Déjantés du ciné

17 janvier 2017

Mon top 20 commenté des meilleurs films de 2016 (avec des liens pour accéder à la critique de chaque film chroniqué)

Mon top 20 commenté de l'année 2016 (il suffit de cliquer sur les titres apparaissant en gras pour obtenir la critique du film)

moidaniel1) Moi, Daniel Blake de Ken Loach

2) Manchester by the sea de Kenneth Lonnergan

3) L'économie du couple de Joachim Lafosse

4) Le fils de Jean de Philippe Lioret

5) La tortue rouge de Michael Dudok de Wit

6) Julieta de Pedro Almodovar

7) Une vie entre deux océans de Derek Cianfrance

 

medecindecampagne8) Médecin de campagne de Thomas Lilti

9) Premier contact de Denis Villeneuve

10) Elle de Paul Verhoeven

11) Rogue one de Gareth Edwards

12) Rosalie Blum de Julien Rappeneau

13) Toni Erdmann de Maren Ade

14) L'effet aquatique de Solveig Anspach

15) 10 cloverfield lane de Dan Trachtenberg

16) American nightmare 3 de James DeMonaco

17) Frankenstein de Bernard Rose

18) Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder

19) Carol de Todd Haynes

20) The strangers de Na Hong-Jin

 

Comme chaque année, le mois de janvier est l'occasion de dresser le bilan de l'année précédente sur le plan cinématographique. Evidemment, cet exercice est subjectif mais comme pour tout, il est nécessaire de faire des choix, à partir du moment où ceux-ci sont justifiés. Pour cela, je vous invite à relire les critiques établies tout au long de cette année 2016.

2016 se révèle plutôt un bon cru. Pas de chef d’œuvre à l'horizon mais plusieurs films ont retenu mon attention. Ce sont d'ailleurs des longs-métrages qui mettent l'accent sur l'être humain et sur les rapports qu'il entretient avec des congénères. La palme (d'or) de ce classement revient à l'excellent Moi, Daniel Blake d'un Ken Loach toujours aussi régulier dans la qualité de ses films. Sa dernière œuvre est comment souvent une chronique sociale où le cinéaste britannique prend la défense des plus démunis dans une société de plus en plus inégalitaire. C'est clairement le film qui m'a le plus marqué, notamment par son incroyable réalisme.

unevieentredeuxLes amateurs de mélodrame pourront quant à eux ressentir des émotions au gré de l'intense Manchester by the sea, porté à bouts de bras par l'interprétation habitée de Casey Affleck, et réalisé par Kenneth Lonnergan, cinéaste méconnu en France dont on a hâte de connaître ses deux premiers films. D'autres mélodrames méritent d'être évoqués. C'est le cas d'Une vie entre deux océans, le nouveau film de Derek Cianfrance (Blue Valentine) où Michael Fassbender n'est pas étranger à sa réussite. Et puis Carol de Todd Haynes dépeint une histoire d'amour entre femmes, dans une société corsetée dans ses principes.

Les cinéastes de renom ont globalement répondu présents en cette année 2016, avec un Almodovar toujours aussi passionné par le portrait de femmes, ici dans l'excellent Julieta, ou encore le thriller Elle de Paul Verhoeven qui a valu à son actrice principale, notre frenchie Isabelle Huppert, de nombreux prix.

Justement, à propos de nos petits Français, qu'en est-il de nos cinéastes ? La France n'a pas à rougir. Plusieurs œuvres sont pertinentes. On compte ainsi le nouveau film de Philippe Lioret, qui termine au pied du podium avec Le fils de Jean, un film fort sur le plan émotionnel. Médecin de campagne de Thomas Lilti permet au spectateur de se rappeler que François Cluzet peut être un très bon acteur. Les comédies françaises sont aussi de la partie, avec le ludique Rosalie Blum et le déjanté Marie et les naufragés.

Les amateurs de science-fiction et d'horreur y trouveront également leur compte, avec le très réussi Rogue one, épisode indépendant de la saga Star Wars, le huis-clos 10 cloverfield lane, le politico-gore American nightmare 3 ou encore l'humaniste Frankenstein de Bernard Rose.

Les déceptions sont rares mais bien réelles : le ridicule Freaks of nature ne vaut le détour que pour la plastique de Vanessa Hudgens. Quant à la pseudo suite de Blair Witch, elle n'a guère plus d'intérêt. Enfin, parmi les cinéastes les plus attendus, Woody Allen déçoit avec Cafe society, opus clairement mineur.

Voilà, 2016 c'est fini. Vivement 2017 !

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07 janvier 2017

Rogue one : a Star Wars story de Gareth Edwards

rogueone1Titre du film : Rogue one : a Star Wars story

Réalisateur : Gareth Edwards

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 2h14

Avec : Felicity Jones (Jyn Erso), Diego Luna (le capitaine Cassian Andor), Ben Mendelsohn (le directeur Orson Krennic), Mads Mikkelsen (Galen Erso), Forest Whitaker (Saw Gerrera), Donnie Yen (Chirrut Imwe), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie.

 

L'année 2015 avait été marquée par le retour de La guerre des étoiles avec le Le réveil de la force, un épisode sympathique manquant toutefois cruellement d'ambition. Un an plus tard, nous voilà déjà de retour dans l'univers Star Wars.

Rogue one constitue cependant un épisode à part, ne s'inscrivant pas dans la continuité du Réveil de la force. Au niveau des événements historiques, on se situe entre l'épisode 3 (La revanche des Sith) et 4 (Un nouvel espoir, le tout premier Star Wars de George Lucas). Dès lors, on ne s'étonnera pas d'entrer de plein pied dans l'action, sans avoir droit au menu textuel habituel commençant par « il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine... ».

rogueone3Ici, les scénaristes se sont bien plus impliqués que sur Le réveil de la force. On a vraiment droit à une histoire originale, qui prend parfaitement sa place dans l'univers Star Wars. L'épisode 3 s'était achevé par les débuts de la construction de l'étoile de la mort. Rogue one commence avec un grand scientifique, Galen Erso - interprété par Mads Mikkelsen dans un rôle sympathique! - chargé d'achever l'étoile de la mort. Avant de rejoindre à contre-coeur l'Empire, il met à l'abri sa fille, la jeune Jyn Erso, laquelle va jouer un rôle fondamental dans cette aventure.

Soyons honnête, si Rogue one constitue un bon cru dans la filmographie Star Wars, il souffre d'un démarrage poussif. Les scènes d'exposition sont trop longues, alors qu'il s'agit d'une histoire indépendante avec des personnages que l'on ne reverra plus par la suite.

Cette réserve mise à part, une fois que l'on a passé la première demi-heure, Rogue one s'avère un spectacle total. Comme on peut s'en douter, Jyn Erso rejoint les « rebelles ». Si elle est motivée à l'idée de pouvoir retrouver son père, elle s'investit totalement dans la quête des rebelles : trouver les plans de l'étoile noire (ce qui constitue au final une transition logique par rapport à l'épisode 4).

Le film propose un nombre important de scènes d'action, qui ont l'avantage de se dérouler sur différentes planètes, sur terre, dans les airs et évidemment dans l'espace comme tout bon spectacle de « space opera ».

Les scènes de bravoure ne manquent pas et on prend évidemment fait et cause pour la jeune Jyn Erso, incarnée avec conviction par la jolie Felicity Jones, découverte en 2007 dans l'adaptation BBC du roman de Jane Austen, Northanger Abbey. Comme quoi, tous les chemins mènent à la guerre des étoiles !

Cette dernière n'est pas seule. Jyn Erso est accompagnée dans sa quête par le capitaine Cassian Andor (Diego Luna, pas franchement charismatique), l'ex droïde impérial K-2SO venu apporter la touche humoristique et Donnie Yen toujours aussi virevoltant dans le rôle d'un jedi aveugle.

rogueone6Rogue one évite le côté fanboy du Réveil de la force, tout en mettant en scène quelques personnages cultes de la saga, à commencer par un Dark Vador toujours aussi effrayant, et Mon Mothma du côté des rebelles.

Sans dévoiler de spoilers, on ne peut passer sous silence la bataille finale, plus spectaculaire et prenante que jamais. On n'avait pas vu une séquence d'action aussi marquante depuis L'empire contre attaque. C'est dire à quel point on a été conquis.

De la même manière, le ton du film, très sérieux dans l'ensemble, est appréciable et redonne ses lettres de noblesse à la franchise. Son final apocalyptique finit de nous satisfaire, alors que l'on s'attendait à un happy end hollywoodien. Le film gagne clairement en émotion et en crédibilité. On n'hésite pas à faire mourir des personnages clés, de la même manière que la série Le trône de fer.

Tous ces points positifs sont à mettre au crédit de son réalisateur, Gareth Edwards, qui a fait bien du chemin depuis Monsters (2010) et Godzilla (2014). Sans nul doute, il livre ici son film le plus abouti.

Toutefois, il ne peut empêcher quelques défauts, inhérents à l'aspect commercial de l'ensemble : la 3D est totalement inutile. Aucune scène ne s'avère remarquable grâce à elle. Au contraire, on a une perte de luminosité, dans un film multipliant les scènes sombres... Quant à la musique, pour d'obscures raisons de droits, on a une musique quelque peu insipide qui rappelle vaguement par moments la bande son de John Williams. On regrette de ne pas entendre les morceaux les plus célèbres de La guerre des étoiles.

Heureusement, ces éléments n’obèrent pas le plaisir que l'on prend à regarder ce spectacle, bien meilleur que Le réveil de la force. Et puis, la dernière image du film est particulièrement émouvante, puisqu'il s'agit du visage de la princesse Leia. On assiste à un hommage involontaire à Carrie Fisher, récemment décédée d'une crise cardiaque.

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28 décembre 2016

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan

manchesterTitre du film : Manchester by the sea

Réalisateur : Kenneth Lonergan

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 2h18

Avec : Casey Affleck (Lee Chandler), Michelle Williams (Randi Chandler), Kyle Chandler (Joe Chandler), Lucas Hedges (Patrick), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Manchester by the sea nous raconte l’histoire des Chandler, une famille de classe ouvrière, du Massachusetts.

 

N'y allons pas par quatre chemins, Manchester by the sea est l'une des grandes réussites de l'année 2016. Son réalisateur, Kenneth Lonergan, est parvenu à renouer avec la grande tradition hollywoodienne du mélodrame.

C'est l'acteur Casey Affleck (le frère de Ben) qui interprète le rôle principal du film, celui de Lee Chandler. Le talent de Casey avait déjà été remarqué dans d'autres longs métrages, et notamment dans L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007). Ici, sans exagérer, on peut dire qu'il tient le rôle de sa carrière. On le sent comme habité par Lee Chandler, un homme brisé par la vie. Lee Chandler est hermétique à tout ce qui se passe autour de lui. Ainsi, dès le début du film, il reste totalement insensible aux avances de résidentes de l'immeuble où il travaille en tant qu'homme à tout faire. Notre quadra bourru passe le plus clair de son temps à effectuer son job avec sérieux mais comme un robot. Le soir, sa seule distraction est de boire des bières et de s'en prendre à quelques clients, lorsque l'alcool a eu raison de lui.

manchester4On sent clairement que Lee n'est pas bien dans sa peau et que le démon de la culpabilité le ronge à petit feu de l'intérieur. C'est un coup de fil lui apprenant le décès de son frère qui va l'obliger à retourner dans sa ville natale, Manchester (aux États-Unis), et à replonger dans un passé traumatique.

Manchester by the sea ne fait pas partie de ces œuvres lacrymales où le spectateur se retrouve prisonnier de la mise en scène du réalisateur. Non, ici les événements sont révélés avec subtilité, par petites touches. Le montage du film joue un rôle fondamental avec cette astucieuse utilisation des flashbacks. On apprend progressivement ce qui s'est passé dans cette petite ville côtière de Manchester et les raisons ayant amené Lee à la quitter. En voyant les moments de joie, en famille, entre Lee Chandler et son épouse Randi, mais aussi la grande complicité entre Lee et son frère Joe, on tremble à l'idée de découvrir le drame en question. De manière assez surprenante, il intervient assez tôt (à la fin du premier tiers du film) et se révèle d'une incroyable puissance émotionnelle. On ressort sacrément secoué de cette scène, ayant choisi de manière pertinente le sublime adagio d'Albinoni. On ressent des émotions très fortes, comprenant aisément la culpabilité et la souffrance qui rongent Lee Chandler. Le film prend une autre dimension.

Il joue adroitement sur la difficulté de Lee de se reconstruire après l'histoire tragique qu'il a vécue. Mais le film est aussi celui du lien affectif reliant Lee à son neveu Patrick. En respectant les dernières volontés de son frère Joe, Lee devient le tuteur de cet adolescent aussi perdu que Lee (moments de peur, décès de son père). L'un et l'autre sont des êtres isolés sur le plan familial. Lee doit donc s'occuper de cet adolescent en souffrance. Ce dernier a plein d'aventures avec ses copines de lycée, ce qui apporte un peu de légèreté et d'humour à ce mélodrame. La relation entre Lee et Patrick est un des éléments centraux du film. On saisit parfaitement que la relation entre les deux est difficile puisqu'ils se doivent réapprendre à se connaître, et à jouer un nouveau rôle. Lee devient pour Patrick une sorte de père de substitution et c'est loin d'être évident. A tel point qu'une grande partie du film s'intéresse au devenir de cet adolescent.

manchester2Surtout que son passé ne cesse de resurgir devant lui lorsqu'il fait face à son ex-femme. On n'est pas prêt d'oublier cette séquence de la « poussette » où Lee est confronté plus que jamais à son passé. La scène est extrêmement poignante et on en ressort encore complètement chaviré.

Le réalisateur oppose au calme apparent de la petite ville côtière de Manchester la souffrance insondable de Lee. Ce dernier apparaît plus que jamais comme un fantôme parmi les vivants souhaitant tourner le dos à un passé douloureux qu'il a pourtant toujours bien en tête. Ce film est d'une justesse de ton épatante et il est tellement crédible qu'il en fait froid dans le dos. Se reconstruire après un drame, c'est une chose difficile, et parfois on ne s'en remet jamais.

Comme on peut s'en douter, Manchester by the sea ne serait pas un grand film sans une distribution à la hauteur. Le casting quatre étoiles est pour beaucoup dans la réussite du film. Outre un Casey Affleck qui mériterait l'oscar pour son rôle et une juste reconnaissance de son talent, d'autres acteurs se révèlent remarquables. A commencer par le jeune Lucas Hedges, crédible dans le rôle de cet ado tourmenté. La présence de l'acteur Kyle Chandler est également remarquable, dans le rôle du frère de Lee, qui est à ses côtés dans les bons moments (les sorties en mer, sortes de bouffées d'oxygène) et les moments plus délicats. Quelques mots aussi sur Michelle Williams, qui apporte beaucoup d'émotion dans les rares scènes où on la voit à l'écran.

Après une œuvre aussi forte, on a qu'une hâte, découvrir les deux premiers longs métrages du réalisateur Kenneth Lonergan, quasi invisibles dans notre pays : Tu peux compter sur moi (2000), Margaret (2011). Et puis vivement son prochain film, que l'on connaisse à nouveau de telles émotions.

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18 décembre 2016

Premier contact de Denis Villeneuve

premier contact 1Titre du film : Premier contact

Réalisateur : Denis Villeneuve

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 1h56

Avec : Amy Adams (Louise Banks), Jeremy Renner (Ian Donnelly), Forest Whitaker (le colonel Weber), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.

 

Le canadien Denis Villeneuve s'était fait remarquer avec Incendies (2010) drame proposant une vision désenchantée du monde et encore plus avec Prisoners (2013), thriller psychologique plaçant l'homme au cœur de l'histoire. Dans tous les cas, c'est bien l'Homme qui intéresse au plus haut point Villeneuve.

Dès lors, on se s'étonnera pas que son nouveau film, Premier contact, lorgne clairement du côté de Le jour où la terre s'arrêta (1951) de Robert Wise et de Rencontres du troisième type de Steven Spielberg (1978). Dans ces deux films, l'extraterrestre est mis en avant par son côté bienveillant. De la même façon, Premier contact met en lumière des extraterrestres qui n'ont pas de visée belliciste. En tout cas, c'est l'impression que l'on a. Même si Denis Villeneuve distille une tension certaine et un sentiment de mystère, qui sont l'un et l'autre les bienvenus. Tout au long du film, le spectateur se pose la question suivante : quelles sont les intentions de ces extraterrestres ?

premier contact 3Car il faut bien le reconnaître, on ne sait pas pourquoi des vaisseaux sont arrivés subitement sur Terre, en se disséminant au dessus de différents pays. C'est la raison pour laquelle, côté américain, on dépêche une linguiste renommée Louise Banks, et un scientifique, Ian Donnelly, pour tenter de communiquer avec ces êtres.

Denis Villeneuve ne s'est pas laissé aller à la facilité dans la description des extraterrestres. Ce ne sont absolument pas des congénères de Roswell. Ils ressemblent à des sortes de poulpes. Ils sont nommés communément hectapodes par le nombre de pieds qu'ils ont.

Par ailleurs, dans le but de donner du piquant et du réalisme à cette histoire, Premier contact montre des humains qui n'arrivent pas à communiquer naturellement avec les hectapodes. Il faut se faire avec leur mode de communication, à savoir d'étranges signes qu'ils envoient par le biais d'un écran interposé. Humains et hectapodes tentent d'établir un « premier contact ».

Le film s'attache à montrer tout le travail mis en œuvre par la linguiste, Louise Banks et son compère scientifique pour déchiffrer le langage non verbal des hectapodes et la façon de se faire comprendre. Bien que d'une durée non négligeable (presque 2 heures) et ayant pris le parti d'éviter le côté spectaculaire lié à la plupart des œuvres de science-fiction, Premier contact n'ennuie jamais.

premier contact 2On est happé par cette histoire où le mystère lié à ces hectapodes et la tension liée à la possibilité d'une guerre retient constamment notre attention. On comprend aisément que ces hectapodes ne sont pas nos ennemis. Mais tous les humains n'ont pas des intentions pacifistes. Dès lors, on voit bien que la destinée du monde tient à la capacité des différents pays à marcher dans le même sens. Pas évident de rassembler des pays comme les États-Unis, la Russie, le Japon et la Chine.

La tâche de nos principaux protagonistes, Louise Banks et Ian Donnelly, est donc fondamentale. Il y va de l'avenir de notre Terre. Le temps est compté pour comprendre ce que veulent les hectapodes.

En parallèle de la grande histoire liée à l'arrivée de ces extraterrestres, le film n'a de cesse de rappeler la vie de Louise Banks : une femme brillante mais brisée sur le plan personnel après le décès de son enfant. Ce drame est d'ailleurs au centre de cette histoire qui comporte un aspect cyclique puisque le début et la fin se répondent de façon assez brillante.

Les plus rationnels d'entre nous pourront certainement ergoter avec le côté « 2001 odyssée de l'espace » et l'étrange monolithe qui permet à Louise d'entrer en communication avec les hectapodes et de vivre une expérience pour le moins étonnante. A titre personnel, j'y vois plutôt le souhait de Denis Villeneuve de livrer plusieurs pistes de réflexion au spectateur afin que chacun se fasse sa propre opinion.

En cela, Premier contact ne prend pas le spectateur pour un imbécile et ne prend pas des formules éculées, vues à de nombreuses reprises dans des films de science-fiction. Si les références à Le jour où la Terre s'arrêta et plus encore à Rencontres du troisième type sont évidentes, il n'en demeure pas moins que l'on a affaire à une œuvre personnelle.

premier contact 5Au niveau de la mise en scène, Denis Villeneuve réalise un long métrage parfaitement rythmé qui sait ménager adroitement des scènes personnelles quasi évanescentes avec des scènes spectaculaires plus alertes. On peut d'ailleurs voir Premier contact comme un long métrage hybride, qui oscille entre le film de science-fiction et le drame humain. Il prouve au demeurant toute la sensibilité de son réalisateur, qui place une nouvelle fois au cœur du jeu l'Humain.

Au niveau de la distribution, l'actrice Amy Adams tient avec conviction le rôle principal de Louise. Le réalisateur fait souvent des gros plans sur son visage et notamment sur ses beaux yeux bleus, qui attestent de sa fragilité mais aussi de sa détermination. Aux côtés de cette actrice, on retrouve Jeremy Renner qui fait le job dans le rôle du scientifique épaulant Louise. Enfin, ce duo suit les directives d'un Forest Whitaker toujours aussi charismatique dans le rôle du colonel Weber.

En fin de compte, Premier contact s'avère un film de science-fiction intelligent, sensible et qui donne à réfléchir. On attend avec intérêt le prochain film de Denis Villeneuve. Surtout qu'il s'agira de la suite – très attendue – du cultissime Blade Runner. Vivement 2017 !

08 décembre 2016

Sully de Clint Eastwood

sully1Titre du film : Sully

Réalisateur : Clint Eastwood

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 1h36

Avec : Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : lhistoire vraie du pilote d’US Airways qui sauva ses passagers en amerrissant sur l’Hudson en 2009. 

 

Le 15 janvier 2009, un fait divers avait défrayé la chronique : un avion de de l'US Airways avait effectué un amerrissage sur les eaux du fleuve Hudson, près de Manhattan. De manière miraculeuse, les 155 passagers étaient sains et saufs. Du jour au lendemain, le pilote de l'US Airways, Chesley « Sully » Sullenberger, était devenu un héros aux yeux du monde entier.

Le réalisateur Clint Eastwood s'est donc basé sur cette histoire incroyable pour tourner Sully, un biopic qui relate cet événement et ses suites. Car ce que savent peu de personnes, c'est que le fameux commandant de bord « Sully » a été auditionné dans le cadre d'une commission d'enquête. Les assureurs de l'US Airways voulaient voir que Sully et son co-pilote avaient bien effectué les manœuvres nécessaires : l’amerrissage sur un fleuve était une grande première alors que les contacts radio invitaient Sully à retourner à l'aéroport le plus proche. Impossible d'après Sully. Le film va s'évertuer à montrer d'un côté le point de vue des spécialistes qui épluchent les solutions dites logiques et de l'autre celui de Sully ayant pris selon lui une décision incroyable mais la seule permettant à son équipage de se sortir vivant de cet événement. En effet, il faut bien avoir en tête que l'avion avait alors ses deux moteurs hors service, suite à la collision avec des oies sauvages.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Sully n'est pas spécialement un film catastrophe. Certes, on a droit à trois reprises à des flash-backs évoquant la catastrophe aérienne. Les séquences sont à chaque fois bien prenantes et sont d'un incroyable réalisme. Pour autant, le but n'est pas de surprendre le spectateur qui, la plupart du temps, est déjà au courant de la conclusion de cette histoire, ne serait-ce que par le biais du synopsis.

sully3Si Clint Eastwood décortique avec tant de précision l'amerrissage de cet avion, c'est pour mieux montrer le sang-froid et le professionnalisme de Sully et de son co-pilote. En ces temps où le bon vieux rêve américain se disloque de toute part, Clint Eastwood trouve ici l'occasion de mettre en lumière un homme ordinaire devenu un héros.

Avec un grand classicisme – chose à prendre dans le bon sens du terme – le cinéaste américain dresse le portrait d'un homme qui refuse de se voir comme un héros mais plutôt comme celui de quelqu'un ayant fait son travail. D'ailleurs, Sully continue à se poser des questions sur les choix qu'il a effectués. Pour preuve, ses nombreux cauchemars, à l'image de celui où il voit son avion s'écraser dans un immeuble. De manière évidente, Clint Eastwood convoque ici les démons du traumatique 11 septembre 2001. On peut tout à fait envisager le film Sully comme un anti 11 septembre.

La réussite de cet événement tient à un élément que la commission d'enquête a du mal à comprendre : le facteur humain. Comme on nous l'explique à plusieurs reprises dans le film, les simulations de vols ne valent pas le vécu et surtout, en temps de crise, la réaction de l'homme n'est pas la même. C'est bien ce qui fait de Sully un héros au sens le plus noble du terme. Après avoir réussi son étonnant amerrissage sur l'Hudson, il est resté obnubilé à l'idée de sauver les personnes ayant embarqué dans son avion. Voilà qui fait chaud au cœur de voir qu'il y a des gens qui ont cette notion d'humanisme en eux. Une nouvelle fois, cette décision s'oppose à un autre fait divers, plus récent, où le capitaine italien d'un bateau, avait abandonné les siens, pour sauver sa vie. Mais pas celle des autres.

sully2Avec un savoir-faire usité depuis longtemps, Clint Eastwood surprend par la sobriété de son propos. On reste accroché pendant plus d'une heure et demi à cette belle histoire. Et si la musique ne donne pas l'impression d'être très présente, elle prend une importance fondamentale lorsque la commission d'enquête permet d'écouter les 208 secondes ayant séparé la collision avec les oies sauvages et l'amerrissage. Peu de temps pour prendre en main sa destinée. Seul un grand homme peut s'en sortir et c'est ce qui fait toute la beauté de cette histoire.

Clint Eastwood a d'ailleurs eu l'intelligence de filmer pour le générique de fin le véritable Sully, visiblement entouré par les personnes ayant survécu à ce vol de l'US Airways, et très touché par les marques de sympathie de ces gens venus lui montrer leur gratitude.

Évidemment, le film n'aurait pas toute sa portée émotionnelle sans son excellente distribution. Tom Hanks, qui visiblement se bonifie avec le temps, fait preuve de beaucoup de retenue et de se sobriété. Tout en restant déterminé. On s'attache vite à son personnage. Quant à Aaron Eckhart, il campe lui aussi un co-pilote loyal, sérieux et au service des autres, sans excès dans son jeu d'acteur.

D'une certaine façon, on peut dire que Clint Eastwood utilise un fait divers pour narrer une histoire où l'émotion a la part belle. Comme dans Million dollar baby ou Sur la route de Madison. Sauf qu'ici la conclusion est bien plus heureuse. L'acteur – réalisateur invite le spectateur à garder une forme d'espoir dans le monde qui nous entoure. Il est vrai qu'après un tel film, on a envie d'y croire.

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28 novembre 2016

Thérapie de couples de Peter Billingsley

thrapieTitre du film : Thérapie de couples

Réalisateur : Peter Billingsley

Année : 2010

Origine : États-Unis

Durée : 1h47

Avec : Vince Vaughn, Jason Bateman, Faizon Love, Jon Favreau, Kristin Davis, Kristen Bell, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quatre couples d'amis du Midwest embarquent pour une croisière très spéciale sur une île paradisiaque du Pacifique Sud. Le couple à l'origine du voyage a décidé de se rendre à l'Eden, une station balnéaire de luxe, comme dernier recours pour sauver leur mariage. Les trois autres s'apprêtent à profiter des multiples trésors qu'offre ce petit coin de paradis : mer turquoise, plage de sable blanc, jet-ski, spa dernière tendance, etc. Mais ils vont vite se rendre compte que leur participation au programme très original de thérapie de couples que propose l'Eden n'a rien d'optionnel. Soudain, leurs vacances au tarif de groupe ne semblent plus une si bonne affaire que ça.


Réalisé par le cinéaste Peter Billingsley, le film Thérapie de couples est une comédie américaine. Il s'agit même précisément d'une comédie comme on a l'occasion d'en voir par dizaines (par centaines ?) chaque année.

thrapie2Le film n'est nullement original bien que ça ne l'empêche de rester regardable. L'histoire raconte les vacances de quatre couples d'amis qui décident d'aller se détendre dans un lieu paradisiaque (l'Eden West). Premier reproche au film : la photo du film est laide et le scénario fait quasiment penser au jeu de l'île de la tentation.

Les couples vont devoir se soumettre à divers tests qui auront pour effet immédiat de montrer que tout ne va pas si bien au sein de ces couples. En gros, l'idée est que le fait d'être ensemble ne justifie pas pour autant qu'un couple marche parfaitement. Il peut y avoir une usure au sein du couple et de manière extensive on peut se retrouver avec des couples qui n'ont plus grand chose en commun ou à partager. L'idée est traitée de façon comique et de façon caricaturale (le but étant manifestement de faire avant tout sourire le spectateur) ce qui est dommage car il y avait moyen de faire quelque chose de bien avec une telle thématique.

D'ailleurs, le film n'est pas fin pour deux sous car, comme par hasard, les couples vont d'abord s'éloigner avant de se retrouver dans un happy end moralisateur qui n'est pas de bon aloi.
Pour jouer dans ce film bien calibré, on retrouve pourtant dans les rôles principaux des acteurs chevronnés, vus déjà dans des films ou téléfilms. On a ainsi Kristin Davis, bien connue pour sa participation dans la série Sex and the city. Il y a aussi la belle Kristen Bell, vue notamment dans l'excellent film Reefer madness. Notons aussi la présence de Vince Vaughn et de Jon Favreau. Ces acteurs ont la malchance d'interpréter des rôles qui font fortement penser à des archétypes. Le pire en la matière étant le rôle qui a échu à Faizon Love, l'acteur jouant un black gros, lourd dans certains de ses propos et toujours fatigué. Le pauvre Faizon Love est le personnage type qui est censé en lui-même faire rire, comme lorsqu'il se retrouve tout nu ou encore le fait qu'il n'arrive pas à suivre ses camarades lors d'épreuves sportives.

thrapie3Les personnages secondaires ne sont pas non plus d'une grande finesse : le professeur de sport est un hispanique bien bronzé et musclé. Malgré tout, son personnage est quelque peu amusant car il joue un obsédé et à tout le moins un homme entreprenant. La scène d'assouplissement n'est certes pas fine mais elle demeure assez drôle.

Au niveau des personnages secondaires, on retrouve Jean Réno dans un rôle de vieux sage. L'acteur cabotine quelque peu mais il n'est pas celui qui est le moins crédible pour le coup.
En dépit d'un scénario prévisible et de personnages archétypaux, le film réserve quelques scènes sympathiques : outre celle de l'assouplissement, il y a la scène du massage et celle des tests psychologiques. Et puis quelques dialogues sont à retenir, comme lorsque l'un des hommes déclare que « les relations sont des rues à deux sens, pas une autoroute et un sentier pédestre. »
A l'inverse, certaines scènes sont carrément inutiles et même risibles, comme la partie interactive de jeux vidéo. On se demande comment les scénaristes sont capables d'idées aussi indigentes.
Au final, que penser de Thérapie de couples ? Il s'agit d'une comédie « conventionnelle » qui se suit sans déplaisir mais ne se démarque nullement des nombreux autres films dans ce genre qui sortent chaque année. A voir, uniquement si l'on à rien d'autre à faire.

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18 novembre 2016

Toni Erdmann de Maren Ade

toni1Titre du film : Toni Erdmann

Réalisatrice : Maren Ade

Année : 2016

Origine : Allemagne

Durée : 2h42

Avec : Peter Simonischek (Winfried – Toni Erdmann), Sandra Hüller (Inès), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d'un bouleversement profond.

 

Présenté en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, Toni Erdmann y est reparti bredouille alors qu’il avait les faveurs des critiques. Ces derniers ne s’y étaient pourtant pas trompés. Toni Erdmann est une œuvre aussi excellente que singulière.

Sa réalisatrice, l’allemande Maren Ade, a mis en scène une comédie dramatique forte, où le sens du burlesque risque toutefois de décontenancer plus d’un spectateur.

Et pourtant, c’est bien ce qui fait l’originalité de Toni Erdmann. D’emblée, on entre dans le quotidien de Winfried, un soixantenaire célibataire, employé dans une école, dont le signe particulier est d’aimer faire des farces à ses congénères. La première « victime » est son facteur. Il lui fait croire que son colis est destiné à son frère sortant de prison. Après s’être déguisé grossièrement pour faire croire qu’il est ce fameux frère, il lui dit que le colis est piégé avant de lui avouer qu’il s’agit d’une blague. Cette plaisanterie est symptomatique du mode de pensée de Winfried. Il adore faire le pitre et amuser son entourage. Quelque part, il a conservé un esprit d’enfant.

toni4Tout l’inverse de sa fille, Inès, cadre dans un grand cabinet d’audit international. Cette jeune femme, très stricte, ne prend pas vraiment le temps de s’amuser. Son travail de conseil en externalisation en Roumanie, lui accapare l’intégralité de son temps. Elle est obnubilée par sa réussite professionnelle et est prête à tout pour y arriver, y compris à assister à des dîners mondains ennuyeux ou à faire visiter Bucarest à la femme d’un client important sur son temps libre.

Forcément, quand Winfried débarque à l’improviste chez Inès, nul doute que les choses ne vont pas se passer comme prévu pour la jeune cadre dynamique. Notre trublion vient perturber le quotidien minutieusement établi d’Inès : il perturbe son principal client, il fait l’imbécile avec ses collègues de travail et ses connaissances.

L’apparente bouffonnerie de Winfried pourrait donner l’impression que le film repose uniquement sur son aspect comique. Que nenni. Lors d’une discussion en tête à tête avec sa fille, Winfried lui demande si elle est heureuse dans la vie. Question à la fois simple et complexe pour cette femme ne souhaitant absolument pas se lancer dans une introspection, pouvant se révéler douloureuse. Raison pour laquelle elle écourte le séjour de son père, fatiguée de ses facéties et de son intrusion dans sa vie.

Alors que l’on pense que Winfried a rejoint l’Allemagne, il revient à la charge pour le deuxième acte du film sous l’identité de Toni Erdmann. Il se présente désormais en tant que coach de vie et consultant, ami de Ion Tiriac. Il repart de plus belle dans ses bouffonneries, dans le but évident de se rapprocher de sa fille et de lui faire comprendre que l’essentiel est ailleurs pour cette business woman.

Affublé d’un dentier répugnant et d’une perruque ridicule, Toni Erdmann n’a pas peur de se moquer de lui-même avant de pointer du doigt tous ces bourgeois et autres riches méprisants à l’égard d’autrui.

toni5Si la cinéaste Maren Ade prend le parti de l’humour, c’est pour mieux critiquer notre société capitaliste actuelle, où l’argent est devenu le cœur de tout. Derrière les conseils en externalisation prodigués par Inès, il y a surtout des gens sur le point de perdre leur emploi. Pour quelle raison ? Pour augmenter les profits d’une entreprise qui n’en a jamais assez. Toni Erdmann s’en prend ouvertement à ces méthodes au management douteux et fustige également les fastes de bourgeois / cadres déconnectés de la réalité. On est proche de la description des golden boys version American psycho.

Heureusement, le film ne se focalise pas seulement sur les travers de notre société. C’est aussi une étude – plus fine qu’il n’y paraît – de la relation entre un père et sa fille. Si les deux paraissent totalement opposés, il n’empêche qu’ils ont un point commun : celui d’être désespérément seuls. Le besoin de se retrouver est donc fondamental.

A cet effet, si le film joue à fond la carte du burlesque, il réserve quelques beaux moments d’émotion. On songe notamment à cette scène surréaliste où Winfried – Toni Erdmann se rend à la fête de sa fille (une fête mémorable, prouvant qu’elle a commencé à changer) affublé d’un étrange costume bulgare, lointain cousin de Chewbacca. D’après les us et coutumes locales, ce costume aurait pour but de chasser les mauvais esprits. En l’état, c’est une façon pour Toni Erdmann de libérer Inès des entraves mentales qu’elle s’est créées. Et en avant la liberté ! La fin du film, très ouverte, comporte peu de dialogues. Pratiquement tout se joue au niveau des regards échangés entre Toni Erdmann et sa fille.

D’ailleurs, la réussite de ce long métrage tient pour beaucoup à sa distribution. Peter Simonischek est épatant de naturel dans le rôle de Winfried – Toni Erdmann. Quant à Sandra Hüller, elle donne bien le change dans le rôle difficile de l’impavide et ambitieuse Inès. Sans eux, le film n’aurait pas le même cachet.

Pour autant, tout n’est pas parfait. Le principal reproche que l’on peut formuler tient à la durée du film. Les 2h42 qui attendent le spectateur ne sont pas justifiées. Il eut été plus judicieux de couper certaines séquences, pour limiter la durée à un total de deux heures, par exemple. Il faut reconnaître que la première heure, sans être laborieuse, est trop étirée.

Dans l’ensemble, Toni Erdmann n’en demeure pas moins une œuvre atypique, très drôle et touchante par moments. Cela n’est pas un hasard si Toni Erdmann déclare être un coach de vie. Celui qui est le référent du spectateur, est aussi un miroir pour ce dernier. Il est là pour nous amener à reconsidérer notre propre vie. Vous avez dit bien vu ?

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08 novembre 2016

Moi, Daniel Blake de Ken Loach

moidaniel1Titre du film : Moi Daniel Blake

Réalisateur : Ken Loach

Année : 2016

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h39

Avec : Dave Johns (Daniel Blake), Hayley Squires (Katie), Briana Shann (Daisy), Dylan McKiernan (Dylan), etc.

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Synopsis : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction.

 

Après deux fictions sympathiques (La part des anges, Jimmy's Hall), le grand Ken Loach est de retour. Le jury cannois ne s'y est pas trompé en lui délivrant la palme d'Or.

Dans It's a free world (2008), il dénonçait de façon virulent les pratiques douteuses d'agence de recrutement, profitant de la détresse d'immigrés ayant besoin d'un emploi pour se faire de l'argent sur leur dos.

Dans Moi, Daniel Blake, Ken Loach se place comme souvent du côté des opprimés. Daniel Blake, menuisier de 59 ans, victime d'une crise cardiaque, se trouve en convalescence. Or, son allocation « invalidité » est suspendue car il serait en capacité de travailler !

Ken Loach critique ouvertement cette situation ubuesque où une personne est déclarée apte au travail, suite à une évaluation d'un cabinet indépendant disposant d'un questionnaire standardisé, alors que son médecin la considère comme malade. Pour toucher cette fois le chômage, Daniel Blake doit donc s'inscrire à des formations obligatoires et solliciter des employeurs... alors qu'il ne peut pas travailler. Cette situation est intolérable, surtout pour des gens qui sont proches de la retraite et dont l'état de santé est précaire.

moidaniel3L'évolution de la société britannique, mais aussi des autres sociétés dites « développées », est tout aussi préoccupante. Ken Loach pointe du doigt ces nouvelles technologies qui laissent sur le bord du chemin nombre de personnes. La fameuse fracture numérique, chère à notre ancien président, n'a jamais été aussi vraie. Daniel Blake, travailleur manuel par excellence, doit apprivoiser internet pour faire une demande d'allocation chômage par internet alors qu'il ne connaît pas l'outil informatique. Et l'administration n'en a cure si des gens ne savent pas comment faire. C'est à se demander si ça ne l'arrange pas. D'ailleurs, les centres d'appel sont là pour renseigner les gens ou plutôt les décourager : temps d'attente interminables, réponses évasives, sont au programme. Il n'y a plus de relation entre un citoyen et un fonctionnaire concerné. Désormais, l'administration est désincarnée, sans aucune considération pour autrui : les gens ne sont plus que des numéros perdus dans un système.

Si Moi, Daniel Blake est une fiction, on a pourtant l'impression d'assister à une scène de la vie courante, tant les choses décrites paraissent réalistes. La politique des prestations sociales de l'Etat britannique en faveur des plus démunis fait franchement froid dans le dos. On a vraiment de la peine pour ces gens, qui se retrouvent dans des situations terribles, alors qu'elles cherchent plus que tout à s'en sortir.

Comme l'a indiqué en entretien Ken Loach, le point de départ de son film est « le thème universel de ces gens qui se battent pour survivre. » Malgré toutes les embûches se dressant sur son chemin, Daniel Blake reste plus que jamais un homme volontaire, faisant preuve d'opiniatreté et même d'humour face à une administration standardisée, faisant preuve d'une bêtise sans nom.

Et si le propos du film est extrêmement noir, il a le mérite de mettre en lumière des situations inacceptables. Faire réfléchir le spectateur, l'inviter à se rebeller ou à faire évoluer la société, telles sont sans doute des vœux chers à Ken Loach en mettant en scène Moi, Daniel Blake : « Le cinéma est porteur de nombreuses traditions, l'une d'entre elles est de présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants, j'espère que cette tradition se maintiendra. »

Heureusement, la situation est grave mais pas désespérée. Il subsiste encore de maigres courants d'humanisme, de fraternité. Dans cette chronique sociale ô combien d'actualité, Daniel Blake connaît des moments difficiles mais il n'oublie pas pour autant d'aider des personnes, elles aussi dans le besoin. Il jette ainsi son dévolu sur Katie, une jeune mère célibataire avec deux enfants, qui débarque du jour au lendemain dans une ville inconnue, sans emploi, avec comme seule assurance un logement social vétuste. L'esprit d'entraide, totalement désintéressé, véhiculé tout au long du film par Daniel Blake, fait plaisir à voir. Il rend service à ses voisins et fait tout pour sortir d'un mauvais pas Katie, qui plonge progressivement, jusqu'à devoir prendre des décisions radicales.

moidaniel2De la même façon, le spectateur est amené à porter un regard plein d'empathie, lorsqu'a lieu la scène à la banque alimentaire. On y découvre d'un côté des gens démunis – acceptant de mettre de côté leur amour-propre – et de l'autre des bénévoles prêts à tout pour aider ces gens. Voilà qui permet de nuancer un peu le propos d'un film très dur.

La tension permanente du film, le sentiment d'incompréhension et de révolte, ne seraient pas aussi vivaces chez le spectateur sans son excellente distribution. On a franchement l'impression que les acteurs jouent leurs propres rôles. Comme quoi, même à son âge, Ken Loach demeure un formidable directeur d'acteurs. Évidemment, la performance la plus impressionnante est celle de de Dave Johns officiant dans le rôle de Daniel Blake. Cet humoriste de profession surprend par la justesse de son interprétation. Hayley Squires est également remarquable dans le rôle de la pauvre Katie, faisant tout pour sortir sa famille de la misère.

Avec Moi, Daniel Blake, Ken Loach signe un film engagé où la bêtise de l'administration n'a d'égale que son manque de considération pour autrui. Comme l'écrit Daniel Blake dans son courrier de réclamation auprès de l'administration « Je suis un homme. Pas un chien. »

Il devient plus que jamais urgent de remettre l'Homme au cœur de toutes les préoccupations.

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29 octobre 2016

Une vie entre deux océans de Derek Cianfrance

unevieentre1Titre du film : Une vie entre deux océans

Réalisateur : Derek Cianfrance

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h13

Avec : Michael Fassbender (Tom Sherbourne), Alicia Vikander (Isabel), Rachel Weisz (Hannah Roennfeldt)

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Synopsis : Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant…

 


Après Blue Valentine (2011) et The place beyond the pines (2013), le cinéaste Derek Cianfrance continue dans sa veine mélodramatique avec son nouveau film : Une vie entre deux océans.

Son acteur fétiche Ryan Gosling n'est pas présent, mais les spectatrices ne perdent pas forcément au change puisque le rôle principal est tenu par le beau Michael Fassbender. Il endosse le rôle de Tom Sherbourne, un homme brisé. Sans repères et traumatisé par la grande guerre, il n’a qu’une idée en tête : rester seul dans son coin, coupé du monde extérieur. C’est pour cette raison qu'il accepte le travail de gardien de phare sur une île (minuscule).

Evidemment, comme on a affaire à une histoire d’amour, on se doute bien que Tom ne va pas rester seul indéfiniment. Il est sensible au charme et aux sollicitations de la belle Isabel, qui lui redonne progressivement goût à la vie. Les choses se suivent comme dans un conte de fées avec un mariage pour sceller l’union entre ces deux êtres.

unevieentre4La suite est moins ravissante : si effectivement « ils se marièrent », le bas blesse dans le sens où ils n’eurent pas « de nombreux enfants ». Pour Isabel, les fausses couches se multiplient et la belle souffre de plus en plus de solitude sur son île.

Le réalisateur Derek Cianfrance oppose de manière subtile la beauté des paysages naturels et notamment l’océan semblant apporter le calme et tout ce qui propice à la réflexion, à des personnages principaux vivant de plus en plus difficilement leur amour.

En digne héritier de Douglas Sirk, et dans la droite lignée de Blue Valentine, Derek Cianfrance met en avant l’usure du couple et les difficultés à surmonter des drames familiaux. Le film gagne en épaisseur par la tension qui monte progressivement. L’étude de couple est plutôt bien vue.

L’arrivée (miraculeuse) d’un bébé à bord d’un canot, tel Moïse sauvé des eaux, ne va pas changer la donne : Isabel y voit l’occasion rêvée de combler son ardent désir de fonder une famille ; Tom doit de son côté remettre en cause ses principaux d’honnêté et accepter de vivre avec un enfant qui n’est pas le sien.

Derek Cianfrance n’a de cesse de jouer sur les oppositions : opposition entre la nature et la condition de l’homme ; opposition entre les personnages principaux ; opposition entre les situations (d’un côté une famille accueillant un bébé ; de l’autre une femme ayant perdu son enfant). Sur ce point, les symboles sont également bien présents, à l’image du nom de l’île : Janus. Ce dieu aux deux visages opposés, évoque étymologiquement le mois de janvier. Il est donc tout à la fois le passé récent (l’année qui vient de s’achever) le futur qui s’apprête à démarrer.

Ces oppositions, reposant sur des histoires personnelles bien concrètes, créent le sel d’Une vie entre deux océans. Car derrière le titre se cache clairement la vie d’une petite fille, écartelée entre sa famille d’accueil et une mère biologique inconnue. Chacun a vécu des drames (les affres de la guerre pour l’un, les fausses couches pour l’autre, la disparition d’un mari et d’une enfant pour une autre) et tente de s’en remettre. De manière très subtile, Derek Cianfrance ne juge pas ses personnages. Au contraire, il laisse entendre que chacun a ses raisons, même si elles ne sont pas forcément les meilleures. Dans ce mélodrame prenant des allures de triangle affectif autour de l’enfant, Michael Fassbender prend (une nouvelle fois) le rôle du martyr, celui qui est prêt à se sacrifier (comme dans Hunger) pour l’amour des siens. Le film monte alors en puissance mélodramatique, laissant le spectateur dans l’espoir d’un retournement heureux.

unevieentre2Mine de rien, avec un film semblant relativement balisé sur le plan scénaristique, Derek Cianfrance convoque des notions morales aussi essentielles que l’amour, le pardon et la culpabilité, donnant d’autant plus de hauteur à son œuvre.

Les spectateurs pourront en outre se satisfaire de la beauté des décors, des vêtements portés par les personnages qui respectent bien l’époque de ce début du XXème siècle.

La mise en scène, plutôt classique, est également au diapason du film. On appréciera notamment le générique de fin avec ces très belles surimpressions, renforçant le sentiment de romantisme qui se dégage du film.

Évidemment, Une vie entre deux océans ne serait rien sans ses deux acteurs principaux. Dans un rôle qui lui sied à merveille, Michael Fassbender est impeccable dans le rôle tourmenté de Tom Sherbourne. Alicia Vikander lui rend très bien la pareille en femme déchirée, voulant plus que tout un enfant. Rachel Weisz a droit pour sa part à un personnage moins bien écrit et trop effacé par rapport aux deux autres.

Une vie entre deux océans est le film parfait à voir en couple. Le mélodrame de l’année ? Sûrement !

19 octobre 2016

The strangers de Na Hong-Jin

thestrangers1Titre du film : The strangers

Réalisateur : Na Hong-Jin

Année : 2016

Origine : Corée du Sud

Durée : 2h36

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Synopsis : La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi , un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

 

Après The chaser (2008) et The murderer (2010), le cinéaste sud-coréen Na Hong-Jin revient aux affaires avec sa nouvelle oeuvre, The strangers. Son nouveau film a même eu droit aux honneurs du festival de Cannes, où il a été présenté "hors compétition".

Si Na Hong-Jin met en scène à nouveau un thriller, celui-ci se situe clairement dans une autre dimension, par rapport à ses précédents films. The chaser et The murderer constituent d’excellents thrillers urbains, mais dont le scénario est relativement balisé. Avec The strangers, l’action du film se déroule désormais à la campagne, qui constitue à elle seule quasiment un personnage à part entière du film. Et puis ce long métrage ne touche pas à un genre mais à plusieurs : on est tout aussi bien dans le thriller, le film de zombies, la satire de mœurs, le drame familial, le film de vengeance, le film d’exorcisme.

thestrange3Au départ, avec une série de meurtres qui ont lieu dans un petit village, le spectateur pense qu’il a affaire à une enquête policière, dans le style de Seven de David Fincher ou du très bon film sud-coréen Memories of murder de Bong Joon-Ho. Que nenni. Le « héros » du film, Jong-Gu, un policier fainéant, couard et peu impliqué dans son travail, ne tarde pas à comprendre qu’il se passe des choses mystérieuses. Les morts se révèlent effroyables – la violence est une thématique récurrente du cinéma de Na Hong-Jin – et les personnes soupçonnées en la matière, ont des yeux révulsés et une maladie de peau, les faisant passer pour des zombies.

Au même titre que Jong-Gu est perdu et n’arrive pas à faire le lien avec ce qui se passe, le spectateur est baladé pendant les 2h36 du film. Avec une grande rigueur au niveau de sa mise en scène, le réalisateur sud-coréen égare le spectateur dans cette communauté rurale où l'on ne sait pas bien où l'on peut se trouver.

Il est fortement conseillé de mettre de côté toute considération cartésienne, car ce long métrage se plaît à naviguer dans le surnaturel. Les fantômes – à moins qu’il ne s’agisse de morts-vivants – rendent visite aux humains et surtout les démons sont de la partie. Plusieurs personnes semblent envoûtées, y compris la propre fille de Jong-Gu. Ce dernier multiplie donc les solutions pour tirer sa fille d’un mauvais pas : la religion catholique par la présence d’un prêtre mais aussi un chaman qui en appelle aux forces de la nature.

Rapidement, Na Hong-Jin donne l’impression de surfer sur les traces de L’exorciste. The strangers se fait l’écho de quelques excès de folie, dignes de l’oeuvre de Friedkin. Le spectateur devient même le témoin d’une étrange scène de transe, où tous les sens sont mis en éveil. Na-Hong Jin a la bonne idée de procéder à un astucieux mélange alterné, avec magie blanche et magie noire qui se répondent coup pour coup. La scène est assez impressionnante, et marque durablement la rétine. Sûrement plus d’ailleurs que la scène phare de désenvoûtement dans L’exorciste. Une fois cette scène terminée, on peut penser qu’on va d’autant plus facilement reprendre le fil de l’histoire. Encore une fois c’est raté. C’est plutôt l’inverse qui se produit. Cette scène peut même être vue comme la césure entre l’aspect purement policier du long métrage et la suite où l’on nage, comme Jong-Gu, dans des eaux totalement inconnues.

thestrangers3Le réalisateur se plaît d’ailleurs à jouer sur les rapports complexes existant entre la Corée du Sud et le Japon, qui a occupé la Corée du Sud jusqu’en 1945. Il subsiste actuellement chez certains Sud-Coréens un sentiment de haine vis-à-vis des Japonais. Tout comme avec leurs voisins de la Corée du Nord. Na-Hong Jin laisse au spectateur le soin de juger des rapports entre Sud-Coréens et Japonais. Toujours est-il que cela n’est pas un hasard si le « héros » s’en prend à un ermite japonais, alors qu’il ne dispose d’aucun commencement de preuve. Le Mal, qui est présent d’un bout à l’autre du film, a sans doute pris cette apparence pour mieux tromper notre protagoniste. Les actes de Jong-Gu ne sont-ils pas le reflet d’une vengeance aveugle ? La question mérite d’être posée. D’autant que les éléments de réponse peuvent être multiples.

Dans un dernier acte où il brouille encore plus les cartes avec des rebondissements à la chaîne, Na-Hong Jin déplace définitivement l’intrigue d’un courant rationnel vers des contrées inattendues. Tout est sujet à une remise en question, alors que les twists ne cessent de pulluler : la dame blanche, clin d’oeil aux films de fantômes asiatiques, est-elle un ange ou un démon ? De quel côté se situe le chaman ? Qui est cet étrange ermite ?

A la fin, on ne sait plus du tout où on en est. C’est comme si cette succession de twists était le résultat de la propagation du Mal, qui aurait gagné tout le village.

Œuvre totalement atypique, imprévisible, déroutante, The strangers est sans doute le film le plus ambitieux de son auteur. En dépit de sa relative longue durée (2h36), on ne voit pas le temps passer. Le film est toutefois destiné à des spectateurs ouverts d’esprit, car on sort clairement des sentiers battus.

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