Déjantés du ciné

13 décembre 2017

Star Wars : les nouveaux jedi de Rian Johnson

starwars81Titre du film : Star Wars : Les derniers jedi

Réalisateur : Rian Johnson

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h32

Avec : Daisy Ridley (Rey), Adam Driver (Kylo Ren), Mark Hamill (Luke Skywalker), Carrie Fisher (Général Leia), Andy Serkis (Leader Suprême Snoke), John Boyega (Finn), Oscar Isaac (Poe Dameron), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…


Star Wars : le réveil de la force nous avait laissé sur un sentiment mitigé au regard du manque d’ambition et d’originalité du septième opus de la plus célèbre saga intergalactique.

Malheureusement force est de constater que ce huitième épisode, intitulé Les derniers jedi est du même acabit. Pourtant, tout commence pour le mieux dans le meilleur des mondes avec une séquence initiale de toute beauté, marquée par un combat spatial de grande envergure entre les rebelles (les « gentils ») et les troupes du Nouvel ordre (les « méchants). La scène est très efficace, bien rythmée et très lisible. Bref, ça commence bien.

Toutefois, la suite est loin d’être du même niveau. Le film est handicapé par sa longueur (2h32 tout de même) que l’on ressent à plusieurs reprises. Ainsi, la rencontre de la nouvelle héroïne, Rey, avec le vieillissant Luke Skywalker, reclus sur une île perdue au milieu de nulle part, dure longtemps. D’autant que cette rencontre se poursuit avec l’apprentissage de Rey (comme entre Yoda et Luke dans des temps anciens que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…).

starwars83Le grand hic de ce film reste sans conteste le manque de charisme des personnages principaux de cette nouvelle trilogie (les épisodes 7 à 9 pour ceux qui n’auraient pas suivi). La mignonne Daisy Ridley (Rey) a beau se démener dans tous les sens, son apparition à l’écran ne provoque pas grand-chose. Dans le même ordre d’idée, Adam Driver campe un méchant (Kylo Ren) un peu trop lisse, bien loin de l’effroi que suscitait d’antan l’arrivée de Dark Vador. Seul le leader Suprême Snoke se révèle à la hauteur mais sa présence à l’écran est très limitée. Incontestablement, le passage de relais entre les anciens héros – que l’on est content de revoir, à l’image de la défunte Carrie Fisher reprenant ici une dernière fois son rôle mythique de princesse (devenue Générale) Leia – et les nouveaux est difficile. Le nouveau casting peine à convaincre et à faire oublier les Mark Hamill, Harrison Ford et Carrie Fisher.

Et comme pour Le réveil de la force, les scénaristes ne se sont pas creusés la tête. Après avoir plagié gaiement Un nouvel espoir, cette fois c’est le scénario de L’empire contre-attaque qui est allègrement copié. Sauf que la monstrueuse bataille se situe cette fois-ci à la fin et non au début.

L’évocation de cette bataille nous permet d’ailleurs de relativiser. Star Wars : les derniers jedi est décevant au regard de la saga entière mais cela demeure un grand spectacle qui devrait plaire à un grand nombre. D’ailleurs, cette séquence de fin, très impressionnante, est vraiment de toute beauté et ferait presque oublier certains (longs) passages vus auparavant. On est captivé par ces combats de grande ampleur, ponctués comme il se doit par de nombreux morceaux de bravoure. On est dans les valeurs de Star Wars que l’on aime tant, qui sont universelles puisqu’elles parlent à tous : que cela soit la notion de d’amitié, de sacrifice, de don de soi et même d’amour. Sur cette planète de glace dont l’écrin est rouge sang en dessous de la neige, on prend vraiment un plaisir certain et on ressent enfin quelques émotions.

starwars82Comme quoi, le cinéaste Rian Johnson (Looper) est capable de rendre une bien belle copie quand il le souhaite. Mais en a-t-il eu souvent l’opportunité ? On a sérieusement l’impression que depuis le passage des droits de la saga Star Wars à Walt Disney, que la marge de liberté des cinéastes aux commandes de cet univers, s’est étiolé.

On reprend encore et encore les scénarios balisés des anciens Star Wars. Pas de prise de risque sous la bannière Walt Disney. On a tellement peur de décevoir les fans que l’originalité n’est plus de mise. Même la réflexion autour de la force et de son côté obscur donne lieu à des scènes sans aucune saveur, alors qu’il y avait vraiment matière à élaborer quelque chose de fort autour de la relation ambiguë entre Rey et Kylo Ren. C’est dommage.

Reste au final un blockbuster de haut niveau par rapport au tout venant, mais en deçà de ce que l’on est en droit d’attendre pour la saga Star Wars. Cela n’augure rien de bon pour l’épisode 9. A moins que…


02 décembre 2017

Mazinger Z infinity de Junji Shimizu

mazinger1Titre du film : Mazinger Z infinity

Réalisateur : Junji Shimizu

Année : 2017

Origine : Japon

FICHE IMDB

Synopsis : Dix ans sont passés depuis que Kôji Kabuto (Alcor), aux commandes du super robot Mazinger Z, créé par son grand-père, a ramené la paix en combattant l’Empire des Ténèbres et le maléfique Dr Hell. Aujourd’hui, Kôji Kabuto n’est plus pilote, il a pris le chemin de son père et grand-père en devenant scientifique. A l’occasion de ses recherches, il découvre une structure gigantesque profondément enterrée sous le mont Fuji. Il détecte de mystérieux signes de vie. Il s’en suit de nouvelles rencontres, de nouvelles menaces et bientôt, un nouveau destin pour l’humanité.

 

En France, l’oeuvre du mangaka Go Nagai est principalement connue via la série télévisée culte Goldorak, diffusée à partir de 1978 sur Antenne 2. Et pourtant, Goldorak n’est pas l’oeuvre fondatrice des mechas (ces robots gigantesques pilotés par des êtres humains). En effet, six ans auparavant, le manga Mazinger Z avait déjà été adapté à la télévision au Japon.

Réalisé à l’occasion des 45 ans de la franchise Mazinger, Mazinger Z infinity fait donc son apparition en France dans les salles obscures. Ce film d’animation ne devrait sans doute pas rencontrer un succès public important, en raison de la faible connaissance du public français de Mazinger Z (pourtant considéré au Japon comme un manga fondamental, bien plus important que Goldorak !) et d’une médiatisation très relative.

Pourtant, Mazinger Z infinity est un film d’animation très intéressant qui recèle de nombreuses qualités. Evidemment, au départ, le spectateur lambda risque d’être quelque peu décontenancé en voyant des personnages qu’il ne connaît pas ou peu. D’ailleurs, même en regardant ce long métrage en français, le héros s’appelle Koji Kabuto, dont le nom est… Alcor dans Goldorak !

mazinger2Passé un temps de découverte de l’univers Mazinger Z, ce film d’animation a de quoi ravir les nostalgiques. On retrouve avec plaisir des héros d’antan, mis au goût du jour. Car l’animation d’aujourd’hui n’a évidemment rien à voir avec l’année 1972. Les images de synthèse sont désormais monnaie courante. Pour autant, la technologie actuelle est mis au service de l’animation, et non l’inverse. Mazinger Z infinity profite des images de synthèse qui lui permet d’obtenir une fluidité certaine et de belles images lors des combats dantesques que se livrent les « gentils » et les « méchants ». Mais l’essentiel de l’animation est fait à l’ancienne, avec le crayon qui donne un côté authentique à l’ensemble.

Mais revenons en au scénario en lui-même. Comme on peut fortement s’en douter, dans une œuvre considérée comme « basique » où les gentils mechas affrontent des mechas monstres, les combats sont très nombreux. De ce point de vue, le spectateur en a pour son argent avec des batailles gigantesques à gogo, des explosions dans tous les sens et des combats d’une grande fluidité.

Cela n’est clairement pas le plus intéressant, même si c’est un passage obligé dans ce genre de film d’animation. Au passage, il convient de noter que le chara-design est très réussi avec des personnages très bien caractérisés.

Ce film ne s’arrête heureusement pas à de belles images et de beaux combats. Ainsi, il va sans dire que l’étrange personnage de Lisa apporte sa pierre à l’édifice. Elle est présentée comme une sorte d’humanoïde, créée dans des temps anciens (par l’homme?) et revenue des entrailles de la Terre (pour sauver l’homme?). Son personnage est vraiment riche car il fait le lien entre le monde des Humains et les mondes parallèles qui nous entourent. Avec son côté bienveillant, Lisa apparaît clairement comme la clé de voûte pour vaincre l’ennemi. Si certains pourront se gausser d’une certaine naïveté du propos (l’amour pouvant être plus fort que tout), est-ce vraiment un tort de déclarer que l’on est toujours mieux armé ensemble que seul ? Après tout, en ces temps où le terrorisme est une plaie qui n’a pas fini de faire des dégâts, Mazinger Z infinity est une œuvre actuelle qui entend elle aussi résoudre cette question. Sauf que les tueurs ont ici été remplacés par des savants fous et autres mechas monstrueux.

mazinger3Là n’est pas le seul attrait de Mazinger Z infinity sur le plan scénaristique. Ce film nous amène également de façon assez surprenante vers des contrées inconnues. En effet, ces mondes parallèles posent la question de la vie extraterrestre. Et puis il y a ces magnifiques séquences où le héros, Koji, navigue dans un autre temps, évoquant cette fois la question du choix (prendre un nouveau départ, devenir père) et n’est pas sans rappeler une des thématiques fortes du Premier contact de Denis Villeneuve .

Comme quoi, derrière le côté attendu de ce film de mechas et quleques délires comico-érotiques franchement dispensables, Mazinger Z infinity est bien qu’un simple hommage à l’oeuvre de Go Nagai. C’est un film synthétisant parfaitement l’univers de la science-fiction que l’on connaît avec des robots géants, n’omettant pas au passage de glisser quelques considérations socio-politiques actuelles.

Le rappel incessant à la photo-énergie est d’ailleurs sans doute une façon de nous interpeller sur le fait que l’on n’arrête pas de gaspiller les ressources de notre planète, sans tenter de trouver une alternative véritablement viable pour les générations futures. Nos amis Japonais sont encore une fois sensibles à toutes ces considérations écologiques. Souvenez-vous de Mon voisin Totoro.

 

Posté par nicofeel à 20:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 novembre 2017

Happy birthdead de Christopher Landon

happyb1Titre du film : Happy birthdead

Réalisateur : Christopher Landon

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h37

Avec : Jessica Rothe (Tree), Israel Broussard (Carter),

FICHE IMDB

Synopsis : Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ?

 

Happy birthdead constitue le quatrième film de Christopher Landon (le fils de Michael Landon, bien connu pour son rôle dans La petite maison dans la prairie). Si ce dernier continue d’oeuvrer dans le genre horrifique, il livre un film quelque peu original.

Et ce n’était pas gagné d’avance. Car happy birthdead fait partie de l’univers ultra codifié du slasher. La jeune Tree, une étudiante, doit faire face à un mystérieux tueur. Jusque-là on évolue dans du très classique.

Heureusement, Christopher Landon a eu la bonne idée de faire une sorte de synthèse entre deux films cultes a priori antinomiques : la comédie romantique mâtinée de fantastique avec Un jour sans fin (1993) et le slasher mélangeant horreur et comédie avec Scream (1996). Le réalisateur reprend le principe d’Un jour sans fin où le personnage joué par Bill Murray revivait la même journée une fois que le réveil se mettait à sonner. Dans Happy birthdead, une jeune étudiante, Tree, se fait tuer le jour de son anniversaire par un tueur masqué avant de revivre la même journée.

happyb2Evidemment, le coup de la boucle temporelle est bien connu depuis Un jour sans fin et de nombreux films s’en sont servi, y compris dans les films fantastiques. On songe ainsi à Edge of tomorrow.

Cela étant dit, Happy birthdead comporte un aspect réellement original. Il convient de noter que Tree revit certes la même journée, mais cette dernière comporte de multiples variantes. En effet, tout dépend de Tree. Au départ, elle joue le rôle de la fille égoïste et passablement peu sympathique qu’elle est dans la vie. Elle se moque de l’environnement qui l’entoure et ne prête absolument pas attention à un jeune homme, Carter, alors qu’elle se réveille chaque jour dans son lit. Les restes d’une soirée visiblement trop arrosée… Toujours est-il que plus le film avance, plus Tree évolue sur le plan mental. Non seulement elle cherche à trouver l’identité du tueur qui l’élimine chaque soir lors de cette journée infernale, mais elle prête de plus en plus attention aux autres.

Le film comporte à cet égard de nombreuses scènes très marrantes, puisque l’on saisit toutes les nuances de cette journée pas comme les autres. On pense ainsi à la séquence initiale qui est à chaque fois différente ou encore à la relation entre Tree et ses colocataires féminines.

On est ballotté au gré de l’humeur de Tree qui devient de plus en plus nostalgique et à l’écoute des gens qui sont proches d’elle. On assiste même de manière assez étonnante à la naissance d’une idylle entre Tree et Carter, ce qui était loin d’être gagné d’avance. Cet amour naissant est plutôt subtil et bien amené. Même si le film est destiné à la base à un public adolescent, il faut reconnaître que l’on se prend au jeu et on ne peut être que charmé par cette belle histoire d’amour.

Les amateurs de films d’horreur auront également l’occasion d’y trouver leur intérêt. Si les meurtres ne sont absolument pas sanglants (le réalisateur fait des ellipses lorsque Tree est sur le point de décéder), cela n’est pas très dérangeant. En effet, l’attrait de ce long métrage tient à l’identité du mystérieux tueur. Et sur ce plan, bien malin sera celui en mesure de la deviner. Avec sans doute beaucoup de malice, Christopher Landon nous amène sur plusieurs fausses pistes que l’on suit pourtant les deux pieds joints. Même lorsque l’on croit que c’est la fin, il se permet un twist tout à fait intéressant. D’ailleurs, outre le souhait de savoir qui est le tueur, il est tout aussi pertinent de connaître ses raisons. Pour cela, il faudra attendre la toute fin du film.

Mais cela n’est pas un souci car Happy birthdead se révèle une œuvre très dynamique. On ne s’ennuie pas une minute. Et puis le mélange horreur, humour et romance fonctionne très bien. Christopher Landon a bien réfléchi à son histoire. Sur un scénario pourtant très basique, il réalise une histoire attachante qui n’est pas sans rappeler par moments l’excellent Scream girl, une comédie horrifique qui jouait là aussi la carte de l’émotion. Et tandis que Scream girl rendait hommage aux films d’horreur des années 80, Happy birthdead plaide en faveur des films d’horreur des années 90.

happyb3Une fois n’est pas coutume dans ce genre de films, la distribution s’avère d’excellente facture. Jessica Rothe parvient très bien à marquer l’évolution de son personnage sur le plan moral, ce qui n’a pas dû être évident. Surtout qu’elle a joué de nombreuses scènes, quasi identiques en apparence. Cette actrice, très jolie au demeurant, crève l’écran. Pour lui rendre la pareille, dans le rôle de Carter, Israel Broussard tient bien la comparaison. Il apporte à sa façon un supplément d’âme au film et il est clairement à l’aise en amoureux éconduit, constituant sans nul doute le personnage le plus pur et empathique d’Happy birthdead.

Au final, ce long métrage s’avère une très bonne surprise. Il ne constitue pas un énième slasher. C’est au contraire une œuvre subtile – qui pourrait même plaire aux personnes réfractaires aux films d’horreur – mettant l’accent sur une héroïne dont les chances de vaincre augmentent sérieusement lorsqu’elle affronte ses démons intérieurs (la question de sa mère décédée ; son père avec lequel elle a coupé tout lien affectif). Comme l’indique le sticker sur la porte de Carter, l’important dans tout ça est de comprendre qu’il s’agit du « premier jour du reste de ta vie ». Autrement dit, la vie peut apporter de bonnes choses mais encore faut-il s’en persuader…

Posté par nicofeel à 22:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 novembre 2017

Orlando de Sally Potter

orlandoTitre du film : Orlando

Réalisatrice : Sally Potter

Année : 1992

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h30

Avec : Tilda Swinton, Billy Zane, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Mi-homme, mi-femme, Orlando va traverser quatre siècles de l’histoire britannique. En 1600, un jeune soldat anglais, Orlando, devient le favori d’Elisabeth 1ère. Sur son lit de mort, elle l’implore de rester toujours jeune. Il se déplace à travers plusieurs siècles de l’histoire britannique ; et durant sa longue et profonde quête philosophique, il va connaître une variété de vies et de relations le long du chemin


Orlando
est un roman (1928) ludique et déroutant de Virginia Woolf (1882-1941). Et pour cause. Inspiré de sa relation avec la poétesse Vita Sackville-West, Orlando constitue une biographie imaginaire. Le personnage principal va traverser les siècles sans jamais vieillir, ou à peine. Et le plus curieux dans tout cela, c’est que le dit Orlando va même changer de sexe en cours de route. C’est donc cette histoire hors du commun que reprend dans ses grandes lignes la cinéaste Sally Potter pour l’adapter à l’écran en 1992 (sortie en France en 1993). Le résultat est conforme au matériau d’origine avec un long métrage tout à la fois flamboyant et surprenant qui réussit à susciter l’enthousiasme des critiques et des cinémas art et essai en son temps.

L’action d’Orlando débute en 1600 pour s’achever à notre époque. Le film frappe d’emblée par la beauté et la précision de ses plans, donnant l’impression de contempler de véritables tableaux qui prennent forme sous nos yeux. Le travail remarquable apporté à la photographie et aux décors est d’autant plus prégnant que l’on vogue au gré des aventures d’Orlando dans différents lieux et époques. A la froideur de l’Angleterre des années 1600 succède un siècle plus tard les paysages arides de l’Orient, avec une architecture également très contrastée.

Orlando n’en demeure pas moins un film difficile à appréhender. C’est une œuvre avant tout sensitive qui touche ou non le spectateur, si celui-ci parvient à s’immerger dans ce monde fantastique, à l’image des films de Derek Jarman, cinéaste qui dirigea Swinton à plusieurs reprises, notamment dans l’incroyable Caravaggio.

orlando1Il faut accepter les nombreux parti-pris (justifiés) de Sally Potter, cinéaste que l’on a retrouvé avec plaisir en 2017 avec The party. Le film évite les clichés de l’histoire d’amour traditionnelle pour apporter au contraire quelque chose de novateur. Par ailleurs, en raison du « don » d’Orlando qui se déplace dans diverses époques, la réalisatrice multiplie les ellipses. Les amateurs de films classiques, linéaires sur le plan du scénario, risquent d’être déroutés, d’autant qu’en plus de ces éléments, le personnage principal effectue des commentaires en off, regard face caméra.
Pour les autres, conquis par ce film littéraire, théâtral, c’est une expérience singulière qui leur tend les bras. A l’image du personnage principal, Orlando est une ode à la liberté, avec en particulier l’omniprésence de l’ambiguïté sexuelle.

Cela n’est pas un hasard si le film commence avec le chanteur gay Jimmy Sommerville, en train d’entonner une chanson, pour se terminer avec le même chanteur, cette fois affublé en ange. La symbolique est claire puisque dans l’imaginaire, les anges n’ont pas de sexe… On a aussi le personnage d’Elisabeth 1ère, amoureuse d’Orlando, ici jouée par un homme : l’acteur Quentin Cris dans le rôle d’un travesti ! Il est évident que Sally Potter met en avant la confusion des genres. Et perpétue la tradition ancestrale de la Grèce Antique avec des personnages de femmes joués par des hommes.
D’ailleurs, notre héros du jour, Orlando, participe grandement à cet état de fait. A cet égard, avoir choisi l’actrice Tilda Swinton dans le rôle-clé s’avère une excellente idée. Avec son style androgyne, dénué de formes, elle est parfaite dans le rôle. Elle est tout à fait crédible en homme. A contrario, elle surprend même lorsque la « métamorphose » a lieu et qu’elle devient une femme. On assiste sans nul doute à l’une des plus belles scènes du film, où Orlando se regarde nue dans le miroir. C’est toujours la même personne en pensée, mais qui a changé de sexe : « la même personne » déclare-t-elle. «  Aucune différence. Aucune sauf le sexe. »

Sans travestir la pensée de Sally Potter, il est plus que probable que ce film est une œuvre féministe, d’une grande modernité et très avance sur son temps. Il faut tout de même se rappeler que le roman date de 1928.
Ce long métrage s’attaque de façon pertinente aux préjugés, à la société bien pensante et de manière générale aux étiquettes que l’on assigne soit à l’Homme soit à la Femme. Orlando devient de facto une œuvre revendicatrice sur le droit à disposer librement de son corps et à faire ce que l’on veut dans la société.

orlando2De façon presque étonnante, le film comprend une scène d’amour très charnelle, superbement filmée, qui lie la relation entre les protagonistes joués par Tilda Swinton et Billy Zane que l’on retrouve dans un contre-emploi. On a le sentiment que ces deux-là vivent en symbiose. C’est sans doute une façon pour la réalisatrice de nous dire que le genre sexuel importe peu. Après tout, peu de temps auparavant, Orlando était encore un homme. Forcément, en filigrane, Virginia Woolf évoque sa propre situation puisqu’elle était elle-même bisexuelle.
C’est avant tout l’Amour qui compte le plus, un amour éternel à l’image de notre héros traversant le temps, et pour autant nostalgique de ses amours passés. C’est encore particulièrement significatif si le film commence par un chapitre intitulé « la mort » pour s’achever avec « la naissance ». C’est le cycle de la vie qui prend forme, et se matérialise en pensée par la belle chanson de Jimmy Sommerville « Coming ».

Au-delà de son caractère arty et surréaliste par moments, Orlando évoque des préoccupations universelles qui continuent d’avoir une résonance dans notre actualité de tous les jours : le besoin (et l’envie) de liberté mais aussi la peur de rester seul dans sa vie quotidienne.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/orlando-la-critique-du-film-le-test-dvd

Posté par nicofeel à 08:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

24 octobre 2017

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve

Blade runnerTitre du film : Blade runner 2049

Réalisateur : Dennis Villeneuve

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 2h44

Avec : Ryan Gosling (Officier K), Harrison Ford (Rick Deckard), Jared Leto (Niander Wallace), Ana de Armas (Joi), Sylvia Hoeks (Luv), Robin Wright (Lieutenant Joshi), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé.


Après une première incursion réussie dans la science-fiction, le canadien Denis Villeneuve poursuit sur sa lancée en s'attaquant à un monument : la suite de Blade runner (1982). Trente cinq ans après la sortie du long métrage de Ridley Scott, les attentes des fans du film original, un des chefs d’œuvre de la science-fiction, sont forcément énormes.

Heureusement on sait que derrière la caméra il y a Denis Villeneuve, un réalisateur qui a déjà fait ses preuves. Et dans le rôle principal, c'est Ryan Gosling qui interprète l'officier K, un blade runner chargé d'éliminer les androïdes récalcitrants, n'acceptant pas de se soumettre aux hommes.

bladerunner5Dès le départ, on est très agréablement surpris par l'univers s'ouvrant devant nos yeux. Denis Villeneuve a sans nul doute bénéficié de moyens importants, car le background est extrêmement développé, et on se situe bien dans un monde futuriste dans la lignée de Blade runner. Ici, on est en 2049, dans une société où l'Homme cohabite avec des répliquants (sortes d’humanoïdes en principe dénués d'émotion).

La Tyrell Corporation, créatrice des premiers répliquants dans Blade runner premier du nom, a été rachetée par la société de Niander Wallace, qui est cette fois parvenu à faire des répliquants de véritables esclaves pour l'Homme.

Comme pour le film de 1982, Blader runner 2049 constitue une œuvre à mi-chemin entre le film noir et le film de science-fiction. Alors que l'officier K est chargé de mener une enquête pour mettre fin aux agissements de « mauvais » répliquants, il va apprendre beaucoup de choses surprenantes qui vont remettre en question son sens de la vie.

Blade runner 2049 a le mérite de développer des thématiques déjà bien installées dans Blade runner : la notion d'âme, d'humanité est-elle concevable chez un répliquant ? Et mieux encore un répliquant pourrait-il être en mesure de procréer ? Voilà des questions passionnantes qui sont mises en valeur et invitent le spectateur à s'y pencher.

D'ailleurs, en se projetant en 2049, Denis Villeneuve a très bien saisi les bouleversements technologiques que connaît notre société depuis des années. Dès lors, il introduit une très intéressante réflexion concernant l'intelligence artificielle. Sur ce point, le personnage de Joi est fondamental. Il s'agit d'un hologramme domestique constituant la compagne de route de K. Mais c'est bien plus que ça. On est en droit de penser que cette petite amie par procuration n'est pas uniquement là pour matérialiser les envies de son possesseur. On a l'impression qu'elle ressent des émotions et que son statut évolue au fur et à mesure que le film avance.

bladerunner2De la même manière, on sent bien que la « méchante » de 2049, Luv, une androïde très développée, souhaite prendre plus de liberté et être plus que le bras droit de son créateur, Niander Wallace.

Cette société du futur, finalement pas si lointaine, est quelque part assez effrayante. Va-t-on à l'avenir, comme K avec Joi, connaître l'amour par procuration ? Les fameux robots, qui tendent à s'humaniser, seraient-ils in fine le fléau de l'Homme ? L'avenir le dira mais on espère des lendemains différents comparés à ce qui est proposé dans la série Battlestar Galactica.

Dans Blade runner 2049, outre de sublimes effets spéciaux, une mise en scène très fluide et des thèmes riches, on retrouve avec plaisir dans le dernier tiers du film le personnage de Rick Deckard, joué par un Harrison Ford toujours en forme pour son âge et faisant preuve de beaucoup de charisme. L'acteur Ryan Gosling est bon, on le sent impliqué mais cela ne vaut pas la prestation de son aîné. Surtout que le film nous promet une confrontation effrayante entre Deckard et Niander Wallace (superbement interprété par Jared Leto), un personnage pas franchement aimable.

Blade runner 2049 est une incontestable réussite qui prolonge très bien l'expérience sensitive vécue au travers de Blade runner. Toutefois, cette œuvre n'arrive pas au niveau de l'original. En cause, deux raisons principales. D'abord, une durée trop longue. Le film a beau être superbe sur le plan esthétique et passionnant par les thèmes qu'il met à jour, on ne peut nier que l'action finit par tourner un peu en rond. D'autant que le film dure tout de même 2H44 ! Un autre point pouvant nous amener à tempérer notre enthousiasme concerne la musique du film. Si Hans Zimmer livre une partition tout à fait plaisante à l'écoute, rappellant évidemment sur certains morceaux l'oeuvre originale, il va sans dire qu'elle n'égale jamais la BO signée Vangelis, qui apportait sans conteste un surplus d'émotion.

Au final, en dépit des quelques défauts évoqués ci-dessus, Blade runner 2049 constitue une excellente surprise. Denis Villeneuve parvient à mettre en scène avec brio une suite de qualité par rapport au fabuleux Blade runner. Ce film sera sans doute un des meilleurs de cette année 2017. On attend évidemment avec intérêt la prochaine création de Denis Villeneuve.

bladerunner6

Posté par nicofeel à 06:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


14 octobre 2017

La foire aux vanités de Marc Munden

lafoirauxvanitesphoto3_8890dTitre de la mini-série : La foire aux vanités

Réalisateur : Marc Munden

Année : 1998

Avec : Natasha Little, Frances Grey, Tom Ward, Philip Glenister, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes font rage. Fille d’un artiste peintre sans le sou et d’une chanteuse de cabaret, l’orpheline Becky Sharp quitte le pensionnat. Mécontente de son pauvre sort, elle ambitionne d’accéder à la haute société britannique. Pour atteindre son but, Becky va déployer sans scrupules toute son intelligence et son pouvoir de séduction...

De manière un peu exceptionnelle, ci-joint la critique d'une (excellente) mini- série, La foire aux vanités.


William Makepeace Thackeray (1811-1863), un des romanciers les plus importants de la période victorienne, est bien connu pour l’adaptation de ses Mémoires de Barry Lyndon par Stanley Kubrick. Toutefois, les plus lettrés n’oublieront pas de mentionner son autre « best-seller », La foire aux vanités (Vanity fair), paru sous forme de feuilleton entre 1846 et 1847. Une source intarissable d’adaptations au cinéma à partir de 1911, dont une en 2004 par Mira Nair avec Reese Witherspoon et Romola Garai dans les rôles principaux.

lafoireauxvanitesphoto1_fc287Le culte autour du roman s’est également matérialisé par les nombreuses séries télévisées orchestrées par la BBC tout d’abord en 1956, puis en 1967, 87 et 98. Pour cette dernière, la BBC a mis les petits plats dans les grands puisqu’elle a fait appel à Andrew Davies, spécialisé dans l’adaptation de romans célèbres, que ce soit notamment Middlemarch (1994) d’après George Eliot ou la célèbre mini-série d’Orgueil et préjugés (1995) avec Colin Firth dans le rôle inoubliable de M. Darcy, d’après une certaine Jane Austen.

Le réalisateur Marc Munden, inspiré par le scénario d’Andrew Davies, a disposé d’un temps suffisant pour installer l’action et développer ses personnages. Le roman a pu de ce fait être respecté dans ses grandes largeurs.

A la différence du film de Mira Nair, l’action est ici centrée autour de deux personnages féminins et pas uniquement sur celui de Becky Sharp. Cela donne d’autant plus d’attrait à cette œuvre qui s’attache à dépeindre la société anglaise de la première moitié du XIXème siècle. N’y allons pas par quatre chemins. D’ailleurs, tout est dit dans le titre. La foire aux vanités est une satire féroce des prétentions, qui s’accommode très bien du format d’une mini-série de près de 5 heures.

Pour donner du poids à sa démonstration, Marc Munden a choisi de mettre l’accent sur les deux personnages principaux, clairement antinomiques dans leur façon d’être : d’un côté la machiavélique Becky Sharp, à l’ambition féroce, et de l’autre la prude et jouvencelle Amelia Sedley. En dehors de leur personnalité, c’est bien leur condition sociale qui les oppose : la première est issue du milieu populaire quand l’autre est bien établie dans la bourgeoisie. De quoi donner du mordant à la farce : le réalisateur insiste sur les travers hypocrites de cette société où derrière l’apparat de la bienséance, tout le monde (ou presque) n’est que faux-semblant et usurpateur.

On assiste donc à un jeu de dupes – très divertissant au demeurant – où les manigances et manipulations en tous genres sont légion. Le meilleur représentant en la matière est évidemment le personnage d’arriviste de Becky Sharp, l’un des plus développés, au plus grand bonheur du spectateur qui suit avec délice les stratagèmes mis en place pour son ascension sociale. Rien ne l’arrête quand il s’agit de changer de rang, surtout quand il s’agit de profiter de la sottises de certains hommes fortunés (ou ne serait-ce pas tout simplement l’attirance que leur inspire cette femme).

lafoirauxvanitesphoto2_52339Becky ne recule devant rien et tout homme disposant d’une bonne position sociale et d’une bourse conséquente fait partie potentiellement de ses plans. Les actions amorales de cette Rastignac britannique forcent le respect. A côté, George Osbourne, jeune noble vantard et notoirement coureur de jupons, apparaîtrait presque comme un perdreau.

Fort du roman originel qui aide aux dialogues ciselés, la farce trouve le bon ton à la télévision et tient aisément en haleine de par les actions des différents personnages, assez truculents. La charge sarcastique du roman est parfaitement rendue, à l’image des déclarations à l’emporte-pièce de la tante, qui se plaît à critiquer les desseins intéressés de toute sa famille, laquelle n’attend qu’une chose… qu’elle rende son dernier souffle pour tirer les marrons du feu de sa riche succession à venir.
Cette tante, inlassablement allongée, est d’ailleurs l’une des seules à voir clairement dans le jeu de Becky Sharp. Mais, à l’instar du spectateur, elle la trouve amusante.

Belle charge contre la noblesse victorienne, le divertissement de la BBC est moins consensuel que ce que l’on aurait imaginé au départ, malgré une fin forcément plus optimiste que le roman. Mais cela n’entache en rien le plaisir à regarder cette série qui ne s’adresse pas uniquement au seul public féminin.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/la-foire-aux-vanites-la-critique-de-la-serie-le-test-dvd

03 octobre 2017

Identities de Joshua Marston

identities1_a5e99Titre du film : Identities

Réalisateur : Joshua Marston

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h31

Avec : Rachel Weisz, Michael Shannon, Kathy Bates, Danny Glover

FICHE IMDB

Synopsis : La veille de son déménagement, synonyme d’un nouveau départ pour lui et son épouse, Tom fait une rencontre qui le trouble : lors d’un dîner, il croise Jennie, dont il a été autrefois éperdument amoureux. A sa grande surprise, la femme dit s’appeler Alice, et déroule devant l’assemblée une vie qui n’a rien à voir avec la réalité. Est-elle un sosie ? Une mythomane ? Bien décidé à percer le secret, Tom découvre bientôt qu’Alice dissimule bien davantage qu’une double identité...


Réalisé par Joshua Marston, remarqué avec Maria pleine de grâce, Identites se présente de prime abord comme une œuvre intrigante avec cette femme capable de changer d’identité (d’où le titre du film).

D’ailleurs, le début de ce long métrage entretient un mystère avec cette femme caméléon qui peut être tantôt une infirmière, tantôt l’assistante d’un magicien, ou une post-hippie. Il s’agit bien évidemment de la même personne mais on est surpris par sa capacité d’adaptation en fonction de l’environnement dans lequel elle évolue. Au passage, on notera que le hasard du calendrier a voulu qu’en 2017 plusieurs films, assez différents dans leur approche, évoquent cette question des personnages aux personnalités multiples : on songe ainsi à l’excellent Split de Night Shyamalan, à Seven Sisters avec Noomi Rapace actuellement en salles et donc à ce film avec Rachel Weisz dans le rôle principal.

identities3_07588Le trouble du spectateur perdure lorsque celui-ci apprend que cette femme, se prénommant Alice, est venu retrouver Tom, un ancien amant. Quelle est la raison de sa visite ? Qu’attend-elle de Tom ? Se dirige t-on vers une trame digne du Théorème de Pasolini lorsqu’un étranger sème le désordre dans une famille bourgeoise ?
Pas du tout. Identities s’attache à expliquer le besoin de cette femme, ayant vécu de multiples « vies » (neuf, forcément !), de jouer constamment un rôle. De cette façon, elle cherche à être une anonyme dans la masse et conserver ainsi toute forme de liberté. La fin du film est particulièrement évocatrice sur ce point.

L’idée est intéressante en soi mais son exploitation n’est pas fameuse. En effet, après une première demi-heure ayant installé l’intrigue, Identities se contente rapidement d’une discussion nocturne entre deux anciens amants n’ayant finalement pas grand chose à se dire. L’histoire donne sérieusement l’impression de tourner à vide. Or, il ne s’agit ni d’une histoire d’amour, ni d’un thriller, ni d’un drame, ni d’un film fantastique. Bref, on n’arrive pas à faire rentrer ce film dans une case et on ne parvient pas à s’y intéresser en raison d’un manque évident d’enjeux. Si on avait conservé le titre original du film, Complete Unknown, les choses auraient été plus claires...

De la même façon qu’Identities se poursuit dans la nuit, le spectateur est gagné par une incommensurable envie de s’endormir devant cette œuvre agissant comme un soporifique.
C’est d’ailleurs bien dommage car la déception est à la hauteur des espoirs suscités par un démarrage convaincant et un synopsis alléchant.

identities2_98a88Au demeurant, les deux acteurs principaux ne sont même pas à blâmer. Comme souvent, Rachel Weisz se révèle excellente. Ici, elle interprète finement le rôle de cette femme insaisissable, qui parvient à s’adapter à n’importe quel environnement. Pour lui rendre la pareille, on peut compter sur Michael Shannon, lui aussi très bon dans le rôle de l’amoureux éconduit, cherchant à comprendre les motivations de son ex. Le reste de la distribution est malheureusement sacrifié, à l’image de Kathy Bates et Danny Glover, apparaissant dans une scène unique d’une utilité très relative. Si on était mauvaise langue, on pourrait dire que c’est une façon pour le réalisateur d’inclure dans son casting deux autres pointures. Manque de chance, Identities s’apparente plus à un pétard mouillé qu’autre chose.

En dépit d’un démarrage convaincant, on peut sans mal lui décerner la palme de l’ennui alors que le film n’excède pas 1 h 30. On ne sera donc pas surpris qu’Identities ne soit pas passé par la case cinéma en France et qu’il sorte simplement en VOD, DVD et blu ray.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/identities-la-critique-le-test-blu-ray

 

Posté par nicofeel à 22:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

17 septembre 2017

Hors du temps de Robert Schwentke

horsdutempsafficheTitre du film : Hors du temps

Réalisateur : Robert Schwentke

Année : 2009

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Rachel McAdams, Eric Bana, Ron Livingston

FICHE IMDB

Synopsis : Clare aime Henry depuis toujours. Elle est convaincue qu'ils sont destinés l'un à l'autre, même si elle ne sait jamais quand ils seront séparés... Henry est en effet un voyageur du temps. Il souffre d'une anomalie génétique très rare qui l'oblige à vivre selon un déroulement du temps différent : il va et vient à travers les années sans le moindre contrôle sur ce phénomène. Même si les voyages d'Henry les séparent sans prévenir, même s'ils ignorent lorsqu'ils se retrouveront, Claire tente désespérément de faire sa vie avec celui qu'elle aime par-dessus tout...

Auteur d'un peu glorieux Flight plan, Robert Schwentke a mis en scène en 2009 un film dans un genre complètement différent. Ici, on est clairement dans le drame romantique avec cet homme, Henry (Eric Bana), victime d'une maladie génétique qui le contraint à voyager dans le temps, aussi bien dans le futur que dans le passé.

horsdutempscoupleÉvidemment, pour faire une belle histoire d'amour, il faut être deux. Et c'est Claire (Rachel McAdams) qui va être l'amour de la vie d'Henry. Si Henry ne peut pas contrôler ses disparitions, en revanche c'est de manière régulière qu'il revient voir sa chère Claire.
Là où le film fait preuve d'une réelle originalité, c'est qu'il montre au spectateur un couple qui va être réuni à différentes époques. Et tant Henry que Claire n'auront pas le même âge. D'ailleurs, au début du film, quand Henry vient voir Claire, seule cette dernière le connaît. Plus tard, c'est l'inverse qui se produit : Henry rencontre une petite fille, la fameuse Claire, dans un pré. Comme pour indiquer que chaque venue d'Henry est un éternel recommencement, on voit ce personnage nu comme un ver (enfin on ne le voit pas, c'est suggéré) à chacun de ses retours.

Sur le plan scénaristique, l'idée de cet amour presque impossible est des plus enthousiasmantes. En effet, Claire sait très bien qu'elle ne pourra vivre que par instants avec l'amour de sa vie. C'est la même chose pour Henry. On comprend alors la difficulté pour les deux tourtereaux de réussir à se marier ou encore de décider d'avoir un foyer commun.
Et que dire de la volonté de Claire d'avoir un enfant qui donne lieu à des scènes véritablement dramatiques. On assiste à ses fausses couches et on voit même Henry refuser d'avoir un enfant. Finalement, Claire réussira à « tromper » la vigilance d'Henry en faisant l'amour à un Henry plus jeune, qui n'est donc pas au courant de cette histoire d'enfant. En quelque sorte, Claire trompe l'histoire.
Mais c'est bien l'un des seuls moments où l'histoire ne se répète pas. Car Henry ne peut pas changer le cours de l'histoire. Ainsi, on observe à plusieurs reprises au début du film le jeune Henry qui revit la scène de l'accident qui amène au décès de sa mère. Mais il ne peut rien y faire. Dans le même ordre d'idée, Henry sait pertinemment que le futur ne lui permet jamais de dépasser la quarantaine. Progressivement, il comprend donc que sa vie est comptée. Il n'a plus beaucoup de temps à vivre avec sa bien aimée et sa fille Alba. D'autant que cette dernière est comme lui une voyageuse du temps. Elle sait donc pertinemment quand son père va décéder.

horsdutempsneigePrenant progressivement une tournure dramatique, le film Hors du temps a malheureusement le tort d'avoir un piètre réalisateur derrière la caméra. Robert Schwentke ne profite que partiellement de son excellent scénario de base. Il se contente de nous offrir des scénettes (dont certaines sont tout de même plutôt réussies) avec comme raccords la disparition et la réapparition d'Henry. Tout ceci devient finalement assez facile comme procédé et les scènes deviennent redondantes.

Heureusement, le dernier tiers du film est fort sur le plan émotionnel avec l'inéluctable (la mort d'Henry) qui est proche aors que l'on ne peut rien y faire pour l'empêcher. Par un joli tour de passe-passe, le réalisateur Robert Schwentke décide malgré tout, dans un ultime rebondissement, d'inscrire ses deux principaux protagonistes, Henry et Claire, dans une histoire d'amour éternelle.
Au niveau du casting, Eric Bana interprète un Henry d'une grande sensibilité. Ce bel acteur est parfait dans le rôle. La très mignonne Rachel McAdams ne l'est pas moins en interprétant une Claire éprise à jamais d'Henry. Les deux acteurs donnent vraiment l'impression d'être complices dans ce film et la réussite partielle de ce dernier n'y est pas étrangère. Voilà un couple beau et romantique.
L'histoire de personnages victimes d'un temps qui passe à l'envers ne nous est pas étranger. On a pu notamment constater cet étrange phénomène dans L'étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher.
Ici, l'histoire comme les effets spéciaux sont beaucoup plus simples. Non dénué de défauts, Hors du temps mérite tout de même que l'on s'y attarde. Ne serait-ce que pour sa dimension romantique omniprésente.

Posté par nicofeel à 15:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

07 septembre 2017

Patti Cakes de Geremy Jasper

patti1Titre du film : Patty Cakes

Réalisateur : Geremy Jasper

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h48

Avec : Danielle Macdonald (Patti), Bridget Everett (Barb), Siddharth Dhananjay (Jheri), Mamoudou Athie (« L’antéchrist »), Cathy Moriarty (Nana), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son Dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux.

 

Réalisateur de clips vidéo, Geremy Jasper se lance dans le grand bain du cinéma. Avec Patti Cakes, il met en scène son premier long métrage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il atteint sa cible. Patti Cakes reste durablement dans la tête du spectateur après son visionnage.

Le film interpelle déjà par son sujet qui donne l’impression d’assister à un « Eight miles » au féminin : c’est le même genre d’histoire, à savoir une success story à l’américaine. Ici, Patricia Dombrowski, alias Patti Cakes est de couleur blanche, issue d’un milieu défavorisé et vit dans le fin fond du New Jersey. Elle a du mal à s’en sortir dans la vie. Elle doit travailler en tant que serveuse dans un bar miteux avec des mecs paumés comme clients. Tout cela pour assurer la subsistance d’une grand mère infirme et d’une mère ayant échoué dans la chanson qui se console en buvant des coups et en couchant avec n’importe qui.

patti4Le background est posé, il est loin d’être florissant. On se croirait plutôt dans une histoire à la Zola.

Mais il y a encore mieux (pire?). Patti rêve de rencontrer O-Z, une véritable icône du rap, et elle s’imagine devenir elle aussi une star du rap. Or, elle n’a pas du tout le profil : c’est une femme, elle est blanche, dispose d’un physique ingrat (forte corpulence) et réside dans une petite ville des États-Unis.

A la base, c’est vraiment pas gagné. Et pourtant… Patti est une excellente slammeuse. Elle sait rythmer ses chansons, fait passer des messages et ne se gêne pour choquer ses interlocuteurs quand elle le juge nécessaire (il faut voir le nombre de connotations sexuelles).

Et puis, elle n’est pas seule : elle a autour d’elle trois personnes importantes qui ne vont cesser de l’épauler : il y a évidemment sa grand-mère qui a toujours cru en elle, il y a aussi son pote Indien avec qui elle fait du rap et il y a le mystérieux « Antéchrist » dont le mutisme est à la hauteur pour trouver d’excellents accords.

Dans un film qui fleure bon le « feel good movie », son réalisateur Geremy Jasper parvient adroitement à mêler comédie et émotion. Le côté amusant du film est évidemment celui que l’on perçoit le plus rapidement avec notamment les nombreux combats de slam lorsque Patti remet en place ses adversaires masculins. Et puis il y a le moment savoureux de la création du groupe de musique P.B.N.G. avec notamment la grand-mère qui se prête au jeu en mettant une cagoule (comme une racaille) et qui n’hésite pas à en faire des tonnes ! Il faut voir aussi la mère de Patti Cakes qui est ridicule à de nombreuses reprises lorsqu’elle essaie de jouer à l’ex-star.

Ce long métrage comporte aussi son lot de scènes touchantes, à l’image de cette belle séquence lorsque Patti passe le micro à sa mère pour qu’elle chante avec elle. On sent clairement que le lien les unissant, pas toujours au beau fixe, repart sous de bons auspices.

Comme dit précédemment, le film est sans nul doute un feel good movie, un véritable antidépresseur. Même quand les choses vont mal, le copain de Patti lui rappelle qu’il ne faut jamais baisser les bras : « arrête avec la haine et la négativité, tout ça c’est toxique. » A sa façon, le film comporte des thématiques universelles, en invitant le spectateur à croire en ses rêves et à se battre au quotidien pour que ceux-ci se réalisent. C’est sans doute un peu naïf mais après tout pourquoi pas. C’est bien quand on arrête de rêver, que l’on a plus de but dans la vie, que l’on n’a plus aucun plaisir dans la vie.

patti2Il est notable dans Patty Cakes que le film vaut le coup d’œil pour certaines scènes totalement surréalistes, lorsque Patti s’imagine avec O-Z dans ses rêves : cela donne un aspect loufoque, drôle et très coloré à ce long métrage qui ne manque pas d’idées. Et puis ces scènes sont parfaitement antinomiques avec le morne quotidien de Patti, qui évolue dans une ville sans avenir.

Comme quoi, derrière le vernis de son côté « fun », le film a bien quelque chose à raconter au spectateur.

Il va sans dire que la réussite de ce long métrage tient à l’interprétation de ses acteurs. Au premier rang de ceux-ci il y a évidemment l’actrice Danielle Macdonald dans le rôle de Patti Cakes. L’actrice s’est beaucoup entraînée pour obtenir le bon rythme au niveau de son flow. C’est essentiel car le film comporte de nombreuses séquences chantées qui font bien souvent mouche. Et puis elle interprète avec avec beaucoup d’envie le rôle de cette fille qui fait tout pour s’en sortir, s’évader de son environnement quotidien. Aux côtés de cette actrice formidable qui crève l’écran, on trouve d’excellents seconds rôles qui jouent eux aussi sans fausse note.

En somme, rien à dire, si ce n’est que ce film mériterait d’être bien plus connu, tant il est plaisant à regarder et qu’il donne une pêche d’enfer ! Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

Pour terminer, j’invite les futurs spectateurs de ce film à le regarder jusqu’au bout car la chanson de fin, « The time that never was », signée Bruce Springsteen, est vraiment excellente et totalement en adéquation avec Patti Cakes.

Posté par nicofeel à 23:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 août 2017

Les filles d'Avril de Michel Franco

avril1Titre du film : Les filles d’Avril

Réalisateur : Michel Franco

Année : 2017

Origine : Mexique

 Durée : 1h52

 Avec : Emma Suarez (Avril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Joanna Larequi (Clara), Enrique Arrizon (Mateo), etc.

 FICHE IMDB

Synopsis : Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l'enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l'aide sa mère Avril, installée loin d'elle et de sa sœur.

 

On ne sait pas si ça lui arrivera un jour, mais il est tout de même peu probable que le cinéaste mexicain Michel Franco s’adonne aux comédies romantiques. Et pour cause. Celui-ci semble prendre un malin plaisir à filmer toute la noirceur de l’être humain.

Révélé avec son long métrage Despuès de Lucia, formidable drame sur le harcèlement à l’école, Michel Franco continue d’explorer les travers de l’Homme avec son nouveau film, Les filles d’Avril.

La première scène est tout à fait insolite et donne d’emblée le ton. On aperçoit une trentenaire, Clara, visiblement peu épanouie, en train de préparer à manger, alors que dans la chambre à côté, un couple fait l’amour ! Quelques instants plus tard, on voit une jeune fille nue et enceinte, Valeria, sortir de la chambre. Valeria est tout simplement la jeune sœur de Clara ! Dans cette scène, il y a tout le cinéma de Franco avec d’un côté une femme frustrée et de l’autre des rapports familiaux pour le moins étonnants.

avril3La suite du film va confirmer cette impression, en amplifiant le sentiment de malaise que provoquent des relations familiales inattendues. Le spectateur se trouve un peu comme dans Daniel et Ana, où l’horreur de l’inceste nous était décrit de façon implacable, dans une situation de voyeurisme fort déplaisante.

Comme l’indique le titre du film, il y a forcément dans Les filles d’Avril… Avril, la mère de Valeria et Clara. Elle est interprétée par Emma Suarez, très remarquée l’an dernier dans Julieta d’Almodovar. Ici, elle joue avec conviction le personnage complexe et terrifiant d’Avril. Avec son air enjoué et son côté sociable, Avril donne l’impression d’une personne aimable, sympathique. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

Surtout que dès le départ, Valeria n’est pas franchement ravie à l’idée de revoir sa mère. On sent une vraie gêne quand elle pense à elle. Et on ne tarde pas à comprendre pourquoi. Sous son air jovial, Avril cache une personnalité de dictateur, qui entend régenter la vie des autres comme elle le souhaite. Tout doit tourner autour de ses choix.

Sans exagérer, on peut affirmer qu’elle essaie de vampiriser son entourage. Âgée de la quarantaine bien dépassée, Avril se comporte comme une véritable mère vis-à-vis de l’enfant de sa fille. Elle prend tout l’espace autour d’elle et rien ne l’arrête. Pas même les considérations morales, qui sont censées refrénées certaines pulsions. On est abasourdi par ce que Avril ose faire, montrant en tout état de cause que seul son intérêt personnel compte. Et de la même façon qu’un vampire reste éternellement jeune, Avril entend vivre à sa façon une deuxième jeunesse.

avril2Dans Les filles d’Avril, Michel Franco n’y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire de façon abrupte les rapports tendus entre une mère et ses deux filles, dont le seul lien est celui du sang. Quoique, en réfléchissant bien, elles semblent liées par un autre point commun : elles sont toutes trois mal dans leur peau. Avril, en apparence joyeuse, compense son mal-être par la liberté totale qu’elle s’accorde, à commencer par son obsession à donner des cours de yoga (une façon de lui apporter un minimum de sérénité?).

Il va sans dire que Les filles d’Avril ne serait pas un drame autant réussi sans la performance d’Emma Suarez. L’actrice hispanique est tout bonnement époustouflante dans le rôle de cette femme machiavélique et réellement dérangée. A l’image de la dernière scène où on la voit à l’écran, où elle ne manque pas de surprendre une dernière fois le spectateur. Les deux autres actrices sont bien moins marquantes. D’ailleurs, le rôle de Clara, relativement stéréotypé, aurait sans doute mérité un développement plus important. On ressent son spleen, sans comprendre ses raisons. On reste dans le non-dit, ce qui était sans doute voulu par Michel Franco.

Dans tous les cas, avec Les filles d’Avril, Michel Franco prouve une nouvelle fois sa maestria à mettre en scène des drames humains forts, intenses et malaisants par moments. Toutefois, on lui sait gré d’avoir opté pour une fin (relativement) optimiste, ce qui n’est pas dans ses habitudes.

Posté par nicofeel à 20:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,