Déjantés du ciné

19 juin 2017

Welcome to the Rileys de Jake Scott

welcometo1Titre du film : Welcome to the rileys

Réalisateur : Jake Scott

Année : 2010

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec
: Kristen Stewart (Mallory), James Gandolfini (Doug Riley), Melissa Leo (Lois Riley), etc.

FICHE IMDB

 

Produit notamment par Tony et Ridley Scott, Welcome to the rileys est un film du fils de Ridley, Jake Scott. Pour autant, ce long métrage est très différent de ce que fait son père. Ce qui est en soi une bonne nouvelle, tant Ridley Scott nous propose actuellement des produits formatés.

A l'inverse, Jack Scott réalise ici un petit film américain qui se révèle intéressant tant par ses thématiques fortes que par une direction d'acteurs impeccable. Welcome to the Rileys montre d'abord un couple d'une cinquantaine d'années, la fameuse famille Riley, qui est constitué de Doug et de Lois. On sent que ces deux-là n'ont plus grand chose à se dire que manifestement quelque chose de grave s'est passé, qui explique le fossé qu'il y a entre eux. Il n'est plus question de discussions entre ces deux êtres, et encore moins de sexe. Doug trompe (depuis manifestement un moment) son épouse et Lois, tel un mort vivant, ne sort jamais de chez elle et est bourrée de médicaments qui lui permettent d'éviter de se confronter avec la réalité. Ces deux personnes sont à la dérive.

welcometo2Mais ce ne sont pas les seules. Le film nous brosse également le portrait d'une jeune femme, Mallory, une jeune stripteaseuse qui pour quelques dollars n'hésite pas à coucher avec des clients. De manière étonnante on retrouve dans le rôle de Mallory l'actrice Kristen Stewart, bien connue pour son rôle de Bella dans le film pour adolescents Twillight. Cependant, la présence de cette actrice n'est pas usurpée. Très peinturlurée, particulièrement vulgaire dans le film, Kristen Stewart n'hésite pas à écorner son image de star et elle est parfaite en tant qu'adolescente paumée, qui n'a ni argent ni famille et qui est en cruel manque de repères.

Le réalisateur Jake Scott va faire se rencontrer les différents personnages de cette histoire, faisant preuve au demeurant d'une grande finesse. Ne pouvant plus supporter le poids de cette vie qu'il assimile à une mort, Doug Riley profite d'un salon professionnel pour quitter provisoirement son épouse et se rendre à la Nouvelle-Orléans. C'est là qu'il rencontre Mallory, qu'il va aider, se voulant tout à la fois son protecteur mais aussi son père. Doug reprend avec plaisir goût à la vie avec cette jeune femme qui a quasiment l'âge de sa fille décédée dans un accident de voiture. De son côté, Mallory, bien que rebelle, accepte de se faire à cette nouvelle vie et apprécie la présence de Doug.

Surtout, Lois prend conscience également de sa vie monotone et décide de rejoindre son époux. Cela donne lieu à plusieurs scènes très drôles, avec cette femme qui a peur de tout et a bien du mal à quitter son domicile. La scène où elle s'endort dans son garage ou encore celle où elle abîme la voiture donnent un aspect plus détendu à ce long métrage.

Principale thématique de ce film, la difficulté à faire le deuil de l'enfant perdu finit par être acceptée tant par Doug que par Lois. La présence de Mallory apporte une certaine sérénité à ce vieux couple mais permet surtout à ce dernier de faire preuve de résilience. C'est en parlant des choses telles qu'elles sont et en arrêtant de vivre dans le passé que la famille Riley peut redevenir une vraie famille. Evoquer les choses et reconnaître que l'on n'est pas coupable, que l'on n'a rien à se reproche permet de faire disparaître le trauma.

welcometo3Le film est très intelligent car il ne joue pas pour autant les « bisounours ». Les relations entre les divers personnages sont difficiles, il y a parfois des heurts, mais ces gens savent pertinemment qu'ils ont besoin les uns des autres. Les questions familiales sont au coeur de plusieurs films sortis en 2010. Après la famille factice de La famille Jones, c'est cette fois-ci la famille recomposée avec La famille Riley qui nous est proposée. La différence entre les deux films est que le second joue clairement sur un aspect humaniste car tous les personnages, malgré leurs défauts (adultère du mari, maladie psychique de l'épouse, adolescente qui se prostitue), sont des gens auxquels on s'attache assez rapidement. C'est la preuve que leurs caractères ont été bien étudiés et qu'ils ne sont nullement des caricatures.

Alors quand on voit que la distribution du film est de qualité, que l'histoire est forte et que la mise en scène est tout à fait appréciable, on comprend bien que Welcome to the Rileys est un film à voir. Surtout qu'il n'est pas fréquent qu'un même film fasse état (avec brio au demeurant) de deux éléments graves de notre société – la mort et la prostitution.

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09 juin 2017

Le grand silence de Sergio Corbucci

legrandsilence1Titre du film : Le grand silence

Réalisateur : Sergio Corbucci

Année : 1968

Origine : Italie

Durée : 1h45

Avec : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Vonetta McGee

FICHE IMDB

Synopsis : Dans la province de l'Utah, aux Etats-Unis. Le froid extrême de cet hiver 1898 pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé "Silence", s'oppose bientôt à eux...

Réalisé par le grand Sergio Corbucci en 1968, ce western sombre et pessimiste est l’une de ses plus grandes réussites, et peut-être son meilleur western-spaghetti, encore plus abouti que son excellent Django avec Franco Nero. Dans un décor enneigé d’un blanc immaculé, ce qui est très étrange dans le cadre du western (même si le magnifique La prisonnière du désert du grand John Ford ou l’excellent Jeremiah Johnson de Sydney Pollack se déroulent aussi dans la neige, du moins par moments), Sergio Corbucci dépeint une société corrompue, entièrement sous la coupe du capitalisme et d’hommes qui, sous les oripeaux de la respectabilité, sont prêts à tout pour le profit et le pouvoir, engageant sans sourciller des chasseurs de prime pour exécuter le sale boulot, notamment déposséder la terre à ses paysans. Il y a ainsi le personnage de l’usurier, joué par Luigi Pistilli : c’est lui qui a poussé les paysans à être hors-la-loi pour pouvoir prendre possession de leurs terres voire de leurs femmes. Ce bourgeois est une ordure intégrale.

legrandsilence3Dans cet univers chaotique, le sang va bientôt faire son apparition et tâcher définitivement cette neige blanche et pure, métaphore à peine voilée de la société actuelle qui assoit sa réputation sur de sombres affaires. Le bon shérif (Frank Wolff) est l’un des seuls personnages positifs. Il représente encore le rêve d’une société égalitaire, et d’une justice telle qu’elle devrait être. On a l’impression d’un shérif porteur de valeurs fordiennes. Le problème est que le monde a évolué et c’est ici la loi du plus fort qui prime, comme l’indique le personnage de Tigrero, interprété par un Klaus Kinski sobre et parfois halluciné.

Corbucci va s’intéresser particulièrement à la confrontation entre Tigrero, chasseur de prime sans foi ni loi d’une froideur implacable, à la limite du dandysme, et Silence (interprété par Jean-Louis Trintignant), vengeur muet étrange et ambigu, qui va essayer d’aider les habitants tout en accomplissant sa vengeance. Trintignant  apporte sans conteste dans ce film une sorte de mélancolie triste dans son regard, que n’a pas un Clint Eastwood ou un Franco Nero. Cela rend ce long métrage assez touchant. En même temps, c’est tout de même assez curieux de trouver cet acteur de films d’auteur dans un western spaghetti.

En tout état de cause, Le grand silence est une œuvre prenante qui trouve son climax dans un final surprenant et nihiliste. A tel point que les producteurs, effrayé par cette fin, avaient demandé à Corbucci de tourner une autre fin, qui constitue une fin alternative, beaucoup plus optimiste. Mais ce n’est pas la fin officielle du film.

legrandsilence2Bercé par une sublime partition crépusculaire d’Ennio Morricone, Le grand silence est une œuvre extrêmement radicale, où les hommes crèvent dans la boue dans l’irrespect le plus total.

Le film comporte une violence sèche, caractéristique du style de Corbucci. Chez Leone, la violence est au contraire plus stylisée, plus lyrique et chez Sollima elle est plus politique. Ici, même la belle histoire d’amour qui naît entre Silence et Paulina (Voneta McGee), où Corbucci fait preuve d’une sensibilité étonnante de sa part, semble sans issue. Rarement un western n’aura montré avec autant de noirceur la déliquescence de la société et les tréfonds de l’âme humaine.
En synthèse, Le grand silence reste l’un des plus grands westerns italiens, un chef d’œuvre sauvage d’un nihilisme impressionnant qui est aussi la plus belle réussite de Sergio Corbucci.

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31 mai 2017

Logan de James Mangold

logan1Titre du film : Logan

Réalisateur : James Mangold

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h17

Avec : Hugh Jackman (Logan / Wolverine), Patrick Stewart (Professeur Charles Xavier), Dafne Keen (Laura), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans un futur proche, un certain Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais les tentatives de Logan pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

 

Avec Logan, le réalisateur James Mangold (Copland, 1997 ; Walk the line, 2005) relance la saga des X-Men. A priori, on s’attend à un film d’action autour du célèbre Wolverine, à l’instar de X-Men origins : Wolverine (2009) et Wolverine : le combat de l’immortel (2013). Eh bien pas du tout !

Évidemment, Logan s’inscrit dans l’univers Marvel puisque l’on retrouve plusieurs des protagonistes des X-Men avec, outre Logan / Wolverine, le célèbre professeur Charles Xavier (le professeur X).

Mais le temps a passé. Le film Logan se situe 50 ans après les événements X-Men : days of future past. Nos héros sont vieillissants et on ne tarde pas à s’en apercevoir avec un Logan « traînant la patte ». On ne peut pas dire que James Mangold cherche à idéaliser ses personnages.

logan4Les amateurs de super-héros risquent sans doute d’y être pour leurs frais. Ici, les protagonistes n’utilisent qu’en dernier ressort leurs pouvoirs et il n’est pas question de combats planétaires avec des explosions dans tous les sens. Non, James Mangold privilégie le « réalisme » des situations.

On assiste à des corps à corps dont l’âpreté et la violence destinent ce film à un public averti. Logan s’adresse clairement à des adultes et plus seulement aux adolescents constituant généralement la cible de choix de ces films de super-héros.

A la manière d’Impitoyable de Clint Eastwood, Logan est une œuvre nostalgique et désenchantée. Nos héros sont fatigués et on ne les a jamais senti aussi tourmentés. Logan et le professeur X regrettent d’avoir tués des gens dans leur vie. Ils font leur introspection, ce qui tranche encore une fois avec le ton auquel on est habitué avec des super-héros.

Les exploits de nos personnages font partie du passé, puisqu’ils sont évoqués dans des BD qui ont visiblement idéalisé leurs aventures. Désormais, nos héros fuient la société, comme s’ils étaient des pestiférés.

De la même manière que Terminator 2, Logan constitue un road-movie où deux adultes et un enfant voyagent ensemble. Un Wolverine affaibli et un professeur X malade utilisent leurs dernières forces pour accompagner une jeune mutante traquée, Laura, vers un Eden où elle pourra vivre en paix avec les gens de sa condition.

Pour arriver à destination, les personnages traversent des paysages désertiques. Voilà une référence évidente au western. Il y en a bien d’autres dans ce film. Ainsi, comme dans certains westerns, on assiste à une confrontation entre des riches propriétaires terriens et des agriculteurs souhaitant conserver leurs terres (sympathique apparition d’Eriq La Salle, le fameux docteur Benton dans la série Urgences). Et puis à plusieurs reprises on voit dans Logan des extraits du film L’homme des vallées perdues (1953) de George Stevens, particulièrement apprécié Outre-Atlantique. Dans ce film, un étranger sorti de nulle part venait en aide à une famille. Ce long métrage à la trame classique est principalement marquant parce qu’il véhicule des valeurs nobles, telles que le code de l’honneur. Des valeurs que l’on retrouve chez nos X-Men vieillissants.

logan3En fin de compte, le film Logan se révèle très surprenant par rapport à ce que l’on imaginait au départ. Il s’agit bien plus d’un drame humain fort sur le plan émotionnel émaillé de plusieurs scènes de violence bien sauvages, plutôt qu’un film de super-héros décérébré. Logan apparaît également comme un thriller prenant puisque l’on se demande pendant un moment ce qui est arrivé à la jeune Laura. Aurait-elle subi comme Logan / Wolverine une mutation de son code génétique ? Le réalisateur James Mangold nous révèle progressivement les raisons pour lesquelles Laura est pourchassée.

Au niveau de la distribution, Hugh Jackman incarne comme dans les autres histoires des X-Men le personnage de Logan / Wolverine. Il convainc totalement dans le rôle de cet homme brisé, qui n’a plus aucun goût dans la vie et n’en demeure pas moins doté de super-pouvoirs. Sa prestation est d’autant plus marquante car l’acteur a déclaré que c’est la dernière fois qu’il jouerait le rôle de Logan. Quant à Patrick Stewart, on est ravi de le revoir dans le rôle du professeur Xavier. Ce duo est complété pour l’occasion par la jeune Dafne Keen, qui joue avec conviction le rôle de la mutique et dangereuse Laura.

Il va sans dire que Logan est un film de super-héros atypique, comme l’était à sa façon Deadpool. Mais de façon différente car ce film particulièrement riche sur le plan thématique est clairement une œuvre charnière, un passage de relais pour de nouveaux films de super-héros. Vu la qualité proposée ici, on ne peut qu’encourager les studios à poursuivre dans cette voie.

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21 mai 2017

The young lady de William Oldroyd

theyoung1Titre du film : The young lady

Réalisateur : William Oldroyd

Année : 2017

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h29

Avec : Florence Pugh (Katherine), Cosmo Jarvis (Sebastian), Paul Hilton (Alexander), Naomi Ackie (Anna), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1865, Angleterre rurale. Katherine mène une vie malheureuse d’un mariage sans amour avec un Lord qui a deux fois son âge. Un jour, elle tombe amoureuse d’un jeune palefrenier qui travaille sur les terres de son époux et découvre la passion.

Adapté d'un roman de Nikolaï Leskov, Lady Macbeth du district de Mtsensk, The young lady constitue le premier long métrage de William Oldroyd. Ce film pourrait apparaître de prime abord comme une variation de L’amant de Lady Chatterley. En effet, son héroïne, Katherine, fait un mariage de convenance avec un Lord bien plus âgé qu’elle. Or, ce dernier se désintéresse d’elle. Et Katherine voit comme unique réconfort une passion adultérine avec Sebastian, un des palefreniers du coin. Immanquablement, on pense donc à Lady Chatterley.

Que nenni. La comparaison s’arrête clairement à cette liaison adultérine. En effet, le réalisateur William Oldroyd s’intéresse à la condition de Katherine bien plus pour dresser le portrait de la société britannique de l’époque que pour mettre en scène une histoire d’amour passionnée.

theyoung3Dès le départ, le ton est donné avec Katherine qui subit un mariage de raison et devient une épouse asservie. Avec beaucoup de minutie, William Oldroy s’attelle à décrire une société puritaine où la femme n’est rien d’autre qu’un objet, ou au mieux une femme de compagnie pour l’homme. Katherine subit les pires outrages d’un mari indifférent à sa femme, pervers, qui n’a de cesse de lui rappeler qu’il est le maître de la maison. Dans le même temps, Katherine doit faire avec les us et coutumes en vigueur : rester bien sagement à la maison – quitte à s’ennuyer – et se vêtit de manière stricte et étriquée avec un corset très rigide. Son corset est d’ailleurs le symbole d’une société qui étouffe ces femmes subissant leur condition.

Là où le film est captivant, c’est par son déroulement imprévisible. L’amour de Katherine pour le jeune palefrenier ne constitue nullement un amour passionné. C’est plutôt la seule issue pour notre héroïne d’échapper à une vie d’une tristesse infinie. De ce point de vue, l’adultère apparaîtrait presque comme une situation normale. Mais Katherine ne s’arrête pas là. Elle commet des actes répréhensibles, de plus en plus condamnables sur le plan moral. Voilà une preuve de plus que Katherine s’affranchit des règles, des valeurs, d’une société dans laquelle elle ne se retrouve pas.

A sa façon, William Oldroy montre une jeune femme prête à tout pour (re)gagner sa liberté. A la rigueur de sa maisonnée, symbolisée par des chambres vides, sans vie, et des gestes répétitifs de ses occupants (la domestique ouvrant les volets chaque jour), s’oppose des terres sauvages s’étendant à perte de vue. The young lady est une œuvre féministe avec une posture tout à fait originale : pas de belle histoire d’amour à la Jane Austen mais au contraire une femme cherchant coûte que coûte à prendre son destin en main. Au roman à l’eau de rose, si cher aux spectateurs romantiques, répond le réalisme d’une société britannique qui maltraite les femmes.

Mais le film est également prenant car il comporte un scénario assez surprenant puisque, jusqu’à la fin, on se demande bien comment tout cela va se terminer. Il y a un vrai suspense entretenu par les actes et les choix pris par une héroïne qui devient de plus en plus une « anti-héroïne », jouant uniquement sa carte personnelle. Bien que se déroulant en 1865, The young lady surprend par son incroyable modernité.

theyoung2Évidemment, le film ne serait pas aussi réussi sans son son excellent casting. Florence Pugh fait corps avec son personnage de Katherine. On la voit tour à tour dépassée, amoureuse, machiavélique. Elle incarne brillamment le rôle de cette femme passant du statut de victime à bourreau. Les autres acteurs ne sont pas en reste. Cosmo Jarvis est crédible dans le rôle du palefrenier pris dans les filets de Katherine alors que Naomi Ackie campe une femme de chambre vite dépassée par les événements.

Au final, The young lady multiplie les bons points en prenant une héroïne lambda pour s’attaquer à la bonne moralité d’une société en perte de vitesse, qui prend la femme pour un être inférieur à l’homme. Le romantisme est certes loin mais il est parfois utile de remettre les choses dans leur contexte pour mieux les critiquer.

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11 mai 2017

Alien : Covenant de Ridley Scott

alienc1Titre du film : Alien : Covenant

Réalisateur : Ridley Scott

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 2h02

Avec : Michael Fassbender (David / Walter) Katherine Waterston (Daniels), Danny McBride (Tennessee), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Les membres d’équipage du vaisseau Covenant, à destination d’une planète située au fin fond de notre galaxie, découvrent ce qu’ils pensent être un paradis encore intouché. Il s’agit en fait d’un monde sombre et dangereux, cachant une menace terrible.

 

En 2012, certains critiques avaient été quelque peu décontenancé par Prometheus de Ridley Scott, préquelle de la saga Alien avec des réflexions sur l’origine de l’humanité. Ce film hybride n’avait pas totalement convaincu.

Cinq ans plus tard, Ridley Scott continue son exploration de la saga Alien. Désormais, un nouveau vaisseau, le Covenant, doté d’un équipage de 15 personnes, embarque à son bord plus de 2000 passagers placés en sommeil artificiel, dans le but de coloniser Origae-6, une planète lointaine. Après une scène catastrophe bien amenée en terme d’action et de tension, les membres de l’équipage sont sortis de leur sommeil et jettent leur dévolu sur une autre planète proche, semble-t-il habitable. Une navette comprenant plusieurs membres de l’équipage part alors en reconnaissance sur cette planète.

alienc2Par petites touches, Ridley Scott déroule un scénario implacable. La planète en question est belle et a des allures de paradis sauvage. Pourtant, comme le dit un des personnages, il est étonnant qu’il n’y ait aucune forme de vie animale. La beauté des paysages de cette planète ne trompe pas le spectateur qui n’attend qu’une chose : voir l’alien à l’œuvre. Sur ce point, on n’est pas déçu. Bien au contraire. Sir Scott en donne au spectateur pour son argent. Évidemment, la surprise n’est pas de mise pour ceux qui connaissent bien l’univers d’Alien et notamment Alien le huitième passager. Mais le xénomorphe apparaît ici sous différentes formes et de différentes façons. Pour cette raison, le film reste d’ailleurs réservé à un public averti car les débordements gore sont nombreux.

L’alien n’est pas là pour faire de la figuration et lorsqu’il apparaît à l’écran, son instinct de tueur est toujours aussi vivace. Alien : Covenant propose ainsi plusieurs scènes mémorables où l’homme est aux prises avec cet implacable tueur, que cela soit dans la navette larguée sur cette planète inhospitalière, dans un champ s’étendant à perte de vue ou dans une cité morte prenant des allures de tombeau géant. Sans compter une magnifique séquence finale à l’intérieur du vaisseau où l’on assiste à un superbe jeu du chat et de la souris, où Ridley Scott prouve qu’il n’a rien perdu de sa maestria au niveau de la mise en scène, utilisant au mieux ses décors labyrinthiques pour proposer une sorte de shoot them up à grande échelle.

Cela étant, dans cet océan de gore, il subsiste tout de même un problème et non des moindres. Alien : Covenant ne fait jamais peur. On n’est jamais surpris et l’arrivée de l’alien est toujours attendue. Ce qui est tout de même un peu dommageable.

De plus, Ridley Scott s’est obstiné à intégrer – comme pour Prometheus – une réflexion métaphysique permanente dans cette histoire. La séquence inaugurale donne le ton avec un rapport évident entre le créateur et sa créature (Frankenstein et son monstre?). On a même droit à deux êtres synthétiques, joués par l’acteur Michael Fassbender, dont les motivations semblent diamétralement opposées. Tout cela n’est pas forcément inintéressant. Cela poursuit le mythe d’Alien en ouvrant de nouvelles pistes. Toutefois, ces éléments ont pour effet de ralentir l’action du film et sont même parfois assez ennuyeuses (la scène de la flûte). En voulant jouer sur plusieurs tableaux, et surtout en souhaitant donner une envergure métaphysique à un film de science-fiction doté d’une trame somme toute classique, Ridley Scott a surtout mis en scène une nouvelle œuvre hybride (après Prometheus), qui ne convainc pas totalement.

alienc3D’autant que la distribution n’est pas franchement à la hauteur. Si Michael Fassbender est plutôt crédible et joue parfaitement sur l’ambivalence des deux personnages qu’il interprète (notamment celui de David), les autres acteurs ne sont pas spécialement à la fête. L’actrice Katherine Waterston souffre forcément de la comparaison avec l’inoubliable Sigourney Weaver alias Ellen Ripley. Elle en constitue une pale copie. Quant aux autres acteurs, ils sont bien souvent cantonnés à des rôles secondaires, quand ce n’est pas tout bonnement à être de la chair à canon pour l’alien.

Si Alien : Covenant est loin d’être exempt de tout défaut, ne boudons pas notre plaisir. Ridley Scott nous propose tout de même un spectacle de haute tenue avec une très belle photographie, une mise en scène soignée, plusieurs séquences remarquables et une fascination morbide tout à fait insolite pour le xénomorphe. A cette occasion, c'est un véritable musée des horreurs qui s'ouvre au spectateur dans la dernière partie du film. Rien que pour cela et pour sa fin jusqu’au-boutiste (bien que prévisible), Alien : Covenant mérite d’être vu. On attend même avec intérêt la suite de ces aventures car visiblement on en a pas encore fini avec l'alien...

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01 mai 2017

The Jane Doe identity d'André Ovredal

thejanedoeidentity1Titre du film : The Jane Doe identity

Réalisateur : André Ovredal

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h39

Avec : Emile Hirsch (Austin Tilden), Brian Cox (Tommy Tilden), Olwen Catherine Kelly (Jane Doe), Ophelia Lovibond (Emma)

FICHE IMDB

Synopsis : Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte.

 

Cinéaste norvégien, André Ovredal n’avait pas franchement convaincu avec son premier long métrage, The troll hunter, un film fantastique surfant sur la vague des found footage. C’est donc sans grande conviction que l’on attendait son prochain film.

The Jane Doe identity (dont on préférera son titre original The autopsy of Jane Doe) constitue pourtant une très bonne surprise.

thejanedoeidentity3 cop IM globalCe long métrage horrifique vaut d’abord par l’originalité de ses personnages principaux, des médecins légistes faisant des autopsies sur des morts. Il s’agit précisément d’une famille de médecins-légistes, Tommy Tilden et son fils Austin.

Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est que le suspense naît de l’autopsie d’une personne inconnue, la fameuse Jane Doe (dont le terme en anglais signifie justement inconnu), qui est montrée dans ses moindres détails au spectateur. Dans sa première partie, le réalisateur présente des scènes très réalistes, à la limite du documentaire et assez affreuses à regarder pour le spectateur. Les deux médecins-légistes ouvrent le corps de Jane Doe et le dissèquent en plusieurs étapes, comme dans n’importe quelle autopsie. Le résultat est tout de même à la limite du soutenable pour le spectateur lambda. Comme quoi, pas besoin de verser dans des scènes gore sanguinolentes pour impressionner.

Cette autopsie apporte d’ailleurs des éléments de plus en plus inquiétants. On sent progressivement qu’il va se passer quelque chose d’horrible. Petit à petit des événements inexplicables ont lieu. Jane Doe va-t-elle au final se réveiller et proposer une intrigue plutôt convenue dans le cinéma d’horreur ? Ou le scénario va-t-il être retors jusqu’au bout ?

Si la deuxième partie est plus convenue car on quitte le côté thriller / enquête pour basculer dans un film d’horreur de tonalité plus classique, il n’empêche que le réalisateur utilise bien le lieu confiné où se déroule l’action. Les divers mouvements de caméra donnent une impression de labyrinthe, un côté inéluctable, et tout cela confine à l’angoisse.

thejanedoeidentity4 cop IM globalAu demeurant, le film se montre très efficace dans ses effets. La tension monte de façon graduelle et devient de plus en plus inquiétante avec des portes qui s’ouvrent, des animaux morts, l’apparition d’ombres. C’est certes classique mais ça marche bien.

De la même façon, la photographie est très soignée. A l’inverse de son found footage, The troll hunter, André Ovredal opère une mise de scène de qualité qui n’est jamais clippesque, ce qui donne du cachet à The Jane Doe identity.

Et puis alors que dans un tel film de genre, les considérations extra-horrifiques sont généralement réduites à l’essentiel, cela n’est pas le cas ici. Au fur et à mesure de la progression du film, la relation entre le père et son fils devient plus lisible et de plus en plus touchante. On en apprend de plus en plus sur leur lien. Et aussi sur la mort de la mère.

A cet égard, la distribution est elle aussi au diapason du film. On a droit à un casting de qualité avec dans les deux rôles principaux les acteurs Emil Hirsch (Into the wild, Harvey Milk) et Brian Cox (il a joué le premier Hannibal Lecter dans Manhunter). Tous les deux sont très convaincants et clairement complémentaires.

Le film ne pâtit absolument pas de son aspect en huis-clos avec seulement deux personnages - trois si l’on intègre la petite amie d’Austin Tilden dont le rôle reste très secondaire . Au contraire. On ne s’ennuie pas une minute devant ce film d’horreur. D’autant que le réalisateur a eu la bonne idée de disséminer tout au long de cette œuvre quelques pures scènes d’horreur pas piquées des hannetons et a ménagé jusqu’au bout la conclusion du film.

Au final, après un premier long métrage pas franchement convaincant, André Ovredal a nettement redressé la barre. Avec The Jane Doe identity, il a mis en scène ce qui restera sans doute un des meilleurs films d’horreur de l’année 2017 et sans conteste un de ses plus effrayants. Et puis à l’heure des remake, préquelle et autre suite, on a tout de même droit à un long métrage au scénario relativement original.

thejanedoeidentity2 copy IM global

 

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18 avril 2017

Grave de Julia Ducournau

Grave1Titre du film : Grave

Réalisatrice : Julia Ducournau

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h38

Avec : Garance Marillier (Justine), Ella Rumpf (Alexia), Rabah Naït Oufella (Adrien), Laurent Lucas (le père), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

 

Précédé d’une réputation flatteuse après son passage au festival de Cannes et à d’autres manifestations cinématographiques, Grave attise forcément notre curiosité. Dans ce nouveau film d’horreur à la française, a-t-on affaire à une belle réussite ou au contraire à une œuvre inégale comme de nombreux autres films français de genre ? (Haute tension, A l’intérieur)

Premier long métrage de la jeune Julia Ducournau, Grave constitue une bonne surprise. En effet, il s’agit d’une œuvre qui joue beaucoup sur les représentations et sur le côté psychologique, et pas uniquement sur le côté horrifique. L’héroïne principale, la jeune Justine (la citation à la Justine de Sade est évidente), rentre dans une école vétérinaire. C’est pour elle l’occasion d’un grand changement. Elle doit tout à la fois s’intégrer au sein du corps des vétérinaires mais aussi faire avec son propre corps.

grave3De manière parfois trash, la réalisatrice Julia Ducournau évoque le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Justine est en fin de compte une jeune fille brillante sur le plan scolaire qui se cherche au niveau de l’identité. Lorsqu’elle se trouve dans son école de véto, elle rencontre un monde qui lui est étranger, et l’intégration n’est pas évidente. Le rituel du bizutage est bien présent et oblige les bizuts à subir des événements pas toujours très sympathiques : ramper comme des esclaves ; jeter son matelas sur lequel on dort par la fenêtre  ; se faire inonder de sang d’animal (hommage à Carrie) ; manger de la cervelle de rat qui constitue d’ailleurs une scène-clé du film. Julia Ducournau retranscrit bien ce bizutage et en particulier le premier soir à l’école de véto avec la fête qui est organisée. On ressent bien l’ivresse des fêtes étudiantes avec tous les délires qui semblent permis. Par moments, on a l’impression que la jeune réalisatrice est sous l’influence de Gaspar Noé ou de Gregg Araki.

Mais tout le monde n’y trouve pas son compte dans ces fêtes. Justine semble perdue. Elle est clairement à la recherche du groupe auquelle elle appartient et même de sa propre identité. Elle ne sait pas très bien où elle en est. Elle continue à se chercher, y compris dans sa propre féminité. Si elle est effectivement une fille, elle n’est pas à l’aise lorsqu’on l’oblige à porter une jupe. De la même façon, elle est forcément troublée lorsque sa grande sœur s’amuse à pisser debout comme un garçon. Voilà qui remet une nouvelle fois en question sa propre identité. Et que dire de cette scène où sa sœur veut lui raser des poils pubiens, pour lui donner une nouvelle féminité. Cette séquence est sans aucun doute un passage-clé du film. Il révèle à Justine sa véritable nature, celle d’une jeune femme qui prend un plaisir certain à manger de la viande humaine. Ce cannibalisme, très réaliste dans son approche, donne une nouvelle dimension au film. Ce dernier joue sur deux registres qui se complètent plutôt bien : le gore pur et dur et le psychologique.

Les séquence gore, pas très nombreuses, donnent lieu en tout cas à des scènes sacrément marquantes. Qui malheureusement ne sont pas toujours bien amenées : la fameuse scène du doigt me paraît un peu « too much » et trop abrupte. De la même façon, la révélation finale concernant le père de Justine surligne trop quelque chose qu’on aurait pu laisser à la libre appréciation du spectateur. C’est un peu dommage car cela amoindrit la portée du film puisque l'on pourrait avoir l’impression que la réalisatrice a voulu juste choquer pour choquer.

grave4Pourtant, à y regarder de près, cela n’est pas le cas. Grave évoque certes le cannibalisme mais il raconte surtout le difficile passage à l’âge adulte avec une jeune femme qui découvre sa sexualité. De façon peu conventionnelle certes, mais elle découvre désormais un corps qu’elle n’avait jamais utilisé pour assouvir ses pulsions. A l’instar de la comédie horrifique Teeth et de l’excellent It follows, Grave montre que la sexualité est quelque chose de compliqué à appréhender, et qu’elle peut donner lieu à des conséquences inattendues. Dans Teeth, l'héroïne juvénile disposait d'un incroyable vagin denté lui permettant de se protéger de prédateurs masculins. Dans It follows, le sexe, tel un interdit qu’il ne faut pas franchir, devient maléfique puisqu’il finit par poursuivre ses utilisateurs. La jeune héroïne le comprend rapidement à ses dépens. Dans Grave, Justine assouvit sa passion du corps de l’autre de façon extrême. Même si ces films sont évidemment assez différents par leur approche, ils racontent tous l’histoire d’une adolescente qui se métamorphose (les scènes sous la douche sont à cet égard symboliques de cet état de fait) puisqu’elle vit le passage obligé de l’adolescence à celui de l’adulte. La cinéaste Julia Ducournau insiste d’ailleurs sur la transformation sur le plan physique.

A cet égard, il convient de signaler la performance époustouflante de Garance Marillier dans le rôle de Justine. La jeune actrice est totalement à son aise en interprétant cette jeune fille tout à la fois frêle, timide et pouvant s’avérer extrêmement violente lorsqu’elle laisse parler ses envies. Ella Rumpf, dans le rôle de sa grande sœur Alexia, livre aussi une prestation de tout premier plan. Elle est l’initiatrice de Justine et ce dès la première scène. D’ailleurs, les deux sœurs à l’écran sont finalement très proches. Comme quoi, même dans des films français dits de genre, on peut avoir droit à une distribution de qualité.

Au final, en dépit de défauts d’écriture alourdissant son propos, Grave s’avère un film d’horreur psychologique de bonne tenue. On attend avec intérêt la prochaine œuvre de Julia Ducournau.

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07 avril 2017

The lost city of Z de James Gray

thelostcity1Titre du film : The lost city of Z

Réalisateur : James Gray

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h21

Avec : Charlie Hunnam (Percy Fawcett), Sienna Miller (Nina Fawcett), Tom Holland (Jack Fawcett), Robert Pattinson (Henry Costin), Angus Macfadyen (James Murray), etc.

Synopsis : L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie.

FICHE IMDB


Avec The Lost City of Z, James Gray adapte le roman La Cité perdue de Z écrit par David Grann. Il s’intéresse de ce fait à la vie de Percy Fawcett, un explorateur du Xxème siècle qui a réellement existé.

Au même titre que de grands films d’aventures métaphysiques tels que Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog ou Apocalypse now de Francis Ford Coppola, The lost city of Z est l’histoire d’une obsession : celle de Percy Fawcett qui cherche coûte que coûte à découvrir une cité ancienne, qu’il nomme la cité perdue de Z.

James Gray laisse la part belle à cette quête qui semble de prime abord inaccessible. A plusieurs reprises, Percy Fawcett va se rendre dans la forêt amazonienne. Le cinéaste américain met en scène des images splendides de cette forêt verdoyante qui recèle bien des dangers : serpents, fièvre, piranhas, courants rapides, etc. On est abasourdi par la beauté de ces paysages naturels, filmés avec une grande fluidité et une maîtrise incomparable. Ce long métrage nous propose quelques scènes spectaculaires, dignes de tout bon film d’aventures : le voyage en radeau avec des eaux qui peuvent se révéler bien difficiles ; des conditions climatiques rendant le voyage dans la forêt chaotique ; la réception d’indigènes qui ne sont pas tous bienveillants.

thelostcity3The lost city of Z est aussi l’occasion pour James Gray de remettre en perspective la notion de races et d’égalité des peuples. Dans The immigrant, il mettait en cause l’égalité des sexes avec une condition féminine bien difficile, notamment dans les basses couches de la société. Dans The lost city of Z, il traite cette fois de l’égalité des peuples. Ces « étrangers » qui vivent dans les forêts verdoyantes d’Amazonie sont-ils des sauvages, inférieurs dans leur statut aux Européens ? Sont-ils tous des cannibales, dénués d’intelligence ? Evidemment, James Gray apporte une réponse bien plus nuancée que les Lords britanniques de l’époque, à travers le personnage de Percy Fawcett.

Ce dernier est d’ailleurs un héros qui s’intègre parfaitement à l’univers de James Gray. Pour cet homme qui a un honneur à recouvrer, il fait tout pour redorer le blason de sa famille. Ainsi, il n’hésite pas à répondre favorablement à la demande de la société géographique royale d’Angleterre en se rendant en Amazonie. Puis il participe au conflit mondial de 1914-1918. Epris de justice, Percy Fawcett est un homme droit sur qui on peut compter. Il faut noter que l’intérêt du film tient aussi à la personnalité de son personnage principal, lequel fait preuve constamment de courage (voire de témérité) et de droiture en toutes circonstances. Des notions qui de nos jours ont tendance à s’estomper de plus en plus.

A sa façon, The lost city of Z apparaît comme la quête majestueuse d’un homme qui traverse les époques, les lieux différents, les guerres, mais avec une idée constante : trouver son graal. Certaines scènes quasi oniriques sont sublimes et attestent de l’obsession qui a gangrenée le cerveau de Percy : on songe ainsi à cette inoubliable scène où il rencontre une voyante qui finit par le transporter dans sa cité rêvée. Ou encore à l’une des scènes finales qui apparaît plus que jamais comme un songe.

Au demeurant, ce père, pourtant aimant, sacrifie dans sa quête sa famille. Sienna Miller tient ici un de ses meilleurs rôles, celui d’une femme qui accepte les nombreuses périodes d’absence de son époux. Elle s’en accommode, même si on voit bien qu’il lui manque. Si son rôle dans cette histoire peut apparaître mineur en comparaison des exploits de Percy Fawcett, il n’empêche que James Gray dresse un beau portrait de femme.

thelostcity2Outre Sienna Miller, c’est évidemment le rôle de Charlie Hunnamn en Percy Fawcet qui retient l’attention. L’acteur est vraiment excellent et les effets de maquillage sont vraiment bien rendus, puisque l’on assiste au cours du film à son vieillissement « naturel ». Cela donne de la profondeur à cette aventure qui ne pourra pas durer éternellement. Dans le rôle de l’ami fidèle de Percy Fawcett, Robert Pattinson version barbu, interprète un Henry Costin crédible.

Au final, The lost city of Z constitue sans nul doute un des films les plus ambitieux de James Gray. C’est un film d’aventure dans le sens le plus noble du terme, qui peut se targuer d’une mise en scène de très bon niveau. On est happé par cette histoire qui dure pourtant 2h21. Mais James Gray n’ennuie jamais son spectateur, puisqu’il conduit le spectateur dans plusieurs lieux et plusieurs époques. De la même façon, rêve et réalité se côtoient e façon pertinente. Sous ses allures de film classique, The lost city of Z est une œuvre fondamentalement novatrice. Une aventure comme on en fait quasiment désormais, à l’heure du numérique. Voilà donc un film hautement recommandable.

25 mars 2017

Split de Night Shyamalan

split1Titre du film : Split

Réalisateur : Night Shyamalan

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 1h57

Avec : James McAvoy (Kevin), Anya Taylor-Joy (Casey Cooke), Betty Buckley (la docteure Karen Fletcher), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités.

 

Après plusieurs années d’errance marquées par des échecs commerciaux et critiques, le cinéaste Night Shyamalan est enfin de retour. Avec Split, il signe une de ses œuvres les plus intéressantes aux côtés de Sixième sens et d’Incassable.

Split apparaît de prime abord comme un pur thriller avec un psychopathe qui enlève trois adolescentes et les enferme dans une pièce isolée. Pourtant, comme c’était déjà le cas pour le film de super-héros (Incassable), Shyamalan se plaît à détourner les genres et à y apporter sa patte personnelle.

split2Il est clair que Split est tout sauf conventionnel. Il y a bien un grand méchant en la personne de Kevin. Mais ce dernier est un être perturbé qui dispose de 23 personnalités différentes. A l’écran, la performance de James McAvoy, qui interprète les différentes personnalités de Kevin est bluffante. L’acteur n’a pas hésité à singulariser chacun de ses personnages en jouant tour à tour un être cynique, une personne efféminée, un garçon de 9 ans, une femme, etc. La voix de James McAvoy est à chaque fois différente tout comme son attitude et les habits qu’il porte. A des années-lumière du drame Reviens-moi qui l’avait fait connaître, James McAvoy fait un numéro d’acteur époustouflant qui devrait lui permettre de remporter des prix dans des festivals. C’est grâce à cette performance que Split prend une tournure étonnante puisque les trois victimes sont confrontées à un ennemi protéiforme, quasi insaisissable. C’est difficile de négocier avec un adversaire mais quand celui-ci héberge 23 personnalités, les choses se compliquent sérieusement.

Le cinéaste Night Shyamalan livre donc une œuvre très personnelle qui se démarque du tout venant. Mais l’intérêt de cette œuvre ne s’arrête pas là. De la même façon que Kevin dispose de plusieurs personnalités, Split est un film hybride. Ce n’est pas seulement un thriller étrange. C’est aussi un huis-clos, un film analysant la personnalité complexe d’un psychopathe, un drame, le tout mâtiné de fantastique (la fin du film). A cet effet, Shyamalan a la bonne idée de mettre en parallèle deux traumas : ceux vécus durant leur enfance par Kevin et par la jeune et courageuse Casey Cooke, l’héroïne du film. On comprend mieux leur comportement à l’aune des événements douloureux qu’ils ont subi.

C’est en mélangeant adroitement les genres que Shyamalan livre au spectateur une œuvre dense et riche sur le fond. D’autant que l’on n’a pas l’habitude de voir un « méchant » qui effectue des séances chez son psychiatre, bien conscient des difficultés qu’il rencontre. Le seul petit défaut que l’on peut d’ailleurs trouver dans Split est la durée un peu trop longues de ces séances. Cela coupe parfois le rythme et la tension du film.

split3Car il faut bien reconnaître que Split est un long métrage très prenant. C’est un huis-clos oppressant qui bénéficie de la superbe photo du chef-opérateur qui a officié sur l’excellent It follows. Split confronte le monstre Kevin à ces trois jeunes femmes qui cherchent par tout moyen à s’évader, sentant clairement que leur avenir est plus qu’incertain avec cet homme totalement fou.

Le film atteint son paroxysme au niveau de la tension par un final où l’on passe dans un nouveau genre, celui du survival. Cette fois-ci, notre héroïne Casey doit faire face à la 24ème personnalité de Kevin, qui est de loin la moins enviable à connaître. Le film devient notoirement violent et l’incursion du fantastique dans un quotidien jusque-là très réaliste, est une excellente idée. Le spectateur est une nouvelle fois surpris par la tournure des événements. Jusqu’à la toute fin du film (on appréciera le clin d’oeil au film Incassable), on ne sait pas comment tout cela va se terminer. A juste titre, Night Shyamalan évite le happy end hollywoodien qui aurait été clairement malvenu. Il propose au contraire une fin nuancée, qui pourrait même justifier une suite.

En l’état, Split est une œuvre très riche qui bénéficie de l’interprétation magistrale de James McAvoy et d’une tension permanente dans un thriller qui ne faiblit pas sur la durée. Au contraire, le film propose son climax par une fin radicale et bestiale. Nul doute que Split sera l’un des meilleurs films de l’année 2017.

On attend désormais avec une certaine impatience la prochaine œuvre de Night Shyamalan qui a remonté de plusieurs crans dans notre estime.

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15 mars 2017

Aliens, le retour de James Cameron

aliens1Titre du film : Aliens, le retour

Réalisateur : James Cameron

Année : 1986

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h17 (2h34 pour la version longue)

Avec : Sigourney Weaver (Ellen Ripley), Michael Biehn (caporal Dwayne Hicks), Lance Henriksen (Bishop), Paul Reiser (Carter Burke), Bill Paxton (Hudson), Carrie Henn (« Newt »), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Après 57 ans de dérive dans l'espace, Ellen Ripley est secourue par la corporation Weyland-Yutani. Malgré son rapport concernant l’incident survenu sur le Nostromo, elle n’est pas prise au sérieux par les militaires quant à la présence de xénomorphes sur la planète LV-426 où se posa son équipage… planète où plusieurs familles de colons ont été envoyées en mission de "terraformage".

 

Alien (1979) a rencontré à sa sortie un grand succès tant critique que public. C’est donc logiquement qu’un second opus voit le jour. Aliens, le retour constitue une suite directe de l’Alien de Ridley Scott (1979). Pourtant, il se révèle très différent du film original. Il faut dire que derrière la caméra c’est désormais James Cameron (Terminator, 1984) qui est à la manœuvre.

D’un huis-clos horrifique se déroulant à l’intérieur d’un vaisseau, on passe désormais à un pur shoot-them-up, extrêmement jouissif ! On ne peut pas savoir si c’était voulu à la base par les producteurs d’Aliens, toujours est-il que Cameron a pris le contrepied d’Alien, le huitième passager, même si les éléments principaux de l’histoire sont toujours présents.

aliens3Ainsi, Ellen Ripley constitue une héroïne courageuse qui va devoir affronter non pas un alien mais de nombreux aliens sur une planète qui n’a pas franchement l’air très hospitalière. Pour mener à bien une mission qui lui a été confiée, Ellen Ripley retourne avec des marines très entraînés et à en découdre. Ces marines ajoutent clairement au côté viril du film. D’ailleurs, on constatera avec intérêt que les femmes se débrouillent en fait comme des hommes, à l’image du première classe Vasquez. De son côté, Ripley est, comme dans Alien, particulièrement volontaire et constitue une héroïne très masculine dans ses faits et gestes pour sauver sa peau et celles de son entourage.

Ce point est très intéressant car dans le même temps, Aliens comporte une forte thématique liée à la maternité. Dès le début du film, Ripley, qui a dérivé 57 ans dans l’espace en hypersommeil, apprend que sa fille est décédée sur Terre. Elle a donc perdu un lien filial important. On comprend dès lors tout l’attachement qu’elle a auprès de la jeune « Newt », trouvée sur la planète LV-426 et qu’elle prend rapidement sous son aile. Elle a sans nul doute une relation de mère avec cette dernière. D’ailleurs, Newt finira par l’appeler maman, ce qui est loin d’être anecdotique.

La thématique maternelle ne s’arrête pas aux humains, elle va même jusqu’aux aliens, avec la « reine-mère » qui pond des aliens et constituera un des plus grands dangers rencontrés par Ripley, donnant lieu à une scène finale mémorable, dans un univers futuriste tout à fait étonnant.

Contrairement à ce que laisserait supposer le film par son aspect « actioner », Aliens ne se résume pas à des combats mettant en scènes l’opposition entre les humains et les xénomorphes. S’il est évident que cet aspect occupe un point non négligeable de l’histoire – et qu’il est au demeurant fort réussi, Cameron n’ayant son pareil pour réaliser des scènes limpides et dynamiques – on peut compter également sur une réflexion intéressante sur l’être humain.

Deux visions de notre monde sont apparaissent diamétralement opposés : on a d’un côté l’inextinguible recherche de profits de la corporation Weyland-Yutani, représentée par Carter Burke. Cette société symbolise le capitalisme sauvage, prêt à tout pour s’en sortir, quitte à mettre en danger des vies humaines. De l’autre côté, on a des gens prêts au contraire à tout pour sauver des vies humaines, quitte à se mettre en danger. C’est évidemment la courageuse Ripley qui symbolise cette vision de notre monde.

aliens4A sa façon, Aliens montre bien que les avancées de la science ne constituent pas forcément une bonne nouvelle et qu’il n’est pas déraisonnable de penser que notre envie insatiable de découvrir de nouveaux mondes, pourrait nous jouer de vilains tours.

Quelques mots sur la distribution. Evidemment, Sigourney Weaver crève l’écran et est le personnage central du film. Seul l’alien, avec son design effrayant et si particulier, peut la concurrencer. Les autres acteurs du film font le job et constituent de bons seconds rôles. James Cameron a intégré dans cette équipe des acteurs qu’il avait déjà fait tourner dans Terminator deux ans auparavant, comme Michael Biehn et Bill Paxton. Ces marines ont de la gueule et cela accroît le côté « actioner » de l’ensemble. On n’oublie pas pour autant la présence de Lance Henriksen, inoubliable dans le rôle de Bishop ou encore Paul Reiser dans celui du couard et manipulateur Carter Burke.

Aliens, le retour est un film de science-fiction survitaminé, qui en dépit d’une durée relativement longue (2h17), ne baisse jamais de rythme. On ne s’ennuie pas une minute et James Cameron parvient, dès que c’est nécessaire, à faire remonter la tension d’un cran. Ce film, devenu un modèle du genre, n’a pas vieilli d’un iota et on en vient à regretter les effets numériques utilisés actuellement par les réalisateurs.