Déjantés du ciné

15 mai 2019

Blanche comme neige d'Anne Fontaine

blanchecomme1Titre du film : Blanche comme neige

Réalisatrice : Anne Fontaine

Année : 2019

0rigine : France

Durée : 1h52

Avec : Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Damien Bonnard, Vincent Macaigne, Jonathan Cohen, Benoît Poelvoorde, Pablo Pauly, Charles Berling, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants...

 

Il était une fois une belle jeune femme abandonnée dans les bois. Une méchante sorcière extrêmement envieuse de son charme complote pour éliminer cette rivale. Cette histoire vous rappelle quelque chose ? Blanche neige peut-être ? Gagné !

La réalisatrice Anne Fontaine, à qui l’on doit une version modernisée d’Emma Bovary (Gemma Bovary, 2014) se plaît ici à détourner le conte des frères Grimm pour livrer une ode à la liberté et à l’amour, avec en filigranes une vision féministe assumée des choses.

blanchecomme2Dans Blanche comme neige, l’actrice Lou de Laâge tient le rôle principal, celui de Claire, une très belle femme qui n’est autre qu’une Blanche neige des temps modernes. Et les les 7 nains ? Ils sont remplacés par 7 hommes tombant amoureux de Claire.

Si l’histoire de Blanche neige est respectée dans ses grandes lignes (l’abandon dans la forêt, la méchante marâtre, les tentatives de meurtre de la belle jeune femme), Anne Fontaine revisite à sa façon ce mythe universel pour lui donner un côté très actuel.

Claire n’est pas une héroïne naïve, un peu nunuche. Elle est surprise par ce qui lui arrive mais elle prend les événements comme ils viennent, sans se soucier du lendemain. Surtout, la portée sensuelle voire érotique que dégage la jolie Lou de Laâge est indéniable. Sans jamais tomber dans la vulgarité, son personnage, celui de Claire, se dénude et n’écoute que ses envies. Les hommes sont comme subjugués et tentent de charmer la belle Claire. Cette dernière s’amuse sans doute de son pouvoir de séduction (qu’elle découvre?).

On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec cette héroïne libre et le mouvement « me too » apparu depuis l’affaire Weinstein, marquant quant à lui la libération de la parole des femmes face au harcèlement et aux agressions sexuelles. Dans Blanche comme neige, Claire choisit ses amants et garde le contrôle de son destin. Claire paraît d’ailleurs quasiment insaisissable. Elle ne s’attache à rien et à personne, mais profite simplement de l’instant présent. Ce long métrage est non seulement un film sur la libération de la femme mais aussi sur l’apprentissage de son propre corps.

A l’inverse, les hommes doutent beaucoup dans ce film, qu’ils soient névrosés (formidable Vincent Macaigne !), peu à l’aise avec les femmes (Jonathan Cohen, Pablo Pauly), un peu rustres et même lourdauds pour certains ( Benoît Poelvoorde, impayable comme d’habitude!). Ce sont donc les femmes qui ont le pouvoir dans Blanche comme neige, qu’il s’agisse de la belle (et pure?) Claire ou de la marâtre, jouée par une Isabelle Huppert très à l’aise dans le rôle de la femme perfide.

blanchecomme3Pour mieux toucher son public, le film opte pour un ton résolument humoristique. La maladresse des ces hommes dans leurs tentatives d’approche, se retrouvant comme des enfants face à Claire, est amusante et même touchante.

Ce long métrage est également une critique – à peine voilée – de notre société actuelle. Avec la digitalisation de cette dernière (internet, le smartphone, etc.), tout va très vite et on ne prend plus le temps de profiter de notre environnement. Les personnages vivant en ville semblent étouffer par ces conditions pas franchement optimales. A l’inverse, la vie à la campagne, à la montagne est mise en avant. Cela n’est pas un hasard si Claire est comme « transformée » au sein de cette nature vivifiante. Les cours d’eau, les paysages forestiers, un chalet en bois, éveillent en elle des pulsions dont elle n’avait pas connaissance jusqu’alors. L’air de la montagne ? Sans doute. Plus sûrement, on peut songer aux joies offertes par ces superbes paysages naturels où l’on prend le temps de vivre tranquillement.

Sans avoir l’air d’y toucher, sous ses dehors de comédie gentiment subversive, Blanche comme neige développe de nombreux thèmes et assume un propos résolument féministe avec une héroïne belle et forte. Lou de Laâge participe pleinement à la réussite de ce film. Elle irradie l’écran à chacune ses apparitions. Gageons que ce rôle brillamment joué lui ouvre d’autres portes.


05 mai 2019

La sentinelle des maudits de Michael Winner

lasentinellejaquetteTitre du film : La sentinelle des maudits

Réalisateur : Michael Winner

Année : 1977

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h32

Avec : Cristina Raines, Burgess Meredith, Ava Gardner, Jeff Goldblum, Christopher Walken, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une jeune top model emménage dans une maison uniquement habitée par un prêtre aveugle. D’étranges phénomènes se produisent dès l’arrivée de la jeune femme.

 

A la fin des années 60 et au début des années 70, les grands studios se sont intéressés de nouveau au film d’épouvante et plus précisément de possession. Suite au succès de L’exorciste en 1973, Universal met en chantier sa propre histoire d’épouvante et de possession. Michael Winner, tout juste auréolé du succès planétaire d’Un justicier dans la ville (1974), se voit confier par Universal un pur film de commande. La sentinelle des maudits constitue pourtant une œuvre à la croisée des genres, mélangeant tout à la fois le thriller psychologique hitchcockien et le cinéma d’épouvante. On est d’ailleurs plus proche de Rosemary’s baby (1968) que de L’exorciste par la dimension psychologique qui est essentielle.

L’héroïne, Allison Parker, interprétée par Cristina Raines, un modèle des années 70, souhaite avoir son propre appartement dans les beaux quartiers de Manhattan pour obtenir son indépendance. Elle échoue dans une résidence mystérieuse avec des voisins pour le moins étranges.

lasentinelle3L’acteur Bergess Meredith interprète un voisin pour le moins envahissant, accompagné d’un chat et d’un canari qui constituent un whodunit connu. Son comportement reste très mystérieux et on se demande pourquoi il laisse sa photo dans l’appartement d’Allison. Mais il n’est pas le seul à inquiéter. On songe ainsi aux deux lesbiennes aux mœurs très libres voire exhibitionnistes.

Et puis le conjoint d’Allison apparaît très ambigu dans son comportement, très hitchcockien dans ce sens. On se demande s’il ne manipule pas l’héroïne. D’ailleurs, il est harcelé par la police, suite au suicide de sa précédente femme.

Dès le départ, Winner instaure un climat oppressant où on ne distingue plus la réalité de l’imaginaire. En effet, l’héroïne est perturbée, comme le prouve son passé récent qui est révélé par petites touches.

La sentinelle des maudits fait partie de la mouvance de ces films d’horreur qui reviennent actuellement sur le devant de la scène (Conjuring) où celui qui croit fait face aux forces du diable. Et puis la morale chrétienne est constamment présente avec notamment le suicide constituant un interdit. Si l’héroïne se suicide à la fin, c’est le Mal qui remporte la partie.

Michael Winner livre un film d’horreur où la mort rôde partout, accroissant par là-même son côté oppressant. La mise en scène et les lieux choisis sont parfaitement adaptés au sujet de cette œuvre. Il n’y a jamais d’horizon, comme si aucun espoir n’était permis. Et puis l’action se passe pratiquement toujours dans un appartement avec des plans serrés sur les visages. Autant d’éléments qui renforcent cette impression de claustrophobie.

Histoire de ne pas relâcher son étreinte sur le spectateur, le réalisateur n’hésite pas à faire preuve de mauvais goût, en mettant en scène des situations malaisantes et parfois bis. On pense ainsi à cette fête décalée regroupant des personnes sorties de nulle part.

lasentinelle2S’il s’agit bien d’un film de studio, il comporte des déviances bis, héritières du cinéma d’exploitation. On songe immanquablement au bis italien comme L’antéchrist (1974) d’Alberto de Martino.

La partition musicale de cette œuvre participe à sa réussite avec une sorte d’easy listening alliée à des morceaux Hermanniens.

Le final est proprement hallucinant avec son orgie de freaks qui assaille l’héroïne. Le film utilise adroitement au début les ficelles du thriller psychologique avant de basculer dans l’horreur pure.

Notons que La sentinelle des maudits donne l’occasion de découvrir de jeunes Jeff Goldblum et Christopher Walken qui côtoient des stars vieillissantes comme Ava Gardner ou Burgess Meredith.

 
Critique parue à l’origine sur le site avoir-alire.com à l’adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/la-sentinelle-des-maudits-la-critique-du-film

25 avril 2019

The endless de Justin Benson et Aaron Moorhead

theendlessafficheoriginaleTitre du film : The endless

Réalisateurs : Justin Benson et Aaron Moorhead

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h51

Avec : Justin Benson, Aaron Moorhead, Callie Hernandez, Tate Ellington, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Deux frères retournent dans la secte qu’ils ont quittée dix ans auparavant après avoir reçu une mystérieuse lettre rédigée par l’un des membres de leur ancienne « famille ». Très vite, des événements inexpliqués vont remettre en cause leurs croyances…

 

The endless est le troisième long métrage des Américains Justin Benson et d’Aaron Moorhead. Les deux compères sont également les acteurs principaux de leur film où ils interprètent (avec leurs prénoms) les frères Justin et Aaron Smith.

Ce film est clairement placé sous le signe de l’étrange. Au début du film (pouvant rappeler Lost highway de Lynch), Aaron reçoit une mystérieuse vidéo provenant du camp Arcadia où il a séjourné naguère avec son frère. Cette vidéo l’intrigue et lui donne envie de retourner à Arcadia, d’autant que son quotidien ne le passionne guère. Mais son frère aîné Justin est beaucoup plus réservé à l’idée de retourner dans ce camp car ses membres font partie d’une secte dont l’idée est de se suicider pour atteindre « l’Ascension ».

S’il finit par céder aux souhaits de son frère, Justin n’est pas au bout de ses surprises en retrouvant le camp Arcadia. Et le spectateur non plus !

Avec une part de mystère constante, The endless joue adroitement sur plusieurs tableaux. Il y a d’abord le thriller : les membres de ce camp comptent-ils vraiment en finir ? Il y aussi le fantastique avec un questionnement autour de cette force mystérieuse rôdant constamment dans les parages. Et puis il y a la science-fiction : pourquoi les membres d’Arcadia ne semblent pas avoir vieilli depuis une décennie?

Theendless_6_cpt_La_Aventura_AudiovisualDans un environnement en apparence paradisiaque – le camp étant placé dans une zone forestière avec au milieu un lac – on sent que le danger peut venir aussi bien d’une force supérieure (l’allusion à Lovecraft au début du film n’est pas anodine) que de l’attitude des membres d’Arcadia, trop accueillants pour être honnêtes. Le film prend son temps pour installer et pour tisser les rapports entre les protagonistes, d’abord les frères puis les frères avec les autres personnages, que cela soit la femme au comportement maternel, l’apprenti magicien ou le créateur de bière, peu prolixe et mystérieux.

The endless dévoile rapidement sa grande thématique : le camp est situé dans une zone de boucles temporelles. Autrement dit le passé et le présent se mélangent pour former une boucle infinie. Les événements se répètent sans cesse, d’où le titre du film puisque The endless signifie en français L’interminable. On comprend mieux certaines choses mais cette situation place les protagonistes devant un choix cornélien : soit vivre éternellement une vie sans obligations, sans contrariétés ; soit vivre comme tout un chacun une vie faite de contraintes, d’un quotidien parfois morne ou stressant et qui s’achèvera un jour par l’inéluctable. D’une certaine façon, nos deux co-réalisateurs mettent en avant la question des règles en société finissant par nous asphyxier, par nous ôter toute forme de liberté.

Les deux réalisateurs laissent toutes les interprétations possibles au spectateur. Il est évident que l’on pourra continuer à tirer de nouvelles perspectives lors d’un nouveau visionnage de ce film. D’autant que plusieurs points restent (délibérément?) inexpliqués : de quand date le camp Arcadia ? Pourquoi les boucles temporelles sont apparues à cet endroit ? Qui est ce monstre tapi dans l’ombre qui attend son heure ?

Theendless_9_cpt_Snowfort_picturesMême s’il est doté d’un budget limité que l’on ressent notamment au niveau des effets spéciaux, The endless compense largement ce défaut mineur par des trouvailles visuelles simples ayant le mérite d’accroître le côté mystérieux de l’ensemble (l’épisode de la corde, les deux lunes apparaissant à l’écran, l’enregistrement d’une scène en direct sans aucune personne à la manœuvre, etc.).

The endless a également le grand mérite de refuser le spectaculaire au profit d’une science-fiction intelligente, réflexive ayant pour but de faire réfléchir le spectateur tout en l’amenant vers des contrées inconnues, où sommeille une force supérieure qui nous dépasse (Lovecraft).

Évidemment, notre ressenti positif ne serait pas le même sans une distribution de qualité. En plus d’assurer le poste de metteur en scène (et de scénariste pour Justin Benson), nos deux réalisateurs américains assurent de façon probante derrière la caméra. On voit qu’ils ont beaucoup travaillé leurs personnages, et la relation compliquée entre ces deux frères Smith (Monsieur tout le monde) n’en apparaît que plus probante.

Si science-fiction rime pour vous avec réflexion (et non pas action), The endless et son monde d’étrangeté devrait vous captiver.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/the-endless-la-critique-du-film-le-test-du-blu-ray

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15 avril 2019

Mon inconnue d'Hugo Gélin

moninconnueTitre du film : Mon inconnue

Réalisateur : Hugo Gélin

Année : 2019

0rigine : France

Durée : 1h58

Avec : François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe, Edith Scob, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Du jour au lendemain, Raphaël se retrouve plongé dans un monde où il n'a jamais rencontré Olivia, la femme de sa vie. Comment va-t-il s’y prendre pour reconquérir sa femme, devenue une parfaite inconnue ?

 

Les comédies romantiques (réussies) sont généralement l’apanage des anglo-saxons. Quatre mariages et un enterrement, Quand Harry rencontre Sally ou plus récemment Orgueil et préjugés, 500 jours ensemble. Côté français, pas grand-chose de marquant à l’horizon.

Pour notre plus grand plaisir, Mon inconnue va sans doute changer la donne. Troisième long métrage d’Hugo Gélin (petit-fils de Daniel Gélin), ce film part d’un postulat original qui va nourrir cette histoire riche et passionnante.

moninconnue2Tout commence comme dans la plus belle histoire d’amour : Raphaël et Olivia se rencontrent au lycée, ils ont immédiatement le coup de foudre l’un pour l’autre. Ils partagent tout et sont fusionnels. Olivia va aider Raphaël à lancer sa carrière professionnelle. Mais le succès aidant, Raphaël, auteur à succès s’éloigne progressivement de sa belle. Au moment où le point de non-retour semble être atteint entre les ex tourtereaux, Raphaël se réveille un matin...dans un univers parallèle.

On n’est pas comme dans Un jour sans fin où un homme revit chaque jour les mêmes événements. Non, là c’est bien pire. Raphaël n’est plus l’auteur à succès qu’il était devenu (grâce à Olivia) et surtout sa femme ne le connaît plus. Cela va donner lieu à des scènes bien cocasses. On rit beaucoup, notamment de l’incrédulité de Raphaël, pensant au départ avoir affaire à des caméras cachés !

Et côté rires on est également bien servi avec Félix, l’ami d’enfance de Raphaël, qui vit avec lui une véritable « bromance » dans ce nouvel univers. Ils sont tous les deux profs dans le même collège et partagent tous leurs loisirs. Bien qu’étonné du comportement de ce nouveau Raphaël, Félix est disposé à aider son ami. Même dans les situations les plus incongrues. On a droit ainsi à des scènes très amusantes, notamment lorsque Félix se prend pour l’agent artistique de Raphaël afin de permettre à ce dernier d’approcher sa belle.

Car dans ce nouveau monde, Olivia est devenue une grande pianiste (sa passion de toujours) à la renommée internationale. Le scénario se révèle d’une grande intelligence. Il montre tout simplement ce qui aurait pu être la vie de Raphael et d’Olivia s’ils ne s’étaient pas rencontrés. Raphaël n’aurait jamais été un auteur à succès et Olivia aurait pu penser à son propre destin au lieu de suivre celui de son chéri. A sa façon, le film évoque la situation de ces nombreuses femmes dans le monde qui par amour ont fait le choix (parfois difficile) de faire une croix sur leur carrière. La portée féministe du propos est on ne peut plus limpide et particulièrement bien amenée.

Au demeurant, Mon inconnue est aussi et surtout une très belle histoire d’amour. En effet, dans le contexte particulier de cette histoire, Raphaël fait l'impossible pour reconquérir sa femme qu’il a perdue aussi bien dans son vrai monde que dans ce monde parallèle. C’est beau d’ailleurs de voir cet homme, sans doute conscient de ses erreurs passées, usant de moults stratagèmes pour retrouver l’amour de sa belle. Surtout qu’il est le seul à se souvenir ces beaux moments passés avec Olivia. Les flashbacks évoquant ces souvenirs accroissent le côté romantique et nostalgique de ce beau film. De la même façon, la scène au restaurant où ils imaginent la vie qui aurait pu être la leur "s'ils étaient sortis ensemble auparavant" est tout à la fois pertinente et émouvante. On a envie de dire à Olivia : mais c'est ton homme !

Les spectateurs les plus attentifs constateront avec intérêt que la grand-mère d’Olivia (Edith Scob, toujours juste) se semble se souvenir de Raphaël. Comment est-ce possible ? Toutes les suppositions sont possibles, y compris de penser que Raphaël est mis à l’épreuve dans cette vie pour séduire de nouveau sa moitié. L’aspect féministe du film est une nouvelle fois mis en exergue.

moninconnue3Quoi qu’il en soit, au-delà de son excellent scénario et des thématiques intéressantes qu’il développe, Mon inconnue doit son incontestable réussite à sa distribution au diapason de cette œuvre. François Civil, dans le rôle de Raphaël, montre une palette de jeu variée tant sur l’aspect comique que romantique du film. A ses côtés, la belle Joséphine Japy (ressemblant étrangement à l’actrice de Plus belle la vie Elodie Varlet) séduit par son jeu tout en finesse, son charme et sa spontanéité. Ces deux acteurs campent un couple amoureux plus vrai que nature. On sent qu’il y a une alchimie entre les deux. Par ailleurs, Benjamin Lavernhe est le troisième larron qui apporte beaucoup de légèreté et d’humour dans cette histoire. Le potentiel comique de l’acteur est indéniable.

En somme, Hugo Gélin parvient adroitement à mélange des genres que l’on pourrait penser antinomiques dans un film français : la comédie, le drame, la romance et le fantastique se côtoient naturellement.

La réussite est totale pour cette belle comédie romantique prenant allures de fable. L’émotion, la passion, la nostalgie, l’humour, la joie sont au rendez-vous dans ce feel-good movie à la française revigorant.

05 avril 2019

Les griffes de la nuit de Wes Craven

lesgriffes1Titre du film : Les griffes de la nuit

Réalisateur : Wes Craven

Année : 1985

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h31

Avec : Robert Englund, Heather Langenkamp, Johnny Depp, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d'ailleurs que parmi ses amis, elle n'est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l'un d'entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil.

 

Les griffes de la nuit est le film le plus célèbre de Wes Craven avec Scream et La colline a des yeux. C’est aussi une des œuvres les plus réussies de ce « pape » du cinéma horrifique.

D’ores et déjà on préférera aux Griffes de la nuit son titre international, A nightmare on Elm Street (Un cauchemar sur Elm Street), bien plus évocateur. En effet, l’originalité de ce long métrage tient au fait qu’un mystérieux tueur sévit dans une banlieue résidentielle, à Elm Street. Sauf que notre tueur n’agit pas comme les autres. Il commet ses crimes dans le sommeil de ses futures victimes. Si l’on s’endort, on s’expose donc à une mort bien réelle d’un terrible croque-mitaine.

lesgriffes2Ce dernier prend la forme d’un homme au visage brûlé, portant constamment sur lui un pull-over rouge et des lames acérées au bout de ses doigts qu’il fait crisser avec délectation. C’est Freddy Krueger ! A la différence d’un Michael Myers ou d’un Jason Voorhees tuant de manière monotone leurs victimes, Freddy est un psychopathe prenant un plaisir sadique à terroriser ses proies. Il joue avec ses victimes avant de leur porter le coup fatal. Il y a d’ailleurs beaucoup d’humour noir dans Les griffes de la nuit.

Freddy est interprété brillamment par Robert Englund, à tel point que ce rôle lui a collé à la peau à tout jamais. On oublie même souvent que Robert Englund est connu initialement pour son rôle de gentil extraterrestre dans la série V, une série culte des années 80. Ici, il trouve en fin de compte un rôle totalement à l’opposé de celui de la série.

Les griffes de la nuit est un film qui alterne brillamment les scènes d’humour (noir) avec des scènes horrifiques bien prenantes. On se met à frissonner pour les jeunes victimes – comme souvent ce sont des adolescents qui sont la cible du monstre lorsque celles-ci commencent à s’endormir. Freddy peut alors sévir en toute quiétude. Seule solution pour lui échapper : parvenir à se réveiller avant de se faire tuer dans son rêve.

Les meurtres sont non seulement nombreux mais très originaux et franchement marquants. Lorsque l’on a vu ce film, on se souvient forcément de l’inoubliable séquence de la baignoire où des lames apparaissent au niveau des cuisses de l’héroïne, Nancy, lorsque celle-ci commence à tomber dans les bras de Morphée. Autre scène particulièrement marquante : le moment où le personnage joué par Johnny Depp, interprétant son premier rôle au cinéma, se trouve endormi et donc sous la coupe de Freddy. Les trouvailles visuelles sont alors incroyables et le spectateur se voit gratifier d’un gore généreux. Le film est d’autant plus inquiétant que l’on est sans cesse transporté entre rêve et réalité. Freddy peut donc apparaître à tout moment, d’autant que ce meurtrier peut revêtir différentes formes pour mieux tromper l’ennemi. Ce croque-mitaine se révèle particulièrement fourbe.

lesgriffes3Il joue d’ailleurs à un véritable jeu du chat et de la souris avec l’héroïne, Nancy. A plusieurs reprises, celle-ci échappe de peu à la mort qui lui est promise. Très courageuse, elle va tout faire pour mettre hors d’état de nuire ce cruel Freddy, et a même l’idée de le tuer en le ramenant dans le monde des vivants ! Vaste programme mais peut-on vraiment tuer Freddy… N’est-il pas indestructible, à l’image d’un Michael Myers ?

Dans tous les cas, Les griffes de la nuit bénéficie également d’une bande son totalement adaptée. Les synthétiseurs de Bernard Bernstein, sont stressants tant dans leur côté calme (on sent que la menace rôde) que dans leurs envolées lorsque Nancy ou d’autres jeunes affrontent Freddy.

La distribution est de qualité, contrairement aux films de ce genre. Robert Englund est inoubliable en Freddy et Heather Langerkamp joue avec conviction le rôle de Nancy. Un méchant charismatique, une héroïne totalement impliquée dans son rôle, que demander de plus ?

Film majeur ayant engendré de nombreuses suites (de qualité généralement médiocre, hormis Freddy 7 réalisé par… Wes Craven), Les griffes de la nuit est un des meilleurs films d’horreur de tous les temps. Malgré le poids des années, ce long métrage continue de faire son effet.


26 mars 2019

Us de Jordan Peele

us1Titre du film : Us

Réalisateur : Jordan Peele

Année : 2019

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h56

Avec : Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences.

 

Le réalisateur américain Jordan Peele avait été particulièrement remarqué après son premier long métrage, Get out (2017), film d’horreur pointant du doigt le racisme ordinaire et menant le spectateur vers des contrées bien étranges. Doté d’un scénario retors, Get out se révèle très efficace et marquant. Le film a d’ailleurs rencontré un grand succès, puisque avec un budget de seulement 4,5 millions de dollars, il en a rapporté plus de 175 millions rien qu’aux Etats-Unis.

Pour son second film, Jordan Peele a bénéficié d’un budget bien plus confortable, y compris au niveau de la publicité. Le film a d’ailleurs une ambition plus importante que Get out. Pour Us, on suit une famille afro-américaine, les Wilson, passant leurs vacances dans une belle résidence à Santa Cruz, sur la côte californienne. Tout semble au beau fixe, mais la mère de famille, Adélaïde, n’est pas sereine. Elle a toujours à l’esprit un traumatisme vécu dans son enfance (superbe séquence initiale), qui vient régulièrement la hanter. Elle ne se sent pas bien dans cette maison et souhaite s’en aller.

us2Les événements ne vont pas tarder à lui donner raison. La nuit, quatre inconnus se présentent devant leur résidence et ne sont pas animés des meilleures intentions du monde. On pense alors que le film va virer au simple « home invasion ». Mais non, Jordan Peele a des intentions plus élevées pour Us. Car les Wilson vont devoir affronter leurs doubles maléfiques, tout de rouge vêtus et munis de ciseaux. C’est comme si le croque-mitaine prenait notre apparence et s’attaquait à nous.

Voilà un pitch de départ tout à fait intéressant. Surtout que Jordan Peele a la bonne idée d’élargir sa cible. Les Wilson ne seront pas les seuls à subir les affres de leurs doubles. Le film prend alors une tonalité plus universelle. La bourgeoisie en prend pour son grade, qu’elle soit blanche ou noire. A sa façon, le réalisateur s’en prend à une Amérique (mais le constat pourrait être le même en France) à deux vitesses avec d’un côté les nantis et de l’autre les prolétaires. Le titre du film, Us, prend alors tout son sens. On peut évidemment le traduire de manière basique par le terme « nous » puisque les protagonistes doivent affronter leurs doubles. Mais ce Us fait également référence à autre chose. Quand l’héroïne, Adélaïde, demande à son double ce qu’ils sont, elle obtient la réponse suivante : « Des Américains ». Eh oui, Us c’est aussi United States, à savoir les Etats-Unis qui ne sont pas uniquement la nation des nantis mais aussi celle de laissés-pour-compte qui ont sombré dans la misère.

Le film est d’ailleurs rempli de symboles – que l’on ne peut pas tous évoquer car l’effet de surprise est important quand on le voit pour la première fois – à commencer par cette cage de lapin au tout début. On ne saisit pas immédiatement le message mais il est évident que c’est une façon de dire que des personnes sont enfermées dans leur quotidien. De la même façon, les chaînes humaines, que l’on observe à plusieurs reprises, délimitent une fois de plus l’Amérique en deux camps : les riches/les pauvres, les Blancs/les Noirs (le racisme est toujours présent), le Nord / le Sud.

Sous ses dehors de film d’horreur, Jordan Peele dresse le portrait d’une Amérique plus divisée que jamais (peut-être fait-il référence aux pro et anti Trump), et n’hésite pas à s’attaquer à un passé bien lourd à assumer (le massacre des Indiens, l’esclavage des Noirs, etc.).

us4Us est donc un film bien plus subtil qu’il n’y paraît, et à même de satisfaire plusieurs types de publics. Les amateurs de thrillers/films d’horreur y trouveront leur compte car les scènes horrifiques sont nombreuses (et parfois abruptes) tout comme les multiples rebondissements (Jordan Peele s’amuse jusqu’au bout avec le spectateur). D’autres pourront y voir une réflexion pertinente sur la société américaine, ne parvenant pas à se défaire des fantômes de son passé.

Sur le plan de la mise en scène, Jordan Peele opte dans les scènes d’effroi pour des mouvements de caméra amples, dynamiques (plusieurs travellings). Par ailleurs, Peele place ses personnages au cœur de son histoire : il cadre à de nombreuses reprises sur le visage particulièrement expressif de ses acteurs et actrices.

A ce sujet, la distribution fonctionne à merveille et on retient notamment la composition de l’excellente Lupita Nyong’o (12 years a slave), jouant son rôle et aussi celui de son double ! On retrouve également avec plaisir dans ce film Elisabeth Moss, l’actrice de la série déjà culte The handmaid’s tale, où elle interprète une femme privée dans ses libertés et même réduite à un esclavage sexuel dans un monde dystopique. Pas étonnant que Jordan Peele ait pensé à elle. Encore un symbole.

Vous l’aurez compris, Us est une œuvre hautement recommandable.

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16 mars 2019

Alita : battle angel de Robert Rodriguez

alita1Titre du film : Alita : battle angel

Réalisateur : Robert Rodriguez

Année : 2019

Origine : États-Unis

Durée : 2h02

Avec : Rosa Salazar (Alita), Christoph Waltz (docteur Dyson), Keean Johnson (Hugo), Jennifer Connely (Chiren),

FICHE IMDB

Synopsis : Lorsqu’Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans un futur qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire.

 

Vous en avez marre des blockbusters sans âme ? Vous cherchez un film alliant efficacement action, émotion et science-fiction ? Dans ce cas, Alita : battle angel est le film qu’il vous faut.

En liminaire, il convient de noter que ce long métrage est produit par James Cameron qui souhaitait à l’origine s’occuper lui-même de la mise en scène d’une adaptation du manga philosophique et violent Gunnm (9 volumes publiés entre 1990 et 1995). Mais, trop accaparé par ses suites d’Avatar, James Cameron a proposé la réalisation d’Alita à Robert Rodriguez (Une nuit en enfer ; Sin city). Enthousiasmé par ce projet, Rodriguez a consulté à de nombreuses reprises James Cameron. Le résultat final, plus que probant, est une œuvre de Rodriguez où l’on sent bien la patte de Cameron.

Dans Alita, l’amateur de science-fiction devrait être ravi car on y retrouve des thématiques développées dans Ghost in the shell, Blade runner ou encore Terminator. Avec Alita, on se situe au XXVIème siècle. La Terre est alors divisée en deux mondes : les dominants vivent à Zalem, une mégapole en apesanteur qui déverse toutes sortes de matériels obsolètes sur les habitants d’en bas, vivant à Iron city. C’est dans une décharge d’Iron city qu’Alita, une cyborg très abîmée, est découverte par le docteur Dyson. Celui-ci la ramène chez lui et décide de la réparer.

alita2Lorsqu’il est ramené à la vie, ce cyborg au visage angélique et à l’apparence frêle, à qui l’on donne le nom d’Alita, se pose les mêmes questions que le spectateur : qui est-il ? d'où vient-il ? Ces réponses nous seront astucieusement distillées au fur et à mesure qu’Alita découvrira sa vraie nature et son passé (par le biais de courts flashbacks).

Car si une partie de ce cyborg est humain, il constitue dans le même temps une formidable machine à tuer, ce que le film va nous montrer admirablement. En effet, ce blockbuster multiplie les scènes de combat qui constituent une de ses grandes qualités. Ces scènes se révèlent d’une grande lisibilité et parfois d’une violence inouïe pour une telle production. On reste scotché par les face-à-face entre Alita et d’autres cyborgs, notamment lors de la sublime séquence du motorball où vitesse et combats se conjuguent de façon harmonieuse.

Pour autant, Alita : battle angel n’est pas juste un blockbuster tourné vers l’action. C’est une œuvre bien plus profonde s’interrogeant sur la condition humaine. A l’instar de Blade runner, le film se demande si un cyborg peut ressentir des émotions et même aimer. Et sur ce point, contre toute attente, Alita comporte de belles séquences d’émotion, à travers la relation d’amour entre notre héroïne guerrière et le jeune Hugo. Et tout cela n’est pas juste du remplissage pour répondre à un cahier des charges ayant décidé de placer une romance dans cette histoire. Non, on croit vraiment à cette relation entre une cyborg et un homme. L’émotion est même palpable par instants et apporte un supplément d’âme à Alita, distinguant cette œuvre du tout-venant.

Les yeux de notre héroïne (typiques du manga), critiqués par certains, sont très expressifs et donnent une identité propre à Alita. Voilà sans conteste la plus humaine des cyborgs. D’ailleurs, quelle scène magnifique lorsque Alita propose à Hugo de lui offrir son cœur, au propre comme au figuré.

alita3Espérons qu’Alita : battle angel satisfera ses producteurs sur le plan financier, car sa fin laisse clairement la place à une suite. On serait vraiment frustré que cet excellent film n’ait pas droit à un épisode 2. En écoutant le générique de fin, le hit Swan song (titre ô combien symbolique) de la jolie chanteuse et mannequin Dua Lipa, on trépigne que l’aventure Alita puisse continuer.

Avant de terminer, quelques mots sur les acteurs. La belle Rosa Salazar prête ses traits à notre héroïne, après être passée par la case motion capture. Elle interprète avec beaucoup de sensibilité le rôle ambivalent d’Alita, tout à la fois une jeune fille frêle et sensible qu’une guerrière ultra déterminée. A ses côtés, l’Allemand Christoph Waltz est excellent dans le rôle du controversé docteur Dyson. Quant à Keean Johnson, il fait ce qu’on attend de lui en interprétant le rôle déterminant d’Hugo, un personnage qui n’est pas au-dessus de tout soupçon. C’est là une autre réussite de cette histoire : on n’a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants (comme dans nombre de blockbusters) mais plutôt des personnages très « humains » avec des qualités et des défauts qui leur sont propres.

En somme, Alita : battle angel est un film dont l’intelligence du propos n’a d’égal que la qualité de ses scènes d’action. On tient là le meilleur blockbuster vu sur grand écran depuis une certaine trilogie du seigneur des anneaux.

05 mars 2019

Miniaturiste de Guillem Morales

miniaturistelaurencecendrowicz2Titre de la mini-série : Miniaturiste

Réalisateur : Guillem Morales

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 2h36

Avec : Anya Taylor-Joy, Romola Garai, Alex Hassell, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Amsterdam, 1686. Nella Oortman épouse un riche marchand dans l’espoir de trouver amour et prospérité. A seulement 18 ans, la jeune femme découvre un monde peuplé de sombres secrets et de mystères qui lui font craindre pour sa vie.

Une fois n'est pas coutume, nous mettons l'accent sur une mini-série qui vaut le déplacement : Miniaturiste


Miniaturiste est une mini-série en trois épisodes adaptant le best-seller éponyme de la Britannique Jessie Burton. Pour son premier roman, paru en 2014, cette dernière a rencontré un succès immédiat qui ne s’est pas démenti depuis.

Miniaturiste est incontestablement une œuvre atypique. Jessie Burton s’est inspirée d’un personnage ayant réellement existé, celui de Petronella Oortman (1656-1716). Cette Néerlandaise a vécu à Amsterdam durant l’âge d’or de la capitale des Pays-Bas, la ville étant alors au cœur d’un réseau mondial de commerce maritime.
Petronella Oortman, dite Nella avait épousé un riche marchand néerlandais. Elle est restée à la postérité pour sa célèbre maison de poupées, laquelle fait partie de la collection permanente du Rijksmuseum à Amstermdan. C’est là que l’Histoire, la vraie, s’arrête et que débute l’intrigue de Miniaturiste.
La série retranscrit d’ailleurs fidèlement l’histoire du roman. Elle est ici présentée en trois épisodes de 52 minutes (dont le découpage peut paraître quelque peu factice).

D’autant qu’il s’agit d’une production de la BBC ayant manifestement bénéficié d’un budget très confortable. Et le téléspectateur le ressent clairement à l’écran. Le soin particulier apporté aux décors intérieurs et extérieurs, aux vêtements portés par les acteurs de la série et de manière plus générale le background très détaillé, donnent vraiment l’impression de se situer dans l’Amsterdam de 1686. Certains décors rappellent les tableaux des grands maîtres néerlandais de cette époque (Vermeer, Rembrandt, Jan Steen). La photographie est elle-même sublime et participe à l’ambiance étrange de cette série cossue.

miniaturistelaurencecendrowicz5Miniaturiste est avant tout une histoire étonnante, où le spectateur est sans cesse transporté entre rêve et réalité, dans une sorte de conte pour adultes. Nella, venue de sa campagne et contrainte d’épouser Johannes Brandt, un riche marchand d’Amsterdam, afin d’éponger les dettes de sa famille bourgeoise désargentée, démarre le récit.

La suite est tout sauf ce à quoi cette jouvencelle pouvait s’attendre : un accueil très froid par sa belle-sœur, la pieuse Marin, des domestiques se comportant de façon bien familière à son égard et un mari bien peu intéressé par sa jeune épouse. Le réalisateur Guillem Morales parvient très justement à retranscrire le sentiment de malaise ressenti par notre héroïne.

On lui cache des choses et cela titille forcément notre curiosité. Mais le meilleur est encore à venir pour le spectateur lorsque Johannes lui offre une maison de poupées reproduisant la demeure familiale à l’identique. Des événements - généralement dramatiques - vont se produire au fur et à mesure que Nella reçoit des reproductions miniaturisées d’objets -représentant des choses, des personnes existant réellement-, d’un inconnu. On se demande bien si cette maison de poupées n’est pas ensorcelée. Et puis comment ce miniaturiste, qui lui fait ces curieux présents, peut avoir connaissance de la vie de Petronella, qui passe le plus clair de son temps enfermée dans cette demeure bourgeoise. Et surtout pourquoi lui fait-il ces présents ?

Peut-être que cette maison de poupées et les actions qu’elle engendre ne sont que le fruit de l’imagination de Petronella. Après tout, le sous-texte social de cette série est riche et vivace. On voit bien que dans cette Amsterdam du XVIIème siècle, l’Église est toute puissante, fait preuve d’un autoritarisme sans bornes, notamment contre ceux ne faisant pas preuve de la morale attendue. Dans le même temps, la série critique sans ambages cette société corsetée où la liberté de choisir sa vie n’est pas de mise. On est vraiment dans une société du paraître où il faut donner le change par rapport à ce que l’on est censé être et non ce que l’on est.
Cette maison de poupées est fondamentale tant par son côté fantastique, merveilleux, que par son aspect métaphorique où elle semble montrer que les gens ne sont pas libres de leur mouvements mais dépendants d’une force supérieure.

miniaturistelaurencecendrowicz0Le réalisateur Guillem Morales brouille astucieusement les pistes de telle sorte que jusqu’à la fin, le doute quant à la véracité des faits est permis. Et bien qu’il s’agisse d’une série et non d’un film, la mise en scène est appréciable : la plupart des scènes se déroulent dans un quasi huis-clos, sans ligne de fuite. C’est comme si les personnages étaient eux-mêmes emprisonnés par leur propre destin.

En plus de toutes les qualités évoquées plus haut, cette série peut se targuer d’une distribution de premier plan, notamment pour les rôles féminins. La charmante Anya Taylor-Joy tient le rôle principal de Nella. Elle est parfaite en jeune fille, pure, prude. A ses côtés, on retrouve l’aguerrie Romola Garai, enlaidie au possible pour jouer le rôle de la belle-sœur, l’austère et froide Marin.
Miniaturiste constitue au final une série étrange, magique, inquiétante, valant vraiment le détour. D’autant qu’elle comporte plusieurs degrés de lecture. Elle devrait donner envie à ceux n’ayant pas lu le livre de courir se le procurer.

Histoire de donner l’eau à la bouche aux futurs téléspectateurs, laissons la parole à Johannes Brandt, le mari de Nella : "c’est dur de dire la vérité quand toute votre vie est bâtie sur le mensonge et le secret".

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/miniaturiste-la-critique-de-la-serie-le-test-dvd

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21 février 2019

Happy birthday de Susan Walter

happybirthday2Titre du film : Happy birthday

Réalisatrice : Susan Walter

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h34

Avec : Sharon Stone, Tony Goldwyn, Ellen Burstyn, Famke Janssen, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Styliste de mode, Senna Berges (Sharon Stone) court toujours après le succès dans son métier. Côté cœur, elle enchaîne les rencontres d’un soir avec des hommes plus jeunes malgré les foudres de sa meilleure amie. A chaque anniversaire, elle se retrouve seule avec sa mère autoritaire pour souffler ses bougies. Le jour de son 46ème anniversaire, Senna rencontre dans un bar Adam, un élégant avocat de son âge...

 

Sortant directement en VOD et DVD, le film Happy birthday disposait d’une solide tête d’affiche en la présence de Sharon Stone, peu vue ces dernières années au cinéma, pour espérer apparaître sur le grand écran.
Aussi, c’est peut-être tout simplement le sujet qui a rendu les distributeurs frileux . En effet, ce Happy birthday casse les codes habituels de la comédie romantique.
Ici, point de couple glamour incarné par des gravures de mode ayant au maximum la trentaine. Non, le film préfère mettre en scène un couple de quinquagénaires, voire quasiment de sexagénaires, puisque’à la ville Sharon Stone a 60 ans alors que Tony Goldwyn, son amoureux fictif, en a 58. Forcément, les « rom-com » gravitant autour de cet âge réussissent moins à faire rêver les nostalgiques de Basic Instinct.Happy birthday s’intéresse donc à la question des relations amoureuses pour les gens étant entré dans l’automne de leur existence. Dans une société obsédée par l’âge, cette histoire tenait visiblement à cœur à Sharon Stone, puisque la star américaine, en plus d’être la tête de pont de ce film, en est également la productrice.

HappybirthdaycopyrightTiberius_Film3L’icône Sharon incarne Senna Berges, une femme évoluant dans le milieu de la mode, « personal shopper » pour clients très riches. Au niveau personnel, Senna n’a évidemment pas d’enfant et ne se préoccupe de rien. Elle vit des histoires sans lendemain, plus intéressée par croquer le sexe que par la perspective d’une relation durable. Son personnage est évidemment atypique dans le sens où il se comporte comme une adolescente et non pas une femme de son âge, inversant les rôles avec le cliché de l’adulescent masculin à qui le cinéma enseigne souvent la nécessité de se ranger. Évidemment, dans le cas du personnage de Sharon, l’arrivée du prince charmant va changer la donne…

Au-delà de l’aspect romantique Happy birthday s’interroge de manière plus générale, et cela représente son attrait principal, sur le temps qui passe, les choix de vies et les conséquence occasionnées. Un des personnages centraux, la mère de Senna, interprété par l’actrice Ellen Burstyn, n’a de cesse, lors de chacun des anniversaires de sa fille, de l’inviter à se stabiliser. La complicité entre la matriarche et la fille plus si jeune est forte, mais elle est également nourrie par une certaine incompréhension entre les deux femmes, de deux générations différentes, d’où une tension palpable. Senna n’en demeure pas moins consciente des limites de son style de vie, et à plusieurs reprises, l’on sent poindre des regrets pesants.

HappybirthdaycopyrightTiberius_Film5Les interrogations interviennent également lors de confessions qui agrémentent la narration à différents moments. On voit ainsi face caméra les principaux protagonistes de All I wish (titre original bien plus signifiant que Happy birthday) qui évoquent leurs souhaits, rêves et désillusions. Les confidences du personnage joué par Famke Janssen (une autre quinquagénaire, âgée de 54 ans) sont riches d’enseignements puisque derrière son apparente réussite sociale, cette protagoniste évoque sans détours les regrets quant à son couple qui se disloque.Voilà des thématiques fortes : l’amour à 50 ans, le temps qui glisse entre nos doigts... Néanmoins pareil sujet aurait mérité une mise en scène plus éclatante. En l’état, le travail Susan Walter, dont c’est le premier long métrage, et qui a pourtant été choisie par la grande Sharon, ne brille pas par l’excellence de son travail. La mise en scène est académique, et la photographie plutôt terne, donnant l’impression d’assister à un programme télévisuel de seconde zone plutôt qu’à un véritable film pour le grand écran.

Pour autant, l’éclat de Sharon Stone et le plaisir de la voir à nouveau à l’écran font que l’on regarde avec un certain plaisir ce Happy birthday. Dans le contexte du DTV, et c’est en cet état qu’on le chronique, ce n’est pas forcément un programme que l’on conseillera aux spectateurs exigeants, mais la comédie romantique distille un certain charme, qui mérite bien une certaine curiosité.
Les acteurs jouent d’ailleurs correctement leur rôle, même s’il faut reconnaître qu’ils sont globalement éclipsés par l’omniprésence d’une Sharon Stone qui porte entièrement le film sur ses épaules (n’en n’est-elle pas la productrice ?).

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/happy-birthday-la-critique-du-film-le-test-dvd

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09 février 2019

Puppet master : the littlest reich de Tommy Wiklund et Sonny Laguna

puppetmasterTitre du film : Puppet master : the littlest Reich

Réalisateurs : Tommy Wiklund et Sonny Laguna

Année : 2019

Origine : États-Unis

Durée : 1h30

Avec : Thomas Lennon, Jenny Pellicer, Nelson Franklin, Charlyne Yi, Barbara Crampton, Udo Kier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Récemment divorcé, Edgar retourne dans la maison de son enfance pour faire le point sur sa vie. Il y trouve un pantin à l’allure malfaisante ayant appartenu à son défunt frère. Cherchant à se faire rapidement de l’argent, il décide d’aller le vendre aux enchères lors d’une convention, accompagné de sa nouvelle petite-amie et d’un ami, tous inconscients du danger qui les attend.


Débutée en 1989, la saga des Puppet master, imaginée par Charles Band, fête aujourd’hui ses 30 ans d’existence. Reconnaissons d’emblée que si les trois premiers volets s’avèrent de bonne qualité, la suite est nettement moins réjouissante avec des films franchement mauvais.

On n’était donc pas forcément très pressé de voir ce treizième volet de la saga. Et pourtant il s’agit sans conteste d’un long métrage totalement jouissif, ayant bien mérité le grand prix de Gérardmer obtenu en ce début d’année 2019.

La scène d’introduction nous met tout de suite dans l’ambiance. On retrouve avec plaisir André Toulon, celui ayant donné vie aux fameuses poupées maléfiques. Dans le rôle de ce personnage torturé, l’acteur polyvalent Udo Kier est en roue libre, tout à la fois misogyne et homophobe. Par l’intermédiaire d’André Toulon, les poupées démarrent leur série de meurtres.

Mais ce n’est rien avec ce qui est à venir. Puppet master : the littlest reich profite à plein de son scénario, à savoir des gens réunis dans un hôtel en vue de vendre à prix d’or des poupées. Ce synopsis est propice à mettre en scène un véritable carnage. Car les nombreuses marionnettes vont s’animer et s’en prendre sans vergogne à toute personne vivante se trouvant sur leur passage.

puppetmaster3Le scénario est clairement plus élaboré qu’à l’accoutumée pour les films de cette saga. Il faut dire que le scénariste n’est autre que S. Craig Zehler, à qui l’on doit Bone Tomahawk, film ayant d’ailleurs obtenu le grand prix à Gérardmer en 2016. Sur Puppet master : the littlest reich, le scénario est prétexte à une ritualisation des mises à mort. Chaque scène de meurtre constitue un morceau de bravoure du film. On voit qu’un soin particulier a été apporté à ces scènes qui sont tout à la fois variées et très inventives.

C’est clairement le point fort du film. D’autant que les réalisateurs Tommy Wiklund et Sonny Laguna ont laissé libre cours à leur imagination. Les scènes de meurtres sont gore, originales, fun, et bénéficient d’un montage limpide (pas de jump-cut ou de montage haché). Sans être exhaustif et sans vouloir trop en dévoiler, les scènes avec la femme enceinte, l’homme qui finit par uriner sur son visage, ou encore une poupée d’un bébé Hitler terminant dans un four (crématoire?), sont marquantes et très marrantes.

Dans Puppet master : the little reich, les réalisateurs n’ont aucune pitié pour leurs personnages. Ils sacrifient tout le monde, ce qui va dans le sens du ton libre et décomplexé du film. Les cinéastes ne se sont imposés aucune limite. Les acteurs, qui font le job, ne sont que de la chair à canon.

Le héros, un dessinateur de BD, donne en fin de compte le LA. En effet, il transmet ses peurs dans ses BD. Ici, on est comme dans un comic book live. Le film s’ouvre sur les pages d’un comics, comme dans un Marvel. On peut même penser que cet épisode des Puppet master critique la prévisibilité et le côté aseptisé des productions Marvel. Le film est ici au contraire gore, irrévérencieux et imprévisible.

Il n’y a pas de limite morale comme dans le cinéma hollywoodien. On est dans une production Full Moon, la firme indépendante de Charles Band, ce qui explique la carte blanche qu’on eu les réalisateurs. On n’hésite pas à tuer un gamin ou même une femme enceinte dans une séquence rappelant les œuvres du Peter Jackson de la première époque (Bad taste, Brain dead).

Voilà un joyeux délire qui n’est toutefois pas dénué de fond. Ainsi, ce « littlest reich » fait référence à l’extermination des Juifs et des homosexuels par les nazis. A ce titre, ce n’est pas un hasard si le casting est multi-ethnique avec des blancs, des noirs (l’excellent « nounours »), des asiatiques (la jeune femme « geek). Par ailleurs, la vente des marionnettes à prix prohibitif n’est pas sans rappeler les ventes en ligne sur e-bay ou les ventes aux enchères qui atteignent parfois des montants excessifs.

Et puis reconnaissons que ce Puppet master n’est pas du tout « cheap » et que sa photographie est soignée. On n’a pas du tout affaire à la série Z auquel on pouvait s’attendre au départ.

puppetmaster2Les acteurs font aussi plaisir à voir. La mignonne Jenny Pellicer, jouant le rôle d’Ashley, la copine du principal protagoniste du film, apporte quelque chose de rafraîchissant avec son jeu naturel. Elle est à l’oeuvre sur un des plans nichons du film, ce qui n'est pas sans déplaîre le spectateur. Eh oui, comme dans toute production Full moon, il y a un cahier des charges à respecter avec un zeste d’érotisme. Le film rend également hommage à des acteurs mythiques, tels que Udo Kier et Barbara Crampton (déjà présente dans un petit rôle dans le premier Puppet master) mais aussi à la musique très fulcienne de Fabio Frizzi. Avec la grande créature finale animée en stop-motion, l'hommage est aussi dirigé aux effets spéciaux d'antan, à la Ray Harryhausen ou Phil Tippett.

En somme, Puppet master : the littlest reich est une comédie horrifique divertissante et constituant un jeu de massacre jubilatoire. Dans ce film où rien n’est sacré, le fait de lui avoir accordé le grand prix à Gérardmer constitue une sorte de gros fuck à la société bien pensante. On attend désormais le prochain opus avec intérêt. Après tout, comme l’indique le film « to be continued ».

Posté par nicofeel à 07:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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