Déjantés du ciné

29 novembre 2022

I'm your man de Maria Schrader (critique film + DVD)

Imyourman1Titre du film : I’m your man

Réalisatrice : Maria Schrader

Année : 2022

Origine : Allemagne

Durée : 1H45

Avec : Maren Eggert, Dan Stevens, Sandra Hüller, etc.

Editeur : Blaq Out

En DVD le 6 décembre 2022

Synopsis : Alma, brillante scientifique, se révèle être une parfaite candidate pour se prêter à une expérience : pendant trois semaines, elle doit vivre avec Tom, un robot à l’apparence humaine parfaite, spécialement programmé pour correspondre à sa définition de l’homme idéal. Son existence ne doit servir qu’un seul but : rendre Alma heureuse.

Nanti d’une très bonne réputation, I’m your man est effectivement un film qui mérite largement le détour. Ce long métrage réalisé par la cinéaste (et à l’origine actrice) allemande Maria Schrader mélange adroitement comédie, romance, science-fiction et réflexion sociétale.

Imyourman2I’m your man renverse habilement les codes de la comédie romantique puisqu’au début du film, la première rencontre est biaisée dans la mesure où l’héroïne, Alma, fait la connaissance d’un robot humanoïde, programmé pour satisfaire ses besoins et par extension pour l’aimer. Comme on peut fortement s’en douter, il y aura un attachement progressif avec cet être créé de toutes pièces. Le film est certes léger en apparence et comporte de nombreuses séquences vraiment très drôles. Toutefois, il pose immanquablement des questions plus sérieuses dont certaines touchent à l’éthique. Peut-on aimer un être humanoïde qui est « programmé » à cet effet ? Est-ce que cet être doté d’une intelligence artificielle peut au contact de l’Homme gagner en humanité ? De façon plus négative, comment l’Homme pourra-t-il faire pour se lier avec d'autres humains et accepter des compromis, alors qu'un humanoïde répond à toutes ses exigences ?

Doté d’un pitch très intéressant, I’m your man peut également être rapproché d’une autre très belle comédie romantique originale, à savoir Timer de Jac Schaeffer. Dans ce film néo-futuriste, les gens peuvent se faire greffer sur le poignet un timer, sorte de code-barre leur indiquant le moment où ils vont rencontrer l’âme sœur. Encore un concept certes prodigieux mais sur le fond, n’est-ce pas un moyen d’ôter le charme du coup de foudre ? I’m your man entretient aussi des rapports avec le culte A.I. (2001) de Steven Spielberg par rapport à l’intelligence artificielle et le fait d’éprouver des sentiments pour un robot.

Imyourman3Du côté de I’m your man, ce long métrage est vraiment très riche sur le plan thématique. Il aborde clairement la question de la solitude à travers le personnage du père d’Alma, démuni et visiblement atteint de la maladie d’Alzheimer. Le film pose une question fondamentale pour Alma, qui est une célibataire endurcie : vaut-il mieux vivre seule, avec le risque de terminer comme son père, ou avec cet être humanoïde pouvant apparaître comme un mirage de la vie ? Comme lui déclare Tom, notre humanoïde : « il me semble que tout le monde veut goûter au bonheur. »

Si I’m your man est une belle réussite, le film le doit non seulement à son scénario et aux thèmes qu’il déploie, mais également à sa distribution de qualité. Le duo que forme Maren Eggert et Dan Stevens fonctionne à merveille. Mention spéciale évidemment pour Dan Stevens pour le rôle de cet humanoïde. On appréciera évidemment que l’humanoïde soit un homme faisant de I’m your man une œuvre éminemment féministe.

La cinéaste Maria Schrader a d’ailleurs poursuivi sur sa lancée puisque son dernier film, She said, sorti en France le 23 novembre 2022, évoque le harcèlement et les violences sexuelles dans le milieu du cinéma, via l’extraordinaire investigation de journalistes féminines du New York Times face aux agissements de Harvey Weinstein. Les conséquences de ce travail mené en 2015-2016 seront fondamentales puisqu’elles seront à l’origine du mouvement « Me too ». Remarquons par ailleurs la force de persuasion de Maria Schrader qui a réussi à faire jouer Ashley Judd dans son propre rôle dans son film.

Voilà clairement une cinéaste à suivre.

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Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out:

L’image : Elle est impeccable, sans aucun défaut apparent et un excellent transfert vidéo.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 et en 2.0. bien réparti. Une nouvelle fois chez cet éditeur, on appréciera que le film soit disponible en audio-description et qu’il y ait la possibilité de le visionner avec des sous-titres pour sourds et malentendants.

Les suppléments : aucun bonus.

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19 novembre 2022

The thing de Matthijs van Heijningen Jr

thething1Titre du film : The thing

Réalisateur : Matthijs van Heijningen Jr

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée : 1H43

Avec : Mary Elizabeth Winstead (Kate Lloyd), Joel Edgerton (Braxton Carter), Ulrich Thomsen (Sander), Eric Christian Olsen (Adam Goldman), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : La paléontologue Kate Lloyd part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée.

A une époque où les remakes et préquelles en tous genres sont légion, il n'est finalement pas si étonnant que cela que le film culte de John Carpenter, The thing (qui était lui-même le remake d'un film des années 50 sur lequel avait travaillé Howard Hawks), fasse l'objet d'une préquelle. C'est un cinéaste totalement inconnu, Matthijs van Heijningen Jr, qui est aux manettes de cette entreprise en 2011.

thething2L'action du film se déroule en 1982, ce qui est somme toute logique puisque le film de Carpenter a été réalisé durant cette période. La scène d'introduction est plutôt bien faite avec des scientifiques découvrant en Antarctique un vaisseau spatial et surtout un extraterrestre congelé dans de la glace. C'est principalement l'extraterrestre qui retient l'attention et va faire l'objet d'une analyse. Comme on peut s'en douter, les scientifiques vont réveiller l'extraterrestre qui sommeillait et c'est alors que va débuter un jeu du chat et de la souris.

The thing version 2011 serait plutôt un bon film si le long métrage de Carpenter n'existait pas. Oui mais voilà cela n'est pas le cas. Du coup, on est forcé de comparer les films. Et à ce petit jeu le film de 2011 ne tient pas la comparaison.

Car passé une scène introductive intéressante, le réalisateur ne s'embête pas la vie et se borne à utiliser dans ses grandes longueurs les idées du film de Carpenter. Ainsi, le monstre que combattent les scientifiques est capable de muter et surtout de dupliquer la personne qu'il a tué. Les scènes où l'on assiste aux transformations des êtres humains qui contiennent en fait le monstre sont plus que probantes. Les effets spéciaux du film sont même clairement la grande qualité de celui-ci. Mais cela n'est pas suffisant pour faire un bon film. D'autant que, comme dit précédemment, The thing version 2011 pompe allégrement sur la version de 1982.C'est ainsi que le test du sang est repris et donne lieu à une scène quasi identique à l’original, même s’il y a une petite variante avec un test des dents.

thething3The thing 2011 n'est pas un mauvais film, loin s'en faut. Mais c'est une version quasi édulcorée du film de Carpenter. Ici, les effets spéciaux sont bien faits mais ils ne sont pas au service de scènes gore. On ne voit quasiment rien à l'écran sur ce point. Ce qui est dommage car le film de Carpenter comprenait quelques séquences-chocs qui laissaient le spectateur dans un état de tension permanente. De même, alors que le film de Carpenter peut se targuer d'une bande son d'Ennio Morricone bien prenante, la bande son n’a ici rien de remarquable. D'ailleurs, si ce film de 2011 est plutôt bien emballé et bénéficie d'un rythme alerte, il faut reconnaître que l'on est jamais vraiment marqué par ce qui se passe. C'est dommage.

Côté acteurs, on a personne de spécialement connu, si ce n’est Joel Edgerton. Cela n'empêche pas d'avoir une distribution qui tient la route. Mais encore une fois entre les acteurs de ce long métrage et Kurt Russel ô combien charismatique dans le film de 1982, il n'y a pas photo.

Finalement, ce The thing version 2011 a comme grand défaut de se limiter à effectuer une préquelle du film de 1982 sans jamais prendre de risques (la fin du film, qui est correctement emballée, fait d’ailleurs le lien entre les deux films). Ce film pompe trop l'original, avec une absence d'âme et un côté consensuel agaçant. En revanche, pour ceux qui ne connaissent pas le film de Carpenter, cette œuvre pourrait paraître satisfaisante. Voilà en somme un long métrage largement regardable mais sans réel intérêt.

05 novembre 2022

La peau sur les os de Tom Holland (critique film + blu ray)

lapeausurlesos2Titre du film : La peau sur les os

Réalisateur : Tom Holland

Année : 1996

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h33

Avec : Robert John Burke, Lucinda Jenney, Bethany Joy Lenz, Time Winters, Howard Erskine

Editeur : Rimini Editions

En édition collector blu ray + DVD + livret le 17 novembre 2022

Synopsis : L’avocat Billy Halleck célèbre l’acquittement d’un de ses clients, le mafieux Richie Ginelli. Sur la route du retour, Billy renverse une gitane, la tuant sur le coup. Ami avec le juge et le shérif, l’affaire est vite étouffée. Mais le père de la victime lui jette un sort


Tom Holland
est un cinéaste bien connu des amateurs de films d’horreur. On lui doit notamment deux films marquants : Vampire, vous avez dit Vampire ? (1985) et Jeu d’enfant (1988) avec la célèbre poupée tueuse Chucky.

Avec La peau sur les os (1996), il adapte un roman de Stephen King, qui n’est pas l’un de ses plus populaires, mais non dénué toutefois d’intérêt. Le réalisateur américain respecte dans ses grandes lignes les principaux événements du roman avec cet avocat, victime d’une malédiction lui faisant perdre du poids de jour en jour jusqu’à n’avoir plus que la peau sur les os. Il y a d’ailleurs dans ce long métrage un vrai suspense puisque l’on se demande si cet amaigrissement va s’arrêter et en corollaire si le principal protagoniste, Bill Halleck, peut s’en sortir.

lapeausurlesos1De façon plutôt routinière, Tom Holland met en scène son film sans véritable éclat. On a par moments plus l’impression d’avoir affaire à un épisode version longue des Contes de la crypte (série horrifique culte ayant œuvré de 1989 à 1996) qu’à un long métrage de cinéma.

Fort heureusement, La peau sur les os tire son épingle du jeu par le ton adopté dans ce film. Comme on a déjà pu le constater avec Vampire, vous avez dit Vampire ? et Jeu d’enfant, Tom Holland fait preuve d’un cynisme plutôt bienvenu, même s’il peut décontenancer de prime abord. A l’instar du réalisateur Brian Yuzna dans Society (1989) et Le dentiste (1996), Tom Holland se moque ouvertement de la bourgeoisie américaine et plus largement de l’american way of life.

Il faut dire que les personnages du film n’ont rien de sympathique. A commencer par Bill Halleck, lequel n’hésite pas à user de son pouvoir et de ses relations pour se tirer de ce mauvais pas. Tous les autres personnages gravitant autour de lui sont du même acabit avec ces notables américains hypocrites et égocentriques. La justice est d’ailleurs mise à l’index dans le film puisque l’on constate qu’elle est à géométrie variable, selon que l’on soit riche et influent ou pauvre et insignifiant.

De façon évidente par rapport à son développement, La peau sur les os est tout bonnement un film s’attaquant à cette Amérique de la malbouffe (et ça n’a pas changé depuis…) et de la sur-consommation. Dans son roman, Stephen King s’était visiblement bien amusé à brocarder ses compatriotes et leur hygiène alimentaire parfois douteuse. Bill Halleck, le personnage principal, est tout de même au début du film un homme obèse, ravi de perdre des kilos avant de s’inquiéter de son étonnante évolution physique. Et si tout cela était psychosomatique, révélateur d’une société plus mal en point qu’il n’y paraît… Car au fur et à mesure que l’action avance, il y a une corrélation évidente entre le changement physique et le psychisme de Bill Halleck.

Comme dans ses précédents films, Tom Holland peut compter sur de solides effets spéciaux, les maquillages étant tout à fait probants.

Si La peau sur les os retranscrit bien l’œuvre de King, on regrettera l’enchaînement rapide des scènes et une fin différente du roman, celle du romancier étant bien plus sombre.

Cette réserve mise à part, ce long métrage demeure une fidèle adaptation de Stephen King dotée du charme de ces productions des années 90.

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Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions
 :

L’image : une copie impeccable qui conserve bien la texture d’origine. Du coup, on a droit à un lifting de l’image, tout en conservant le charmé suranné de ce film daté des années 90.

Le son : le film est à l’honneur au niveau du son avec un excellent DTS-HD 5.1 tant en anglais (avec sous-titres français) qu’en français. Le doublage français d’époque est tout à fait correct, notamment pour ceux qui n’aiment pas regarder un film en version originale.

Les suppléments : aucun bonus.

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26 octobre 2022

Puncture de Adam et Mark Kassen

puncture1Titre du film : Puncture

Réalisateurs : Adam et Mark Kassen

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h40

Avec : Chris Evans (Mike Weiss), Mark Kassen (Paul Danziger), Michael Biehn (Red), Vinessa Shaw (Vicky), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le combat d'un junkie contre ses propres démons et l'industrie pharmaceutique.

Réalisé par Adam et Mark Kassen, Puncture se rapproche d’un biopic voire d'un documentaire. En effet, ce film est issu d'une histoire vraie avec deux hommes, Mike Weiss (Chris Evans) et Paul Danziger (Mark Kassen, qui est donc acteur et réalisateur) qui décident de s'attaquer à l'industrie pharmaceutique.
Quel est leur combat précisément ? Au début du film, on voit une infirmière ayant un accident avec une seringue. Plusieurs années plus tard, elle décédera, ayant été contaminée. Nos deux avocats ont comme client un homme qui a mis au point un procédé révolutionnaire qui permet d'obtenir une seringue sans danger et qui ne s'utilise qu'une fois. Le problème est que ces avocats doivent faire face à de puissants lobbys qui fournissent des seringues dans tous les hôpitaux des Etats-Unis à coup de pots de vin (le revirement du point de vue d'un sénateur est à cet égard particulièrement caractéristique).

puncture2Le film est intéressant par son engagement politique car on voit bien que ces avocats vont devoir déplacer des montagnes pour faire valoir ce qu'ils estiment être une « guerre » juste. Car les seringues actuelles, en plastique, causent de nombreux morts, tant aux Etats-Unis qu'en Afrique où elles conduisent à l'augmentation exponentielle du sida.
On appréciera également dans ce film son côté thriller car les rebondissements du film sont divers et nombreux. Il est d'ailleurs appréciable de voir toutes les ramifications de ce marché spécifique des seringues.

Et puis si Puncture est un film qui se remarque, c'est aussi et surtout par la personnalité très particulière de son principal personnage. Mike Weiss, l'un des deux avocats, est un homme qui a une vie pour le moins dissolue. Fréquentant diverses femmes, il est surtout accro à la drogue. Malgré tout son talent d'avocat, c'est un homme qui se détruit progressivement. Son attitude aboutit tantôt à des scènes comiques (une des premières scènes du film où on le voit faire une fête géante avec plein de monde fait penser aux excès des années 70 ; il y a aussi cette scène où il se shoote, s'endort et rate un rendez-vous important) tantôt beaucoup plus dramatiques (sa tentative de se désintoxiquer). Chris Evans, connu à cette époque pour son rôle dans Captain America, est méconnaissable en tant que Mike Weiss. L'acteur est franchement crédible en incarnant cet homme qui est tout à la fois un camé et un avocat de talent.

puncture3Le personnage de Mike Weiss est sans conteste un véritable plus dans ce film. Le caractère déterminé du personnage fait que l'on s'intéresse au plus haut point à cette histoire.
Puncture n'est malgré tout pas exempt de reproches. Et principalement au niveau de sa mise en scène. Celle-ci est avant tout fonctionnelle. Les deux réalisateurs Adam et Mark Kassen font un film sans véritable identité, qui pourrait être mis en scène par n'importe qui. Les quelques originalités sur le plan de la mise en scène (floutage notamment) donnent plus l'impression d'une certaine facilité dans les raccords du film que d'une véritable recherche sur le plan de la réalisation.
Cela étant dit, Puncture demeure dans l'ensemble un film à conseiller. L'histoire est prenante de bout en bout et tous les acteurs – en premier lieu Chris Evans – sont bons dans leurs rôles respectifs. A voir !

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15 octobre 2022

Cérémonie mortelle de Howard Avedis (critique film + blu ray)

cérémoniem2Titre du film : Cérémonie mortelle

Réalisateur : Howard Avedis

Année : 1983

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h32

Avec : Mary Beth McDonough, David Wallace, Bill Paxton, Christopher George, Lynda Day George, etc.

Editeur : Rimini Editions

En édition collector blu ray + DVD + livret le 21 octobre 2022

Synopsis : Christie Parson est hantée par la mort de son père, noyé dans une piscine. Elle est certaine qu'il s'agissait d'un meurtre, contrairement à sa mère, qui croit à un simple accident. Bientôt, elle se rend compte que quelqu'un la surveille nuit et jour, un inquiétant rôdeur vêtu de noir, qui semble lié à la morgue locale, théâtre d'étranges cérémonies...

Mortuary, titre original de Cérémonie mortelle, n’a rien à voir avec le film du même nom réalisé par Tobe Hooper en 2005. Il s’agit ici d’un slasher de 1983, genre très en vogue à l’époque, surfant sur le succès des Halloween (1978), Vendredi 13 (1980) et consorts.

Cérémonie mortelle constitue le premier film d’horreur de Howard Avedis, cinéaste peu connu en France, ayant pourtant plusieurs films à son actif. Sans doute conscient que le slasher est alors un sous-genre archétypal et totalement attendu, Howard Avedis fait le choix de jouer sur plusieurs tableaux. On assiste ainsi à une œuvre protéiforme mélangeant spiritisme, slasher et scènes humoristiques de haute voltige. Voilà qui permet d’éviter le copier-coller du slasher de base.

cérémoniem3Ce long métrage est plutôt bien rythmé et se découvre avec un certain plaisir. Il démarre d’ailleurs tambour battant avec un premier meurtre au bout de seulement une minute ! Afin d’apporter un peu d’originalité dans son slasher, Howard Avedis l’agrémente de séances de spiritisme (satanisme?) pour le moins étonnantes. Le tueur fait-il partie de cette bande d’illuminés ? Après tout, pendant une bonne partie du film, on est à la recherche de l’identité du tueur. Bien avant Scream, ce dernier porte un masque étrange et une cape noire ce qui lui donne un look particulier. Et puis on apprécie également la caméra en vue subjective lorsque le tueur rôde, même si ce procédé avait été utilisé initialement dans le Halloween de Carpenter.

Howard Avedis sait évidemment que Cérémonie mortelle est destiné avant tout aux adolescents. Il remplit ainsi son cahier des charges avec un zeste d’érotisme. On ne restera pas de marbre devant les actrices que l’on voit à plusieurs reprises en nuisette. Et puis quelques scènes de nudité ne sont pas désagréables à regarder.

Avec le recul aujourd'hui, les nostalgiques apprécieront que le film soit foncièrement ancré dans les années 80. Tout rappelle cette époque, les patinoires, les voitures, ou encore les coiffures des protagonistes nous feraient oublier qu’il y a eu un avant covid où l’on pouvait s’amuser librement!

Dans son registre, Cérémonie mortelle reste malgré tout assez sage, avec un nombre de meurtres limité. Même s’il n’est pas toujours captivant, ce film parvient à instiller par moments une véritable ambiance, qu’il s’agisse dans la maison de l’héroïne (notamment les abords de la piscine lorsque celle-ci déambule la nuit) ou dans l’entreprise de pompes funèbres, où il se passe visiblement des choses peu recommandables...

Dans ce slasher divertissant, le meilleur est atteint lors de son final incroyable. Même s’il copie allègrement certaines idées d’un autre slasher, Happy birthday to me (1980), il n’empêche que l’on assiste à une séquence inoubliable, justifiant quasiment à elle seule de voir ce film.

Ah pas tout à fait, il y a aussi la présence d’un jeune Bill Paxton. Il a droit au rôle le plus déjanté. L’acteur en fait des tonnes mais cela donne finalement un certain cachet à ce long métrage. Certaines scènes sont rocambolesques et c’est tant mieux. Au moins on n’a pas le temps de s’ennuyer !

En synthèse, Cérémonie mortelle est à prendre pour ce qu’il est : un petit slasher sympathique qui ose se démarquer du tout-venant en faisant preuve d'un peu plus d'imagination.

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Caractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

L’image : une copie très belle et propre. On découvre ce slasher, jamais édité en France, dans de bien belles conditions.

Le son : un DTS-HD 2.0 de très bonne facture tant en anglais (avec sous-titres français) qu’en français. Le doublage français d’époque est fort sympathique par son côté « old school », renforçant l’aspect nostalgique de l’ensemble.

Les suppléments : Un seul bonus (hormis le film-annonce) mais de grande qualité. Il s’agit d’un entretien avec Gilles Penso intitulé « Secrets d’embaumement » (21mn54). Dans cette interview récente, enregistrée le 20 juillet 2022, le critique et cinéaste revient longuement sur le film et ses à-côtés. Voilà un complément idéal au film puisque l’on apprend de nombreux détails relatifs au réalisateur, aux acteurs, à la musique du film et évidemment à tout ce qui fait l’intérêt de Cérémonie mortelle.

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01 octobre 2022

Mais comment font les femmes ? de Douglas McGrath

maiscommentfont1Titre du film : Mais comment font les femmes ?

Réalisateur : Douglas McGrath

Année: 2011

Durée du film : 1h30

Avec : Sarah Jessica Parker (Kate Reddy), Pierce Brosnan (Jake Abelhammer), Greg Kinnear (Richard Reddy), Christina Hendricks (Allison), Olivia Munn (Momo), Seth Meyers (Chris Bunce), Kelsey Grammer (Clark Cooper), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Kate est mariée, a deux enfants et un job épuisant. Professionnelle jusqu’au bout des ongles, elle jongle avec un emploi du temps de ministre pour concilier son travail, l’éducation de ses enfants et sa vie de couple.

Après avoir joué dans la série Sex and the city et dans ses adaptations cinéma (Sex and the city 2 est sorti au cinéma en 2010), Sarah Jessica Parker se retrouve dans un rôle qui lui va à ravir, à savoir celui d'une femme très occupée, qui doit concilier une vie professionnelle chargée avec sa vie personnelle.

Dans ce film signé Douglas Mc Grath qui fait oeuvre pour l'occasion de yes man de service tant sa mise en scène est impersonnelle, on est souvent proche de la grosse caricature. Pour autant, malgré cette réserve initiale, ce long métrage est très agréable à regarder.

maiscommentfont2Il y a d'abord les thématiques du film qui sont plaisantes. Certes, tout cela n'est pas d'une grande finesse mais on rigole franchement bien à regarder cette femme d'affaires, Kate Reddy (Sarah Jessica Parker) qui court souvent, trouve des excuses pour le moins incongrues à son patron (« je suis en retard à cause d'une mammographie ») ou se retrouve dans des situations spéciales lors d'un entretien d'embauche (des poux font qu'elle est obligée de se gratter la tête). L'humour est omniprésent et même si le trait est parfois grossier avec par exemple les collaborateurs de Kate qui sont assoiffés de succès, on rit de bon cœur. D'autant que le propos du film n'est pas inintéressant, en montrant que les femmes ont largement les capacités à rivaliser avec les hommes et que leur œil est parfois bien plus acéré.

Même s'il n'y a pas forcément grand chose de neuf sous le soleil, l'idée de montrer à l'écran qu'il n'est pas évident de concilier vie privée et vie professionnelle est bonne. Surtout que le film propose une solution des plus logiques : il faut que chacun fasse des efforts, car après tout la réussite de la vie de couple tient aux compromis faits par tout un chacun.

Mais comment font les femmes ? est aussi un film agréable à regarder parce quele cinéaste Douglas McGrath effectue une bonne symbiose entre humour et émotion. Car derrière tout l'attirail de rigolade que comporte ce long métrage, il y a de belles séquences d'émotion entre Kate Reddy et son époux ou encore entre Kate Reddy et le beau Jake Abelhammer qui lui fait une belle déclaration. Ce film rejoint bien la classe des « feel good movie » par sa capacité à délivrer des messages tendres, simples et sincères. C'est un film où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Il n'y a de séquences dramatiques, juste un bon état d'esprit qui souffle de manière continue sur le film.

maiscommentfont3Si Mais comment font les femmes ? se suit bien et demeure globalement de qualité en parvenant à dépasser son côté (quelque peu) caricatural, c'est bien en raison de son casting qui a été judicieusement choisi. Outre une Sarah Jessica Parker omniprésente qui n'hésite pas à jouer l'auto-dérision, on prendra plaisir à retrouver Monsieur James Bond, à savoir le beau Pierce Brosnan qui a très bien vieilli et a toujours l’air aussi classe. Dans le rôle du mari de Sarah Jessica Parker, on revoit également avec plaisir Greg Kinnear, vu dans l'excellent Little miss sunshine. Les autres seconds rôles sont également notables, à l'instar des actrices jouant le rôle de Momo (Olivia Munn), la collègue de Kate Reddy ou encore celle jouant le rôle d'Alisson, la meilleure amie de Kate (la belle Christina Hendricks).

Muni d'un excellent casting, d'une belle histoire et de thématiques qui sont loin d'être insignifiantes (le fait pour une femme de vouloir réussir sa carrière et d'avoir une vie de famille est un sujet de société),
Mais comment font les femmes ? est un donc un film qui se regarde largement et arrive en partie à faire oublier une mise en scène impersonnelle et un côté quelque peu caricatural au niveau de ses personnages. Une œuvre pré « me too » intéressante.

17 septembre 2022

Alice sweet Alice d'Alfred Sole (critique film + blu ray)

alicesweet00Titre du film : Alice sweet Alice

Réalisateur : Alfred Sole

Année : 1976

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h38

Avec : Linda Miller, Mildred Clinton, Paula E. Sheppard, Brooke Shields, etc.

Editeur : Rimini Editions

En édition collector blu ray + DVD + livret le 23 septembre 2022

Synopsis : Alice Spages, 12 ans, vit avec sa mère et sa soeur Karen, à laquelle elle adore faire peur. Karen s'apprête à fêter sa première communion lorsque son corps est retrouvé atrocement mutilé dans l'église. Certains pensent qu'Alice pourrait être à l'origine du meurtre, mais comment une enfant si jeune pourrait-elle commettre une telle abomination ? Pourtant, les meurtres se poursuivent dans l'entourage d'Alice.

Réalisé en 1976, Alice sweet Alice est un film qui s’inscrit dans la longue tradition des enfants démoniaques dont on peut citer Les enfants de Jack Clayton (1961), L’autre de Robert Mulligan (1972) ou encore Les révoltés de l’an 2000 (1976). A la différence près que Alice sweet Alice prend un malin plaisir à brouiller les pistes et peut être considéré aussi bien comme un proto-slasher, qu’un drame familial ou même une œuvre nimbée de fantastique. C’est immanquablement ce qui fait la force de ce film singulier.

alicesweet000Alice sweet Alice commence donc très fort avec le meurtre d’une enfant de 12 ans, jouée par une jeune Brooke Shields, le jour de sa Communion (c’est le titre original du film) dans l’enceinte de l’église. Voilà qui pose déjà une ambiance ! Et la suite ne se démentit pas avec un suspense constant. Et une question que l’on se pose constamment : qui peut bien être à l’origine de ces meurtres sauvages ? La petite Alice, une jeune fille espiègle et que l’on sent tourmentée ou une autre personne ? Les soupçons se portent notamment sur Alice avec le prêtre signalant pour sa part que « Alice a le génie de transformer une mauvaise action en accident ».

L’accoutrement du meurtrier est simple mais très efficace. Dans Halloween (1978), Michael Myers est affublé d’un mythique masque et on ne verra jamais son identité. Dans Alice sweet Alice le tueur est habillé d’un ciré jaune et également affublé d’un masque. Ces deux films ont d’ailleurs un autre point commun évident : ils jouent avant tout sur une atmosphère particulière.

S’il n’est pas John Carpenter, le réalisateur Alfred Sole a effectué un travail solide au niveau de la mise en scène : on constate un gros travail sur la profondeur de champ, sur le découpage des plans, rendant le film encore plus mystérieux et angoissant. Et que dire de la musique inquiétante, entêtante, dans un style rappelant les meilleures œuvres de Bernard Herrmann (le compositeur attitré d’Alfred Hitchcok). Autant d’éléments participant à l’ambiance particulière de ce film, marqué par des crimes réalistes et sanglants.

alicesweet0000Notons que Alice sweet Alice se démarque largement du tout-venant par sa grande richesse thématique. Le film n’y va pas par quatre chemins et critique sans vergogne l’église, et notamment le fanatisme religieux. L’omniprésence du prêtre, des croix et des personnes sous influence sont autant d’éléments à charge contre une religion catholique envahissante.

A cent lieux des codes établis, le film fait complètement exploser le mythe de la famille avec une mère divorcée dépressive, une enfant perturbée à la personnalité complexe (ah le dernier plan du film!) et une sœur également envahissante.

Le seul petit reproche que l’on peut faire à Alice sweet Alice est la découverte de l’identité du tueur alors qu’il reste encore près d’une demi-heure de film. Si la tension redescend d’un cran, le réalisateur compense en partie ce choix scénaristique avec une horreur psychologique accrue.

Du côté des acteurs, ils sont tous crédibles, faisant preuve d’un naturel confondant. Mention spéciale à la jeune Paula Sheppard dans le rôle de la troublante Alice. Elle participe évidemment à l’ambiance du film et à sa réussite.

Disparu des écrans radar depuis un petit moment, Alice sweet Alice est pourtant un film remarquable. On est même proche du chef-d’oeuvre avec cette œuvre angoissante dans la droite lignée d’Hitchcock et précurseur des slashers à venir. A voir et à revoir de toute urgence !

AlicesweetjaquetteCaractéristiques du blu ray édité par Rimini Editions :

L’image : une copie très belle et propre qui surpasse de toutes parts le DVD paru en 2009 chez Bach films. On redécouvre le film.

Le son : un DTS-HD 2.0 de très bonne facture tant en anglais (avec sous-titres français) qu’en français. La version originale est à privilégier, mais le doublage français est tout à fait probant.

Les suppléments : Un seul bonus mais de grande qualité. Gilles Gressard, écrivain et historien du cinéma, effectue une présentation du film pendant près de 24 minutes. L’érudition de cette personne fait plaisir à voir. On obtient moults informations, qu’il s’agisse du tournage du film, de sa typologie dans l’histoire du cinéma (l’enfant-monstre), les thématiques d’Alice sweet Alice et les acteurs. Pour une œuvre méconnue du grand public, on a droit à un bonus très complet qui constitue un complément idéal.

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08 septembre 2022

Very bad trip 2 de Tod Phillips

verybad21Titre du film : Very bad trip 2

Réalisateur : Tod Phillips

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h42

Avec : Bradley Cooper (Phil), Ed Helms (Stu), Zach Galifianakis (Alan), Ken Jeong (Mr Chow), Justin Bartha (Doug), Mason Lee (Teddy), Mike Tyson (lui-même), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Phil, Stu, Alan et Doug s’offrent un voyage exotique en Thaïlande, à l’occasion du mariage de Stu. Après l’inoubliable soirée d’enterrement de sa vie de garçon à Las Vegas, Stu ne veut rien laisser au hasard et opte pour un brunch léger, sans risque, avant la cérémonie. Mais les choses ne se passent pas toujours comme prévu.

L'excellente comédie Very bad trip, ayant cartonné au box-office, c'est donc sans réel surprise que l'on voit émerger la suite de ce film. Aux manettes, on a une nouvelle fois le cinéaste Tod Phillips. L'action du film ne se déroule plus à Las Vegas mais à Bangkok.
Reste à savoir ce que nous réservait le scénario. Eh bien malheureusement c'est le gros point faible du film.
Very bad trip 2 constitue de manière éhontée un décalque de Very bad trip. Si le lieu de l'action du film est différent, tout le reste amène le spectateur en terrain connu.

verybad22Celui qui a donc déjà vu Very bad trip ne sera pas vraiment surpris, ce qui est dommage sur un film qui joue justement sur ses gags. Là, on a comme dans le premier film des amis qui se rendent dans un endroit inconnu (Bangkok à la place de Las Vegas) pour fêter le mariage d'un de leurs amis. Comme dans Very bad trip, l'enterrement de la vie de garçon se termine en fait pas un incroyable trou noir. On va progressivement comprendre ce qui s'est passé pendant la nuit où les compères ont complètement pété les plombs et mis le bazar dans la ville de Bangkok.

Du coup, même si les gags sont une nouvelle fois très drôles (ce qui sauve immanquablement le film du désastre), ils sont tout de même assez attendus. On notera que cette fois-ci ce n'est plus d'un bébé dont hérite Alan mais d'un petit singe. De plus, au lieu de ravir le tigre de Mike Tyson, les personnages principaux ont subtilisé un moine ! D'ailleurs, il y a un clin-d'oeil à Mike Tyson avec sa présence à la fin du film lorsqu'il se met à chanter pendant la fête du mariage. Et puis, comme pour Very bad trip, on assiste à la fin du film à un montage photos nous montrant tout ce qui s'est passé durant cette nuit qui a été manifestement incroyable.

Certains gags ou personnages sont tout de même bien hilarants : le petit singe, qui est tout mignon, se met à fumer ! Mieux, il sert d'intermédiaire aux vendeurs de drogue. Quant au personnage de Stu, il lui en arrive une bonne cette fois-ci. Ce n'est plus une prostituée qu'il a fréquentée durant la nuit... En fin de compte, on constate que c'est au moment où le réalisateur en fait des tonnes et n'hésite pas à aller dans le trash que le film devient remarquable.

verbad23Cela étant, ces scènes ne sont pas fréquentes et Very bad trip 2 se contente souvent d'un scénario bien huilé, même trop, puisqu'il ne transmet pas au spectateur la même hilarité que pour Very bad trip. On sent que le scénario a cherché à ressembler le plus possible au premier film. De plus, force est de constater que le côté anarchiste de Very bad trip, le côté revendicatif avec une critique de la société américaine, s'est complètement évaporé. Ce qui est dommage car cela donnait une vraie identité au film.

Quant aux acteurs, ils sont impliqués dans leur sujet mais on sent qu'ils s'amusent moins qu’auparavant.

Au final, Very bad trip 2 est certes une comédie plaisante à regarder mais c'est surtout un « copier-coller » du film original, avec un scénario en tous points identiques et des blagues moins percutantes. Ce long métrage est donc complètement dispensable. Cela étant, le niveau du film est tout de même toujours plus élevé que la plupart des comédies sortant chaque semaine sur les écrans de cinéma.

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23 août 2022

Azuro de Matthieu Rozé (critique film + DVD)

azuro4Titre du film : Azuro

Réalisateur : Matthieu Rozé

Année : 2022

Origine : France

Durée : 1h41

Avec : Valérie Donzelli (Sara), Florence Loiret-Caille (Margaux), Maya Sansa (Gina), Thomas Scimeca (Vadim), Yannick Choirat (Pierre), Nuno Lopes (L’homme), etc.

Editeur : Blaq Out

En DVD le 23 août 2022

FICHE IMDB

Synopsis : Un été. La torpeur. Une chaleur écrasante. Un climat déréglé. Un village coincé entre la mer et la montagne. Pas de réseau. Pas de portable. Des amis qui se connaissent trop bien. Rien à faire. Ou si peu. Les vacances. Et puis arrive un bateau. Et de ce bateau, descend un homme. Un homme mystérieux…


La romancière Marguerite Duras (1914-1996) est décidément très en vogue ces derniers temps. Le 5 juillet dernier est sorti le DVD de
Vous ne désirez que moi, excellent film de Claire Simon qui évoque la relation entretenue entre Duras avec Yann Andréa, bisexuel et de 38 ans son cadet.

Avec Azuro, Matthieu Rozé réalise son premier long métrage et adapte à cette occasion l’ouvrage de Duras Les petits chevaux de Tarquinia paru chez Gallimard en 1953. Le film reprend très bien la trame du roman avec ces deux couples d’amis venus passer leurs vacances en Italie entre la plage et les montagnes. Les noms de certains personnages ont été modifiés, tout comme certains événements mais globalement le film est fidèle à ce roman peu connu de Marguerite Duras.

azuro2Il faut dire que Les petits chevaux de Tarquinia n’est pas fondamentalement un roman aimable. Sous un soleil de plomb, les personnages principaux passent leur temps à aller à la plage, se baigner, jouer aux boules et boire une spécialité du coin, des bitter campari (boisson alcoolisée italienne, quelque peu amer en goût), activités qu’ils reproduisent tous les jours. Ils ont parfaitement mis à exécution la notion de vacances, qui vient du latin vacans, participe passé du verbe vacare signifiant être inoccupé, en manque de quelque chose, vide. Les personnages de Duras comme ceux du film bavardent de tout et de rien, boivent, s’écoutent parler, et ne cessent de se plaindre de la chaleur étouffante.

Évidemment, dit comme cela, nos protagonistes n’ont rien d’intéressant en soi. Que nenni. Le cinéaste Matthieu Rozé a très bien compris tout ce qui fait la force du roman de Duras : c’est dans les non-dits que se joue l’intrigue. Le film a la bonne idée de faire à plusieurs reprises des gros plans sur les visages des protagonistes. Les personnages, de prime abord futiles, traînent en fait avec eux une certaine mélancolie.

Azuro est de manière évidente une œuvre féministe. Les personnages féminins sont clairement les plus intéressants, au premier rang desquels on trouve une excellente Valérie Donzelli qui interprète avec subtilité le personnage de Sara. On sent chez cette femme beaucoup de tristesse, due sans doute à la difficulté de vieillir ou encore à l’érosion de son couple. Ces femmes d’âge mûr éludent leurs problèmes en fumant, en buvant, en bronzant alors qu’elles ne sont clairement pas satisfaites de leur vie. Matthieu Rozé filme donc avec beaucoup d’acuité l’ennui, thème central du film : l’ennui dans le couple, dans la vie, que l’on retrouve au gré de tensions plus ou moins importantes. Il en ressort un sentiment d’amertume, ce qui est d’autant plus étonnant pour un film solaire, filmé sous une fournaise estivale.

azuro3L’environnement n’est d’ailleurs pas étranger aux réactions des personnages. Les orages annoncent les tensions à venir ou réciproquement.

Azuro est donc loin d’être aussi futile qu’il le semble. On rit parfois mais cela n’est qu’une impression. C’est la surface. Il faut gratter le vernis.

Par ailleurs, on appréciera le superbe travail autour de la photographie du film avec notamment l’utilisation de filtres de couleur. Le soleil rouge le soir ou d’autres séquences placent Azuro à la lisière du fantastique. Peut-être est-ce une volonté de créer un certain flou entre le domaine du fantasme et de la réalité. Après tout, qu’est-ce que Sara a vraiment vécu avec cet homme, propriétaire d’un bateau ? La musique participe également à l’ambiance étrange avec des notes de synthétiseur semblant nous ramener dans les années 80.

Doté d’une solide distribution où l’on retrouve en particulier des actrices du cinéma d’auteur, comme Florence Loiret-Caille ou Maya Sansa, Azuro est une belle réussite, dès lors que l’on accepte son rythme particulier.

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Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out:

L’image : Elle est magnifique, notamment durant les nombreuses séquences diurnes ou les images dotées de filtres de couleurs.

Le son : Un son en dolby digital 5.1 et en 2.0. bien dynamique. On appréciera une nouvelle fois que cet éditeur le fait que le film soit disponible en audio-description et qu’il y ait la possibilité de le visionner avec des sous-titres pour sourds et malentendants.

Les suppléments : pas grand-chose à se mettre sous la dent. On a un court making-of (6mn47) où les acteurs principaux expliquent l’histoire et font preuve d’humour. Ce making-of donne l’occasion de voir les lieux du tournage.

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12 août 2022

Le dernier piano de Jimmy Keyrouz (critique film + DVD)

ledernierpiano2Titre du film : Le dernier piano

Réalisateur : Jimmy Keyrouz

Année : 2022

Origine : Liban

Durée : 1h46

Avec : Tarek Yaacoub, Rola Baksmati, Mounir Maasri, Ibrahim El Kurdi, Julien Farhat

Editeur : Blaq Out

En DVD le 23 août 2022

FICHE IMDB

Synopsis : Karim, un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre en Syrie et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

 

« En 2014, un groupe extrémiste prend le contrôle de l’Iraq et de la Syrie, et dicte une interprétation stricte de la charia islamique ». Voilà comment débute Le dernier piano de Jimmy Keyrouz, histoire de bien mettre le spectateur dans l’ambiance.

L’action se déroule dans une ville (fictive) de Syrie, aux mains des Islamistes. Le territoire est complètement désolé avec des bâtiments détruits de toutes parts. Un environnement digne de Allemagne année zéro de Rossellini. Sauf que pour des raisons évidentes de sécurité et à cause du contexte géopolitique, Le dernier piano n’a pas été tourné en Syrie mais dans un Liban en ruines, la contrée d’origine du cinéaste Jimmy Keyrouz.

ledernierpiano4Dans ce paysage inhospitalier, le film a le mérite de montrer le régime de terreur instauré par les Islamistes. Ces derniers sont omniprésents et particulièrement craints par la population, des contrôles sont effectués lors des check points pour les fuyards ainsi que des descentes inopinées afin de capturer les rebelles. Et puis il y a le quotidien avec des humiliations ou exécutions sommaires en public. Ces personnes sans foi ni loi adaptent à leur façon la charia islamique (« la voie », concrètement la loi islamique codifiant les droits et devoirs des musulmans). La musique est ainsi interdite par l’État islamique.

Ce qui nous amène à l’une des autres grandes thématiques du film : l’art comme lutte contre l’obscurantisme. Dans cet univers de poussière et de mort où l’on risque à chaque rue une mauvaise rencontre ou une dénonciation, la musique devient un refuge contre l’ennemi et les valeurs qu’il symbolise. C’est pour cette raison que le principal personnage du film, Karim, met tout en œuvre pour réparer son piano. Ce dernier devient d’une certaine façon un acte de résistance contre le régime en place. L’art permet – provisoirement – de s’échapper d’un quotidien morne et dramatique, et une façon de proclamer la paix face aux exactions de l’occupant. Le questionnement autour de l’art est un moyen original d’aborder un des conflits en Moyen-Orient, et pas seulement. Ce film fait évidemment écho à la guerre en Ukraine et toutes ces guerres impliquant des civils désemparés.

ledernierpiano3Ce long métrage ne serait pas réussi sans la qualité de sa distribution. L’acteur Tarek Yaacoub est épatant de naturel et synthétise parfaitement l’ambivalence du personnage de Karim : il campe tout à la fois un homme craintif face aux Islamistes mais également une personne déterminée à s’en sortir. Tarek Yaacoub est toujours dans le bon ton, ce qui est fondamental puisque l’on suit ses pérégrinations au gré de ses rencontres. A cet égard, les autres acteurs sont tout à fait crédibles dans leurs rôles respectifs. Aucune fausse note à ce niveau.

Au demeurant, Le dernier piano bénéficie d’une bande son de qualité que l’on doit à un autre libanais de renom : le compositeur Gabriel Yared, César de la meilleure musique de film pour L’amant (1993) et Oscar du meilleur film pour Le patient anglais (1997). Sa musique classique accroît la charge émotionnelle du film.

Toutefois, Le dernier piano n’est pas exempt de quelques anicroches : l’histoire, « inspirée de faits réels » est très romancée. Le cinéaste veut parfois trop en faire au risque d’instaurer un pathos malvenu. Par ailleurs, le scénario est parfois tiré par les cheveux : Karim se sort parfois miraculeusement de situations bien compliquées.

Fort heureusement, les qualités du film évoquées précédemment prennent le dessus sur ces réserves. Le dernier piano constitue une œuvre ayant le mérite d’exister, et de mettre en lumière une situation terrible par le prisme de l’art. Un art comme moyen de résistance. Rien que pour cette raison, ce long métrage mérite d’être vu.

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Caractéristiques du DVD édité par Blaq Out :

L’image : une image d’excellente facture, exempte de défauts. Elle permet d’apprécier l’énorme travail effectué par le chef-opérateur.

Le son : un son bien prenant et parfaitement réparti dans l’espace en dolby digital 5.1 (ou en 2.0 pour les personnes non équipées). Dommage qu’il n’existe pas de doublage français. Mais bon force est de constater qu’un tel film est avant tout destiné à un public cinéphile ayant l’habitude de regarder une œuvre étrangère en VOSTF.

Les suppléments : c’est assez maigre à ce niveau-là. L’interview du réalisateur Jimmy Keyrouz (12 mn31) permet de connaître la genèse du film ou encore les intentions de l’auteur. L’autre module consistant en une interview croisée entre Gabriel Yared et Jimmy Keyrouz est totalement anecdotique, tant sa durée est faible (2 mn04).

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