Déjantés du ciné

18 février 2018

Les déjantés du ciné fêtent leurs 10 ans : le top de nos films préférés !

En ce mois de février 2018, le blog Les déjantés du ciné fête ses 10 ans d'existence. Eh oui, déjà ! De manière exceptionnelle, c'est l'occasion pour ses trois membres fondateurs de vous révéler leurs 5 films préférés durant cette période, et de vous donner envie de les voir !

1) Le top 5 des films préférés de Locktal de 2008 à 2017 :

affichevincereVincere (Marco Bellocchio, 2009, Italie)

C’est sans doute l’un des plus grands films de Marco Bellocchio, qui traite comme à son habitude de l’aliénation de l’individu par les institutions sociales, thème ici porté à incandescence. Vincere (« vaincre » en italien) est un véritable maelström d’images, un tourbillon d’émotions qui multiplie les audaces stylistiques, sonore et visuelles, dont le spectateur ressort ébahi et vidé. L’interprétation de Giovanna Mezzogiorno dans le rôle d’Ida Dalser (la maîtresse de Mussolini) est magnifique, de même que celle de Filipo Timi dans le rôle de Mussolini, tous les deux sublimés par la mise en scène opératique et lyrique de Bellocchio et la puissante bande-son de Carlo Crivelli. Intense et bouleversant.

 

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (Apichatpong Weerasethakul, 2010, Thaïlande)

Weerasethakul offre un poème hypnotique qui prend (comme dans la plupart des autres films du cinéaste thaïlandais) racine dans cette jungle mystérieuse, belle et effrayante à la fois, où tout est possible : l’apparition des fantômes, la métamorphose des humains en animaux, la réincarnation,… Le fantastique est quotidien, il guette au détour d’un arbre, d’une branche, il est naturel : la frontière entre le réel et l’imaginaire s’estompe, disparaît… Weerasethakul plonge le spectateur dans un autre monde, merveilleux et spirituel, dans lequel les âmes peuvent transiter, où les princesses peuvent s’accoupler à des poissons, où l’extraordinaire peut se nicher dans les cavités d’une grotte, où les légendes se fondent dans la réalité. Bref, une œuvre fascinante et essentielle.

 

Le cheval de Turin (Béla Tarr, 2011, Hongrie)

Ultime film de Béla Tarr (à moins que celui-ci revienne, on l’espère, sur sa décision), ce film est la quintessence de son style si reconnaissable, composé de très longs plans-séquences très fluides, dans un noir et blanc somptueux et désespéré. Conclusion cohérente et magnifique d’une filmographie unique, Le cheval de Turin plonge ses deux personnages (et les spectateurs), un père infirme et sa fille, dans un univers sinistre et dépouillé, miné par le vent, la solitude et la répétition des mêmes gestes, des mêmes rituels quotidiens… Un monde qui court à sa perte, où tout espoir est balayé, où la vie elle-même n’est que souffrance et où la mort est peut-être une délivrance. Un monde d’une tristesse infinie, dont la fin est inexorable, qui sombre progressivement dans les ténèbres. Magistral !

 

affichemelancholiaMelancholia (Lars Von Trier, 2011, Danemark)

Film de fin du monde particulièrement puissant, Melancholia est sans aucun doute l’une des œuvres les plus accomplies de Lars Von Trier. Scindé en deux parties qui sont consacrées à chacune des deux héroïnes (Justine, magnifiquement interprétée par Kirsten Dunst, atteinte de mélancolie ; et sa sœur Claire, jouée par une sublime Charlotte Gainsbourg, plus ancrée dans la réalité), le film dévoile progressivement les vérités de chacun, vivant dans un monde de plus en plus factice et prenant conscience de son vide existentiel. Visuellement splendide, Melancholia est un lent requiem, un poème fulgurant qui se clôt sur une image absolument bouleversante qui hantera encore longtemps le spectateur après la projection.

 

The tree of life (Terrence Malick, 2011, Etats-Unis)

Cinquième film de Terrence Malick, The tree of life est aussi l’un de ses plus énigmatiques et de ses plus stupéfiants. Visuellement impressionnant, c’est un poème lyrique d’une ampleur phénoménale (il relie l’infiniment grand à l’infiniment petit), basé avant tout sur le ressenti et l’émotion, sur la captation d’instants. La partie centrale, qui dépeint le monde vu par le regard d’un enfant, touche au sublime : la mise en scène de Malick, par ses mouvements de caméra flottants, ses plans de corps morcelés, parvient à saisir l’indicible, la mémoire, ce qui fait ce qu’on est… The tree of life a également révélé une actrice frémissante, Jessica Chastain, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles. C’est un film ambitieux qui ne plaira pas à tout le monde, mais dont l’audace et la radicalité en font un objet unique absolument fascinant.

2) Le top 5 des films préférés de Nicofeel de 2008 à 2017 :

affichemorseMorse (Tomas Alfredson, 2008)

Morse constitue mon premier choc cinématographique vu dans un festival (au NIFFF, Neuchâtel international fantastic film festival). Le réalisateur Tomas Alfredson revisite de façon pertinente le mythe du vampire. On est bien loin de la figure du vampire séduisant. Au contraire, la condition de vampire est vue comme un véritable fardeau. En effet, elle évoque la solitude et le besoin de tuer des gens pour survivre.
Morse est également un film très intéressant car il raconte l’histoire d’amitié / d’amour entre un jeune garçon, Oskar, maltraité par ses camarades de classe et donc une vampire, Eli, qui a pris les traits d’une jeune fille.
L’originalité du film tient aussi du fait que le vampire est un être ambivalent. Il doit tuer pour rester en vie mais il est dans le même temps l’ange gardien d’Oskar. On songe ainsi à l’inoubliable dernière scène d’action du film, se déroulant sur le célèbre morceau « A flash in the night » du groupe Secret service (1982).
Morse est un drame teinté de fantastique d’une grande sensibilité. On ne peut qu’adhérer.

 

Drive (Nicolas Winding Refn, 2011, États-Unis)

Nicolas Winding Refn aime les films torturés. Il n’y a qu’à voir Only god forgives (2013) ou The neon demon (2016) pour s’en convaincre. Pourtant, avec Drive il réussit miraculeusement à allier sa maestria cinématographique avec des thématiques claires, accessibles au grand public.
Drive pourrait apparaître de prime abord comme un banal polar. L’histoire est simple en apparence avec ce jeune homme, embarqué dans de vilaines combines, qui se transforme du jour au lendemain en justicier prêt à aider la veuve et l’orphelin.
Oui mais voilà Nicolas Winding transcende le matériau de base. On le voit dès le début avec une photographie sublime, avec la ville sous la nuit donnant des impressions de mégalopole infinie. La mise en scène est pour sa part très stylisée et donne le sentiment d’être dans une sorte de rêve éveillé.
Ces images sublimes sont renforcées par la musique planante, très eighties, où l’on retrouve les hits Nightcall de Kavinsky ou encore Under your spell du groupe Desire.
Nicolas Winding Refn n’en oublie pas d’être Nicolas Winding Refn. Drive comporte son lot de scènes (très) violentes qui réservent ce polar urbain à un public averti.
Et puis Drive a révélé Ryan Gosling, dans le rôle du justicier au grand coeur, devenu depuis une star planétaire.
Voilà un polar contemporain de tout premier ordre, à consommer sans modération.

 

Despuès de Lucia (Michel Franco, 2012, Mexique)

Les amateurs de comédie et de romance peuvent passer leur chemin. Le cinéaste mexicain Michel Franco est passionné par les drames, qui passent souvent par des histoires glauques. Heureusement, Despuès de Lucia constitue une œuvre forte et dans le même temps sans doute le film le plus accessible de son auteur.
Le film s’intéresse au personnage d’Alejandra, une jeune fille qui parvient tant bien que mal à faire le deuil de sa mère, Lucia. Arrivée dans un nouveau lycée, elle a du mal à s’acclimater avec ses nouveaux camarades de classe. Loin s’en faut. Lors d’une soirée, elle a une relation intime avec un de ses camarades et celui-ci met la vidéo de ses ébats sur internet. Alejandra devient à son insu une personne indésirable.
Ce long métrage décrit sans ambages les harcèlements par le biais d’internet à l’école. La mise en scène de Michel Franco, privilégiant les plans fixes, rend l’ensemble difficilement soutenable. Surtout que les scènes vont crescendo. La dernière partie du film, digne d’un rape and revenge des années 70, vaut également le détour.
Despuès de Lucia est un drame fort qui laisse le spectateur sous tension.

 

affiche_phoenixPhoenix (Christian Petzold, 2015, Allemagne)

Non, le cinéma allemand n’est pas mort. On l’avait déjà constaté avec l’excellent La vie des autres (2006). Moins d’une décennie plus tard, l’Allemagne peut se targuer d’être la patrie d’un nouveau chef-d’œuvre : Phoenix.
Le réalisateur Christian Petzold fait évoluer ses protagonistes dans une période très sensible pour l’Allemagne : l’après-guerre. A fortiori, « l’héroïne » du film est une juive, rescapée d’Auschwitz.
La première partie narre le difficile retour à la vie pour cette femme. C’est tout un travail de reconstruction qu’elle doit effectuer, tant moral que physique (elle a été défigurée).
Plus encore, c’est la seconde partie du film qui marque durablement le spectateur. En effet, cette femme met tout en oeuvre pour retrouver son mari, alors que celui-ci l’a trahie. Elle espère qu’il lui reviendra.
Phoenix ne cesse de jouer sur les oppositions puisque l’amour sincère côtoie les notions de trahison et de culpabilité. Dans le rôle principal, Nina Hoss est exceptionnelle, notamment lorsqu’elle interprète à la fin le sublime Speak low. On a l’impression que son personnage renaît sur les cendres d’une Allemagne détruite et coupable.
Voilà un très beau drame que n’aurait pas renié Fassbinder.

 

Les gardiennes (Xavier Beauvois, 2017, France)

Xavier Beauvois n’en est pas à son premier film avec Les gardiennes. Il avait déjà été remarqué avec Le petit lieutenant (2005) et Des hommes des dieux (2010). Des films d’ailleurs d’excellente facture.
Mais Les gardiennes est peut-être son film le plus personnel, qui parlera aux spectateurs Français. En effet, il revient sur un pan de notre Histoire qui a durablement marqué les esprits. Les gardiennes se déroule ainsi durant la première guerre mondiale. Au lieu de nous montrer des combats, déjà vus 1000 fois ailleurs, Xavier Beauvois rend hommage à toutes ces femmes, restées à l’arrière du front, qui ont dû continuer à assumer les activités de la ferme.
Si le film peut donner l’impression d’être relativement long, ce n’est nullement le cas. Le réalisateur s’attache à montrer au fil du temps les saisons puis les années de dur labeur pour ces femmes qui ont tout pris en charge pendant l’absence des hommes. Le film est évidemment une dénonciation de la guerre. C’est aussi et surtout un film féministe, narré sous le prisme féminin.
La distribution est sans faille avec notamment Nathalie Baye et Laura Smet, dont le lien-mère-fille se ressent à l’écran.
Voilà un drame fort sur une période importante l’Histoire de France.


3) Le top 5 des films préférés de Peeping Tom de 2008 à 2017 :

afficheessential_killingEssential killing (Jerzy Skolimowski, 2011, Pologne)

Sur une intrigue minimaliste, et en adoptant la forme du film de genre, ici le survival, Skolimowski évoque la guerre en Afghanistan ainsi que le sort réservé par l’armée américaine aux prisonniers soupçonnés de terrorisme.

Essential Killing offre la performance la plus intense de Vincent Gallo, récompensée par le prix du meilleur interprète à la Mostra de Venise en 2010.

Haletant en diable, le métrage est une course folle à l’image de la fuite du personnage principal.

 

Holy motors (Leos Carax, 2012, France)

Proche du film à sketch, l’intrigue de Holy Motors a pour fil conducteur l’étrange Monsieur Oscar (brillamment interprété par Denis Lavant) qui se fond dans divers personnages pour vivre des aventures surréalistes, proches du grotesque.

Dans cet opus, Léos Carax fait étalage de ses talents de conteur et de metteur en scène pour une mise en abyme du cinéma réjouissante.

Si la complicité entre le réalisateur et son acteur fétiche n’est pas nouvelle, elle semble atteindre ici son apogée, Denis Lavant se glissant avec un plaisir non feint dans la peau de personnages improbables.

 

Le cheval de Turin (Bela Tarr, 2012, Hongrie)

Parce qu’il préfigure la fin d’un monde (l’argentique), ainsi que la fin de la carrière de son auteur, dans un geste artistique d’une rare radicalité et intensité, aujourd’hui encore, “Le cheval de Turin” m’apparaît comme un film incontournable, et l’un des plus marquants de la décennie.

S’inspirer de l’évènement qui a pu faire basculer Friedrich Nietzsche dans la folie était une gageure. Tarr, en signant ce qui semble être son chant du cygne, semble nous indiquer que dieu est bien mort.

Son final glaçant (un écran noir) semble marquer la fin de toute expression cinématographique, ainsi que l’accomplissement ultime de la carrière de Bela Tarr.

 

afficheatouchofsin_A touch of sin (Jia Zhang Ke, 2013, Chine)

Dans le même style, “enjoué et serein”, Jia Zhang Ke livre, en 2013, son film le plus sombre.

A touch of sin est un constat abrupt et enragé de la déshumanisation liée à l’évolution de la société chinoise contemporaine.

Habitué aux « films mondes », miroirs du monde contemporain, Jia Zhang Ke souligne ici l’individualisme et la violence sociale qui en découle. Sans rien perdre de son style contemplatif, le cinéaste livre une peinture sans concession où la froideur clinique est ponctuée d’évènements à la brutalité exacerbée.

 

L'étrange couleur des larmes de ton corps (Hélène Cattet et Bruno Forzani, 2014, Belgique)

4 ans après Amer, le duo Cattet et Forzani revenait pour une nouvelle relecture des giallos. L’étrange couleur des larmes de ton corps franchit encore une étape : complexe et schizophrénique, expérimental à souhait, le métrage permet au duo de réalisateurs de montrer toute la palette de leur talent et de prouver que le cinéma dit de genre n’est pas qu’une sous catégorie.

Toujours soutenu par une bande-son de qualité, purement référentielle, le duo nous entraine dans les dédales d’un appartement aussi tortueux que l’esprit de son locataire.


Et voilà, c'est fini pour ces trois top de nos films préférés ! Rendez-vous dans 10 ans en 2028 ? L'avenir le dira.


08 février 2018

Ami-Ami de Victor Saint Macary

amiamiafficheTitre du film : Ami-Ami

Réalisateur : Victor Saint Macary

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h26

Avec : William Lebghil (Vincent), Margot Bancilhon (Néféli), Camille Razat (Julie), Jonathan Cohen (Frédéric), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quoi de mieux pour ne plus jamais souffrir en amour que de tourner le dos à la vie de couple et de s’installer en coloc’ avec son meilleur ami ? C’est en tout cas ce qu’a décidé Vincent, ravagé par sa dernière rupture ! À un détail près : son meilleur ami est une meilleure amie, Néféli, jeune avocate déjantée.

 

Ne vous fiez pas à son affiche originale où Ami-Ami fait penser à une comédie « lourdingue », usant de gags éculés. Le premier long métrage de Victor Saint Macary est au contraire une œuvre étonnante, parvenant bien souvent à surprendre le spectateur.

Au départ, le film débute avec le personnage de Vincent, qui emménage en colocation avec sa meilleure amie, Néféli, suite à une déception sentimentale. Les deux jeunes gens sont extrêmement liés et font tout ensemble… sauf l’amour ! On s’attend donc immanquablement à un rapprochement entre ces deux amis, qui pourraient devenir de véritables « sex friends » !

amiami2Eh bien non. Le scénario (dont l’un des co-scénaristes est Thomas Cailley, remarqué pour son film Les combattants) est bien plus subtil. Il propose un faux triangle amoureux. En effet, sur les conseils de Néféli, Vincent aborde une jeune femme, Julie, qui devait être juste un plan sexuel. Mais Vincent en arrive rapidement à un véritable dilemme : il est amoureux de Julie et apprécie également sa vie en colocation avec Néféli. Dès lors, il va tenter de jouer sur les deux tableaux.

La majeure partie du film consiste à montrer au spectateur tous les subterfuges, les ruses, voire même les mensonges de Vincent qui n’ose choisir : il n’avoue donc pas à Néféli qu’il a une petite amie et à cette dernière il repousse sans cesse le moment de l’inviter dans son appartement.

Sur ce plan, le film est vraiment très drôle car on sent bien que cette stratégie va finir par se retourner contre lui (la scène du train est symptomatique). Surtout que ce dernier use d’arguments parfois peu convaincants.

Sans chercher midi à quatorze heures, on peut voir dans l’attitude fuyante de Vincent celle d’un jeune homme, entré récemment dans la vie active, qui peine à se comporter comme un adulte et dans le cas présent à s’engager.

D’ailleurs, son meilleur pote, Frédéric, a les mêmes préoccupations (en pire) : il ne pense qu’à s’amuser et ne cesse de parler d’aventure sans lendemain. En matière de maturité, on a déjà vu mieux.

Mine de rien, le réalisateur Victor Saint Macary dresse un portrait peu flatteur de la gente masculine. A côté, même si les femmes apparaissent parfois déjantées (le personnage de Néféli), elles ont au moins le mérite de jouer carte sur table et de savoir ce qu’elles veulent.

Outre son scénario bien ficelé, le film peut se targuer de dialogues faisant souvent mouche, ce qui apporte une certaine spontanéité. Par ailleurs, la bande-son est également en adéquation avec Ami-Ami puisque les nombreux morceaux de la pop française actuelle, donnent un côté authentique et dynamique à l’ensemble.

Derrière le volet comique de ce long métrage, on trouve une intéressante réflexion sur les notions d’amitié et d’amour. Des notions qui n’ont rien à voir avec le modèle du genre, à savoir l’excellent Quand Harry rencontre Sally.

Ici, on a clairement à faire à autre chose. Victor Saint Macary vit avec son temps et introduit la sexualité de façon très naturelle, que ce soit dans les dialogues ou tout simplement dans des scènes où la nudité est exposée (sans être hard, faut pas exagérer non plus).

amiami3Les acteurs du film ont ainsi accepté de se mettre à nu, ce qui n’est pas forcément évident. D’ailleurs, la réussite d’Ami-Ami tient à son formidable quatuor : William Lebghil nous fait oublier son rôle dans Soda. Il est plus que convaincant en jouant Vincent, un jeune homme gentil mais peinant à prendre ses responsabilités. Dans le rôle du meilleur pote un peu lourd, Jonathan Cohen régale. Comme on peut s’en douter, les deux actrices principales sont également à la fête. Margot Bancilhon, remarquée dans Five, est épatante de naturel dans le rôle déjanté de Néféli. De son côté, Camille Razat est beaucoup plus sous contrôle : elle apparaît plus douce, posée et aimante. Les deux actrices sont parvenues parfaitement à jouer du caractère opposé de leurs personnages.

Au bout du compte, Ami-Ami se démarque largement du tout venant de la comédie française lambda. Le film ne tombe jamais dans la facilité et surprend jusqu’à la fin. Ses acteurs, tous épatants, apportent un vent de fraîcheur à cette comédie made in France. Ce premier essai de Victor Saint Macary est une incontestable réussite. On attend avec intérêt son prochain film.

24 janvier 2018

Downsizing d'Alexander Payne

down1Titre du film : Downsizing

Réalisateur : Alexander Payne

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h16

Avec : Matt Damon (Paul Safranek), Kristen Wiig (Audrey Safranek), Christoph Waltz (Dusan Mirkovik), Hong Chau (Ngoc Lan Tran), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le "downsizing". Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie.

 

Downsizing constitue le nouveau film du réalisateur Alexander Payne, remarqué notamment avec The descendants (2012) où œuvraient George Clooney et une jeune Shailene Woodley (l'actrice de la saga Divergente).

S'il change totalement de sujet avec cette histoire de gens miniaturisés, il reste fidèle à son ton tragi-comique que l'on retrouve dans plusieurs de ces films. Mais peut-être plus que les autres, Downsizing peut dérouter le spectateur par son passage incessant du ton comique au ton dramatique.

Cela serait dommage de passer à côté de son film car Downsizing est probablement le film le plus abouti de son réalisateur. Et sans doute également son œuvre la plus ambitieuse.

down2Car il serait ridicule de réduire Downsizing à une pure comédie. Certes, le film comporte de nombreuses séquences drôles, voire insolites, à commencer par cette méthode de réduction des êtres humains qui les transforme en êtres de 12 centimètres !

Mais avec ce pitch farfelu, le cinéaste Alexander Payne entend surtout réveiller nos consciences. Nous gaspillons chaque jour de plus en plus de ressources de notre planète, et ce phénomène est irréversible, puisque la population ne cesse d'augmenter. A force d'agir de la sorte, une catastrophe pourrait bien causer la fin de l'espèce humaine. Pour l'instant, on est comme embarqué dans une voiture sans freins, prête à s'écraser à tout moment. Il est urgent de trouver une solution et pour l'instant on ne voit rien à l'horizon.

On nous manipule en nous parlant sans cesse d'écologie mais peu de choses concrètes voient le jour. La réduction de l'être humain pourrait être une solution face à notre sur-consommation. Encore faut-il que tout le monde joue le jeu. Et sur ce point, le personnage principal, Paul Safranek (Matt Damon), en est directement victime puisque sa femme fait volte-face et il devient le seul dans son couple à être réduit à une taille de 12 centimètres.

Dès lors, comme on peut s'en douter, sa vie va changer. Mais Alexander Payne profite de ce film aux allures de fable des temps modernes pour appuyer où ça fait mal. Les publicités incitant les personnes à faire du « downsizing » décrivent une situation idyllique : on devient millionnaire (dans ces micro-villes), on peut vivre sans travailler et s'offrir la maison de ses rêves, etc. Tout paraît pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais évidemment la réalité n'est pas aussi parfaite. Même dans ces micro-villes, il continue de s'établir une ségrégation entre les riches ou personnes de la middle-class ayant choisi de leur plein gré cette réduction et les pauvres, qui continuent d'être asservi. D'ailleurs, des bidonvilles surpeuplés continuent de gangrener ces villes nouvelles. Si la description sociétale de ce nouveau monde n'est pas piquée des hannetons, la politique n'est pas non plus oubliée.

Alexander Payne s'en prend directement à l'Amérique de Donald Trump lorsqu'il crée une histoire d'amour improbable entre un Américain et une immigrée vietnamienne. L'amour dépasse largement les frontières, et c'est sans doute le message à retenir !

down3D'ailleurs, comme dans ses autres films, la relation humaine apparaît essentielle aux yeux d'Alexander Payne. On retrouve la « patte » de ce cinéaste humaniste. Que cela soit l'amitié (Sideways, 2004), la famille (The descendants, 2012) ou la fraternité pour Downsizing, les relations entre les gens sont fondamentales. Voilà encore des valeurs qui nous éloignent de l'Amérique de Trump reposant sur la peur de l'autre et sur la ségrégation. Ces thématiques rendent Downsizing bien plus profond qu'il n'y paraît au premier abord.

Et puis ce long métrage peut se targuer d'une très belle distribution. Matt Damon est excellent dans le rôle subtil de Paul Safranek. A ses côtés, Hong Chau dévaste tout sur son passage dans un rôle comique qui n'est pas sans rappeler celui de l'asiatique hurluberlu dans Very bad trip. On a droit aussi à plusieurs seconds rôles savoureux avec en particulier un Christoph Waltz délirant, tout à la fois amusant et sensible.

Malgré sa durée relativement longue (2h16), Downsizing bénéficie d'un rythme alerte et on ne s'ennuie jamais. Il faut dire que l'on est happé par cette histoire certes surprenante mais qui donne l'impression d'être réelle. L'aspect fantastique est ainsi décliné dans une société qui rappelle immanquablement la nôtre. A fortiori, le film nous touche en plein cœur : on passe par diverses émotions avec la sensation d'avoir regardé un film vrai, sincère et humaniste.

Alexander Payne confirme haut la main tout le bien que l'on pense de lui.

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14 janvier 2018

Mon top 20 commenté des meilleurs films de 2017 (avec des liens pour accéder à la critique de chaque film chroniqué)

Mon top 20 commenté de l'année 2017 (il suffit de cliquer sur les titres apparaissant en gras pour obtenir la critique du film)

lesgardiennesaffiche1. Les gardiennes de Xavier Beauvois

2. Blade runner 2049 de Denis Villeneuve

3. Les filles d'Avril de Michel Franco

4. The lost city of Z de James Gray

5. Split de Night Shyamalan

6. The last girl de Colm McCarthy

7. Happy birthdead de Christopher Landon

8. Love hunters de Ben Young

9. Patty Cakes de Geremy Jasper

10. Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

11. The young lady de William Oldroyd

12. Logan de James Mangold

13. La planète des singes : suprématie de Matt Reeves

14. Jalouse de David et Stéphane Foenkinos

15. Message from the king de Fabrice Du Welz

16. Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu

17. Get out de Jordan Peele

18. Loving de Jeff Nichols

19. Grave de Julia Ducournau

20. The Jane Doe identity de André Ovredal


Et voilà, une année de plus vient de s'achever. Loin de inquiéter, cette situation est pour nous l'occasion de dresser un bilan de l'année écoulée sur le plan cinématographique.

Evidemment, le top 20 qui vous est proposé est très subjectif, d'autant que certains films n'ont pu être vus, faute de temps.

bladerunPassé ces réserves, 2017 s'est révélée une bonne édition pour le cinéma. Un film s'est particulièrement distingué, Les gardiennes de Xavier Beauvois, avec Nathalie Baye et Laura Smet. Ce long métrage, s'intéressant aux femmes restées à l'arrière du front durant la première guerre mondiale, s'est révélée une œuvre forte sur le plan émotionnel et qui mériterait amplement d'être regardée par les jeunes générations, ne serait-ce que pour son côté quasi documentaire.

Derrière ce film, le podium est varié : on trouve ainsi à la deuxième place du podium Blade runner 2049, suite nullement honteuse du chef d'oeuvre de Ridley Scott. A la troisième place, c'est un film traitant de la famille, l'excellent Les filles d'Avril, sans doute un des films les plus accessibles du Mexicain Michel Franco.

La suite est on ne peut plus hétéroclite : un film d'auteur et d'aventures avec The lost city of Z de James Gray, plusieurs thrillers d'excellente facture (Split qui marque le retour de Shyamalan aux affaires, Love hunters du prometteur Ben Young ou encore le nerveux Message from the king de Fabrice Du Welz), des films d'horreur parfois plus subtils que prévu avec notamment le très humaniste The last girl ou encore le terrifiant Get out dont la critique du racisme est évidente. L'horreur nous offre aussi une œuvre détonante avec le très drôle Happy birthdead, des frissons avec The Jane Doe identity et la preuve que le cinéma français peut lui aussi s'immiscer sur ce genre avec Grave de Julia Ducournau.

pattiiiD'ailleurs, à y regarder de près, le cinéma français tire bien son épingle du jeu. Dans ce top 20, ce ne sont pas moins de 5 films de l'hexagone qui sont présents et parfois même aux avant-postes. Cela étant, on est loin du score réalisé par les films américains, qui prouvent leur prédominance dans les salles, que cela soit dans les multiplexes ou dans les salles indépendantes. Ici, 9 films américains sont mis en valeur, qu'il s'agisse du mastodonte La planète des singes : suprématie, de l'indépendant Patty Cakes (un 8 mile au féminin, très amusant au demeurant) ou du film de super-héros intimiste via Logan.

Quelques mots sur ce que l'on ne voit pas via ce top, à savoir les flops de l'année. Peu de déceptions et on mettra donc aisément sur ce podium le très ennuyeux A ghost story. On se demande toujours où le réalisateur veut en venir avec un film qui aurait été sans doute plus efficace sur le format d'un court métrage. Les deux autres places peu enviées de ce flop sont occupées par I wish – faites un vœu, dont l'aspect caricatural est franchement exaspérant. Et puis un autre film d'horreur figure sur ce podium : il s'agit du nouveau Ca, bien trop fade et manquant cruellement d'enjeux. Après son visionnage, on a envie d'une chose : revoir rapidement le très bon téléfilm de Tommy Lee Wallace (1990) avec un Tim Curry terrorisant dans le rôle du clown tueur.

C'est fini pour cette rétrospective de 2017. Gageons que 2018 soit une belle année de cinéma !

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04 janvier 2018

Love hunters de Ben Young

lovehuntersjaquetteTitre du film : Love hunters

Réalisateur : Ben Young

Année : 2017

Origine : Australie

Durée : 1h48

Avec : Emma Booth, Ashleigh Cummings, Stephen Curry

FICHE IMDB

Synopsis : Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…

Premier long métrage de Ben Young, passé par Beaune et Venise, Love hunters est un thriller psychologique au cadre aseptisé de la banlieue tranquille australienne. Une façon d’indiquer dès le départ au spectateur que les monstres se cachent partout. Sous leur apparence de quiétude, de sécurité, ces maisons peuvent renfermer les pires personnages. On suit ainsi les déboires d’une jeune fille, Vicky, enlevée par un couple dérangé, Evelyn et John White.

lovehunters2Le réalisateur a d’abord la bonne idée de ne jamais expliquer les motivations du couple. Ils ramènent apparemment des jeunes filles pour leur propre jouissance. On ne connaît pas la source du mal et c’est une des forces du film.
Love hunters se démarque du tout-venant en privilégiant la psychologie des deux kidnappeurs. John White prend plaisir à torturer des filles. C’est un homme ordinaire, médiocre, ayant des problèmes d’argent et lié à des dealers. Le réalisateur Ben Young le décrit comme un pervers narcissique. Il assoit sa domination sur sa femme, Evelyn, en jouant sur sa culpabilité et sur l’amour qu’il lui porterait. Il la manipule constamment pour l’utiliser à sa cause. D’ailleurs, c’est bien cette dernière qui joue le rôle d’une véritable rabatteuse en ramenant des jeunes filles.

Dans Love hunters, le personnage d’Evelyn bénéficie d’une écriture travaillée. Le réalisateur met l’accent sur la contradiction permanente que vit que cette femme, tiraillée entre l’amour immodéré qu’elle porte à son compagnon et sa fibre maternelle contrariée, n’ayant pas la garde de ses enfants. Evelyn est sans cesse dans une attitude ambivalente, comme en atteste d’un côté sa participation aux jeux pervers de son compagnon et d’un autre côté la façon détachée qu’elle a de nourrir la victime, de s’en occuper, comme s’il s’agissait d’une situation normale. Cela contribue à entretenir le doute dans l’esprit du spectateur : cette femme friable, qui porte une sorte de fragilité en elle, n’a-t-elle pas de la compassion pour ces victimes qui pourraient lui rappeler ses enfants dont elle n’a pas la garde ?

Love hunters a l’originalité de s’intéresser bien plus à la personnalité des kidnappeurs que de la victime, ce qui n’est pas fréquent dans ce genre de films.
Évitant toute complaisance, notamment le voyeurisme ou le torture-porn très usité dans les années 2000, Love hunters privilégie les scènes d’horreur hors champ. Ce qui donne encore plus de force et d’intensité aux situations concernées.
D’autant que la victime, sans issue, est constamment impuissante face à ses ravisseurs. On la sent comme résignée. Son seul espoir est de rallier à sa cause la compagne du psychopathe dont elle perçoit rapidement l’ambiguïté de sa position.

lovehunters3Ce film est avant tout un drame familial où chaque personnage féminin subit l’absence de l’être cher. A son crédit, Love hunters peut compter sur une interprétation très convaincante, notamment d’Emma Booth, dans le rôle de la compagne du psychopathe. Elle est tout en nuances dans son jeu et devient presque touchante par moments.

Par ailleurs, on notera que le réalisateur Ben Young utilise aussi avec beaucoup d’à-propos l’environnement de cette banlieue aseptisée. On ne peut être qu’interpellé quand la mère de Vicky essaie de retrouver sa fille et va de pavillon en pavillon qui se ressemblent tous, et dont les occupants ont l’air détachés de tout ça. L’indifférence d’attitude choque, mais agirait-on différemment ? Telle est la question que semble nous renvoyer le cinéaste. Pas sûr, dans une société de plus en plus individualiste.

Si Love hunters n’évite pas quelques scories inutilement esthétisantes, le thriller est prenant de bout en bout. D’autant que son final est fort sur le plan émotionnel, renforcé par une excellente insertion du morceau musical Atmosphere de Joy Division.
Il demeure un premier film hautement recommandable. On attend avec intérêt le prochain long métrage de Ben Young.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/love-hunters-la-critique-du-film

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25 décembre 2017

Les gardiennes de Xavier Beauvois

lesgardiennesTitre du film : Les gardiennes

Réalisateur : Xavier Beauvois

Année : 2017

Origine : France

Durée : 2h14

Avec : Nathalie Baye (Hortense), Laura Smet (Solange), Iris Bry (Francine), Olivier Rabourdin (Clovis), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1915. A la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l'assistance publique pour les seconder.

 

Après le succès rencontré avec Des hommes et des dieux (2010), Xavier Beauvois revient sur le devant de la scène avec Les gardiennes. Se déroulant pendant la guerre mondiale, ce film est une histoire de famille : une mère, Hortense (Nathalie Baye), et sa fille Solange (Laura Smet) s’occupent de la ferme familiale pendant que les fils sont partis au combat au cœur de la « boucherie » que constitue la grande guerre, laquelle n’en finissait pas.

Xavier Beauvois a eu l’excellente idée de montrer ce que l’on ne voit pas habituellement à l’écran dans les films traitant de la première guerre mondiale, à savoir les femmes travaillant à l’arrière du front et s’occupant donc de faire tourner l’activité économique alors que les hommes valides sont absents.

lesgardiennes2Le cinéaste français, connu pour sa volonté d’être au plus proche de la réalité (Le petit lieutenant constituait à sa façon un état des lieux des moyens dévolus à la sécurité intérieure), montrent des femmes, au début du XXème siècle, qui ont une vie très dure tant physiquement que moralement. En effet, elles effectuent au quotidien un travail de force. Dans un paysage alors très rural, elles ne disposent que d’animaux pour labourer. Tout est manuel et on voit bien que la tâche est particulièrement ardue. La mécanisation n’en est qu’à ses balbutiements. Au niveau de leur moral, ces femmes sont à l’arrière du front et pensent sans cesse à leur famille. Solange a d’ailleurs son mari et ses frères qui sont dans les tranchées, à participer à une guerre interminable. Cette vie de femme à la campagne, très dure et éprouvante, comporte peu de réconfort et Xavier Beauvois le montre bien (seule la présence des Américains apporte à un moment donné un peu de liberté et d’amusement).

Pour les aider dans leur tâche quotidienne, Hortense et Solange emploient une femme à tout faire, Francine (Iris Bry), une fille simple mais courageuse qui devient leur ouvrier agricole par la force des choses, les hommes étant absents. Dans cette époque troublée, il ne reste que les femmes et les personnes âgées.

Francine se révèle une aide précieuse. Xavier Beauvois prend son temps pour évoquer les différentes tâches qui l’attendent. Par le personnage de Francine, il montre les différents travaux de ferme, et donc l’évolution des activités agricoles au fil des saisons. Francine est courageuse mais sa naïveté va l’amener à connaître des déboires sentimentaux. On pourrait d’ailleurs faire un parallèle entre cette guerre que l’on imaginait courte et les rêves de Francine se révèlant bien différents de la vraie vie. Francine est à l’image de cette société de l’époque où de nombreuses femmes se retrouvent filles - mères.

lesgardiennes4Le cinéaste Xavier Beauvois n’arrête pas son analyse au plan sociétal. Son film se veut universaliste. A l’image de sa façon de dénoncer la guerre qui est mise à l’index par les soldats lors de leurs permissions. L’absurdité de la guerre est évoquée de façon on ne peut plus claire par Clovis (Olivier Rabourdin), le mari de Solange, déclarant que les Allemands sont comme les Français : des paysans, des artisans, des boulangers, des gens simples, et non des brutes sanguinaires comme le décrit l’image populaire.

Ce qui frappe aussi dans Les gardiennes (titre très bien choisi), c’est qu’il s’intéresse au point de vue des femmes, restées au foyer. On n’assiste à aucun combat (seulement dans le cauchemar de l’un des soldats). Seuls les regards, les pensées et les souffrances des femmes sont à l’honneur.

Et l’environnement dans lequel elles évoluent frappe par son réalisme : la ferme fait plus vrai que nature tout comme les chemins de campagne et les nombreux hectares de culture. Dans ce souci de réalisme, on ne peut que louer le soin apporté à proposer des vêtements et des coiffures d’époque, ainsi que les outils agricoles parfaitement appropriés.

Les gardiennes est aussi et surtout un film féministe. C’est le témoin d’une époque où les femmes, en l’absence de leurs maris ou de leurs frères, sont parvenues à maintenir l’activité dans les campagnes. Elles ont su s’occuper des fermes à la place des hommes, prouvant qu’elles pouvaient être leur égal. Ce qui n’est pas rien à une période où elles étaient alors considérées quasiment comme des enfants.

lesgardiennes3Il va sans dire que l’interprétation du film, au top niveau, n’est pas étrangère à la réussite de celui-ci : Nathalie Baye et Laura Smet, sont mère et fille dans la vie et cela se ressent à l’écran. On constate un lien fort. Quant au personnage de Francine, il est brillamment interprété par la jeune Iris Bry, parfaite en fille simple et naïve de la campagne, qui n’a jamais rien connue. Cette pauvre fille sans famille dégage une impression de pureté. Mais à l’image de cette guerre horrible, causant des malheurs dans toutes les familles de France, Francine finit par perdre sa naïveté et ses illusions, notamment lorsqu’elle chante Amours fragiles d’Harry Fragson (1902) : « les amours son fragiles, les serments sont faciles ».

En somme, Les gardiennes est un film majeur autour de la guerre de 14-18. Il est très bien documenté et décrit de façon pertinente le courage de ces femmes durant cette période délicate. C’est une œuvre féministe forte et indispensable.

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13 décembre 2017

Star Wars : les nouveaux jedi de Rian Johnson

starwars81Titre du film : Star Wars : Les derniers jedi

Réalisateur : Rian Johnson

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h32

Avec : Daisy Ridley (Rey), Adam Driver (Kylo Ren), Mark Hamill (Luke Skywalker), Carrie Fisher (Général Leia), Andy Serkis (Leader Suprême Snoke), John Boyega (Finn), Oscar Isaac (Poe Dameron), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…


Star Wars : le réveil de la force nous avait laissé sur un sentiment mitigé au regard du manque d’ambition et d’originalité du septième opus de la plus célèbre saga intergalactique.

Malheureusement force est de constater que ce huitième épisode, intitulé Les derniers jedi est du même acabit. Pourtant, tout commence pour le mieux dans le meilleur des mondes avec une séquence initiale de toute beauté, marquée par un combat spatial de grande envergure entre les rebelles (les « gentils ») et les troupes du Nouvel ordre (les « méchants). La scène est très efficace, bien rythmée et très lisible. Bref, ça commence bien.

Toutefois, la suite est loin d’être du même niveau. Le film est handicapé par sa longueur (2h32 tout de même) que l’on ressent à plusieurs reprises. Ainsi, la rencontre de la nouvelle héroïne, Rey, avec le vieillissant Luke Skywalker, reclus sur une île perdue au milieu de nulle part, dure longtemps. D’autant que cette rencontre se poursuit avec l’apprentissage de Rey (comme entre Yoda et Luke dans des temps anciens que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…).

starwars83Le grand hic de ce film reste sans conteste le manque de charisme des personnages principaux de cette nouvelle trilogie (les épisodes 7 à 9 pour ceux qui n’auraient pas suivi). La mignonne Daisy Ridley (Rey) a beau se démener dans tous les sens, son apparition à l’écran ne provoque pas grand-chose. Dans le même ordre d’idée, Adam Driver campe un méchant (Kylo Ren) un peu trop lisse, bien loin de l’effroi que suscitait d’antan l’arrivée de Dark Vador. Seul le leader Suprême Snoke se révèle à la hauteur mais sa présence à l’écran est très limitée. Incontestablement, le passage de relais entre les anciens héros – que l’on est content de revoir, à l’image de la défunte Carrie Fisher reprenant ici une dernière fois son rôle mythique de princesse (devenue Générale) Leia – et les nouveaux est difficile. Le nouveau casting peine à convaincre et à faire oublier les Mark Hamill, Harrison Ford et Carrie Fisher.

Et comme pour Le réveil de la force, les scénaristes ne se sont pas creusés la tête. Après avoir plagié gaiement Un nouvel espoir, cette fois c’est le scénario de L’empire contre-attaque qui est allègrement copié. Sauf que la monstrueuse bataille se situe cette fois-ci à la fin et non au début.

L’évocation de cette bataille nous permet d’ailleurs de relativiser. Star Wars : les derniers jedi est décevant au regard de la saga entière mais cela demeure un grand spectacle qui devrait plaire à un grand nombre. D’ailleurs, cette séquence de fin, très impressionnante, est vraiment de toute beauté et ferait presque oublier certains (longs) passages vus auparavant. On est captivé par ces combats de grande ampleur, ponctués comme il se doit par de nombreux morceaux de bravoure. On est dans les valeurs de Star Wars que l’on aime tant, qui sont universelles puisqu’elles parlent à tous : que cela soit la notion de d’amitié, de sacrifice, de don de soi et même d’amour. Sur cette planète de glace dont l’écrin est rouge sang en dessous de la neige, on prend vraiment un plaisir certain et on ressent enfin quelques émotions.

starwars82Comme quoi, le cinéaste Rian Johnson (Looper) est capable de rendre une bien belle copie quand il le souhaite. Mais en a-t-il eu souvent l’opportunité ? On a sérieusement l’impression que depuis le passage des droits de la saga Star Wars à Walt Disney, que la marge de liberté des cinéastes aux commandes de cet univers, s’est étiolé.

On reprend encore et encore les scénarios balisés des anciens Star Wars. Pas de prise de risque sous la bannière Walt Disney. On a tellement peur de décevoir les fans que l’originalité n’est plus de mise. Même la réflexion autour de la force et de son côté obscur donne lieu à des scènes sans aucune saveur, alors qu’il y avait vraiment matière à élaborer quelque chose de fort autour de la relation ambiguë entre Rey et Kylo Ren. C’est dommage.

Reste au final un blockbuster de haut niveau par rapport au tout venant, mais en deçà de ce que l’on est en droit d’attendre pour la saga Star Wars. Cela n’augure rien de bon pour l’épisode 9. A moins que…

02 décembre 2017

Mazinger Z infinity de Junji Shimizu

mazinger1Titre du film : Mazinger Z infinity

Réalisateur : Junji Shimizu

Année : 2017

Origine : Japon

FICHE IMDB

Synopsis : Dix ans sont passés depuis que Kôji Kabuto (Alcor), aux commandes du super robot Mazinger Z, créé par son grand-père, a ramené la paix en combattant l’Empire des Ténèbres et le maléfique Dr Hell. Aujourd’hui, Kôji Kabuto n’est plus pilote, il a pris le chemin de son père et grand-père en devenant scientifique. A l’occasion de ses recherches, il découvre une structure gigantesque profondément enterrée sous le mont Fuji. Il détecte de mystérieux signes de vie. Il s’en suit de nouvelles rencontres, de nouvelles menaces et bientôt, un nouveau destin pour l’humanité.

 

En France, l’oeuvre du mangaka Go Nagai est principalement connue via la série télévisée culte Goldorak, diffusée à partir de 1978 sur Antenne 2. Et pourtant, Goldorak n’est pas l’oeuvre fondatrice des mechas (ces robots gigantesques pilotés par des êtres humains). En effet, six ans auparavant, le manga Mazinger Z avait déjà été adapté à la télévision au Japon.

Réalisé à l’occasion des 45 ans de la franchise Mazinger, Mazinger Z infinity fait donc son apparition en France dans les salles obscures. Ce film d’animation ne devrait sans doute pas rencontrer un succès public important, en raison de la faible connaissance du public français de Mazinger Z (pourtant considéré au Japon comme un manga fondamental, bien plus important que Goldorak !) et d’une médiatisation très relative.

Pourtant, Mazinger Z infinity est un film d’animation très intéressant qui recèle de nombreuses qualités. Evidemment, au départ, le spectateur lambda risque d’être quelque peu décontenancé en voyant des personnages qu’il ne connaît pas ou peu. D’ailleurs, même en regardant ce long métrage en français, le héros s’appelle Koji Kabuto, dont le nom est… Alcor dans Goldorak !

mazinger2Passé un temps de découverte de l’univers Mazinger Z, ce film d’animation a de quoi ravir les nostalgiques. On retrouve avec plaisir des héros d’antan, mis au goût du jour. Car l’animation d’aujourd’hui n’a évidemment rien à voir avec l’année 1972. Les images de synthèse sont désormais monnaie courante. Pour autant, la technologie actuelle est mis au service de l’animation, et non l’inverse. Mazinger Z infinity profite des images de synthèse qui lui permet d’obtenir une fluidité certaine et de belles images lors des combats dantesques que se livrent les « gentils » et les « méchants ». Mais l’essentiel de l’animation est fait à l’ancienne, avec le crayon qui donne un côté authentique à l’ensemble.

Mais revenons en au scénario en lui-même. Comme on peut fortement s’en douter, dans une œuvre considérée comme « basique » où les gentils mechas affrontent des mechas monstres, les combats sont très nombreux. De ce point de vue, le spectateur en a pour son argent avec des batailles gigantesques à gogo, des explosions dans tous les sens et des combats d’une grande fluidité.

Cela n’est clairement pas le plus intéressant, même si c’est un passage obligé dans ce genre de film d’animation. Au passage, il convient de noter que le chara-design est très réussi avec des personnages très bien caractérisés.

Ce film ne s’arrête heureusement pas à de belles images et de beaux combats. Ainsi, il va sans dire que l’étrange personnage de Lisa apporte sa pierre à l’édifice. Elle est présentée comme une sorte d’humanoïde, créée dans des temps anciens (par l’homme?) et revenue des entrailles de la Terre (pour sauver l’homme?). Son personnage est vraiment riche car il fait le lien entre le monde des Humains et les mondes parallèles qui nous entourent. Avec son côté bienveillant, Lisa apparaît clairement comme la clé de voûte pour vaincre l’ennemi. Si certains pourront se gausser d’une certaine naïveté du propos (l’amour pouvant être plus fort que tout), est-ce vraiment un tort de déclarer que l’on est toujours mieux armé ensemble que seul ? Après tout, en ces temps où le terrorisme est une plaie qui n’a pas fini de faire des dégâts, Mazinger Z infinity est une œuvre actuelle qui entend elle aussi résoudre cette question. Sauf que les tueurs ont ici été remplacés par des savants fous et autres mechas monstrueux.

mazinger3Là n’est pas le seul attrait de Mazinger Z infinity sur le plan scénaristique. Ce film nous amène également de façon assez surprenante vers des contrées inconnues. En effet, ces mondes parallèles posent la question de la vie extraterrestre. Et puis il y a ces magnifiques séquences où le héros, Koji, navigue dans un autre temps, évoquant cette fois la question du choix (prendre un nouveau départ, devenir père) et n’est pas sans rappeler une des thématiques fortes du Premier contact de Denis Villeneuve .

Comme quoi, derrière le côté attendu de ce film de mechas et quleques délires comico-érotiques franchement dispensables, Mazinger Z infinity est bien qu’un simple hommage à l’oeuvre de Go Nagai. C’est un film synthétisant parfaitement l’univers de la science-fiction que l’on connaît avec des robots géants, n’omettant pas au passage de glisser quelques considérations socio-politiques actuelles.

Le rappel incessant à la photo-énergie est d’ailleurs sans doute une façon de nous interpeller sur le fait que l’on n’arrête pas de gaspiller les ressources de notre planète, sans tenter de trouver une alternative véritablement viable pour les générations futures. Nos amis Japonais sont encore une fois sensibles à toutes ces considérations écologiques. Souvenez-vous de Mon voisin Totoro.

 

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21 novembre 2017

Happy birthdead de Christopher Landon

happyb1Titre du film : Happy birthdead

Réalisateur : Christopher Landon

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h37

Avec : Jessica Rothe (Tree), Israel Broussard (Carter),

FICHE IMDB

Synopsis : Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ?

 

Happy birthdead constitue le quatrième film de Christopher Landon (le fils de Michael Landon, bien connu pour son rôle dans La petite maison dans la prairie). Si ce dernier continue d’oeuvrer dans le genre horrifique, il livre un film quelque peu original.

Et ce n’était pas gagné d’avance. Car happy birthdead fait partie de l’univers ultra codifié du slasher. La jeune Tree, une étudiante, doit faire face à un mystérieux tueur. Jusque-là on évolue dans du très classique.

Heureusement, Christopher Landon a eu la bonne idée de faire une sorte de synthèse entre deux films cultes a priori antinomiques : la comédie romantique mâtinée de fantastique avec Un jour sans fin (1993) et le slasher mélangeant horreur et comédie avec Scream (1996). Le réalisateur reprend le principe d’Un jour sans fin où le personnage joué par Bill Murray revivait la même journée une fois que le réveil se mettait à sonner. Dans Happy birthdead, une jeune étudiante, Tree, se fait tuer le jour de son anniversaire par un tueur masqué avant de revivre la même journée.

happyb2Evidemment, le coup de la boucle temporelle est bien connu depuis Un jour sans fin et de nombreux films s’en sont servi, y compris dans les films fantastiques. On songe ainsi à Edge of tomorrow.

Cela étant dit, Happy birthdead comporte un aspect réellement original. Il convient de noter que Tree revit certes la même journée, mais cette dernière comporte de multiples variantes. En effet, tout dépend de Tree. Au départ, elle joue le rôle de la fille égoïste et passablement peu sympathique qu’elle est dans la vie. Elle se moque de l’environnement qui l’entoure et ne prête absolument pas attention à un jeune homme, Carter, alors qu’elle se réveille chaque jour dans son lit. Les restes d’une soirée visiblement trop arrosée… Toujours est-il que plus le film avance, plus Tree évolue sur le plan mental. Non seulement elle cherche à trouver l’identité du tueur qui l’élimine chaque soir lors de cette journée infernale, mais elle prête de plus en plus attention aux autres.

Le film comporte à cet égard de nombreuses scènes très marrantes, puisque l’on saisit toutes les nuances de cette journée pas comme les autres. On pense ainsi à la séquence initiale qui est à chaque fois différente ou encore à la relation entre Tree et ses colocataires féminines.

On est ballotté au gré de l’humeur de Tree qui devient de plus en plus nostalgique et à l’écoute des gens qui sont proches d’elle. On assiste même de manière assez étonnante à la naissance d’une idylle entre Tree et Carter, ce qui était loin d’être gagné d’avance. Cet amour naissant est plutôt subtil et bien amené. Même si le film est destiné à la base à un public adolescent, il faut reconnaître que l’on se prend au jeu et on ne peut être que charmé par cette belle histoire d’amour.

Les amateurs de films d’horreur auront également l’occasion d’y trouver leur intérêt. Si les meurtres ne sont absolument pas sanglants (le réalisateur fait des ellipses lorsque Tree est sur le point de décéder), cela n’est pas très dérangeant. En effet, l’attrait de ce long métrage tient à l’identité du mystérieux tueur. Et sur ce plan, bien malin sera celui en mesure de la deviner. Avec sans doute beaucoup de malice, Christopher Landon nous amène sur plusieurs fausses pistes que l’on suit pourtant les deux pieds joints. Même lorsque l’on croit que c’est la fin, il se permet un twist tout à fait intéressant. D’ailleurs, outre le souhait de savoir qui est le tueur, il est tout aussi pertinent de connaître ses raisons. Pour cela, il faudra attendre la toute fin du film.

Mais cela n’est pas un souci car Happy birthdead se révèle une œuvre très dynamique. On ne s’ennuie pas une minute. Et puis le mélange horreur, humour et romance fonctionne très bien. Christopher Landon a bien réfléchi à son histoire. Sur un scénario pourtant très basique, il réalise une histoire attachante qui n’est pas sans rappeler par moments l’excellent Scream girl, une comédie horrifique qui jouait là aussi la carte de l’émotion. Et tandis que Scream girl rendait hommage aux films d’horreur des années 80, Happy birthdead plaide en faveur des films d’horreur des années 90.

happyb3Une fois n’est pas coutume dans ce genre de films, la distribution s’avère d’excellente facture. Jessica Rothe parvient très bien à marquer l’évolution de son personnage sur le plan moral, ce qui n’a pas dû être évident. Surtout qu’elle a joué de nombreuses scènes, quasi identiques en apparence. Cette actrice, très jolie au demeurant, crève l’écran. Pour lui rendre la pareille, dans le rôle de Carter, Israel Broussard tient bien la comparaison. Il apporte à sa façon un supplément d’âme au film et il est clairement à l’aise en amoureux éconduit, constituant sans nul doute le personnage le plus pur et empathique d’Happy birthdead.

Au final, ce long métrage s’avère une très bonne surprise. Il ne constitue pas un énième slasher. C’est au contraire une œuvre subtile – qui pourrait même plaire aux personnes réfractaires aux films d’horreur – mettant l’accent sur une héroïne dont les chances de vaincre augmentent sérieusement lorsqu’elle affronte ses démons intérieurs (la question de sa mère décédée ; son père avec lequel elle a coupé tout lien affectif). Comme l’indique le sticker sur la porte de Carter, l’important dans tout ça est de comprendre qu’il s’agit du « premier jour du reste de ta vie ». Autrement dit, la vie peut apporter de bonnes choses mais encore faut-il s’en persuader…

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11 novembre 2017

Orlando de Sally Potter

orlandoTitre du film : Orlando

Réalisatrice : Sally Potter

Année : 1992

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h30

Avec : Tilda Swinton, Billy Zane, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Mi-homme, mi-femme, Orlando va traverser quatre siècles de l’histoire britannique. En 1600, un jeune soldat anglais, Orlando, devient le favori d’Elisabeth 1ère. Sur son lit de mort, elle l’implore de rester toujours jeune. Il se déplace à travers plusieurs siècles de l’histoire britannique ; et durant sa longue et profonde quête philosophique, il va connaître une variété de vies et de relations le long du chemin


Orlando
est un roman (1928) ludique et déroutant de Virginia Woolf (1882-1941). Et pour cause. Inspiré de sa relation avec la poétesse Vita Sackville-West, Orlando constitue une biographie imaginaire. Le personnage principal va traverser les siècles sans jamais vieillir, ou à peine. Et le plus curieux dans tout cela, c’est que le dit Orlando va même changer de sexe en cours de route. C’est donc cette histoire hors du commun que reprend dans ses grandes lignes la cinéaste Sally Potter pour l’adapter à l’écran en 1992 (sortie en France en 1993). Le résultat est conforme au matériau d’origine avec un long métrage tout à la fois flamboyant et surprenant qui réussit à susciter l’enthousiasme des critiques et des cinémas art et essai en son temps.

L’action d’Orlando débute en 1600 pour s’achever à notre époque. Le film frappe d’emblée par la beauté et la précision de ses plans, donnant l’impression de contempler de véritables tableaux qui prennent forme sous nos yeux. Le travail remarquable apporté à la photographie et aux décors est d’autant plus prégnant que l’on vogue au gré des aventures d’Orlando dans différents lieux et époques. A la froideur de l’Angleterre des années 1600 succède un siècle plus tard les paysages arides de l’Orient, avec une architecture également très contrastée.

Orlando n’en demeure pas moins un film difficile à appréhender. C’est une œuvre avant tout sensitive qui touche ou non le spectateur, si celui-ci parvient à s’immerger dans ce monde fantastique, à l’image des films de Derek Jarman, cinéaste qui dirigea Swinton à plusieurs reprises, notamment dans l’incroyable Caravaggio.

orlando1Il faut accepter les nombreux parti-pris (justifiés) de Sally Potter, cinéaste que l’on a retrouvé avec plaisir en 2017 avec The party. Le film évite les clichés de l’histoire d’amour traditionnelle pour apporter au contraire quelque chose de novateur. Par ailleurs, en raison du « don » d’Orlando qui se déplace dans diverses époques, la réalisatrice multiplie les ellipses. Les amateurs de films classiques, linéaires sur le plan du scénario, risquent d’être déroutés, d’autant qu’en plus de ces éléments, le personnage principal effectue des commentaires en off, regard face caméra.
Pour les autres, conquis par ce film littéraire, théâtral, c’est une expérience singulière qui leur tend les bras. A l’image du personnage principal, Orlando est une ode à la liberté, avec en particulier l’omniprésence de l’ambiguïté sexuelle.

Cela n’est pas un hasard si le film commence avec le chanteur gay Jimmy Sommerville, en train d’entonner une chanson, pour se terminer avec le même chanteur, cette fois affublé en ange. La symbolique est claire puisque dans l’imaginaire, les anges n’ont pas de sexe… On a aussi le personnage d’Elisabeth 1ère, amoureuse d’Orlando, ici jouée par un homme : l’acteur Quentin Cris dans le rôle d’un travesti ! Il est évident que Sally Potter met en avant la confusion des genres. Et perpétue la tradition ancestrale de la Grèce Antique avec des personnages de femmes joués par des hommes.
D’ailleurs, notre héros du jour, Orlando, participe grandement à cet état de fait. A cet égard, avoir choisi l’actrice Tilda Swinton dans le rôle-clé s’avère une excellente idée. Avec son style androgyne, dénué de formes, elle est parfaite dans le rôle. Elle est tout à fait crédible en homme. A contrario, elle surprend même lorsque la « métamorphose » a lieu et qu’elle devient une femme. On assiste sans nul doute à l’une des plus belles scènes du film, où Orlando se regarde nue dans le miroir. C’est toujours la même personne en pensée, mais qui a changé de sexe : « la même personne » déclare-t-elle. «  Aucune différence. Aucune sauf le sexe. »

Sans travestir la pensée de Sally Potter, il est plus que probable que ce film est une œuvre féministe, d’une grande modernité et très avance sur son temps. Il faut tout de même se rappeler que le roman date de 1928.
Ce long métrage s’attaque de façon pertinente aux préjugés, à la société bien pensante et de manière générale aux étiquettes que l’on assigne soit à l’Homme soit à la Femme. Orlando devient de facto une œuvre revendicatrice sur le droit à disposer librement de son corps et à faire ce que l’on veut dans la société.

orlando2De façon presque étonnante, le film comprend une scène d’amour très charnelle, superbement filmée, qui lie la relation entre les protagonistes joués par Tilda Swinton et Billy Zane que l’on retrouve dans un contre-emploi. On a le sentiment que ces deux-là vivent en symbiose. C’est sans doute une façon pour la réalisatrice de nous dire que le genre sexuel importe peu. Après tout, peu de temps auparavant, Orlando était encore un homme. Forcément, en filigrane, Virginia Woolf évoque sa propre situation puisqu’elle était elle-même bisexuelle.
C’est avant tout l’Amour qui compte le plus, un amour éternel à l’image de notre héros traversant le temps, et pour autant nostalgique de ses amours passés. C’est encore particulièrement significatif si le film commence par un chapitre intitulé « la mort » pour s’achever avec « la naissance ». C’est le cycle de la vie qui prend forme, et se matérialise en pensée par la belle chanson de Jimmy Sommerville « Coming ».

Au-delà de son caractère arty et surréaliste par moments, Orlando évoque des préoccupations universelles qui continuent d’avoir une résonance dans notre actualité de tous les jours : le besoin (et l’envie) de liberté mais aussi la peur de rester seul dans sa vie quotidienne.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/orlando-la-critique-du-film-le-test-dvd

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