of de Belfast est donc un court making of (9 mn24) laissant la parole à Kenneth Branagh et aux principaux protagonistes. Il permet d’en savoir plus sur le contexte du film. L’enfant qui est en vous (1 mn50) est un module inutile où les acteurs indiquent leur plat préféré et leur jouet préféré lorsqu’ils étaient enfants. On garde le meilleur pour la fin avec la possibilité de visionner le film avec le commentaire audio de Kenneth Branagh (avec sous-titres français).

Lien vers la fiche Cinetrafic du film :

https://www.cinetrafic.fr/film/64457/belfast

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26 juin 2022

La vraie famille de Fabien Gorgeart (critique film + DVD)

lavraiefamille0Titre du film : La vraie famille

Réalisateur : Fabien Gorgeart

Année : 2022

Origine : France

Durée : 1h37

Avec :‎ Mélanie Thierry, Lyes Salem, Félix Moati, etc.

Editeur : Le Pacte (site internet, facebook, twitter)

En DVD et Blu-Ray depuis le 22 juin et en VOD et EST depuis le 16 juin

Synopsis : Anna, 34 ans, vit avec son mari, ses deux petits garçons et Simon, un enfant placé chez eux par l’Assistance Sociale depuis l’âge de 18 mois, qui a désormais 6 ans. Un jour, le père biologique de Simon exprime le désir de récupérer la garde de son fils. C’est un déchirement pour Anna, qui ne peut se résoudre à laisser partir celui qui l’a toujours appelée « Maman ».

 

Les structures d’accueil pour les jeunes sont de trois ordres : les foyers, les maisons pour enfants et les familles d’accueil. Le hasard du calendrier avait permis de découvrir en DVD il y a à peine plus d’un mois le film Placés (également édité par Le Pacte) relatif à des jeunes vivant au sein d’une MECS (maison d’enfants à caractère social).

Dans La vraie famille, le réalisateur et scénariste Fabien Gorgeart immisce le spectateur au sein d’une famille d’accueil avec un petit garçon de six ans dont le père biologique souhaite récupérer la garde. A la différence de Placés, Fabien Gorgeart ne souhaite pas spécialement faire un film proche du documentaire, ce qui ne l’empêche pas d’aborder à sa façon un sujet sociétal puisqu’il y aurait en France 56 000 familles d’accueil.

lavraiefamille3La vraie famille met l’accent sur le côté affectif avec cette assistante sociale, interprétée par une convaincante Mélanie Thierry, qui s’est fortement attachée au garçon accueilli dans sa famille. Si cette femme est rémunérée à ce titre, cette question n’est pas à l’ordre du jour du film.

Ici, Fabien Gorgeart s’intéresse principalement à l’évolution d’une famille. Avec beaucoup de sensibilité, La vraie famille montre qu’il est difficile de prendre (rapidement) ses distances avec un enfant que l’on a éduqué et chéri comme l’un des siens pendants plusieurs années. L’assistante familiale, appelée maman par le jeune garçon, est tiraillée entre le lien qu’elle a tissé avec celui-ci (d’où le titre du film) et la nécessité de rendre l’enfant à son père biologique.

L’une des forces de ce long métrage est de mettre en avant le fait que chacun a ses raisons. Le réalisateur ne juge personne. Il y a une vraie humanité qui se dégage de ses personnages, ce qui accroît le côté affectif de l’ensemble.

Par ailleurs, Fabien Gorgeart sur une distribution de qualité. Tous les acteurs professionnels sont dans le bon ton, qu’il s’agisse de Mélanie Thierry dans le rôle de la mère de substitution qui ne sur-joue pas, de Lyes Salem avec un personnage prônant la tempérance ou de Félix Moati en trouble-fête. Mais cette réussite aurait été vaine sans la très bonne direction d’acteurs des enfants. C’est d’autant plus méritoire qu’il est compliqué de faire jouer des enfants comme on le souhaite.

Côté mise en scène, le film ne brille pas spécialement sur ce plan. Toutefois, on note que que quelques efforts ont été effectués pour se démarquer du tout venant. A plusieurs reprises, on constate la présence de ralentis – plutôt justifiés – ayant pour but d’inscrire dans la durée des moments de joie. Car en dépit de son sujet peu commode, La vraie famille est émaillée de nombreux moments de bonheur d’être ensemble.

C’est apprécié à plus forte raison que dans la vraie vie, il arrive que l’aspect rémunérateur de l'accueil d'enfants prenne le pas sur l’aspect affectif. Mais gageons qu’il s’agit d’une minorité.

 

lavraiefamillejaquetteCaractéristiques du DVD édité par Le Pacte:

L’image : Elle est de très bonne facture, aussi bien dans les séquences à l’intérieur des maisons qu’à l’extérieur.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 et en 2.0 probant. On appréciera que le film soit disponible en audio-description et qu’il y ait la possibilité de le visionner avec des sous-titres pour sourds et malentendants.

Les suppléments :On a d’abord un entretien avec Fabien Gorgeart, Mélanie Thierry et Félix Moati (12 mn48). Le cinéaste est le principal intervenant de ce bonus qui constitue un complément parfait au film. L’éditeur Le Pacte a également eu la bonne idée d’inclure deux courts métrages du réalisateur. Il y a d’abord Le diable est dans les détails (2016, 18 mn33), une œuvre étrange et décalée, adaptation libre d’un manuscrit autobiographique. On a ensuite Un chien de ma chienne (11 mn59), un court également étonnant autour d’une femme enceinte sur le point d’accoucher. Les bonus se terminent par l’habituelle bande annonce du film.

A noter qu'en plus de l'habituel boîtier amaray qui comprend le DVD, on a droit pour cette édition à un sympathique fourreau.

Lien vers la fiche Cinetrafic du film :

https://www.cinetrafic.fr/film/64296/la-vraie-famille

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06 juin 2022

Vous ne désirez que moi de Claire Simon (critique film + DVD)

vousnedésirez0Titre du film : Vous ne désirez que moi

Réalisatrice : Claire Simon

Année : 2022

Origine : France

Durée : 1h35

Avec :‎ Swann Arlaud, Emmanuelle Devos, Christophe Paou

Editeur : Blaq Out

En DVD le 5 juillet 2022

Synopsis : Compagnon de Marguerite Duras depuis deux ans, Yann Andréa éprouve le besoin de parler : sa relation passionnelle avec l’écrivaine ne lui laisse plus aucune liberté, il doit mettre les mots sur ce qui l’enchante et le torture. Il demande à une amie journaliste de l’interviewer pour y voir plus clair. Il va décrire, avec lucidité et sincérité, la complexité de son histoire, leur amour et les injonctions auxquelles il est soumis, celles que les femmes endurent depuis des millénaires…

 

Marguerite Duras (1914-1996) est une des femmes de lettres les plus célèbres du XXème siècle. Celle qui a renouvelé le genre romanesque a connu l’un de ses plus succès avec L’amant en 1984 (prix Goncourt), adapté plus tard au cinéma par Jean-Jacques Annaud. A cette époque, Marguerite Duras vit depuis quatre ans une relation taboue avec Yann Andréa, bisexuel et de 38 ans son cadet. Yann Andréa vivra avec Marguerite Duras jusqu’à sa mort en 1996.

vousnedésirez1Auteur de nombreux documentaires et films de fiction, Claire Simon s’est intéressée à cette histoire passionnelle entre Duras et Andréa. Pour ce faire, elle a choisi avec Vous ne désirez que moi d’adapter à l’écran le livre Je voudrais parler de Duras (2016, éditions Fayard), issu des entretiens entre Yann Andréa et la romancière Michèle Manceau, proche de Marguerite Duras.

Le défi est immense puisqu’il s’agit de captiver le spectateur alors que la majeure partie du film est constitué d’entretiens dans un lieu clos avec deux personnages, Yann Andréa joué par Swann Arlaud et l’intervieweuse Michèle Manceaux interprétée par Emmanuelle Devos. Malgré le matériau de base très littéraire, la réalisatrice Claire Simon a la bonne idée de refuser tout académisme. Alors que la facilité aurait pu l’amener à filmer avec des champs / contre champs, elle choisit d’avoir une caméra très fluide qui effectue sans cesse des va-et-vient entre l’intervieweur et l’interviewée. On a droit ainsi à de nombreux plans séquence qui mettent en avant les acteurs.

Si l’on est forcément amené à faire attention aux déclarations de Swann Arlaud qui se fond parfaitement dans le personnage de Yann Andréa, on est tout autant attentif aux visages de celui-ci et aux réactions d’une Emmanuelle Devos qui ne se contente pas d’être simplement présente pour enregistrer les propos d’Andréa. A plusieurs reprises elle le relance pour en savoir plus : « Là faut que tu dises les choses au plus sincère de toi-même » ; « Je croix que là faut que t’en dises plus […] Faut que tu développes. »

vousnedésirez2Mais au juste, de quoi parlent ces entretiens exclusifs de Yann Andréa ? De sa relation passionnée et tourmentée avec Marguerite Duras. Tout au long du film, on sent à la fois de l’admiration mais aussi une forme de rejet pour une femme qui l’a transformée. Car Yann Andréa – qui s’appelait Yann Lemée avant que Marguerite Duras décide de l’appeler ainsi – est conscient qu’il est sous le joug de Marguerite Duras. Elle exerce une fascination sur lui et par amour, il a tout accepté d’elle : il s’habille selon ses souhaits, mange ce qu’elle souhaite et fréquente les gens qu’elle veut. Il y a une relation de domination qui s’est instaurée entre les deux résumée à la fois par le titre du film que par cette déclaration de Duras : « Je veux vous décréer pour vous créer. »

Cette relation de la femme dominante et de l’homme dominé est très intéressante puisqu’elle fait écho, de manière inversée, à ce que vivent généralement les femmes dominées dans une société patriarcale. La cinéaste Claire Simon inscrit son film dans une perspective féministe évidente. Cela n’est d’ailleurs pas un hasard si la plupart des membres de l’équipe du film, du script au directeur de la photographie, sont des femmes. Cela n’étonnera personne que Claire Simon est membre du collectif 50/50 ayant pour but de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel.

Heureusement, le film ne se limite à évoquer cette relation de domination entre deux êtres. Elle évoque aussi sans détour la relation sexuelle entre ces deux personnes. Une relation d’autant plus étonnante que Yann Andréa répète à l’envie qu’il est homosexuel. Mais la passion de Yann Andréa pour son aînée est plus forte que tout. Il accepte de s’abandonner à elle. Au milieu du film, de retour chez elle, Michèle Manceaux imagine cette relation sexuelle lorsqu’elle s’endort, par le biais de dessins suggérés, qui prouvent toute la finesse de ce long métrage.

Vous ne désirez que moi est une belle réussite de Claire Simon que l’on doit aussi bien à l’excellence de l’interprétation qu’à sa mise en scène donnant parfois l’impression d’assister à un documentaire, comme dans son excellent film Les bureaux de Dieu (2008). Toutefois, ce film ne s’offre pas directement au spectateur. Il demande un minimum d’attention pour l’apprécier pleinement.

vousnedésirez3Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out:

L’image : Elle est excellente, qu’il s’agisse des séquences diurnes ou nocturnes du film.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 et en 2.0 tout à fait correct. On appréciera que le film soit disponible en audio-description et qu’il y ait la possibilité de le visionner avec des sous-titres pour sourds et malentendants.

Les supléments : Ils constituent un complément idéal au film, même s’ils vont parfois un peu loin dans l’explication. Le premier bonus est un entretien avec Claire Simon et Swann Arlaud (15 mn18). Claire Simon revient notamment sur la genèse du film et sur la relation complexe entre Marguerite Duras et Yann Andréa. Le second bonus est un entretien entre Judith Fraggi, à qui l’on doit les dessins dans le film, et Claire Simon (11 mn29). Judith Fraggi explique la difficulté de trouver des dessins à la fois crus et tendres. Elle explique la genèse de ces dessins faits à l’encre (et non à l’aquarelle). Le troisième bonus est un entretien avec Céline Bozon, la directrice photo, et Claire Simon (10 mn24). Il s’agit clairement du bonus le plus abscons, si l’on n’est pas initié. Quelques idées intéressantes mais manquant de structuration. Le dernier bonus présente les dessins de Judith Fraggi (1 mn23) dans des cadres. En fait, il manque seulement dans ces bonus une interview d’Emmanuelle Devos.


05 juin 2022

Licorice pizza de Paul-Thomas Anderson (critique film + DVD)

licoricepizza0Titre du film : Licorice pizza

Réalisateur : Paul Thomas Anderson

Année : 2022

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h08

Avec :‎ Alana Haim, Cooper Hoffman, Bradley Cooper, Sean Penn, Benny Safdie,etc.

Editeur : Universal Pictures France (site internet, facebook, twitter)

En DVD et Blu-Ray depuis le 1er juin ainsi qu'en VOD et Achat digital

Synopsis : 1973, dans la région de Los Angeles. Alana Kane et Gary Valentine font connaissance le jour de la photo de classe au lycée du garçon. Alana n’est plus lycéenne, mais tente de trouver sa voie tout en travaillant comme assistante du photographe. Gary, lui, a déjà une expérience d’acteur, ce qu’il s’empresse de dire à la jeune fille pour l’impressionner. Amusée et intriguée par son assurance hors normes, elle accepte de l’accompagner à New York pour une émission de télévision. Mais rien ne se passe comme prévu…

 

Le réalisateur américain Paul Thomas Anderson (PTA en abrégé) a déjà une filmographie bien fournie avec plusieurs chefs d’oeuvre à son actif comme le magnifique film choral Magnolia (1999) ou encore There will be blood, une fresque désenchantée sur la condition humaine (2008).

Souvent nostalgique dans ses films, PTA a aussi mis en scène des longs métrages résolument optimistes, comme la comédie romantique déjantée Punch drunk love (2002). C’est dans cette veine que l’on peut catégoriser l’excellent Licorice pizza, qui partage la même légèreté de ton que Punch drunk love.

licoricepizza2Il faut dire que le film débute de façon surprenante avec un adolescent, Gary Valentine qui drague ouvertement une jeune adulte, Alana Kane. Leur histoire sur le mode Je t’aime moi non plus va rythmer un film allant à cent à l’heure et doté d’une énergie emballante.

Comme partout ailleurs dans le monde, on sent que les années 70 sont celles où tout est possible. Les États-Unis n’échappent à la règle : la révolution sexuelle et celle de la société en général sont en marche. Gary Valentine entend bien profiter de la situation à l’image d’un Daniel Plainview (le protagoniste de There will be blood). C’est ainsi qu’il se lance dans le business des lits à eau puis dans celui des flippers lorsque la réglementation de ceux-ci est amenée à changer. Gary Valentine est un véritable opportuniste et un self made man comme l’Amérique en a découvert tant d’autres.

Mais le ton du film reste résolument optimiste et gentillet avec cette histoire d’amour contrariée où nos deux protagonistes ne cessent de se chercher, de se quitter, etc. La caméra est toujours en action, elle filme constamment nos personnages, notamment par de très beaux travellings latéraux. On les voit ainsi courir ensemble, l’un auprès de l’autre ou se déplacer à bord de voitures. Certaines séquences sont vraiment hilarantes. Ceux qui ont vu le film se rappellent la séquence avec le camion à Beverly Hills ou encore une étonnante séquence en moto.

Tout a lieu dans une ambiance décontractée, on pourrait même dire que l’on est dans un feel good movie qui fait voyager dans les années 70 par les coiffures, les vêtements, les voitures ou encore les téléphones (pas de portable à l’époque et c’est tant mieux). Le réalisateur Paul Thomas Anderson dresse un portrait nostalgique, empreint de beaucoup de bienveillance à l’égard de ses personnages.

lico0Le film se rapproche à bien des égards du second film de PTA, Boogie nights (1997), qui décrivait déjà avec une acuité certaine, les années 70 mais cette fois dans le milieu du porno. Licorice pizza est évidemment beaucoup moins trash que ce soit dans les situations ou dans les dialogues. Les deux films ont toutefois en commun ce sentiment d’une époque révolue, où tout était alors possible, et où le sentiment de liberté semblait quasi infini.

Ce Licorice pizza fait un bien fou au moral et l’excellente distribution y est évidemment pour beaucoup. Alana Haim, du groupe de pop Haim, est étonnante de justesse dans le rôle d’Alana Kane. Quant à Cooper Hoffman, le fils de feu Philip Seymour Hoffman, un des acteurs fétiches de PTA, il surprend par son énergie et son bagout dans le rôle de Gary Valentine. Gravitent autour d’eux des seconds rôles savoureux interprétés avec beaucoup d’amusement par Sean Penn (Jack Holden), Bradley Cooper mais aussi Benny Safdie.

Film bien plus subtil qu’il n’y paraît, Licorice pizza n’est pas qu’une œuvre appréciable, c’est tout simplement l’un des meilleurs films de l’année 2022. Par sa capacité à mélanger la grande et la petite histoire, Paul Thomas Anderson a une nouvelle fois touché dans le mille. Incontournable.

 

lico1Caractéristiques du DVD édité par Universal Pictures France :

L’image : Elle est impeccable en tous points. Aucun défaut n’a été constaté.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 qui retranscrit parfaitement les dialogues et la musique seventies du film.

Les compléments : C’est là que le bât blesse. Les quatre bonus présents sur le DVD n’apportent rien en soi. Les essais de caméra (4 mn05) n’ont aucun intérêt. La scène de Monsieur la paluche (2 mn15) est amusante mais elle arrive comme un cheveu sur la soupe, sans aucune explication. La pub fat Bernie’s (57 secondes) nous propose donc la publicité pour le matelas à eau.Quant aux coulisses du tournage (10 mn38), elles se contentent de montrer des extraits du tournage et des photos sans la moindre explication. Il est fort dommage que l’on n’ait pas eu droit pour un film de cette qualité à une interview du réalisateur, des acteurs ou à une analyse du film.

Lien vers la fiche Cinetrafic du film :

https://www.cinetrafic.fr/film/60142/licorice-pizza

22 mai 2022

Placés de Nessim Chikhaoui (critique film + DVD)

placésjaquetteTitre du film : Placés

Réalisateur : Nessim Chikhaoui

Année : 2022

Origine : France

Durée : 1h46

Avec :‎ Shaïn Boumedine, Julie Depardieu, Philippe Rebbot, Aloïse Sauvage, etc.

Editeur : Le Pacte (site internet, facebook, twitter)

En DVD et Blu-Ray le 25 mai et en VOD et EST depuis le 12 mai

Synopsis : Parce qu’il a oublié sa carte d’identité, Elias ne peut passer les épreuves du concours d’entrée à Sciences Po. À la recherche d’un job en attendant de pouvoir se présenter à nouveau, il devient éducateur dans une Maison d’Enfants à Caractère Social

 

Pour son premier long métrage, le cinéaste français Nessim Chikhaoui a choisi d’aborder un sujet qu’il connaît parfaitement : les jeunes placés en foyer d’accueil. En effet, durant dix ans, il a été lui-même éducateur avant de quitter ce milieu méconnu et peu abordé au cinéma.

Le film se déroule dans une MECS (maison d’enfants à caractère social) avec un groupe de sept enfants qui a été placé par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). On entre dans cet univers très particulier via le personnage d’Elias (Shaïn Boumedine), un jeune homme ayant échoué à un concours et cherchant alors un job d'appoint.

Le réalisateur Nessim Chikhaoui profite de son expérience pour dresser un tableau assez réaliste de la situation. Contrairement à ce que pensent certains, la vie dans ces foyers n’est pas constituée que de moments difficiles et de tensions. Il y en a, c’est certain, et le film ne les élude pas, mais il y a aussi beaucoup de moments de partage et d’amitié sincère.

placés1Placés montre de façon sincère le quotidien difficile de ces jeunes vivant avec une épée de Damoclès sur leur tête. Car il subsiste pour nombre d’entre eux la perspective d’une sortie sèche (le fait de quitter le foyer sans aucun contrat) à leur majorité. Les jeunes sont alors livrés à eux-mêmes.

Avant d’en arriver à cette position terrible, ils bénéficient d’une aide inconditionnelle d’éducateurs qui les aident et les accompagnent à tout moment dans leur quotidien. Placés rend un vibrant hommage à ces éducateurs qui se battent pour que les jeunes puissent s'en sortir.

La relation n’est pas toujours facile, loin s’en faut, mais il se crée un lien affectif fort entre l’éducateur et le jeune que montre très bien le film. Et le générique de fin l’illustre à merveille : « Placés replacés comme des fous sur l’échiquier. Nos destins sont liés. Il en faut du temps pour s’aimer. »

Nessim Chikhaoui joue à la fois la carte de l’humour et de l’émotion pour faire passer des messages dans un film où l’aspect social est évident. On n’est pas dans du Ken Loach avec un ton rugueux et ultra réaliste, et une finalité inexorable. Nessim Chikhaoui préfère mettre à l’honneur le travail des éducateurs, des jeunes difficiles au quotidien mais très attachants. Et puis l’optimisme est de rigueur, même si certains pourront considérer que le cinéaste en fait un peu trop.

placés2Si l’ensemble peut paraître un peu sur-fait voire naïf dans la description des sentiments des uns et des autres, il convient de garder à l’esprit que le réalisateur se révèle en fait bienveillant avec tous ses personnages. Il fait preuve de beaucoup d’humanité. Ce qui ne l’empêche pas d’aborder des questions aussi difficiles que la prostitution adolescente ou encore les difficultés familiales.

Dans une œuvre qui fait souvent mouche grâce à une mise en scène dynamique et des dialogues enlevés, on pourra ergoter sur une romance cousue de fil blanc qui n’était pas forcément nécessaire ou encore sur quelques clichés tenaces (le copain dealer, le jeune défavorisé qui vient forcément de cité, etc.).

Ces défauts mineurs n’amoindrissent pas le plaisir de regarder ce feel good movie qui bénéficie d’ailleurs d’une distribution de qualité où l’on retrouve les chevronnés Philippe Rebbot et Julie Depardieu secondant très bien la star de Mektoub, my love,Shaïn Boumedine et une pléiade de jeunes acteurs.

Quelques mots sur la bande originale, énergique et très à-propos, que l’on doit notamment à l’actrice Aloïse Sauvage, elle-même à l’aise en éducateur dans le film.

Placés est donc au final tout à fait appréciable. On attend avec intérêt le prochain long métrage de Nessim Chikhaoui qui devrait s’intéresser cette fois aux femmes de chambre.

 

placés3Caractéristiques du DVD édité par Le Pacte:

L’image : Elle est de très bonne facture. Aucun défaut constaté. Le DVD est donc appréciable sur ce point.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 ou 2.0 qui retranscrit très bien les dialogues et la musique du film.

Les compléments : Plusieurs bonus permettent de prolonger l’aventure du film. Dans Paroles d’éducateurs avec Nessim Chikhaoui (21 mn 48), le cinéaste revient sur son expérience et sa façon d’aborder le film. Il laisse la parole à plusieurs reprises à l’un de ses anciens collègues, toujours éducateur dans la vie courante. On sent beaucoup de sincérité dans leurs propos. Le bonus suivant est un Entretien avec les comédiens (10 mn 35), à savoir Shaïn Boumedine et Aloïse Sauvage qui échangent autour du film avec le réalisateur. C’est un peu redondant avec le bonus précédent, et les échanges se limitent bien souvent au plaisir d’avoir travaillé ensemble. Le module suivant est constitué de trois scènes coupées, très courtes (allant de 36 secondes à 1mn36) qui n’auraient pas apporté grand-chose au film. Leur exclusion est donc parfaitement justifiée. L’éditeur Le Pacte a eu la bonne idée d’inclure dans le DVD le clip de la chanson Placés (Sam’s featuring Aloïse Sauvage et Viki) qui est constitué d’extraits du film. Les bonus se terminent par l’habituelle bande annonce du film.

Lien vers la fiche Cinetrafic du film :

https://www.cinetrafic.fr/film/64261/places

12 mai 2022

Les traqués de l'an 2000 de Brian Trenchard-Smith (critique film + blu ray)

lestraqués1Titre du film : Les traqués de l’an 2000

Réalisateur : Brian Trenchard-Smith

Année : 1982

Origine : Australie

Durée : 1h42

Avec : Steve Railsback, Olivia Hussey, Michael Craig, Carmen Duncan, etc.

Editeur : Rimini Editions

En édition collector blu ray + DVD + livret le 26 mai 2022

Synopsis : Dans un futur proche, un gouvernement totalitaire fait arrêter les citoyens considérés comme déviants et les interne dans de terribles camps de rééducation où se pratiquent humiliations, sévices, tortures. Le directeur de l’un des camps décide d’organiser une chasse à l’homme : quelques prisonniers seront lâchés dans une forêt proche et serviront de gibier.

 

Les traqués de l’an 2000 est une série B australienne tout à fait sympathique qui a pourtant connu dès sa pré-production un sérieux problème. Deux semaines avant le début du tournage, son budget a été revu drastiquement à la baisse, passant de 3,2 millions de dollars à 2,5 millions de dollars. Le réalisateur Brian Trenchard-Smith a donc été contraint d’abandonner une partie de son scénario. Dans ce film de science-fiction, toute la première partie devait décrire le régime totalitaire. Faute de financements suffisants, le film débute directement avec les principaux protagonistes rejoignant un camp de « rééducation ».

Malgré son budget contraint, Les traqués de l’an 2000 apparaît aujourd’hui encore un film d’action et d’aventures enlevé, caractéristique du cinéma australien décomplexé de cette époque, à l’image des très fun Razorback (1984) et Fair game (1986).

lestraqués2Il faut dire que le film ne fait pas dans la demi-mesure tout en ciblant un public majoritairement masculin. Les traqués de l’an 2000 propose ainsi des scènes de douche totalement gratuites avec une mixité hommes / femmes assez étonnante. Mais cela n’est rien à comparer des nombreuses scènes de violence qui émaillent le film : explosion d’une personne, mains coupées ou encore intervention d’un monstre tout droit sorti de l’île du docteur Moreau, sont quelques-unes des joyeusetés de ce long métrage. Il va sans dire qu’une œuvre comme celle-ci serait inconcevable de nos jours !

Cela étant, Les traqués de l’an 2000 ne s’embarrasse pas avec des réflexions politico-philosophiques. Le propos reste simpliste de bout en bout : « La liberté c’est l’obéissance. L’obéissance c’est le travail. Le travail c’est la vie. » Voilà un joyeux programme de rééducation à l’heure du totalitarisme. Il est clair que l’on n’a pas affaire à un ersatz du 1984 de George Orwell. Le cinéaste Brian Trenchard-Smith se concentre sur de l’action, encore de l’action et toujours de l’action. Le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer une minute dans ce film d’aventures qui convoque largement Les chasses du comte Zaroff (1932) avec une touche de science-fiction bienvenue...même si le futur qui a lieu en 1995 fait bien sourire à l’heure actuelle.

Autre point positif du film, son utilisation judicieuse des magnifiques décors tropicaux. Cela apporte clairement un côté à la fois dépaysant et authentique à ce film de chasse à l’homme.

Quant à la musique, elle est signée Brian May (homonyme du guitariste du groupe Queen), qui compose ici une bande originale efficace, totalement en phase avec le film.

Tout n’est cependant pas parfait dans cette série B. Loin s’en faut. La qualité de la distribution est très variable. Certains des méchants sont très amusants, à l’image d’une Carmen Duncan bien sadique dans le rôle d’une chasseuse complètement investie à sa tâche. A l’inverse, l’actrice principale, Olivia Hussey, révélée en 1968 par le Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli semble complètement perdue à l’écran du début à la fin. Elle a bien du mal à convaincre et ne brille pas par le talent de son jeu d’actrice. Bon, en étant un peu taquin, on pourrait dire que cela ajoute à l’aspect bis de l’ensemble.

En définitive, Les traqués de l’an 2000 compense son budget étriqué et la simplicité de son scénario par une mise en images fun et décomplexée, qui devrait ravir les amateurs du genre.

lestraqués3Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

L’image : une copie très belle et propre qui enterre celle du DVD paru en 2005 avec le magazine Mad Movies.

Le son : un DTS-HD 2.0 de bonne facture tant en anglais (avec sous-titres français) qu’en français. La version originale est à privilégier, car le doublage français est loin d’être convaincant. Mais bon il pourrait plaire aux nostalgiques des années 80 par son aspect vintage.

Les suppléments : Le DVD paru en 2005 comportait une interview du réalisateur (10 minutes) des mémoires de tournage (23 minutes), et le film annonce. Le blu ray sorti par Rimini reprend ces trois bonus. Dans l’interview qui lui est dédiée, le réalisateur déplore le manque de moyens alloués. L’autre bonus de 23 minutes, désormais intitulé Un tournage sanglant : entretien avec Lynda Stoner, Roger Ward et Michael Craig, met à l’honneur les acteurs qui ne sont pas toujours tendres avec le film. Un nouveau bonus apparaît, La renaissance du cinéma de genre australien (26 minutes), tourné en 2015. Il s’agit d’un entretien avec le réalisateur, un producteur de l’époque et un directeur photo. Ils reviennent sur le cinéma australien des années 70-80, sur le financement des films et leur succès.

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03 mai 2022

Way Down - Braquage final (critique film + DVD)

waydown0Titre du film : Way Down - Braquage final

Réalisateur : Jaume Balaguero

Année : 2021

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h42

Avec : Freddie Highmore, Sam Riley, Liam Cunningham, Astrid Berges-Frisbey, etc.

Editeur : TF1 Studios (site de l'éditeur)

En DVD et VOD le 18 mai 2022

Synopsis : Coupe du monde de football 2010. Contacté par un cambrioleur de haut vol, un brillant étudiant britannique s'envole pour l'Espagne pour s'emparer d'un trésor détenu dans une banque au système de sécurité très élaboré et dont il ne subsiste aucun plan.

 

Jaume Balaguero est bien connu des amateurs de films fantastiques et d’horreur. Il est le réalisateur de REC (2007) mais aussi d’œuvres tout à fait notables comme Darkness (2002) et Fragile (2005). Avec Way Down - Braquage final, il change radicalement ses habitudes en mettant en scène un film de braqueurs à la Spaggiari.

waydown1Dans un genre très codifié, le cinéaste entend sans doute apporter sa pierre à l’édifice. Pour cela, il décide que l’action aura lieu en Espagne, à Madrid, durant la coupe du monde. L'objectif des voleurs est de subtiliser un trésor ancien, parfaitement protégé dans la chambre forte de la banque de Madrid.

Évidemment, à la manière d’un Ocean’s eleven (2001), le but est de réaliser un vol qui semble impossible à réaliser. En effet, la chambre forte de la banque de Madrid constitue un véritable miracle d’ingénierie, dont personne n’a connaissance.

Une équipe de voleurs de très haut niveau, et aux compétences à la fois pointues et variées, se met donc en place pour trouver la solution.

Si l’on songe de prime abord à des films plutôt récents comme Ocean’s eleven, Way Down - Braquage final fait plutôt penser dans sa première partie à l’excellent Mélodie en sous-sol (1963) d'Henri Verneuil, avec tout ce temps dédié aux préparatifs avant de tenter le braquage. Cette partie est intéressante car on constate que tout est réfléchi et l'ambiance est tendue puisque à tout moment, le moindre grain de sable peut faire échouer l’opération.

Comme on vit avec son temps, Jaume Balaguero s’amuse à distraire le spectateur avec des objets modernes : clés scannées, caméras neutralisées par informatique, etc. Les nouvelles technologies sont bien mises en avant.

waydown3Cela étant, même si le film est bien mis en scène et se révèle dans l’ensemble assez dynamique, il souffre malgré d’un manque cruel d’originalité. La trame est on ne peut plus classique et l’issue paraît assez évidente. La partie dédiée au braquage est sympathique à regarder mais elle n’apporte rien de vraiment novateur. On a même droit à la fin à une scène quasi improbable (le coup du transistor…).

Par ailleurs, le parallèle effectué avec la coupe de monde de football ayant lieu en même temps est franchement secondaire. On comprend aisément que ce tournoi de football permet de faire diversion mais à part ça, il n’y a rien à dire.

Heureusement, les acteurs sont bien impliqués dans le film. On les sent à l’aise, même si personne n’a le charisme d’un Alain Delon (Mélodie en sous-sol) voire même d’un Georges Clooney (Ocean’s eleven). Au casting, on notera la présence d’un Freddie Highmore dans le rôle du cerveau de l'opération, qui a bien changé depuis Charlie la chocolaterie. On retrouve également avec plaisir Liam Cunningham en chef de bande, sans doute l’acteur le plus marquant du film.

A défaut d’être captivant, Way Down - Braquage final se révèle un spectacle plaisant à suivre. On attend de voir comment les protagonistes vont se sortir d’une situation complexe. Gageons que Jaume Balaguero, que l’on a déjà senti bien plus inspiré, revienne à un cinéma qui lui sied mieux.

waydown2Caractéristiques du DVD édité par TF1 Studios :

L’image : elle est nette et sans défaut constaté. Du beau travail, notamment pour un DVD.

Le son : un dolby digital 5.1 de très bonne facture, tant en français qu’en version originale sous-titrée français. Là encore, la réussite est au rendez-vous.

Les compléments : c’est là que le bas blesse. On a seulement un très court making-of (8mn46) sans grand intérêt. L’aspect promotionnel est évident. D’ailleurs, on voit à la fin du making-of qu’il a été produit avant la sortie en salles du film. Tout est dit.


Lien vers la fiche Cinetrafic du film :

https://www.cinetrafic.fr/film/64090/way-down-braquage-final

25 avril 2022

Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen (critique film + blu ray)

compartiment6,afficheTitre du film : Compartiment n°6

Réalisateur : Juho Kuosmanen

Année : 2021

Origjne : Finlande

Durée : 1h42

Avec : Seidi Haarla, Youri Borissov, etc.

Editeur : Blaq Out

En blu ray et DVD le 3 mai 2022

Synopsis : Une jeune Finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d’improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

 

La Finlande n’est pas un pays reconnu sur le plan du cinéma, hormis le cinéaste Aki Kaurismäki, estampillé auteur. Il est intéressant de constater qu’en peu de temps deux autres cinéastes de ce pays se sont révélés. Récemment, Hanna Bergholm, 42 ans, a obtenu le grand prix du festival de Gérardmer avec l’étonnant Ego. De son côté, Juho Kuosmanen, lui aussi âgé de 42 ans, a eu droit au grand prix du festival de Cannes avec Compartiment n°6.

Tiré du roman éponyme de l’écrivaine Rosa Liksom (2013), Compartiment n°6 est un film en apparence d’une grande simplicité avec cette jeune finlandaise, Laura, prenant un train à Moscou afin de se rendre à Mourmansk. Là-bas, cette étudiante en archéologie compte observer des pétroglyphes, à savoir des dessins sur de la roche. Pendant son périple la menant jusqu’à Mourmansk, Laura doit cohabiter dans le même compartiment de train – d’où le titre du film – qu’un jeune russe plutôt rustre.

compartiment6,2Compartiment n°6 est avant tout une ode au voyage pour le personnage principal qui entend changer d’air à tous points de vue. A Moscou, elle laisse sa compagne, Irina, dont le couple semble battre de l’aile. Cela n’est pas anodin si Irina a annulé ce voyage qu’elle devait faire en couple. Cette expédition vers Mourmansk est aussi une façon d’envisager pour Laura une nouvelle vie. Pour ce film ancré dans les années 90 (ah le walkman, le camescope, toute une époque…), cela n’est pas un hasard si l’on entend à trois reprises le hit de Desireless Voyage voyage. Le morceau Love is all around est lui aussi tout à fait caractéristique du film.

Mais cette expédition n’est pas au départ une sinécure. Notre héroïne doit faire avec la présence de Ljoha, jeune russe mal élevé, machiste et aimant l’alcool. En fait, Laura et Ljoha sont totalement opposés : la langue, la culture et le milieu social sont radicalement différents. Cela donne lieu à des séquences hautes en couleurs avec notamment le côté brut de décoffrage de Vadim.

Pourtant, et c’est une des grandes qualités du film, la relation entre ces deux personnages évolue fortement. Chacun apprend à connaître l’autre, à le comprendre. Et par extension à mieux se connaître soi-même.

compartiment6,4Il n’y a pas que le train qui est en mouvement. Dans Compartiment n°6, l’action se déroule en grande partie dans le train, mais elle n’est jamais statique. Le film évite d’ailleurs le piège du théâtre filmé. Il utilise ainsi un langage cinématographique parfaitement adapté. Dans cette œuvre d’une grande sensibilité, il y a beaucoup de non-dits. La caméra privilégie des gros plans sur les visages des protagonistes qui se révèlent particulièrement évocateurs. L’occasion est d’ailleurs trop belle pour omettre de signaler l’excellente performance de Seidi Haarla dans le rôle principal.

Autre point très positif : Compartiment n°6 demeure un film insaisissable car multi-genres. On n’a pas l’habitude en France de voir un long métrage mélangeant habilement le drame, le road-movie, l’humour et la (fausse) comédie romantique. Il est clair que l’on ne s’ennuie pas une seconde devant cette œuvre d’auteur singulière, laissant la part belle à l’émotion. Voilà un feel good movie sortant aisément des sentiers battus.

 compartiment6,3Caractéristiques du blu ray édité par Blaq Out :

L'image : L'image est de très bonne facture. Aucun défaut particulier recensé, qu'il s'agisse des séquences dans le train ou des scènes en extérieur.

Le son : Le film est disponible en version française mais aussi en version originale sous-titrée français en 5.1 et 2.0. A noter la très bonne initiative de la présence de sous-titres pour sourds et malentendants.

Les compléments : un court métrage de Juho Kuosmanen de 2007 intitulé Roadmarkers (18 mn42). Il s’agit d’une comédie décalée avec des gens s’occupant de la signalisation, précisément les lignes de séparation, sur les routes. Distrayant.

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