Déjantés du ciné

10 juillet 2018

Le cercle littéraire de Guernesey de Mike Newell

lecerclelitt_raireTitre du film : Le cercle littéraire de Guernesey

Réalisateur : Mike Newell

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 2h04

Avec : Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode, Jessica Brown Findlay, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’occupation.

 

Quand un roman contemporain rencontre un grand succès, il est fréquent que le monde du cinéma s’y intéresse de près. C’est ainsi que le best-seller Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (2008), très apprécié des connaisseurs, fait l’objet d’une adaptation cinématographique.

Le projet est confié à un réalisateur chevronné, Mike Newell, à qui l’on doit 4 mariages et un enterrement ou plus récemment un épisode d’Harry Potter.

Au niveau de la distribution, le rôle-clé est confié à une actrice dans le vent : la belle Lily James, vue entre autres dans la série Downton abbey (Lady rose) et dans la mini-série Guerre et paix de la BBC. Elle interprète le rôle de Julie Ashton, une jeune écrivaine cherchant l’inspiration pour se lancer. Un jour, contactée par le membre d’un club de lecture, elle démarre une correspondance assidue, qui lui donne envie de rencontrer les membres de ce club. C’est alors que le film prend son envol lorsque Julie Ashton se rend sur l’île de Guernesey.

lecerclelitt_raire2Les amateurs de séries anglaises (Downton abbey, Poldark, Outlander) vont sans doute tomber sous le charme de cette adaptation littéraire. Outre un scénario concocté aux petits oignons, le film peut se targuer de sublimes décors naturels. Les paysages verts de l’île de Guernesey constituent une invitation au voyage. Et puis ces falaises immenses ont quelque chose de magique. Comme s’il allait se passer quelque chose d’extraordinaire.

Pour ceux n’ayant pas lu le livre, Le cercle littéraire de Guernesey est riche car il joue sur plusieurs tableaux. Il y a d’abord la découverte de ce véritable club de lecture, ayant permis à ses membres de tisser des liens amicaux. Pourtant au départ, ce lien n’existe pas. C’est un événement incongru, survenu durant la deuxième guerre mondiale, qui va donner naissance au cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ! (d’où le titre du roman).

Sans avoir l’air d’y toucher, Mike Newell aborde de front la question de l’occupation allemande durant la guerre. C’est d’ailleurs cette situation dramatique qui amène les membres de ce club de lecture à être solidaires. Même quelques années plus tard, lorsque Julie Ashton se rend sur l’île de Guernesey, le souvenir de leur passage est toujours prégnant : les barbelés que l’on retrouve à plusieurs endroits, les tours d’observation, etc. Et puis Julie Ashton apprend que des gens ont été traumatisés par la guerre. Sans compter ceux ayant vécu dans la misère sur une île isolée.

Le cercle littéraire de Guernesey parvient à retenir sans mal l’attention du spectateur car il joue sur plusieurs tableaux : la description du club littéraire, les maux causés par l’occupation allemande. On a aussi et surtout une histoire mettant l’accent sur les membres de ce club, des gens réellement attachants. Si Mike Newell ne peut évidemment pas en deux heures développer les personnages comme dans le roman, on est tout de même happé par la gentillesse de ces gens, leur humanisme. Même si les thématiques sont différentes, on ressent par moments toute la bonté émanant de l’excellent film Beignets de tomates vertes.

D’autant que dans les deux films la comédie et le drame se marient à merveille. Ici, on comprend rapidement qu’un mystère lie tous les membres du club. Julie Ashton apprendra de quoi il en retourne lorsqu’elle aura obtenu la confiance des membres, leurs confidences. Et tout cela est lié à une histoire d’amour…

Car Le cercle littéraire de Guernesey est aussi un drame romantique. On assiste à différentes histoires d’amour très pures : une par le biais de flashbacks. L’autre mettant en scène notre héroïne, Julie Ashton. Évidemment, comme on est dans un mélodrame, on a immanquablement affaire à des histoires d’amour contrariées. Sinon, ça serait trop simple et sans grand intérêt. L’île elle-même, par ses beaux paysages et sa brume ambiante, participent au romantisme de cette œuvre.

lecerclelitt_raire3Avec tant de louanges, que peut-on bien reprocher au film ? Au moins deux choses. Déjà, Mike Newell a pris un minimum de risques en abordant les principaux aspects du livre, sans prendre de liberté et en montrant au spectateur ce qu’il attend d’une adaptation du best-seller. Surtout, Mike Newell s’est bien gardé de privilégier une thématique au détriment d’une autre : on est à la fois dans un drame, un film de guerre, une romance, et même par moments une comédie. Tout est mis au même niveau et empêche au film d’avoir une personnalité propre.

Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Sur plus de 2 heures, Le cercle littéraire de Guernesey constitue une histoire que l’on se plaît à suivre grâce à ses personnages vrais et attachants. Et puis la belle Lily James crève l’écran avec sa classe naturelle, tellement british. Comme le film d’ailleurs.

Si Le cercle littéraire de Guernesey manque un peu d’âme, il n’en demeure pas moins une œuvre classique riche et fondamentalement humaniste. Cela peut même éveiller aux non-lecteurs l’envie de lire ce best-seller.

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30 juin 2018

Bad Milo ! de Jacob Vaughan

badmilojaquetteTitre du film : Bad Milo !

Réalisateur : Jacob Vaughan

Année : 2013

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h25

Avec : Ken Marino, Peter Stormare, Mary Kay Place, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Duncan est loin d’être heureux entre un boulot qui l’ennuie et une famille qui le brime. Sa vie tourne carrément au cauchemar lorsqu’il est pris de douleurs intestinales aigües. Il s’avère bientôt qu’une bestiole immonde et ultra-violente est à l’origine de ses maux...

Réalisé en 2013, Bad Milo ! constitue une comédie horrifique qui n’est pas sans rappeler certains fleurons du genre des années 80, tels que les délirants Basket case (1982) et Elmer le remue-méninges (1987) de Franck Henenlotter.
Premier film de l’américain Jacob Vaughan, Bad Milo ! part d’un pitch complètement improbable avec cet homme, Duncan, qui a bien du mal à s’en sortir entre un travail qui ne l’intéresse pas et une famille qui l’étouffe. Résultat : Duncan est stressé et souffre de douleurs intestinales qui se matérialisent lors de violentes crises par un petit monstre qui sort... de son anus
Le petit être en latex se révèle parfois gentil, avec ses gros yeux noirs, mais souvent méchant, puisqu’il tue les personnes qu’il croise sur son chemin, libérant ainsi le stress de son hôte.

badmilo2_05787Bon, il ne faut pas s’y tromper, même si certaines scènes du film sont gore, Bad Milo ! est avant tout une comédie. Le ton est volontairement drôle. Les malheurs rencontrés par le personnage principal nous sont narrés de façon très amusante. Certes, le long-métrage n’évite pas les blagues scatologiques mais tout cela se passe dans une ambiance amusante qui évite de faire dans le graveleux.
Au niveau comique, on peut également noter les tentatives du héros qui, pour s’en sortir, a recours à un psychiatre. Or, ce dernier s’avère être un sacré loulou, pratiquant l’hypnose pour voir ce qui ne va pas. Il y a aussi les raisons qui ont amené le père de Duncan à abandonner sa famille qui sont aussi abracadabrantesques que le reste du scénario.
Avec son ton léger, voire carrément pas fin par instants, Bad Milo ! peut en surface donner l’impression d’être un film sans fond. Loin s’en faut. Si l’on s’y attarde quelques instants, on peut constater que plusieurs des thématiques du film sont révélatrices de notre société actuelle. Il est bien connu que les gens sont de plus en plus stressés. Duncan est donc bien un personnage représentatif de notre monde. Le monstre qu’il a à l’intérieur de lui peut même être vu comme une métaphore de sa frustration.
Bad Milo ! traite par ailleurs de sujets très sérieux comme celui de la paternité. Lors d’une séance d’hypnose, Duncan déclare que sa femme Sarah souhaite des enfants mais qu’il ne sait pas s’il ferait un bon père. Il veut attendre pour en avoir. Peur du futur, peur de s’engager à fonder une famille, là encore, Duncan est bien un homme de notre temps. Le film développe une intéressante relation filiale lorsque le héros revoit son père et qu’il finit par accepter Milo, un peu comme si celui-ci était son propre enfant.
L’intérêt de Bad Milo ! ne s’arrête pas là. Le film n’y va pas de main morte pour critiquer le monde du travail, et notamment le capitalisme. Le patron de Duncan est une véritable ordure qui ne lui laisse pas vraiment le choix : soit il accepte de travailler aux ressources humaines en s’occupant des licenciements (alors qu’il était jusque-là comptable !) soit il est congédié. Les propos du patron sont à cet égard d’une finesse remarquable (surtout quand on connaît le problème que rencontre Duncan) : Pour survivre il faut chier sur ses ennemis sinon c’est vous qui finissez dans la merde.

bad_milo_f3307Les arnaques qui ont lieu au sein de la compagnie ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les scandales des pensions américaines du type Enron.
Après avoir vu Bad Milo !, on comprend que le métrage est bien plus qu’un ersatz d’un film de la Troma (Toxic avenger et consorts) ou d’une simple comédie horrifique trash. On est en fin de compte assez proche d’un film récent, Teeth, qui partait lui aussi d’une idée originale avec une jeune fille dotée d’un vagin denté, qui symbolisait le puritanisme des Américains. Bad milo ! exprime la frustration d’un homme qui n’attend qu’une chose : libérer son stress et vivre en harmonie avec les siens. Comme le dit le principal protagoniste à la fin du film : Quels que soient les problèmes qui surgissent, nous nous en sortirons ensemble. Le propos, résolument optimiste, s’oppose clairement à l’individualisme du patron.
Outre le scénario amusant et les thèmes du film, il convient d’évoquer la distribution. Si plusieurs des acteurs principaux sont généralement cantonnés à la série télé, on pourra constater la prestation excellente de Ken Marino (Will et Grace, Veronica Mars) dans le rôle principal ou encore celle de Peter Stormare (Prison break), absolument hilarant dans le rôle du psy déjanté.
Au final, mélangeant avec une réussite certaine critique sociale, humour et horreur, Bad milo ! est une curiosité qui mérite que l’on s’y attarde. Avis aux amateurs.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/bad-milo-la-critique-du-film

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20 juin 2018

Je vais mieux de Jean-Pierre Améris

jevaismieux1Titre du film : Je vais mieux

Réalisateur : Jean-Pierre Améris

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h26

Avec : Eric Elmosnino, Ary Abittan, Judith El Zein, Alice Pol, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Un quinquagénaire est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ? 

 

Avec Je vais mieux, Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes) adapte librement le roman de David Foenkinos, bien connu pour ses interventions dans des magazines tels que Psychologie magazine.

La thématique psychologique est d’ailleurs très forte dans ce film. On s’intéresse ici au personnage de Laurent, un quinquagénaire qui souffre terriblement du dos. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et la médecine ne va pas franchement répondre à ses interrogations. Au contraire.

Il multiplie les examens en tous genres mais les médecins sont incapables de trouver l’origine de son mal. Ils ne voient rien dans les résultats médicaux. Le réalisateur Jean-Pierre Améris critique ouvertement la médecine actuelle qui cherche à tout prix une réponse factuelle, visible, permettant d’expliquer les douleurs du patient. Si la médecine n’a cessé de progresser sur le plan technologique, bénéficiant d’appareils de plus en plus sophistiqués, elle oublie (parfois) de relier les problèmes du corps à l’esprit.

jevaismieux2On comprend rapidement que les maux dont souffrent Laurent sont avant tout psychiques. Son mal de dos n’est pas le résultat d’un faux mouvement ou d’un problème physique. C’est le stress qui est à l’origine du mal du siècle (le mal de dos). A cet effet, Jean-Pierre Améris a pris le parti de faire de son personnage central un véritable archétype. Laurent a depuis longtemps des difficultés à communiquer avec sa femme ; il ne s’entend pas avec ses parents ; et il est victime de harcèlement au travail. Le tableau peut paraître particulièrement noir mais c’est une façon pour le réalisateur d’universaliser son propos. A sa façon, il nous rappelle qu’à des degrés divers, on peut être touché dans notre quotidien par des problèmes dans notre vie privée ou au travail.

On reconnaît bien dans le film la patte de Jean-Pierre Améris, très sensible aux relations humaines et à la question de la timidité. Le principal protagoniste, Laurent, semble inhibé ce qui l’empêche de faire ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense. Dans Je vais mieux, Jean-Pierre Améris traite de façon plus approfondie et réaliste la question de la timidité. On croit vraiment à cette histoire où Laurent doit faire un gros travail sur lui-même pour changer et affronter différemment le monde qui l’entoure. La scène où il s’en prend au boulot à son bourreau est certes un peu « too much ». Il n’empêche, elle a surtout un effet cathartique.

Je vais mieux est au demeurant un titre totalement approprié. Car si ce film traite sans ambages des maux de notre société, il conserve toujours un point de vue fondamentalement positif. Déjà, il s’agit d’une comédie et non d’un drame. Il y a beaucoup d’humour dans ce long métrage, ce qui permet d’évoquer des questions sensibles, voire fondamentales, avec plus de légèreté. Le trait comique est d’ailleurs l’un des points faibles du film. En effet, le trait est parfois forcé, à tel point que l’on frôle la caricature ou tout simplement l’excès d’explications. Heureusement, Je vais mieux dispose d’un scénario solide et de thématiques fortes.

A cet égard, sans dévoiler un événement du film, le cas de la passerelle est très significatif. Dans Je vais mieux, alors qu’il est au plus bas sur le plan moral et que les choses se passent mal au travail, il hérite d’une mission, a priori secondaire au sein de son cabinet d’architecte, à savoir réaliser une passerelle en Seine-Saint-Denis. Ce travail peut sembler anodin mais il va donner l’occasion à Laurent de se retrouver. La passerelle, qui relie deux endroits jusque-là disjoints, devient une belle métaphore sur le changement d’attitude et d’esprit de Laurent. Le corps et l’esprit font enfin bon ménage.

jevaismieux3Bon évidemment, les spectateurs exigeants et/ou cyniques pourront trouver que les ficelles sont un peu grosses et que tout ça n’est pas très réaliste. Cela serait oublier que Je vais mieux est avant tout un « feel good movie », prenant par moments les allures d’un conte. Le but n’est pas d’être réaliste mais de faire passer un message. Soyons optimiste, sourions à la vie, ouvrons-nous aux autres, tentons de dépasser nos peurs ou les barrières mentales qui nous empêchent d’être libres.

A cet égard, dans le rôle de Laurent, Eric Elmosnino s’avère tout à fait excellent. Il n’en fait pas trop et son physique frêle rend son personnage fragile et émotif d’autant plus crédible. Il porte à tous points de vue le film sur ses épaules. Les autres acteurs sont de niveau variable : Judith El Zein donne corps au personnage d’Elise, la femme de Laurent, qui n’arrive plus à supporter son mari. Au contraire, Ary Abittan sur-joue dans les scènes où il apparaît, dans le rôle du copain dragueur. Quant à Alice Pol, elle manque cruellement de charisme.

Je vais mieux n’en demeure pas moins une sympathique comédie, sensible, optimiste et bien dans l’air du temps.

10 juin 2018

Solo : a Star Wars story de Ron Howard

solo1Titre du film : Solo : a Star Wars story

Réalisateur : Ron Howard

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 2h15

Avec : Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Embarquez à bord du Faucon Millenium et partez à l’aventure en compagnie du plus célèbre vaurien de la galaxie. Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian…

 

Depuis que Disney a racheté la franchise Star Wars, les films sur l’une des sagas les plus célèbres se multiplient à la vitesse grand V. Et la qualité n’est pas souvent au rendez-vous, à l’image des épisodes VII et VIII qui ont sans nul doute déçu les fans de la première heure.

Histoire d’épuiser le filon jusqu’au bout, les producteurs ont même eu l’idée de créer des histoires indépendantes. C’est ainsi que Rogue one a vu le jour, film d’ailleurs très réussi. Désormais, l’idée est de s’intéresser à des personnages mythiques de la saga. Quoi de mieux que de commencer par la jeunesse de Han Solo.

Sauf que dès le départ on émet deux grosses réserves. En effet, la réalisation est confiée à Ron Howard (Da Vinci Code), un pur yes man, dont les films n’ont aucune personnalité. Et puis, immanquablement, on risque de penser sans cesse au personnage de Han Solo joué par le charismatique Harrison Ford.

Ces réserves naturelles sont légitimes. Toutefois, Solo : a Star Wars story, s’avère bien moins catastrophique que ce que l’on aurait pu imaginer.

solo2Déjà, le film s’avère original de par son histoire. Ne rêvons pas. Ce long métrage n’est pas d’une incroyable complexité. Toutefois, c’est la première fois dans l’histoire de la saga que l’on n’assiste pas à un duel entre l’Empire d’un côté et la Rébellion de l’autre. Non, ici on assiste aux combats impitoyables que se livrent des mercenaires, des truands, prêts à tout pour arriver à leurs fins.

Le jeune Han, qui deviendra rapidement Han Solo, quitte une planète où il n’a aucun avenir, pour rejoindre une bande de malfrats. Avec eux, il compte devenir riche et changer de vie. Plusieurs scènes d’action s’avèrent remarquables et relativement variées. Que ce soit l’attaque d’un train lancé à vive allure ; une révolte sur une planète inhospitalière ou encore une bataille spatiale au milieu d’astéroïdes, le fan de science-fiction en a pour son argent.

Malheureusement, tout n’est pas rose pour ce film et le « côté obscur de la force » reprend ses droits à plusieurs reprises. Le plus gênant – et qui est sans doute lié à la mainmise de Disney sur Lucasfilms – est sans conteste l’absence de tension. On se doute bien que Han Solo va s’en sortir. Mais il est fort dommageable qu’aucune scène ne fasse frissonner le spectateur. Le héros ne rencontre jamais de situation le mettant dans une position délicate. Il a toujours (et rapidement) solution à tout, que cela soit seul ou avec son ami de toujours, Chewbacca, que l’on prend plaisir à revoir. Les quelques scènes qui pourraient nous faire tressaillir de notre fauteuil sont par ailleurs annihilées par une musique bien trop présente, qui étouffe le reste. A trop vouloir formaté une saga de plus en plus destinée à un public familial voire jeune, Disney ôte le semblant d’âme qu’il restait à Star Wars. Et c’est bien regrettable.

Un autre point négatif tient à un scénario totalement attendu. On n’est jamais surpris par ce qui se passe et même si certaines trahisons donnent un peu de piment au film, la linéarité de l’œuvre est impressionnante.

Quant à la 3D, elle n’a strictement aucun intérêt. Encore une fois, c’est un pur aspect marketing qui n’a d’autre but que de faire (sur)payer la place de cinéma au spectateur. Cette 3D est d’autant plus insignifiante que les combats spatiaux sont peu nombreux.

solo3Solo : a Star Wars story n’en demeure pas moins un film agréable à regarder. A la différence des épisodes VII et VIII, les acteurs sont plutôt bons. Contrairement aux dires de certains, Alden Ehrenreich, interprétant un jeune Han Solo n’est pas du tout mauvais. Il a évidemment moins d’aplomb et d’assurance qu’Harrison Ford. Mais cela paraît bien normal puisqu’il joue un personnage bien plus jeune, et qui n’a encore aucune expérience. Ce n’est encore qu’un mercenaire en devenir. Quant aux autres acteurs, les producteurs ont eu raison de penser à la belle Emilia Clarke. La « reine des dragons » (Le trône de fer) joue parfaitement le rôle du premier amour de Han Solo, une femme à la fois fragile en apparence et perverse. Quant au vétéran Woody Harrelson, il est crédible en vieux baroudeur, qui initie le jeune Han Solo. L’acteur apporte même d’une certaine façon un côté comique au film, comme avait pu le faire naguère… Harrison Ford !

L’épilogue de Solo : a Star Wars story laisse clairement entendre que cette histoire indépendante connaîtra une ou plusieurs suites. Et finalement, cela n’est pas une mauvaise nouvelle. Certes, le film ne nous surprend guère et manque d’intensité, mais on a tout de même affaire à un blockbuster de qualité (des scènes d’action valant le coup d’œil, de bons acteurs, un background riche) qui remplit son cahier des charges. Ni plus ni moins. Et ce n’est déjà pas si mal. Même avec Ron Howard aux manettes !

31 mai 2018

Death wish d'Eli Roth

deathwish1Titre du film : Death wish

Réalisateur : Eli Roth

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h49

Avec : Bruce Willis, Vincent d’Onofrio, Elisabeth Shue, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci.

 

En 1974, le réalisateur Michael Winner avait marqué les esprits avec son « vigilante movie », le célèbre Un justicier dans la ville. Charles Bronson y incarnait Paul Kersey, un homme prêt à tout pour venger sa femme assassinée et sa fille violée. Lors de sa sortie, les critiques n’avaient pas été tendres avec ce film, certains le qualifiant de facho. Dans tous les cas, même s’il verse pas dans la subtilité, Un justicier dans la ville reste un long métrage efficace et dynamique, porté par un Charles Bronson inoubliable.

En 2018, plus de 44 ans après l’oeuvre originale, le cinéaste américain Eli Roth, a décidé faire un remake du Justicier dans la ville. Bien connu pour ses films horrifiques Cabin fever (2002) et Hostel (2005), Eli Roth a toujours clamé son amour pour les films bis d’antan. Ainsi en 2013, il avait remis au goût du jour le film de cannibales avec l’intéressant The green inferno qui ne lésinait pas sur les effets gore. Désormais, la question est donc de savoir si Eli Roth va réussir son pari en mettant en scène un nouveau Justicier dans la ville.

deathwish4Pour ce faire, il a choisi dans le rôle principal un acteur bien connu au physique plutôt imposant : Bruce Willis. On est donc curieux de voir le résultat à l’écran de l’alliance Eli Roth – Bruce Willis. Ce dernier y reprend le rôle de Paul Kersey, un homme dont la vie bascule dans l’enfer le jour où sa femme est tuée et sa fille tombe dans le coma. Eli Roth prend certaines libertés avec l’œuvre originale, qui malheureusement ne se révèlent pas pertinentes. Dans le film de Michael Winner, l’agression dont sont victimes la femme et la fille de Paul Kersey par trois malfrats (dont l’un était joué par un jeune Jeff Goldblum!) est à la limite du soutenable. La tension était alors palpable et le pire était à venir : la femme était sauvagement assassinée alors que la fille était victime d’un viol odieux, qui allait durablement la marquer sur le plan psychologique. Dans le film d’Eli Roth, la même séquence est vidée de sa substance controversée : on se limite à une scène de cambriolage qui tourne mal.

Et tout le reste du film est du même acabit, avec un côté finalement très lisse et conventionnel. On est dans un pur film de vengeance, comme on a l’habitude d’en voir au cinéma ou à la télévision. Ce manque d’originalité surprend de la part d’Eli Roth. Connaissant l’œuvre de ce cinéaste américain, on s’attendait à quelque chose de très violent, voire gore et peut-être même malsain sur le plan sexuel.

Au lieu de cela, on suit une trame particulièrement classique. Les 40 premières minutes du film sont d’ailleurs un peu laborieuses car il ne se passe pas grand-chose. Ensuite, on assiste à l’intervention de ce fameux justicier dans la ville de Chicago, la « cité de la mort ».

Dans l’œuvre originale, une des excellentes idées du scénario était de montrer une vengeance un peu vaine puisque Paul Kersey ne retrouvera jamais les gens qui ont tué sa femme et violé sa fille. Une manière très claire de faire comprendre au spectateur que la vengeance seule ne mène à rien. Dans la version de 2018, cette subtilité scénaristique n’a même plus cours : par un très heureux hasard, Paul Kersey retrouve un à un les criminels qui s’en sont pris à sa famille.

Alors bon, ne soyons pas totalement négatif quant à la qualité de ce film. Il y a tout de même quelques séquences valant le détour. On songe notamment à cette scène où Paul Kersey s’en prend à des malfrats en mettant sa vie en danger. Il y a aussi la séquence finale nous donnant l’impression d’être dans un « home invasion » avec le « héros » qui est attaqué chez lui.

deathwish3Toutefois, le côté mécanique de nombreuses scènes d’action enlève tout attrait à ce film. On aurait alors pu espérer une réflexion sur la notion de la vengeance. Que nenni. Même si Paul Kersey fait le « buzz » après que l’une de ses sorties ait été filmée et déposée sur youtube, le débat qui s’en suit sur la vengeance ne dépasse jamais la réflexion de comptoir. Et la police est bien souvent aux abonnés absents.

On pourrait se dire que le film va être au moins sauvé par sa distribution. Et bien non c’est tout l’inverse. Bruce Willis a toujours la même expression sur le visage, qu’il doive exprimer sa peine suite au meurtre de sa femme, sa colère ou encore sa haine à l’égard des malfrats de la ville. L’acteur en perd tout crédit et n’est absolument pas charismatique.

En somme, Un justicier dans la ville version 2018 déçoit énormément. Au mieux, quelques scènes d’action sauvent le film d’un désastre total. C’est bien peu. Il est préférable de revoir le film original, sans doute réac’ sur le fond mais bien plus prenant.

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21 mai 2018

Le gentilhomme de la Louisiane de Rudolph Maté

legentilhommedelouisiane1Titre du film : Le gentilhomme de la Louisiane

Réalisateur : Rudolph Maté

Année : 1953

Origine : États-Unis

Durée : 1h39

Avec : Tyrone Power, Piper Laurie, Julie Adams, John McIntire, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Quitte à susciter la haine tenace de certains, le joueur professionnel Mark Fallon impose la règle de l'honnêteté aux parties de poker qui enflamment les salons des bateaux à aubes du Mississippi. En battant aux cartes l'aristocrate Laurent Dureau, il se fait deux nouveaux ennemis : Laurent Dureau lui-même, mais aussi sa soeur, Angélique, furieuse d'avoir été dépossédé d'un précieux collier.

 

Western or not western, that is the question ! Dans une présentation dédiée au Gentilhomme de la Louisiane, l’historien du cinéma Patrick Brion fait valoir que ce film n’est a priori pas un western. On est totalement d’accord avec lui après avoir vu cette œuvre qui s’apparente plutôt à un mélodrame. Certains rangent cette œuvre dans la catégorie western car le cadre (les superbes paysages de la Louisiane) y fait penser, tout comme son époque (on se situe en 1854).

Ce débat est intéressant d’un point de vue purement sémantique. Pour autant, le plus important demeure bien entendu la qualité du film. Et sur ce plan, on n’est absolument pas déçu. Certes, son réalisateur, Rudolph Maté, bien connu comme chef opérateur, n’est pas un cinéaste de la trempe d’un John Ford, d’un Howard Hawks ou même d’un Budd Boetticher. Toutefois, cet honnête artisan livre ici un spectacle de qualité, devant lequel on ne s’ennuie pas une minute.

legentilhommede4Il faut dire que Le gentilhomme de la Louisiane est une œuvre multi-genre : si le mélodrame prédomine, on est parfois dans le registre du film d’aventure voire même parfois dans la comédie. Il y en a pour tous les goûts !

Et puis dès le début, on est intrigué avec l’action qui a lieu sur de gros bateaux naviguant sur le Mississipi. L’excellent (et beau) Tyrone Power interprète le rôle principal, celui de Mark Fallon, un joueur professionnel de poker, ayant instauré comme credo celui de l’honnêteté. On peut gagner ou perdre, mais il est hors de question de tricher. En remportant souvent la mise, Mark Fallon ne se fait pas que des amis, ce qui donne lieu à des situations hautes en couleurs avec des bagarres, des combats, des fuites, etc.

Evidemment, le film n’aurait pas grand intérêt sans son triangle amoureux digne d’une histoire d’amour contrariée : Mark Fallon est amoureux d’Angélique Dureau, une jeune aristocrate qui déclare ne pas l’aimer, alors que la belle Ann Conant, qu’il a pris son aile, l’aime mais ce n’est pas réciproque.

Pour mettre à un peu de piment à cette histoire qui n’en manquait pas forcément, Le gentilhomme de la Louisiane rappelle par moments l’intrigue d’Autant en emporte le vent, avec ces drames familiaux en cascade. Sauf qu’ici l’avantage est qu’il n’y a pas besoin de prévoir une longue soirée, le film ne durant qu’1h39. Si le scénario est riche et comprend moult rebondissements, le spectateur attentif notera que le destin n’est pas le seul responsable des drames auxquels on assiste. En fait, tout tourne autour de la question des (mauvais) choix de certains personnages.

Et puis si la religion n’est pas présente dans cette œuvre, il n’empêche que la moralité constitue un des leitmotiv. On a d’un côté les gens perfides, menteurs, voleurs, prêts à tout pour s’en sortir – qui croient que tout est permis – et de l’autre des personnes aux valeurs nobles incarnées par des gens comme Mark Fallon et le père de la fratrie Dureau. Comme l’honneur demeure une valeur cardinale pour ces derniers, on assiste même à des duels, lesquels avaient toujours cours en 1854. Ces duels entre des personnes opposées sur le plan moral, permettent d’en apprendre bien plus sur la nature humaine. Le duel le plus marquant du film m’a énormément fait penser à un célèbre duel que l’on voit dans Barry Lyndon. Difficile de dire si Stanley Kubrick a pu s’inspirer de cette œuvre méconnue pour son film.

legentilhommede3Toujours est-il que comme pour Barry Lyndon, Le gentilhomme de la Louisiane bénéficie de la présence d’un acteur principal de grande qualité. Il s’agit donc Tyrone Power. Vu principalement dans des westerns et des films d’aventures, il se révèle charismatique dans le rôle de Mark Fallon. L’acteur est vraiment à sa place dans ce rôle, instillant constamment une grande classe. Il est parfait en tant que véritable gentilhomme. On retrouve également avec plaisir l’acteur John McIntire, qui contribue au côté comique du film. Et puis l’intrigue amoureuse ne serait pas la même sans les deux atouts charme de ce long métrage : la rousse Piper Laurie qui interprète le personnage hautain d’Angélique Dureau alors que la brune Julie Adams joue le rôle de la douce Ann Conant. Ces deux actrices sont toujours de ce monde… en 2018 !

Puisque l’on en est au stade des anecdotes, il convient de noter que dans Le gentilhomme de la Louisiane, lorsqu’il n’est pas question de parties de poker, on assiste à des scènes d’escrime avec de véritables maîtres d’armes. Ces scènes sont très bien filmées, très fluides et apportent un vrai plus à ce film. Ajoutez à cela de très beaux décors (ah la Nouvelle Orléans) et costumes, les paysages de la Louisiane, et vous comprendrez pourquoi ce Gentilhomme de la Louisiane vous est chaudement recommandé.

11 mai 2018

Une femme heureuse de Dominic Cooper

unefemmeheureseTitre du film : Une femme heureuse

Réalisateur : Dominic Savage

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h45

Avec : Gemma Arterton, Dominic Cooper, Jalil Lespert, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Tara est une jeune mère qui vit dans la banlieue de Londres. Femme au foyer, elle passe ses journées à s’occuper de ses enfants, de la maison et à attendre le retour de son mari le soir. Cette vie calme et rangée lui pèse de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter sa situation.

 

La belle Gemma Arterton ne cesse de nous surpendre. Elle s’est d’abord fait remarquer dans des blockbusters tels que le James Bond Quantum of Solace (2008) et Le choc des titans (2010). On aurait pu penser qu’elle resterait cantonnée à des seconds rôles dans des films à gros budget. Que nenni. On l’a vu dans le curieux Gemma Bavory (2014) et l’an dernier on l’a même retrouvé au casting de l’excellent film horrifique The last girl. Aujourd’hui, la voilà tête d’affiche d’Une femme heureuse, un drame féministe. Sans conteste c'est une actrice qui a plus d’un tour dans son sac !

Et du talent il en faut pour jouer dans Une femme heureuse puisqu’il s’agit avant tout d’un film d’acteurs. Gemma Arterton y interprète le rôle de Tara, une mère de famille trentenaire mariée et ayant deux enfants. En apparence elle a tout pour être heureuse (d’où le titre français du film) : une maison dans la banlieue de Londres, un mari qui a une bonne situation professionnelle, de beaux enfants. Que demander de plus ?

unefemmeheurese3Tout cela n’est que de la poudre aux yeux. Gemma Arterton livre une performance extrêmement convaincante dans le rôle de cette femme malheureuse étouffant dans son quotidien. Le film prend son temps pour nous montrer ses journées à faire le ménage, s’occuper des enfants, les amener à l’école. Et le mari, Mark, dans tout ça ? Eh bien il montre qu’il est l’homme, qu’il est celui qui travaille, qui ramène de l’argent. Sa femme est la mère de ses enfants et son « objet sexuel » quand il en a besoin. Pas vraiment de tendresse au sein de ce couple, comme le montre de façon très explicite le regard en pleurs de Tara lorsqu’elle subit une relation sexuelle pas vraiment consentie.

Une femme heureuse paraît tellement réaliste qu’il prend des allures de documentaire, que cela soit dans le quotidien vécu par Tara ou ses relations avec un mari qui n’est pas à son écoute.

Le film ne sombre jamais pour autant dans la caricature. Mark n’est pas un être monstrueux. C’est simplement un homme qui travaille et pense que pour cette raison, sa femme lui doit tout. Il a oublié qu’un couple est composé de deux personnes qui doivent communiquer, savoir ce que ressent l’autre, et pas seulement s’intéresser à soi. Le personnage de Mark est symptomatique de nombre de personnes faisant preuve d’une grande maladresse quand l’autre commence à leur échapper (le titre original du film, The escape, est bien plus révélateur du contenu de celui-ci). Il ne sait pas comment faire et ne comprend pas la situation.

Pourtant, le spectateur ne tarde pas à comprendre ce qui se passe. Tara est une femme se sentant enfermée dans la position qu’elle occupe au sein de la société. Elle n’est plus Tara mais d'un côté une gentille épouse (« ma puce ») devant supporter un mari possessif et de l'autre une mère de famille avec deux enfants à élever. D’ailleurs, on n’apprend son prénom que très tard dans le film. Preuve de sa perte d’identité. Et quand on perd son identité, forcément on n’est plus considéré pour ce que l’on est réellement. On devient ce que la société veut que l'on soit. Evidemment, cette vie rappelle celle de beaucoup de femmes mères au foyer. Sont-elles heureuses ? Rien n’est moins sûr.

De son côté, Tara n’en peut plus de cette vie. Elle aspire à autre chose. A l’image du livre qu’elle achète et où elle se passionne pour la tapisserie de La dame à la licorne. Elle est marquée la sixième représentation comprenant la devise : « mon seul désir ». Toute la question est donc de savoir si Tara va continuer de se bercer d’illusions, de vies rêvées dans les rares moments de temps libre dont elle dispose, ou si elle va franchir le pas pour changer de vie ? Après tout, beaucoup de femmes restent dans leur couple car leur situation matérielle leur semble plus importante que leur bien-être.

unefemmeheurese2Au niveau de la mise en scène, le réalisateur britannique Dominic Savage a privilégié les gestes aux mots. Les nombreux gros plans sur le visage triste de Gemma Arterton sont révélateurs de son état d’esprit. Cela paraît tellement naturel que l’on oublierait presque Gemma Arterton joue un rôle.

Il va sans dire que ce long métrage ne serait pas aussi réussi sans sa distribution. Gemma Arterton, qui est de tous les plans, est bouleversante dans le rôle de cette femme éprise de liberté. Dominic Cooper lui rend bien la pareille, dans le rôle de cet homme qui ne comprend pas le désespoir de sa femme. Il pense que cette dernière a tout pour être heureuse...

Voilà donc un film remarquable de sensibilité, symptomatique de ce que peut vivre une mère au foyer lambda. Ce long métrage est important pour faire évoluer les mentalités. C’est une oeuvre féministe et engagée. Cela n’est d’ailleurs pas anodin si l’actrice principale, Gemma Arterton est également co-productrice sur Une femme heureuse. C’est forcément un projet qui lui tenait à coeur.

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01 mai 2018

Strangers : prey at night de Johannes Roberts

strangers1Titre du film : Strangers : prey at night

Réalisateur : Johannes Roberts

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h25

Avec : Christina Hendricks, Martin Henderson, Bailee Madison, Lewis Pullman

FICHE IMDB

Synopsis : Une famille s’arrête pour la nuit dans un parc de mobile home isolé qui semble complètement désert. Une jeune femme étrange frappe à leur porte…. C’est le début d’une terrible nuit d’horreur : pris pour cible et poursuivis sans relâche par trois tueurs masqués, chacun devra lutter pour sauver sa peau dans un jeu de cache-cache impitoyable.

 

En 2008, alors que le « torture porn » à la Saw règne en maître sur le cinéma d’horreur, un jeune réalisateur américain, Bryan Bertino livre un film très différent avec The strangers. Il s’agit d’un home invasion avec son trio de tueurs ayant jeté leur dévolu sur un couple joué par Scott Speedman et Liv Tyler. Tendu à souhait, n’abusant pas de surenchère gore, Strangers remue bien le spectateur et en particulier lors d’un final terrifiant, digne d’une œuvre de Michael Haneke. En cela, The strangers s’est clairement démarqué du tout-venant.

Dix ans plus tard, après moults faux départs, une suite à The strangers a donc été mise en boîte puis sortie au cinéma en ce début d’année 2018. Si Bryan Bertino est présent en tant que co-scénariste, il laisse la place de réalisateur au britannique Johannes Roberts. Cela étant, on retrouve tout de suite l’esprit de The strangers avec son infernal trio de tueurs affublés de masques les caractérisant : Dollface, Man in the bag et Pin-up girl.

Évidemment, le but n’est pas de refaire le même film et la cible de nos psychopathes est désormais différente tout comme le lieu où se situe l’action. Ainsi, nos tueurs ont élu domicile pour leurs sévices, dans un camping (car on le voit de nuit) quasi abandonné. L’environnement global n’est sans rappeler le Vendredi 13 (1981) de Sean S. Cunningham.

strangers2Du côté des « gentils », on a affaire à une famille – deux parents et leurs enfants adolescents – venue se ressourcer le temps d’un week-end. En effet, les tensions sont palpables au sein de ce microcosme, avec en particulier une jeune fille en perte de repères.

Des repères, il faudra bien vite en trouver car nos dangereux psychopathes ne sont pas venus enfiler des perles ! D’ailleurs, la séquence initiale nous met parfaitement dans l’ambiance. Le lien avec le film de Bryan Bertino est évident, ne serait-ce qu’avec cette fille mystérieuse demandant : « Est-ce que Tamara est là ? » après avoir tapé à la porte.

On sent un véritable malaise à ce moment-là et qu’il se trame quelque chose de pas très catholique. On ne tarde pas à rentrer dans le vif du sujet…

Strangers : prey at night se retrouve toutefois différent de son glorieux aîné. On ne se situe pas uniquement dans le sous-genre que constitue le home invasion. Le périmètre d’action est plus vaste, utilisant ici l’ensemble du camping. On est plus dans un slasher pur et dur.

Les amateurs du genre auront plaisir à regarder cette œuvre horrifique dont les références au Halloween de Carpenter sont évidentes, tant par le soin pris à élaborer une ambiance tendue que par l’accoutrement de nos mystérieux tueurs, dont on n’apprendra jamais (ou presque) quelles sont leurs motivations. Ce qui est d’autant plus effrayant.

Et en matière de terreur, Strangers : prey at night comporte son lot de scènes bien corsées, réservant ce film à un public averti. Plusieurs meurtres sont secs et violents, même s’ils jouent la carte de l’humour noir. Il y a un côté quasi ludique avec ces psychopathes qui s’amusent avec leurs victimes. On n’est pas près d’oublier certaines séquences, comme ayant lieu dans la voiture accidentée ou celle se déroulant autour de la piscine nimbée de plusieurs palmiers en néons.

strangers3Si Strangers : prey at night demeure dans l’ensemble un slasher conventionnel, il n’est pas écrasé par les références qu’il cite plus ou moins explicitement. Ce long métrage est un hommage sincère aux œuvres horrifiques des années 80. On le retrouve dans la photographie du film, dans la mise en scène, par le style des meurtriers, etc. De plus, les nombreux morceaux de la musique pop de cette époque créent un délicieux décalage entre ce que l’on voit à l’écran et ce que l’on entend. Les classiques de Kim Wilde (Kids in America, Cambodia) et le célèbre Total eclipse of the heart de Bonnie Tyler sont totalement justifiés.

En fait, la principale réserve que l’on peut émettre tient au manque de consistance du personnage principal, campé par la jeune Bailee Madison, pas franchement convaincante. Sur le coup, on préfère le trio de psychopathes dont chacune des apparitions est remarqué. On aurait d’ailleurs apprécié les voir agir ensemble plutôt que de manière isolée.

Doté d’une ambiance tendue et sérieuse (on ne décèle que quelques touches d’humour, bien noir au demeurant), à l’instar de son glorieux aîné, Strangers : prey at night est un film d’horreur prenant. C’est efficace, même si cela ne renouvelle en rien le genre.

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21 avril 2018

Ghostland de Pascal Laugier

ghostland1Titre du film : Ghostland

Réalisateur : Pascal Laugier

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h31

Avec : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Emilia Jones, Taylor Hickson, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.

Critique de Locktal

 

Quatrième film de Pascal Laugier après notamment le traumatisant Martyrs (2008) et l’intrigant The secret (2012), Ghostland plonge dès les premières minutes du film le spectateur dans un home invasion brutal et éprouvant dans lequel les trois protagonistes (une mère prénommée Pauline interprétée de manière sobre et convaincante par la chanteuse Mylène Farmer et ses deux filles adolescentes Beth et Vera) seront victimes d’une effroyable agression par deux psychopathes au sein de la demeure familiale où elles viennent d’emménager.

 

ghostland2Mais le film de Laugier va bifurquer vers d’autres horizons, mutant sans cesse, épousant la psyché de son personnage principal Beth, devenue adulte et ayant atteint son rêve de devenir un écrivain célèbre au même titre que Lovecraft, son idole de toujours, et replongeant dans l’enfer de son passé lorsqu’elle revient dans la maison cauchemardesque dans laquelle vivent toujours sa mère et sa sœur Vera qui a sombré dans la démence paranoïaque. Laugier paie d’ailleurs son tribut au célèbre écrivain américain créateur du mythe de Cthulhu, puisque le film s’ouvre sur un portrait de Lovecraft, et celui-ci est aussi au centre d’une très belle séquence onirique.

Si le récit n’a rien d’original en soi, le cinéaste va déployer tout d’abord une esthétique gothique flamboyante, où les moindres couloirs et recoins de la demeure sont porteurs de mystère et de terreur, comme dans un train fantôme rempli de pièges, esthétique encore décuplée par la présence anxiogène de poupées démembrées. Le spectateur pense alors être en terrain connu, mais il n’en sera rien, Laugier n’ayant de cesse de le perdre, de l’égarer dans les méandres de sa narration.

A la manière du sublime Vertigo d’Alfred Hitchcock, le twist qui arrive en milieu de film va redistribuer les cartes, pulvériser le déroulement du récit et emmener ainsi le spectateur vers des cimes inattendues mais pourtant totalement cohérentes. L’impact sera dévastateur, à l’instar de la deuxième partie de Martyrs (film avec lequel Ghostland entretient de nombreux points communs), permettant de maintenir un état de tension permanent, où les jump scares, effets parfois faciles lorsqu’ils sont mal utilisés, seront terriblement efficaces, culminant dans plusieurs climax impressionnants, virant parfois à l’abstraction.

Mais surtout Laugier présente des personnages touchants. La relation entre les deux sœurs Beth et Verra est particulièrement poignante, chacune des sœurs ayant développé des mécanismes de défense différents mais complémentaires au final. Le refuge de Beth dans l’évasion et l’imaginaire pour échapper à l’horreur est à double tranchant : s’il permet parfois sa survie (physique et mentale), il peut aussi la perdre à jamais dans une illusion, tandis que le caractère pragmatique de Vera ramène constamment Beth dans la réalité.

 

ghostland3Les accusations de certains critiques taxant Laugier de sadique et de complaisant semblent donc à côté de la plaque, le réalisateur aimant profondément ses protagonistes féminines, qui certes suppliciés (physiquement et mentalement, encore une fois) trouvent tout de même la force de se rebeller contre leurs oppresseurs.

Si le déferlement de violence et le malaise de certaines situations du film pourront rebuter, voire provoquer le dégoût, Ghostland est une expérience âpre, troublante, jusqu’au-boutiste, qu’il convient absolument de défendre, surtout en ces temps d’aseptisation et de standardisation du cinéma de genre. Le second degré et le côté meta sont totalement absents, et c’est tant mieux : Ghostland respire l’amour, autant dans ses personnages que dans le rapport que Laugier entretient avec le cinéma d’horreur viscéral. Le festival de Gérardmer 2018 ne s'y est pas trompé en lui décernant le grand prix. A voir de toute urgence !

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11 avril 2018

Dans la brume de Daniel Roby

danslabrume1Titre du film : Dans la brume

Réalisateur : Daniel Roby

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h29

Avec : Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le jour où une étrange brume mortelle submerge Paris, des survivants trouvent refuge dans les derniers étages des immeubles et sur les toits de la capitale. Sans informations, sans électricité, sans eau ni nourriture, une petite famille tente de survivre à cette catastrophe...

 

Le hasard du calendrier nous propose deux films de genre dont l’action se situe à Paris. Après le huis-clos La nuit a dévoré le monde où l’on retrouvait un Paris grouillant de zombies, on se situe ici plus dans le film catastrophe avec une brume mortelle ayant fait son apparition suite à un tremblement de terre.

L’apparition d’une mystérieuse brume, mortelle au demeurant, n’est pas en soi une nouveauté pour les amateurs de genre. John Carpenter avait déjà utilisé cette thématique dans son angoissant Fog (1980) et Frank Darabont avait livré un film très inquiétant avec The mist (2008), récemment adapté en série télévisée.

danslabrume2Dans tous les cas, il n’est pas courant d’avoir droit à un film de genre français qui se déroule à Paris. Malgré son budget relativement raisonnable – à peine 10 millions d’euros – Dans la brume tient la comparaison avec d’autres films d’action. Le réalisateur ne tarde pas à nous mettre dans l’ambiance avec cette brume mortelle qui succède rapidement à un tremblement de terre.

Comme dans La nuit a dévoré le monde, le salut de nos protagonistes provient des appartements haussmanniens. Mais si dans le film précédent, le danger provient de zombies nécessitant de rester sur ses gardes, Dans la brume pose un problème semblant quasi insoluble. En effet, la brume est mortelle et surtout elle ne cesse de monter heure par heure. Se réfugier dans les appartements les plus hauts est une chose, mais la question est clairement celle de la survie à court ou moyen terme.

Dans la brume propose ainsi un suspense haletant, en s’intéressant à une famille, Mathieu (Romain Duris) et Anna (Olga Kurylenko) dont la fille, adolescente, vit dans une « bulle » en raison d’une maladie rare. Non seulement Mathieu et Anna doivent survivre dans ce monde apocalyptique, mais en outre il leur faut trouver un moyen pour aider leur fille à vivre dans sa bulle (électricité à assurer, moyens de subsistance, etc.).

Si le film ne comporte pas de scènes d’action telles qu’on a coutume d’en avoir dans le cinéma américain, il comprend toutefois plusieurs scènes de tension, lorsque les personnages principaux sont obligés de sortir à l’extérieur et donc de s’exposer potentiellement à cette brume.

Comme on peut s’en douter au regard des thématiques développées, le scénario n’est pas d’une grande complexité. Cela étant, Dans la brume est prenant de bout en bout. Le réalisateur Daniel Roby a eu la bonne idée de ne pas étendre au maximum son histoire. On n’est pas parasité par des sous-intrigues superflues. Ce long métrage dure tout juste 1h30, générique compris, et bénéficie d’un rythme alerte.

danslabrume3Et puis le film mélange avec une certaine dextérité les scènes dites d’action avec des séquences plus intimistes, où les personnages s’interrogent forcément sur la question primordiale : leur devenir et celui de leurs êtres chers.

Si le scénario est globalement attendu, il se permet un petit twist final, pas désagréable, qui n’est pas sans rappeler celui de l’excellent The last girl, sorti l’an dernier au cinéma.

Au niveau des effets spéciaux, Daniel Roby a très bien utilisé son budget limité : on croit vraiment à ce Paris mortifère et cette brume envahissante, épaisse, symbole évident de mort. Le mélange entre vrais effets de brume et reconstitution par ordinateur est certes visible à l’écran, mais cela n’est pas choquant.

Quant à la distribution, elle surprend très agréablement. Romain Duris est vraiment crédible dans le rôle de ce père de famille, faisant tout pour sauver sa femme et sa fille. De son côté, Olga Kurylenko n’est pas là juste pour montrer son joli minois. Elle campe une mère de famille à la fois douce, fragile et déterminée. On ne se doutait pas forcément que cette actrice pouvait disposer d’une palette aussi étendue au niveau de son jeu. Le seul bémol est peut-être le rôle tenu par la jeune Fantine Harduin, dont le personnage est vraiment proche de la caricature.

Au final, Dans la brume est un autre film de genre français réussi, par son ambiance prenante, après La nuit a dévoré le monde. Moins « auteur » que son compère, ce film est clairement plus accessible à un large public. Il n’y a donc plus qu’à espérer que le succès soit au rendez-vous pour ce film méritant largement d’être regardé.

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