Déjantés du ciné

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04 décembre 2009

Le frisson des vampires

shiver_of_vampires_poster_01Réalisé par Jean Rollin
Année : 1971
Origine : France
Durée : 1h35
Avec : Sandra Julien, Marie-Pierre Castel, Dominique, Jean-Marie Durand, Jacques Robiolles, Michel Delahaye, Nicole Nancel, Kuelan Herce



Fiche IMDB

Résumé : Isa et Antoine viennent de se marier. Isa désire rendre visite à ses cousins. En arrivant au village où ceux-ci résident, elle apprend qu’ils sont morts. Elle décide néanmoins de se rendre dans leur demeure, un somptueux château. Les jeunes mariés sont accueillis par deux servantes, qui leur proposent une chambre pour la nuit. Durant celle-ci, Isa va faire connaissance avec Isolde, une reine vampire et découvrir que ces cousins sont eux aussi devenus des créatures de la nuit…


Sorti en 1971, "Le frisson des vampires" est à la fois une œuvre typique de son réalisateur Jean Rollin et en même temps, un film à part par son côté très psychédélique. Le cinéaste signe ici un de ses plus beaux films avec "Les démoniaques", "La rose de fer" ou encore "Lèvres de sang".


Le film débute par une très belle scène d'introduction en noir et blanc rappelant "Le viol du vampire" et les vieux films d'horreur, avant d'enchaîner par un générique de toute beauté accompagné par le musique très électrique et psychédélique du groupe Acanthus. Le film contient tous les éléments propres aux films de Rollin, avec de vieux châteaux, de jolies ruines, des cimetières, des vampires, de jolies femmes dénudées portant parfois des voiles transparents, la plage de Pourville lès Dieppe, un style toujours très onirique etc...


Toutefois, même si le rythme est, comme d'habitude, relativement lent, il est ici rythmé par le son des guitares électriques apportant une énergie particulière au long métrage et un côté très psychédélique. Ce côté psychédélique est également accentué par les vêtements des protagonistes et leur look, en général. Le film bénéficie également d'une très belle photographie, avec souvent des couleurs très vives collant parfaitement à cette ambiance très seventies et apportant un côté très baroque.


Comme souvent dans les films de Jean Rollin, la façon de parler des acteurs est très particulière, mais on s'y habitue assez vite et à force, cela a son charme et cela apporte un élément assez amusant au film comme cette scène où les deux cousins parlent à table, chacun parlant tour à tour devant la caméra fixe. L'érotisme est très présent dans le film, mais de façon assez soft et jamais vulgaire.


Au niveau de la distribution, on notera la présence de Marie-Pierre Tricot (Marie-Pierre Castel, surnommée également Pony), l'une des jumelles de son film précédent "La vampire nue". Également présentes dans de nombreux autres films du cinéaste, les jumelles n'ont malheureusement pas pu être réunies ici pour des questions de planning et Cathy a donc dû être remplacée par une autre actrice, Kuelan Herce, une jeune et jolie asiatique. Les autres rôles féminins sont tenus par la très jolie Sandra Julien (Isa), Dominique (Isolde) et Nicole Nancel (Isabelle), toutes apportant un charme non négligeable au film. Au niveau des acteurs masculins, ce sont surtout Michel Delahaye et Jacques Robiolles, qui jouent les deux cousins vampires, que l'on remarque par leur présence et leur physique si particulier.


Le film contient de nombreuses scènes marquantes comme celles, notamment des apparitions de Isolde sortant d'une horloge (c'était la première fois que Jean Rollin abordait ce thème, comme élément de passage vers d'autres mondes) ou encore sortant de la cheminée. La fin du film est assez rythmé et se termine, une fois de plus dans un film du cinéaste, sur sa fameuse plage fétiche.

 

"Le frisson des vampires" est donc une œuvre unique, une expérience étrange, à découvrir absolument!


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29 novembre 2009

Paranormal activity de Oren Peli

paranormalinfraRéalisé par Oren Peli
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 86 minutes
Avec : Katie Featherston (Katie), Micah Sloat (Micah), Amber Armstrong (une voisine), Mark Fredrichs (le médium).


FICHE IMDB

Résumé : Un jeune couple est victime d'un esprit maléfique.

Paranormal activity ou comment s'en mettre plein les poches à partir d'un budget ridicule. Nanti d'un budget de 1500O dollars, Paranormal activity est à base un film fait avec la collaboration d'amis du réalisateur Oren Peli. Bénéficiant d'un incroyable buzz sur le Net, le film a alors eu droit au Etats-Unis d'une sortie en salles. Et des dizaines de millions de dollars ont été rapportées en quelques jours... Voilà pour l'historique du film.

Un succès qui n'est pas sans rappeler celui d'un certain projet Blair witch. Si les deux films ont comme point commun le fait d'avoir été tourné en vidéo « amateur » et d'avoir comme sujet de base une vidéo qui aurait été retrouvé, le parallèle entre ces deux longs métrages s'arrête là.

Car Paranormal activity joue clairement pour sa part dans un registre horrifique très codifié, celui la maison hantée. Et même précisément de l'esprit maléfique.

Si les deux protagonistes principaux du film, Katie et Micah (ils interprètent leurs propres rôles à l'écran) doivent faire face à des événements inexpliqués, c'est avant tout en raison d'un esprit, d'une chose, d'un démon (on ne saura jamais précisément) qui poursuit Katie. Cette dernière a déjà vu sa première maison brûler en raison d'événements étranges. C'est donc cette chose qui la poursuit et en a après elle.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec quelques bouts de ficelle, le réalisateur Oren Peli réussit le tour de force d'intéresser son spectateur. Le moindre dollar qui a été utilisé pour le film se voit à l'écran. Dans le genre utilisation de système, on a trouvé un cinéaste particulièrement intelligent.

Il a d'abord choisi délibérément de diviser son film en différents chapitres qui nous ramènent à différents jours, et principalement différentes soirées, où l'on va assister à la succession de moments pour le moins étranges.

En prenant le parti de nous montrer toujours le couple principal du film et leur environnement de base (la chambre à l'étage qui est toujours ouverte), on a souvent l'impression qu'une menace guette Katie et Micah. En utilisant des ressorts bien connus du fantastique, Paranormal activity fait son effet. Ainsi, on peut tressaillir juste en voyant une porte bouger, en entendant des bruits bizarres, en assistant à l'existence de pas étrangers (après que le jeune Micah ait mis du talc par terre) ou en regardant une ombre non familière.

Plus l'intrigue (qui est réduite à son strict minimum, ce qui n'est pas un mal) avance, plus on comprend que la menace est proche et devient de plus en plus dangereuse pour le jeune couple.

Le film n'est pas sans rappeler un certain L'exorciste avec la vidéo qui nous montre une femme qui est possédée ou avec tout simplement le personnage de Katie qui est amenée à faire des gestes qu'elle ne contrôle pas et dont elle ne se souvient pas. La fin du film est à cet égard symptomatique de cet état de fait. Une fin glaçante et sans concession.

Le crescendo des scènes vaut également le détour. Encore une fois, avec peu de choses le réalisateur obtient un résultat très probant. On reste interloqué en voyant une photo de Katie jeune, que son petit ami Micah aura récupéré dans un grenier. Car cette photo, Katie est censée avoir brûlée dans le premier appartement de Katie...

La part de mystère qui entoure tout cela donne une vraie tension au métrage. Dans le même ordre d'idée, on appréciera l'existence de la planche de ouija qui se met à fonctionner toute seule, une fois que le couple n'est plus là. Et voir la planche de ouija se mettre à brûler amène également le spectateur à s'interroger.

Pour autant, Paranormal activity n'est pas le film du siècle. Son micro budget s'en ressent tout de même. Ce huis clos est appréciable dans l'ensemble, mais les scènes sont tout de même bien redondantes. Mais surtout, dans la mesure où ce film joue clairement sur un effet de surprise, il semble qu'à la revoyure, il aura perdu une grande partie de son intérêt.

Cela dit, Paranormal activity reste un film d'horreur demeure un film d'horreur plus que correct qui joue le jeu du film sérieux et qui est relativement crédible (malgré les choses incroyables qu'il tente de nous faire croire !) grâce à des effets astucieux et au jeu très naturel de ses acteurs principaux. Voilà le parfait film à voir seul le soir !

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22 novembre 2009

Parle avec elle de Pedro Almodovar

Parle_avec_elle Réalisé par Pedro Almodovar
Titre original : Hable con ella
Titre international : Talk to her
Année : 2002
Origine : Espagne
Durée : 112 minutes
Avec : Javier Camara, Leonor Watling, Dario Grandinetti, Rosario Flores, Manola Fuentes, Geraldine Chaplin,...

Fiche IMDB

Résumé : Un rideau avec des roses couleur saumon et de grandes franges dorées s’ouvre sur un spectacle de Pina Bausch, "Café Müller". Parmi les spectateurs, deux hommes sont assis, l’un à côté de l’autre. Ils ne se connaissent pas. C’est Benigno, un jeune infirmier et Marco, un écrivain d’une quarantaine d’année. Sur la scène jonchée de chaises et de tables en bois, deux femmes, les yeux fermés et les bras tendus se déplacent au rythme de la musique de "The Fairy Queen" de Henry Purcell. Le spectacle est si émouvant que Marco éclate en sanglots. Benigno voit les larmes de son voisin dans l’obscurité des fauteuils d’orchestre. Il aimerait pouvoir lui dire que lui aussi est très ému par le spectacle, mais il n’ose pas.


Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d'avoir visionné le film avant d'en entreprendre la lecture.

Quatorzième long métrage du grand cinéaste espagnol Pedro Almodovar, Parle avec elle, tourné en 2002 juste après le bouleversant Tout sur ma mère (1999), est peut-être le film le plus achevé de son auteur à ce jour.

Le film s’ouvre sur un spectacle de la célèbre danseuse Pina Bausch (récemment disparue), Café Müller, dans lequel deux femmes (dont Pina Bausch) effectuent, sur la musique d’Henry Purcell The fairy queen et dans un décor épuré, une danse complexe qui les oppose et les fait fusionner en même temps, sans qu’elles ne se croisent, malgré l’arrivée d’un homme triste qui pourrait faire le lien entre elles. La performance se déroule sous les regards émus de deux hommes ne se connaissant pas mais assis côte à côte, Benigno (Javier Camara, superbe) et Marco (Dario Grandinetti, tout en retenue) qui vont devenir les principaux protagonistes de Parle avec elle. Benigno, dans l’obscurité, voit les larmes de Marco couler devant la puissance évocatrice du spectacle.

Cette magistrale séquence expose d’entrée les sujets qu’Almodovar va développer dans le film : l’importance du regard et de la parole et la toute-puissance de l’art, tout en présentant au spectateur les deux héros.

Par la suite, le cinéaste ibérique va se servir des éléments donnés par la scène d’ouverture pour entraîner le spectateur dans une étude minutieuse de la passion, de l’amitié et de la transmission, sans avoir recours aux excentricités qui étaient sa marque de fabrique au début de sa carrière. Seules quelques réminiscences de cette première période demeurent, comme les personnages hauts en couleurs de l’ex-fiancée junkie de Marco (jouée par la belle Elena Anaya) ou de la sœur bigote de Lydia, mais s’intègrent admirablement à l’ensemble. Almodovar traite également, comme à son habitude (voir son superbe Matador qu’il a réalisé en 1986), des rapports entre l’amour et la mort.

Plus retenu, plus épuré, Parle avec elle n’en demeure pas moins extrêmement audacieux et se révèle d’autant plus bouleversant. C’est un film simple et complexe à la fois, dans lequel Almodovar semble suivre une trame linéaire de mélodrame pour mieux la déstructurer et la faire renaître de ses cendres. Tout ce qu’Almodovar montre semble pourtant aller de soi, alors que le cinéaste a écrit un scénario très riche avec de nombreuses parts d’ombres.

Surtout, Almodovar aime profondément ses personnages, quels que soient leurs qualités ou leurs défauts et livre ici un magnifique quatuor de personnages, deux hommes (Benigno et Marco, déjà cités) et les deux femmes qu’ils aiment ou croient aimer : la jeune danseuse Alicia (interprétée par la sublime Leonor Watling) et la torera Lydia (jouée par la fougueuse Rosario Flores). Alors que le cinéaste espagnol excelle d’habitude dans les portraits de femmes (voir encore récemment Volver en 2006 ou Etreintes brisées en 2009, son dernier film à ce jour) et les interactions entre elles (comme dans Femmes au bord de la crise de nerfs en 1988 ou Tout sur ma mère en 1999), il s’intéresse dans Parle avec elle aux hommes (comme dans son film suivant, le sombre La mauvaise éducation qui date de 2004) et à leurs rapports parfois déroutants avec les femmes, d’autant qu’Alicia et Lydia sont dans le coma et ne peuvent donc leur répondre.

Tout dans Parle avec elle commence par le regard : c’est en premier lieu le regard bouleversé de Marco sur la performance de Pina Bausch et le regard ému de Benigno sur Marco, dans la scène d’ouverture déjà décrite.

C’est ensuite le regard de Marco sur Lydia : en effet Marco découvre la torera Lydia à la télévision, dans un talk show où l’animatrice s’évertue à humilier celle-ci. Le spectateur sait au moment de cette scène qu’il va se passer quelque chose entre Lydia et Marco. Peut-être de l’amour, peut-être autre chose, mais il est sûr qu’un lien va se former entre ces deux personnages.

C’est aussi le regard de Benigno sur Alicia : Benigno, étouffé par une mère possessive (mais bientôt délivré), découvre par sa fenêtre Alicia qui suit un cours de danse dans la salle qui se trouve en face de son appartement.

Enfin, ce sont les regards furtifs de Marco sur le corps nu et inerte d’Alicia et sur les costumes à corset et serrés de Lydia ; ce sont aussi les regards langoureux de Benigno sur le corps habillé ou nu d’Alicia ; les regards tendres et affectueux entre Benigno et Marco ; le regard rieur d’Alicia à sa sortie du coma sur Marco ; les regards vibrants de Marco et de Lydia sur le magnifique chanteur Caetano Veloso, les regards horrifiés des spectateurs sur Lydia en train de toréer, etc… Et bien entendu le regard plein de tendresse d’Almodovar sur ses personnages et évidemment, pour boucler la boucle, le regard du spectateur sur le film.

Dans Parle avec elle, tous les personnages n’existent qu’à travers le regard des autres. Il peut y avoir des obstacles : les obstacles invisibles dans le spectacle Café Müller de Pina Bausch), la télévision, la fenêtre, le corset de Lydia, le drap blanc et mortuaire qui cache en partie le corps d’Alicia, mais ces obstacles révèlent plus qu’ils n’empêchent le regard, les personnages prenant d’autant plus vie. Sans regard, il n’y aurait d’ailleurs pas de cinéma.

Après le regard, il y a la parole. Le titre du film Parle avec elle (ou Hable con ella en espagnol, qui signifie exactement la même chose) est évocateur de l’importance de la parole dans celui-ci. La parole, tout comme le regard, permet de communiquer. Elle peut être apaisante, affectueuse, aimante ou blessante.

D’ailleurs, Almodovar oppose Benigno et Marco dans l’usage de la parole. Alors que Benigno ne cesse de parler à Alicia qui est dans le coma, tout en lui curant les ongles, en lui faisant sa toilette ou en lui coupant les cheveux, Marco ne peut parler à Lydia elle aussi dans le coma. Quelque chose l’en empêche. Benigno a beau essayé de le convaincre de parler à Lydia car, bien que presque morte, elle pourrait peut-être entendre ses prières, Marco a un blocage et pense que cela ne sert à rien.

C’était pourtant déjà ce manque de communication que Lydia, pas encore dans le coma, lui reprochait : Marco lui parlait de lui, de ses désillusions, de ses amours déçues, mais ne la laissait jamais s’exprimer… Trop égoïste, trop replié sur lui-même, il n’a même pas remarqué le drame qui se jouait entre lui, elle et El Niño, son ex-amant. Et il n’a évidemment pu empêcher dans ces conditions le quasi-suicide de Lydia lors de la corrida.

Pourtant, Marco, celui qui rédige des guides de voyage, est l’intellectuel, tandis que Benigno l’infirmier, plus simple, plus sincère, ne doute pas un seul instant de l’usage de la parole. Et Lydia meurt… Tandis qu’Alicia se réveillera… Almodovar donne donc raison à Benigno…

Cela dit, Marco retrouve au contact de Benigno le goût de vivre, il commence à s’ouvrir au monde, aux malheurs des autres. Ce sont bien le regard (celui de Benigno sur Marco lors du spectacle de Pina Bausch, puis la parole qui finissent par le faire exister aux yeux des spectateurs. Marco, finalement aussi seul que Benigno, découvre l’amitié avec celui-ci.

Dans Parle avec elle, Almodovar décrit deux histoires d’amour : celle qui naît et se termine entre Marco et Lydia et celle, passionnelle, entre Benigno et Alicia. Si la première s’étiole et finit par disparaître en partie à cause du problème de communication de Marco, la seconde attire l’attention par son originalité.

Benigno aime profondément Alicia depuis qu’il l’a vue dans la salle de danse. Il développe pour elle un amour obsessionnel qui le conduit à consulter le père de la jeune fille (qui est psychiatre) et l’amène à se faire engager, après l’accident d’Alicia, comme infirmier permanent auprès d’elle. Il lui raconte tout, comme l’émotion qui l’a envahi lors du spectacle de Pina Bausch et sa rencontre avec Marco… Il lui ramène même une photo dédicacée de Pina Bausch. Comme elle, lors de ses repos, il va regarder des films muets à la cinémathèque…C’est là-bas qu’il découvre un petit film muet, L’amant qui rétrécissait, qu’il va interpréter à sa manière.

Ce petit film dans le film, tourné par Almodovar comme un hommage muet à l’excellent L’homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957), inspiré d’une nouvelle de Richard Matheson, loin de constituer un clin d’œil, va au contraire faire basculer Parle avec elle. En effet, dans L’amant qui rétrécissait, on voit un homme qui, après s’être soumis à une expérience scientifique menée par son épouse (interprétée par la délicieuse Paz Vega), commence à rétrécir. Pour ne pas tourmenter sa femme, il décide de retourner chez sa mère possessive qui le séquestre jusqu’à ce que son épouse vienne le délivrer. Pour la récompenser, il entreprend, maintenant qu’il est devenu minuscule, de la faire jouir en s’introduisant complètement dans son sexe, pendant qu’elle est endormie.

Le parallèle entre ce petit film et la vie de Benigno étouffée par une mère abusive est évident pour le spectateur. En effet, Benigno, rétréci lui aussi par son dévouement à sa mère, se projette dans le héros de L’amant qui rétrécissait et pénètre lui aussi dans le sexe d’Alicia, quitte à disparaître définitivement de la société. Ce rapport physique, qui apparaît aux yeux de Benigno comme innocent, entraîne hélas pour notre héros la grossesse d’Alicia, toujours dans le coma, et son bannissement de la société, pour qui cet acte est un crime odieux alors qu’il est pour Benigno le sommet de sa relation passionnelle avec Alicia. Incarcéré, considéré comme un psychopathe, Benigno, dans un ultime acte d’amour, décide de se suicider afin de rejoindre son amante, alors qu’il ignore (la justice ne veut pas qu’il sache ce qu’il est advenu d’Alicia) que celle-ci a fini par sortir du coma, après avoir donné naissance à un enfant mort-né.

Almodovar n’explique évidemment pas les raisons du réveil d’Alicia après 4 années de coma, mais ce miracle semble bel et bien dû au viol d’Alicia par Benigno, qui a eu l’effet du baiser du Prince sur La belle au bois dormant. Le propos pourrait apparaître scabreux, mais il n’en est rien, grâce au talent du cinéaste.

D’ailleurs, Almodovar se garde bien de montrer le viol d’Alicia dans son coma par Benigno, tout comme il n’a pas montré l’accident qui a plongé Alicia dans le coma, la mort de Lydia, le réveil miraculeux d’Alicia ou encore le suicide de Benigno. Il préfère substituer au viol les images surréalistes de L’amant qui rétrécissait. Par ce moyen, il défend ainsi Benigno en montrant qu’il s’agit pour celui-ci d’un acte d’amour et évite de heurter la sensibilité de certains spectateurs, d’autant plus que ce crime ressuscite Alicia.

Almodovar peut alors aborder le thème de la transmission. Benigno transmet en effet à Marco son amour pour Alicia, même s’il a dû disparaître (Benigno s’est suicidé) dans un ultime acte de générosité. La dernière scène entre Benigno et Marco, au parloir, marque la fusion entre eux par le rapprochement de leurs mains sur le miroir. Cette séquence rappelle la célèbre scène de Persona (1966) d’Ingmar Bergman et a la même fonction fusionnelle. La scène finale, qui marque l’échange de regards et de paroles entre Marco et Alicia devant un nouveau spectacle de Pina Bausch, peut alors se jouer.. Le siège vide entre Marco et Alicia représente l’effacement de Benigno et parachève la transmission de l’amour qu’avait Benigno pour Alicia à Marco. Une nouvelle histoire d’amour entre Alicia et Marco peut alors naître, pansant toutes les plaies et gardant Benigno comme lien invisible. La fusion entre Benigno et Marco est alors totale.

L’amour et la mort sont donc indissociablement liés. L’un ne va pas sans l’autre…Les morts de Lydia puis de Benigno permettent à Marco de trouver l’amour, tandis que l’amour de Benigno pour Alicia a permis de réveiller celle-ci, alors qu’elle était quasiment morte.

Enfin, Parle avec elle est une déclaration d’amour à la toute-puissance de l’art Les deux performances de danse, la sublime chanson mélancolique de Caetano Veloso, les scènes rituelles de corrida, le petit film muet, la superbe partition d’Alberto Iglesia,… sont intégrés magistralement par Almodovar et influent sans cesse sur la destinée des personnages et bien entendu le regard du spectateur. On l’a déjà dit, tout dans Parle avec elle est affaire de regard et c’est bien le regard qui crée l’œuvre d’art et l’émotion. Par ailleurs, le film s'ouvre et se clôt sur un spectacle de danse qui s'offre aussi bien au regard des personnages qu'à celui du spectateur.

Parle avec elle est assurément une œuvre d’art qui garde, comme toute œuvre d’art, une part de mystère. Bouleversant, d’une beauté à couper le souffle et d’une richesse thématique peu commune, c’est l’un des plus beaux films d’Almodovar à ce jour, peut-être même le plus beau.   

Posté par locktal à 09:50 - Drame - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 novembre 2009

The box de Richard Kelly

theboxRéalisé par Richard Kelly
Année : 2009
Durée du film : 115 minutes
Avec : Cameron Diaz (Norma Lewis), James Marsden (Arthur Lewis), Frank Langella (Arlington Steward), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un homme étrange dépose une boîte et fait une proposition à un couple  ; si le couple accepte d'appuyer sur le bouton de la boîte, 2 choses se produiront : une personne qu'ils ne connaissent pas mourra et ils recevront une somme d'un million de dollars.

 

 

Réalisateur très en vue après son premier long métrage daté de 2001, l'excellent Donnie Darko qui bénéficie d'un côté culte bien mérité, Richard Kelly a depuis subi les foudres des critiques avec son second film, Southland tales, présenté en 2006 à Cannes et qui a même dû être remonté.

 

En 2009, Richard Kelly nous revient avec un thriller mâtiné de fantastique qui ne manque pas d'intérêt. The box est une adaptation d'une nouvelle de Richard Matheson (Je suis une légende).

 

Le film part d'un postulat de base qui est déjà fort enthousiasmant : une famille américaine modèle, constituée de Norma Lewis (Cameron Diaz) et Arthur Lewis (James Marsden) et de leur jeune fils doit faire face à des problèmes économiques importants. Un jour, un homme dépose un paquet devant la porte d'entrée des Lewis. Ce paquet contient la boîte qui correspond au titre du film. Le lendemain, madame Lewis reçoit un homme défiguré, qui lui a déposé cette boîte, et qui lui fait une proposition : si elle appuie sur le bouton rouge de la boîte, elle tuera une personne qu'elle ne connaît pas et elle recevra la somme d'un million de dollars.

 

L'entrée en matière du film est vraiment particulièrement bien rendue. L'ambiance est tendue à souhait et le film est d'autant plus prenant que les moindres détails ont été étudiés. Ainsi, le film se déroule à la fin de l'année 1976 et les couleurs assez flashies du film, dues à l'utilisation de filtres, donnent vraiment une impression rétro au film.

 

Le côté thriller du film fonctionne à merveille. Mais on peut voir aussi dans la proposition faite par le mystérieux Arlington Steward une métaphore de notre société. A savoir une société de consommation où l'on n'hésite pas pour de l'argent à mettre au placard des notions morales. Petit à petit, le thriller, qui se suivait sans difficulté, laisse la place au fantastique. Richard Kelly nous livre un film étonnant où il évoque aussi bien le passage d'une dimension à l'autre (on est carrément dans une thématique commune avec Donnie Darko) que le choix qui s'offre à nous, à savoir la destinée ou encore la force qui régit ce monde (Dieu ?). Bref, si les éléments « rationnels » ont complètement disparus et laissent place à de l'étrangeté et du pur fantastique, le film demeure plus que jamais passionnant. Par contre, il faut bien reconnaître que le virage que prend le film ne plaira pas à tout le monde. Il faut accepter de rentrer dans ce très curieux film qui pose beaucoup de questions mais n'apportera au final que peu de réponses. Le film retombera pourtant parfaitement sur ses pattes avec l'explication des meurtres étranges qui nous ont été rapportés au début du film. Car le fantastique est intimement lié au côté thriller du film.

 

Le film The box n'est pas pour autant totalement réussi. Il faut bien reconnaître que Richard Kelly ne réussit pas toujours l'alchimie entre le fantastique et le thriller. Et puis surtout à force de vouloir nous emmener très loin, dans des contrées inconnues, Richard Kelly est proche de perdre le spectateur. Le film donne souvent l'impression d'être insaisissable et certaines scènes s'emboîtent un peu maladroitement.

 

Mais Kelly s'en sort tout de même bien au final, en raison notamment de scènes qui n'auront de cesse de marquer les esprits du spectateur : la scène des portes ou encore le passage d'un monde à l'autre.

 

Peut-être un peu trop référentiel par instants, car The box n'est pas sans rappeler par instants L'invasion des profanateurs de sépultures (avec l'impression que les gens que les personnages principaux cotoient, notamment dans la fameuse scène à la bibliothèque, sont des extraterrestres) ou encore La malédiction de Richard Donner (avec l'enfant de la famille Lewis), le film bénéficie tout de même d'un excellent rythme et d'une histoire assez solide pour captiver de bout en bout.

 

Et puis dans ce film Richard Kelly se révèle un formidable directeur d'acteurs. Frank Langella est incroyable dans le rôle particulièrement marquant d'Arlington Steward. Il fait corps avec ce personnage inquiétant, mystérieux, sorte d'intermédiaire de Dieu qui laisse aux gens la possibilité de faire le bon choix. James Marsden, vu notamment dans la trilogie des X-Men, est particulièrement impliqué dans le film et le spectateur n'a aucun mal à s'identifier à ce père de famille. Mais surtout, l'actrice la plus bluffante est sans nul doute Cameron Diaz. Actrice habituée principalement à des comédies lourdingues où elle s'évertue à montrer son joli minois, Cameron Diaz est transformée dans ce film. On la sent impliquée au plus haut point, elle dispose pour l'occasion d'un jeu d'une grande finesse. Elle fait passer une palette d'émotions et elle n'est jamais en sur-jeu. Elle est toujours très sobre.

 

Superbement filmé (la mise en scène est d'une grande fluidité), disposant d'une distribution très solide, bénéficiant d'une bande son qui se marie merveilleusement avec le film et ayant des thématiques très intéressantes, The box reste un film qui mérite largement d'être vu. On attend avec impatience le prochain film de Richard Kelly. 

Posté par nicofeel à 13:24 - Fantastique & SF - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 novembre 2009

La proposition

propositionRéalisé par Anne Fletcher
Titre original : The proposal
Année : 2009
Durée : 108 minutes
Avec : Sandra Bullock, Ryan Reynolds, etc.

FICHE IMDB

Résumé : Pour éviter d'être renvoyée au Canada, une éditrice particulièrement craint par son entourage décide d'épouser son assistant qui dispose de la nationalité américaine.

Dernier film en date d'Anna Fletcher, La proposition ne laissait pas augurer d'un film très fameux au vu de sa simple bande annonce. Et pourtant, le film vaut plus que ce qu'il est supposé être à la base, une comédie romantique américaine classique comme on en peut en voir toute l'année sur les écrans de cinéma.

La proposition tire parti d'un scénario plutôt bien fait qui permet au film de se rapprocher des comédies américaines des années 50. En voyant le film et notamment cette femme, éditrice qui est crainte de tous et qui a un caractère très fort, on pense immédiatement aux films de George Cukor. Comme dans ceux-ci, la femme est celle qui porte la culotte. C'est elle qui est le sexe dominant pour le coup.

Sandra Bullock, qui ne fait pas toujours preuve d'une grande finesse dans ses choix de carrière et donc dans les films où elle évolue, est pour l'occasion parfaite dans le rôle de cette femme déterminée qui pense avant tout à sa carrière. Sandra Bullock incarne à merveille le personnage de Margaret Tate, qui a tellement fait le ménage autour d'elle, qu'elle n'a plus d'amis et de famille.

Sandra Bullock, qui fait preuve dans le film à la fois d'une grande classe et d'un autoritarisme mais aussi d'une grande sensibilité, prouve à l'occasion qu'elle a une palette de jeu d'actrice plus variée qu'on aurait pu le penser. L'actrice américaine rappelle même par instants une certaine Katharine Hepburn qui jouait des rôles très masculins chez Cukor.

Pour rendre la pareille à Sandra Bullock, on trouve le jeune Ryan Reynolds (âgé de 12 ans de moins que Sandra Bullock), qui est lui aussi une excellente surprise pour ce film. Il est tout à la fois le gendre idéal et l'acteur qui va faire rire le spectateur, étant à la merci de cette femme autoritaire jouée par Sandra Bullock.

Car si le film marche très bien au niveau des situations vécues, c'est en raison du duo d'acteurs principaux qui est d'abord sur le mode du « Je te hais » et qui passe ensuite sur le mode purement romantique avec des scènes vraiment savoureuses.

Si la réalisatrice n'évite pas toujours les lieux communs ou les scènes un peu faciles, dans l'ensemble son film réserve des moments très drôles. Plusieurs scènes sont de ce point de vue remarquables : on pense ainsi à la scène où Sandra Bullock, en pyjama, vient sauver le chien de la maison familiale des griffes d'un oiseau. Et puis on s'amuse beaucoup de la scène où les deux principaux protagonistes se retrouvent nez à nez, en étant l'un et l'autre nus. Remarquez aussi l'excellente scène avec le stripteaseur Ramone, sur la musique Relax de Frankie goes to Hollywood. Même le générique de fin, qu'il ne faut surtout pas louper, nous réserve un moment très drôle, avec entre autres le fameux Ramone.

De plus, si la réalisatrice Anne Fletcher est loin d'égaler au niveau de sa mise en scène un auteur comme George Cukor, elle arrive tout de même à (légèrement) aborder quelques problèmes qui sont typiques de notre époque. Pêle-mêle on peut citer : l'immigration ; le mariage blanc ; une société qui est de plus en plus individualiste ; une société où la notion du travail est devenue primordiale au détriment d'autres valeurs, telles que la morale ou la famille.

Car rappelons qu'au départ le film La proposition est tout sauf moral. En effet, la proposition  qui justifie le titre du film, arrange nos deux principaux protagonistes : le jeune Andrew Paxton (joué par Ryan Reynolds) est censé épouser sa patronne en échange d'une promotion professionnelle. De son côté en se mariant avec un résident américain, Margaret Tate (Sandra Bullock) évite d'être renvoyée au Canada par le Bureau de l'immigration. Cette proposition amorale n'a évidemment aucun d'autre but que de nous montrer l'évolution des sentiments entre notre duo d'acteurs. La deuxième partie du film insiste d'ailleurs clairement sur le côté romantique du film.

Et puis le film d'Anne Fletcher prône clairement un retour à la source, en insistant sur l'importance de la famille. La cinéaste n'évite pas toujours certaines facilités (notamment les scènes où l'on voit la grand-mère) mais son film est très plaisant à regarder. Il est rempli de bons sentiments qui permettront à tout à chacun de sortir de ce film le sourire aux lèvres. Et rien que pour cela, le film mérite d'être vu.


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03 novembre 2009

Sondages

Chaque mois environ, nous vous proposerons un sondage sur la filmographie d'un réalisateur.
N'hésitez pas dans les commentaires de faire des propositions. Évidemment, faire un sondage sur l'immense filmographie d'un Raoul Walsh ou d'un Roger Corman est impossible. Pensez y !!!!

Résultat du 1er sondage : Parle avec elle élu meilleur film d'Almodovar. Une chronique de ce magnifique film devrait bientôt être rédigée par Loktal.

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30 octobre 2009

500 jours ensemble

ensembleRéalisé par Marc Webb
Année : 2009
Durée : 96 minutes
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel, etc.

FICHE IMDB

Résumé
: Une histoire d'amour tumultueuse qui est finalement à 'limage de la vie, faite de hauts et de bas, et où rien n'est écrit d'avance.

Réalisé par Marc Webb dont c'est le premier long métrage, 500 jours ensemble est une comédie romantique qui ne manque pas d'attrait.
En effet, on est loin des comédies romantiques typiques avec les recettes très largement éculées. Non, ici dès le début du film (il n'y a qu'à voir le propos introductif du film pour s'en convaincre), on comprend que l'histoire d'amour proposée va sortir des sentiers battus. Car la grande force du film de Marc Webb est de poser une vraie réflexion quant aux relations entre hommes et femmes. Le cinéaste ne choisit pas la facilité. Il aurait très bien pu donner au spectateur ce qu'il attend : une histoire d'amour contrariée entre deux êtres qui évidemment finit bien. Eh bien ici rien de tout ça.

D'abord le réalisateur a pris le parti de déstructurer le récit en donnant un film qui suit une logique certaine mais qui n'est pas linéaire. Pendant un bon moment on jongle au sein de ces fameux 500 jours, en passant par exemple d'une journée où les deux personnages principaux ne s'aiment plus (pas) pour revenir sur les premiers jours de la rencontre ou encore sur les moments agréables de la relation. Marc Webb réussit le tour de force de rendre son film passionnant avec non seulement ce récit éclaté mais aussi et surtout avec une vraie réflexion derrière. Le cinéaste rappelle de façon très juste au spectateur que l'on peut soudainement passer de moments très agréables avec la personne aimée (la scène d'IKEA, la scène de la douche ou encore d'autres scènes très intimistes) à des moments beaucoup moins marrants, dans des lieux identiques, qui sont annonciateurs d'une prochaine rupture.

 

Le film est aussi plus globalement une vraie réflexion sur le couple contemporain, avec la crainte de tout un chacun que l'être aimé nous laisse tomber. Avec un vrai esprit critique et une grande justesse de ton, le cinéaste Marc Webb utilise aussi une mise en scène adaptée au propos du film. Ainsi, lorsque le personnage principal est heureux car il « sort » enfin avec la femme qu'il aime, on a droit à une scène quasi surréaliste avec ce personnage qui transmet sa bonne humeur autour de lui et qui se met à danser avec des gens dans la rue. A l'inverse, lorsque le personnage principal traverse un grave moment de doute où il espère encore pouvoir retrouver l'être aimé, le cinéaste utilise de façon très astucieuse le split screen : on assiste à deux scènes vues de deux façons différentes. La scène dans l'écran de gauche représente les attentes avec l'espoir d'une reconquête, la scène de droite représente en revanche ce qui va réellement se passer. Et là forcément c'est moins drôle. Mais bon, le film, en dehors de ses scènes surréalistes et de son scénario éclaté, n'en garde finalement pas moins un certain réalisme dans les rapports qu'il peut y avoir actuellement entre un homme et une femme.

D'ailleurs, là où le film est également réaliste et particulièrement passionnant, c'est par le point de vue qu'il adopte. On a toujours été habitué à voir ces films qui parlent d'amour du point de vue féminin. Or, ici, dès le début et jusqu'à la fin, on aura le point de vue de l'homme. Le cinéaste Marc Webb évite donc toute caricature ou toute facilité et se permet de rappeler une évidence : les hommes sont également capables de tomber amoureux, de croire au grand amour comme certaines femmes.  L'acteur principal est vraiment très bien car il adopte toujours le ton juste, dans le rôle de ce homme transi d'amour pour sa belle, et qui traverse tantôt des périodes de joie, tantôt des périodes de tristesse. Dans la vie, les choses sont plus complexes qu'on ne l'imagine et ce film le rappelle parfaitement.

Et le film n'en conserve pas moins un certain optimisme. Car le propos du film est clair également à ce sujet. Si on perd l'être aimé, c'est peut-être tout simplement parce qu'il ne s'agissait pas de la bonne personne. Le destin va probablement nous permettre de rencontrer une autre personne avec qui cela va mieux marcher.

 

Bénéficiant d'une excellente bande son (où l'on retrouve entre autres les Smiths ou encore l'excellente chanson She's like the wind, interprétée par feu Patrick Swayze) signée Mychael Danna qui rythme parfaitement les sentiments vécus par le principal personnage du film, 500 jours ensemble ne serait sans doute pas aussi réussi sans son couple vedette qui fonctionne très bien. Si Zooey Deschanel est très bien dans le rôle de Summer Finn, cette femme mystérieuse qui demeure difficilement sondable, une mention spéciale serait à donner à l'acteur Joseph Gordon-Levitt qui donne réellement l'impression d'être le personnage qu'il joue, à savoir Tom Hansen.
Alors allez voir ce curieux film qui parle avec un ton juste d'amour et qui pour l'occasion est vraiment original.

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24 octobre 2009

Vaudou

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Vaudou de Jacques Tourneur

Année : 1943

Pays : USA

 

synopsis : Betsy, infirmière, est engagée aux Antilles par Paul Holland, séduisant et richissime planteur, afin de s’occuper de sa femme atteinte d’une maladie inexplicable.

 

Vaudou marque la deuxième collaboration de Tourneur avec le producteur Val Lewton ( après la féline aka « cat people »).

 

S'il est intéressant de se pencher sur Vaudou c'est , bien au-delà de ses qualités cinématographiques évidentes, parce que ce film nous permet de remonter à l'origine même du mot Zombi ( à noter que le titre originel est «  I walk with a zombi », autrement plus parlant et révélateur que le titre français).

 

Les zombi sont effet des créatures liées aux croyances et pratiques vaudou, désignant une personne revenue d'entre les morts : « un fantôme, un mort-vivant », selon la définition de Paul Holland, mettant Betsy en garde contre les croyances locales, la facilité que l'on a à se laisser influencer,  basculer du rationnel à l'irrationnel.

 

Comme à son habitude, Tourneur filme dans un noir et blanc majestueux, magnifiant et renforçant une atmosphère des plus  inquiétante et poétique à la fois. À la beauté exotique et étincelante du jour répond la profondeur de la nuit, inquiétante, retentissant de milles rumeurs et murmures, hantée par le bruit du vent sur les plantations. Si l'image est importante, on ne peut passer sous silence le travail effectué sur le son, véritable acteur dans l'angoisse diffuse distillée par le métrage : rumeur lointaine des tams tams ( tour à tour rumeur languissante ou menaçante), pleurs étouffés, chuchotements, cris, bruit du vent. Une vaste palette sonore est convoquée par Tourneur pour transformer cette ile paradisiaque en cauchemar éveillé. Le film ne semble devoir jouer que sur les espaces « entre deux », les oppositions, les contrastes, à l'instar des films expressionnistes allemand. Il suffit de voir la scène où Betsy rencontre Jessica Holland : de nuit, biensûr, Betsy est réveillée par des pleurs. Elle entreprend donc d'aller voir de quoi il s'agit, se risquant dans les vastes couloirs de la demeure baignant dans l'obscurité. Au détour d'un escalier, elle est surprise par une apparition spectrale : Jessica Holland errant sans but telle une somnambule. Cette scène renvoie aussi bien  à l'univers expressionniste qu'à l'univers gothique : la demeure est froide et nimbée                                            d'un manteau d'obscurité qui semble propice à toute forme d'apparition. Jessica Holland erre telle une Ligéia dans des ténèbres éternelles, enfermée dans sa maladie.

 

Tourneur, avec une précision et une finesse sans égale ( sa science de la mise en scène semblant s'effacer totalement derrière son sujet et la qualité de sa photographie) dévoile de manière mesurée et progressive les secrets de l'ile et de la famille Holland. Jessica aurait été victime d'un accès brutale de fièvre dont son état actuel, déclaré incurable par le médecin, est la conséquence. Mais la situation se complique pour Betsy, véritable détective décidé à tout mettre en œuvre pour guérir sa patiente, apprend qu'existait une liaison entre Wesley Rand ( demi frère de Paul Holland) et Jessica. Une rumeur locale défini même l'état actuel de Jessica comme une punition de son mari.

 

Le rationnel et l'irrationnel commencent alors à s'emmêler, révélant la finesse de la mise en scène de Tourneur, qui peu à peu distille le doute.

 

Commence alors ce jeu des opposés, des contrastes, à plusieurs niveaux : le jour clairement opposé à la nuit, le rationnel mis à mal par l'irrationnel, le tangible par la suggestion, la réalité par le fantasme, la religion catholique et le Vaudou, et pour finir, le conscient et l'inconscient, le vivant et la mort.

 

Le film traite de tout cela, ou plutôt il ne fait qu'ébaucher des pistes, laissant subtilement au spectateur le soin de faire le reste, d'imaginer et fantasmer lui aussi.

Le rationnel, dans le film, serait clairement identifié en la personne de Paul Holland refusant catégoriquement toute explications provenant de croyances locales ( faut il y voir une résurgence de l'esprit colonialiste, Holland étant lui-même propriétaire d'une plantation de canne à sucre, ayant à son service des descendants d'esclaves ?). De  plus, le père de celui-ci, Mrs Rand, s'est remariée avec un missionnaire : le poids de la religion et de l'éducation ( il a étudié dans une université anglaise) le prédisposent à un esprit rationnel, ce qui n'est pas le cas de son demi-frère dont l'alcoolisme semble avoir émoussé les facultés. Holland, tout en connaissant les croyances locales les repoussent avec force, comme il repousse l'attachement de Betsy. L'irrationnel est « personnalisé » par la culture locale, et plus précisément les croyances liées aux pratiques Vaudou. Propres aux indigènes, elles semblent toutefois inquiéter une partie de la famille Holland, et troubler même le rationalisme de Betsy.

 

Jessica, à elle seule, semble symboliser cet espace entre les vivants et les morts, l'éveil et le sommeil évoquant par sa maladie et son comportement l'univers onirique souligné à chacune de ces apparitions par la photographie et la mise en scène de Tourneur, suggérant plus qu'il ne montre.

 

La figure du zombi, bien éloignée de nos images contemporaines décharnées, putréfiées et proprement repoussantes, est au contraire ici sobrement et sombrement poétique. Leurs corps se meuvent comme dépourvus d'âme, de but, sans bruit, tels des fantômes, des somnambules inquiétants par leur froideur et la ressemblance qu'ils entretiennent encore avec le vivant. Carrefour, gardien des sentiers et chemins, en est un parfait exemple : sa vaste silhouette menaçante se découpe au sein des plantations, sans toutefois qu'il émette le moindre son, ni n'esquisse le moindre geste à sa première apparition : son regard même ( les yeux sont révulsés) est absent, et pourtant sa simple présence distille une tension sourde mais palpable.

 

Tourneur, semble se livrer avec délectation à une démonstration : montrer comment s'opère le glissement du rationnel vers l'irrationnel, de la raison vers la folie; pour cela il choisi un espace clos, purement cinématographique et propice à la perte de repère : une ile éloignée, aux coutumes déstabilisantes et inconnues par l'héroïne ( notre référente), et l'enferme dans une logique, un jeu d'opposition où cette dernière fini par perdre pied.

 

Le choix de la culture Vaudou n'est certainement pas un hasard non plus : propice aux fantasmes de tous crins ( l'asservissement d'un individu à distance par envoûtement, le réveil des morts pour en faire des esclaves : nos fameux zombis), le vaudou est aussi vécu comme la résurgence de quelques croyances renvoyant aux fantasmes les plus archaïques qui soient : transes extatiques, sang d'animaux versé, offrandes aux dieux, possession, danses et rituels magiques confinant à la manie obsessionnelle.) Un univers purement cinématographique, là encore, et propice au dérèglement des sens comme l'avouera Mrs Rand qui s'est surprise à prendre la parole au cours d'un de ses rituels, réclamant au nom du dieu Vaudou la mort de sa belle fille dont le départ menaçait le couple de son fils.

 

La force de suggestion aidant, Mrs Rand est persuadée d'être la cause de la maladie de Jessica et de l'avoir tué, tandis, que de son côté, Paul Holland craint d'être également la cause de la maladie de sa femme pour l'avoir menacée si elle le quittait. On le voit, les forces inconscientes en jeu sont ici évidentes, bien qu'archaïques : la crainte de voir que son désir, même refoulé ai pu provoquer la maladie de Jessica.

 

La suggestion, plus qu'un simple artifice cinématographique semble être l'un des ressorts principaux de l'histoire : suggestion du malaise lié à l'environnement lui-même, influence inconsciente des croyances locales devant l'incompréhension de la médecine pour le cas de Jessica Holland, influence de la nuit et des nombreux bruits dont elle se fait l'écho. Tourneur, quand à lui ne donne aucune explication, mais suggère en ouvrant des pistes. L'utilisation et l'importance du hors champ montrent à quel point la suggestion est importante.

 

Chacun des protagonistes ayant des choses à se reprocher ou à cacher, l'intrigue prend alors une consonance psychanalytique, alors même que Tourneur évite toute forme d'explication. Cette suggestion, que Freud voyait en œuvre dans l'hypnose, pourrait expliquer le pouvoir du vaudou, et par extension expliquer l'état de zombi, dont le comportement est si proche d'une personne sous hypnose : voyant sa volonté réduite, la personne va devenir « esclave » de la volonté d'un tiers.

 

Plus que des mort-vivants, les zombis de Vaudou sont avant tout des êtres privés de leur volonté.

 

 

 

Ce film de Tourneur, pour sa beauté plastique et son ambiance, est à (re)découvrir d'urgence.

Posté par peepingtom21 à 12:10 - Fantastique & SF - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 octobre 2009

Calvaire de Fabrice du Welz

calvaireRéalisé par Fabrice du Welz
Année : 2005
Origine : Belgique, France, Luxembourg
Durée : 1h34
Avec : Laurent Lucas,  Jackie Berroyer, Phillipe Nahon, Brigitte Lahaie, Jean-luc Couchard, Alfred David

Fiche IMDB

Résumé :

Marc Stevens est un chanteur itinérant. Après avoir donné un spectacle dans une maison de retraite, il continue son voyage mais tombe en panne sur le chemin. Il arrive dans une ancienne auberge et fait la connaissance de M. Bartel. Fort accueillant, le vieil homme le somme de rester pour passer quelques jours en sa compagnie le temps de réparer sa camionnette. Le vieil homme va alors se dévoiler comme étant un maniaque perturbé par la disparition de sa femme…

Sorti en 2004, "Calvaire", premier long métrage du réalisateur belge Fabrice du Welz, est un "survival" vraiment atypique. En effet, tout au long du film, on est à la lisière du fantastique grâce à des personnages très bizarres, un environnement semblant être en dehors du monde réel et des situations très particulières.

Au début du film, on découvre le protagoniste principal du film, un chanteur itinérant très "professionnel", Marc Stevens, magnifiquement interprété par Laurent Lucas, donnant un concert dans un hospice, habillé d'une grande cape lui donnant une allure de vampire à l'ancienne et dès le début, l'ambiance est assez étrange, avec ces deux femmes éprises de lui, une vieille dame très énigmatique lui faisant des avances maladroites et mademoiselle Vicky, l'infirmière, jouée par Brigitte Lahaie, qui en venant le payer pour sa représentation, lui fait une déclaration fort touchante. Le film va alors peu à peu basculer dans un autre monde peuplée de personnages tous plus étranges les uns que les autres... Sur la route vers une autre représentation, Marc Stevens va tomber en panne avec sa camionnette au milieu d'une forêt. Il va alors croiser Boris un personnage simplet cherchant sa chienne en pleine nuit et qui l'accompagnera à l'auberge la plus proche tenue par un certain Bartel, joué par Jackie Berroyer. Bartel, aux premiers abords, très sympathique, va peu à peu s'avérer être un dangereux maniaco-dépressif très perturbé par le départ de sa femme Gloria. Il va alors séquestrer Marc en l'identifiant à sa femme, l'habillant, le nourrissant ou le baladant comme une poupée. Jackie Berroyer est vraiment fabuleux dans ce rôle, à la fois touchant et inquiétant.



Autres personnages particulièrement bizarres, les autres villageois de ce coin paumé (que des hommes!), menés par un Philippe Nahon toujours très convaincant. A noter aussi, parmi les villageois, l'excellente interprétation de Jo Prestia. Le film sera parsemé de scènes bien étranges comme ces enfants, tous vêtus de rouges, croisés au milieu de la forêt ou encore la scène du bar où les villageois se mettent à danser comme des pingouins après le départ de Bartel.

La violence dans "Calvaire" est présente et dérangeante, mais rarement frontale, elle est le plus souvent hors champ. Le métrage est assez déviant, montrant notamment, les villageois comme étant zoophiles et violeurs. La musique est quasiment absente, mais le son joue un rôle très important surtout lors des scènes dans la forêt. Les seules musiques présentes sont la chanson de Marc Stevens et le morceau joué au piano dans le bar, mais celles-ci sont assez marquantes et restent dans notre mémoire tout au long du métrage. La photographie de Benoît Debie est splendide avec un jeu de couleurs essentiellement basé sur les rouges, verts et marron, dans des teintes le plus souvent assez ternes.

Dans l'ensemble, le film est assez sombre, mais lors des scènes de jours, la clarté est très vive créant un contraste intéressant. La réalisation est très soignée et très travaillée, avec des plans assez incroyables. Fabrice du Welz est de toute évidence un passionné de films de genre et il n’hésite pas à rendre ici hommage à certains de ses films préférés comme « Psychose » ou « Massacre à la tronçonneuse » avec en particulier cette très belle scène du repas… La fin du film est très onirique et très troublante. Un petit conseil, allez jusqu'à la fin du générique !

Pour un premier film, "Calvaire" est une vraie réussite, un film troublant et dérangeant qui ne devrait pas vous laisser indifférent... Fabrice du Welz est un réalisateur fort talentueux et il le confirmera par la suite avec le très beau « Vinyan ».

Posté par flo001fg à 10:36 - Horreur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 octobre 2009

Diary of the dead de George A. Romero

Diary_of_the_dead Réalisé par George A. Romero
Titre original : Diary of the dead
Année : 2007
Origine : Etats-Unis
Durée : 1995
Avec : Michelle Morgan, Joshua Close, Shawn Roberts, Amy Ciupak Lalonde, Joe Dinicol, Scott Wentworth, Philip Riccio, Chris Violette, Tatiana Maslany, Todd Schroeder,...


Fiche IMDB

Résumé : Des étudiants en cinéma tournent dans une forêt, un film d’horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé...


Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d'avoir visionné le film avant de lire cet avis.

Cinquième volet de la saga réalisé en 2007 par le cinéaste américain George A. Romero sur  les morts-vivants, après les impressionnants La nuit des morts-vivants (1968), Zombie (1979), Le jour des morts-vivants (1985) et Land of the dead (2005), Diary of the dead, comme son nom l'indique, se présente sous la forme d'un journal vidéo filmé, combinant plusieurs sources d'images censées être montées par les héros du film Jason Creed, joué par Joshua Close, et sa copine Debra Moynihan (dite Deb), interprétée par la charmante Michelle Morgan.

Le début du film est un reportage dans lequel une journaliste commente le meurtre d'un couple d'immigrés, lorsque soudain ceux-ci se relèvent, attaquent violemment et finissent par tuer les policiers, les ambulanciers et même la journaliste, en les dévorant. Romero introduit donc son thème favori, les morts-vivants, en critiquant déjà la médiatisation à outrance d'un fait divers impliquant par ailleurs des étrangers (qui sont plus mal vus depuis les attaques terroristes) et en punissant ironiquement la coupable.

Le spectateur fait ensuite connaissance avec les principaux protagonistes du film : une bande d'étudiants en cinéma (parmi lesquels les deux héros, Jason Creed et sa copine Debra essayant de réaliser un film d'épouvante avec une momie, hommage évident au classique de Karl Freund avec le grand Boris Karloff, La momie (1932).

Romero en profite pour se moquer gentiment des codes du film d'horreur, à la façon du célèbre Scream (1995) de Wes Craven, notamment du statut réservé aux jolies victimes féminines qui passent leur temps à fuir dans la gueule du loup en déchirant leurs vêtements et en exhibant leurs poitrines, scène à laquelle fera écho une autre scène à la fin du film où la belle actrice blonde Tracy Thurman (interpétée par Amy Ciupak Lalonde, qui jouait la victime de la momie dans le film amateur des étudiants, fuyant un mort-vivant bien réel, se réfugiera dans les bois en déchirant sa robe et en montrant ses seins par inadvertance !

Mais surtout Romero, par le biais de l'apprenti cinéaste Jason Creed qui demande à l'acteur jouant la momie de se déplacer moins rapidement, se réapproprie au passage la figure du mort-vivant telle qu'il l'avait définie dans son film fondateur La nuit des morts-vivants, figure qui avait été bien malmenée depuis les films (par ailleurs plutôt intéressants) 28 jours plus tard (2002) de Danny Boyle et le propre remake du film de Romero, Zombie, L'armée des morts (2004) de Zack Snyder, dans lesquels les zombies étaient ultra-rapides et dépouillés de leur résonance politico-sociale pour devenir de simples assaillants lambdas.

Si Diary of the dead semble au départ suivre la mode initiée par le célèbre Le projet Blair witch (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez (déjà inspiré par le très culte Cannibal holocaust de Ruggero Deodato, qui date de 1980), métrage censé être filmé par ses protagonistes, et poursuivie par d'autres films d'épouvante comme les excellents [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza, qui date de 2007 (la même année que Diary of the dead), Cloverfiled (2008) de Matt Reeves ou encore plus récemment le début du passionnant District 9 (2009) de Neill Blomkamp, la démarche de Romero, loin de se réduire à un effet de style comme dans la plupart des films cités précédemment, se justifie ici pleinement.

En effet, Romero utilise la forme du journal vidéo pour dénoncer sans détour les dérives de la médiatisation et de l'information. Au départ, Jason Creed, qui a des ambitions de documentariste (comme Romero à ses débuts, d'ailleurs la forme de son premier film, La nuit des morts-vivants, se rapproche fortement du documentaire), puis sa fiancée Debra, veulent filmer la prolifération inexpliquée des morts-vivants pour en informer le monde.

Mais le spectateur se rend bien compte qu'au fur et à mesure, Jason se laisse parasiter par le goût du sensationnalisme qui finit par obstruer sa capacité de jugement, au point de mettre en danger son équipe (comme dans la scène où il refuse de porter secours à Tracy, poursuivie par Ridley [joué par Philip Riccio], qui avait déjà endossé le rôle de la momie du film amateur, mais maintenant devenu zombie réel ;  pour pouvoir simplement filmer la séquence).

Car finalement, les ambitions artistiques de départ affichées par Jason ne pèsent plus face à l'envie de reconnaissance à tout prix qu'il cherche. Dès que celui-ci a mis en boîte une séquence, il l'envoie immédiatement sur Internet et surveille les téléchargements, exultant lorsque le nombre de téléchargement par les internautes se révèle important.

Jason a beau vouloir dire la vérité aux gens (mais peut-on dire la vérité en filmant alors qu'on se réfugie derrière une caméra ?), ses vidéos se perdent dans le réseau au milieu des autres. Comme le constate justement Debra, chacun veut donner sa vérité des choses, mais il y autant de vérités (ou de mensonges) que de vidéos envoyées sur le réseau, d'autant que souvent cette soi-disant vérité des choses est déformée par la recherche de sensationnalisme et par l'objectif de la caméra. D'ailleurs, il n'existe pas de vérité objective : toute « vérité » peut donc être également considérée comme un mensonge.

En outre, l'image enregistrée par la caméra n'est pas en elle-même le reflet de la réalité, mais plutôt le reflet de la pensée de celui qui l'a créée. « Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image », disait Jean-Luc Godard.

Dans un monde saturé d'images de toute sorte (télévision, Internet, publicités, home movies,... ), l'information finit par se diluer dans la masse et par perdre toute signification, tout poids. Trop d'information tue l'information, semble vouloir dire Romero...

De ce point de vue, Diary of the dead se rapproche du sublime Redacted de Brian De Palma, tourné la même année 2007. Les deux cinéastes font le même constat de la dictature de l'image, qui semble désormais la seule réalité aux yeux des hommes, alors qu'elle est très facilement manipulable, voire falsifiable.

Dans ces conditions, la scène finale du film dans laquelle on voit des images d'hommes en train de détruire de manière extrêmement sadique et juste pour le plaisir une morte-vivante (images censées être diffusées par ces mêmes hommes sur Internet) est d'une rare cruauté et se conclut sur une question fondamentale posée en voix off par Debra : l'humanité mérite-t-elle d'être sauvée ?

Car Romero, comme dans les autres opus de sa saga, considère ces morts-vivants comme le reflet de nous-même, les fantômes de nos peurs (peur du terrorisme, peur de l'autre,... ) qui finissent par littéralement nous dévorer. Ils sont comme un châtiment, une punition divine. Il sont aussi les signes d'une humanité qui court à sa perte. La scène où le professeur Brody (interprété par un très convaincant Todd Schroeder) a du mal à regarder son reflet dans le miroir est très significative à cet égard, d'autant qu'elle est directement raccordée à la séquence finale du film déjà citée. Ce sont bien les hommes eux-mêmes qui sont la cause du désastre.

Doté d'un budget assez limité, Diary of the dead utilise remarquablement ses décors minimalistes et ternes pour distiller une atmosphère désespérée, d'une insondable tristesse. L'extérieur semble ne pas exister autrement que par le biais des images reçues continuellement sur le Net, accentuant ainsi la sensation d'isolement des protagonistes. Romero parvient à créer un véritable suspense malgré les contraintes qu'il s'est fixées (le métrage est en effet censé être filmé par les personnages), notamment par l'insertion d'images provenant de caméras de surveillance et une utilisation efficace du hors-champ.

A ce titre, la remarquable séquence de l'hôpital, ludique et terrifiante à la fois, est un modèle de mise en scène : le spectateur, en position subjective (il ne voit que ce que voit la caméra de Jason, puisque la majeure partie du film de Romero est le film de Jason), sait que la caméra de Jason, qui veut tout filmer, a des problèmes de batterie : l'image ne cesse d'être coupée par intermittence. Il faut donc recharger la batterie et pour cela poser la caméra au sol et la brancher au courant du secteur ! Pendant ce temps, nous entendons Debra, qui est donc à ce moment hors-champ par la force des choses (puisqu'elle est allée explorer le lieu et que la caméra ne peut bouger du sol), pousser des cris et revenir ensuite, ensanglantée, dans le champ, armée elle-aussi d'une autre caméra trouvée dans l'hôpital. Filmée par la caméra de Jason toujours immobilisée au sol, Debra braque l'autre caméra sur lui, lui demandant ironiquement ce que cela fait d'avoir une caméra braquée constamment sur lui, puis elle lui fait ensuite remarquer qu'il a tout raté et lui demande s'il a besoin qu'elle repousse le cri qu'elle a poussé hors-champ pour son film (qui dot selon Jason retranscrire la réalité !), alors qu'elle était semble-t-il agressée par un zombie. Le spectateur, la voyant ensanglantée, est même amené à s'interroger sur la contamination ou non de Debra : le hors-champ, utilisé à des fins purement techniques (car en effet la caméra doit être rechargée) pour les protagonistes du film mais évidemment utilisé par Romero à des fins dramatiques, crée donc un véritable suspense. Debra repousse donc un faux cri devant la caméra de Jason, puis un autre cri, bien réel cette fois, lorsqu'arrive dans l'arrière-plan un nouveau mort-vivant qui se réveille ! Romero, de manière très ludique, s'amuse dans cette scène de la difficulté de démêler le vrai et le faux dans une image et continue d'inviter le spectateur à se méfier des images.

Tous les personnages paraissent dépasser par les évènements, formant des groupes distincts et ne se mélangeant pas, à l'exception du savoureux personnage de l'Amish sourd-muet qui acceptera d'aider sans rien demander en retour le groupe d'étudiants en cinéma, mais ce geste lui coûtera la vie.

Seul le personnage du professeur Brody, déjà cité, semble d'une certaine lucidité, prenant du recul par rapport aux évènements (à la différence des jeunes étudiants en cinéma qui font équipe avec lui) et n'ayant pas une vision de la violence formatée par les flux ininterrompus d'images diffusés constamment dans les médias. Volontiers cynique, il finira cependant par retrouver des instincts primitifs de survie et par prendre les armes (plutôt primitives par ailleurs, puisqu'il utilisera notamment un arc et un sabre).

Le personnage de Debra est aussi très intéressant, car il évolue progressivement au cours du film pour finir par devenir le porte-parole de Romero. En effet, si Debra ne se différencie pas au départ de ses amis étudiants, elle essaie de raisonner Jason tout au long du métrage et semble prendre plus de recul sur les choses au fur et à mesure. N'oublions par que c'est Debra qui pose la question finale sur l'avenir de l'humanité...

Mais cette vision pessimiste de l'humanité n'exclut pas une certaine poésie morbide : on peut citer par exemple la scène presque surréaliste dans laquelle l'un des personnages, Ridley, a placé les membres de sa famille devenus morts-vivants dans sa piscine, les faisant ressembler à des sortes de méduses.

Enfin, ce cinquième volet de la saga de Romero sur les morts-vivants est tout à fait cohérent avec les quatre autres opus. A chaque fois, Romero en profite pour aborder une thématique politique ou sociale, dressant ainsi un panorama passionnant de la société et de ses dérives. La nuit des morts-vivants (1968), par son côté brut et quasi-documentaire, est un film fondateur et mettait en cause l'individualisme de chacun, où Romero constatait que la mésentente entre les hommes aboutissait souvent à un désastre, tandis qu'il condamnait certains côtés fascistes de la société qui ne demandaient qu'à exploser. Zombie, en 1979, avait pour cible la société de consommation. Le jour des morts-vivants en 1985 critiquait fortement une certaine politique militaire. Enfin, Land of the dead en 2005 traitait du pouvoir politique et de ses manipulations, comme un cri lancé à George W. Bush, alors président des Etats-Unis.

Diary of the dead se situe donc bien dans la continuité des quatre films précédents en abordant frontalement la dictature de l'image et des médias. Romero continue de porter un regard critique sur la société actuelle, tout en n'oubliant pas de livrer un vrai film d'épouvante tendu et efficace qui peut être apprécié au premier degré. Le cinéaste a annoncé qu'il n'en avait pas encore fini avec ses zombies et est actuellement en train de tourner un sixième opus à sa célèbre saga.

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