Déjantés du ciné

21 mai 2018

Le gentilhomme de la Louisiane de Rudolph Maté

legentilhommedelouisiane1Titre du film : Le gentilhomme de la Louisiane

Réalisateur : Rudolph Maté

Année : 1953

Origine : États-Unis

Durée : 1h39

Avec : Tyrone Power, Piper Laurie, Julie Adams, John McIntire, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quitte à susciter la haine tenace de certains, le joueur professionnel Mark Fallon impose la règle de l'honnêteté aux parties de poker qui enflamment les salons des bateaux à aubes du Mississippi. En battant aux cartes l'aristocrate Laurent Dureau, il se fait deux nouveaux ennemis : Laurent Dureau lui-même, mais aussi sa soeur, Angélique, furieuse d'avoir été dépossédé d'un précieux collier.

 

Western or not western, that is the question ! Dans une présentation dédiée au Gentilhomme de la Louisiane, l’historien du cinéma Patrick Brion fait valoir que ce film n’est a priori pas un western. On est totalement d’accord avec lui après avoir vu cette œuvre qui s’apparente plutôt à un mélodrame. Certains rangent cette œuvre dans la catégorie western car le cadre (les superbes paysages de la Louisiane) y fait penser, tout comme son époque (on se situe en 1854).

Ce débat est intéressant d’un point de vue purement sémantique. Pour autant, le plus important demeure bien entendu la qualité du film. Et sur ce plan, on n’est absolument pas déçu. Certes, son réalisateur, Rudolph Maté, bien connu comme chef opérateur, n’est pas un cinéaste de la trempe d’un John Ford, d’un Howard Hawks ou même d’un Budd Boetticher. Toutefois, cet honnête artisan livre ici un spectacle de qualité, devant lequel on ne s’ennuie pas une minute.

legentilhommede4Il faut dire que Le gentilhomme de la Louisiane est une œuvre multi-genre : si le mélodrame prédomine, on est parfois dans le registre du film d’aventure voire même parfois dans la comédie. Il y en a pour tous les goûts !

Et puis dès le début, on est intrigué avec l’action qui a lieu sur de gros bateaux naviguant sur le Mississipi. L’excellent (et beau) Tyrone Power interprète le rôle principal, celui de Mark Fallon, un joueur professionnel de poker, ayant instauré comme credo celui de l’honnêteté. On peut gagner ou perdre, mais il est hors de question de tricher. En remportant souvent la mise, Mark Fallon ne se fait pas que des amis, ce qui donne lieu à des situations hautes en couleurs avec des bagarres, des combats, des fuites, etc.

Evidemment, le film n’aurait pas grand intérêt sans son triangle amoureux digne d’une histoire d’amour contrariée : Mark Fallon est amoureux d’Angélique Dureau, une jeune aristocrate qui déclare ne pas l’aimer, alors que la belle Ann Conant, qu’il a pris son aile, l’aime mais ce n’est pas réciproque.

Pour mettre à un peu de piment à cette histoire qui n’en manquait pas forcément, Le gentilhomme de la Louisiane rappelle par moments l’intrigue d’Autant en emporte le vent, avec ces drames familiaux en cascade. Sauf qu’ici l’avantage est qu’il n’y a pas besoin de prévoir une longue soirée, le film ne durant qu’1h39. Si le scénario est riche et comprend moult rebondissements, le spectateur attentif notera que le destin n’est pas le seul responsable des drames auxquels on assiste. En fait, tout tourne autour de la question des (mauvais) choix de certains personnages.

Et puis si la religion n’est pas présente dans cette œuvre, il n’empêche que la moralité constitue un des leitmotiv. On a d’un côté les gens perfides, menteurs, voleurs, prêts à tout pour s’en sortir – qui croient que tout est permis – et de l’autre des personnes aux valeurs nobles incarnées par des gens comme Mark Fallon et le père de la fratrie Dureau. Comme l’honneur demeure une valeur cardinale pour ces derniers, on assiste même à des duels, lesquels avaient toujours cours en 1854. Ces duels entre des personnes opposées sur le plan moral, permettent d’en apprendre bien plus sur la nature humaine. Le duel le plus marquant du film m’a énormément fait penser à un célèbre duel que l’on voit dans Barry Lyndon. Difficile de dire si Stanley Kubrick a pu s’inspirer de cette œuvre méconnue pour son film.

legentilhommede3Toujours est-il que comme pour Barry Lyndon, Le gentilhomme de la Louisiane bénéficie de la présence d’un acteur principal de grande qualité. Il s’agit donc Tyrone Power. Vu principalement dans des westerns et des films d’aventures, il se révèle charismatique dans le rôle de Mark Fallon. L’acteur est vraiment à sa place dans ce rôle, instillant constamment une grande classe. Il est parfait en tant que véritable gentilhomme. On retrouve également avec plaisir l’acteur John McIntire, qui contribue au côté comique du film. Et puis l’intrigue amoureuse ne serait pas la même sans les deux atouts charme de ce long métrage : la rousse Piper Laurie qui interprète le personnage hautain d’Angélique Dureau alors que la brune Julie Adams joue le rôle de la douce Ann Conant. Ces deux actrices sont toujours de ce monde… en 2018 !

Puisque l’on en est au stade des anecdotes, il convient de noter que dans Le gentilhomme de la Louisiane, lorsqu’il n’est pas question de parties de poker, on assiste à des scènes d’escrime avec de véritables maîtres d’armes. Ces scènes sont très bien filmées, très fluides et apportent un vrai plus à ce film. Ajoutez à cela de très beaux décors (ah la Nouvelle Orléans) et costumes, les paysages de la Louisiane, et vous comprendrez pourquoi ce Gentilhomme de la Louisiane vous est chaudement recommandé.


11 mai 2018

Une femme heureuse de Dominic Cooper

unefemmeheureseTitre du film : Une femme heureuse

Réalisateur : Dominic Savage

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h45

Avec : Gemma Arterton, Dominic Cooper, Jalil Lespert, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Tara est une jeune mère qui vit dans la banlieue de Londres. Femme au foyer, elle passe ses journées à s’occuper de ses enfants, de la maison et à attendre le retour de son mari le soir. Cette vie calme et rangée lui pèse de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter sa situation.

 

La belle Gemma Arterton ne cesse de nous surpendre. Elle s’est d’abord fait remarquer dans des blockbusters tels que le James Bond Quantum of Solace (2008) et Le choc des titans (2010). On aurait pu penser qu’elle resterait cantonnée à des seconds rôles dans des films à gros budget. Que nenni. On l’a vu dans le curieux Gemma Bavory (2014) et l’an dernier on l’a même retrouvé au casting de l’excellent film horrifique The last girl. Aujourd’hui, la voilà tête d’affiche d’Une femme heureuse, un drame féministe. Sans conteste c'est une actrice qui a plus d’un tour dans son sac !

Et du talent il en faut pour jouer dans Une femme heureuse puisqu’il s’agit avant tout d’un film d’acteurs. Gemma Arterton y interprète le rôle de Tara, une mère de famille trentenaire mariée et ayant deux enfants. En apparence elle a tout pour être heureuse (d’où le titre français du film) : une maison dans la banlieue de Londres, un mari qui a une bonne situation professionnelle, de beaux enfants. Que demander de plus ?

unefemmeheurese3Tout cela n’est que de la poudre aux yeux. Gemma Arterton livre une performance extrêmement convaincante dans le rôle de cette femme malheureuse étouffant dans son quotidien. Le film prend son temps pour nous montrer ses journées à faire le ménage, s’occuper des enfants, les amener à l’école. Et le mari, Mark, dans tout ça ? Eh bien il montre qu’il est l’homme, qu’il est celui qui travaille, qui ramène de l’argent. Sa femme est la mère de ses enfants et son « objet sexuel » quand il en a besoin. Pas vraiment de tendresse au sein de ce couple, comme le montre de façon très explicite le regard en pleurs de Tara lorsqu’elle subit une relation sexuelle pas vraiment consentie.

Une femme heureuse paraît tellement réaliste qu’il prend des allures de documentaire, que cela soit dans le quotidien vécu par Tara ou ses relations avec un mari qui n’est pas à son écoute.

Le film ne sombre jamais pour autant dans la caricature. Mark n’est pas un être monstrueux. C’est simplement un homme qui travaille et pense que pour cette raison, sa femme lui doit tout. Il a oublié qu’un couple est composé de deux personnes qui doivent communiquer, savoir ce que ressent l’autre, et pas seulement s’intéresser à soi. Le personnage de Mark est symptomatique de nombre de personnes faisant preuve d’une grande maladresse quand l’autre commence à leur échapper (le titre original du film, The escape, est bien plus révélateur du contenu de celui-ci). Il ne sait pas comment faire et ne comprend pas la situation.

Pourtant, le spectateur ne tarde pas à comprendre ce qui se passe. Tara est une femme se sentant enfermée dans la position qu’elle occupe au sein de la société. Elle n’est plus Tara mais d'un côté une gentille épouse (« ma puce ») devant supporter un mari possessif et de l'autre une mère de famille avec deux enfants à élever. D’ailleurs, on n’apprend son prénom que très tard dans le film. Preuve de sa perte d’identité. Et quand on perd son identité, forcément on n’est plus considéré pour ce que l’on est réellement. On devient ce que la société veut que l'on soit. Evidemment, cette vie rappelle celle de beaucoup de femmes mères au foyer. Sont-elles heureuses ? Rien n’est moins sûr.

De son côté, Tara n’en peut plus de cette vie. Elle aspire à autre chose. A l’image du livre qu’elle achète et où elle se passionne pour la tapisserie de La dame à la licorne. Elle est marquée la sixième représentation comprenant la devise : « mon seul désir ». Toute la question est donc de savoir si Tara va continuer de se bercer d’illusions, de vies rêvées dans les rares moments de temps libre dont elle dispose, ou si elle va franchir le pas pour changer de vie ? Après tout, beaucoup de femmes restent dans leur couple car leur situation matérielle leur semble plus importante que leur bien-être.

unefemmeheurese2Au niveau de la mise en scène, le réalisateur britannique Dominic Savage a privilégié les gestes aux mots. Les nombreux gros plans sur le visage triste de Gemma Arterton sont révélateurs de son état d’esprit. Cela paraît tellement naturel que l’on oublierait presque Gemma Arterton joue un rôle.

Il va sans dire que ce long métrage ne serait pas aussi réussi sans sa distribution. Gemma Arterton, qui est de tous les plans, est bouleversante dans le rôle de cette femme éprise de liberté. Dominic Cooper lui rend bien la pareille, dans le rôle de cet homme qui ne comprend pas le désespoir de sa femme. Il pense que cette dernière a tout pour être heureuse...

Voilà donc un film remarquable de sensibilité, symptomatique de ce que peut vivre une mère au foyer lambda. Ce long métrage est important pour faire évoluer les mentalités. C’est une oeuvre féministe et engagée. Cela n’est d’ailleurs pas anodin si l’actrice principale, Gemma Arterton est également co-productrice sur Une femme heureuse. C’est forcément un projet qui lui tenait à coeur.

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01 mai 2018

Strangers : prey at night de Johannes Roberts

strangers1Titre du film : Strangers : prey at night

Réalisateur : Johannes Roberts

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h25

Avec : Christina Hendricks, Martin Henderson, Bailee Madison, Lewis Pullman

FICHE IMDB

Synopsis : Une famille s’arrête pour la nuit dans un parc de mobile home isolé qui semble complètement désert. Une jeune femme étrange frappe à leur porte…. C’est le début d’une terrible nuit d’horreur : pris pour cible et poursuivis sans relâche par trois tueurs masqués, chacun devra lutter pour sauver sa peau dans un jeu de cache-cache impitoyable.

 

En 2008, alors que le « torture porn » à la Saw règne en maître sur le cinéma d’horreur, un jeune réalisateur américain, Bryan Bertino livre un film très différent avec The strangers. Il s’agit d’un home invasion avec son trio de tueurs ayant jeté leur dévolu sur un couple joué par Scott Speedman et Liv Tyler. Tendu à souhait, n’abusant pas de surenchère gore, Strangers remue bien le spectateur et en particulier lors d’un final terrifiant, digne d’une œuvre de Michael Haneke. En cela, The strangers s’est clairement démarqué du tout-venant.

Dix ans plus tard, après moults faux départs, une suite à The strangers a donc été mise en boîte puis sortie au cinéma en ce début d’année 2018. Si Bryan Bertino est présent en tant que co-scénariste, il laisse la place de réalisateur au britannique Johannes Roberts. Cela étant, on retrouve tout de suite l’esprit de The strangers avec son infernal trio de tueurs affublés de masques les caractérisant : Dollface, Man in the bag et Pin-up girl.

Évidemment, le but n’est pas de refaire le même film et la cible de nos psychopathes est désormais différente tout comme le lieu où se situe l’action. Ainsi, nos tueurs ont élu domicile pour leurs sévices, dans un camping (car on le voit de nuit) quasi abandonné. L’environnement global n’est sans rappeler le Vendredi 13 (1981) de Sean S. Cunningham.

strangers2Du côté des « gentils », on a affaire à une famille – deux parents et leurs enfants adolescents – venue se ressourcer le temps d’un week-end. En effet, les tensions sont palpables au sein de ce microcosme, avec en particulier une jeune fille en perte de repères.

Des repères, il faudra bien vite en trouver car nos dangereux psychopathes ne sont pas venus enfiler des perles ! D’ailleurs, la séquence initiale nous met parfaitement dans l’ambiance. Le lien avec le film de Bryan Bertino est évident, ne serait-ce qu’avec cette fille mystérieuse demandant : « Est-ce que Tamara est là ? » après avoir tapé à la porte.

On sent un véritable malaise à ce moment-là et qu’il se trame quelque chose de pas très catholique. On ne tarde pas à rentrer dans le vif du sujet…

Strangers : prey at night se retrouve toutefois différent de son glorieux aîné. On ne se situe pas uniquement dans le sous-genre que constitue le home invasion. Le périmètre d’action est plus vaste, utilisant ici l’ensemble du camping. On est plus dans un slasher pur et dur.

Les amateurs du genre auront plaisir à regarder cette œuvre horrifique dont les références au Halloween de Carpenter sont évidentes, tant par le soin pris à élaborer une ambiance tendue que par l’accoutrement de nos mystérieux tueurs, dont on n’apprendra jamais (ou presque) quelles sont leurs motivations. Ce qui est d’autant plus effrayant.

Et en matière de terreur, Strangers : prey at night comporte son lot de scènes bien corsées, réservant ce film à un public averti. Plusieurs meurtres sont secs et violents, même s’ils jouent la carte de l’humour noir. Il y a un côté quasi ludique avec ces psychopathes qui s’amusent avec leurs victimes. On n’est pas près d’oublier certaines séquences, comme ayant lieu dans la voiture accidentée ou celle se déroulant autour de la piscine nimbée de plusieurs palmiers en néons.

strangers3Si Strangers : prey at night demeure dans l’ensemble un slasher conventionnel, il n’est pas écrasé par les références qu’il cite plus ou moins explicitement. Ce long métrage est un hommage sincère aux œuvres horrifiques des années 80. On le retrouve dans la photographie du film, dans la mise en scène, par le style des meurtriers, etc. De plus, les nombreux morceaux de la musique pop de cette époque créent un délicieux décalage entre ce que l’on voit à l’écran et ce que l’on entend. Les classiques de Kim Wilde (Kids in America, Cambodia) et le célèbre Total eclipse of the heart de Bonnie Tyler sont totalement justifiés.

En fait, la principale réserve que l’on peut émettre tient au manque de consistance du personnage principal, campé par la jeune Bailee Madison, pas franchement convaincante. Sur le coup, on préfère le trio de psychopathes dont chacune des apparitions est remarqué. On aurait d’ailleurs apprécié les voir agir ensemble plutôt que de manière isolée.

Doté d’une ambiance tendue et sérieuse (on ne décèle que quelques touches d’humour, bien noir au demeurant), à l’instar de son glorieux aîné, Strangers : prey at night est un film d’horreur prenant. C’est efficace, même si cela ne renouvelle en rien le genre.

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21 avril 2018

Ghostland de Pascal Laugier

ghostland1Titre du film : Ghostland

Réalisateur : Pascal Laugier

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h31

Avec : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Emilia Jones, Taylor Hickson, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.

Critique de Locktal

 

Quatrième film de Pascal Laugier après notamment le traumatisant Martyrs (2008) et l’intrigant The secret (2012), Ghostland plonge dès les premières minutes du film le spectateur dans un home invasion brutal et éprouvant dans lequel les trois protagonistes (une mère prénommée Pauline interprétée de manière sobre et convaincante par la chanteuse Mylène Farmer et ses deux filles adolescentes Beth et Vera) seront victimes d’une effroyable agression par deux psychopathes au sein de la demeure familiale où elles viennent d’emménager.

 

ghostland2Mais le film de Laugier va bifurquer vers d’autres horizons, mutant sans cesse, épousant la psyché de son personnage principal Beth, devenue adulte et ayant atteint son rêve de devenir un écrivain célèbre au même titre que Lovecraft, son idole de toujours, et replongeant dans l’enfer de son passé lorsqu’elle revient dans la maison cauchemardesque dans laquelle vivent toujours sa mère et sa sœur Vera qui a sombré dans la démence paranoïaque. Laugier paie d’ailleurs son tribut au célèbre écrivain américain créateur du mythe de Cthulhu, puisque le film s’ouvre sur un portrait de Lovecraft, et celui-ci est aussi au centre d’une très belle séquence onirique.

Si le récit n’a rien d’original en soi, le cinéaste va déployer tout d’abord une esthétique gothique flamboyante, où les moindres couloirs et recoins de la demeure sont porteurs de mystère et de terreur, comme dans un train fantôme rempli de pièges, esthétique encore décuplée par la présence anxiogène de poupées démembrées. Le spectateur pense alors être en terrain connu, mais il n’en sera rien, Laugier n’ayant de cesse de le perdre, de l’égarer dans les méandres de sa narration.

A la manière du sublime Vertigo d’Alfred Hitchcock, le twist qui arrive en milieu de film va redistribuer les cartes, pulvériser le déroulement du récit et emmener ainsi le spectateur vers des cimes inattendues mais pourtant totalement cohérentes. L’impact sera dévastateur, à l’instar de la deuxième partie de Martyrs (film avec lequel Ghostland entretient de nombreux points communs), permettant de maintenir un état de tension permanent, où les jump scares, effets parfois faciles lorsqu’ils sont mal utilisés, seront terriblement efficaces, culminant dans plusieurs climax impressionnants, virant parfois à l’abstraction.

Mais surtout Laugier présente des personnages touchants. La relation entre les deux sœurs Beth et Verra est particulièrement poignante, chacune des sœurs ayant développé des mécanismes de défense différents mais complémentaires au final. Le refuge de Beth dans l’évasion et l’imaginaire pour échapper à l’horreur est à double tranchant : s’il permet parfois sa survie (physique et mentale), il peut aussi la perdre à jamais dans une illusion, tandis que le caractère pragmatique de Vera ramène constamment Beth dans la réalité.

 

ghostland3Les accusations de certains critiques taxant Laugier de sadique et de complaisant semblent donc à côté de la plaque, le réalisateur aimant profondément ses protagonistes féminines, qui certes suppliciés (physiquement et mentalement, encore une fois) trouvent tout de même la force de se rebeller contre leurs oppresseurs.

Si le déferlement de violence et le malaise de certaines situations du film pourront rebuter, voire provoquer le dégoût, Ghostland est une expérience âpre, troublante, jusqu’au-boutiste, qu’il convient absolument de défendre, surtout en ces temps d’aseptisation et de standardisation du cinéma de genre. Le second degré et le côté meta sont totalement absents, et c’est tant mieux : Ghostland respire l’amour, autant dans ses personnages que dans le rapport que Laugier entretient avec le cinéma d’horreur viscéral. Le festival de Gérardmer 2018 ne s'y est pas trompé en lui décernant le grand prix. A voir de toute urgence !

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11 avril 2018

Dans la brume de Daniel Roby

danslabrume1Titre du film : Dans la brume

Réalisateur : Daniel Roby

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h29

Avec : Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe...

 

Le hasard du calendrier nous propose deux films de genre dont l’action se situe à Paris. Après le huis-clos La nuit a dévoré le monde où l’on retrouvait un Paris grouillant de zombies, on se situe ici plus dans le film catastrophe avec une brume mortelle ayant fait son apparition suite à un tremblement de terre.

L’apparition d’une mystérieuse brume, mortelle au demeurant, n’est pas en soi une nouveauté pour les amateurs de genre. John Carpenter avait déjà utilisé cette thématique dans son angoissant Fog (1980) et Frank Darabont avait livré un film très inquiétant avec The mist (2008), récemment adapté en série télévisée.

danslabrume2Dans tous les cas, il n’est pas courant d’avoir droit à un film de genre français qui se déroule à Paris. Malgré son budget relativement raisonnable – à peine 10 millions d’euros – Dans la brume tient la comparaison avec d’autres films d’action. Le réalisateur ne tarde pas à nous mettre dans l’ambiance avec cette brume mortelle qui succède rapidement à un tremblement de terre.

Comme dans La nuit a dévoré le monde, le salut de nos protagonistes provient des appartements haussmanniens. Mais si dans le film précédent, le danger provient de zombies nécessitant de rester sur ses gardes, Dans la brume pose un problème semblant quasi insoluble. En effet, la brume est mortelle et surtout elle ne cesse de monter heure par heure. Se réfugier dans les appartements les plus hauts est une chose, mais la question est clairement celle de la survie à court ou moyen terme.

Dans la brume propose ainsi un suspense haletant, en s’intéressant à une famille, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) dont la fille, adolescente, vit dans une « bulle » en raison d’une maladie rare. Non seulement Mathieu et Anna doivent survivre dans ce monde apocalyptique, mais en outre il leur faut trouver un moyen pour aider leur fille à vivre dans sa bulle (électricité à assurer, moyens de subsistance, etc.).

Si le film ne comporte pas de scènes d’action telles qu’on a coutume d’en avoir dans le cinéma américain, il comprend toutefois plusieurs scènes de tension, lorsque les personnages principaux sont obligés de sortir à l’extérieur et donc de s’exposer potentiellement à cette brume.

Comme on peut s’en douter au regard des thématiques développées, le scénario n’est pas d’une grande complexité. Cela étant, Dans la brume est prenant de bout en bout. Le réalisateur Daniel Roby a eu la bonne idée de ne pas étendre au maximum son histoire. On n’est pas parasité par des sous-intrigues superflues. Ce long métrage dure tout juste 1h30, générique compris, et bénéficie d’un rythme alerte.

danslabrume3Et puis le film mélange avec une certaine dextérité les scènes dites d’action avec des séquences plus intimistes, où les personnages s’interrogent forcément sur la question primordiale : leur devenir et celui de leurs êtres chers.

Si le scénario est globalement attendu, il se permet un petit twist final, pas désagréable, qui n’est pas sans rappeler celui de l’excellent The last girl, sorti l’an dernier au cinéma.

Au niveau des effets spéciaux, Daniel Roby a très bien utilisé son budget limité : on croit vraiment à ce Paris mortifère et cette brume envahissante, épaisse, symbole évident de mort. Le mélange entre vrais effets de brume et reconstitution par ordinateur est certes visible à l’écran, mais cela n’est pas choquant.

Quant à la distribution, elle surprend très agréablement. Romain Duris est vraiment crédible dans le rôle de ce père de famille, faisant tout pour sauver sa femme et sa fille. De son côté, Olga Kurylenko n’est pas là juste pour montrer son joli minois. Elle campe une mère de famille à la fois douce, fragile et déterminée. On ne se doutait pas forcément que cette actrice pouvait disposer d’une palette aussi étendue au niveau de son jeu. Le seul bémol est peut-être le rôle tenu par la jeune Fantine Harduin, dont le personnage est vraiment proche de la caricature.

Au final, Dans la brume est un autre film de genre français réussi, par son ambiance prenante, après La nuit a dévoré le monde. Moins « auteur » que son compère, ce film est clairement plus accessible à un large public. Il n’y a donc plus qu’à espérer que le succès soit au rendez-vous pour ce film méritant largement d’être regardé.

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28 mars 2018

Hostiles de Scott Cooper

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Titre du film : Hostiles

Réalisateur : Scott Cooper

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 2h13

Avec : Christian Bale (capitaine Joseph Blocker), Rosamund Pike (Rosalie Quaid), Wes Studi (chef Yellow Hawk), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.

 

Réalisateur à qui l’on doit le très beau drame musical Crazy heart (2010) avec Jeff Bridges et Collin Farrell dans les rôles principaux, Scott Cooper change totalement de registre avec Hostiles. Il s’agit en effet d’un western, genre moribond, ayant connu ses heures de gloires des années 20 aux années 50, refaisant surface de temps à autre, à l’image de films aussi cultes que Danse avec les loups de Kevin Costner (1990) et Impitoyable (1992) de Clint Eastwood.

Hostiles est empreint de la même mélancolie que ses glorieux aînés des années 90. L’action se situe en 1892, alors que les guerres entre les colons et les Indiens sont terminées, ayant épuisé les deux camps et causé la mort de dizaine de milliers de victimes innocentes. Sans compter les morts en raison des épidémies et des famines.

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Hostiles est un film reconnaîssant le poids de l’Histoire . Cela n’est pas du tout un long métrage manichéen où les gentils colons doivent affronter de méchants indiens. A fortiori il n’y a pas de héros comme le cinéma américain a pu le véhiculer dans ses films des années 40 et 50 notamment.

Le réalisateur part d’une idée de base tout à fait intéressante : le capitaine Joseph Blocker, connu pour ses actes de « bravoure » (tout dépend dans quel camp on se situe) est contraint par son supérieur hiérarchique d’escorter avec une petite unité, le chef Yellow Hawk, son pire ennemi, sur ses terres natales du Montana. Et l’expédition sera évidemment truffé d’embûches de toutes sortes.

Il est donc fondamental pour les différentes parties de s’entendre. Scott Cooper sait pertinemment que l’on a déjà tout dit, ou presque, avec les westerns d’antan. C'est la raison pour laquelle Hostiles met la question des relations et des guerres raciales au centre du jeu.

Pour attirer le spectateur vers autre chose que ce qui est attendu, il est donc pertinent de livrer un film où la rédemption (des colons) est attendue face au génocide indien. A ce titre, cette expédition privilégie justement le côté réflexif plutôt que l’amoncellement de combats. Certes, on aura droit à quelques séquences d’action, d’ailleurs plutôt barbares, mais dans l’ensemble cette œuvre a tout de la quête rédemptrice. On le voit dans les paroles, les gestes et les visages tristes des personnages. Celui de Joseph Blocker est d’ailleurs particulièrement évocateur : à mesure que le film avance, que les langues se délient, l’armure se fend et le soldat laisse place à l’humain. Hostiles comprend plusieurs scènes fortes sur le plan émotionnel, qui sont sublimées par une musique planante du meilleur effet et par ces grands paysages, caractéristiques du western.

Au demeurant, cela n’est pas un hasard si Hostiles débute sur les terres arides du Nouveau-Mexique pour s’achever sur les terres verdoyantes et hospitalières du Montana. A mesure que la relation entre les personnages principaux semble s’apaiser, le climat s’améliore, à tous points de vue.

Il est certain que l’on ne changera pas l’Histoire. Et si Hostiles est un film parfois dur à regarder, avec une violence sèche et brutale, on aboutit étrangement à une œuvre rédemptrice, évoquant toute la bêtise de la guerre et de ces conflits raciaux.

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D’ailleurs, les « méchants » ne sont pas l’apanage d’un camp comme le montre d’un côté les agissements des comanches et de l’autre celui de trappeurs et propriétaires terriens racistes.Il va sans dire que le film ne serait pas aussi réussi sans son formidable trio d’acteurs. Les louanges reviennent d’abord à l’acteur principal, Christian Bale. Il est formidable dans le rôle de Joseph Blocker, un militaire ayant toujours agi selon les ordres, et devant faire face à ses vieux démons, alors que la vie civile se rapproche à grands pas pour lui. Le personnage qu'il interprète entretient par ailleurs une relation toute en sensibilité avec Rosalie Quaid, dont la famille a été assassinée. Cette femme, dont la détresse ne peut qu’émouvoir, est jouée avec beaucoup de subtilité et de tact par une impeccable Rosamund Pike. Elle ne cesse de nous épater, depuis son interprétation dans Gone girl. Le troisième acteur remarquable est Wes Studi, déjà vu dans Danse avec les loups et Le dernier des mohicans. Avec son visage burriné et marqué par l’Histoire, il campe un chef Yellow Hawke plus vrai que nature. Sa relation avec Joseph Blocker est riche d’enseignements et extrêmement forte. Les personnages secondaires sont loin d’être de simple faire-valoir, à l’image de ce sergent s’excusant auprès des Indiens pour les actes commis par l’armée américaine.

En sortant d’une séance d’Hostiles, on a franchement le sentiment d’avoir assisté à un grand western crépusculaire. Si ce genre est quasiment mort, il peut encore nous dévoiler de merveilleuses pépites.

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18 mars 2018

La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher

lanuitad_vor_1Titre du film : La nuit a dévoré le monde

Réalisateur : Dominique Rocher

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h34

Avec : Anders Danielsen Lie, Denis Lavant, Golshifteh Farahani, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

 

Premier long métrage de Dominique Rocher, La nuit a dévoré le monde est un film de zombies. Encore, me direz-vous ? Oui, mais cette oeuvre est quasiment un film d’auteur. Les amateurs de films d’action avec des zombies assoiffés de sang risquent d’ailleurs de trouver le temps très long. Comme dirait un célèbre mage, « fuyez, pauvres fous ! ».

Adaptation du roman éponyme de Pit Agarmen, La nuit a dévoré le monde est à proprement parler un huis-clos. On suit le personnage de Sam, venu récupérer ses affaires chez son ex, lors d’une soirée. Après s’être isolé dans une pièce et avoir sombré dans les bras de Morphée, il se réveille le lendemain matin. Mais comme l’indique le titre du film, les choses ont radicalement évolué : pour une raison que l’on ne connaîtra jamais (mais après tout cela n’est pas le sujet du film), de nombreuses personnes ont été tuées et le monde est désormais occupé par des zombies tueurs.

lanuitad_vor_2Jusque-là, on est en terrain connu. Mais on n’a pas vraiment affaire à des morts-vivants déchaînés dans le style de 28 semaines plus tard, et tous les films du même genre. Non, ici on est plutôt dans le style d’une œuvre à la George A. Romero avec des zombies qui avancent (relativement) lentement. Et surtout le film met l’accent sur l’aspect psychologique. Chez Romero, le zombie est en fin de compte une façon de montrer la réaction d’un groupe face à une menace. Romero s’intéresse ainsi à la relation entre les gens. Dans La nuit a dévoré le monde, ce n’est pas le groupe qui captive le réalisateur Dominique Rocher mais l’individu seul face au reste du monde. On pourrait presque apparenter le film au célèbre Je suis une légende.

Sauf qu’ici, le « héros » limite ses déplacements. Il reste la plupart du temps dans son appartement haussmannien. Le plus important pour lui est d’abord de répondre à des besoins primaires : sécuriser son appartement et la résidence dans laquelle il se trouve, disposer de suffisamment de denrées alimentaires pour survivre, avoir une eau suffisante pour se laver et boire. On est vraiment dans un côté pratique, un côté presque réaliste si une menace – aussi incroyable que l’invasion de zombie tueurs – avait lieu.

Évidemment, le film doit faire avec un budget serré, ce qui justifie d’autant plus ce huis-clos étonnant. Pour autant, le film comporte bien quelques scènes de tension. Mais tout cela se matérialise avant-tout dans l’atmosphère générale que dégage le film : les différentes sorties du héros pour trouver de la nourriture avec cette cage d’escalier lugubre, ses explorations dans l'immeuble avec un danger latent, etc.

La nuit a dévoré le monde est avant tout un film d’ambiance. Soit on accroche soit on peut trouver le temps long. Car la grande thématique du film est bien celle de la solitude de l’homme. Comment faire quand on se retrouve quasiment seul dans un environnement hostile ? C’est évidemment original d’avoir un film de zombies qui se déroule à Paris. C’est également symptomatique du message que souhaite véhiculer cette œuvre. Dans une ville aussi importante, aussi tentaculaire, n’est-on pas qu’un individu lambda ? Comment fait-on pour communiquer avec les autres ? L’évolution de notre société avec ce tout technologique semble donner une réponse pessimiste quant aux rapports de l’homme avec ses congénères.

La nuit a dévoré le monde traite dans le cas présent de l’ennui. Le personnage principal tente de s’occuper en faisant de la musique. Et comme par hasard, cette façon de se divertir attire les zombies qui sont sensibles aux sons. Cela donne lieu à quelques scènes très intéressantes où le héros doit se confronter avec ce danger latent.

lanuitad_vor_3L’acteur Anders Danielsen Lie, vu dans le dépressif Oslo 31 août, est excellent dans le rôle-clé de ce film. On voit bien l’évolution de son personnage, qui combat non seulement l’ennemi extérieur mais aussi ses démons intérieurs. Quand on est désespérément seul, la folie guette à tout moment. Outre cet acteur, on peut compter sur Denis Lavant qui campe un zombie inoubliable, le seul avec lequel communique notre héros. Et puis la présence de la belle Golshifteh Farahani apporte un côté quasi fantasmatique : on se demande bien si on ne navigue pas entre rêve (cauchemar?) et réalité. Les conditions de sa venue nous interrogent sur la notion de l'inconnu.

Cela va bien dans les thématique du film : la solitude, la peur de l’autre, la difficulté de communiquer.

Comme quoi, avec peu de moyens et un scénario en apparence attendu, on peut réaliser un film prenant et intelligent. On dépasse largement le statut de simple film de zombies. Il va sans dire que Dominique Rocher est désormais attendu au tournant.

08 mars 2018

Lady bird de Greta Gerwig

ladybird1Titre du film : Lady bird

Réalisateur : Greta Gerwig

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h35

Avec : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Lucas Hedges, Tracy Letts, Timothée Chalamet, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Christine « Lady bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady bird ait perdu son emploi.

 

Premier film de l’actrice Greta Gerwig (Damsels in Distress, Frances Ha), Lady bird part nanti d’une solide réputation et de deux prix prestigieux obtenus aux golden globes 2018 avec le meilleur film de comédie et la meilleure actrice (pour Saoirse Ronan).

Pourtant, de prime abord, Lady bird a tout du film américain indépendant qui sent clairement le réchauffé. En effet, il raconte l’histoire de Christine « Lady bird », une lycéenne en dernière année d’High School, qui souhaite coûte que coûte quitter sa ville natale de Sacramento pour rejoindre New York.

En soi, rien de bien original sous le soleil. Et pourtant, la cinéaste Greta Gerwig parvient à sublimer son matériau de base pour réaliser un film d’une grande sensibilité. Ce long métrage vaut clairement par son étude psychologique très fine.

Il y a évidemment le personnage de Christine Mc Pherson, surnommée « Lady bird ». Une façon pour la réalisatrice d’évoquer par une métaphore la situation du personnage principal, lequel souhaite s’émanciper et voler de ses propres ailes.

ladybird3Greta Gerwig a très bien étudié différentes micro-sociétés. Il y a d’abord le microcosme familial. « Lady bird » vit dans une maison modeste avec toute sa famille : son père, sa mère et son frère. Elle est en constante rébellion contre sa mère oppressante, intransigeante et possessive. On sent que la relation entre la jeune fille et sa mère est constamment tendue. Mais ceci est au fond très réaliste. On a bien affaire à une fille qui veut faire ce qui l’intéresse et a du mal avec cette autorité maternelle.

Le film est aussi l’occasion de montrer le passage de l’adolescence à l’âge adulte pour « Lady bird ». On assiste donc très logiquement aux histoires d’amour, diverses et variées, de notre personnage principal. Mais aussi ses loisirs qui varient tout comme ses ami(e)s. On est bien en face d’une personne qui se cherche, et qui a du mal à trouver sa place dans la société. Les choix qu’elle effectue sont comme toute personne lambda de son âge. Elle se laisse guidée par ses envies, et fait parfois des erreurs. Elle est changeante dans son attitude, quitte à oublier sa meilleure amie.

La réalisatrice Greta Gerwig dépasse allègrement toute dichotomie primaire : on n’a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Chacun, y compris le personnage principal, a ses qualités propres, ses défauts, et ses choix répondent à des motifs différents.

Chacun des personnages a ses propres contradictions, ce qui les rend d'autant plus humain : la mère de « Lady Bird » est rigide par son attitude mais elle fait tout pour le bien de sa famille ; les amoureux de Lady Bird ne sont pas forcément bien sous tous rapports...

Greta Gerwig analyse avec beaucoup de justesse les rapports humains, sans jamais les juger. Ce film en est d’autant plus touchant. Surtout que la réalisatrice peut se reposer sur une actrice de premier plan. Saoirse Ronan, avec son physique juvénile et son jeu très naturel, incarne à merveille le personnage de « Lady bird ». On ne croirait pas qu’elle joue un rôle mais qu’elle le vit. Son prix obtenu aux golden globes est amplement mérité. A ses côtés, les autres acteurs sont tous très bons, et en particulier l’actrice Laurie Metcalf, qui interprète le rôle difficile de la mère de « Lady bird ». On sent que cette femme est elle-même victime de barrières mentales qui l’obligent à jouer le rôle du « bon père de famille » voulant mettre sa famille à l’abri du besoin, alors que les fins de mois sont bien compliqués.

ladybird2D’ailleurs, on notera que Greta Gerwig touche à l’universalité tant dans les thématiques développées que dans le microcosme dans lequel elle place sa caméra. La cinéaste décrit avec beaucoup d'acuité le milieu de gens modestes qui ressemblent à tant de familles.

Enfin, il convient de noter la justesse du ton adopté par ce long métrage et par des dialogues convaincants. Le travail d’écriture est remarquable et se ressent sur la qualité du film.

Au final, au même titre que le personnage principal est touché en plein cœur par sa relation d’attraction - de répulsion de sa ville natale et son environnement familial, le spectateur ressent des émotions fortes devant ce film attendrissant et touchant.

Voilà une excellente surprise que je recommande chaudement.On retrouvera sans doute à la fin de l'année ce Lady bird dans le top des meilleurs films.

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18 février 2018

Les déjantés du ciné fêtent leurs 10 ans : le top de nos films préférés !

En ce mois de février 2018, le blog Les déjantés du ciné fête ses 10 ans d'existence. Eh oui, déjà ! De manière exceptionnelle, c'est l'occasion pour ses trois membres fondateurs de vous révéler leurs 5 films préférés durant cette période, et de vous donner envie de les voir !

1) Le top 5 des films préférés de Locktal de 2008 à 2017 :

affichevincereVincere (Marco Bellocchio, 2009, Italie)

C’est sans doute l’un des plus grands films de Marco Bellocchio, qui traite comme à son habitude de l’aliénation de l’individu par les institutions sociales, thème ici porté à incandescence. Vincere (« vaincre » en italien) est un véritable maelström d’images, un tourbillon d’émotions qui multiplie les audaces stylistiques, sonore et visuelles, dont le spectateur ressort ébahi et vidé. L’interprétation de Giovanna Mezzogiorno dans le rôle d’Ida Dalser (la maîtresse de Mussolini) est magnifique, de même que celle de Filipo Timi dans le rôle de Mussolini, tous les deux sublimés par la mise en scène opératique et lyrique de Bellocchio et la puissante bande-son de Carlo Crivelli. Intense et bouleversant.

 

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (Apichatpong Weerasethakul, 2010, Thaïlande)

Weerasethakul offre un poème hypnotique qui prend (comme dans la plupart des autres films du cinéaste thaïlandais) racine dans cette jungle mystérieuse, belle et effrayante à la fois, où tout est possible : l’apparition des fantômes, la métamorphose des humains en animaux, la réincarnation,… Le fantastique est quotidien, il guette au détour d’un arbre, d’une branche, il est naturel : la frontière entre le réel et l’imaginaire s’estompe, disparaît… Weerasethakul plonge le spectateur dans un autre monde, merveilleux et spirituel, dans lequel les âmes peuvent transiter, où les princesses peuvent s’accoupler à des poissons, où l’extraordinaire peut se nicher dans les cavités d’une grotte, où les légendes se fondent dans la réalité. Bref, une œuvre fascinante et essentielle.

 

Le cheval de Turin (Béla Tarr, 2011, Hongrie)

Ultime film de Béla Tarr (à moins que celui-ci revienne, on l’espère, sur sa décision), ce film est la quintessence de son style si reconnaissable, composé de très longs plans-séquences très fluides, dans un noir et blanc somptueux et désespéré. Conclusion cohérente et magnifique d’une filmographie unique, Le cheval de Turin plonge ses deux personnages (et les spectateurs), un père infirme et sa fille, dans un univers sinistre et dépouillé, miné par le vent, la solitude et la répétition des mêmes gestes, des mêmes rituels quotidiens… Un monde qui court à sa perte, où tout espoir est balayé, où la vie elle-même n’est que souffrance et où la mort est peut-être une délivrance. Un monde d’une tristesse infinie, dont la fin est inexorable, qui sombre progressivement dans les ténèbres. Magistral !

 

affichemelancholiaMelancholia (Lars Von Trier, 2011, Danemark)

Film de fin du monde particulièrement puissant, Melancholia est sans aucun doute l’une des œuvres les plus accomplies de Lars Von Trier. Scindé en deux parties qui sont consacrées à chacune des deux héroïnes (Justine, magnifiquement interprétée par Kirsten Dunst, atteinte de mélancolie ; et sa sœur Claire, jouée par une sublime Charlotte Gainsbourg, plus ancrée dans la réalité), le film dévoile progressivement les vérités de chacun, vivant dans un monde de plus en plus factice et prenant conscience de son vide existentiel. Visuellement splendide, Melancholia est un lent requiem, un poème fulgurant qui se clôt sur une image absolument bouleversante qui hantera encore longtemps le spectateur après la projection.

 

The tree of life (Terrence Malick, 2011, Etats-Unis)

Cinquième film de Terrence Malick, The tree of life est aussi l’un de ses plus énigmatiques et de ses plus stupéfiants. Visuellement impressionnant, c’est un poème lyrique d’une ampleur phénoménale (il relie l’infiniment grand à l’infiniment petit), basé avant tout sur le ressenti et l’émotion, sur la captation d’instants. La partie centrale, qui dépeint le monde vu par le regard d’un enfant, touche au sublime : la mise en scène de Malick, par ses mouvements de caméra flottants, ses plans de corps morcelés, parvient à saisir l’indicible, la mémoire, ce qui fait ce qu’on est… The tree of life a également révélé une actrice frémissante, Jessica Chastain, qui trouve ici l’un de ses plus beaux rôles. C’est un film ambitieux qui ne plaira pas à tout le monde, mais dont l’audace et la radicalité en font un objet unique absolument fascinant.

2) Le top 5 des films préférés de Nicofeel de 2008 à 2017 :

affichemorseMorse (Tomas Alfredson, 2008)

Morse constitue mon premier choc cinématographique vu dans un festival (au NIFFF, Neuchâtel international fantastic film festival). Le réalisateur Tomas Alfredson revisite de façon pertinente le mythe du vampire. On est bien loin de la figure du vampire séduisant. Au contraire, la condition de vampire est vue comme un véritable fardeau. En effet, elle évoque la solitude et le besoin de tuer des gens pour survivre.
Morse est également un film très intéressant car il raconte l’histoire d’amitié / d’amour entre un jeune garçon, Oskar, maltraité par ses camarades de classe et donc une vampire, Eli, qui a pris les traits d’une jeune fille.
L’originalité du film tient aussi du fait que le vampire est un être ambivalent. Il doit tuer pour rester en vie mais il est dans le même temps l’ange gardien d’Oskar. On songe ainsi à l’inoubliable dernière scène d’action du film, se déroulant sur le célèbre morceau « A flash in the night » du groupe Secret service (1982).
Morse est un drame teinté de fantastique d’une grande sensibilité. On ne peut qu’adhérer.

 

Drive (Nicolas Winding Refn, 2011, États-Unis)

Nicolas Winding Refn aime les films torturés. Il n’y a qu’à voir Only god forgives (2013) ou The neon demon (2016) pour s’en convaincre. Pourtant, avec Drive il réussit miraculeusement à allier sa maestria cinématographique avec des thématiques claires, accessibles au grand public.
Drive pourrait apparaître de prime abord comme un banal polar. L’histoire est simple en apparence avec ce jeune homme, embarqué dans de vilaines combines, qui se transforme du jour au lendemain en justicier prêt à aider la veuve et l’orphelin.
Oui mais voilà Nicolas Winding transcende le matériau de base. On le voit dès le début avec une photographie sublime, avec la ville sous la nuit donnant des impressions de mégalopole infinie. La mise en scène est pour sa part très stylisée et donne le sentiment d’être dans une sorte de rêve éveillé.
Ces images sublimes sont renforcées par la musique planante, très eighties, où l’on retrouve les hits Nightcall de Kavinsky ou encore Under your spell du groupe Desire.
Nicolas Winding Refn n’en oublie pas d’être Nicolas Winding Refn. Drive comporte son lot de scènes (très) violentes qui réservent ce polar urbain à un public averti.
Et puis Drive a révélé Ryan Gosling, dans le rôle du justicier au grand coeur, devenu depuis une star planétaire.
Voilà un polar contemporain de tout premier ordre, à consommer sans modération.

 

Despuès de Lucia (Michel Franco, 2012, Mexique)

Les amateurs de comédie et de romance peuvent passer leur chemin. Le cinéaste mexicain Michel Franco est passionné par les drames, qui passent souvent par des histoires glauques. Heureusement, Despuès de Lucia constitue une œuvre forte et dans le même temps sans doute le film le plus accessible de son auteur.
Le film s’intéresse au personnage d’Alejandra, une jeune fille qui parvient tant bien que mal à faire le deuil de sa mère, Lucia. Arrivée dans un nouveau lycée, elle a du mal à s’acclimater avec ses nouveaux camarades de classe. Loin s’en faut. Lors d’une soirée, elle a une relation intime avec un de ses camarades et celui-ci met la vidéo de ses ébats sur internet. Alejandra devient à son insu une personne indésirable.
Ce long métrage décrit sans ambages les harcèlements par le biais d’internet à l’école. La mise en scène de Michel Franco, privilégiant les plans fixes, rend l’ensemble difficilement soutenable. Surtout que les scènes vont crescendo. La dernière partie du film, digne d’un rape and revenge des années 70, vaut également le détour.
Despuès de Lucia est un drame fort qui laisse le spectateur sous tension.

 

affiche_phoenixPhoenix (Christian Petzold, 2015, Allemagne)

Non, le cinéma allemand n’est pas mort. On l’avait déjà constaté avec l’excellent La vie des autres (2006). Moins d’une décennie plus tard, l’Allemagne peut se targuer d’être la patrie d’un nouveau chef-d’œuvre : Phoenix.
Le réalisateur Christian Petzold fait évoluer ses protagonistes dans une période très sensible pour l’Allemagne : l’après-guerre. A fortiori, « l’héroïne » du film est une juive, rescapée d’Auschwitz.
La première partie narre le difficile retour à la vie pour cette femme. C’est tout un travail de reconstruction qu’elle doit effectuer, tant moral que physique (elle a été défigurée).
Plus encore, c’est la seconde partie du film qui marque durablement le spectateur. En effet, cette femme met tout en oeuvre pour retrouver son mari, alors que celui-ci l’a trahie. Elle espère qu’il lui reviendra.
Phoenix ne cesse de jouer sur les oppositions puisque l’amour sincère côtoie les notions de trahison et de culpabilité. Dans le rôle principal, Nina Hoss est exceptionnelle, notamment lorsqu’elle interprète à la fin le sublime Speak low. On a l’impression que son personnage renaît sur les cendres d’une Allemagne détruite et coupable.
Voilà un très beau drame que n’aurait pas renié Fassbinder.

 

Les gardiennes (Xavier Beauvois, 2017, France)

Xavier Beauvois n’en est pas à son premier film avec Les gardiennes. Il avait déjà été remarqué avec Le petit lieutenant (2005) et Des hommes des dieux (2010). Des films d’ailleurs d’excellente facture.
Mais Les gardiennes est peut-être son film le plus personnel, qui parlera aux spectateurs Français. En effet, il revient sur un pan de notre Histoire qui a durablement marqué les esprits. Les gardiennes se déroule ainsi durant la première guerre mondiale. Au lieu de nous montrer des combats, déjà vus 1000 fois ailleurs, Xavier Beauvois rend hommage à toutes ces femmes, restées à l’arrière du front, qui ont dû continuer à assumer les activités de la ferme.
Si le film peut donner l’impression d’être relativement long, ce n’est nullement le cas. Le réalisateur s’attache à montrer au fil du temps les saisons puis les années de dur labeur pour ces femmes qui ont tout pris en charge pendant l’absence des hommes. Le film est évidemment une dénonciation de la guerre. C’est aussi et surtout un film féministe, narré sous le prisme féminin.
La distribution est sans faille avec notamment Nathalie Baye et Laura Smet, dont le lien-mère-fille se ressent à l’écran.
Voilà un drame fort sur une période importante l’Histoire de France.


3) Le top 5 des films préférés de Peeping Tom de 2008 à 2017 :

afficheessential_killingEssential killing (Jerzy Skolimowski, 2011, Pologne)

Sur une intrigue minimaliste, et en adoptant la forme du film de genre, ici le survival, Skolimowski évoque la guerre en Afghanistan ainsi que le sort réservé par l’armée américaine aux prisonniers soupçonnés de terrorisme.

Essential Killing offre la performance la plus intense de Vincent Gallo, récompensée par le prix du meilleur interprète à la Mostra de Venise en 2010.

Haletant en diable, le métrage est une course folle à l’image de la fuite du personnage principal.

 

Holy motors (Leos Carax, 2012, France)

Proche du film à sketch, l’intrigue de Holy Motors a pour fil conducteur l’étrange Monsieur Oscar (brillamment interprété par Denis Lavant) qui se fond dans divers personnages pour vivre des aventures surréalistes, proches du grotesque.

Dans cet opus, Léos Carax fait étalage de ses talents de conteur et de metteur en scène pour une mise en abyme du cinéma réjouissante.

Si la complicité entre le réalisateur et son acteur fétiche n’est pas nouvelle, elle semble atteindre ici son apogée, Denis Lavant se glissant avec un plaisir non feint dans la peau de personnages improbables.

 

Le cheval de Turin (Bela Tarr, 2012, Hongrie)

Parce qu’il préfigure la fin d’un monde (l’argentique), ainsi que la fin de la carrière de son auteur, dans un geste artistique d’une rare radicalité et intensité, aujourd’hui encore, “Le cheval de Turin” m’apparaît comme un film incontournable, et l’un des plus marquants de la décennie.

S’inspirer de l’évènement qui a pu faire basculer Friedrich Nietzsche dans la folie était une gageure. Tarr, en signant ce qui semble être son chant du cygne, semble nous indiquer que dieu est bien mort.

Son final glaçant (un écran noir) semble marquer la fin de toute expression cinématographique, ainsi que l’accomplissement ultime de la carrière de Bela Tarr.

 

afficheatouchofsin_A touch of sin (Jia Zhang Ke, 2013, Chine)

Dans le même style, “enjoué et serein”, Jia Zhang Ke livre, en 2013, son film le plus sombre.

A touch of sin est un constat abrupt et enragé de la déshumanisation liée à l’évolution de la société chinoise contemporaine.

Habitué aux « films mondes », miroirs du monde contemporain, Jia Zhang Ke souligne ici l’individualisme et la violence sociale qui en découle. Sans rien perdre de son style contemplatif, le cinéaste livre une peinture sans concession où la froideur clinique est ponctuée d’évènements à la brutalité exacerbée.

 

L'étrange couleur des larmes de ton corps (Hélène Cattet et Bruno Forzani, 2014, Belgique)

4 ans après Amer, le duo Cattet et Forzani revenait pour une nouvelle relecture des giallos. L’étrange couleur des larmes de ton corps franchit encore une étape : complexe et schizophrénique, expérimental à souhait, le métrage permet au duo de réalisateurs de montrer toute la palette de leur talent et de prouver que le cinéma dit de genre n’est pas qu’une sous catégorie.

Toujours soutenu par une bande-son de qualité, purement référentielle, le duo nous entraine dans les dédales d’un appartement aussi tortueux que l’esprit de son locataire.


Et voilà, c'est fini pour ces trois top de nos films préférés ! Rendez-vous dans 10 ans en 2028 ? L'avenir le dira.

08 février 2018

Ami-Ami de Victor Saint Macary

amiamiafficheTitre du film : Ami-Ami

Réalisateur : Victor Saint Macary

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h26

Avec : William Lebghil (Vincent), Margot Bancilhon (Néféli), Camille Razat (Julie), Jonathan Cohen (Frédéric), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quoi de mieux pour ne plus jamais souffrir en amour que de tourner le dos à la vie de couple et de s’installer en coloc’ avec son meilleur ami ? C’est en tout cas ce qu’a décidé Vincent, ravagé par sa dernière rupture ! À un détail près : son meilleur ami est une meilleure amie, Néféli, jeune avocate déjantée.

 

Ne vous fiez pas à son affiche originale où Ami-Ami fait penser à une comédie « lourdingue », usant de gags éculés. Le premier long métrage de Victor Saint Macary est au contraire une œuvre étonnante, parvenant bien souvent à surprendre le spectateur.

Au départ, le film débute avec le personnage de Vincent, qui emménage en colocation avec sa meilleure amie, Néféli, suite à une déception sentimentale. Les deux jeunes gens sont extrêmement liés et font tout ensemble… sauf l’amour ! On s’attend donc immanquablement à un rapprochement entre ces deux amis, qui pourraient devenir de véritables « sex friends » !

amiami2Eh bien non. Le scénario (dont l’un des co-scénaristes est Thomas Cailley, remarqué pour son film Les combattants) est bien plus subtil. Il propose un faux triangle amoureux. En effet, sur les conseils de Néféli, Vincent aborde une jeune femme, Julie, qui devait être juste un plan sexuel. Mais Vincent en arrive rapidement à un véritable dilemme : il est amoureux de Julie et apprécie également sa vie en colocation avec Néféli. Dès lors, il va tenter de jouer sur les deux tableaux.

La majeure partie du film consiste à montrer au spectateur tous les subterfuges, les ruses, voire même les mensonges de Vincent qui n’ose choisir : il n’avoue donc pas à Néféli qu’il a une petite amie et à cette dernière il repousse sans cesse le moment de l’inviter dans son appartement.

Sur ce plan, le film est vraiment très drôle car on sent bien que cette stratégie va finir par se retourner contre lui (la scène du train est symptomatique). Surtout que ce dernier use d’arguments parfois peu convaincants.

Sans chercher midi à quatorze heures, on peut voir dans l’attitude fuyante de Vincent celle d’un jeune homme, entré récemment dans la vie active, qui peine à se comporter comme un adulte et dans le cas présent à s’engager.

D’ailleurs, son meilleur pote, Frédéric, a les mêmes préoccupations (en pire) : il ne pense qu’à s’amuser et ne cesse de parler d’aventure sans lendemain. En matière de maturité, on a déjà vu mieux.

Mine de rien, le réalisateur Victor Saint Macary dresse un portrait peu flatteur de la gente masculine. A côté, même si les femmes apparaissent parfois déjantées (le personnage de Néféli), elles ont au moins le mérite de jouer carte sur table et de savoir ce qu’elles veulent.

Outre son scénario bien ficelé, le film peut se targuer de dialogues faisant souvent mouche, ce qui apporte une certaine spontanéité. Par ailleurs, la bande-son est également en adéquation avec Ami-Ami puisque les nombreux morceaux de la pop française actuelle, donnent un côté authentique et dynamique à l’ensemble.

Derrière le volet comique de ce long métrage, on trouve une intéressante réflexion sur les notions d’amitié et d’amour. Des notions qui n’ont rien à voir avec le modèle du genre, à savoir l’excellent Quand Harry rencontre Sally.

Ici, on a clairement à faire à autre chose. Victor Saint Macary vit avec son temps et introduit la sexualité de façon très naturelle, que ce soit dans les dialogues ou tout simplement dans des scènes où la nudité est exposée (sans être hard, faut pas exagérer non plus).

amiami3Les acteurs du film ont ainsi accepté de se mettre à nu, ce qui n’est pas forcément évident. D’ailleurs, la réussite d’Ami-Ami tient à son formidable quatuor : William Lebghil nous fait oublier son rôle dans Soda. Il est plus que convaincant en jouant Vincent, un jeune homme gentil mais peinant à prendre ses responsabilités. Dans le rôle du meilleur pote un peu lourd, Jonathan Cohen régale. Comme on peut s’en douter, les deux actrices principales sont également à la fête. Margot Bancilhon, remarquée dans Five, est épatante de naturel dans le rôle déjanté de Néféli. De son côté, Camille Razat est beaucoup plus sous contrôle : elle apparaît plus douce, posée et aimante. Les deux actrices sont parvenues parfaitement à jouer du caractère opposé de leurs personnages.

Au bout du compte, Ami-Ami se démarque largement du tout venant de la comédie française lambda. Le film ne tombe jamais dans la facilité et surprend jusqu’à la fin. Ses acteurs, tous épatants, apportent un vent de fraîcheur à cette comédie made in France. Ce premier essai de Victor Saint Macary est une incontestable réussite. On attend avec intérêt son prochain film.