Déjantés du ciné

12 septembre 2018

Mademoiselle de Joncquières d'Emmanuel Mouret

mademoiselledejon1Titre du film : Mademoiselle de Joncquières

Réalisateur : Emmanuel Mouret

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h49

Avec : Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...

 

C'est toujours avec un plaisir non feint que l'on part à la découverte du nouveau film d'Emmanuel Mouret. Car ce cinéaste français est passé maître dans les comédies amoureuses au charme délicieusement désuet.

On avait été séduit en 2015 par son précédent long métrage, Caprice, une comédie très drôle avec Emmanuel Mouret tiraillé par son amour pour deux femmes jouées par une formidable Anaïs Demoustier et par Virginie Efira.

mademoiselledejon2En 2018, Emmanuel Mouret ne change pas une équipe qui gagne. Il reste sur le marivaudage amoureux. Toutefois, il y a bien un grand changement puisqu'il s'essaie au film en costumes. Avec Mademoiselle de Joncquières, Emmanuel Mouret adapte librement une nouvelle de Denis Diderot et situe son action dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle.

Ce réalisateur néo-rohmerien (la petite graine de folie en plus) met en scène une comédie aigre-douce savoureuse. Il est évident que le film a été extrêmement écrit dans ses moindres détails, comme le prouve la prédominance des dialogues. Cela n'est absolument pas un défaut. Bien au contraire. Il n'y a qu'à entendre les bons mots que s'échangent les principaux protagonistes. La belle Cécile de France y incarne Madame de La Pommeraye, une riche veuve, qui finit par céder aux avances du Don Juan, le marquis des Arcis, joué par un Edouard Baer très à l'aise dans son rôle. Madame de La Pommeraye comprend rapidement que le marquis s'est joué d'elle, comme d'autres femmes auparavant. C'est alors qu'elle fomente un plan machiavélique pour se venger du marquis.

Les dialogues du film font souvent mouche et on s'étonne d'apprécier autant ces phrases au charme désuet. Peut-être que ce sentiment est sublimé par le fait que notre société est entré dans une génération smartphone totalement exaspérante. Toujours est-il que l'on prend beaucoup de plaisir dans cet affrontement verbal entre une femme blessé dans son orgueil qui va aller très loin pour se venger d'un homme coupable de multiplier les conquêtes sans se soucier de leurs sentiments.

A sa façon, Emmanuel Mouret réalise un film que l'on pourrait aisément qualifier de féministe. Cécile de France y incarne une femme forte, prête à tout – quitte à manipuler son entourage – pour arriver à ses fins. C'est elle qui donne le la et le marquis suit, sans se douter un instant des desseins de son « amie ». La femme donne l'impression d'être déterminée et conquérante alors que l'homme n'agit que par passion, au gré de sentiments qu'il n'arrive pas à maîtriser. Dès lors, le sexe faible n'est pas franchement celui que l'on désigne généralement de manière péjorative.

Le charme de Mademoiselle de Joncquières ne se limite pas à ses deux acteurs principaux et à leurs joutes verbales. Le film a été très soigné dans sa mise en scène et dans le choix de ses décors naturels. On observe avec ravissement les belles demeures à la campagne qui sont la propriété de ces nobles oisifs. Madame de La Pommeraye et le marquis des Arcis passent ainsi le plus clair de leur temps à profiter d'immenses jardins pour flaner et évoquer ce qu'ils ont sur le cœur. Quand les choses se corsent, le réalisateur privilégie les jolis intérieurs d'un château, nous rappelant à cette occasion à quelle époque on se situe.

mademoiselledejon3Mais me direz-vous, et mademoiselle de Joncquières dans tout ça ? Ah, elle est incarnée par la jeune et mignonne Alice Isaaz. Avec son visage juvénile et ses sentiments intériorisés, elle semble à l'opposé de Madame de La Pommeraye. Jusqu'à la fin du film, on se sait que peu de choses d'elles et encore moins ce qu'elle pense de cette relation entre le marquis et madame de La Pommeraye. Dans tous les cas, elle complète avec ravissement un nouveau triangle amoureux créé par Emmanuel Mouret. Et puis elle est l'objet de toutes les attentions par le marquis, qui pense constamment à elle.

D'ailleurs, ce film a finalement beaucoup de points communs avec les œuvres précédentes d'Emmanuel Mouret : dialogues bien sentis, triangle amoureux, comédie (plus ou moins) légère, et donc la question de la passion amoureuse. Tous nos personnages agissent avec excès, et ce en raison de la flamme qui les anime. La vengeance de Madame de La Pommeraye n'a d'égal que la passion qu'elle a eu autrefois pour le marquis.

Evidemment, la réussite du film tient à la qualité du casting. Cécile de France et Edouard Baer forment un duo plein de charme et de malice. A leurs côtés, Alice Isaaz et Natalia Dontcheva (jouant le rôle de madame de Joncquières) sont bien plus que de simples faire-valoir.

Au final, voilà une belle comédie qui assoit une nouvelle fois la maîtrise d'Emmanuel Mouret. On attend avec envie son prochain film.


31 août 2018

Passengers de Morten Tyldum

passengers1Titre du film : Passengers

Réalisateur : Morten Tyldum

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h57

Avec : Chris Pratt, Jennifer Lawrence, Michael Sheen, Laurence Fishburne

FICHE IMDB

Synopsis : Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…

 

A première vue, Passengers s'apparente à un énième film de science-fiction où les membres d’une expédition spatiale doivent faire face à un dysfonctionnement majeur.

Dans les faits, ce long métrage a plusieurs cordes à son arc, tout en étant multi genres : on est à la fois dans le film de science-fiction, le drame, la comédie et surtout la romance.

Au début du film, on apprend qu’un vaisseau spatial, comprenant 5 000 passagers à son bord, a été placé en pilotage automatique le temps d’amener tout ce beau monde vers une planète lointaine, prête à être colonisée. Le temps du voyage étant estimé à 120 ans, il est donc fondamental de placer tout le monde en hibernation ! Évidemment, les choses ne se passent pas comme prévu (sinon, quel intérêt de faire un film!) et l’un des passagers, Jim Preston, est accidentellement réveillé.

passengers2De la même façon que Tom Hanks dans Seul au monde, Jim Preston, interprété par le séduisant Chris Pratt (Les gardiens de la galaxie), se retrouve tout seul dans ce vaisseau à qui il reste l’équivalent de 90 ans de voyage avant d’arriver à destination. Jim Preston comprend rapidement qu’il vit un cauchemar éveillé et qu’il ne peut faire grand-chose : il ne peut pas être replongé en sommeil artificiel, il ne dispose pas de l’accès aux commandes centrales du vaisseau, le temps pour communiquer avec la terre prend plusieurs années… Bref, les choses sont compliquées. A cet égard, le film s’apparente à ce moment à un drame car il montre bien à quel point la solitude est pesante. Certes, au début cela peut paraître sympathique de disposer pour soi d’un gigantesque vaisseau avec de multiples hobbies à disposition : jeux vidéo interactifs, piscine, salles de sport, etc. Y compris un robot humanoïde barman qui lui fait la discussion. Mais tout cela ne remplace pas l’être humain. La solitude devient de plus en plus dure à vivre et le désespoir finit par l’emporter.

Pour se sortir de cette spirale infernale, Jim Preston fait le choix difficile, et contestable sur le plan moral, de ramener plus tôt que prévu à la vie un autre être humain. Notre homme jette son dévolu sur une jeune femme, Aurora Lane, incarnée par l’actrice Jennifer Lawrence. La deuxième partie du film vise alors à nous montrer l’évolution de la relation entre ces deux naufragés de l’espace, avec la grande question que l’on a au bout des lèvres : Jim osera-t-il avouer son méfait alors qu’il est de plus en plus proche de cette femme ? On se doute bien qu’il y aura forcément à un moment donné un grain de sable, sinon l’histoire serait d’une banalité sans nom.

Dans le même temps, afin d’intéresser le spectateur à cette histoire ne comptant généralement que deux personnages, on constate que le vaisseau devient de plus en plus instable et qu’il sera nécessaire de prendre des risques pour éviter le pire.

Bien que cette œuvre dure près de deux heures et qu’elle se concentre donc sur deux personnages, on est finalement surpris de suivre avec un certain plaisir ces aventures spatiales peu communes pour nos deux Robinson Crusoé.

Passengers constitue sans doute l’un des rares films alliant romance et science-fiction avec réussite, avec comme fil directeur le poids de la solitude (finir sa vie dans un vaisseau spatial n’est pas franchement réjouissant). En plus, pour ne rien gâcher, ce long métrage conserve jusqu’au bout un certain suspense.

Passengers3Ce film n’est toutefois pas exempt de défauts. Loin s’en faut. Si les effets spéciaux sont franchement probants avec un vaisseau plus vrai que nature et un soin particulier apporté au background, il faut reconnaître que la mise en scène est impersonnelle.Morten Tyldum (à qui l’on doit Imitation game en 2015 avec Benedict Cumberbatch et Keira Knightley) est aux commandes du film mais il pourrait s’agir de n’importe qui. Quant au scénario, si on peut louer les thématiques développées et la capacité à tenir en haleine le spectateur, on ne peut passer sous silence certaines séquences totalement improbables. Elles sont nombreuses et il n’est pas utile de les citer, afin de ne pas révéler des éléments-clés de l’histoire. Heureusement, le côté science-fiction du film nous laisse penser que tout cela peut être possible. On peut toujours y croire…

Au niveau de la distribution, le casting est plutôt solide. Les spectateurs romantiques seront sans doute ravis de retrouver un beau couple, formé de Chris Pratt et de Jennifer Lawrence. Dans un film de science-fiction où la part belle est souvent laissée aux effets spéciaux, les acteurs ont ici tout loisir de s’exprimer. Car Passengers privilégie l’aspect romantique à celui du film d’action. Les acteurs profitent donc du temps qui leur est octroyé pour développer leur relation de façon crédible.

C’est aussi pour cela que Passengers constitue une œuvre auquelle on s’attache, malgré ses nombreux défauts d’écriture et sa mise en scène très conventionnelle. Bref, voilà un long métrage fort sympathique et qui change de ce que l’on a l’habitude de voir.

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21 août 2018

Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy

paulsanchez1Titre du film : Paul Sanchez est revenu !

Réalisatrice : Patricia Mazuy

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h51

Avec : Laurent Lafitte (Paul Sanchez), Zita Hanrot (Marion), Philippe Girard (Commandant), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Paul Sanchez, criminel disparu depuis dix ans, a été aperçu à la gare des Arcs sur Argens. A la gendarmerie, on n'y croit pas, sauf peut-être la jeune Marion…

 

Si l'on se réfère au synopsis du film ou à sa promotion en salles, Paul Sanchez est revenu ! a tout du thriller. Certes, il y a bien une histoire de meurtrier avec le mystérieux retour de Paul Sanchez. Après des années d'absence dans le Var, Paul Sanchez est vu du côté du la nationale 7. Accusé du meurtre de sa famille, Paul Sanchez est une référence évidente à l'affaire Dupont de Ligonnès (avril 2011), non élucidée à ce jour. Or, ce dernier est accusé d'avoir tué sa femme et ses quatre enfants.

Devant ce qui aurait pu être la reproduction fictionnelle d'une affaire criminelle, la réalisatrice Patricia Mazuy va s'amuser à détourner les codes du thriller pour aboutir à une œuvre hybride que l'on pourrait qualifier de tragi-comédie. L'amateur de thrillers bien nerveux ou tendus risque d'être fortement déçu car la trame et le ton employé ici sont étonnants.

paulsanchez2Là où le film surprend d'emblée, c'est que Paul Sanchez n'a rien d'un meurtrier particulièrement habile dans ses faits et gestes. Il erre comme une âme en peine, révolté contre le monde entier en marmonnant des propos incompréhensibles. Il prend même contact avec un journal du Var pour signaler qu'il est bien en vie ! Drôle de façon de se faire oublier, à moins qu'il n'ait des choses à dire. Il donne l'impression d'un homme à bout de souffle qui veut changer d'air et rester seul pour un bon moment. Raison pour laquelle il élit domicile dans un abri de fortune sur le rocher de Roquebrune (là où un corps inconnu avait été découvert dans l'affaire Dupont de Ligonnès...).

Évidemment, comme la rumeur du retour de Sanchez ne cesse d'enfler, la gendarmerie du Var est alors à pied d’œuvre pour tenter de le retrouver. Et là aussi les personnages sont loin des archétypes que l'on imagine. Pas d'inspecteur affûté et clairvoyant. Au lieu de cela, on a une jeune gendarmette, Marion, qui confond vitesse et précipitation. Elle multiplie maladresses et gaffes, ce qui donne lieu à quelques scènes croustillantes. Sans dévoiler le scénario du film, on peut tout de même signaler que l'arrestation de Paul Sanchez par Marion vaut le coup d’œil, surtout qu'elle se fait dans des conditions rocambolesques.

Ce long métrage est véritablement atypique, en utilisant un ton comique, à la limite du burlesque, pour nous raconter des choses horribles. Car Paul Sanchez est accusé du meurtre horrible de sa famille et son arrestation tombe sous le sens. Pourtant, avec ces protagonistes aux réactions inattendues, le spectateur ne sait plus sur quel pied danser : doit-on rire ou doit-on au contraire être alarmé par les événements auxquels on assiste ? Jusqu'à la fin, la cinéaste Patricia Mazuy prend un malin plaisir à brouiller les pistes pour raconter son histoire.

La question reste de savoir quel message on tente de nous faire passer. Est-ce que Paul Sanchez est revenu ! est une tragi-comédie avec pour but premier d'amuser le spectateur ? C'est une possibilité. Mais ce long métrage avec son personnage principal bien fêlé, peut également être vu comme le symbole d'une société contemporaine qui dysfonctionne. Ce qui donnerait du sens aux actions de ce fantôme de Paul Sanchez, en plein burn-out (un mal de plus en plus présent dans notre société). Cela n'est pas un hasard s'il décide de se terrer sur un rocher.

paulsanchez3Au demeurant, il y a une étonnante opposition entre la beauté des paysages du Var, particulièrement bien filmés, et la situation de Paul Sanchez sur le plan psychique, clairement aux abois.

De ce film hybride qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, la distribution joue un rôle fondamental. Laurent Lafitte, dans le rôle de Paul Sanchez, prouve qu'il peut être un bon acteur, dès lors qu'il est bien dirigé. Ici, il est convaincant en jouant cet homme tourmenté, insaisissable et touchant par moments. Du côté des gendarmes, l'actrice Zita Hanrot campe une énergique et maladroite Marion, bien déterminée à arrêter Paul Sanchez, par tous les moyens. Outre sa relation avec Paul Sanchez, on appréciera celle avec son supérieur, le fameux Commandant, qui ne manque pas de piquant !

Paul Sanchez est revenu ! est loin d'être un film parfait, le mélange entre comédie et drame ne fonctionnant pas toujours de manière appropriée. Pour autant, c'est une œuvre originale qui mérite d'être vue, d'autant que les acteurs sont plutôt bons.

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11 août 2018

American nightmare 4 de Gerard McMurray

americannight41Titre du film : American nightmare 4 (titre original : the first purge)

Réalisateur : Gerard McMurray

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h38

Avec : Y’lan Noël (Dimitri), Lex Scott Davis (Nya), Joivan Wade (Isaiah), Marisa Tomei (docteur Updale), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Pour faire passer le taux de criminalité en-dessous de 1% le reste de l’année, les « Nouveaux Pères Fondateurs » testent une théorie sociale qui permettrait d’évacuer la violence durant une nuit dans une ville isolée.

 

La saga American nightmare (The purge en anglais) semble inépuisable. Évidemment, comme elle est très rentable, pas question de l’arrêter. Le premier épisode était bien sûr le plus original puisqu’il évoquait le concept de la purge. Le principe : aux Etats-Unis, pendant 12 heures, les gens peuvent librement tuer leurs congénères sans être inquiétés en retour. Destinée à faire baisser la criminalité, cette purge permet de relancer le marché des armes et des appareils de sécurité (on est jamais mieux que chez soi en cas de guerre civile). Mais surtout elle est très contestable sur le plan humain et moral.

C’est sur ce postulat que l’on avait droit à un premier film bien prenant, un second sympathique mais faisant trop dans la redite et un troisième qui se renouvelait en mettant l’accent sur la politique. Ce quatrième épisode peut être considéré comme le numéro 0 puisque l’on se situe aux origines de la purge.

Pour American nightmare 4, James DeMonaco, réalisateur des trois premiers films, a laissé la place de metteur en scène à Gerard McMurray. Toutefois, il est toujours présent, en étant scénariste et producteur du film.

americannight42Dans cet opus, Gerard McMurray ne s’embarrasse pas de scènes d’exposition. En quelques minutes, on apprend que la société américaine est en plein désarroi (économie en berne, taux de chômage élevé, criminalité importante) et que les élections ont mené au pouvoir « les nouveaux pères fondateurs » aux rennes du pouvoir. Le président en place décide d’expérimenter la purge dans une ville-test.

Le spectateur ne sera pas vraiment surpris par la tournure des événements. Malgré cela, American nightmare 4 s’avère un opus efficace. Gerard McMurray met en avant plusieurs points saillants : une classe politique usant de stratagèmes bien souvent contestables pour aboutir à ses fins ; une purge ciblant avant tout les couches populaires de la société ; des combats urbains dignes des films virils des années 80.

American nightmare 4 pointe du doigt des dirigeants politiques profitant d’une situation socio-économique trouble pour mettre en place des actions inadmissibles. On se croirait revenu aux heures les plus sombres de notre histoire.

La légitimation de la violence pose question. Et pour assurer la réussite de cette purge, le gouvernement offre des primes à ceux qui resteront chez eux et des sommes encore plus rondelettes à ceux qui participeront activement à la purge. Il est clair que l’on profite de la misère humaine. Ce sont bien sûr les classes défavorisées qui trinquent dans ce cas-là. Il eut été surprenant que cette expérience ait lieu à Beverly Hills !

Dans le secteur où se déroule la purge, on est à l’abri nulle part. Même les lieux de culte ne sont pas sûrs. C’est ce qui rend ce film encore plus prenant. D’autant que de façon encore plus nette que les trois autres opus, American nightmare 4 glisse progressivement vers le pur film d’action.

On peut d’ailleurs « s’amuser » à compter le nombre de victimes à l’écran. Entre les participants de la purge, les gangs qui en profitent pour régler leurs comptes, et les mercenaires que l’on introduit délibérément pour augmenter le chaos existant, il y a du monde à l’œuvre ! Et les morts s’amoncellent en tout lieu et à tout moment, ce qui tend à montrer le succès de cette purge alors en phase de test.

americannight43Alors que les choses virent à la boucherie pure et simple, les scénaristes d’American nightmare 4 ont eu la bonne idée d’introduire un véritable anti-héros, un peu à la manière de Snake Plissken chez Carpenter (New York 1997, Los Angeles 2013). Il s’agit cette fois d’un chef de gang qui va révéler son courage et sa pugnacité, bien décidé à ne pas laisser les activistes de la purge dézinguer à tout va les citoyens en toute impunité. Cela n’est évidemment pas anodin si le héros est un noir, interprété de façon probante par l’acteur Y’lan Noël. Cela ajoute à la dimension lutte des classes de ce film : d’un côté les Blancs, possesseurs de l’argent et du pouvoir, et de l’autre les classes malheureuses, subissant les actions des noirs. En somme, on a les dominants et les dominés.
Devant ce film efficace et qui monte progressivement en puissance, on regrettera toutefois que la charge contre la politique ne soit pas plus développée. Le réalisateur critique ouvertement une Amérique violente, ultra-sécuritaires, où les forts oppressent constamment les faibles. Mais ces sujets ne sont pas parfois qu’effleurés, privilégiant une action à tout bout de champ.

American nightmare 4 demeure n’en demeure pas moins un spectacle largement recommandable. Les amateurs de la saga sont en terrain conquis tandis que ceux apprécient les films d’action/d’horreur peuvent y trouver leur compte.

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01 août 2018

Frankenhooker de Frank Henenlotter

frankenhooker1Titre du film : Frankenhooker

Réalisateur : Frank Henenlotter
Année : 1990
Origine : Etats-Unis
Durée : 1H25
Avec : James Lorinz, Joanne Ritchie, Patty Mullen,
FICHE IMDB
Synopsis : Jeffrey Franken aime s’adonner à des expériences scientifiques singulières durant son temps libre. Lorsque sa fiancée Elizabeth se fait hacher par une tondeuse à gazon, le jeune homme va tenter de la ramener à la vie. Il lui suffit pour cela de rassembler des parties de corps humains et d’y greffer la tête d’Elizabeth, qu’il a conservée précieusement…
Dans les années 70-80, New York était loin de ce qu’elle est aujourd’hui sur le plan sécuritaire. Véritable jungle urbaine, la Big Apple était une mégalopole dangereuse et crasseuse. C’est dans cet environnement très particulier qu’on émergé plusieurs cinéastes underground, comme Jim Muro (Street trash), William Lustig, Abel Ferrara, évidemment, et notamment Frank Henenlotter. Ce dernier est l’auteur de trois films complètement barrés avec créatures loufoques. Après Basket case (1982) et Elmer le remue-méninges (1988), Frankenhooker (1990) constitue sans nul doute son film le plus personnel et le plus délirant. Film personnel car le lien entre son nom et le titre du film est évident : d’un côté on a le réalisateur Frank Henenlotter et de l’autre Frankenhooker (littéralement Franken pute).
Mais que raconte au juste ce jalon du mauvais goût de la fin des années 80 ? Comme son titre le laisse clairement entendre, c’est une variation du mythe de Frankenstein au féminin. Mais rien à voir avec une parodie à la Mel Brooks dans le style de Frankenstein Junior ou celle d’Alain Jessua pour Frankenstein 90. Le mythe est revisité à la sauce urbaine des quartiers populaires, où femmes de joie arpentent vulgairement les trottoirs avant d’accompagner la clientèle dans des hôtels miteux, qui constituent un lieu récurrent chez le cinéaste.
Mis en scène avec trois bouts de ficelle, Frankenhooker est bien connu pour ses séquences gore complètement jouissives. On a évidemment la scène d’ouverture où une tondeuse à gazon découpe en petits morceaux la petite amie de Jeffrey Franken, le personnage principal du film. Et puis il y a évidemment LA scène culte avec l’explosion au “super crack” de prostituées, qui marque forcément les esprits. Frank Henenlotter anticipe Braindead par son jusqu’au-boutisme et le côté cartoonesque de ses scènes d’horreur.

frankenhooker2Pourtant, le film va bien au-delà du simple déferlement d’effets gore. En bon franc tireur du cinéma indépendant américain, Frank Henenlotter égratigne sévèrement la société américaine de l’époque.

D’abord il s’en prend au culte obsessionnel du corps qui touche toutes les couches de la société : la middle-class qui ne pense qu’à la minceur du corps (“Vous mangez trop” alors que la personne concernée ne mange qu’un bretzel) ; les prostituées qui soignent leur apparence pour au nom du billet vert ; le maquereau qui est culturiste.
Ensuite, Henenlotter s’amuse à pervertir le mythe de Frankenstein. On a bien une touchante histoire d’amour avec un jeune homme – apprenti scientifique (Jeffrey est électricien de métier !) - qui cherche coûte que coûte à faire revivre sa petite amie décédée. Le principal personnage du film est prêt à tout pour faire revivre sa compagne, même si elle ne sera plus jamais comme avant.
Frank Henenlotter se sert de cette histoire d’amour fou pour rester un cinéaste anti-système avec son film bricolé de toutes pièces (Frankenmovie ?) et s’amuse de la confusion des genres au niveau sexuel. Il donne libre cours à son imagination la plus débridée, notamment quand Jeffrey Franken mesure seins, jambes pour recréer sa compagne. Il faut le voir dans cette séquence surréaliste où il prend le mètre pour mesurer les prostituées. Il va sans dire que si le côté fun de ces scènes est évident, c’est aussi une façon pour son auteur de critiquer une nouvelle fois cette obsession du corps occidental.
Et puis dans ces démonstrations du corps, Henenlotter n’est jamais contre, comme l’affirment paillardement quelques scènes plus ou moins explicites, sur le plan sexuel. Rappelons à cet effet qu’il a beaucoup œuvré dans le milieu du X et qu’avec un titre comme Frankenhooker, il ne pouvait pas faire dans la dentelle. Immanquablement, on peut faire le rapport entre ce long métrage et le film X ultra cul(te) New wave hookers (1985) où l’on retrouvait les célèbres actrices stars de leur époque Traci Lors et Ginger Lynn, mais ausi avec le nanar de Donald Farmer, Cannibal hookers, sorti en 1987.

frankenhooker3Même s’il aime mettre en avant les laissés-pour-compte, les marginaux qui fourmillent dans ce New York reaganien, en particulier les femmes de petite vertu, Henenlotter n’hésite pas à les critiquer. Il fait remarquer que ces femmes sont vénales : leur obsession pour l’argent n’est pas louable. D’ailleurs, Jeffrey Franken est choqué quand il reconstitue sa petite amie et que celle-ci finit par se comporter comme l’une d’elles, dans son avidité et cupidité.

En définitive, Frankenhooker est une comédie horrifique qui joue sur la satire sociale, totalement déjantée. Elle reprend les grandes lignes du mythe de Frankenstein pour mieux les détourner et se fond parfaitement dans l’oeuvre du cinéaste. Production bis totalement impensable à l’heure actuelle, elle n’a pas pris une ride avec les années, si on la regarde avec les yeux de la nostalgie, et demeure un produit de choix dans le genre. Songeons qu’à la même époque, sur un thème similaire, Brian Yuzna réalisait l’excellent Re-animator 2. Quant à Henenlotter, il retentera l’aventure du trash horrifico-sexuel avec Sex addict (Bad biology) du Z d’exploitation qui prouvait que même avec l’âge, le monsieur ne s’était pas racheté une conduite !
Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/frankenhooker-la-critique-du-film

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20 juillet 2018

Tully de Jason Reitman

tully1Titre du film : Tully

Réalisateur : Jason Reitman

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 1h36

Avec : Charlize Theron (Marlo), MacKenzie Davis (Tully), Ron Livingston (Drew), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Marlo, la petite quarantaine, vient d'avoir son troisième enfant. Entre son corps malmené par les grossesses qu'elle ne reconnaît plus, les nuits sans sommeil, les repas à préparer, les lessives incessantes et ses deux aînés qui ne lui laissent aucun répit, elle est au bout du rouleau. Un soir, son frère lui propose de lui offrir, comme cadeau de naissance, une nounou de nuit. D'abord réticente, elle finit par accepter. Du jour au lendemain, sa vie va changer avec l’arrivée de Tully…

 

Au fil de son oeuvre, le réalisateur Jason Reitman prend le pouls de la société américaine par le biais de comédies bien plus corrosives et sérieuses que ce que l'on imagine. De manière très personnelle, le cinéaste américain s'intéresse beaucoup aux femmes par le biais de portraits attachants dans Juno (2008), Young adult (2012) et désormais Tully.

Si dans Tully le ton reste résolument axé vers la comédie, il permet à Jason Reitman d'évoquer des choses très sérieuses, voire assez dures.

Tully raconte le quotidien de Marlo (Charlize Theron), une mère de famille ayant deux enfants en bas âge, qui est à deux doigts du « burn out ». Le film prend son temps pour nous montrer, avec humour, les différentes tâches qu'elle effectue chaque jour : s'occuper de la maison et des enfants. Ces tâches sont d'autant plus complexes à effectuer que l'un des deux enfants, le jeune garçon, est à la limite de l'autisme. Et puis comme si cela ne suffisait pas, Marlo est enceinte au début du film de son troisième enfant, alors qu'elle a passé la quarantaine.

Alors que Juno évoquait déjà la question de la maternité et la difficulté d'être mère, le ton employé était beaucoup plus joyeux et optimiste que dans Tully. Ici, cette nouvelle maternité pour une femme de quarante ans est plutôt vue comme un handicap, la goutte d'eau faisant déborder le vase.

tully3Jason Reitman pose un regard lucide sur le quotidien de nombreuses femmes. On peut d'ailleurs faire un parallèle avec un autre film sorti en 2018 au cinéma, l'excellent Une femme heureuse. Dans ce long métrage, Gemma Arterton interprète le rôle d'une femme qui n'en peut plus de sa vie de mère au foyer et de la cage dorée dans laquelle elle évolue.

Les choses sont toutefois un peu différentes pour Marlo car cette dernière a une activité professionnelle. La situation de Marlo nous ramène donc au quotidien vécu par nombre de femmes qui ont les pires difficultés – mais personne n'en parle – d'allier vie professionnelle et vie privée. Difficile de s'émanciper, d'être libre quand on est étouffé par les tâches quotidiennes à effectuer. Surtout que le mari est aux abonnés absents, entre son travail et ses jeux vidéo.

Face à une situation quasi ingérable, Marlo finit par engager une nounou de nuit, Tully, qui donne donc son nom au titre du film. Tout change grâce à elle : Marlo a enfin quelqu'un qui lui donne un coup de main, qui l'aide pour gérer les tâches quotidiennes. Par sa gentillesse et son efficacité, Tully est une sorte de Mary Poppins des temps modernes. A plusieurs reprises (les rêves où l'on voit Marlo nager dans des profondeurs inconnues, une scène de sexe assez étrange), Jason Reitman distille des indices, amenant le spectateur à s'interroger sur la relation entre Marlo et Tully. La réponse à cette question interviendra dans la dernière partie du film, assez brutale et particulièrement surprenante. A ce moment, on comprend que la boucle est bouclée et le propos du film prend encore plus de sens.

A la fin du film, on est tout simplement bouche-bée devant la pertinence du sujet et le flot d'émotions, nous ramenant à notre propre existence, qui nous auront bouleversé. Jason Reitman a sans conteste mis en scène son film le plus abouti. Avec Tully et son humour aigre doux, Reitman traite pêle-mêle du temps qui passe, de la difficulté d'être mère, du corps de la femme qui change (sans doute le seul film à traiter de cette thématique) sous le poids des années.

tully2Dans le rôle de Marlo, Charlize Theron (qui tenait déjà le rôle principal dans Young adult) est excellente. L'actrice tient sans doute un de ses meilleurs rôles. Elle interprète avec force le rôle de cette femme épuisée. Et l'ancien mannequin n'a pas hésité à prendre du poids pour donner plus de véracité à son personnage. Pour lui rendre la pareille, l'actrice MacKenzie Davis campe une inoubliable Tully, dont le côté jovial et optimiste, tranche avec la morosité ambiante de Marlo.

Avec cette comédie acerbe au scénario si finement amené, Jason Reitman se pose, consciemment ou inconsciemment, comme un formidable défenseur de la cause des femmes. Il est essentiel qu'une prise de conscience ait lieu pour que la femme ne reste pas isolée, voire même la dernière roue du carrosse au sein de l'équation vie privée – vie professionnelle.

Voilà un film à ne rater sous aucun prétexte.

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10 juillet 2018

Le cercle littéraire de Guernesey de Mike Newell

lecerclelitt_raireTitre du film : Le cercle littéraire de Guernesey

Réalisateur : Mike Newell

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 2h04

Avec : Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode, Jessica Brown Findlay, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’occupation.

 

Quand un roman contemporain rencontre un grand succès, il est fréquent que le monde du cinéma s’y intéresse de près. C’est ainsi que le best-seller Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (2008), très apprécié des connaisseurs, fait l’objet d’une adaptation cinématographique.

Le projet est confié à un réalisateur chevronné, Mike Newell, à qui l’on doit 4 mariages et un enterrement ou plus récemment un épisode d’Harry Potter.

Au niveau de la distribution, le rôle-clé est confié à une actrice dans le vent : la belle Lily James, vue entre autres dans la série Downton abbey (Lady rose) et dans la mini-série Guerre et paix de la BBC. Elle interprète le rôle de Julie Ashton, une jeune écrivaine cherchant l’inspiration pour se lancer. Un jour, contactée par le membre d’un club de lecture, elle démarre une correspondance assidue, qui lui donne envie de rencontrer les membres de ce club. C’est alors que le film prend son envol lorsque Julie Ashton se rend sur l’île de Guernesey.

lecerclelitt_raire2Les amateurs de séries anglaises (Downton abbey, Poldark, Outlander) vont sans doute tomber sous le charme de cette adaptation littéraire. Outre un scénario concocté aux petits oignons, le film peut se targuer de sublimes décors naturels. Les paysages verts de l’île de Guernesey constituent une invitation au voyage. Et puis ces falaises immenses ont quelque chose de magique. Comme s’il allait se passer quelque chose d’extraordinaire.

Pour ceux n’ayant pas lu le livre, Le cercle littéraire de Guernesey est riche car il joue sur plusieurs tableaux. Il y a d’abord la découverte de ce véritable club de lecture, ayant permis à ses membres de tisser des liens amicaux. Pourtant au départ, ce lien n’existe pas. C’est un événement incongru, survenu durant la deuxième guerre mondiale, qui va donner naissance au cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ! (d’où le titre du roman).

Sans avoir l’air d’y toucher, Mike Newell aborde de front la question de l’occupation allemande durant la guerre. C’est d’ailleurs cette situation dramatique qui amène les membres de ce club de lecture à être solidaires. Même quelques années plus tard, lorsque Julie Ashton se rend sur l’île de Guernesey, le souvenir de leur passage est toujours prégnant : les barbelés que l’on retrouve à plusieurs endroits, les tours d’observation, etc. Et puis Julie Ashton apprend que des gens ont été traumatisés par la guerre. Sans compter ceux ayant vécu dans la misère sur une île isolée.

Le cercle littéraire de Guernesey parvient à retenir sans mal l’attention du spectateur car il joue sur plusieurs tableaux : la description du club littéraire, les maux causés par l’occupation allemande. On a aussi et surtout une histoire mettant l’accent sur les membres de ce club, des gens réellement attachants. Si Mike Newell ne peut évidemment pas en deux heures développer les personnages comme dans le roman, on est tout de même happé par la gentillesse de ces gens, leur humanisme. Même si les thématiques sont différentes, on ressent par moments toute la bonté émanant de l’excellent film Beignets de tomates vertes.

D’autant que dans les deux films la comédie et le drame se marient à merveille. Ici, on comprend rapidement qu’un mystère lie tous les membres du club. Julie Ashton apprendra de quoi il en retourne lorsqu’elle aura obtenu la confiance des membres, leurs confidences. Et tout cela est lié à une histoire d’amour…

Car Le cercle littéraire de Guernesey est aussi un drame romantique. On assiste à différentes histoires d’amour très pures : une par le biais de flashbacks. L’autre mettant en scène notre héroïne, Julie Ashton. Évidemment, comme on est dans un mélodrame, on a immanquablement affaire à des histoires d’amour contrariées. Sinon, ça serait trop simple et sans grand intérêt. L’île elle-même, par ses beaux paysages et sa brume ambiante, participent au romantisme de cette œuvre.

lecerclelitt_raire3Avec tant de louanges, que peut-on bien reprocher au film ? Au moins deux choses. Déjà, Mike Newell a pris un minimum de risques en abordant les principaux aspects du livre, sans prendre de liberté et en montrant au spectateur ce qu’il attend d’une adaptation du best-seller. Surtout, Mike Newell s’est bien gardé de privilégier une thématique au détriment d’une autre : on est à la fois dans un drame, un film de guerre, une romance, et même par moments une comédie. Tout est mis au même niveau et empêche au film d’avoir une personnalité propre.

Cela étant, il ne faut pas s’y tromper. Sur plus de 2 heures, Le cercle littéraire de Guernesey constitue une histoire que l’on se plaît à suivre grâce à ses personnages vrais et attachants. Et puis la belle Lily James crève l’écran avec sa classe naturelle, tellement british. Comme le film d’ailleurs.

Si Le cercle littéraire de Guernesey manque un peu d’âme, il n’en demeure pas moins une œuvre classique riche et fondamentalement humaniste. Cela peut même éveiller aux non-lecteurs l’envie de lire ce best-seller.

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30 juin 2018

Bad Milo ! de Jacob Vaughan

badmilojaquetteTitre du film : Bad Milo !

Réalisateur : Jacob Vaughan

Année : 2013

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h25

Avec : Ken Marino, Peter Stormare, Mary Kay Place, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Duncan est loin d’être heureux entre un boulot qui l’ennuie et une famille qui le brime. Sa vie tourne carrément au cauchemar lorsqu’il est pris de douleurs intestinales aigües. Il s’avère bientôt qu’une bestiole immonde et ultra-violente est à l’origine de ses maux...

Réalisé en 2013, Bad Milo ! constitue une comédie horrifique qui n’est pas sans rappeler certains fleurons du genre des années 80, tels que les délirants Basket case (1982) et Elmer le remue-méninges (1987) de Franck Henenlotter.
Premier film de l’américain Jacob Vaughan, Bad Milo ! part d’un pitch complètement improbable avec cet homme, Duncan, qui a bien du mal à s’en sortir entre un travail qui ne l’intéresse pas et une famille qui l’étouffe. Résultat : Duncan est stressé et souffre de douleurs intestinales qui se matérialisent lors de violentes crises par un petit monstre qui sort... de son anus
Le petit être en latex se révèle parfois gentil, avec ses gros yeux noirs, mais souvent méchant, puisqu’il tue les personnes qu’il croise sur son chemin, libérant ainsi le stress de son hôte.

badmilo2_05787Bon, il ne faut pas s’y tromper, même si certaines scènes du film sont gore, Bad Milo ! est avant tout une comédie. Le ton est volontairement drôle. Les malheurs rencontrés par le personnage principal nous sont narrés de façon très amusante. Certes, le long-métrage n’évite pas les blagues scatologiques mais tout cela se passe dans une ambiance amusante qui évite de faire dans le graveleux.
Au niveau comique, on peut également noter les tentatives du héros qui, pour s’en sortir, a recours à un psychiatre. Or, ce dernier s’avère être un sacré loulou, pratiquant l’hypnose pour voir ce qui ne va pas. Il y a aussi les raisons qui ont amené le père de Duncan à abandonner sa famille qui sont aussi abracadabrantesques que le reste du scénario.
Avec son ton léger, voire carrément pas fin par instants, Bad Milo ! peut en surface donner l’impression d’être un film sans fond. Loin s’en faut. Si l’on s’y attarde quelques instants, on peut constater que plusieurs des thématiques du film sont révélatrices de notre société actuelle. Il est bien connu que les gens sont de plus en plus stressés. Duncan est donc bien un personnage représentatif de notre monde. Le monstre qu’il a à l’intérieur de lui peut même être vu comme une métaphore de sa frustration.
Bad Milo ! traite par ailleurs de sujets très sérieux comme celui de la paternité. Lors d’une séance d’hypnose, Duncan déclare que sa femme Sarah souhaite des enfants mais qu’il ne sait pas s’il ferait un bon père. Il veut attendre pour en avoir. Peur du futur, peur de s’engager à fonder une famille, là encore, Duncan est bien un homme de notre temps. Le film développe une intéressante relation filiale lorsque le héros revoit son père et qu’il finit par accepter Milo, un peu comme si celui-ci était son propre enfant.
L’intérêt de Bad Milo ! ne s’arrête pas là. Le film n’y va pas de main morte pour critiquer le monde du travail, et notamment le capitalisme. Le patron de Duncan est une véritable ordure qui ne lui laisse pas vraiment le choix : soit il accepte de travailler aux ressources humaines en s’occupant des licenciements (alors qu’il était jusque-là comptable !) soit il est congédié. Les propos du patron sont à cet égard d’une finesse remarquable (surtout quand on connaît le problème que rencontre Duncan) : Pour survivre il faut chier sur ses ennemis sinon c’est vous qui finissez dans la merde.

bad_milo_f3307Les arnaques qui ont lieu au sein de la compagnie ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les scandales des pensions américaines du type Enron.
Après avoir vu Bad Milo !, on comprend que le métrage est bien plus qu’un ersatz d’un film de la Troma (Toxic avenger et consorts) ou d’une simple comédie horrifique trash. On est en fin de compte assez proche d’un film récent, Teeth, qui partait lui aussi d’une idée originale avec une jeune fille dotée d’un vagin denté, qui symbolisait le puritanisme des Américains. Bad milo ! exprime la frustration d’un homme qui n’attend qu’une chose : libérer son stress et vivre en harmonie avec les siens. Comme le dit le principal protagoniste à la fin du film : Quels que soient les problèmes qui surgissent, nous nous en sortirons ensemble. Le propos, résolument optimiste, s’oppose clairement à l’individualisme du patron.
Outre le scénario amusant et les thèmes du film, il convient d’évoquer la distribution. Si plusieurs des acteurs principaux sont généralement cantonnés à la série télé, on pourra constater la prestation excellente de Ken Marino (Will et Grace, Veronica Mars) dans le rôle principal ou encore celle de Peter Stormare (Prison break), absolument hilarant dans le rôle du psy déjanté.
Au final, mélangeant avec une réussite certaine critique sociale, humour et horreur, Bad milo ! est une curiosité qui mérite que l’on s’y attarde. Avis aux amateurs.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/bad-milo-la-critique-du-film

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20 juin 2018

Je vais mieux de Jean-Pierre Améris

jevaismieux1Titre du film : Je vais mieux

Réalisateur : Jean-Pierre Améris

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h26

Avec : Eric Elmosnino, Ary Abittan, Judith El Zein, Alice Pol, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Un quinquagénaire est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ? 

 

Avec Je vais mieux, Jean-Pierre Améris (Les émotifs anonymes) adapte librement le roman de David Foenkinos, bien connu pour ses interventions dans des magazines tels que Psychologie magazine.

La thématique psychologique est d’ailleurs très forte dans ce film. On s’intéresse ici au personnage de Laurent, un quinquagénaire qui souffre terriblement du dos. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et la médecine ne va pas franchement répondre à ses interrogations. Au contraire.

Il multiplie les examens en tous genres mais les médecins sont incapables de trouver l’origine de son mal. Ils ne voient rien dans les résultats médicaux. Le réalisateur Jean-Pierre Améris critique ouvertement la médecine actuelle qui cherche à tout prix une réponse factuelle, visible, permettant d’expliquer les douleurs du patient. Si la médecine n’a cessé de progresser sur le plan technologique, bénéficiant d’appareils de plus en plus sophistiqués, elle oublie (parfois) de relier les problèmes du corps à l’esprit.

jevaismieux2On comprend rapidement que les maux dont souffrent Laurent sont avant tout psychiques. Son mal de dos n’est pas le résultat d’un faux mouvement ou d’un problème physique. C’est le stress qui est à l’origine du mal du siècle (le mal de dos). A cet effet, Jean-Pierre Améris a pris le parti de faire de son personnage central un véritable archétype. Laurent a depuis longtemps des difficultés à communiquer avec sa femme ; il ne s’entend pas avec ses parents ; et il est victime de harcèlement au travail. Le tableau peut paraître particulièrement noir mais c’est une façon pour le réalisateur d’universaliser son propos. A sa façon, il nous rappelle qu’à des degrés divers, on peut être touché dans notre quotidien par des problèmes dans notre vie privée ou au travail.

On reconnaît bien dans le film la patte de Jean-Pierre Améris, très sensible aux relations humaines et à la question de la timidité. Le principal protagoniste, Laurent, semble inhibé ce qui l’empêche de faire ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense. Dans Je vais mieux, Jean-Pierre Améris traite de façon plus approfondie et réaliste la question de la timidité. On croit vraiment à cette histoire où Laurent doit faire un gros travail sur lui-même pour changer et affronter différemment le monde qui l’entoure. La scène où il s’en prend au boulot à son bourreau est certes un peu « too much ». Il n’empêche, elle a surtout un effet cathartique.

Je vais mieux est au demeurant un titre totalement approprié. Car si ce film traite sans ambages des maux de notre société, il conserve toujours un point de vue fondamentalement positif. Déjà, il s’agit d’une comédie et non d’un drame. Il y a beaucoup d’humour dans ce long métrage, ce qui permet d’évoquer des questions sensibles, voire fondamentales, avec plus de légèreté. Le trait comique est d’ailleurs l’un des points faibles du film. En effet, le trait est parfois forcé, à tel point que l’on frôle la caricature ou tout simplement l’excès d’explications. Heureusement, Je vais mieux dispose d’un scénario solide et de thématiques fortes.

A cet égard, sans dévoiler un événement du film, le cas de la passerelle est très significatif. Dans Je vais mieux, alors qu’il est au plus bas sur le plan moral et que les choses se passent mal au travail, il hérite d’une mission, a priori secondaire au sein de son cabinet d’architecte, à savoir réaliser une passerelle en Seine-Saint-Denis. Ce travail peut sembler anodin mais il va donner l’occasion à Laurent de se retrouver. La passerelle, qui relie deux endroits jusque-là disjoints, devient une belle métaphore sur le changement d’attitude et d’esprit de Laurent. Le corps et l’esprit font enfin bon ménage.

jevaismieux3Bon évidemment, les spectateurs exigeants et/ou cyniques pourront trouver que les ficelles sont un peu grosses et que tout ça n’est pas très réaliste. Cela serait oublier que Je vais mieux est avant tout un « feel good movie », prenant par moments les allures d’un conte. Le but n’est pas d’être réaliste mais de faire passer un message. Soyons optimiste, sourions à la vie, ouvrons-nous aux autres, tentons de dépasser nos peurs ou les barrières mentales qui nous empêchent d’être libres.

A cet égard, dans le rôle de Laurent, Eric Elmosnino s’avère tout à fait excellent. Il n’en fait pas trop et son physique frêle rend son personnage fragile et émotif d’autant plus crédible. Il porte à tous points de vue le film sur ses épaules. Les autres acteurs sont de niveau variable : Judith El Zein donne corps au personnage d’Elise, la femme de Laurent, qui n’arrive plus à supporter son mari. Au contraire, Ary Abittan sur-joue dans les scènes où il apparaît, dans le rôle du copain dragueur. Quant à Alice Pol, elle manque cruellement de charisme.

Je vais mieux n’en demeure pas moins une sympathique comédie, sensible, optimiste et bien dans l’air du temps.

10 juin 2018

Solo : a Star Wars story de Ron Howard

solo1Titre du film : Solo : a Star Wars story

Réalisateur : Ron Howard

Année : 2018

Origine : États-Unis

Durée : 2h15

Avec : Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Embarquez à bord du Faucon Millenium et partez à l’aventure en compagnie du plus célèbre vaurien de la galaxie. Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian…

 

Depuis que Disney a racheté la franchise Star Wars, les films sur l’une des sagas les plus célèbres se multiplient à la vitesse grand V. Et la qualité n’est pas souvent au rendez-vous, à l’image des épisodes VII et VIII qui ont sans nul doute déçu les fans de la première heure.

Histoire d’épuiser le filon jusqu’au bout, les producteurs ont même eu l’idée de créer des histoires indépendantes. C’est ainsi que Rogue one a vu le jour, film d’ailleurs très réussi. Désormais, l’idée est de s’intéresser à des personnages mythiques de la saga. Quoi de mieux que de commencer par la jeunesse de Han Solo.

Sauf que dès le départ on émet deux grosses réserves. En effet, la réalisation est confiée à Ron Howard (Da Vinci Code), un pur yes man, dont les films n’ont aucune personnalité. Et puis, immanquablement, on risque de penser sans cesse au personnage de Han Solo joué par le charismatique Harrison Ford.

Ces réserves naturelles sont légitimes. Toutefois, Solo : a Star Wars story, s’avère bien moins catastrophique que ce que l’on aurait pu imaginer.

solo2Déjà, le film s’avère original de par son histoire. Ne rêvons pas. Ce long métrage n’est pas d’une incroyable complexité. Toutefois, c’est la première fois dans l’histoire de la saga que l’on n’assiste pas à un duel entre l’Empire d’un côté et la Rébellion de l’autre. Non, ici on assiste aux combats impitoyables que se livrent des mercenaires, des truands, prêts à tout pour arriver à leurs fins.

Le jeune Han, qui deviendra rapidement Han Solo, quitte une planète où il n’a aucun avenir, pour rejoindre une bande de malfrats. Avec eux, il compte devenir riche et changer de vie. Plusieurs scènes d’action s’avèrent remarquables et relativement variées. Que ce soit l’attaque d’un train lancé à vive allure ; une révolte sur une planète inhospitalière ou encore une bataille spatiale au milieu d’astéroïdes, le fan de science-fiction en a pour son argent.

Malheureusement, tout n’est pas rose pour ce film et le « côté obscur de la force » reprend ses droits à plusieurs reprises. Le plus gênant – et qui est sans doute lié à la mainmise de Disney sur Lucasfilms – est sans conteste l’absence de tension. On se doute bien que Han Solo va s’en sortir. Mais il est fort dommageable qu’aucune scène ne fasse frissonner le spectateur. Le héros ne rencontre jamais de situation le mettant dans une position délicate. Il a toujours (et rapidement) solution à tout, que cela soit seul ou avec son ami de toujours, Chewbacca, que l’on prend plaisir à revoir. Les quelques scènes qui pourraient nous faire tressaillir de notre fauteuil sont par ailleurs annihilées par une musique bien trop présente, qui étouffe le reste. A trop vouloir formaté une saga de plus en plus destinée à un public familial voire jeune, Disney ôte le semblant d’âme qu’il restait à Star Wars. Et c’est bien regrettable.

Un autre point négatif tient à un scénario totalement attendu. On n’est jamais surpris par ce qui se passe et même si certaines trahisons donnent un peu de piment au film, la linéarité de l’œuvre est impressionnante.

Quant à la 3D, elle n’a strictement aucun intérêt. Encore une fois, c’est un pur aspect marketing qui n’a d’autre but que de faire (sur)payer la place de cinéma au spectateur. Cette 3D est d’autant plus insignifiante que les combats spatiaux sont peu nombreux.

solo3Solo : a Star Wars story n’en demeure pas moins un film agréable à regarder. A la différence des épisodes VII et VIII, les acteurs sont plutôt bons. Contrairement aux dires de certains, Alden Ehrenreich, interprétant un jeune Han Solo n’est pas du tout mauvais. Il a évidemment moins d’aplomb et d’assurance qu’Harrison Ford. Mais cela paraît bien normal puisqu’il joue un personnage bien plus jeune, et qui n’a encore aucune expérience. Ce n’est encore qu’un mercenaire en devenir. Quant aux autres acteurs, les producteurs ont eu raison de penser à la belle Emilia Clarke. La « reine des dragons » (Le trône de fer) joue parfaitement le rôle du premier amour de Han Solo, une femme à la fois fragile en apparence et perverse. Quant au vétéran Woody Harrelson, il est crédible en vieux baroudeur, qui initie le jeune Han Solo. L’acteur apporte même d’une certaine façon un côté comique au film, comme avait pu le faire naguère… Harrison Ford !

L’épilogue de Solo : a Star Wars story laisse clairement entendre que cette histoire indépendante connaîtra une ou plusieurs suites. Et finalement, cela n’est pas une mauvaise nouvelle. Certes, le film ne nous surprend guère et manque d’intensité, mais on a tout de même affaire à un blockbuster de qualité (des scènes d’action valant le coup d’œil, de bons acteurs, un background riche) qui remplit son cahier des charges. Ni plus ni moins. Et ce n’est déjà pas si mal. Même avec Ron Howard aux manettes !