Déjantés du ciné

29 septembre 2016

Blair Witch d'Adam Wingard

blairwitchTitre du film : Blair Witch

Réalisateur : Adam Wingard

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h29

Avec : Callie Hernandez, Brandon Scott, Valorie Curry, James AllenMcCune, Corbin Reid, Wes Robinson

FICHE IMDB

Synopsis : James et un groupe d'amis décident de s'aventurer dans la forêt de Black Hills dans le Maryland, afin d'élucider les mystères autour de la disparition en 1994 de sa sœur, que beaucoup croient liée à la légende de Blair Witch.

 

En 1999, les réalisateurs Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, alors totalement inconnus, avaient réussi un coup de maître avec leur premier long métrage, Le projet Blair Witch. Nanti d’un budget initial de 60 000 dollars, ce film a rapporté la bagatelle de 250 millions de dollars dans le monde entier.

Même si Le projet Blair Witch est considéré aux yeux de certains comme un film « malin », il faut tout de même lui reconnaître le mérite de générer chez le spectateur un sentiment de peur avec seulement trois bouts de ficelles (des sons étranges, des pierres disposées d’une certaine façon, etc.). Tout se passe hors champ, et l’imaginaire accentue ce sentiment de peur.

blairwitch3Le projet Blair witch a tellement bien marché qu’il a suscité une vague entière de rejetons, dont la maigreur du scénario était compensée par ce filmage en « found footage ». Cela étant, il est utile de rendre à César ce qui appartient à César. Ainsi, des cassettes retrouvées un peu miraculeusement justifiant le visionnage d’un « faux documentaire » ne datent pas du projet Blair Witch mais de Cannibal holocaust (1980).

Le projet Blair Witch est devenu un standard d’un sous-genre horrifique, comme l’avait été en son temps Scream (1996) qui avait relancé la mode du slasher.

En revanche, on peut légitimement s’interroger sur l’intérêt de faire une suite du projet Blair Witch, qui a plutôt des allures de remake. La paresse des scénaristes à Hollywood ? Sans doute. L’appât du gain ? Probablement. Quoi qu’il en soit, les producteurs ont tout de même mis aux commandes de ce Blair Witch un certain Adam Wingard, réalisateur connaissant bien le genre, puisqu’il s’était fait connaître en 2013 avec l’efficace film d’horreur You’re next.

Malheureusement, son remake du projet Blair Witch est un échec cuisant, où un minimum d’indulgence est nécessaire pour y trouver des sources d’intérêt. Dans cette fausse suite du film original, le frère d’Heather, une des disparues du projet Blair Witch, part à la recherche de sa sœur dans la forêt de Black Hills, avec des amis et des guides rencontrés quasiment sur place.

Profitant des nouvelles technologies existantes, le film fait l’étalage de toutes les nouvelles sources de filmage. Outre des petites caméras vidéo, on a droit à des smartphones et même un drone, pour des prises de vue donnant de la hauteur à l’ensemble. Mais tout ça c’est bien beau, cela ne fait pas pour autant un film. On s’ennuie sérieusement pendant toute la première partie de ce long métrage où il ne se passe réellement pas grand-chose.

Le principal reproche à faire à ce Blair witch est d’être parti dans une mauvaise direction, d’entrée de jeu. Le projet Blair Witch s’était avéré efficace par une approche suggestive, en dépit d’une économie de moyens. Dans ce remake, on voit pratiquement tout à l’écran. Le spectateur n’a donc rien à imaginer dans sa tête. Et puis, dans la surenchère, Adam Wingard en fait des tonnes : il y a beaucoup plus de personnages que dans le film initial, à tel point qu’ils n’ont aucune consistance et que l’on se moque de leur destinée ; on assiste à des signes de plus en plus visibles de la sorcière, ne laissant aucun doute sur l’issue finale ; il se met en place une surenchère de violence qui n’est pas d’une grande finesse. A cet effet, on sera surpris de constater que l’une des héroïnes, pourtant handicapée par une jambe purulente, escalade un arbre en pleine nuit avec une facilité déconcertante. On se demande s’il ne faut pas rire devant cette scène ridicule. Au moins, cette séquence retient l’attention du spectateur.

Ce qui n’est pas le cas du reste de ce Blair Witch où l’on n’a jamais peur. Ce qui est tout de même dommageable pour un film censé traumatiser le spectateur.

blairwitch2Les plus courageux, ceux ayant bravé l’ennui et l’indifférence pour regarder le film jusqu’à la fin, seront toutefois récompensés de leurs efforts. Car les dix dernières minutes sont clairement les plus abouties. Si l’on accepte le paradigme selon lequel les personnages vont tout droit dans la gueule du loup, restent quelques moments de trouille plutôt bien sentis. La cabane de la sorcière est assez effrayante en soi et le côté labyrinthique de l’ensemble fonctionne parfaitement. A tel point que l’on peut y voir une représentation psychique du mal de la part de nos protagonistes ? Enfin, sur ce point, pas sûr qu’Adam Wingard ait pensé à tout cela.

Toujours est-il que Blair Witch se termine bien mieux qu’il n’a commencé, avec enfin quelques scènes d’horreur dignes de ce nom. Pour autant, c’est tout de même bien peu pour sauver du naufrage un remake totalement décevant.

Seuls les spectateurs ne connaissant pas l’original et tous les films en found footage écrits sur le même modèle, sont en mesure d’apprécier ce produit commercial bien trop calibré et inoffensif. Mais de tels spectateurs existent-ils, ou sont-ils une légende, comme la fameuse sorcière… L’histoire ne le dit pas.

Posté par nicofeel à 06:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


19 septembre 2016

Possession d'Andrzej Zulawski

possessionTitre du film : Possession

Réalisateur : Andrzej Zulawski
Année : 1981

Origine : France

Durée : 2h 05 mn

Avec : Isabelle Adjani, Sam Neill, Margit Carstensen

FICHE IMDB

Synopsis : Rentrant d’un long voyage, Marc retrouve à Berlin sa femme Anna et son fils, Bob. Mais rapidement, il se rend compte que le comportement de sa femme a changé. Prise de violentes crises, elle quitte le domicile. L'amie du couple, Annie, révèle à Marc le nom de l'amant d’Anna, Heinrich. Lorsqu’elle disparaît, Marc engage un détective qui découvre bientôt qu’Anna s'est réfugiée dans une étrange demeure où semble se cacher une créature surgie des ténèbres.

 

Possession est certainement le diamant noir de Zulawski. Tourné lors d'une période douloureuse pour le réalisateur qui sort d’un divorce difficile, le métrage peut n'être vu que sous l'angle d’une métaphore de cette séparation. Si cette thématique est bien présente, le film s’avère bien plus complexe comme semble le souligner de manière presque insidieuse le titre au travers de sa définition.

Possession :

– fait de posséder quelque chose,

– phénomène diabolique qui fait d'un sujet l'instrument du démon,

– forme de délire dans laquelle le malade s'imagine habité par un démon.

Le titre, par sa polysémie, entretien une ambivalence que l'on retrouvera tout au long du métrage.

possession6Sur le fond, Zulawski traite d'une histoire simple, pour ne pas dire banale : la séparation d'un couple et ses déchirures. Cela permet au réalisateur de mettre en scène l'hystérie comme lui seul semble capable de le faire : dans un cadre froid, aux lumières délavées bleutées, la caméra tourbillonne jusqu’au vertige provoquant le malaise. Par cette technique, quasi immersive, Zulawski rend son film plus viscéral encore, sentiment renforcé par les nombreuses scènes tournées en intérieur. Le cadrage très serré, utilisant à merveille l'architecture désincarnée de Berlin, rend les quelques scènes extérieures claustrophobiques.

Dès les premiers plans, Zulawski nous prévient : Possession n'est pas et ne sera pas un film aimable, ni facilement abordable.

L'arrivée de Marc (un Sam Neil jeune et remarquable en mari transi) est vue au travers d'un long travelling sur le mur de Berlin, sur lequel on peut lire subrepticement cette inscription : « die mauer muss fallen » (le mur doit tomber) comme une injonction, comme la prédiction d'un bouleversement. Le mur, que l'on apercevra à diverses reprises au cours du métrage, constitue, au même titre que Berlin, un personnage à part entière.

Sans scène de présentation aucune, Zulawski nous fait pénétrer directement au cœur des problèmes de couple que rencontrent Anna et Marc : sans recul, presque cliniquement, nous découvrons que celui-ci est au bord de la rupture. Si le premier constat semble se faire sans amertume ni éclat, rapidement les choses vont évoluer.

Marc, qui rentre d’un voyage, au cours duquel il a accompli une étrange mission (d’espionnage, sans doute) met fin à ses activités pour se consacrer à son couple, mais il constate qu’il est déjà trop tard : la rupture est définitive et Anna semble avoir déjà un autre amant, depuis quelque temps.

Zulawski se révèle un fin observateur de la psychologie humaine au sein de ce drame du quotidien qui voit un couple se déchirer, pour des raisons qui restent obscures, ce dont les protagonistes ont conscience au départ :  « il ne faut pas avoir peur, dira Marc, ce qui nous arrive est peut-être normal ». La lente érosion du couple est présentée comme inévitable, même si elle semble échapper à toute explication, du moins au départ. Car chacun semble (vouloir) rester sur une image positive du couple, et des instants vécus. Bob, le fils unique, ne semble rapidement devoir jouer qu’un rôle d'  « objet transactionnel » (pour parodier la formule de Winnicott : l'objet transitionnel). Ici, l’enfant devient le premier objet de « possession », ce de manière purement perverse serait-on tenté de dire : est-ce l’amour maternel qui « oblige » Anna a s'occuper de Bob, ou est-ce son incapacité à se séparer vraiment de Marc ? Marc ne reprend-il la garde de Bob que par amour paternel, ou parce que Bob est un « moyen » détourné de revoir Anna ? Bob, existe-t-il pour lui-même, ou parce qu’il permet à chacun des protagonistes de revoir l’être aimé ? Bob est-il autre chose que la représentation fantasmée du couple parfait ?

possession3Les questions sont multiples, et Zulawski ne fait que dresser des pistes, sans apporter de réponses, bien entendu.

Il convient d'ajouter, afin de nouer l'histoire personnelle de Zulawski avec celle du film, que le personnage de l'amant, Heinrich, sorte de gourou prônant la liberté, le dépassement des normes et de soi, s'exprimant dans un pompeux verbiage emprunt d’images néo-psychédéliques, semble directement inspiré par l'amant de sa propre femme.

Ici, le personnage, et son discours, s’intègre parfaitement dans la, ou plutôt les thématiques du film.

Possession traite de la rupture du couple, du moins en apparence, et cela ne semble être qu’un prétexte. Il traite de la folie, du double et de la société qui les rend possible : le totalitarisme.

La folie, tout d'abord, apparaît par petites touches, au gré des phrases des uns et des autres, comme au détour d'un simple mouvement de caméra ; en cela, la mise en scène de Zulawski est remarquable : l'instabilité de sa caméra, très mobile, aux mouvements amples et circulaires, dessinant des spirales vertigineuses, propres à créer le malaise et à préfigurer le pire : la scène où Marc est interrogé par ses employeurs à propos de sa mission, est un modèle du genre.

En effet, nous voyons le personnage incarné par Sam Neil assis face à une vaste table où se tiennent 6 hommes, qui le harcèlent véritablement de questions. Au cours de l'entretien, la caméra décrit des cercles autour des personnages, mais de manière chaotique : l’épicentre des mouvements semble en constante évolution, comme s’il était constamment remis en question, rendu instable par un mécanisme extérieur qui pourrait n'être que le dialogue en cours. Celui-ci, sous des apparences tranquilles ressemble plus à une joute verbale, où chaque saillie verbale, chaque question ou réponse vise à marquer des points et faire remporter son point de vue.

Cette scène me semble matricielle : métaphoriquement nous pourrions comparer le jury au surmoi qui entrerai en conflit avec le moi, cherchant à le pervertir, préfigurant ainsi le déchaînement des pulsions et passions à venir.

Ainsi, Marc, homme sensé, bien vu par sa hiérarchie et qui semble prendre la rupture de son couple de manière raisonné, même s’il en est logiquement affecté, va-t-il basculer peu à peu.

Car, au fond, Marc est un amoureux transit, mais aussi un mari terriblement jaloux et possessif. C’est là qu’intervient la deuxième référence au terme de « possession ». Profondément marqué par cette rupture et le départ de Anna, Marc va tout simplement sombrer : nous le voyons plonger dans les affres de l'alcool, devenant méconnaissable, s’isolant. Devenu hirsute, et semblant émergé de sa léthargie, il est dans l'incapacité de s'exprimer. À la phase d'abandon va succéder la réaction, aussi violente que l’abandon était profond.

De son côté, le comportement de Anna ne manque pas d’interroger également : décidée à rompre, elle ne peut pourtant s'empêcher de revenir dans l’appartement qui était le leur, sous prétexte de s’occuper de Bob. Or, celui-ci est particulièrement absent, et ne semble être qu’un prétexte.

Le film verra Anna plonger dans un délire meurtrier, irréversible. Les points de rupture seront nombreux : la tentative de suicide dans la cuisine, la masturbation dans l'église jusqu'au point culminant qui la verra entrer réellement en transe dans les couloirs du métro. Cette scène est d'ailleurs particulièrement forte, filmée en plan séquence ce qui renforce son caractère éprouvant, la caméra enferme littéralement Anna dans sa propre folie. La possession bat ici son plein, et l'on ne peut s'empêcher de penser à « l'exorciste ». Cette scène est en effet la référence la plus directe à la possession démoniaque. Zulawski opère d'ailleurs un parallèle subtil entre la religion et le satanisme : deux scènes se répondent, montrant Sam Neil déshabillant son fils, Bob, dans l'une, sa femme Anna dans l'autre. La référence christique est évidente : Jésus lavant les corps des mendiants. Ici, c'est Marc (Sam Neil) qui est dans la posture du christ. L'autre parallèle avec le satanisme est la masturbation d'Anna dans l’Église. On retrouvera plus tard Anna les bras en croix, enlacée par la créature monstrueuse sous le regard perdu de Marc.

possession5Possession est également construit comme un vaste labyrinthe placé sous le signe de la trinité : le triangle familial : Marc, Anna, Bob, le triangle amoureux qui se joue entre Marc, Anna, et Heinrich, les trois figures de la femme : la femme réelle (Anna), la femme fantasmé (Helen), l'amante (Annie), les instances psychiques : ça (le pulsionnel – le monstre), moi (Marc, Anna), le surmoi (Berlin, le mur, les employeurs de Marc). Zulawski semble prendre un malin plaisir à décliner ces triangles comme pour mieux perdre son spectateur : ainsi, Marc a-t-il réellement frappé Anna, ou n'est-ce qu'un fantasme ? S'est-il réellement jeté aux pieds de celle-ci dans un accès d'amour passionné ? Lequel est réellement dépendant de l'autre ?

Possession est également l'occasion pour Zulawski de mettre en évidence l' ambiguïté du discours amoureux et du discours politique dans une société totalitaire : Heinrich déclarera à Anna : « je suis le seul a avoir des droits sur toi car je n'exige rien de toi. »

En écho celle-ci déclarera : « si je suis avec toi, c'est parce que tu dis « je » pour moi ». A travers ces injonctions paradoxales, Zulawski pointe la schizophrénie du discours totalitaire, de la société qui en découle. Le monstre dont Anna semble plus dépendante que réellement amoureuse peut également être vu comme un prolongement de cette folie : « « Je viens d’un endroit où le mal semble plus facile à dépister parce qu’il s’incarne dans les gens » Il devient vous-même pour que les autres voient clairement le danger d’être déformé par lui » dira Anna à Marc qui ne la comprend plus. Heinrich, gourou possessif se gargarisant de discours new-age sur la liberté est l'incarnation même de ce discours schizophrène.

D'un même geste, Zulawski condamne la vision d'un autre « idéalisé » tant par l'amour que par le discours totalitaire.

La ville elle-même est un personnage important, bien que les scènes extérieures soient rares : elle est froide, claustrophobique. Le mur symbolisant cet en-dehors, ou au-delà, inaccessible, cet absence d'horizon qui distille la paranoïa. Plusieurs plans montrent les soldats scrutant avec leurs jumelles, comme pour observer Marc ou le domicile de celui-ci.

La figure du monstre dont s’éprend Anna est elle-même hautement symbolique : représentation de cet « autre » si différent qu’il est inconcevable, il est tentaculaire, à l’image de l’amour et de la jalousie qui semblent animer Marc. Il est également une métaphore du totalitarisme et de son emprise sur les individu.

Au final, Possession est un labyrinthe amoureux, un drame existentiel et schizophrénique dont la puissance visuelle ne peut laisser indifférent. Un film qui montre toute l’étendue du talent de Zulawski récemment disparu.

Posté par peepingtom21 à 00:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

09 septembre 2016

Le fils de Jean de Philippe Lioret

lefilsdejean1Titre du film : Le fils de Jean

Réalisateur : Philippe Lioret

Année : 2016

Origine : France

Durée : 1h38

Avec : Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Marie-Thérèse Fortin, Catherine de Léan, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu'il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d'aller à l'enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n'a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

 

Le cinéaste Philippe Lioret avait beaucoup ému les spectateurs et connu un succès d’estime avec Je vais bien, ne t’en fais pas, drame familial prenant, où Kad Mérad faisait preuve d’une étonnante justesse de ton dans un rôle dramatique.

Son nouveau long métrage, Le fils de Jean, partage plusieurs points communs avec ce film. Dans les deux cas, il s’agit de drames familiaux, où la disparition d’un être cher est au cœur de l’intrigue.

Dans Je vais bien, ne t’en fais pas (2006), l’absence d’un frère pèse de plus en plus sur les frêles épaules d’Elise (« Lili »), interprétée par une épatante Mélanie Laurent. Dans Le fils de Jean, librement adapté du roman de Jean-Paul Dubois, « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi », Mathieu est un trentenaire célibataire, père d'un jeune garçon, travaillant dans une grande entreprise agro-alimentaire. Son quotidien est chamboulé le jour où il apprend que son père naturel, dont il ne connaissait jusqu’alors pas l’identité, vient tout juste de décéder.

lefilsdejean2Comme pour Elise qui cherchait à savoir ce qu’il était advenu de son frère, Mathieu est porté par une irrépressible envie de connaître ses origines. Il décide alors de débarquer au Canada où résident deux demi-frères inconnus.

De manière très subtile, Philippe Lioret déploie un mystérieux drame familial sous les yeux du spectateur, qui se retrouve tout aussi perdu que Mathieu. Le film use à sa façon des codes du thriller. Il y a un vrai suspense dans Le fils de Jean. Comment cet homme a-t-il pu disparaître au beau milieu d’un lac ? Et puis, est-il réellement mort ? Pour quelle raison l’ami de Jean, Pierre, demande à Mathieu de se faire passer pour un « ami français » et donc de mentir à ses demi-frères au sujet de son identité ? Quant à la relation historique entre Pierre et Jean, elle intrigue.

Mais après tout, dès le départ, Philippe Lioret annonce que l’on aura droit à un thriller puisque Mathieu rédige des polars pour son plaisir personnel, et que la femme de Pierre aime ce genre de livre.

Comme tout bon thriller, Le fils de Jean multiplie les artifices, les fausses pistes, les faux-semblants, et suscite de la même manière, tant chez Mathieu que chez le spectateur, espoirs naissants et déceptions manifestes. Sous une fausse identité, Mathieu apprend à connaître ses deux demi-frères et se lasse sans doute de la nature humaine, comme souvent bien plus attachée aux considérations matérielles (l’héritage de Jean) qu’aux considérations humaines. Surtout que Pierre, médecin bourru, ne lui décrit pas son père sous un jour très favorable.

L’envie de connaître la véracité des faits conduit le spectateur à s’intéresser à la quête de Mathieu. Pourtant, au bout d’un moment, on se demande bien si Philippe Lioret ne nous aurait pas conduit à un endroit précis, pour mieux nous égarer. Pourquoi diantre le père de Mathieu aurait-il laissé comme seul cadeau à son fils français un tableau, sans la moindre explication ? Stratagème calculé ? Mort fictive ?

lefilsdejean4C’est au moment où l’on a l’impression que cette histoire commence à tourner en rond que le film fait un virage à 180 degrés.

De la même façon que pour Je vais bien, ne t’en fais pas, Philippe Lioret a pris soin d’élaborer un twist ayant pour conséquence de nous amener à reconsidérer tout ce que l'on avait vu jusqu'à présent.

Si certains spectateurs ne seront pas forcément surpris par ce nœud dramatique, de dernier se révèle d’une efficacité imparable. Il a le mérite de mettre sur le devant de la scène une émotion sincère et vraie, où Philippe Lioret privilégie les regards échangés, qui en disent long sur les sentiments des protagonistes.

A l’instar de La chambre du fils de Nanni Moretti, à la fin tous les personnages sont en phase avec eux-mêmes et avec leur entourage. On a l'impression que le futur se construit aujourd’hui. On se retient de verser des larmes devant ce drame aux thématiques universelles.

C’est sans doute la distribution quatre étoiles du film qui justifie un tel sentiment. Avec sa mine juvénile de jeune premier, Pierre Deladonchamps émeut le spectateur dans le rôle de Mathieu. L’acteur est clairement le référent du spectateur par son besoin de connaître ses racines et d’aller de l’avant. Il nous touche par les relations affectives qu’il tisse avec les différents personnages du film. Nos « cousins » canadiens peuvent de leur côté se targuer de l’interprétation de Gabriel Arcand, tour à tour bougon, soutien de Mathieu et symbole de la figure patriarcale. Gravitent autour de son personnage de Pierre, deux excellentes actrices : Marie-Thérèse Fortin, dans le rôle de l’épouse aimante et bienveillante, qui en sait bien plus qu’il n’y paraît ; Catherine de Léan, dans le rôle de la fille, Bettina, qui est proche de Mathieu.

Dix ans après Je vais bien, ne t’en fais pas, Philippe Lioret réalise ce qu’il sait le mieux faire : un drame familial aux secrets savamment entretenus. Outre un scénario astucieux, il peut compter sur les très beaux paysages canadiens (la scène du lac pourrait presque rappeler la découverte de Laura Palmer dans Twin Peaks) et sur une distribution au top niveau. N’en jetez plus, la coupe est pleine et vous savez ce qu’il vous reste à faire.

lefilsdejean3

 

30 août 2016

L'économie du couple de Joachim Lafosse

leconomieducouple1Titre du film : L'économie du couple

Réalisateur : Joachim Lafosse

Année : 2016

Origine : Belgique

Durée : 1h40

Avec : Bérénice Béjo, Cédric Kahn, Marthe Keller, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c'est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c'est lui qui l'a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d'y cohabiter, Boris n'ayant pas les moyens de se reloger. A l'heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu'il juge avoir apporté.

 

Après Nue propriété (2006) et A perdre la raison (2012), le cinéaste belge Joachim Lafosse continue de tracer son sillon de l'étude de la famille. Chez Lafosse, la famille est loin d'apparaître sous un jour favorable. Il y est constamment question de tensions, d'étouffement, de désaccords profonds, avec souvent l'argent comme source de conflits.

D'ailleurs, dans son dernier film, L'économie du couple, Lafosse dépeint la vie privée de Marie et Boris, deux personnes mariées vivant sous le même toit mais ne partageant plus rien. Les sentiments ont disparu entre eux et seules leurs deux petites filles – de jolies jumelles – demeurent le lien très fragile qui les fait inexorablement cohabiter.

leconomieducouple2En dehors de leurs enfants, l'argent est au cœur de leurs discussions. Boris ne quittera pas le domicile conjugal tant qu'il n'aura pas récupéré « sa » part. Si la maison a été entièrement payé par sa femme, il estime que les travaux qu'il a effectués lui ont fait gagner de la valeur.

Pendant plus d'heure trente, on assiste à la cohabitation houleuse d'un couple qui a littéralement explosé. Boris donne l'impression d'un mari irresponsable, immature et profiteur. Il ne travaille pas et vit aux crochets de sa femme. Cette dernière ne peut pas compter sur lui et après une dizaine d'années de vie commune, elle ne peut plus le supporter. D'autant qu'il passe son temps à la chercher, à la provoquer. A se demander si cette situation ne l'amuse pas. « Ce sont tes règles » déclare-t-il à plusieurs reprises, une façon facile de l'agacer.

On sent vraiment qu'il y a un point de non retour (voir la scène du dîner avec les amis de Marie) et que les choses ne peuvent qu'aller de mal en pis. Même l'argent ne fait pas tout.

Joachim Lafosse décrit avec beaucoup de pertinence l'usure d'un couple lambda et la fin de l'amour. Son film est d'autant plus intéressant qu'il est très réaliste. Les dialogues (l'un des co-scénaristes n'est autre que Mazarine Pingeot) ciselés ne donnent pas l'impression d'être joués. On a droit à une impressionnante violence verbale, en mesure de secouer le spectateur.

Surtout que Joachim Lafosse a l'intelligence de faire adopter le point de vue de Marie. On souffre pour cette femme qui vit une séparation difficile.

A cet effet, le lieu de l'action du film n'est pas anodin. Il se passe quasi exclusivement dans cette maison familiale, avec aucun horizon à l'extérieur. De la sorte, on ressent l'étouffement de ces personnages, obligés de vivre en vase clos, faute de mieux. La mise en scène épouse d'ailleurs les thématique de ce long métrage. Les nombreux plans fixes sont là pour signifier l'absence de solution. Quant aux mouvements de caméra, matérialisés par des travellings, ils attestent de la violence des propos échangés entre Boris et Marie.

leconomieducouple3Le film de Lafosse est tellement bien fait que le spectateur est happé par les sentiments des uns et des autres : la souffrance de Marie et la malice de Boris, qui cherche à la faire craquer sur le plan mental.

Evidemment, dans un tel film, la réussite tient pour beaucoup à la performance des acteurs. A cet égard, Bérénice Béjo est vraiment épatante dans le rôle de cette femme à bout, qui veut plus que tout ménager ses enfants, tout en cherchant une issue à son conflit conjugal. Quant à Cédric Kahn, que l'on connaît plutôt en tant que réalisateur (L'ennui, Roberto Succo), il nous épate dans le rôle du « méchant », une personne sans foi ni loi, dont l'argent est manifestement le seul point d'intérêt.

L'économie du couple est finalement en phase avec son temps. On vit en effet une époque où la séparation est devenue banale, ce qui n'était pas le cas auparavant. Mais Joachim Lafosse a le mérite de nous montrer que les dégâts collatéraux peuvent être importants sur le plan affectif. Il n'hésite pas à ce titre à dresser le portrait sans fards d'un couple ne s'aimant plus.

La mise en scène de ce cinéaste belge adopte totalement les thématiques de L'économie du couple. C'est par cette réalisation rigoureuse que Joachim Lafosse signe sans nul doute son meilleur film. Et l'une des œuvres les plus marquantes de l'année 2016, jusque-là relativement pauvre sur le plan cinématographique. Vivement la prochaine étude de mœurs de Joachim Lafosse !

Posté par nicofeel à 06:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 août 2016

Frankenstein de Bernard Rose

franken1Titre du film : Frankenstein

Réalisateur : Bernard Rose

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h30

Avec : Xavier Samuel (le monstre), Carrie-Ann Moss (Elizabeth), Danny Huston (Victor), Tony Todd (Eddie), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : lorsque le Monstre se réveille dans un laboratoire scientifique, il ne sait pas qui il est : c’est encore un enfant dans un corps d’adulte. Il est innocent, mais la violence qu’on lui inflige lors de tests médicaux va lui faire découvrir l’existence d’un monde étrange, sombre et cruel. Blessé et livré à lui-même, il sillonne la ville, suscitant la crainte et l’effroi chez ses habitants.

 

C'est à Bernard Rose que l'on doit des films singuliers tels que Paperhouse (1988) et bien évidemment le célèbre Candyman (1992). Le voir aux commandes d'une version actualisée de Frankenstein est donc plutôt une bonne nouvelle.

En effet, il paraît primordial d'avoir un réalisateur doté d'idées très personnelles pour monter un projet sur un mythe ayant fait l'objet de moults adaptations : que ce soit la version humaniste de James Whale (1931), la version érotico-gore de Paul Morissey (Chair pour Frankenstein), les versions gothiques de la Hammer ou encore la version assez gore de Kenneth Branagh, Frankenstein est sans conteste une des histoires de monstres les plus populaires.

Dès lors, on se demande bien ce que pourra apporter la version de Bernard Rose. Avec toute l'affection qu'il a pour les exclus de la société, le cinéaste britannique a eu la bonne idée de se rapprocher de la version de James Whale, en la transposant à notre époque actuelle.

franken3Et ce réalisateur a changé de manière intelligente plusieurs données du mythe. Cette fois-ci, le monstre de Frankenstein n'est pas créé à l'aide de membres de différents morts. Non, cette fois-ci c'est l'avancée de la science qui a permis sa création.

A cet effet, tout au long de son film, Bernard Rose n'aura de cesse de s'interroger sur le lien entre le créateur et sa créature, à l'instar de Blade Runner. A la base, pour les croyants, c'est Dieu qui a créé les hommes. Si des chercheurs s'arrogent ce droit, c'est toute la chaîne de la nature qui est remise en cause. Bernard Rose fustige une science qui va loin dans ses expériences, dont les résultats peuvent s'avérer dangereux. C'est bien l'homme qui a créé ce monstre.

Pour autant, il ne faut pas s'y tromper. Si la star du film est le fameux « monstre » de Frankenstein, le véritable monstre c'est bien la société humaine. Ce que nous expliquait déjà jadis James Whale dans sa sublime adaptation de la nouvelle de Mary Shelley (1797 – 1851). Une société qui n'accepte pas ce qu'elle ne connaît pas. L'étranger est au cœur du film, puisque cet être non humain est pourchassé par autrui. Les meurtres qu'il commet ne sont qu'un processus d'auto-défense pour cette créature sans cesse rejetée par le monde qui l'entoure. Ses représailles sont violentes, mais sont finalement à l'image des attaques ou des rejets en règle des humains qu'il ne cesse de subir.

L'un des apports fondamentaux de cette version de Bernard Rose est d'avoir doté le monstre de l'intelligence d'un enfant, comme s'il venait tout juste de naître. L'idée est intéressante, puisqu'elle permet d'expliquer les réactions du monstre. Et puis, pour apporter une empathie envers notre « anti-héros », Bernard Rose a inclus une voix off, qui n'est autre que la réflexion du « monstre ». Le spectateur comprend alors ce qu'il ressent et quelles sont ses envies, ses déceptions. Le monstre, tel qu'il se décrit lui-même, a conscience de sa laideur extérieure et du fait qu'il n'est pas le bienvenu dans cette société. Plus que jamais, il s'interroge sur ses origines. « Qui suis-je ? » demande-t-il à plusieurs reprises.

franken2Avant d'obtenir l'explication qu'il souhaite, ce monstre va connaître un parcours douloureux, qui s'apparente clairement à un chemin de croix. D'ailleurs, la parenté avec le Christ paraît évidente, puisque, comme lui, il finit par ressusciter et comme lui, il va avoir un destin funeste. Et puis, de la même façon que le Christ, le monstre de Frankenstein trouve comme amis (ses seuls) des exclus de la société, des laissés-pour-compte. En trouvant du réconfort auprès d'un clochard aveugle (joué par Tony Todd, l'interprète de Candyman) ou en fréquentant une prostituée, le monstre exprime tout l'intérêt que le réalisateur a pour ces gens, considérés par certains comme de véritables parias.

A l'instar de Paperhouse ou Candyman, Frankenstein contient plusieurs scènes oniriques, fort réussies, qui sont tout bonnement la matérialisation des rêves du monstre. Preuve que cet être n'est pas seulement la création de savants fous. Il est bien doté d'une âme. Sinon, il ne pourrait pas rêver.

Xavier Samuel interprète d'ailleurs avec beaucoup d'émotion le rôle du monstre, demeurant presque aussi marquant que jadis Bela Lugosi. Il exprime parfaitement la souffrance d'un être rejeté. On appréciera également de retrouver l'actrice Carrie-Ann Moss, dans le rôle de la « mère » du monstre. Elle fait preuve elle aussi de beaucoup de sensibilité au niveau de son jeu.

Peu de défauts sont notables dans cette œuvre. Tout au plus on pourra reprocher à Bernard Rose des références trop appuyées au mythe original, avec par exemple l'utilisation des mêmes noms que la nouvelle de Mary Shelley. Il n'était pas franchement nécessaire que le créateur s'appelle Victor Frankenstein. A l'image du titre du film, le spectateur aurait pu faire aisément le lien.

Heureusement, ces menus défauts n'annihilent pas le plaisir à voir ce long métrage qui aurait mérité amplement une sortie en salles.

Posté par nicofeel à 06:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


08 août 2016

American nightmare 3 : elections de James DeMonaco

americannight1Titre du film : American nightmare 3 : elections

Titre original : The purge : election year

Réalisateur : James DeMonaco

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Frank Grillo (Sergent), Elizabeth Mitchell (Charlie Roan), Mykelti Williamson (Joe Dixon), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une sénatrice américaine se lance dans la course à l'élection présidentielle en proposant l'arrêt total de la Purge annuelle. Ses opposants profitent alors d'une nouvelle édition de cette journée où tous les crimes sont permis pour la traquer et la tuer...

 

American nightmare 3 : elections constitue le troisième volet de la saga American nightmare. Après un premier opus convaincant et un second sentant bien trop le réchauffé, que vaut ce troisième épisode ? Clairement, on tient là le meilleur de la série.

On se retrouve à nouveau avec cette idée terrifiante : pour juguler la violence, les autorités américaines – désignées comme les nouveaux pères fondateurs - ont décidé qu'une fois par an, pendant 12 heures, toutes les activités criminelles seraient légalisées. Cet événement se nomme la purge (titre du film en anglais). Tout simplement.

L'attrait de ce troisième volet tient à deux raisons : un scénario plus élaboré que les précédents films et des considérations tout à la fois sociales et politiques bien senties.

americannight2Dans American nightmare 3, on se situe en 2025, à quelques semaines de l'élection présidentielle comme dans la vraie vie en cette année 2017. Pure coïncidence ? On a du mal à y croire. Surtout que le point de vue du réalisateur James DeMonaco paraît assez clair. Il critique à tout-va cette société fictionnelle (on espère qu'elle le reste à jamais) où la purge est un dessein politique et économique. La purge permet à des riches de s'en prendre à des pauvres. Surtout, elle donne une légitimation à une société américaine ultra sécuritaire, manifestement pas remise des attentats du 11 septembre 2001. De là à y voir un lien avec le programme de l'actuel candidat républicain à l'élection présidentielle, Donald Trump, il n'y a qu'un pas, que chacun peut franchir.

Les nouveaux pères fondateurs profitent de la purge pour s'en prendre à une femme, bien placée d'après les sondages, pour obtenir la présidence des Etats-Unis, à l'instar d'Hillary Clinton à notre époque actuelle. Cette femme, c'est la sénatrice Charlie Roan, une partisane de la suppression de la purge. On comprend donc qu'elle ait beaucoup d'ennemis qui souhaitent mettre fin à ses jours.

A l'instar d'un film de Carpenter – on pense par moments à Assaut – American nightmare 3 comporte plusieurs scènes d'action bien « carrées » où Charlie Roan fait l'objet de toutes les attentions. Ce long métrage évite d'être redondant, défaut constaté dans American nightmare 2. En effet, les lieux d'action sont très différents et on assiste à de nombreux retournements de situation. On suit avec intérêt les événements vécus par Charlie Roan et son garde du corps. La mise en scène et la photographie du film sont bien plus soignées que dans les précédents opus. On voit très bien ce qui se passe et il y a une continuité au niveau des séquences.

Dans ces scènes d'action, on regrettera uniquement quelques ralentis, totalement inutiles, et une volonté de donner à la purge un côté spectacle, qui n'est pas franchement le bienvenu. On aurait préféré au contraire plus de tension. Mais ces défauts restent heureusement mineurs.

americannight3D'autant que les qualités du film ne se limitent pas à un bon scénario et à une critique ouverte de la politique. C'est aussi un long métrage s'interrogant constamment sur les aspects sociétaux de la purge. Car la légitimation du crime donne lieu à des dérives graves. C'est tout sauf anodin si l'un des personnages du film déclare que la purge « c'est Halloween pour les adultes ». Cette déclaration est symptomatique du mode de pensée de nombre d'Américains. Contrairement à ce que pensent certains, la violence n'est pas un jeu que l'on peut pratiquer librement comme dans un jeu vidéo ou en regardant un film. Légitimer la violence, voire même la rendre nécessaire (la journée de la purge) est le résultat d'une société qui s'enfonce progressivement dans un système archaïque et totalitaire. Exit la démocratie.

On a l'impression de se retrouver dans une sorte d'Hostel où des riches payent pour massacrer des gens, juste pour leur plaisir personnel. Dans cet ordre d'idée, dans American nightmare 3, on évoque un début de tourisme criminel avec des étrangers venant en masse du monde entier, lors de la journée de la purge, pour tuer gratuitement des gens. L'idée fait vraiment froid dans le dos. Car in fine la purge est détournée de son objet initial : à la base, elle était justifiée par la volonté de faire baisser la criminalité. Ici, elle transforme la société américaine en gigantesque safari où l'homme peut satisfaire ses plus bas instincts en tuant ses congénères. Et comme souvent, ce sont les pauvres et les faibles qui en payent le prix fort.

Au niveau de la distribution, la tendance est également à la hausse. Alors que ce genre de série B ne s'illustre généralement pas au niveau de la qualité de ses acteurs, ce film horrifique nous fait mentir. Frank Grillo est excellent dans le rôle du garde du corps, toujours déterminé à aider la sénatrice en danger, et prêt à sécuriser le moindre de ses déplacements. Quant à Elizabeth Mitchell, elle incarne une convaincante Charlie Roan, femme engagée dans ses choix. Elle fait preuve dans ce film de beaucoup de détermination mais révèle aussi ses peurs, ce qui la rend d'autant plus humaine.

En synthèse, American nightmare 3 est sans conteste le meilleur opus de cette saga initiée en 2013. La charge contre la politique est pertinente, tout comme son volet sociétal. Voilà un film bien plus intelligent qu'il n'y paraît au premier abord. A voir.

americannight4

 

Posté par nicofeel à 06:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

28 juillet 2016

Bastard de Powell Robinson et Patrick Robert Young

bastard1Titre du film : Bastard

Réalisateurs : Powell Robinson et Patrick Robert Young

Année : 2015

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h22

Avec : Rebekah Kennedy (Betty), Ellis Greer (Hannah), Tonya Kay (Rachael), Dan Creed (West), Will Tranfo (Jake), Burt Culver (Michael), Ryan Shoos (Tanner), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Des psychopathes tuent des innocents se trouvant sur leur route. Avant d'être eux-mêmes la proie d'autres tueurs...

 

Les films d'horreur sortant au cinéma ou en DVD sont légion chaque année. Dès lors, il n'est pas facile de faire preuve d'originalité ou tout simplement de tirer son épingle du jeu.

Totalement inconnus au bataillon, les réalisateurs Powell Robinson et Patrick Robert Young se sont sans doute rappelés cette idée, lorsqu'ils ont mis en scène Bastard, leur premier long métrage.

Ce film est clairement l'oeuvre de fans de films d'horreur, tant certaines références paraissent évidentes. Toutefois, Bastard ne croule pas sous ces références et fait même preuve d'une certaine originalité.

bastard2On appréciera ainsi le début du film avec ce duo de psychopathes Hannah et West, qui détroussent sans vergogne des chauffeurs libidineux et autres pervers, ayant la bien mauvaise idée de croiser leur route. On songe immédiatement aux tueurs de la lune de miel. On s'attend alors à un road-movie horrifique avec des morts s'amoncellant au fur et à mesure du parcours de nos amoureux fous. On imagine bien les séquences à venir, ce qui n'est pas sans nous déplaire. D'autant que le film fait preuve d'un dynamisme, qui ne va jamais se démentir.

Pourtant, le film va rapidement prendre un autre tournant. Ce serait sous-estimer la capacité des réalisateurs que de les limiter à un road-movie horrifique. Leurs ambitions sont plus importantes et les deux compères se révèlent bien plus astucieux qu'il n'y paraît. Bastard est à sa façon une sorte de film-choral. Outre ce duo de psychopathes que l'on ne voudrait pas croiser dans la vie, ce film développe plusieurs histoires en parallèle, finissant par se rejoindre : tel un policier homosexuel au bout du rouleau, vivant une histoire contrariée. Et puis on a surtout la description de deux jeunes, Jake et Betty (frère et sœur ?), venant de quitter le cocon familial pour des raisons obscures (abus sexuel, violence ?). On a réellement peur pour eux quand on voit qu'ils sont pris en auto-stop par Hannah et West.

Tout ce beau monde décide de se ressourcer dans un endroit paisible, une résidence tenue par une jeune femme, Rachael, qui n'a pas l'air non plus d'être au-dessus de soupçon.

A la manière d'un pur slasher, les réalisateurs Powell Robinson et Patrick Robert Young mettent en scène un tueur masqué, qui va d'abord s'en prendre à des inconnus avant de jeter son dévolu sur tout notre joli monde. L'un des attraits du film consiste alors à se demander, comme dans un Cluedo, l'identité du tueur qui exécute sans pitié ses victimes. Les fans de films d'horreur apprécieront sans nul doute la violence des meurtres et la générosité du gore qui a cours. Certes, on ne se situe pas dans Massacre à la tronçonneuse, mais certaines mises à mort se révèlent tout à fait marquantes.

bastard5Et puis ce n'est tout de même pas fréquent que l'on voit certains psychopathes se faire attaquer par d'autres psychopathes. Dans un film où la réflexion n'est pas fondamentalement de rigueur, les cinéastes ont peut-être un message à faire passer. Si au premier abord, tout paraît aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, quand on gratte le vernis les choses se révèlent bien différentes. La société a engendré nombre de personnes dérangées, faisant payer leur mal-être à leurs congénères. La société américaine a beau être l'une des plus développées au monde, elle comporte beaucoup de psychopathes et rednecks que l'on préfère éviter au quotidien.

Entre des scènes d'horreur bien sèches et « carrées », une multiplicité d'acteurs et une intrigue digne d'un bon slasher, Bastard a de quoi tenir la route. Toutefois, le film paye ses excès. Sur une durée relativement réduite – à peine plus d'1h20 – les réalisateurs ont voulu en mettre plein la vue au spectateur. Au détriment du scénario dont la crédibilité laisse par moments franchement à désirer. On pourra ainsi ergoter contre des facilités scénaristiques, à l'image de cette scène où une prisonnière regarde une vidéo comportant des images violentes, dont on se demande bien comment elles ont pu être filmées. Certes, il s'agit d'une scène choc en lien avec ce qui arrive à la prisonnière, mais tout de même. Dans le même ordre d'idée, le film laisse franchement à désirer dans sa séquence finale, avec des coïncidences vraiment tirées par les cheveux. Mais après tout, le final annonce un épisode 2 de Bastard que l'on attend avec un certain intérêt.

Car ces défauts n'entament pas le plaisir que l'on prend à regarder ce film d'horreur faisant preuve d'une réelle générosité dans ses scènes gores et d'un esprit ludique tout à fait plaisant. Bastard aurait mérité de sortir sur grand écran.

Posté par nicofeel à 18:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

17 juillet 2016

La tortue rouge de Michael Dudok de Wit

latortuerougeTitre du film : La tortue rouge

Réalisateur : Michael Dudok de Wit

Année : 2016

Origine : France

Durée : 1H20

FICHE IMDB

Synopsis : À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

 

La tortue rouge est un film d'animation singulier, déjà par sa production qui regroupe une équipe internationale. En effet, son réalisateur, Michael Dudok de Wik est néerlandais, alors que la Française Pascale Ferran a été engagée comme co-scénariste. Et puis, en producteur artistique, il y a Isao Takahata des studios Ghibli, dont on sent notamment la patte au niveau du dessin.

Quant à l'histoire, elle prend la forme d'un conte. Un naufragé débarque sur une île déserte, où il parvient à survivre. Il cherche désespérément à quitter l'île mais une force mystérieuse l'en empêche. 

Proche de la folie, il s'en prend à une tortue qui finit par se transformer... en une jolie jeune femme.

Voilà quelque chose de tout à fait étonnant. A croire que la tortue géante avait tout prévu et qu'à l'instar de Circé, elle était bien décidée à garder auprès d'elle son naufragé. Tout est un peu merveilleux dans cette histoire.

latortuerouge4Mais la tortue rouge n'est pas spécifiquement un film d'animation pour enfants. Au contraire. Il s'agit d'une histoire riche sur le plan thématique et forte sur le plan émotionnel. On a ainsi une belle réflexion sur le cycle de la vie. Au début du film, l'homme est seul, puis il rencontre une une femme avec qui il a un enfant. De manière logique, l'enfant grandit, quitte le nid familial et les parents vieillissent ensemble.

Dans ce conte assez contemplatif, on est bercé au gré du temps qui passe, matérialisé par le jeu des couleurs avec des lumières changeantes. Par des vagues apaisantes (sauf quand le temps devient plus menaçant), nos protagonistes voguent sur le cycle de la vie. La tortue rouge constitue une magnifique leçon de vie. Sa fin est tout à la fois belle et dramatique. Cela n'est pas un hasard si son réalisateur, Michael Dudok de Wit, a choisi une tortue. Cet animal vit longtemps, parfois bien au-delà d'un être humain. Cela lui confère un côté quasi éternel. Après tout, les tortues étaient déjà présentes lorsque les dinosaures étaient présents sur Terre.

Ce film d'animation permet aussi d'être transporté vers un ailleurs, pour quitter provisoirement notre quotidien. En effet, il contient de nombreux rêves que font nos protagonistes. Ils sont souvent l'occasion d'une évasion, que ce soit dans les airs, ou en quittant l'île par la mer. Ce film se veut plus que jamais universel dans ses diverses thématiques. Pour preuve, il ne contient aucun dialogue (juste quelques cris) et est donc accessible au monde entier.

Un des thèmes majeurs du film, déjà évoqué dans d'autres productions Ghibli, reste clairement cette ode à la nature. L'homme naufragé vit en harmonie avec celle-ci. Dans cette fable écologique où la nature est luxuriante, l'homme a tout à disposition auprès de lui : il se nourrit en respectant la nature, il fait avec les moyens dont il dispose. Les petits crabes voleurs (côté humoristique du film) sont ses amis, à tel point qu'il les a quasiment domestiqué. Quant au fils du naufragé, il a un rapport particulier avec les tortues géantes (après tout sa mère n'est-elle pas à la base une tortue géante), qui vont l'aider à plusieurs reprises. Sur ce sujet de la nature, on peut penser que le tsunami – constituant un des moments forts du film – est une façon pour le réalisateur de rappeler qu'à force de maltraiter notre planète, on en paye le prix fort.

latortuerouge5Terminons cette analyse de La tortue rouge en évoquant le design. On a ici des dessins réalistes, qui oscillent entre tradition et modernité. Ainsi, certains décors ont été réalisés au fusain, à l'ancienne. On songe bien évidemment à l'influence d'Isao Takahata et à son dernier film, Le conte de la princesse Kaguya, avec un design qui s'en rapproche. Toutefois, même si les images de synthèse sont ici prohibées, ce film profite tout de même de l'apport des nouvelles technologies avec certains éléments dessinés au crayon numérique, comme le radeau ou les tortues.

Au final, La tortue rouge se révèle un très beau film d'animation à l'approche très adulte, et qui devrait ravir un grand nombre de personnes, tant ses considérations paraissent universalistes. C'est sans conteste l'un des films majeurs de cette année 2016. Que la sagesse et la longévité de la tortue vous accompagnent au quotidien ! 

Posté par nicofeel à 21:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 juillet 2016

Prison de cristal d'Agustin Villaronga

prison de cristal1Titre du film : Prison de cristal

Réalisateur : Agustin Villaronga

Année : 1986

Origine : Espagne

Durée : 1h50

Avec : Gunter Meisner, David Sust, Marisa Paredes, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Un docteur nazi obsédé par les jeunes garçons est rongé par ce sentiment coupable et se jette dans le vide du haut d'un toit. Quelques années plus tard, alors qu'il est réduit à vivre attaché à un appareil respiratoire, une de ses victimes apparaît dans l'habit d'un infirmier...

 

Datant de 1986, Prison de cristal d'Agustin Villaronga est un film purement horrifique, dans toute sa splendeur. Ce long métrage est à réserver à un public hautement averti car son contenu est particulièrement dérangeant.

Il n'y a qu'à voir le synopsis du film avec un ancien bourreau nazi, le docteur Klaus, qui est enfermé dans une prison de cristal, suite à une tentative de suicide, qui l'a rendue fortement handicapée. Un jeune homme décide de l'assister pour ses soins quotidiens, alors que ses desseins sont très différents...

Tout le film est basé sur la confrontation perverse entre le docteur Klaus et Angelo, ange exterminateur surgi du passé qui va le placer en face de sa monstruosité.

prison de cristal 4Si ce long métrage utilise par moments les codes du thriller à la Hitchcock et à la Argento, il devient de plus en plus oppressant et complexe. En dehors de rares scènes en extérieurs, le film est un huis-clos malsain.

Le réalisateur Agustin Villaronga connaît visiblement très bien ses classiques et, comme Michael Powell, il place constamment le spectateur dans une position de voyeur pour le moins inconfortable. Et ce d'autant plus que les horreurs perpétrées par les deux hommes impliquent des enfants. La dimension pédophile est très prégnante, et nullement dissimulée. A la différence d'un film de Michael Haneke, il n'y a pas de refuge moralisateur et les terrifiantes scènes ne sont pas filmées en hors champ.

La thématique principale du film est très lourde puisqu'il s'agit ni plus ni moins que d'une réflexion sur la transmission du Mal, ainsi que la fascination de la mise à mort. Le film pose bien l'horreur du mimétisme du Mal et non d'une thématique vengeresse tel que évoqué dans La jeune fille et la mort de Polanski. Les différents meurtres commis répondent à un rituel évident, et à ce plaisir qu'ont ces bourreaux de jouir de la mort d'autrui. Quelque part, ce film est encore plus malaisant puisqu'il confronte le spectateur à la part la plus sombre de son âme.

Le film ne comporte pas tellement d'images chocs mais il frappe par la dureté de ces situations.

Prison de cristal prend d'ailleurs une résonance particulière, puisqu'il traite sous couvert du nazisme, des ravages du régime franquiste, thème souvent relaté par les cinéastes espagnols.

Ce long métrage reste méconnu du grand public. A tort car c'est œuvre forte qui mérite d'être découverte. A regarder toutefois en connaissance de cause, dans la mesure où Prison de cristal est aussi marquant qu'un Martyrs de Pascal Laugier.

prison de cristal 3

Posté par nicofeel à 22:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 juin 2016

10 Cloverfield lane de Dan Trachtenberg

10cloverfield1

Titre du film : 10 Cloverfield lane

Réalisateur : Dan Trachtenberg

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 1H43

Avec : Mary Elizabeth Winstead (Michelle), John Goodman (Howard), John Gallagher Jr. (Emmett), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d'envergure.

 

Huit ans après le found footage Cloverfield (2008), le producteur J.J. Abrams remet le couvert avec 10 lane Cloverfield. Si les deux films entretiennent une parenté évidente au niveau du titre, le parallèle s’arrête là.

Car au côté spectaculaire et dynamique de Cloverfield, s’oppose assez nettement le côté intimiste et psychologique de 10 lane Cloverfield.

Par ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne s’agit pas ici d’une suite directe de Cloverfield. Ce long métrage joue de prime abord la carte du mystère avec une jeune femme, Michelle, victime d'un accident de voiture assez grave, après avoir été percutée par un autre véhicule. A son réveil, elle est enfermée dans une pièce isolée. Un homme, Howard, se présente rapidement à elle. Il lui aurait sauvé la vie, car le monde extérieur serait en proie au chaos, suite à une attaque chimique de grande ampleur rendant l’air irrespirable.

10cloverfield2

Dès le départ, 10 Cloverfield lane donne envie d’en savoir plus. Howard est-il effectivement l’homme bienveillant qu’il déclare être ou s’agit-il d’un dangereux psychopathe ? Le monde extérieur a-t-il réellement changé, au point d’être devenu invivable ? Telles sont les questions légitimes que l’on se pose, et dont les réponses n’interviendront que progressivement.

S’il est daté de 2016, 10 Cloverfield lane s’inscrit dans la droite lignée de films de science-fiction des années 50, tels que La guerre des mondes (1953) et L’invasion des profanateurs de sépultures (1956). A cette époque, la paranoïa de la population américaine était vivace face à la menace du danger nucléaire. Howard est manifestement dans cet état d’esprit, ressassant en permanence l’idée que le monde est en proie à la désolation. Est-il en plein délire ou a-t-il raison ?

Sur ce point, comme sur les autres, le réalisateur Dan Trachtenberg entretient constamment le suspense.

Surtout, 10 Cloverfield lane se révèle particulièrement prenant puisque son héroïne, Michelle, ne croit pas une minute au côté philanthropique de son hôte. Elle cherche coûte que coûte à s’évader du bunker où elle a élue résidence. Ce long métrage s’avère un huis clos oppressant, où le spectateur ne sait pas vraiment sur quel pied danser, au regard du caractère trouble d’Howard et de l’absence de certitudes quant à la situation du monde.

A cet égard, John Goodman livre une prestation impressionnante dans le rôle d’Howard, un ancien marine, qui inspire des sentiments très partagés. L’actrice Mary Elizabeth Winstead est également tout à fait crédible dans le rôle de Michelle, une jeune femme un peu paumée, qui prend progressivement de l’assurance. Quant à John Gallagher Jr, il interprète le rôle d’Emmett, le troisième membre de ce curieux ménage à trois.

10cloverfield3

On ne s’ennuie pas une minute devant ce film qui délivre progressivement les tenants et aboutissants de cette histoire. Avant d’en arriver au climax, il s’établit une sorte de jeu de poker menteur, chacun gardant de son côté la vérité ou des secrets gênants.

Le huis clos psychologique est particulièrement réussi. Cela n’est pas la seule source de satisfaction. On notera ainsi que 10 Cloverfield lane prend une trajectoire très différente dans son dernier quart d’heure, par le biais d’un twist valant largement le détour, et alimentant certaines thèses évoquées dans le film. La surprise est tout de même de mise, et le spectateur ne peut que se satisfaire de ce virage à 360 degrés bienvenu. Reste donc à comprendre l'affiche ambiguë du film : « un monstre peut avoir plusieurs visages ».

Au final, grâce à un scénario astucieux et à une atmosphère générale pesante, 10 Cloverfield lane dépasse son statut de simple série B. Ce thriller psychologique, mâtiné de fantastique, vaut largement le coup d’œil.

Posté par nicofeel à 06:26 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,