Déjantés du ciné

11 novembre 2018

Le grand bain de Gilles Lellouche

le_grand_bain1Titre du film : Le grand bain

Réalisateur : Gilles Lellouche

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h58

Avec : Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Leila Bekhti, Marina Foïs, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée.

 

Avec Le grand bain, l'acteur Gilles Lellouche passe pour la première fois à la réalisation. Le néo-cinéaste débute sa carrière derrière la caméra par une comédie.De prime abord, on pourrait s'attendre à une énième comédie franchouillarde dans le style des films de Dany Boon.

Que nenni ! Gilles Lellouche surprend (agréablement) son monde en mettant en scène une comédie sociale. Sur ce point, Le grand bain évoque plutôt des œuvres britanniques, et notamment l'hilarant The full monty (1997). Dans cette comédie « so british », des chômeurs issus d’un milieu ouvrier, finissent par jouer les chippendales, contre rénumération. Sauf que ces hommes disposaient d'un physique parfois ingrat ! Cela a donné lieu à des scènes hautes en couleurs, marquées par la musique Hot Stuff (1979) de Donna Summer.

Avec Le grand bain, Gilles Lellouche reprend partiellement ce concept avec des hommes disposant (pour certains) d'un physique pas vraiment avantageux, s'étant mis en tête de représenter la France au championnat du monde de natation synchronisée par équipe...masculine !

legrandbain3Le film va s'évertuer à nous montrer le côté improbable de cette équipe, faite de bric et de broc. On rigole beaucoup devant les entraînements et les performances de ces nageurs du dimanche.

Mais là où Le grand bain diffère sensiblement de The full monty, c'est qu'il effectue une véritable radiographie de notre société, bien mal en point au demeurant. Le casting hétéroclite du film, constitué notamment de Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine amuse le spectateur. Car les personnages qu'ils interprètent sont de véritables loosers en puissance. On rigole, on se moque mais rapidement on comprend que le film a autre chose à raconter. Derrière le vernis humoristique, Gilles Lellouche a l'ambition de montrer que notre société est malade, avec nombre d'entre nous au bout du rouleau. Mathieu Amalric, dans un rôle à contre-emploi, incarne un personnage dépressif, Jean-Hugues Anglade un chanteur raté, Benoît Poelvoorde un patron dont la société est au bord du dépôt de bilan. Quant à Guillaume Canet, il interprète un homme révolté contre tout qui se met sa famille à dos. Et que dire de l'entraîneur de cette « dream team » dont le coach, joué par Virginie Efira, est une alcoolique anonyme. Pas très réjouissant tout ça !

Heureusement, Gilles Lellouche utilise constamment le ton de la comédie, ce qui permet de faire passer son message avec beaucoup de légèreté. Le grand bain n'en demeure pas moins un excellent « feel good movie ». Ce fameux bain, c'est la réunion de gens différents, partageant leurs peines, leurs difficultés, leurs craintes, leurs traumas. Les scènes dans les vestiaires, comme dans d'autres sports, sont celles de partages. On confie des choses à des inconnus, comme si cela avait un côté cathartique.

legrandbain2Dès lors, ces loosers au grand cœur n'ont d'autre but que de s’affirmer et d’être reconnu. Cela n'est pas un hasard si le film démarre avec la chanson « Everybody wants to rule the world » (1985) de Tears for Fears. Et c'est encore moins étonnant que l'on écoute le thème principal des chariots de feu (1981), film bien connu sur le sujet du dépassement de soi.

La compétition de natation synchronisée donne lieu sans conteste à l'une des meilleures scènes du film. Gilles Lellouche prend parfaitement à contre-pied le spectateur en proposant un spectacle détonnant. C'est d'ailleurs une façon de clore à merveille ce feel good movie.

L'excellent morceau « So good so right » (1981) d'Imagination correspond à notre état d'esprit en sortant de la salle de cinéma.

Sans conteste, Gilles Lellouche mérite le succès que rencontre Le grand bain, une comédie très drôle (ah ce Philippe Katerine, quel joyeux drille !) mais aussi sérieuse sur le fond.


01 novembre 2018

Kincsem de Gabor Herendi

kincsem4_51c91Titre du film : Kincsem

Réalisateur : Gabor Herendi

Année : 2017

Origine : Hongrie

Durée : 2h01

Avec : Ervin Nagy, Andrea Petrik, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1848. L’Empire austro-hongrois vit des heures agitées. Entraîneur de pur sang, l’aristocrate Blaskovich est tué par son ancien ami, l’officier von Oettingen, venu l’arrêter pour trahison. Devenu orphelin, son fils Ernö est chassé du château confisqué par le traitre pour sa fille Klara. Des années plus tard, Ernö mène une vie aventureuse entre les champs de courses et les conquêtes féminines. Mais le sentiment de vengeance ne l’a pas quitté. Sa revanche va prendre les traits d’un cheval réputé indomptable : Kincsem.

Kincsem est le nom d’une mythique jument hongroise, qui a remporté 54 victoires sur les hippodromes du monde entier en... 54 courses ! Avec ce film, le réalisateur hongrois Gabor Herendi traite la destinée hors du commun de ce cheval.

En se basant sur des faits historiques unanimement reconnus, la production a imaginé un drame romantique. Kincsem est évidemment la star à qui rien ne résiste. Pour autant, c’est une autre histoire qui retient l’attention du public féminin à qui est destiné ce long métrage. On suit ainsi les aventures hautes en couleurs du comte Erno Blaskovich, décidé coûte que coûte à faire payer son ennemi, le responsable militaire autrichien Otto von Oettingen, lequel a tué jadis son père suite à l’échec de la révolution hongroise de 1848. Et le hasard va non seulement lui permettre de se venger grâce à la réussite de Kincsem, mais va surtout dresser sur son chemin la belle Klara von Oettingen, la fille d’Otto, dont il est éperdument amoureux.

kincsem3_3dfe0Si l’issue de cette romance ne laisse guère de doute, il n’empêche que l’on passe un très bon moment à suivre ce jeu de dupes et cette séduction permanente entre deux personnes que tout devrait opposer. Mais l’amour n’a pas de frontières et Erno Blaskovich fait son maximum pour se rapprocher de sa belle. Le plus difficile pour le comte sera alors de choisir entre son amour pour Klara ou sa vengeance. Cruel dilemme !

Le réalisateur a eu la bonne idée de multiplier les genres. Outre la romance et le drame, la comédie est à l’œuvre à plusieurs reprises. Le personnage d’Erno Blaskovich vaut à lui seul le déplacement, tant il est survolté et épris de liberté. Noble désargenté et flambeur, il a bien des difficultés à payer ses créanciers, allant même jusqu’à réclamer un prêt à une mère maquerelle avec beaucoup d’humour : « certaines émotions ne survivent pas si elles sont prisonnières de question d’argent. » De plus, les amateurs d’animaux sont à la fête avec une très amusante complicité entre le chat dénommé Schultz et la fameuse Kincsem.

Il y a même un petit côté historique avec le rappel de la purge ayant suivi l’échec de la révolution hongroise. Le père d’Erno Blaskovich représente l’un de ces nombreux nobles ayant tenté de rétablir les droits et libertés du peuple hongrois, et l’a payé de sa vie, comme plus d’une centaine d’insurgés. Il y a donc la grande Histoire, dramatique, et la petite histoire, bien plus joyeuse, celle de Kincsem.

Bien qu’étant d’une durée plutôt conséquente (2h), ce film parvient à retenir l’attention du spectateur. Il faut dire que la production a mis les petits plats dans les grands avec un budget de 9 millions d’euros, faisant de Kincsem le long métrage le plus cher jamais produit sur le sol hongrois. Et le budget mis à l’œuvre se voit bien à l’écran, qu’il s’agisse des très belles demeures d’époque, des hippodromes, des magnifiques costumes portés par les nombreux acteurs mais aussi le soin apporté à la photographie aux couleurs chatoyantes.

 kincsem2_1c6a8La réalisation est par ailleurs très dynamique, notamment lors des courses de chevaux. On sent bien que la mise en scène a été très travaillée, avec de beaux mouvements de caméra. On regrettera simplement quelques tics visuels (des ralentis lorsque le comte Erno Blaskovich chevauche Kincsem), tout à fait dispensables.

Enfin, on retiendra au niveau de la distribution le beau duo constitué du Hongrois Ervin Nagy, à l’aise dans le rôle de l’impétueux Erno Blaskovich, et de la Serbe Andrea Petrik, pas insensible au charme de l’ennemi de son père. Et puis il convient de signaler l’importance de la relation entre le comte Blaskovich et sa jument : on sent qu’il se passe quelque chose de fort entre l’homme et ce cheval, qui n’est sans doute pas étranger à leurs succès.

Derrière la réalité historique incroyable d’une jument surdouée, Kincsem met l’accent sur une romance certes prévisible mais agréable à regarder. Pas un grand film, mais une œuvre qui devrait ravir les amateurs de romance.

 

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/kincsem-la-critique-le-test-blu-ray

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18 octobre 2018

The cured de David Freyne

thecured1Titre du film : The cured

Réalisateur : David Freyne

Année : 2018

Origine : Irlande

Durée : 1h35

Avec : Ellen Page (Abbie), Sam Keeley (Senan Brown), Tom Vaughan-Lawlor (Conor)

FICHE IMDB

Synopsis : Des années après que l'Europe ait été ravagée par le virus Maze qui transforme les humains en monstres cannibales, un antidote est enfin trouvé. Senan Brown est hanté par ce qu'il a fait. Alors qu'il revient vivre chez sa belle-sœur devenue veuve, la peur et la suspicion risquent de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

 

A l'énoncé de son synopsis, The cured (littéralement le guéri en français) ne joue pas franchement la carte de l'originalité. En effet, dans la lignée de 28 jours plus tard et de ses nombreux rejetons, il s'inscrit dans le sous-genre horrifique du film de virus.

A cet égard, on apprend au début du film que le virus Maze s'est propagé en Europe, déclenchant chez les infectés une violente psychose, les transformant en zombies assoiffés de sang. L'action se situe en Irlande, dévastée par ce virus. Un traitement à Maze a été trouvé, efficace dans 75 % des cas. Le film démarre lorsque la dernière vague des traités (ceux qui ont été guéris) réintègre la société.

Alors, quoi de neuf à l'horizon au regard de ce scénario particulièrement balisé ? The cured propose en fait autre chose qu'un simple film de zombies. Pour cela, il base son histoire à partir d'une idée novatrice : les traités se souviennent de tous les actes qu'ils ont commis. Voilà qui change radicalement les choses.

The cured se distingue ainsi du tout-venant en relatant le point de vue d'êtres humains, naguère contaminés, qui ont conscience des horreurs qu'il ont effectuées.

thecured3Le film amène alors le spectateur à s'interroger sur des notions de morale et de faits de société. Du côté d'ex contaminé, comment réintégrer normalement la société alors que l'on a tué des gens et que l'on a conscience de ces meurtres ? Du côté des personnes ayant perdu des proches en raison du virus Maze, comment pardonner à ceux qui ont tué, même s'ils étaient dans un état second, incapables de se contrôler ?

Pour mettre en scène ce film qui privilégie l'aspect psychologique à l'action pure et dure, le réalisateur irlandais David Freyne se focalise principalement sur trois personnages : Senan Brown, un traité, qui a perdu son frère pendant l'infection. Il est hébergé par sa belle-sœur, Abbie, qui élève seule son jeune fils. Le troisième personnage est Conor, un autre traité, logeant du foyer regroupant d'anciens zombies, sa famille l'ayant rejeté.

A grands renforts de flashbacks, David Freyne montre les cauchemars que subit perpétuellement Senan. Rongé par des remords, ce dernier a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie, d'autant que les traités sont mis à l'index de la société, sans compter les contrôles auxquels ils sont quotidiennement soumis. Senan est le personnage principal de ce long métrage. Il est le référent du spectateur et nous fait comprendre que pour vivre à nouveau, il faut s'accepter soi-même avant d'espérer se faire accepter des membres de la société

La relation entre Senan, Abbie et Conor est forte et constitue le nœud dramatique de cette histoire qui va révéler progressivement des secrets quasiment inavouables. Voilà qui donne de l'intensité émotionnelle à une histoire qui n'en manquait pas.

Surtout que dans le même temps, le cinéaste David Freyne pose une autre question fondamentale sur le plan de la morale et de l'éthique : que faire des 25 % d'incurables ? Doit-on les enfermer comme des animaux ou doit-on les tuer en raison de leur dangerosité ? Ou peut-on attendre qu'un nouveau traitement parvienne à les guérir ?

Cette question des personnes incurables nous renvoie immanquablement à une autre actualité, bien plus proche de nous : celle de l'intégration des migrants. Le sous-texte politique du film est évident et ne manque pas d'attrait.

thecured2En plus de son scénario astucieux et d'une mise en scène rigoureuse, The cured doit sans conteste sa réussite à une distribution de qualité. La canadienne Ellen Page, à la filmographie particulièrement éclectique, est tout à fait crédible dans le rôle d'Abbie. Elle côtoie dans ce film deux irlandais : Sam Keeley est excellent dans le rôle du tourmenté Senan ; Tom Vaughan-Lawlor est charismatique dans le rôle de Conor, un homme refusant d'être relégué au second plan.

Évidemment, si le film est intéressant par les thématiques qu'il développe, il risque fortement de décevoir les amateurs de films d'horreur où l'action prédomine. On est tout de même en face d'une œuvre réflexive, où l'émotion est sans cesse privilégiée. Tout cela pourra paraître un peu long pour certains spectateurs.

Quoi qu'il en soit, The cured est un long métrage parfois passionnant, qui a le mérite d'apporter sa pierre à l'édifice dans un genre pourtant sur-représenté. David Freyne est clairement un réalisateur prometteur dont on attend impatiemment les prochains travaux.

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08 octobre 2018

Halloween de David Gordon Green

halloween20181Titre du film : Halloween

Réalisateur : David Gordon Green

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h49

Avec : Jamie Lee Curtis (Laurie Strode), Judy Greer (Karen Strode), Virginia Gardner (Vicky), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40ans plus tôt.

 

1978-2018 : cela fait tout juste 40 ans que le mythique Halloween (La nuit des masques en français) de John Carpenter est sorti sur les écrans. Le film ayant rencontré un énorme succès, il a connu de nombreuses suites à la qualité passable voire médiocre. On a d'ailleurs touché le fond avec un Halloween 3 (sans Michael Myers!) au scénario débile tournant autour de masques d'Halloween. Rob Zombie s'est attelé à dépoussiérer le mythe en proposant deux films efficaces, à défaut d'être inoubliables.

Dire que l'on attend pas grand chose d'un nouvel opus est presque un euphémisme. Pourtant, cet Halloween cuvée 2018 vaut largement le détour. Le cinéaste David Gordon Green (les comédies Délire express et Baby-sitter malgré lui, mais surtout Joe avec un rugueux Nicolas Cage) a eu la bonne idée de mettre en scène un film respectueux de l'original.

Dans ces conditions, quoi de mieux au demeurant que de faire table rase du passé et de faire comme si ce long métrage constituait la suite directe de La nuit des masques. D'emblée, tout cela sent bon le parfum d'antan : le générique montre ainsi une citrouille (hommage évident au film original) qui se construit progressivement. C'est une façon d'installer dans la tête du spectateur le retour à venir de Michael Myers.

Halloween version 2018 démarre d'ailleurs avec un couple de journalistes venus interviewer Michael Myers, serial-killer toujours aussi énigmatique. Le réalisateur David Gordon Green s'arrange pour ne pas montrer son visage. Par la suite, on le retrouvera affublé de son célèbre masque de tueur.

halloween20183On revient aux sources avec un tueur taciturne qui n'a qu'une chose en tête : tuer. A la manière de John Carpenter dans la version de 1978, David Gordon Green filme des ruelles sombres et alterne plans larges et plans serrés. Il instaure une tension permanente avec un Michael Myers, véritable machine à tuer, pouvant arriver à n'importe quel moment. Sa présence est une façon de signifier que tout la mort rôde.

A ce niveau-là, le film en donne pour son argent au spectateur : les scènes de meurtres sont nombreuses et violentes. On peut même être surpris par la simple interdiction du film aux moins de 12 ans. Car Michael Myers ne fait pas vraiment dans la dentelle, prenant visiblement beaucoup de plaisir à massacrer ses victimes.

Si Michael Myers, incarnation du Mal, constitue un tueur indestructible, l'intérêt du film ne se limite pas à une succession de meurtres. David Gordon Green prend son temps pour installer l'action et pour présenter les différents protagonistes.

Ces derniers ont d'ailleurs pris de l'âge et ont bien évolué. Jamie Lee Curtis reprend son rôle de Laurie Strode. Mais elle n'est plus une héroïne quasi virginale. Si elle est désormais grand-mère, Laurie est une femme traumatisée qui pense constamment à Michael.

Le film est intéressant dans le sens où Laurie est passée du rôle du chassé au chasseur. Elle attend Michael, comme le prouve sa maison sur-protégée et sa garnison d'armes. Hallowen s'emploie à tout mettre en œuvre en vue de la confrontation tant attendue entre Laurie et le célèbre croque-mitaine. Et on ne sera pas déçu par ces retrouvailles !

Entre temps, le film est loin de tourner en rond. Entre les meurtres de Michael Myers, on fait connaissance de la famille de Laurie, notamment sa fille et sa petite-fille, Vicky, sous les feux de la rampe.

Car un retour aux sources ne peut avoir lieu qu'à Haddonfiel, là où 40 ans plus tôt Michael avait commis ses méfaits. Le film fournit quelques clins d’œil aux événements passés, en particulier le meurtre de Judith Myers, la sœur de notre serial-killer. Dans une ambiance tendue comme il faut et où l'humour n'a heureusement pas cours, on ne s'ennuie pas une minute en voyant Michael Myers comme à ses plus belles heures ! Ce monstre est toujours aussi charismatique.

halloween20182Pour lui rendre la pareille, Jamie Lee Curtis est vraiment excellente, tant par son côté déterminé que par sa fragilité due à son trauma. A ses côtés gravite une autre écorchée vive, la fille de Laurie interprétée avec beaucoup de subtilité par Judy Greer. Quant à Virginia Gardner, elle impulse de l'énergie à son personnage virginal, rappelant évidemment celui de Laurie Strode en 1978.

Halloween constitue une suite réussie au film original. Cela n'est pas un hasard si John Carpenter et Jamie Lee Curtis se retrouvent en tant que producteurs exécutifs. En outre, big John a remis au goût du jour le célèbre thème musical avec son fils Cody. Un thème qui fera frissonner les anciens comme les nouveaux spectateurs. Voilà une autre qualité justifiant le visionnage de ce film d'horreur.

Si son scénario ne risque guère de surprendre, Halloween 2018 compense largement ce défaut par de multiples qualités (respect du film original, ambiance bien tendue, mise en scène au diapason, personnages charismatiques, musique prenante), ce qui n'était pas gagné d'avance.

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25 septembre 2018

Forever my girl de Bethany Ashton Wolf

forevermygirl1Titre du film : Forever my girl

Réalisatrice : Bethany Ashton Wolf

Année
: 2918

Origine
: Etats-Unis
Durée : 1h48

Avec
: Jessica Rothe, Alex Roe

FICHE IMDB

Synopsis
: Le jour de leur mariage, Liam abandonne Josie, son amour de jeunesse devant l’autel… Huit ans plus tard, Liam est devenu une star de la chanson. Quand il apprend la mort d’un ami d’enfance, il quitte sa tournée pour assister aux funérailles. Liam revoit alors Josie pour la première fois depuis la brutale séparation.

Avec son titre tout mignon, Forever my girl semble s’inscrire dans la lignée de nombreuses bluettes sentimentales. Le visionnage du film ne fait que confirmer cette supposition.
Pourtant, les choses débutent par un drame avec Liam, abandonnant la pauvre Josie le jour de leur mariage. Mais la vie offre évidemment une deuxième chance à Liam. Devenu un artiste musical de renom (les filles en sont toutes gaga), Liam va revenir – par le plus heureux des hasards – dans sa ville de natale, loin des paparazzis et fans encombrants.
La réalisatrice Bethany Ashton Wolf, dont c’est le premier long métrage, s’évertue donc à nous brosser le portrait d’une bourgade en Louisiane où l’air de la campagne a visiblement des vertus thérapeutiques puisque tout le monde va à la messe dominicale et soutient son voisin en cas de difficulté. Bethany Ashton Wolf tente maladroitement de surfer sur les classiques du cinéma américain. On songe notamment à l’œuvre de Capra, mais il manque toute la critique économico-politique.

forevermygirl2Ici, pas de héros dans le style de Mr Smith, juste des gens qui s’aimaient, s’aiment et s’aimeront à jamais.

Ne soyons toutefois pas trop dur à l’égard de Forever my girl. Il convient simplement de deviner la cible du film. Il est évident qu’il est destiné aux âmes romantiques, et principalement à un public féminin. Ce dernier pourra sans doute y trouver son compte.
Car reconnaissons-le, la production a mis les petits plats dans les grands. Si la Louisiane a des allures de carte postale, les paysages naturels sont très beaux, avec en particulier cette nature luxuriante. Et puis les vieilles demeures de la bourgade donnent un côté charmant à cette œuvre.
De son côté, si la mise en scène est impersonnelle, elle comporte toutefois plusieurs mouvements de caméra amples, donnant un aspect dynamique à ce long métrage. On est tout de même bien loin de la piètre qualité des téléfilms tournant en boucle les dimanches après-midi.
Et puis il y a les acteurs, choisis clairement en raison de leur physique avantageux. Alex Roe, plutôt habitué aux séries télé (vu également dans La cinquième vague), joue le rôle du beau gosse de service, se rachetant une conduite et tombant (à nouveau) éperdument amoureux de sa dulcinée. Son jeu d’acteur est loin d’être inoubliable mais il fait le job. Le propos pourrait être identique pour la très jolie et radieuse Jessica Rothe, remarquée pour son rôle dans l’excellente comédie horrifique Happy birthdead (2017). On l’a senti plus inspirée mais son personnage n’est pas spécialement bien écrit.

Histoire d’en donner pour son argent aux amateurs de romance, le film n’hésite pas à jouer dans la surenchère de romance. Et c’est peut-être ce qui le rend amusant, voire attachant ! Les spectateurs attentifs pourront aisément constater que Forever my girl marche sur les pas du succès de 50 nuances de grey. A tel point que certaines scènes ont même un air de déjà-vu, comme le coup du voyage en hélicoptère.

forevermygirl3Tout cela manque évidemment de finesse et d’originalité mais le film a tout de même le mérite de remplir son cahier des charges : l’histoire et les acteurs sont à l’avenant, charmants, tout se passe dans une ambiance d’altruisme et d’humanisme. Après tout, dans un monde où la finance est reine et la communication avec son voisin de plus en plus compliquée, pourquoi ne pas s’évader dans un monde factice mais merveilleux ?

En ce sens, Forever my girl constitue une sympathique comédie sentimentale, dont les nombreux défauts seront vus comme un avantage pour les amateurs de romance et d’histoire à l’eau de rose.
En fin de compte, dans cette histoire cousue de fil blanc, laissons les romantiques rêver tranquillement dans leur coin.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/forever-my-girl-la-critique-le-test-dvd

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12 septembre 2018

Mademoiselle de Joncquières d'Emmanuel Mouret

mademoiselledejon1Titre du film : Mademoiselle de Joncquières

Réalisateur : Emmanuel Mouret

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h49

Avec : Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...

 

C'est toujours avec un plaisir non feint que l'on part à la découverte du nouveau film d'Emmanuel Mouret. Car ce cinéaste français est passé maître dans les comédies amoureuses au charme délicieusement désuet.

On avait été séduit en 2015 par son précédent long métrage, Caprice, une comédie très drôle avec Emmanuel Mouret tiraillé par son amour pour deux femmes jouées par une formidable Anaïs Demoustier et par Virginie Efira.

mademoiselledejon2En 2018, Emmanuel Mouret ne change pas une équipe qui gagne. Il reste sur le marivaudage amoureux. Toutefois, il y a bien un grand changement puisqu'il s'essaie au film en costumes. Avec Mademoiselle de Joncquières, Emmanuel Mouret adapte librement une nouvelle de Denis Diderot et situe son action dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle.

Ce réalisateur néo-rohmerien (la petite graine de folie en plus) met en scène une comédie aigre-douce savoureuse. Il est évident que le film a été extrêmement écrit dans ses moindres détails, comme le prouve la prédominance des dialogues. Cela n'est absolument pas un défaut. Bien au contraire. Il n'y a qu'à entendre les bons mots que s'échangent les principaux protagonistes. La belle Cécile de France y incarne Madame de La Pommeraye, une riche veuve, qui finit par céder aux avances du Don Juan, le marquis des Arcis, joué par un Edouard Baer très à l'aise dans son rôle. Madame de La Pommeraye comprend rapidement que le marquis s'est joué d'elle, comme d'autres femmes auparavant. C'est alors qu'elle fomente un plan machiavélique pour se venger du marquis.

Les dialogues du film font souvent mouche et on s'étonne d'apprécier autant ces phrases au charme désuet. Peut-être que ce sentiment est sublimé par le fait que notre société est entré dans une génération smartphone totalement exaspérante. Toujours est-il que l'on prend beaucoup de plaisir dans cet affrontement verbal entre une femme blessé dans son orgueil qui va aller très loin pour se venger d'un homme coupable de multiplier les conquêtes sans se soucier de leurs sentiments.

A sa façon, Emmanuel Mouret réalise un film que l'on pourrait aisément qualifier de féministe. Cécile de France y incarne une femme forte, prête à tout – quitte à manipuler son entourage – pour arriver à ses fins. C'est elle qui donne le la et le marquis suit, sans se douter un instant des desseins de son « amie ». La femme donne l'impression d'être déterminée et conquérante alors que l'homme n'agit que par passion, au gré de sentiments qu'il n'arrive pas à maîtriser. Dès lors, le sexe faible n'est pas franchement celui que l'on désigne généralement de manière péjorative.

Le charme de Mademoiselle de Joncquières ne se limite pas à ses deux acteurs principaux et à leurs joutes verbales. Le film a été très soigné dans sa mise en scène et dans le choix de ses décors naturels. On observe avec ravissement les belles demeures à la campagne qui sont la propriété de ces nobles oisifs. Madame de La Pommeraye et le marquis des Arcis passent ainsi le plus clair de leur temps à profiter d'immenses jardins pour flaner et évoquer ce qu'ils ont sur le cœur. Quand les choses se corsent, le réalisateur privilégie les jolis intérieurs d'un château, nous rappelant à cette occasion à quelle époque on se situe.

mademoiselledejon3Mais me direz-vous, et mademoiselle de Joncquières dans tout ça ? Ah, elle est incarnée par la jeune et mignonne Alice Isaaz. Avec son visage juvénile et ses sentiments intériorisés, elle semble à l'opposé de Madame de La Pommeraye. Jusqu'à la fin du film, on se sait que peu de choses d'elles et encore moins ce qu'elle pense de cette relation entre le marquis et madame de La Pommeraye. Dans tous les cas, elle complète avec ravissement un nouveau triangle amoureux créé par Emmanuel Mouret. Et puis elle est l'objet de toutes les attentions par le marquis, qui pense constamment à elle.

D'ailleurs, ce film a finalement beaucoup de points communs avec les œuvres précédentes d'Emmanuel Mouret : dialogues bien sentis, triangle amoureux, comédie (plus ou moins) légère, et donc la question de la passion amoureuse. Tous nos personnages agissent avec excès, et ce en raison de la flamme qui les anime. La vengeance de Madame de La Pommeraye n'a d'égal que la passion qu'elle a eu autrefois pour le marquis.

Evidemment, la réussite du film tient à la qualité du casting. Cécile de France et Edouard Baer forment un duo plein de charme et de malice. A leurs côtés, Alice Isaaz et Natalia Dontcheva (jouant le rôle de madame de Joncquières) sont bien plus que de simples faire-valoir.

Au final, voilà une belle comédie qui assoit une nouvelle fois la maîtrise d'Emmanuel Mouret. On attend avec envie son prochain film.

31 août 2018

Passengers de Morten Tyldum

passengers1Titre du film : Passengers

Réalisateur : Morten Tyldum

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h57

Avec : Chris Pratt, Jennifer Lawrence, Michael Sheen, Laurence Fishburne

FICHE IMDB

Synopsis : Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…

 

A première vue, Passengers s'apparente à un énième film de science-fiction où les membres d’une expédition spatiale doivent faire face à un dysfonctionnement majeur.

Dans les faits, ce long métrage a plusieurs cordes à son arc, tout en étant multi genres : on est à la fois dans le film de science-fiction, le drame, la comédie et surtout la romance.

Au début du film, on apprend qu’un vaisseau spatial, comprenant 5 000 passagers à son bord, a été placé en pilotage automatique le temps d’amener tout ce beau monde vers une planète lointaine, prête à être colonisée. Le temps du voyage étant estimé à 120 ans, il est donc fondamental de placer tout le monde en hibernation ! Évidemment, les choses ne se passent pas comme prévu (sinon, quel intérêt de faire un film!) et l’un des passagers, Jim Preston, est accidentellement réveillé.

passengers2De la même façon que Tom Hanks dans Seul au monde, Jim Preston, interprété par le séduisant Chris Pratt (Les gardiens de la galaxie), se retrouve tout seul dans ce vaisseau à qui il reste l’équivalent de 90 ans de voyage avant d’arriver à destination. Jim Preston comprend rapidement qu’il vit un cauchemar éveillé et qu’il ne peut faire grand-chose : il ne peut pas être replongé en sommeil artificiel, il ne dispose pas de l’accès aux commandes centrales du vaisseau, le temps pour communiquer avec la terre prend plusieurs années… Bref, les choses sont compliquées. A cet égard, le film s’apparente à ce moment à un drame car il montre bien à quel point la solitude est pesante. Certes, au début cela peut paraître sympathique de disposer pour soi d’un gigantesque vaisseau avec de multiples hobbies à disposition : jeux vidéo interactifs, piscine, salles de sport, etc. Y compris un robot humanoïde barman qui lui fait la discussion. Mais tout cela ne remplace pas l’être humain. La solitude devient de plus en plus dure à vivre et le désespoir finit par l’emporter.

Pour se sortir de cette spirale infernale, Jim Preston fait le choix difficile, et contestable sur le plan moral, de ramener plus tôt que prévu à la vie un autre être humain. Notre homme jette son dévolu sur une jeune femme, Aurora Lane, incarnée par l’actrice Jennifer Lawrence. La deuxième partie du film vise alors à nous montrer l’évolution de la relation entre ces deux naufragés de l’espace, avec la grande question que l’on a au bout des lèvres : Jim osera-t-il avouer son méfait alors qu’il est de plus en plus proche de cette femme ? On se doute bien qu’il y aura forcément à un moment donné un grain de sable, sinon l’histoire serait d’une banalité sans nom.

Dans le même temps, afin d’intéresser le spectateur à cette histoire ne comptant généralement que deux personnages, on constate que le vaisseau devient de plus en plus instable et qu’il sera nécessaire de prendre des risques pour éviter le pire.

Bien que cette œuvre dure près de deux heures et qu’elle se concentre donc sur deux personnages, on est finalement surpris de suivre avec un certain plaisir ces aventures spatiales peu communes pour nos deux Robinson Crusoé.

Passengers constitue sans doute l’un des rares films alliant romance et science-fiction avec réussite, avec comme fil directeur le poids de la solitude (finir sa vie dans un vaisseau spatial n’est pas franchement réjouissant). En plus, pour ne rien gâcher, ce long métrage conserve jusqu’au bout un certain suspense.

Passengers3Ce film n’est toutefois pas exempt de défauts. Loin s’en faut. Si les effets spéciaux sont franchement probants avec un vaisseau plus vrai que nature et un soin particulier apporté au background, il faut reconnaître que la mise en scène est impersonnelle.Morten Tyldum (à qui l’on doit Imitation game en 2015 avec Benedict Cumberbatch et Keira Knightley) est aux commandes du film mais il pourrait s’agir de n’importe qui. Quant au scénario, si on peut louer les thématiques développées et la capacité à tenir en haleine le spectateur, on ne peut passer sous silence certaines séquences totalement improbables. Elles sont nombreuses et il n’est pas utile de les citer, afin de ne pas révéler des éléments-clés de l’histoire. Heureusement, le côté science-fiction du film nous laisse penser que tout cela peut être possible. On peut toujours y croire…

Au niveau de la distribution, le casting est plutôt solide. Les spectateurs romantiques seront sans doute ravis de retrouver un beau couple, formé de Chris Pratt et de Jennifer Lawrence. Dans un film de science-fiction où la part belle est souvent laissée aux effets spéciaux, les acteurs ont ici tout loisir de s’exprimer. Car Passengers privilégie l’aspect romantique à celui du film d’action. Les acteurs profitent donc du temps qui leur est octroyé pour développer leur relation de façon crédible.

C’est aussi pour cela que Passengers constitue une œuvre auquelle on s’attache, malgré ses nombreux défauts d’écriture et sa mise en scène très conventionnelle. Bref, voilà un long métrage fort sympathique et qui change de ce que l’on a l’habitude de voir.

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21 août 2018

Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy

paulsanchez1Titre du film : Paul Sanchez est revenu !

Réalisatrice : Patricia Mazuy

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h51

Avec : Laurent Lafitte (Paul Sanchez), Zita Hanrot (Marion), Philippe Girard (Commandant), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Paul Sanchez, criminel disparu depuis dix ans, a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. A la gendarmerie, on n'y croit pas, sauf peut-être la jeune Marion…

 

Si l'on se réfère au synopsis du film ou à sa promotion en salles, Paul Sanchez est revenu ! a tout du thriller. Certes, il y a bien une histoire de meurtrier avec le mystérieux retour de Paul Sanchez. Après des années d'absence dans le Var, Paul Sanchez est vu du côté du la nationale 7. Accusé du meurtre de sa famille, Paul Sanchez est une référence évidente à l'affaire Dupont de Ligonnès (avril 2011), non élucidée à ce jour. Or, ce dernier est accusé d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants.

Devant ce qui aurait pu être la reproduction fictionnelle d'une affaire criminelle, la réalisatrice Patricia Mazuy va s'amuser à détourner les codes du thriller pour aboutir à une œuvre hybride que l'on pourrait qualifier de tragi-comédie. L'amateur de thrillers bien nerveux ou tendus risque d'être fortement déçu car la trame et le ton employé ici sont étonnants.

paulsanchez2Là où le film surprend d'emblée, c'est que Paul Sanchez n'a rien d'un meurtrier particulièrement habile dans ses faits et gestes. Il erre comme une âme en peine, révolté contre le monde entier en marmonnant des propos incompréhensibles. Il prend même contact avec un journal du Var pour signaler qu'il est bien en vie ! Drôle de façon de se faire oublier, à moins qu'il n'ait des choses à dire. Il donne l'impression d'un homme à bout de souffle qui veut changer d'air et rester seul pour un bon moment. Raison pour laquelle il élit domicile dans un abri de fortune sur le rocher de Roquebrune (là où un corps inconnu avait été découvert dans l'affaire Dupont de Ligonnès...).

Évidemment, comme la rumeur du retour de Sanchez ne cesse d'enfler, la gendarmerie du Var est alors à pied d’œuvre pour tenter de le retrouver. Et là aussi les personnages sont loin des archétypes que l'on imagine. Pas d'inspecteur affûté et clairvoyant. Au lieu de cela, on a une jeune gendarmette, Marion, qui confond vitesse et précipitation. Elle multiplie maladresses et gaffes, ce qui donne lieu à quelques scènes croustillantes. Sans dévoiler le scénario du film, on peut tout de même signaler que l'arrestation de Paul Sanchez par Marion vaut le coup d’œil, surtout qu'elle se fait dans des conditions rocambolesques.

Ce long métrage est véritablement atypique, en utilisant un ton comique, à la limite du burlesque, pour nous raconter des choses horribles. Car Paul Sanchez est accusé du meurtre horrible de sa famille et son arrestation tombe sous le sens. Pourtant, avec ces protagonistes aux réactions inattendues, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser : doit-on rire ou doit-on au contraire être alarmé par les événements auxquels on assiste ? Jusqu'à la fin, la cinéaste Patricia Mazuy prend un malin plaisir à brouiller les pistes pour raconter son histoire.

La question reste de savoir quel message on tente de nous faire passer. Est-ce que Paul Sanchez est revenu ! est une tragi-comédie avec pour but premier d'amuser le spectateur ? C'est une possibilité. Mais ce long métrage avec son personnage principal bien fêlé, peut également être vu comme le symbole d'une société contemporaine qui dysfonctionne. Ce qui donnerait du sens aux actions de ce fantôme de Paul Sanchez, en plein burn-out (un mal de plus en plus présent dans notre société). Cela n'est pas un hasard s'il décide de se terrer sur un rocher.

paulsanchez3Au demeurant, il y a une étonnante opposition entre la beauté des paysages du Var, particulièrement bien filmés, et la situation de Paul Sanchez sur le plan psychique, clairement aux abois.

De ce film hybride qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, la distribution joue un rôle fondamental. Laurent Lafitte, dans le rôle de Paul Sanchez, prouve qu'il peut être un bon acteur, dès lors qu'il est bien dirigé. Ici, il est convaincant en jouant cet homme tourmenté, insaisissable et touchant par moments. Du côté des gendarmes, l'actrice Zita Hanrot campe une énergique et maladroite Marion, bien déterminée à arrêter Paul Sanchez, par tous les moyens. Outre sa relation avec Paul Sanchez, on appréciera celle avec son supérieur, le fameux Commandant, qui ne manque pas de piquant !

Paul Sanchez est revenu ! est loin d'être un film parfait, le mélange entre comédie et drame ne fonctionnant pas toujours de manière appropriée. Pour autant, c'est une œuvre originale qui mérite d'être vue, d'autant que les acteurs sont plutôt bons.

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11 août 2018

American nightmare 4 de Gerard McMurray

americannight41Titre du film : American nightmare 4 (titre original : the first purge)

Réalisateur : Gerard McMurray

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h38

Avec : Y’lan Noël (Dimitri), Lex Scott Davis (Nya), Joivan Wade (Isaiah), Marisa Tomei (docteur Updale), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Pour faire passer le taux de criminalité en-dessous de 1% le reste de l’année, les « Nouveaux Pères Fondateurs » testent une théorie sociale qui permettrait d’évacuer la violence durant une nuit dans une ville isolée.

 

La saga American nightmare (The purge en anglais) semble inépuisable. Évidemment, comme elle est très rentable, pas question de l’arrêter. Le premier épisode était bien sûr le plus original puisqu’il évoquait le concept de la purge. Le principe : aux Etats-Unis, pendant 12 heures, les gens peuvent librement tuer leurs congénères sans être inquiétés en retour. Destinée à faire baisser la criminalité, cette purge permet de relancer le marché des armes et des appareils de sécurité (on est jamais mieux que chez soi en cas de guerre civile). Mais surtout elle est très contestable sur le plan humain et moral.

C’est sur ce postulat que l’on avait droit à un premier film bien prenant, un second sympathique mais faisant trop dans la redite et un troisième qui se renouvelait en mettant l’accent sur la politique. Ce quatrième épisode peut être considéré comme le numéro 0 puisque l’on se situe aux origines de la purge.

Pour American nightmare 4, James DeMonaco, réalisateur des trois premiers films, a laissé la place de metteur en scène à Gerard McMurray. Toutefois, il est toujours présent, en étant scénariste et producteur du film.

americannight42Dans cet opus, Gerard McMurray ne s’embarrasse pas de scènes d’exposition. En quelques minutes, on apprend que la société américaine est en plein désarroi (économie en berne, taux de chômage élevé, criminalité importante) et que les élections ont mené au pouvoir « les nouveaux pères fondateurs » aux rennes du pouvoir. Le président en place décide d’expérimenter la purge dans une ville-test.

Le spectateur ne sera pas vraiment surpris par la tournure des événements. Malgré cela, American nightmare 4 s’avère un opus efficace. Gerard McMurray met en avant plusieurs points saillants : une classe politique usant de stratagèmes bien souvent contestables pour aboutir à ses fins ; une purge ciblant avant tout les couches populaires de la société ; des combats urbains dignes des films virils des années 80.

American nightmare 4 pointe du doigt des dirigeants politiques profitant d’une situation socio-économique trouble pour mettre en place des actions inadmissibles. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de notre histoire.

La légitimation de la violence pose question. Et pour assurer la réussite de cette purge, le gouvernement offre des primes à ceux qui resteront chez eux et des sommes encore plus rondelettes à ceux qui participeront activement à la purge. Il est clair que l’on profite de la misère humaine. Ce sont bien sûr les classes défavorisées qui trinquent dans ce cas-là. Il eut été surprenant que cette expérience ait lieu à Beverly Hills !

Dans le secteur où se déroule la purge, on est à l’abri nulle part. Même les lieux de culte ne sont pas sûrs. C’est ce qui rend ce film encore plus prenant. D’autant que de façon encore plus nette que les trois autres opus, American nightmare 4 glisse progressivement vers le pur film d’action.

On peut d’ailleurs « s’amuser » à compter le nombre de victimes à l’écran. Entre les participants de la purge, les gangs qui en profitent pour régler leurs comptes, et les mercenaires que l’on introduit délibérément pour augmenter le chaos existant, il y a du monde à l’œuvre ! Et les morts s’amoncellent en tout lieu et à tout moment, ce qui tend à montrer le succès de cette purge alors en phase de test.

americannight43Alors que les choses virent à la boucherie pure et simple, les scénaristes d’American nightmare 4 ont eu la bonne idée d’introduire un véritable anti-héros, un peu à la manière de Snake Plissken chez Carpenter (New York 1997, Los Angeles 2013). Il s’agit cette fois d’un chef de gang qui va révéler son courage et sa pugnacité, bien décidé à ne pas laisser les activistes de la purge dézinguer à tout va les citoyens en toute impunité. Cela n’est évidemment pas anodin si le héros est un noir, interprété de façon probante par l’acteur Y’lan Noël. Cela ajoute à la dimension lutte des classes de ce film : d’un côté les Blancs, possesseurs de l’argent et du pouvoir, et de l’autre les classes malheureuses, subissant les actions des noirs. En somme, on a les dominants et les dominés.
Devant ce film efficace et qui monte progressivement en puissance, on regrettera toutefois que la charge contre la politique ne soit pas plus développée. Le réalisateur critique ouvertement une Amérique violente, ultra-sécuritaires, où les forts oppressent constamment les faibles. Mais ces sujets ne sont pas parfois qu’effleurés, privilégiant une action à tout bout de champ.

American nightmare 4 demeure n’en demeure pas moins un spectacle largement recommandable. Les amateurs de la saga sont en terrain conquis tandis que ceux apprécient les films d’action/d’horreur peuvent y trouver leur compte.

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01 août 2018

Frankenhooker de Frank Henenlotter

frankenhooker1Titre du film : Frankenhooker

Réalisateur : Frank Henenlotter
Année : 1990
Origine : Etats-Unis
Durée : 1H25
Avec : James Lorinz, Joanne Ritchie, Patty Mullen,
FICHE IMDB
Synopsis : Jeffrey Franken aime s’adonner à des expériences scientifiques singulières durant son temps libre. Lorsque sa fiancée Elizabeth se fait hacher par une tondeuse à gazon, le jeune homme va tenter de la ramener à la vie. Il lui suffit pour cela de rassembler des parties de corps humains et d’y greffer la tête d’Elizabeth, qu’il a conservée précieusement…
Dans les années 70-80, New York était loin de ce qu’elle est aujourd’hui sur le plan sécuritaire. Véritable jungle urbaine, la Big Apple était une mégalopole dangereuse et crasseuse. C’est dans cet environnement très particulier qu’on émergé plusieurs cinéastes underground, comme Jim Muro (Street trash), William Lustig, Abel Ferrara, évidemment, et notamment Frank Henenlotter. Ce dernier est l’auteur de trois films complètement barrés avec créatures loufoques. Après Basket case (1982) et Elmer le remue-méninges (1988), Frankenhooker (1990) constitue sans nul doute son film le plus personnel et le plus délirant. Film personnel car le lien entre son nom et le titre du film est évident : d’un côté on a le réalisateur Frank Henenlotter et de l’autre Frankenhooker (littéralement Franken pute).
Mais que raconte au juste ce jalon du mauvais goût de la fin des années 80 ? Comme son titre le laisse clairement entendre, c’est une variation du mythe de Frankenstein au féminin. Mais rien à voir avec une parodie à la Mel Brooks dans le style de Frankenstein Junior ou celle d’Alain Jessua pour Frankenstein 90. Le mythe est revisité à la sauce urbaine des quartiers populaires, où femmes de joie arpentent vulgairement les trottoirs avant d’accompagner la clientèle dans des hôtels miteux, qui constituent un lieu récurrent chez le cinéaste.
Mis en scène avec trois bouts de ficelle, Frankenhooker est bien connu pour ses séquences gore complètement jouissives. On a évidemment la scène d’ouverture où une tondeuse à gazon découpe en petits morceaux la petite amie de Jeffrey Franken, le personnage principal du film. Et puis il y a évidemment LA scène culte avec l’explosion au “super crack” de prostituées, qui marque forcément les esprits. Frank Henenlotter anticipe Braindead par son jusqu’au-boutisme et le côté cartoonesque de ses scènes d’horreur.

frankenhooker2Pourtant, le film va bien au-delà du simple déferlement d’effets gore. En bon franc tireur du cinéma indépendant américain, Frank Henenlotter égratigne sévèrement la société américaine de l’époque.

D’abord il s’en prend au culte obsessionnel du corps qui touche toutes les couches de la société : la middle-class qui ne pense qu’à la minceur du corps (“Vous mangez trop” alors que la personne concernée ne mange qu’un bretzel) ; les prostituées qui soignent leur apparence pour au nom du billet vert ; le maquereau qui est culturiste.
Ensuite, Henenlotter s’amuse à pervertir le mythe de Frankenstein. On a bien une touchante histoire d’amour avec un jeune homme – apprenti scientifique (Jeffrey est électricien de métier !) - qui cherche coûte que coûte à faire revivre sa petite amie décédée. Le principal personnage du film est prêt à tout pour faire revivre sa compagne, même si elle ne sera plus jamais comme avant.
Frank Henenlotter se sert de cette histoire d’amour fou pour rester un cinéaste anti-système avec son film bricolé de toutes pièces (Frankenmovie ?) et s’amuse de la confusion des genres au niveau sexuel. Il donne libre cours à son imagination la plus débridée, notamment quand Jeffrey Franken mesure seins, jambes pour recréer sa compagne. Il faut le voir dans cette séquence surréaliste où il prend le mètre pour mesurer les prostituées. Il va sans dire que si le côté fun de ces scènes est évident, c’est aussi une façon pour son auteur de critiquer une nouvelle fois cette obsession du corps occidental.
Et puis dans ces démonstrations du corps, Henenlotter n’est jamais contre, comme l’affirment paillardement quelques scènes plus ou moins explicites, sur le plan sexuel. Rappelons à cet effet qu’il a beaucoup œuvré dans le milieu du X et qu’avec un titre comme Frankenhooker, il ne pouvait pas faire dans la dentelle. Immanquablement, on peut faire le rapport entre ce long métrage et le film X ultra cul(te) New wave hookers (1985) où l’on retrouvait les célèbres actrices stars de leur époque Traci Lors et Ginger Lynn, mais ausi avec le nanar de Donald Farmer, Cannibal hookers, sorti en 1987.

frankenhooker3Même s’il aime mettre en avant les laissés-pour-compte, les marginaux qui fourmillent dans ce New York reaganien, en particulier les femmes de petite vertu, Henenlotter n’hésite pas à les critiquer. Il fait remarquer que ces femmes sont vénales : leur obsession pour l’argent n’est pas louable. D’ailleurs, Jeffrey Franken est choqué quand il reconstitue sa petite amie et que celle-ci finit par se comporter comme l’une d’elles, dans son avidité et cupidité.

En définitive, Frankenhooker est une comédie horrifique qui joue sur la satire sociale, totalement déjantée. Elle reprend les grandes lignes du mythe de Frankenstein pour mieux les détourner et se fond parfaitement dans l’oeuvre du cinéaste. Production bis totalement impensable à l’heure actuelle, elle n’a pas pris une ride avec les années, si on la regarde avec les yeux de la nostalgie, et demeure un produit de choix dans le genre. Songeons qu’à la même époque, sur un thème similaire, Brian Yuzna réalisait l’excellent Re-animator 2. Quant à Henenlotter, il retentera l’aventure du trash horrifico-sexuel avec Sex addict (Bad biology) du Z d’exploitation qui prouvait que même avec l’âge, le monsieur ne s’était pas racheté une conduite !
Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/frankenhooker-la-critique-du-film

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