07 novembre 2009
La proposition
Réalisé par Anne Fletcher
Titre original : The proposal
Année : 2009
Durée : 108 minutes
Avec : Sandra Bullock, Ryan Reynolds, etc.
FICHE IMDB
Résumé : Pour éviter d'être renvoyée au Canada, une éditrice particulièrement craint par son entourage décide d'épouser son assistant qui dispose de la nationalité américaine.
Dernier film en date d'Anna Fletcher, La proposition ne laissait pas augurer d'un film très fameux au vu de sa simple bande annonce. Et pourtant, le film vaut plus que ce qu'il est supposé être à la base, une comédie romantique américaine classique comme on en peut en voir toute l'année sur les écrans de cinéma.
La proposition tire parti d'un scénario plutôt bien fait qui permet au film de se rapprocher des comédies américaines des années 50. En voyant le film et notamment cette femme, éditrice qui est crainte de tous et qui a un caractère très fort, on pense immédiatement aux films de George Cukor. Comme dans ceux-ci, la femme est celle qui porte la culotte. C'est elle qui est le sexe dominant pour le coup.
Sandra Bullock, qui ne fait pas toujours preuve d'une grande finesse dans ses choix de carrière et donc dans les films où elle évolue, est pour l'occasion parfaite dans le rôle de cette femme déterminée qui pense avant tout à sa carrière. Sandra Bullock incarne à merveille le personnage de Margaret Tate, qui a tellement fait le ménage autour d'elle, qu'elle n'a plus d'amis et de famille.
Sandra Bullock, qui fait preuve dans le film à la fois d'une grande classe et d'un autoritarisme mais aussi d'une grande sensibilité, prouve à l'occasion qu'elle a une palette de jeu d'actrice plus variée qu'on aurait pu le penser. L'actrice américaine rappelle même par instants une certaine Katharine Hepburn qui jouait des rôles très masculins chez Cukor.
Pour rendre la pareille à Sandra Bullock, on trouve le jeune Ryan Reynolds (âgé de 12 ans de moins que Sandra Bullock), qui est lui aussi une excellente surprise pour ce film. Il est tout à la fois le gendre idéal et l'acteur qui va faire rire le spectateur, étant à la merci de cette femme autoritaire jouée par Sandra Bullock.
Car si le film marche très bien au niveau des situations vécues, c'est en raison du duo d'acteurs principaux qui est d'abord sur le mode du « Je te hais » et qui passe ensuite sur le mode purement romantique avec des scènes vraiment savoureuses.
Si la réalisatrice n'évite pas toujours les lieux communs ou les scènes un peu faciles, dans l'ensemble son film réserve des moments très drôles. Plusieurs scènes sont de ce point de vue remarquables : on pense ainsi à la scène où Sandra Bullock, en pyjama, vient sauver le chien de la maison familiale des griffes d'un oiseau. Et puis on s'amuse beaucoup de la scène où les deux principaux protagonistes se retrouvent nez à nez, en étant l'un et l'autre nus. Remarquez aussi l'excellente scène avec le stripteaseur Ramone, sur la musique Relax de Frankie goes to Hollywood. Même le générique de fin, qu'il ne faut surtout pas louper, nous réserve un moment très drôle, avec entre autres le fameux Ramone.
De
plus, si la réalisatrice Anne Fletcher est loin d'égaler au niveau
de sa mise en scène un auteur comme George Cukor, elle arrive tout
de même à (légèrement) aborder quelques problèmes qui sont
typiques de notre époque. Pêle-mêle on peut citer : l'immigration ; le mariage
blanc ; une société qui est de plus en plus individualiste ; une
société où la notion du travail est devenue primordiale au
détriment d'autres valeurs, telles que la morale ou la famille.
Car rappelons qu'au départ le film La proposition est tout sauf moral. En effet, la proposition qui justifie le titre du film, arrange nos deux principaux protagonistes : le jeune Andrew Paxton (joué par Ryan Reynolds) est censé épouser sa patronne en échange d'une promotion professionnelle. De son côté en se mariant avec un résident américain, Margaret Tate (Sandra Bullock) évite d'être renvoyée au Canada par le Bureau de l'immigration. Cette proposition amorale n'a évidemment aucun d'autre but que de nous montrer l'évolution des sentiments entre notre duo d'acteurs. La deuxième partie du film insiste d'ailleurs clairement sur le côté romantique du film.
Et puis le film d'Anne Fletcher prône clairement un retour à la source, en insistant sur l'importance de la famille. La cinéaste n'évite pas toujours certaines facilités (notamment les scènes où l'on voit la grand-mère) mais son film est très plaisant à regarder. Il est rempli de bons sentiments qui permettront à tout à chacun de sortir de ce film le sourire aux lèvres. Et rien que pour cela, le film mérite d'être vu.
03 novembre 2009
Sondages
Chaque mois environ, nous vous proposerons un sondage sur la filmographie d'un réalisateur.
N'hésitez pas dans les commentaires de faire des propositions. Évidemment, faire un sondage sur l'immense filmographie d'un Raoul Walsh ou d'un Roger Corman est impossible. Pensez y !!!!
Résultat du 1er sondage : Parle avec elle élu meilleur film d'Almodovar. Une chronique de ce magnifique film devrait bientôt être rédigée par Loktal.
30 octobre 2009
500 jours ensemble
Réalisé par Marc Webb
Année : 2009
Durée : 96 minutes
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel, etc.
FICHE IMDB
Résumé : Une histoire d'amour tumultueuse qui est finalement à 'limage de la vie, faite de hauts et de bas, et où rien n'est écrit d'avance.
Réalisé par Marc Webb dont c'est le premier long métrage, 500 jours
ensemble est une comédie romantique qui ne manque pas d'attrait.
En effet, on est loin des comédies romantiques typiques avec les
recettes très largement éculées. Non, ici dès le début du film (il n'y
a qu'à voir le propos introductif du film pour s'en convaincre), on
comprend que l'histoire d'amour proposée va sortir des sentiers battus.
Car la grande force du film de Marc Webb est de poser une vraie
réflexion quant aux relations entre hommes et femmes. Le cinéaste ne
choisit pas la facilité. Il aurait très bien pu donner au spectateur ce
qu'il attend : une histoire d'amour contrariée entre deux êtres qui
évidemment finit bien. Eh bien ici rien de tout ça.
D'abord le réalisateur a pris le parti de déstructurer le récit en donnant un film qui suit une logique certaine mais qui n'est pas linéaire. Pendant un bon moment on jongle au sein de ces fameux 500 jours, en passant par exemple d'une journée où les deux personnages principaux ne s'aiment plus (pas) pour revenir sur les premiers jours de la rencontre ou encore sur les moments agréables de la relation. Marc Webb réussit le tour de force de rendre son film passionnant avec non seulement ce récit éclaté mais aussi et surtout avec une vraie réflexion derrière. Le cinéaste rappelle de façon très juste au spectateur que l'on peut soudainement passer de moments très agréables avec la personne aimée (la scène d'IKEA, la scène de la douche ou encore d'autres scènes très intimistes) à des moments beaucoup moins marrants, dans des lieux identiques, qui sont annonciateurs d'une prochaine rupture.
Le film est aussi plus globalement une vraie réflexion sur le couple contemporain, avec la crainte de tout un chacun que l'être aimé nous laisse tomber. Avec un vrai esprit critique et une grande justesse de ton, le cinéaste Marc Webb utilise aussi une mise en scène adaptée au propos du film. Ainsi, lorsque le personnage principal est heureux car il « sort » enfin avec la femme qu'il aime, on a droit à une scène quasi surréaliste avec ce personnage qui transmet sa bonne humeur autour de lui et qui se met à danser avec des gens dans la rue. A l'inverse, lorsque le personnage principal traverse un grave moment de doute où il espère encore pouvoir retrouver l'être aimé, le cinéaste utilise de façon très astucieuse le split screen : on assiste à deux scènes vues de deux façons différentes. La scène dans l'écran de gauche représente les attentes avec l'espoir d'une reconquête, la scène de droite représente en revanche ce qui va réellement se passer. Et là forcément c'est moins drôle. Mais bon, le film, en dehors de ses scènes surréalistes et de son scénario éclaté, n'en garde finalement pas moins un certain réalisme dans les rapports qu'il peut y avoir actuellement entre un homme et une femme.
D'ailleurs, là où le film est également réaliste et particulièrement passionnant, c'est par le point de vue qu'il adopte. On a toujours été habitué à voir ces films qui parlent d'amour du point de vue féminin. Or, ici, dès le début et jusqu'à la fin, on aura le point de vue de l'homme. Le cinéaste Marc Webb évite donc toute caricature ou toute facilité et se permet de rappeler une évidence : les hommes sont également capables de tomber amoureux, de croire au grand amour comme certaines femmes. L'acteur principal est vraiment très bien car il adopte toujours le ton juste, dans le rôle de ce homme transi d'amour pour sa belle, et qui traverse tantôt des périodes de joie, tantôt des périodes de tristesse. Dans la vie, les choses sont plus complexes qu'on ne l'imagine et ce film le rappelle parfaitement.
Et le film n'en conserve pas moins un certain optimisme. Car le propos du film est clair également à ce sujet. Si on perd l'être aimé, c'est peut-être tout simplement parce qu'il ne s'agissait pas de la bonne personne. Le destin va probablement nous permettre de rencontrer une autre personne avec qui cela va mieux marcher.
Bénéficiant d'une excellente bande son (où l'on retrouve entre
autres les Smiths ou encore l'excellente chanson She's like the wind,
interprétée par feu Patrick Swayze) signée Mychael Danna qui rythme
parfaitement les sentiments vécus par le principal personnage du film,
500 jours ensemble ne serait sans doute pas aussi réussi sans son
couple vedette qui fonctionne très bien. Si Zooey Deschanel est très
bien dans le rôle de Summer Finn, cette femme mystérieuse qui demeure
difficilement sondable, une mention spéciale serait à donner à l'acteur
Joseph Gordon-Levitt qui donne réellement l'impression d'être le
personnage qu'il joue, à savoir Tom Hansen.
Alors allez voir ce curieux
film qui parle avec un ton juste d'amour et qui pour l'occasion est vraiment original.
24 octobre 2009
Vaudou
Vaudou de Jacques Tourneur
Année : 1943
Pays : USA
synopsis : Betsy, infirmière, est engagée aux Antilles par Paul Holland, séduisant et richissime planteur, afin de s’occuper de sa femme atteinte d’une maladie inexplicable.
Vaudou marque la deuxième collaboration de Tourneur avec le producteur Val Lewton ( après la féline aka « cat people »).
S'il est intéressant de se pencher sur Vaudou c'est , bien au-delà de ses qualités cinématographiques évidentes, parce que ce film nous permet de remonter à l'origine même du mot Zombi ( à noter que le titre originel est « I walk with a zombi », autrement plus parlant et révélateur que le titre français).
Les zombi sont effet des créatures liées aux croyances et pratiques vaudou, désignant une personne revenue d'entre les morts : « un fantôme, un mort-vivant », selon la définition de Paul Holland, mettant Betsy en garde contre les croyances locales, la facilité que l'on a à se laisser influencer, basculer du rationnel à l'irrationnel.
Comme à son habitude, Tourneur filme dans un noir et blanc majestueux, magnifiant et renforçant une atmosphère des plus inquiétante et poétique à la fois. À la beauté exotique et étincelante du jour répond la profondeur de la nuit, inquiétante, retentissant de milles rumeurs et murmures, hantée par le bruit du vent sur les plantations. Si l'image est importante, on ne peut passer sous silence le travail effectué sur le son, véritable acteur dans l'angoisse diffuse distillée par le métrage : rumeur lointaine des tams tams ( tour à tour rumeur languissante ou menaçante), pleurs étouffés, chuchotements, cris, bruit du vent. Une vaste palette sonore est convoquée par Tourneur pour transformer cette ile paradisiaque en cauchemar éveillé. Le film ne semble devoir jouer que sur les espaces « entre deux », les oppositions, les contrastes, à l'instar des films expressionnistes allemand. Il suffit de voir la scène où Betsy rencontre Jessica Holland : de nuit, biensûr, Betsy est réveillée par des pleurs. Elle entreprend donc d'aller voir de quoi il s'agit, se risquant dans les vastes couloirs de la demeure baignant dans l'obscurité. Au détour d'un escalier, elle est surprise par une apparition spectrale : Jessica Holland errant sans but telle une somnambule. Cette scène renvoie aussi bien à l'univers expressionniste qu'à l'univers gothique : la demeure est froide et nimbée d'un manteau d'obscurité qui semble propice à toute forme d'apparition. Jessica Holland erre telle une Ligéia dans des ténèbres éternelles, enfermée dans sa maladie.
Tourneur, avec une précision et une finesse sans égale ( sa science de la mise en scène semblant s'effacer totalement derrière son sujet et la qualité de sa photographie) dévoile de manière mesurée et progressive les secrets de l'ile et de la famille Holland. Jessica aurait été victime d'un accès brutale de fièvre dont son état actuel, déclaré incurable par le médecin, est la conséquence. Mais la situation se complique pour Betsy, véritable détective décidé à tout mettre en œuvre pour guérir sa patiente, apprend qu'existait une liaison entre Wesley Rand ( demi frère de Paul Holland) et Jessica. Une rumeur locale défini même l'état actuel de Jessica comme une punition de son mari.
Le rationnel et l'irrationnel commencent alors à s'emmêler, révélant la finesse de la mise en scène de Tourneur, qui peu à peu distille le doute.
Commence alors ce jeu des opposés, des contrastes, à plusieurs niveaux : le jour clairement opposé à la nuit, le rationnel mis à mal par l'irrationnel, le tangible par la suggestion, la réalité par le fantasme, la religion catholique et le Vaudou, et pour finir, le conscient et l'inconscient, le vivant et la mort.
Le film traite de tout cela, ou plutôt il ne fait qu'ébaucher des pistes, laissant subtilement au spectateur le soin de faire le reste, d'imaginer et fantasmer lui aussi.
Le rationnel, dans le film, serait clairement identifié en la personne de Paul Holland refusant catégoriquement toute explications provenant de croyances locales ( faut il y voir une résurgence de l'esprit colonialiste, Holland étant lui-même propriétaire d'une plantation de canne à sucre, ayant à son service des descendants d'esclaves ?). De plus, le père de celui-ci, Mrs Rand, s'est remariée avec un missionnaire : le poids de la religion et de l'éducation ( il a étudié dans une université anglaise) le prédisposent à un esprit rationnel, ce qui n'est pas le cas de son demi-frère dont l'alcoolisme semble avoir émoussé les facultés. Holland, tout en connaissant les croyances locales les repoussent avec force, comme il repousse l'attachement de Betsy. L'irrationnel est « personnalisé » par la culture locale, et plus précisément les croyances liées aux pratiques Vaudou. Propres aux indigènes, elles semblent toutefois inquiéter une partie de la famille Holland, et troubler même le rationalisme de Betsy.
Jessica, à elle seule, semble symboliser cet espace entre les vivants et les morts, l'éveil et le sommeil évoquant par sa maladie et son comportement l'univers onirique souligné à chacune de ces apparitions par la photographie et la mise en scène de Tourneur, suggérant plus qu'il ne montre.
La figure du zombi, bien éloignée de nos images contemporaines décharnées, putréfiées et proprement repoussantes, est au contraire ici sobrement et sombrement poétique. Leurs corps se meuvent comme dépourvus d'âme, de but, sans bruit, tels des fantômes, des somnambules inquiétants par leur froideur et la ressemblance qu'ils entretiennent encore avec le vivant. Carrefour, gardien des sentiers et chemins, en est un parfait exemple : sa vaste silhouette menaçante se découpe au sein des plantations, sans toutefois qu'il émette le moindre son, ni n'esquisse le moindre geste à sa première apparition : son regard même ( les yeux sont révulsés) est absent, et pourtant sa simple présence distille une tension sourde mais palpable.
Tourneur, semble se livrer avec délectation à une démonstration : montrer comment s'opère le glissement du rationnel vers l'irrationnel, de la raison vers la folie; pour cela il choisi un espace clos, purement cinématographique et propice à la perte de repère : une ile éloignée, aux coutumes déstabilisantes et inconnues par l'héroïne ( notre référente), et l'enferme dans une logique, un jeu d'opposition où cette dernière fini par perdre pied.
Le choix de la culture Vaudou n'est certainement pas un hasard non plus : propice aux fantasmes de tous crins ( l'asservissement d'un individu à distance par envoûtement, le réveil des morts pour en faire des esclaves : nos fameux zombis), le vaudou est aussi vécu comme la résurgence de quelques croyances renvoyant aux fantasmes les plus archaïques qui soient : transes extatiques, sang d'animaux versé, offrandes aux dieux, possession, danses et rituels magiques confinant à la manie obsessionnelle.) Un univers purement cinématographique, là encore, et propice au dérèglement des sens comme l'avouera Mrs Rand qui s'est surprise à prendre la parole au cours d'un de ses rituels, réclamant au nom du dieu Vaudou la mort de sa belle fille dont le départ menaçait le couple de son fils.
La force de suggestion aidant, Mrs Rand est persuadée d'être la cause de la maladie de Jessica et de l'avoir tué, tandis, que de son côté, Paul Holland craint d'être également la cause de la maladie de sa femme pour l'avoir menacée si elle le quittait. On le voit, les forces inconscientes en jeu sont ici évidentes, bien qu'archaïques : la crainte de voir que son désir, même refoulé ai pu provoquer la maladie de Jessica.
La suggestion, plus qu'un simple artifice cinématographique semble être l'un des ressorts principaux de l'histoire : suggestion du malaise lié à l'environnement lui-même, influence inconsciente des croyances locales devant l'incompréhension de la médecine pour le cas de Jessica Holland, influence de la nuit et des nombreux bruits dont elle se fait l'écho. Tourneur, quand à lui ne donne aucune explication, mais suggère en ouvrant des pistes. L'utilisation et l'importance du hors champ montrent à quel point la suggestion est importante.
Chacun des protagonistes ayant des choses à se reprocher ou à cacher, l'intrigue prend alors une consonance psychanalytique, alors même que Tourneur évite toute forme d'explication. Cette suggestion, que Freud voyait en œuvre dans l'hypnose, pourrait expliquer le pouvoir du vaudou, et par extension expliquer l'état de zombi, dont le comportement est si proche d'une personne sous hypnose : voyant sa volonté réduite, la personne va devenir « esclave » de la volonté d'un tiers.
Plus que des mort-vivants, les zombis de Vaudou sont avant tout des êtres privés de leur volonté.
Ce film de Tourneur, pour sa beauté plastique et son ambiance, est à (re)découvrir d'urgence.
17 octobre 2009
Calvaire de Fabrice du Welz
Réalisé par Fabrice du Welz
Année : 2005
Origine : Belgique, France, Luxembourg
Durée : 1h34
Avec : Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Phillipe Nahon, Brigitte Lahaie, Jean-luc Couchard, Alfred David
Résumé :
Marc Stevens est un chanteur itinérant. Après avoir donné un spectacle dans une maison de retraite, il continue son voyage mais tombe en panne sur le chemin. Il arrive dans une ancienne auberge et fait la connaissance de M. Bartel. Fort accueillant, le vieil homme le somme de rester pour passer quelques jours en sa compagnie le temps de réparer sa camionnette. Le vieil homme va alors se dévoiler comme étant un maniaque perturbé par la disparition de sa femme…
Sorti en 2004, "Calvaire", premier long métrage du
réalisateur belge Fabrice du Welz, est un "survival" vraiment
atypique. En effet, tout au long du film, on est à la lisière du fantastique
grâce à des personnages très bizarres, un environnement semblant être en dehors
du monde réel et des situations très particulières.
Au début du film, on découvre le protagoniste principal du film, un chanteur itinérant très "professionnel", Marc Stevens, magnifiquement interprété par Laurent Lucas, donnant un concert dans un hospice, habillé d'une grande cape lui donnant une allure de vampire à l'ancienne et dès le début, l'ambiance est assez étrange, avec ces deux femmes éprises de lui, une vieille dame très énigmatique lui faisant des avances maladroites et mademoiselle Vicky, l'infirmière, jouée par Brigitte Lahaie, qui en venant le payer pour sa représentation, lui fait une déclaration fort touchante. Le film va alors peu à peu basculer dans un autre monde peuplée de personnages tous plus étranges les uns que les autres... Sur la route vers une autre représentation, Marc Stevens va tomber en panne avec sa camionnette au milieu d'une forêt. Il va alors croiser Boris un personnage simplet cherchant sa chienne en pleine nuit et qui l'accompagnera à l'auberge la plus proche tenue par un certain Bartel, joué par Jackie Berroyer. Bartel, aux premiers abords, très sympathique, va peu à peu s'avérer être un dangereux maniaco-dépressif très perturbé par le départ de sa femme Gloria. Il va alors séquestrer Marc en l'identifiant à sa femme, l'habillant, le nourrissant ou le baladant comme une poupée. Jackie Berroyer est vraiment fabuleux dans ce rôle, à la fois touchant et inquiétant.
Autres
personnages particulièrement bizarres, les autres villageois de ce coin paumé
(que des hommes!), menés par un Philippe Nahon toujours très convaincant. A
noter aussi, parmi les villageois, l'excellente interprétation de Jo Prestia.
Le film sera parsemé de scènes bien étranges comme ces enfants, tous vêtus de
rouges, croisés au milieu de la forêt ou encore la scène du bar où les
villageois se mettent à danser comme des pingouins après le départ de Bartel.
La violence dans "Calvaire" est présente et dérangeante, mais
rarement frontale, elle est le plus souvent hors champ. Le métrage est assez
déviant, montrant notamment, les villageois comme étant zoophiles et violeurs.
La musique est quasiment absente, mais le son joue un rôle très important
surtout lors des scènes dans la forêt. Les seules musiques présentes sont la
chanson de Marc Stevens et le morceau joué au piano dans le bar, mais celles-ci
sont assez marquantes et restent dans notre mémoire tout au long du métrage. La
photographie de Benoît Debie est splendide avec un jeu de couleurs
essentiellement basé sur les rouges, verts et marron, dans des teintes le plus
souvent assez ternes.
Dans l'ensemble, le film est assez sombre, mais lors des scènes de jours, la clarté est très vive créant un contraste intéressant. La réalisation est très soignée et très travaillée, avec des plans assez incroyables. Fabrice du Welz est de toute évidence un passionné de films de genre et il n’hésite pas à rendre ici hommage à certains de ses films préférés comme « Psychose » ou « Massacre à la tronçonneuse » avec en particulier cette très belle scène du repas… La fin du film est très onirique et très troublante. Un petit conseil, allez jusqu'à la fin du générique !
Pour un premier film, "Calvaire" est une vraie réussite, un film troublant et dérangeant qui ne devrait pas vous laisser indifférent... Fabrice du Welz est un réalisateur fort talentueux et il le confirmera par la suite avec le très beau « Vinyan ».
10 octobre 2009
Diary of the dead de George A. Romero
Réalisé par George A. Romero
Titre original : Diary of the dead
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 1995
Avec : Michelle Morgan, Joshua Close, Shawn Roberts, Amy Ciupak Lalonde, Joe Dinicol, Scott Wentworth, Philip Riccio, Chris Violette, Tatiana Maslany, Todd Schroeder,...
Fiche IMDB
Résumé : Des étudiants en cinéma tournent dans une forêt, un film d’horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé...
Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d'avoir visionné le film avant de lire cet avis.
Cinquième volet de la saga réalisé en 2007 par le cinéaste américain George A. Romero sur les morts-vivants, après les impressionnants La nuit des morts-vivants (1968), Zombie (1979), Le jour des morts-vivants (1985) et Land of the dead (2005), Diary of the dead, comme son nom l'indique, se présente sous la forme d'un journal vidéo filmé, combinant plusieurs sources d'images censées être montées par les héros du film Jason Creed, joué par Joshua Close, et sa copine Debra Moynihan (dite Deb), interprétée par la charmante Michelle Morgan.
Le début du film est un reportage dans lequel une journaliste commente le meurtre d'un couple d'immigrés, lorsque soudain ceux-ci se relèvent, attaquent violemment et finissent par tuer les policiers, les ambulanciers et même la journaliste, en les dévorant. Romero introduit donc son thème favori, les morts-vivants, en critiquant déjà la médiatisation à outrance d'un fait divers impliquant par ailleurs des étrangers (qui sont plus mal vus depuis les attaques terroristes) et en punissant ironiquement la coupable.
Le spectateur fait ensuite connaissance avec les principaux protagonistes du film : une bande d'étudiants en cinéma (parmi lesquels les deux héros, Jason Creed et sa copine Debra essayant de réaliser un film d'épouvante avec une momie, hommage évident au classique de Karl Freund avec le grand Boris Karloff, La momie (1932).
Romero en profite pour se moquer gentiment des codes du film d'horreur, à la façon du célèbre Scream (1995) de Wes Craven, notamment du statut réservé aux jolies victimes féminines qui passent leur temps à fuir dans la gueule du loup en déchirant leurs vêtements et en exhibant leurs poitrines, scène à laquelle fera écho une autre scène à la fin du film où la belle actrice blonde Tracy Thurman (interpétée par Amy Ciupak Lalonde, qui jouait la victime de la momie dans le film amateur des étudiants, fuyant un mort-vivant bien réel, se réfugiera dans les bois en déchirant sa robe et en montrant ses seins par inadvertance !
Mais surtout Romero, par le biais de l'apprenti cinéaste Jason Creed qui demande à l'acteur jouant la momie de se déplacer moins rapidement, se réapproprie au passage la figure du mort-vivant telle qu'il l'avait définie dans son film fondateur La nuit des morts-vivants, figure qui avait été bien malmenée depuis les films (par ailleurs plutôt intéressants) 28 jours plus tard (2002) de Danny Boyle et le propre remake du film de Romero, Zombie, L'armée des morts (2004) de Zack Snyder, dans lesquels les zombies étaient ultra-rapides et dépouillés de leur résonance politico-sociale pour devenir de simples assaillants lambdas.
Si Diary of the dead semble au départ suivre la mode initiée par le célèbre Le projet Blair witch (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez (déjà inspiré par le très culte Cannibal holocaust de Ruggero Deodato, qui date de 1980), métrage censé être filmé par ses protagonistes, et poursuivie par d'autres films d'épouvante comme les excellents [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, qui date de 2007 (la même année que Diary of the dead), Cloverfiled (2008) de Matt Reeves ou encore plus récemment le début du passionnant District 9 (2009) de Neill Blomkamp, la démarche de Romero, loin de se réduire à un effet de style comme dans la plupart des films cités précédemment, se justifie ici pleinement.
En effet, Romero utilise la forme du journal vidéo pour dénoncer sans détour les dérives de la médiatisation et de l'information.
Au départ, Jason Creed, qui a des ambitions de documentariste (comme Romero à ses débuts, d'ailleurs la forme de son premier film, La nuit des morts-vivants, se rapproche fortement du documentaire), puis sa fiancée Debra, veulent filmer la prolifération inexpliquée des morts-vivants pour en informer le monde.
Mais le spectateur se rend bien compte qu'au fur et à mesure, Jason se laisse parasiter par le goût du sensationnalisme qui finit par obstruer sa capacité de jugement, au point de mettre en danger son équipe (comme dans la scène où il refuse de porter secours à Tracy, poursuivie par Ridley [joué par Philip Riccio], qui avait déjà endossé le rôle de la momie du film amateur, mais maintenant devenu zombie réel ; pour pouvoir simplement filmer la séquence).
Car finalement, les ambitions artistiques de départ affichées par Jason ne pèsent plus face à l'envie de reconnaissance à tout prix qu'il cherche. Dès que celui-ci a mis en boîte une séquence, il l'envoie immédiatement sur Internet et surveille les téléchargements, exultant lorsque le nombre de téléchargement par les internautes se révèle important.
Jason a beau vouloir dire la vérité aux gens (mais peut-on dire la vérité en filmant alors qu'on se réfugie derrière une caméra ?), ses vidéos se perdent dans le réseau au milieu des autres. Comme le constate justement Debra, chacun veut donner sa vérité des choses, mais il y autant de vérités (ou de mensonges) que de vidéos envoyées sur le réseau, d'autant que souvent cette soi-disant vérité des choses est déformée par la recherche de sensationnalisme et par l'objectif de la caméra. D'ailleurs, il n'existe pas de vérité objective : toute « vérité » peut donc être également considérée comme un mensonge.
En outre, l'image enregistrée par la caméra n'est pas en elle-même le reflet de la réalité, mais plutôt le reflet de la pensée de celui qui l'a créée. « Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image », disait Jean-Luc Godard.
Dans un monde saturé d'images de toute sorte (télévision, Internet, publicités, home movies,... ), l'information finit par se diluer dans la masse et par perdre toute signification, tout poids. Trop d'information tue l'information, semble vouloir dire Romero...
De ce point de vue, Diary of the dead se rapproche du sublime Redacted de Brian De Palma, tourné la même année 2007. Les deux cinéastes font le même constat de la dictature de l'image, qui semble désormais la seule réalité aux yeux des hommes, alors qu'elle est très facilement manipulable, voire falsifiable.
Dans ces conditions, la scène finale du film dans laquelle on voit des images d'hommes en train de détruire de manière extrêmement sadique et juste pour le plaisir une morte-vivante (images censées être diffusées par ces mêmes hommes sur Internet) est d'une rare cruauté et se conclut sur une question fondamentale posée en voix off par Debra : l'humanité mérite-t-elle d'être sauvée ?
Car Romero, comme dans les autres opus de sa saga, considère ces morts-vivants comme le reflet de nous-même, les fantômes de nos peurs (peur du terrorisme, peur de l'autre,... ) qui finissent par littéralement nous dévorer. Ils sont comme un châtiment, une punition divine. Il sont aussi les signes d'une humanité qui court à sa perte. La scène où le professeur Brody (interprété par un très convaincant Todd Schroeder) a du mal à regarder son reflet dans le miroir est très significative à cet égard, d'autant qu'elle est directement raccordée à la séquence finale du film déjà citée. Ce sont bien les hommes eux-mêmes qui sont la cause du désastre.
Doté d'un budget assez limité, Diary of the dead utilise remarquablement ses décors minimalistes et ternes pour distiller une atmosphère désespérée, d'une insondable tristesse. L'extérieur semble ne pas exister autrement que par le biais des images reçues continuellement sur le Net, accentuant ainsi la sensation d'isolement des protagonistes. Romero parvient à créer un véritable suspense malgré les contraintes qu'il s'est fixées (le métrage est en effet censé être filmé par les personnages), notamment par l'insertion d'images provenant de caméras de surveillance et une utilisation efficace du hors-champ.
A ce titre, la remarquable séquence de l'hôpital, ludique et terrifiante à la fois, est un modèle de mise en scène : le spectateur, en position subjective (il ne voit que ce que voit la caméra de Jason, puisque la majeure partie du film de Romero est le film de Jason), sait que la caméra de Jason, qui veut tout filmer, a des problèmes de batterie : l'image ne cesse d'être coupée par intermittence. Il faut donc recharger la batterie et pour cela poser la caméra au sol et la brancher au courant du secteur ! Pendant ce temps, nous entendons Debra, qui est donc à ce moment hors-champ par la force des choses (puisqu'elle est allée explorer le lieu et que la caméra ne peut bouger du sol), pousser des cris et revenir ensuite, ensanglantée, dans le champ, armée elle-aussi d'une autre caméra trouvée dans l'hôpital. Filmée par la caméra de Jason toujours immobilisée au sol, Debra braque l'autre caméra sur lui, lui demandant ironiquement ce que cela fait d'avoir une caméra braquée constamment sur lui, puis elle lui fait ensuite remarquer qu'il a tout raté et lui demande s'il a besoin qu'elle repousse le cri qu'elle a poussé hors-champ pour son film (qui dot selon Jason retranscrire la réalité !), alors qu'elle était semble-t-il agressée par un zombie. Le spectateur, la voyant ensanglantée, est même amené à s'interroger sur la contamination ou non de Debra : le hors-champ, utilisé à des fins purement techniques (car en effet la caméra doit être rechargée) pour les protagonistes du film mais évidemment utilisé par Romero à des fins dramatiques, crée donc un véritable suspense. Debra repousse donc un faux cri devant la caméra de Jason, puis un autre cri, bien réel cette fois, lorsqu'arrive dans l'arrière-plan un nouveau mort-vivant qui se réveille ! Romero, de manière très ludique, s'amuse dans cette scène de la difficulté de démêler le vrai et le faux dans une image et continue d'inviter le spectateur à se méfier des images.
Tous les personnages paraissent dépasser par les évènements, formant des groupes distincts et ne se mélangeant pas, à l'exception du savoureux personnage de l'Amish sourd-muet qui acceptera d'aider sans rien demander en retour le groupe d'étudiants en cinéma, mais ce geste lui coûtera la vie.
Seul le personnage du professeur Brody, déjà cité, semble d'une certaine lucidité, prenant du recul par rapport aux évènements (à la différence des jeunes étudiants en cinéma qui font équipe avec lui) et n'ayant pas une vision de la violence formatée par les flux ininterrompus d'images diffusés constamment dans les médias. Volontiers cynique, il finira cependant par retrouver des instincts primitifs de survie et par prendre les armes (plutôt primitives par ailleurs, puisqu'il utilisera notamment un arc et un sabre).
Le personnage de Debra est aussi très intéressant, car il évolue progressivement au cours du film pour finir par devenir le porte-parole de Romero. En effet, si Debra ne se différencie pas au départ de ses amis étudiants, elle essaie de raisonner Jason tout au long du métrage et semble prendre plus de recul sur les choses au fur et à mesure. N'oublions par que c'est Debra qui pose la question finale sur l'avenir de l'humanité...
Mais cette vision pessimiste de l'humanité n'exclut pas une certaine poésie morbide : on peut citer par exemple la scène presque surréaliste dans laquelle l'un des personnages, Ridley, a placé les membres de sa famille devenus morts-vivants dans sa piscine, les faisant ressembler à des sortes de méduses.
Enfin, ce cinquième volet de la saga de Romero sur les morts-vivants est tout à fait cohérent avec les quatre autres opus. A chaque fois, Romero en profite pour aborder une thématique politique ou sociale, dressant ainsi un panorama passionnant de la société et de ses dérives.
La nuit des morts-vivants (1968), par son côté brut et quasi-documentaire, est un film fondateur et mettait en cause l'individualisme de chacun, où Romero constatait que la mésentente entre les hommes aboutissait souvent à un désastre, tandis qu'il condamnait certains côtés fascistes de la société qui ne demandaient qu'à exploser. Zombie, en 1979, avait pour cible la société de consommation. Le jour des morts-vivants en 1985 critiquait fortement une certaine politique militaire. Enfin, Land of the dead en 2005 traitait du pouvoir politique et de ses manipulations, comme un cri lancé à George W. Bush, alors président des Etats-Unis.
Diary of the dead se situe donc bien dans la continuité des quatre films précédents en abordant frontalement la dictature de l'image et des médias. Romero continue de porter un regard critique sur la société actuelle, tout en n'oubliant pas de livrer un vrai film d'épouvante tendu et efficace qui peut être apprécié au premier degré. Le cinéaste a annoncé qu'il n'en avait pas encore fini avec ses zombies et est actuellement en train de tourner un sixième opus à sa célèbre saga.
03 octobre 2009
Non ma fille, tu n'iras pas danser de Christophe Honoré
Réalisé par Christophe Honoré
Année : 2009
Durée : 105 minutes
Avec :
FICHE IMDB
Résumé : Les difficiles relations entre une femme, mère de deux enfants, sur le point de divorcer, avec son environnement socio-familial.
Avec Non ma fille, tu n'iras pas danser, le cinéaste français Christophe Honoré, actuellement très prolifique (depuis 2006, un film tous les ans avec respectivement Dans Paris, Les chansons d'amour, La belle personne), donne son premier grand rôle à Chiara Mastroianni. Dans ce film on est clairement dans le style « Famille je t'aime, famille je te hais ». Chiari Mastroianni joue le rôle d'une femme sur le point de divorcer qui a bien du mal à s'occuper de son quotidien et de ses deux enfants.
Si l'originalité ou à tout le moins l'intérêt du film n'est pas à rechercher dans son scénario, car au fond le film ne fait que traiter des relations familiales qui pourraient être ceux de n'importe quelle personne vue voir ce film, en revanche ce long métrage demeure appréciable par sa capacité à montrer que la famille peut se révéler chez certains particulièrement étouffante.
Léna (jouée donc par Chiara Mastroianni) est une femme angoissée, stressée, nerveuse qui est proche de la rupture. Chiara Mastroianni incarne parfaitement cette femme qui en a marre de sa famille, tant sa mère et sa soeur cadette qui lui lancent des piques en remettant sans cesse en cause ses habitudes de vie, que son frère qui se la joue un peu trop au mec cool et optimiste, que son ex-mari qui essaie de lui reprendre ses enfants.
Avec ce film Christophe Honoré laisse la part belle à ses acteurs. Le film bénéficie à cet égard d'une distribution de bonne facture avec, outre Chiara Mastroianni, une Marina Foïs tout à fait crédible dans le rôle de la soeur qui en marre de son époux et a du mal à assumer sa période de femme enceinte ; une Marie-Christine Barrault qui joue le rôle de la mère qui apparaît bien envahissante et un peu trop moralisatrice ; un Jean-Marc Barr impeccable dans le rôle de l'ex-époux qui demeure calme en apparence mais qui a lui aussi ses humeurs ; un Louis Garrell en « guest star » qui joue bien le rôle de l'amoureux transi. Les autres acteurs du film, notamment les enfants qui sont d'un naturel confondant et qui montrent bien que dans ces histoires d'adultes, ce sont eux les premiers à trinquer.
Le cinéaste Christophe Honoré est loin de nous dépeindre une famille où tout va bien dans le meilleur des mondes. Chacun des personnages qui nous est décrit a ses qualités mais surtout ses défauts qui apparaissent au grand jour.
Non ma fille, tu n'iras pas danser, est comme son titre l'indique, un film sur la liberté ou plutôt l'absence de liberté. Le personnage de Léna souffre en raison d'un manque de liberté. Elle a l'impression d'être oppressée et d'être à la botte de tout le monde. C'est la raison pour laquelle à la fin du film elle prend une décision radicale. De ce point de vue, Christophe Honoré, qui est très attaché aux événements post-68 (voir le film Dans Paris), semble dresser le portrait d'une femme éprise de liberté, qui est d'ailleurs considérée à un moment dans le film comme une révolutionnaire.
La scène des légendes bretonnes, qui apparaît de façon presque brutale dans le film, n'est pas pour autant là par hasard. Elle rappelle tout simplement le personnage de Léna et ce qu'elle va devoir faire pour obtenir sa liberté, pour se libérer du carcan familial qu'elle ne peut plus supporter.
Se déroulant sur un rythme un peu lent, Non ma fille, tu n'iras pas danser est le film d'un auteur français qui commence à s'affirmer. Mais le film déplaira forcément aux gens qui veulent que ça aille vite. Parce que si Christophe Honoré se montre moins littéraire que lors de ses précédents films, n'en prend pas moins son temps pour planter le décor de son film et pour évoquer les relations difficiles qui s'établissent entre les différents personnages du film. Voilà un film qui mérite d'être vu, surtout si l'on arrive à apprécier un cinéma où la Famille est mise à mal. Mais n'est-ce pas là quelque part le symbole d'une société qui a perdu certains de ses repères fondamentaux ? Car Léna n'est pas le seul personnage du film à exprimer son mal-être. Et c'est en cela que ce film a bien une visée sociétale. Non ma fille, tu n'iras pas danser nous ramène clairement à notre époque actuelle.
27 septembre 2009
Into the wild de Sean Penn
Réalisé par Sean Penn
Titre original : Into the wild
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 148 minutes
Avec : Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Jena Malone, Brian H. Dierker, Catherine Keener, Vince Vaughn, Kristen Stewart, Hal Holbrook,...
Fiche IMDB
Résumé : Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui. Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres. Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.
Quatrième film réalisé par l’excellent acteur Sean Penn, déjà auteur en tant que réalisateur des remarqués (et remarquables) The indian runner (1991), Crossing guard (1995) et The pledge (2001), Into the wild est la biographie filmée d’un jeune américain nommé Christopher MacCandless qui a décidé à 20 ans, après avoir obtenu son diplôme universitaire, de réaliser son rêve : aller en Alaska.
Tiré d’une histoire vraie, Into the wild est un passionnant road movie dressant le portrait complexe d’un jeune homme en rebellion contre la société qui n’hésite pas à tout laisser derrière lui pour ne faire qu’un avec la Nature.
Le film de Sean Penn est avant tout un récit initiatique, presque philosophique, centré sur la quête d’identité et la recherche de la sagesse.
Filmé sur les lieux réels foulés par le vrai Christophe MacCandless, dans des paysages magnifiques exaltant la nature sauvage, Into the wild est une invitation au voyage, aussi bien physique qu’intérieur.
Suivant la forme du journal intime rédigé par MacCandless, le film est divisé en cinq chapitres bien définis qui vont permettre progressivement au héros de se retrouver. Au gré des lieux traversés et des rencontres, Christophe MacCandless finira par trouver sa voie.
Magistralement incarné par le jeune acteur Emile Hirsch, Into the wild dépasse le stade du road movie. Révolté par la société de consommation, l’importance de la famille, le culte de la réussite et l’omniprésence de l’argent, MacCandless est en colère contre un système capitaliste immuable, un système dont il ne veut plus jamais faire partie.
Inspiré par les récits et romans de Henry Thoreau, Jack London, Boris Pasternak ou encore Leon Tolstoï, il prend la décision de disparaître complètement, de se fondre dans la mère Nature pour quitter à jamais une société injuste et inégalitaire, sans laisser aucune trace de son passage. Il endosse alors un autre nom, Alex Supertramp, donne ses économies à un organisme de charité, brûle les derniers billets qu’il possède et part dans l’immensité des paysages américains.
La grande qualité de Sean Penn est de s’être intéressé profondément au comportement antisocial de MacCandless. Car bien que son héros explique par sa révolte son action, cette révolte contre le système n’est pas la seule cause de ce comportement.
Choyé par ses parents (interprétés par le grand William Hurt et Marcia Gay Harden), issus de la classe supérieure américaine, admiré par sa jeune sœur (Jena Malone) qui est aussi la narratrice des aventures de son frère, MacCandless souffre secrètement du dysfonctionnement de sa famille, dont seule sa sœur a droit à son respect.
Entrecoupé par des flashbacks retraçant les relations que MacCandless entretient avec sa famille, Into the wild prend alors une dimension qui dépasse le simple film d’aventures. Car Sean Penn, par l’ambiguïté des liens entre MacCandless et ses parents, crée un véritable suspense qui aboutit à la cause réelle de la fuite de son héros. En effet, il s’agit bien d’une fuite en avant, comme le remarque si justement le beau personnage incarné par Hal Holbrook, Ron Franz, qui lui pose la question : « Que fuis-tu ? ».
Par le biais de ses rencontres, dont la plus marquante est celle avec le couple de hippies qui deviendra pour MacCandless / Alex une famille de substitution, celui-ci trouve un sens à sa vie et découvre progressivement la raison de sa haine contre ses parents. Mais il découvre aussi le travail (par le biais du personnage interprété par Vince Vaughn), la solidarité, l’artisanat (le travail sur le cuir, que Ron Franz lui apprend), et bien sûr la toute-puissance de la Nature, cette Nature qui nous a créé mais qui peut aussi nous perdre (comme dans le génial Délivrance de John Boorman, qui date de 1972).
Bercé par les belles chansons d’Eddie Vedder, Into the wild est un passionnant récit, tout en retraçant une aventure humaine hors du commun. Sen Penn montre bien que l’aboutissement du voyage de MacCandless / Alex n’est pas l’Alaska mais bel et bien le paix avec lui-même, le pardon et le bonheur, notions qui ne sont pas forcément incompatibles avec la beauté indomptable de la Nature.
Même si Sean Penn abuse parfois, à mon sens, du ralenti et d’un montage peut-être trop hâché, Into the wild est une fascinante expérience, un film d’aventure qui promène le spectateur au cœur de la Nature sauvage, mais aussi un formidable voyage intérieur à la recherche de l’absolu.
MacCandless, à la fin du voyage, une fois qu’il aura fait la paix avec ses démons et lui-même, pourra enfin retrouver son identité, cette identité qu’il n’a cessé de rechercher. Lui qui voulait disparaître laissera une trace, la trace de son passage, celle qui pourra témoigner de son aventure.
Sean Penn donne une formidable leçon de vie, tout en rendant un hommage poignant à Christopher MacCandless, personnalité hors du commun qui pourra rester à jamais gravé dans les mémoires. Et dans la Nature…
20 septembre 2009
District 9 de Neil Blomkamp
Réalisé par Neil Blomkamp
Année : 2009
Durée : 110 minutes
Avec :
FICHE IMDB
Résumé : Dans les années 80, des extraterrestres arrivent sur Terre. Ils sont alors placés dans un endroit, le district 9. Vingt-huit ans plus tard, les Terriens tentent de mettre les aliens à un autre endroit, tout en cherchant dans le même temps à pouvoir utiliser leur formidable technologie en matière d'armement. Un homme qui a sans le vouloir combiné son ADN à celle des aliens, devient la personne la plus recherchée au monde...
Remarqué par Peter Jackson, qui pour l'occasion est le producteur de ce film, District 9 constitue le premier long métrage de Neil Blomkamp. Sous ses apparences de film de science-fiction, District 9 est aussi et surtout une intéressante réflexion sur notre capacité d'intégration, sur le regard que l'on peut porter à l'autre.
Car il ne faut pas s'y tromper. Si District 9 est un film qui comporte plusieurs scènes d'action, on est à des années-lumière des films habituels que l'on peut trouver dans ce genre.
District 9 est avant tout un plaidoyer pour le respect des droits de l'homme, ou par rapport aux créatures que l'on voit dans le film, un respect du droit de chacun de vivre décemment en paix. Ce n'est nullement un hasard si le film se déroule à Johannesbourg. C'est la principale ville d'Afrique du Sud (pays d'origine du réalisateur), là où il y a finalement encore peu de temps existait l'Apartheid (mot signifiant séparation, en place en Afrique du Sud de 1948 à 1991), c'est-à-dire une séparation dans la population en fonction de critères raciaux ou ethniques. Une des grandes qualités du film est de montrer cette situation inadmissible, mais en décidant de remplacer les êtres humains victimes de ce fameux apartheid, par des extraterrestres. Au début du film, en peu de temps, le cinéaste Neil Blomkamp, qui a l'excellente idée de nous donner l'impression d'assister à un documentaire, met en évidence l'échec de cette politique de la mise à l'écart. A force de prendre les gens (ici les extraterrestres) pour des moins que rien, il est évident que l'on aboutit à un moment ou à un autre à un clash. Et puis les extraterrestres que l'on voit débarquer de nulle part au début du film, n'ont aucune intention belliqueuse à la base. Leur mise à l'écart dans des endroits d'une hygiène épouvantable n'est pas sans rappeler des événements fâcheux de notre histoire. On peut en effet extrapoler et penser que cette séparation dans ce district 9 est un rappel aux camps de concentration durant la seconde guerre politique.
Dans le même ordre d'idée, dans la seconde partie du film, le réalisateur évoque sans conteste les expériences horribles commises par les nazis, lorsque l'on voit l'extraterrestre Christopher qui découvre ce que l'on fait à ses congénères dans les sous-sols de la société MNU.
On comprend aisément que District 9 n'est pas un film de science-fiction lambda. C'est un film engagé qui dresse un portrait peu flatteur de notre espèce humaine. D'ailleurs, au fond, que penser du principal personnage du film, Wikus van der Merwe. Si on peut pardonner au personnage (qui est admirablement joué par Sharlto Copley) le fait qu'il est assez niais et donc qu'il n'ait pas les épaules assez solides pour mener à bien la mission « d'expulsion » des aliens pour les mener en dehors du district 9, en revanche plusieurs de ses agissements demeurent inadmissibles. Comment en effet trouver des circonstances atténuantes à quelqu'un qui se plaît à tuer des bébés extraterrestres et qui s'amuse dans le même temps à évoquer devant une caméra qu'il vient de procéder à des avortements ? Le côté peureux du personnage n'est pas non plus un point positif. L'une des forces du film est d'avoir choisi de faire de son personnage principal un homme qui est loin de l'image du héros. Bien au contraire. D'ailleurs, ce n'est finalement qu'à partir du moment où cet homme va devenir de plus en plus un alien qu'il va alors prendre conscience du mal que commet l'Homme. Mais encore, ce propos est à relativiser car notre personnage principal cherche avant à redevenir comme avant.
Jamais lisse sur la forme comme sur le fond, le film se permet également de critiquer (de manière légère toutefois) des médias qui, à la recherche de faits sensationnels, sont prêts à cautionner n'importe quoi et à transmettre des informations erronées. En alternant sans cesse le côté documentaire avec le côté fictionnel, Neil Blomkamp invite le spectateur à s'interroger sur la notion de vérité.
Enfin, à l'instar du Starship troopers de Paul Verhoeven, District 9 montre que l'Homme a malheureusement un peu trop tendance à penser qu'il est le seul ou en tout cas le plus malin dans l'univers. Pourtant, les faits (dans le film) parlent d'eux-mêmes. Les aliens, qui sont considérés comme des sous-êtres par les humains – avec cette tendance à les dénommer les crevettes – disposent d'une technologie en matière d'armement qui est très supérieure à la nôtre. Et puis leurs engins spatiaux sont incroyablement évolués. Durant tout le film, on se pose inmanquablement à un moment ou à un autre la question du devenir de cet immense engin spatial qui est situé en apensateur, juste au dessus de Johannesbourg. En outre, le film se termine de façon très ouverte. Que vont faire les aliens à l'avenir ? Cette fin est peut-être une façon de faire une transition avec un District 9, second épisode, que l'on verra débarquer dans les salles de cinéma en 2010.
Toujours est-il que cet excellent film de science-fiction, très engagé sur le plan historico-politique, mérite amplement d'être vu.
13 septembre 2009
Un nommé Cable Hogue de Sam Peckinpah
Réalisé par Sam Peckinpah
Titre original : The ballad of Cable Hogue
Année : 1970
Origine : Etats-Unis
Durée : 121 minutes
Avec : Jason Robards, Stella Stevens, David Warner, Strother Martin, Slim Pickens, L. Q. Jones, Peter Whitney,...
Fiche IMDB
Résumé : Un prospecteur est abandonné dans le désert par ses associés. Après quatre jours de marche, il découvre un point d'eau sur la piste de la diligence : sa fortune est faite.
Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé de visionner le film avant d'entreprendre la lecture de cet avis.
Ce western américain très étrange a été réalisé en 1970 par l'immense cinéaste Sam Peckinpah, juste après son chef d'oeuvre barbare et cultissime La horde sauvage en 1968 et juste après son non moins barbare et non moins culte Les chiens de paille en 1971.
Film existentialiste et humaniste au ton léger (mais dont le contenu est loin d'être léger), Un nommé Cable Hogue semble être une oeuvre où Peckinpah a voulu prendre le contrepied de son célèbre La horde sauvage. Le cinéaste, traitant comme à son habitude de la fin de l'Ouest et l'arrivée de la modernité, s'intéresse particulièrement au portrait d'un homme simple (voire naïf) nommé Cable Hogue, magistralement interprété par l'excellent Jason Robards (le Cheyenne de Il était une fois dans l'Ouest de Leone [1968], autre grand film sur la disparition de l'ouest), qui découvre un puits d'eau au milieu du désert et décide de s'y installer, refusant la vie urbaine.
N'hésitant pas à utiliser le burlesque (comme les plans en accéléré, antithèse de ses célèbres ralentis, ou encore l'utilisation presque cartoonesque du split-screen lors du générique de début) et la fantaisie, Peckinpah signe ici son film le plus drôle, mais aussi le plus tendre et le plus sensible et offre une fable morale légère mais désenchantée qui est aussi une métaphore de la construction de l'Amérique, entre capitalisme, esprit de propriété, solidarité et individualisme.
Le personnage de Cable Hogue est lui-même dual, égoïste et généreux à la fois, bourru et tendre, cynique et candide. Sa rencontre avec la belle prostituée Hildy (une affriolante Stella Stevens) va être le coeur du film, cette Hildy également double, moderne (alors que Hogue est plutôt passéiste), attirée par l'argent mais aussi capable d'être la plus charmante et généreuse des épouses.
Peckinpah démontre toute sa sensibilité à travers cette relation improbable mais poignante entre deux êtres opposés et pourtant si proches et fait taire toutes les accusations de misogynie dont il a souvent fait l'objet, alternant avec une incroyable fraîcheur scènes de comédie pure et scènes plus retenues (comme cette fabuleuse séquence où Hildy vient rejoindre Cable dans son oasis, dans laquelle Peckinpah filme ses deux protagonistes dans une lumière en demi-teinte en train de se préparer et de se déshabiller chacun de leur côté, avant de se rejoindre dans la chambre, comme un couple profondément amoureux, qui est assurément l'une des plus belle scènes tournées par le cinéaste). Car ce qu'il filme avant tout, avant même la disparition de l'Ouest, c'est l'histoire d'amour qui naît et qui dure entre deux doux rêveurs, en dépit du changement de la société.
Un troisième personnage mérite également l'attention : celui du pasteur obsédé sexuel interprété tout en finesse par l'excellent David Warner. Malgré ses défauts, sa maladresse et son érotomanie (il faut le voir consoler une jeune femme, dont le frère vient de mourir, en lui malaxant les seins !), ce personnage paillard qui ne demande qu'à profiter pleinement de la vie est foncièrement attachant. Peckinpah en profite pour donner une image résolument anticléricale de l'Eglise, tout en admettant qu'il a lui-même la foi (il suffit de penser à la scène d'ouverture du film, où on voit Cable Hogue, abandonné sans eau en plein désert par ses deux associés, invoquer Dieu, qui le sauvera en le faisant tomber par hasard sur une source d'eau).
Cela dit, Un nommé Cable Hogue, malgré un ton qui semble insouciant, est empreint de la mélancolie chère à Peckinpah, même si cette mélancolie est moins marquée que dans La horde sauvage (1968) ou son magnifique Pat Garrett et Billy the Kid (1973), peut-être le plus beau film de Peckinpah (c'est mon préféré). Tout au long du film plane ce désenchantement tempéré par un humour omniprésent, et la sublime scène finale voit Cable Hogue se faire renverser par la voiture de Hildy (objet qui représente le venue du progrès) et mourir dans la joie et la bonne humeur par une ellipse d'une grande audace.
Comme souvent chez Peckinpah, la société actuelle n'a plus de place pour des hommes tels que Cable Hogue, mais aussi Pat Garrett, Billy the kid (dans Pat Garrett et Billy the Kid ou Pike Bishop et ses compagnons (dans La horde sauvage), et ceux-ci doivent alors disparaître à jamais du cadre, dans un immense bras d'honneur, pour laisser la place au règne du capitalisme et du profit.
Un nommé Cable Hogue fait donc bien partie des films crépusculaires de Peckinpah, mais le style du film, tout en ruptures de ton, marqué par l'humour, voire le grotesque de certaines situations, est tout à fait inhabituel dans le cadre du western, tout comme dans les autres films du cinéaste.
Ce film est d'ailleurs un western quasiment sans coups de feu, sans méchants non plus, qui ne se concentre que sur les rapports entre des gens remplis de qualités et de défauts. Tous les poncifs des codes du western sont bannis, et même la vengeance de Cable Hogue contre ses associés tourne court.
Au contraire, ce qui ressort est cet oasis de paix, utopique et quasi-miraculeux, loin de la ville et de ses notables antipathiques qui ne jurent que par l’argent, que s'est créé Cable Hogue, où tout est possible et où les gens peuvent être libres, être tout simplement eux-mêmes et jouir pleinement de la vie, du sexe, du bonheur, que cela soit Cable, Hildy ou le pasteur. Cette liberté à tout prix est une autre thématique essentielle de l'oeuvre de Peckinpah, qui s'exprime ici de manière malicieuse mais néanmoins frontale.
Une nommé Cable Hogue est sans conteste une des oeuvres majeures de Peckinpah, qui demeure encore largement méconnue. C'est fort dommage, car loin de se limiter à des explosions de violence barbare ou à de la misogynie, Peckinpah est aussi un cinéaste doté d'une grande sensibilité et d'une ironie particulièrement mordante, tout à fait capable de filmer une histoire d'amour dénuée de dérision et de cynisme.
Entre la première scène de rencontre entre Hildy et Cable, où le cinéaste ne cesse de zoomer sur la superbe poitrine de Stella Stevens, et la scène finale, où Hildy, devenue une dame respectable, dans une tenue noire d'une sobriété exemplaire, très loin des vêtements sexy qu'elle a portés durant tout le film, avec les yeux voilés, se recueille sur la tombe de Cable, le cinéma est passé par là, transformant l'insouciance et la gaieté du début du film en profonde mélancolie, même si cette mélancolie est dénuée de tragique par l'attitude de Cable sur le point de disparaître. Car c'est aussi le monde qui a changé et vu inexorablement disparaître le mythique temps des pionniers. Un monde où Hogue n'a plus sa place.
Peckinpah a souvent dit que ce film était son préféré, car le plus proche de lui. En effet, il semblerait que Cable Hogue et Sam Peckinpah ne fassent qu'un. C'est en tout cas l'un de ses films les plus personnels et l'un de ses plus beaux, l'un des plus étranges aussi, qui mérite absolument d'être redécouvert.
