Déjantés du ciné

21 mars 2020

El perdido de Robert Aldrich

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Titre du film : El perdido

Réalisateur : Robert Aldrich

Année : 1962

Origine : États-Unis

Durée : 1h52

Avec : Kirk Douglas, Rock Hudson, Dorothy Malone, Carol Lynley, Joseph Cotten, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Alors qu’elle engage son gigantesque troupeau vers le Texas, la famille Breckenridge reçoit la visite de Brendan O’Malley, un aventurier que le shérif Stribling poursuit pour le meurtre de son beau-frère. Si les deux hommes pactisent le temps de convoyer les bêtes, les embûches se multiplient sur le parcours, naturelles comme une tempête de sable, guerrières comme l’attaque d’indiens rebelles.

 

En 1961, le western américain a déjà derrière lui ses meilleures années. D’ailleurs, John Ford met en scène l’un de ses films les plus faibles avec Les deux cavaliers (à ne pas confondre avec Les cavaliers du même Ford sorti en 1959 et constituant un excellent film). Le western est également en pleine mutation. Durant cette même année, Marlon Brando se mue en acteur-réalisateur. Il gratifie le spectateur d’une œuvre étonnante avec La vengeance aux deux visages. Et Sam Peckinpah réalise son premier film avec New Mexico. Le changement est en marche.

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De son côté, Robert Aldrich est bien connu par amateurs de polars avec le chef-d’œuvre En quatrième vitesse(1955). Il est aussi est l’auteur de plusieurs westerns mémorables tels que Bronco Apache et Vera Cruz (1954). En 1961, à la demande de Kirk Douglas, il réalise un western sur le convoyage d’un troupeau, doublé d’une chasse à l’homme. Rien de neuf sous le soleil. Par ailleurs, on s’attend de la part d’Aldrich à une œuvre dure et assez violente. Le résultat final est à l’opposé de ce que l’on pourrait imaginer.

El perdido est en apparence bien ancré dans le western avec ses longues étendues désertiques, ses canyons, ses endroits accidentés à traverser. Les protagonistes doivent aussi faire face à la présence d’Indiens et de bandits des grands chemins. Du classique en somme. Oui mais cela ne constitue que le background de ce film privilégiant l’aspect psychologique.

Ce western dont on préférera son titre original The last sunset (Le dernier coucher de soleil), est un formidable mélodrame aux relents sirkiens évidents. On retrouve d’ailleurs un des acteurs fétiches de Douglas Sirk, l’excellent Rock Hudson (Tout ce que le ciel permet, Écrit sur du vent). Il tient ici un des rôles principaux avec Kirk Douglas. Dans ce film furieusement romanesque, les deux acteurs sont à l’opposé l’un de l’autre. Rock Hudson est Strigling, un représentant rigoriste de la loi. Kirk Douglas joue O’Malley, un homme affable, recherché pour meurtre ayant rejoint le Mexique. Bon gré mal gré ils vont devoir s’allier pour convoyer un troupeau de vaches. Mais leur périple ne sera pas de tout repos, d’autant qu’ils convoitent la même femme, Belle Breckenridge.

Le spectateur devient le témoin privilégié d’un sublime western mélodramatique. Ce film évite toute mièvrerie contrairement à ce que certains lui reprochent. En effet,  les personnages ont un vécu pesant que l’on ressent constamment. Ils ne peuvent pas échapper à leur passé. La tension entre les protagonistes masculins est d’autant plus forte. Les dialogues donnent lieu à certains échanges verbaux violents et sarcastiques. Kirk Douglas s’est gardé la meilleure part (n’oublions pas qu’il est producteur du film) avec notamment cette réplique cinglante : « votre sœur était une sorte de champagne offerte à tous ceux qui en désiraient ». O’Malley aime passionnément Belle et est prêt à tout pour la conquérir. Il n’hésite pas à déclarer au mari de celle-ci, joué par un Joseph Cotten couard et désabusé : « si je mène le convoi à bon port, j’enlèverai votre femme. » Déterminé et quelque peu menaçant, O’Malley joue également à plusieurs reprises la carte de l’amoureux transi auprès de Belle : « pour moi le temps s’est arrêté dès notre première rencontre. »

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En ces temps où la femme est – à juste titre – remise sur le devant de la scène, qu’en est-il des actrices dans cette œuvre ? Elles tiennent des rôles très importants, à l’instar de leurs homologues masculins. Elles ne sont pas des faire-valoir. Dorothy Malone est à l’aise dans le rôle de cette femme marquée par la vie. Elle sait ce qu’elle veut et ne souhaite pas commettre les erreurs passées. Pour ne rien gâcher, elle dégage une sensualité évidente. L’autre personnage féminin, celui de la fille de Belle, est incarné par une Carol Lynley excellente en femme-enfant s’éveillant à l’amour. Elle est vraiment troublante (ah la robe jaune) et va faire vaciller le cœur d’un de nos protagonistes. Contrairement à ce que l’on a pu lire, le scénario de Dalton Trumbo est loin d’être inabouti.

Il convient également de noter que El perdido aborde de manière frontale la question de l’inceste, en le traitant de façon subtil et mélodramatique. Voilà encore un fait original pour un western… Incontestablement, El perdido est un film atypique, sans doute déroutant pour certains amateurs de westerns. C’est aussi une œuvre aux antipodes de ce que réalise habituellement Aldrich. Même le duel final surprend par sa conclusion inattendue. Ce long métrage est décidément une œuvre mésestimée méritant d’être réhabilitée.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/el-perdido-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/


03 mars 2020

Mystify Michael Hutchence de Richard Lowenstein

mistify_documentaireTitre du film : Mystify Michael Hutchence

Réalisateur : Richard Lowenstein

Année : 2019

Origine : Australie

Durée : 1h48

Avec : Michael Hutchence, Kylie Minogue, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Sophistiqué et chaleureux mais aussi timide et fragile, Michael Hutchence, chanteur du groupe INXS, célèbre dans les années 80/90, a personnifié la définition même du performer à l’attraction sexuelle magnétique. Mystify est un portrait intime de la rockstar réalisé à partir d’images d’archives rares ou inédites et de témoignages de ses proches, des membres du groupes ainsi que de ses compagnes Kylie Minogue, Elena Christensen et Paula Yates.


C
ritique : Michael Hutchence est l’auteur, compositeur et chanteur du mythique groupe INXS. On lui doit des hits immortels tels que Original sin (1983), Never tear us apart (1987) ou encore Suicide blonde (1990). Le 22 novembre 1997, il est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel à Sidney. Plus de vingt ans après sa mort, le réalisateur australien Richard Lowenstein a décidé de lui consacrer un documentaire Mystify Michael Hutchence. Ami proche de la star, Lowenstein a réalisé plusieurs clips pour INXS et U2.

Richard Lowenstein est sans conteste la personne la plus à même de faire un documentaire sur Michael Hutchence. Il dispose visiblement d’un nombre conséquent d’images et vidéos inédites sur son ami. Il choisit de décrire la vie de Michael Hutchence en évoquant sa carrière de chanteur (son ascension puis sa chute) et en parallèle les femmes qui ont compté pour lui. On voit Michael Hutchence d’abord avec Michele Bennett, son premier grand amour. Puis on observe sa relation avec la chanteuse Kylie Minogue. Ensuite le chanteur se retrouve avec le mannequin Helena Christensen. La période la plus sombre de sa vie se déroule avec la controversée Paula Yates.

MYSTIFY_MHHC_1991_ParisApt02_credit_GregPerano_GPIl manque clairement un fil directeur fort puisque les événements sont simplement relatés de manière chronologique. Toutefois, le réalisateur compense cela par des images personnelles rares de Michael Hutchence avec ses proches. A de nombreuses reprises, le documentaire se pare d’extraits de vidéos tournées par Hutchence lui-même ou par ses compagnes. On a vraiment l’impression d’entrer dans le quotidien de cette immense star. On apprend par exemple avec amusement sa passion pour l’art, et notamment pour des auteurs Français (Cocteau, Camus). Et aussi son amour pour la France !

Le documentaire étant tourné par un proche de Hutchence, il n’hésite pas à jouer sur la fibre émotionnelle. Les ex de Michael Hutchence et ses proches évoquent le passé avec beaucoup de nostalgie. Mine de rien, même si le montage est forcément orienté, on est tout de même touchés à plusieurs reprises. On songe notamment aux propos de Kylie Minogue, lorsqu’on la voit croquer la vie à pleine dents avec la star d’INXS. On notera que le réalisateur prend le parti très original d’utiliser le son d’entretiens qu’il a conduit avec les proches d’Hutchence, sans montrer à ce moment leurs visages.  Ce choix audacieux – et un peu perturbant au début puisque le documentaire est en VOSTF – casse la routine de documentaires alternant de façon monotone des entretiens.Ce procédé accroît le côté sensible de l’œuvre. Cela donne l’impression d’un paradis perdu.

Mystify Michael Hutchence a également le mérite d’aborder les questions moins glamour du chanteur. Il était visiblement très friand (comme souvent dans ce milieu) de drogue, de sexe et d’alcool. Le documentaire met aussi en lumière un aspect totalement inconnu de Michael Hutchence, à savoir un accident (une agression dont il a été victime) qui va avoir des répercussions fondamentales sur le reste de sa vie. On comprend mieux les tourments intérieurs de cet homme profondément fragile et pourtant ô combien charismatique sur scène.

MYSTIFY_MH_85_DIS_creditStevePyke_GSTSur ce dernier point, on regrettera que Lowenstein ne laisse pas le temps au spectateur d’apprécier la présence magnétique de Hutchence et sa voix si particulière. On reste un peu sur notre faim, surtout que les choses commençaient pour le mieux avec un magnifique (mais trop court) extrait d’un live avec Never tear us apart. Le public semble subjugué par cette star qui a joué dans d’immenses stades, y compris à Wembley.

Il va sans dire que l’attrait de ce documentaire dépend forcément de l’affinité que l’on a avec le groupe INXS et son chanteur culte. C’est évidemment un must pour les fans. Mais c’est aussi une œuvre intéressante pour ceux cherchant à en savoir plus sur cet écorché vif. On ressort de ce visionnage d’images, de photos et vidéos personnelles avec le sentiment d’un homme talentueux cultivé, hédoniste ayant fini tristement sa vie. Bien loin de l’image de drogué que certains ont voulu lui coller à la peau. Lowenstein réhabilite à juste titre l’image d’un Mystify Michael Hutchence. Preuve que ce documentaire a fait mouche.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/mystify-michael-hutchence-la-critique-du-film-et-le-test-dvd/

17 février 2020

Voyage à deux de Stanley Donen

Voyage___deux_photos_05Titre du film : Voyage à deux

Réalisateur : Stanley Donen

Année : 1967

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h52

Avec : Audrey Hepburn, Albert Finney, Jacqueline Bisset, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Elle étudie la musique, lui l'architecture. Elle est espiègle, d'une beauté lumineuse et novice en amour. Il est arrogant, d'un naturel déconcertant et coureur de jupons. Leur première rencontre est peu probante mais le hasard en a décidé autrement. Joanna et Mark se recroisent et tombent amoureux. Le mariage, un enfant, la réussite. Des années plus tard, de disputes en trahisons, les choses ont changé. De retour sur la Côte d'Azur, leurs escapades passées défilent. Ils se souviennent à quel point ils étaient passionnés, complices et insouciants... Leurs chemins peuvent-ils se séparer ?


Quand on pense à Stanley Donen, décédé en 2019, à l’âge de 95 ans, on songe forcément à l’âge d’or des comédies musicales.
Chantons sous la pluie (1952) trône au firmament des plus grandes réussites du genre. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi, sans être exhaustif, les sublimes Un jour à New York (1949) ; Les sept femmes de Barberousse (1954) ou encore Drôle de frimousse (1957).

Pour autant, il serait réducteur de considérer Donen uniquement comme l’auteur de magnifiques comédies musicales. Les années 60 sont ainsi placées sous le signe de l’évolution. Des œuvres comme Charade (1963) et Arabesque (1966) sont des comédies où la liberté se ressent au niveau du scénario et de la mise en scène.

Voyage___deux_photos_06Voyage à deux, tourné en 1967, s’inscrit dans cette césure des années 60. Le cinéaste parle toujours d’un sujet qui lui tient à cœur, à savoir les émois d’un couple.Cela étant, le ton n’est plus léger comme dans ses comédies musicales : il est empreint d’un indicible mélancolie. Et pour appuyer son propos, il rompt avec le classicisme des années 50 pour faire preuve d’une incroyable modernité, qui surprend encore aujourd’hui par son audace.

«  Qui peuvent bien être ces gens qui se regardent pendant des heures et n’ont rien à se dire ? – Des gens mariés. » Cette réplique célèbre de Voyage à deux résume à elle seule le constat doux-amer de cette chronique du couple. Stanley Donen égratigne avec un humour noir bien senti l’institution du mariage. Surtout, son œuvre se veut une réflexion très mature sur l’usure d’un couple. A cet effet, le film évoque les étapes de scènes d’une vie conjugale : la rencontre et la passion du début, ensuite la complicité de jeunes mariés, puis arrive le stade de l’ennui avant celui de l’adultère. Voilà qui n’est pas très optimiste pour le devenir des couples et surtout un tel scénario pourrait paraître terriblement banal.

Ce n’est pas l’approche prise par Donen. Son scénariste, Frédéric Raphael, va s’appuyer sur son vécu personnel pour lui proposer de déconstruire totalement ce scénario classique. Exit donc le cheminement chronologique. Donen va profiter du leitmotiv du voyage dans le sud de la France pour mélanger différentes époques. Tout fonctionne par associations d’idées : des véhicules, des lieux déjà visités, des situations déjà rencontrées (l’oubli du passeport). C’est de cette façon que le couple ne cesse de se remémorer leurs souvenirs communs. Les flashbacks et flashforwards se multiplient et l’on repère notre couple de stars (Audrey Hepburn et Albert Finney) en fonction de leur mode vestimentaire ou de tout autre indice (changement de voiture, appartements plus « cosy », etc.).

Cette approche singulière a été récemment reprise dans la nouvelle version des Filles du docteur March qui mélange les époques, tout en conservant les mêmes actrices.

C’est sans doute cette histoire en forme de puzzle qui a perturbé le public lors de sa sortie et explique l’échec rencontré par ce film (en France, il s’écrasera à moins de 250 000 spectateurs). Pourtant, le procédé est particulièrement astucieux et donne encore plus de profondeur à cette œuvre riche sur le plan sentimental.

Voyage___deux_photos_16Car ne nous y trompons pas, Donen parle bien ici d’amour ! S’il est frappant de constater la différence de la relation du couple selon les voyages et donc les époques, Donen interpelle aussi le spectateur sur un autre point. Alors que la relation semble partir à vau-l’eau, qu’est-ce qui explique que l’on est toujours sensible à l’autre ? Pourquoi lui donne-t-on une seconde chance ? C’est bien tout ce vécu en commun, ces souvenirs mémorables, ces éléments permanents, qui créent cette relation intime et fondamentale.

Que ce soit dans la légèreté de ses comédies musicales ou dans des œuvres plus réflexives telle Voyage à deux, Donen parle d’un sujet universel : l’amour et le couple. Cela n’est pas anodin si le titre original est « Two for a road ». Pour accroître l’aspect mélancolique et nostalgique de ce long métrage, Stanley Donen peut compter sur la douce mélodie d’Henry Mancini.

Et qui de mieux pour incarner le couple vedette que la belle Audrey Hepburn. L’actrice star, alors âgée de 38 ans, interprète à merveille le rôle de Joanna. En fonction des époques, elle joue tout aussi bien la fille pétillante et espiègle que la femme solidement établie et cynique. De son côté, Albert Finney lui rend parfaitement la pareille dans le rôle d’un homme calculateur très soucieux de sa réussite professionnelle et pourtant lui aussi attaché à sa compagne.

Pour adoucir cette radiographie clinique d’un couple, Stanley Donen laisse apparaître à plusieurs reprises sa science du gag. On songe ainsi à la visite du château de Chantilly en accéléré (encore un effet de mise en scène novateur). Et puis il y a évidemment le voyage avec un autre couple et leur gamine totalement insupportable. Avec le mariage, Donen attaque gentiment (avec une longueur d’avance) l’idée de l’enfant-roi.

Il va sans dire que Voyage à deux est une œuvre magistrale. Au-delà de son aspect mélancolique et doux-amer, c’est une belle réflexion sur la vie. Voilà un film qui mérite d’être considéré à sa juste valeur, juste en dessous du magistral Chantons sous la pluie.

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Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/voyage-a-deux-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

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28 janvier 2020

La fille au bracelet de Stéphane Demoustier

lafilleaubraceletTitre du film : La fille au bracelet

Réalisateur : Stéphane Demoustier

Année : 2020

Origine : France

Durée : 1h35

Avec : Melissa Guers, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni, Annie Mercier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie.

 

La fille au bracelet se présente comme un film de procès. La jeune Lise, porte depuis deux ans un bracelet électronique à sa cheville et est à ce titre assignée à résidence. Elle est en effet l’unique accusée du meurtre de sa meilleure amie, Flora.

En premier lieu, le film va s’attacher durant une heure et demie à nous prouver la culpabilité ou l’innocence de Lise. On va donc vivre de l’intérieur son procès, comme si nous étions un des jurés de la cour d’assises. Voilà pour le côté purement judiciaire. L’autre attrait du film tient à son choix de nous faire vivre le quotidien de Lise.

De façon adroite, La fille au bracelet mélange donc enquête judiciaire et vie privée. C’est sans doute ce qui donne encore plus de force à ce long métrage très réaliste de Stéphane Demoustier, le frère d’Anaïs, à qui il a d’ailleurs dévolu le rôle de l’avocate générale.

Cette dernière n’est ni avocate ni générale. Elle est tout simplement un magistrat représentant le ministère public. Et dans cette affaire elle est aussi raide que la justice, fustigeant tout autant l’attitude de la jeune femme que des pièces semblant l’accabler.

lafilleaubracelet2Ce film de procès est bien le témoin de son époque avec l’utilisation de nouvelles technologies. Ainsi, on se sert d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ou encore d’une autre vidéo filmée dans une soirée via un smartphone. Jadis, ce genre de preuves n’aurait pas été disponible.

Ces nouveaux éléments accroissent le côté réaliste de ce procès faisant plus vrai que nature. Et Stéphane Demoustier n’aura de cesse d’instiller des éléments de doute dans la tête du spectateur – comme celui des jurés – à mesure que le procès va progresser et apporter de nouvelles pistes de réflexion. Jusqu’à la fin, un suspense sera savamment entretenu pour savoir si Lise est ou non coupable.

En second lieu, le spectateur à s’interroger sur un autre point, tout aussi fondamental. Que Lise soit ou non disculpé, elle et sa famille continueront de toute façon à payer un lourd tribut à la société. En effet, ces gens sont, quoi qu’il se passe, considérés comme des pestiférés, des gens dont on a mis sur la place publique des choses de l’ordre de l’intime. Le film montre bien la césure entre une Lise considérée autrefois comme une jeune fille épanouie et une Lise emprisonnée chez elle et murée dans un silence profond.

Cette fille s’est refermée depuis qu’elle a été accusée. Le film montre bien que cette famille s’est de plus en plus disloquée dans ses relations. Les visages fermés, les longs silences, le manque de communication entre les membres de cette famille, sont autant d’éléments de « preuves ». Quoi qu’il arrive, Lise est et restera coupable. Son geste à la fin du film en est une preuve éclatante.

En troisième lieu, le film s’intéresse à la jeunesse actuelle. La famille, les jurés d’assises, les magistrats, ont finalement bien du mal à comprendre les mœurs de cette jeunesse où l’on peut embrasser quelqu’un en toute légèreté ou changer fréquemment de partenaire sans l’amour soit jamais prise en considération. Dans ce film, l’avocate générale fustige Lise pour ses mœurs dissolues, mais comme le rappelle l’avocate de Lise, sa cliente doit être jugée par rapport à la loi et non par rapport à la morale. Le film décrit une jeunesse libérée ne se souciant guère de la portée de ses actes. Est-ce à dire qu’il y a un fossé générationnel ? Peut-être.

lafilleaubracelet3La fille au bracelet a en tout cas le grand mérite de dépasser le stade du film de procès. Il convient à cet égard de noter que ce long métrage prend le parti de s’intéresser au coupable présumé et à sa famille. D’habitude, le spectateur est placé du côté de la famille de la victime. C’est ce qui rend cette œuvre singulière. Et puis La fille au bracelet brasse bien d’autres thématiques (les relations humaines, la jeunesse) rendant ce film très intéressant.

La distribution est d’ailleurs à la hauteur de l’événement. Melissa Guers, dont c’est le premier rôle au cinéma, nous épate en interprétant le personnage difficile à décrypter de Lise. Roschdy Zem est également excellent dans le rôle du père qui souhaite coûte que coûte sauver sa fille. Anaïs Demoustier joue pour sa part une avocate générale déterminée à condamner la seule accusée dont elle dispose dans cette affaire. Annie Mercier est de son côté remarquable en avocate ayant de la bouteille, défendant Lise avec beaucoup d’a-propos. Seule Chiari Mastrionni apparaît très effacée en tant que mère de Lise, mais son rôle y est pour beaucoup. Lors de ses rares présences, on comprend que son couple a volé en éclats suite à cette affaire, même si tout le monde vit officiellement sous le même toit.

Voilà en tout cas un film fort sur le plan des émotions et très proche du documentaire par son aspect réaliste et sa reconstitution soignée, méritant amplement d’être vu.

16 janvier 2020

Les chevaliers du Texas de Ray Enright

les_chevaliers_du_texas_affiche_cinema_rougeTitre du film : Les chevaliers du Texas

Réalisateur : Ray Enright

Année : 1950

Origjne : Etats-Unis

Durée : 1h28

Avec : Joel McCrea, Alexis Smith, Dorothy Malone, Zachary Scott, Douglas Kennedy, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Durant la guerre de Sécession, Luke Cottrell, chef des francs-tireurs nordistes, brûle le ranch des « Trois Cloches » propriété de Kip Davis, Charlie Burns et Lee Price. Pour se venger, Kip décide de laisser sa fiancée Deborah et prend la route du sud pour retrouver Luke Cottrell et le punir. Afin de pouvoir reconstruire le ranch, Kip s’engage avec Rouge de Lisle, bientôt rejoint par Charlie, pour organiser un trafic d’armes pour le Sud. Lorsqu’enfin Kip revient dans la ville, il apprend que Deborah est amoureuse de Lee…

Ray Enright est un cinéaste touche-à-tout ayant mis en scène de nombreux westerns, polars et comédies. Son meilleur western (proche du chef d’œuvre), Ton heure a sonné, est sorti en 1948. Il s’agit d’une subtile réflexion sur la vengeance, avec un excellent Randolph Scott. A peine un an plus tard, Ray Enright met en scène Les chevaliers du Texas également une belle réussite.

leschevaliersdutexas1L’action se déroule pendant la guerre de Sécession, à Brownsville, ville la plus au sud des États-Unis, marquant la frontière avec le Mexique. C’est dans ce contexte que trois Sudistes partent à la recherche d’un certain Cottrell, qui a brûlé leur ranch.

Le scénario n’est pas de prime abord d’une folle originalité. Après tout on a affaire à une énième histoire de vengeance avec, comme toile de fond, la guerre de Sécession. Pourtant, à y regarder de près, le scénario traite les rapports entre les différents protagonistes avec beaucoup d’à-propos.

Kip Davis, le personnage principal du film, est interprété par Joel McCrea (vu dans le très bon 3000 dollars mort ou vif), comme toujours impeccable dans son jeu. Il est tiraillé entre son amour pour Deborah (Dorothy Malone) qu’il fréquente depuis longtemps et la belle Rouge (Alexis Smith) de Lisle (!), une chanteuse de saloon. Jusqu’à la fin, au gré des péripéties du film, on se demande bien laquelle des deux décrochera le cœur de notre héros.

Mais Kip Davis n’a pas la tête uniquement aux histoires d’amour. Dans cette époque troublée, il doit faire face aux troupes yankees, au gang de Luke Cottrell et à une amitié qui se délite de plus en plus avec ses deux amis. Il faut dire que certains tirent notamment parti de la guerre pour s’enrichir. A cet égard, les choix opérés par Kip Davis (contrebande, massacre d’une troupe) sont largement discutables et en font un héros beaucoup moins lisse que ce que l’on pourrait imaginer au départ.

Ce long métrage bénéficie également d’un superbe technicolor où apparaissent toutes les nuances des couleurs. On se régale en voyant ce film qui ne subit pas le poids de son âge. Au contraire, il y a un charme désuet mais bien réel à regarder ce western d’antan.

leschevaliersdutexas4Pour ne rien gâcher, la distribution est au diapason de ce long métrage. Outre Joel McCrea, acteur injustement méconnu du grand public, cette production de genre peut compter sur la présence d’Alexis Smith. Celle-ci parvient à rendre crédible et émouvante son personnage de chanteuse de saloon trouble. C’est elle qui est à la manœuvre dans une scène de séduction inoubliable. A bien des égards, avec 15 ans d’avance, elle évoque la Kim Novak de Kiss me stupid de Billy Wilder. Les autres acteurs font le travail mais paraissent plus effacés, qu’il s’agisse de Dorothy Malone, Zachary Scott ou Douglas Kennedy.

En dépit d’un scénario traditionnel et de rebondissements attendus, Les chevaliers du Texas est un western laissant la part belle aux relations entre ses personnages et disposant de couleurs remarquables. A découvrir.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/les-chevaliers-du-texas-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/


06 janvier 2020

Les filles du docteur March de Greta Gerwig

lesfillesdudocteurmarchafficheTitre du film : Les filles du docteur March (Little women)

Réalisatrice : Greta Gerwig

Année : 2020

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h14

Avec : Saoirse Ronan (Jo March), Emma Watson (Meg March), Florence Pugh (Amy March), Eliza Scanlen (Beth March), Timothée Chalamet (Laurie Laurence), Laura Dern (Marmee March), Meryl Streep (tante March), Chris Cooper (M. Laurence), Bob Odenkirk (Robert March),etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une nouvelle adaptation des "Quatre filles du Docteur March" qui s’inspire à la fois du grand classique de la littérature et des écrits de Louisa May Alcott.

 

Louisa May Alcott est une écrivaine américaine très connue pour son roman Les quatre filles du docteur March (Little women). Ce que l’on sait pas moins c’est que l’immense succès de ce roman paru en 1868 a engendré la suite de l’histoire, à savoir Le docteur March marie ses filles (Good wives) parue en 1869. Par ailleurs, contrairement à ce que laisse supposer le titre, le père de la famille March n’est pas un docteur mais un pasteur engagé en tant qu’aumônier dans l’armée nordiste.

De manière générale, les nombreuses adaptations télévisées ou au cinéma se sont souvent contentées de reprendre (de façon académique) l’histoire des filles March. La dernière adaptation au cinéma était celle de Gillian Armstrong (1995), valant avant tout pour son casting regroupant quelques stars de l’époque comme Winona Ryder, Susan Sarandon ou des stars en devenir : pêle-mêle on retrouve Christian Bale, Kirsten Dunst ou encore Claire Danes (l’héroïne de Homeland).

lesfillesdudocteurmarch1Quinze ans plus tard, en 2020, le roman de Louisa May Alcott a droit à une nouvelle version. C’est la réalisatrice de Lady bird (2018), Greta Gerwig, que l’on retrouve aux manettes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa version est marquée du sceau de l’originalité. Exit la présentation de l’histoire en deux parties avec d’abord l’enfance des filles March et ensuite leur vie adulte.

Le parti pris de Greta Gerwig est plus risqué puisqu’elle décide de faire un va-et-vient perpétuel entre les deux époques. Reconnaissons que le pari est audacieux mais plus difficilement lisible. Il faut un temps d’adaptation pour comprendre à quelle époque on se situe. Surtout que les acteurs utilisés sont toujours les mêmes, sans changement manifeste quant au vieillissement des personnages qu’ils incarnent.

Ce va-et-vient a toutefois un mérite important. Il permet de rendre le récit plus dynamique et surtout il renforce l’idée du passé présenté comme une sorte de paradis perdu. Nul besoin de développer la présentation des quatre filles du docteur March. Elles sont suffisamment connues : on a l’intrépide Joséphine (Jo) March, la sérieuse Margaret (Meg), l’envieuse Amy et la gentille Elisabeth (Beth). Voilà des sœurs qui, malgré leurs différences, se sont serrées les coudes durant leur enfance-adolescence avant de connaître des trajectoires bien différentes les unes des autres.

Concernant les deux personnages les plus marquants du film, Greta Gerwig n’a pas choisi ses actrices par hasard. Saoirse Ronan incarne le personnage de Jo. Elle avait déjà joué le rôle principal dans le précédent film de Greta Gerwig : Lady bird (2018). On ne peut d’ailleurs s’empêcher de faire un parallèle entre Jo March et Lady bird. L’une et l’autre sont éprises de liberté, souhaitent s’émanciper et rejoindre New York afin de connaître une nouvelle vie. Greta Gerwig ne s’est pas contentée de faire de Jo March le principal protagoniste de cette histoire – étant entendu qu’elle est évidemment la version romancée de Louisa May Alcott. Elle a également changé la destinée de Jo, ce qui devrait plaire aux pro-féministes.

lesfillesdudocteurmarch2Il est évident que ce changement est à replacer dans le contexte actuel, celui du mouvement Me Too et de l’égalité des droits souhaitée entre femmes et hommes. Evidemment, vu comme ça, le film prend une autre dimension.

Et ce n’est pas l’ambitieux personnage d’Amy March qui nous fera mentir. Là encore, le choix de l’actrice n’est pas anodin. La mignonne Florence Pugh s’était fait remarquer dans The young lady (2017) où elle incarnait une jeune femme sous l’emprise d’un époux imposé. Elle faisait tout pour s’affranchir de ce destin et des valeurs de la société anglaise en 1865. En jouant le rôle d’Amy March, elle incarne ici une jeune femme ambitieuse, souhaitant au départ vivre de sa passion : la peinture.

Voilà une autre caractéristique des filles du docteur March. Toutes disposent (à des degrés divers) d’une certaine aisance dans un art et souhaitent au départ en vivre. Mais Greta Gerwig montre bien que dans cette société américaine la femme est bien souvent reléguée au second plan. Pour réussir quand on est une femme, il faut faire un bon mariage. Ainsi, Meg March est la première à se marier. Elle rentre dans le rang puisqu’elle met fin à ses rêves d’actrice. Pour autant, elle ne fait pas un « bon mariage » puisque son époux est peu fortuné. Ce long métrage montre bien la frustration de Meg (jouée par une Emma Watson un peu trop lisse) de vivre dans une relative pauvreté et d’en être réduite à envier le sort d’autres femmes nettement plus aisées.

Mais tout le monde ne suit pas la voie de Meg, à commencer par Jo March. Cette dernière fait tout pour devenir une grand écrivaine et l’on ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre ce personnage et la vie de Louisa May Alcott. D’ailleurs, vers la fin du film, Greta Gerwig effectue une très intéressante mise en abyme entre la carrière de Jo et le processus créatif du roman Little women (qui n’est autre que la version originale des quatre filles du docteur March).

Dans cet univers de femmes, quelques mots sur les hommes. Chris Cooper interprète parfaitement le rôle du bienveillant Monsieur Laurence. Quant à Timothée Chalamet, il incarne le rôle fondamental du voisin des soeurs March, "Laurie" Laurence, le neveu de Monsieur Laurence. S'il joue plutôt correctement, reste que le choix de cet acteur (très) frêle n'est pas forcément la meilleure idée de la production. 

lesfillesdudocteurmarch3Au final, Les filles du docteur March peut paraître perturbant de prime abord par ses va-et-vient perpétuels entre l’enfance et l’âge adulte de ses personnages. Mais ce parti pris fait tout le sel de ce film qui met en exergue les liens familiaux, les joies, les peines, les rêves, les frustrations des différents protagonistes. Et cette version actuelle des filles du docteur March, bien loin du côté « rose bonbon » que l’on pourrait en attendre, constitue un formidable porte-étendard du féminisme.

Il ne serait pas surprenant d’apprendre que les actrices Saoirse Ronan ou Florence Pugh obtiennent un prix aux Oscar. Ne serait-ce que pour le côté symbolique.

27 décembre 2019

Samson de Bruce MacDonald

samson_critique_photo4Titre du film : Samson

Réalisateur
: Bruce Mac Donald
Année : 2018
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h46
Avec : Taylor James, Caitlin Leahy, Billy Zane, Rutger Hauer, Lindsay Wagner, etc.
FICHE IMDB
Synopsis : Samson, un jeune Hébreu doté d’une force surnaturelle, doit répondre à l’appel de Dieu pour sortir son peuple de l’esclavage. Après avoir perdu l’amour de sa vie, par la faute d’un cruel prince philistin, Samson va entrer en guerre avec l’armée philistine. Il est prêt à tout pour venger son amour, son peuple mais aussi son Dieu…

Le mythe de Samson est un des épisodes les plus connus de la Bible. C’est donc tout à fait logique qu’il ait déjà eu droit à plusieurs adaptations. En 1949, Cecil B. DeMille a livré une version très intéressante. Le futur réalisateur des Dix commandements (1956) était parvenu à un juste équilibre entre le romanesque et le religieux. Bien plus tard, en 1961, Andrzej Wadja transposa de façon pertinente le mythe de Samson dans une Pologne sous le joug nazi.

En 2017, Bruce MacDonald tourne en Afrique du Sud pour livrer une nouvelle version du célèbre héros biblique. Le film respecte dans les grandes lignes les quatre chapitres du livre des Juges faisant référence à Samson. Les israélites sont alors sous la coupe des Philistins qui les maltraitent et les ont réduit à l’état d’esclaves. Un espoir naît avec Samson, un israélite surpuissant, qui serait destiné à libérer son peuple. L’un des principaux attraits de ce long métrage est qu’il respecte le récit de la Bible. Le spectateur a donc l’occasion d’en savoir plus sur ce héros. Après tout, que sait-on de lui mis à part qu’il tire sa force de sa longue crinière ?

samson_critique_photo2_1Ce Samson est également une chance pour les amateurs de péplum. Il permet en effet d’assister à un spectacle décomplexé. Les scènes d’action sont nombreuses, et Taylor James, interprétant « Samson » ne fait pas dans la dentelle, un peu comme les Hercule bodybuildés italiens. Samson est omniprésent et élimine – non sans humour par moments – des armées entières de Philistins à tour de bras. Voilà qui devrait plaire aux amateurs d’action.

Pour les autres, le spectacle risque de manquer cruellement d’ambition. A la différence du film de DeMille, la dimension romanesque est réduite à la portion congrue. Les amours de Samson existent bel et bien, mais il n’y a aucun aspect passionnel. C’est fort dommage car la relation entre Samson et Dalila constitue de prime abord une des plus belles histoires d’amour.

De la même façon, la dimension religieuse est tout juste effleurée. Samson tire sa force du fait qu’il s’est consacré à Dieu. De ce fait, il doit s’abstenir de toucher un cadavre, boire du vin et se couper les cheveux. Si notre héros invoque Dieu à plusieurs reprises, c’est fait de manière mécanique. On ne sent jamais de portée religieuse et d’évolution de Samson sur ce point. Le réalisateur Bruce MacDonald n’a pas mis en avant toutes les subtilités d’un personnage très riche. Il le réduit à une sorte de super-héros porté constamment sur un désir de vengeance  et in fine très bagarreur. La subtilité n’est clairement pas une des marques de fabrique du film.

Il manque incontestablement un sens du dramatique pour que cette œuvre décolle et se démarque du tout venant. On reste trop terre à terre alors qu’il y avait matière à convoquer de façon plus merveilleuse le divin. Ce Samson remplit une de ses missions, à savoir distraire le spectateur, mais il ne le fait jamais rêver.

D’ailleurs, le casting n’est pas à la hauteur de cette histoire. Taylor James est efficace uniquement dans les scènes d’action. On n’a pas l’impression qu’il ait compris qu’il interprète Samson. Visiblement, il pourrait jouer de la même façon n’importe quel héros. On ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec le Samson de DeMille, avec Victor Mature étant autrement plus fin dans son jeu. Quant à Dalila, elle est interprétée par la très jolie Caitlin Leahy. L’actrice fait ce qu’elle peut avec un personnage manquant de profondeur. On songe encore une fois à la Dalila de DeMille, jouée par une inoubliable Hedy Lamarr, sensuelle à souhait. Quelques mots également sur les seconds rôles. Le regretté Rutger Hauer tient l’un de ses derniers rôles en tant que père de Samson. Quant à Lindsay Wagner (ex-héroïne de Super Jaimie), elle est sa mère. L’un et l’autre remplissent leur contrat mais ne laissent pas un souvenir impérissable. C’est finalement Billy Zane qui s’en sort le mieux en despote philistin crédible.

Le metteur en scène Bruce MacDonald répond manifestement à un cahier des charges (imposé ?) et ne dévie jamais de sa trajectoire. Sa mise en scène est d’ailleurs fonctionnelle et pourrait être faite par n’importe quel autre réalisateur. Il manque clairement un supplément d’âme.

samson_critique_photo1Notons tout de même qu’un effort a été effectué au niveau du background. Les acteurs sont nombreux pour cette histoire se voulant épique. Quant aux décors tournés en Afrique du Sud, ils sont magnifiques avec leur côté aride. On se croirait vraiment dans l’Ancienne Israël. La cité principale des Philistins a fait l’objet d’un effort au niveau des détails mais les effets spéciaux sont parfois grossiers.

Terminons par une note positive : la bande-son est agréable à écouter. Le générique de fin nous permet d’apprécier le superbe morceau Home du groupe The Cloud porté sur le religieux et donc en phase avec la thématique du film. Dommage que l’on doive attendre la fin pour être enfin touché sur le plan émotionnel.

Critique parue à l'origine sur Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/samson-la-critique-du-film-et-le-test-dvd/

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14 décembre 2019

La femme qui faillit être lynchée d'Allan Dwan

la_femme_qui_faillit_etre_lyncheeTitre du film : La femme qui faillit être lynchée

Réalisateur : Allan Dwan

Année : 1953

Origine : Etats-Unis

Durée : 1H47

Avec : Joan Leslie, Audrey Totter, Nina Varela, Brian Donlevy, John Lund, Ben Cooper, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1865. Sally Maris rejoint son frère Bill qui tient le saloon de Border City, mais Bill est tué par Lance Horton qu’il menaçait. Pour payer les dettes de son frère, Sally est obligée de diriger le saloon.

 

Le cinéaste Allan Dwan dispose d’une filmographie conséquente dans des genres très différents. Le western est à cet égard un domaine qu’il a peu abordé.

Et pourtant on lui doit au moins deux grands westerns. Le meilleur d’entre eux est le rugueux Quatre étranges cavaliers, sorti en 1954, avec un John Payne parfait devant sauver sa peau dans une ville où plane l’ombre du maccarthysme. L’autre, La femme qui faillit être lynchée, sorti l’année précédente, ne manque pas non plus d’attrait. Déjà, le titre aiguise inexorablement notre curiosité. Et tout au long du visionnage du film on ne sera pas déçu. L’introduction démarre avec une scène insolite, typique de l’humour de Dwan : des gens s’affairent pour assister à un lynchage, comme s’il s’agissait d’un spectacle ! Dwan répond par une légèreté de ton à un sujet grave. Toutefois, il ne s’agit absolument pas d’une parodie.

lafemmequifaillit_trelynch_eIMDBL’histoire proposée est certes étonnante – et on n’est pas au bout de nos surprises – mais elle traitée de façon sérieuse par Dwan qui est convaincu de ce qu’il nous raconte. On se retrouve ici en 1865 à Border City, une ville située sur la frontière entre le Nord et le Sud. La ville est gérée par une mairesse, Delilah Courtney, bien décidée à conserver la neutralité de sa ville. Une femme aux commandes d’une ville, voilà qui n’est pas fréquent dans un western. La suite l’est encore moins avec deux autres femmes occupant les rôles principaux.

Le personnage central de l’histoire est celui de Sally Maris (excellente Joan Leslie), venue initialement rejoindre son frère à Border City. En un temps record elle passe du statut de jeune femme respectable à celui de tenancière de saloon. Le film est sans temps mort et les rebondissements sont aussi nombreux qu’inattendus.

Une des grandes forces d’Allan Dwan est sans conteste de parvenir à nous rendre crédible une histoire abracadabrantesque. Comme dans tout bon western qui se respecte, on a droit à une bagarre bien virile et à un duel à l’extérieur. Sauf que dans le cas présent les adversaires sont deux femmes : la mignonne Sally Maris opposée à Kate (Audrey Totter, femme fatale dans nombre de films noirs), épouse du sanguinaire Quantrill. Ces deux scènes sont filmées très sérieusement avec une tension palpable, notamment pour le duel dans la rue.

La femme qui faillit être lynchée utilise les codes du western pour les détourner avec un plaisir évident. Dwan apprécie tous ses personnages, faisant preuve d’une réelle bienveillance (pour le sanguinaire Quantrill, il adapte certes l’Histoire à sa façon…). Les hommes sont relégués au second plan et paraissent effacés – comme les femmes habituellement ?. Pourtant il s’agit d’acteurs reconnus : Quantrill est joué par Brian Donlevy, le troublant capitaine Horton par John Lund et le jeune Jesse James par Ben Cooper.

Allan Dwan ne dévie jamais de sa trajectoire féministe. Comme l’indique la mairesse de Border City à Sally Maris : « Vos clients sont des hommes. On en fait ce qu’on en veut. » Ce postulat de la prédominance des femmes dans un western des années 50 est à mettre au crédit de Dwan. Jamais on n’avait poussé cette idée de façon aussi singulière.

lafemmequifaillit_trelynch_eIMDB3Il faut d’ailleurs reconnaître la qualité de la distribution…féminine. Nina Varela interprète une mairesse convaincante. Quant à Audrey Totter, si elle appuie parfois un peu trop sur côté charme, elle se révèle à l’aise dans le rôle de Madame Quantrill. Surtout, on retient la prestation de Joan Leslie, passant aisément du rôle de la Lady ayant des principes à celui d’une tenancière déterminée dans ses choix.

Ce western est éminemment féministe et il le prouve par les décisions de ses protagonistes. Ces femmes agissent avant tout par amour, pour sauver leurs hommes. Ah que c’est beau !

On regrettera seulement un happy end tiré par les cheveux et une volonté de justifier le titre du film. On pardonne aisément à Dwan cette petite erreur. En effet, La femme qui faillit être lynchée peut se targuer d’un postulat enthousiasmant, d’un scénario riche, d’actrices de talent et d’une mise en scène à la hauteur. Et il convient de signaler que si les scènes d’action sont rares, elles se révèlent très efficaces. Voilà une raison de plus d’apprécier ce western méconnu (à tort) de 1953.


Critique parue à l'origine sur Ciné Dweller à l'adresse suivante :
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01 décembre 2019

Gloria Mundi de Robert Guédiguian

gloriamundi1Titre du film : Gloria Mundi

Réalisateur : Robert Guédiguian

Année : 2019

Origine : France

Durée : 1H47

Avec : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Neymark

FICHE IMDB

Synopsis : Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…  En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout.

 

C'est tout de même étonnant qu'avec seulement un mois d'écart, les sorties en salles nous proposent le dernier Ken Loach, Sorry we missed you, et donc le dernier Robert Guédiguian. Car si les cinéastes ont des approches différentes, le constat reste le même : celui d’un libéralisme tout puissant.

La société évolue et pas vraiment dans le bon sens. Loach dressait le constat d’une uberisation de celle-ci en montrant de façon quasi documentariste un travailleur se retrouvant broyé à petit feu. Dans Gloria Mundi, Guédiguian privilégie le drame familial. Et l’impact de son film est tout aussi fort que celui de Loach.

Gloria Mundi se déroule dans les quartiers pauvres de Marseille. On est bien loin du développement gentillet de la série Plus belle la vie. Non, là c’est plutôt Plus dure sera la chute. Guédiguian ne fait pas rêver le spectateur mais l’invite à réfléchir sur notre société telle qu’elle est actuellement.

gloriamundi2Le cinéaste marseillais prend comme point de départ une famille modeste et recomposée, réunie autour d’une naissance, celle de Gloria. Mais ce qui s’apparente à une bonne nouvelle va en fait fragiliser tout ce petit monde. A l’instar de la famille de Sorry we missed you, la jeune maman (Anaïs Demoustier) Mathilda et le père (Robinson Stévenin), ne vont cesser de vivre des galères. Entre un job de vendeuse à l’essai pour l’une et un travail de chauffeur Uber pour l’autre, on a affaire à des travailleurs pauvres dont la situation ne s’arrange pas. Il y a la même illusion que chez Loach d’un avenir meilleur alors que l’uberisation de la société enfonce les gens encore un peu plus dans la difficulté. Et l’arrivée de l’enfant devient un vrai casse-tête dans cette situation. Guédiguian fait froid dans le dos avec cette terrible description gens n’arrivant plus à joindre les deux bouts en fin de mois. La paupérisation de la société n’est pas un mythe.

Et surtout Guédiguian démontre qu’en ces temps de crise, même le dernier rempart, à savoir la famille, ne cesse de se fissurer.

Notre réalisateur humaniste et engagé oppose brillamment deux générations. Il y a d’un côté celles des anciens, les grands-parents de Gloria, ne roulant pas sur l’or (l’un est conducteur de bus et l’autre travaille dans une société de nettoyage) mais prêts à tout pour aider la famille. On sent que ces personnages sont les porte-parole de Guédiguian. De l’autre côté, il y a cette génération de jeunes qui jouent totalement la carte de l’individualisme. Ainsi, la sœur de Mathilda et son compagnon sont très fiers de leur réussite et ils ne comptent absolument pas aider leur famille. Ces deux personnages sont à l’inverse l’exemple de tout ce que l’on peut détester dans le libéralisme : des gens profitant des pauvres pour s’enrichir à leurs dépens. Il faut quand même avoir le vice dans la peau pour ouvrir des magasins de vente d’objets d’occasion dans des quartiers pauvres pour faire encore plus de profit.

Gloria Mundi se révèle très intéressant par son côté réaliste. Les quartiers les moins glamour de Marseille sont mis en avant et on n’a de cesse d’apercevoir des gens dans le besoin. Notre société va mal et Guédiguian, à l’image de Loach, tire la sonnette d’alarme. Pour ce faire, il déploie un drame familial puissant dont on se doute que cela immanquablement mal finir. Dans cet univers prenant des airs de tragédie shakespearienne, n’y aurait-il pas tout de même une lueur d’espoir ?

C’est le cas avec Daniel, le père de Mathilda, revenant à Marseille après avoir purgé une peine longue de prison. Contrairement à ce que l’on imagine au départ, c’est sans nul doute le personnage le plus intéressant de cette histoire. C’est un être naturellement bon, prêt lui aussi à aider son prochain et même à se sacrifier au besoin pour que les événements prennent une tournure plus favorable. On est clairement touché par la sensibilité à fleur de cet homme dont le regard et les mots apportent un vrai contre-poids aux mesquineries et bassesses des uns et des autres.

gloriamundi3Gloria Mundi ne serait pas autant réussi sans son excellent casting. Guédiguian a d’ailleurs pu compter à cette occasion sur ses fidèles. Il y a évidemment sa femme Ariane Ascaride, tout en retenue dans son jeu, qui a bien mérité le prix de la meilleure actrice au festival de Venise. A ses côtés Guédiguian peut compter sur d’autres acteurs récurrents de son cinéma : Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan dans le rôle de Daniel. La jeune génération est incarnée côté pile par la convaincante Anaïs Demoustier et Robinson Stévenin. Et côté face par Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Neymark, excellents en purs exploiteurs.

Au final, Gloria Mundi est un des opus les plus intéressants de Guédiguian, même si c’est aussi un de ses plus sombres. Il est évident qu’il a fait ce film pour réveiller les mentalités. Gageons que ce cri de désespoir ne reste pas lettre morte.

17 novembre 2019

La foire aux vanité de James Strong (série de 2018)

lafoireauxvanit_sTitre de la mini-série : La foire aux vanités

Réalisateur : James Strong

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 5h36 minutes

Avec : Olivia Cooke, Tom Bateman, Claudia Jessie, Charlie Rowe, Johnny Flynn, Michael Palin, Frances de la Tour, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Angleterre, début du XIXème siècle. Becky Sharp est une jeune orpheline sans ressources, mais elle a du charme, de l’esprit et de l’ambition. Bien décidée à s’extraire de sa condition modeste, Becky va user de tous les moyens pour gravir les échelons de la société anglaise…

William Makepeace Thackeray (1811-1863) est un des romanciers les plus célèbres de la période victorienne. Stanley Kubrick a jadis adapté ses Mémoires de Barry Lyndon. Si Barry Lyndon est connu grâce à l’adaptation cinématographique, Thackeray, lui, est encore plus connu pour son autre « best-seller », La foire aux vanités. Paru entre 1846 et 1847 sous forme de feuilleton, cette foire constitue une source intarissable d’adaptations au cinéma à partir de 1911. La dernière date de 2004 avec Reese Witherspoon et Romolai Garai dans les rôles principaux.

Le culte du roman a également donné lieu à de nombreuses séries télévisées par la BBC en 1956, 1967, 1987 et 1998. Cette dernière version faisait jusqu’alors référence en étant une satire féroce des prétentions et une charge contre la noblesse victorienne.

Vingt ans plus tard, la chaîne britannique ITV (la série Poldark, la mini-série Le docteur Thorne), a diffusé à partir de septembre 2018 sa version de La foire aux vanités. Et sans prétention aucune, on peut affirmer qu’elle enterre toutes les autres versions.

lafoireauxvanit_s2Il est évident qu’ITV a déployé des moyens très importants pour que sa série soit la meilleure possible. Dès le début, on comprend que la série va valoir le coup. La photographie est sublime et les décors impressionnent par leur beauté, qu’il s’agisse des extérieurs (tournés dans des lieux variés) ou des intérieurs de belles demeures victoriennes. C’est un véritable régal pour les yeux que d’assister à ce retour dans le passé dans l’Angleterre du XIXe siècle. Le background a été très travaillé et pour donner vie à ce microcosme, les figurants sont également nombreux. Pas de doute, ITV a mis les petits plats dans les grands et ces sept épisodes de 48 minutes donnent plutôt l’impression de voir un film qu’une série télévisée.

Évidemment, l’histoire est toujours la même avec d’un côté l’ambitieuse Becky Sharp, prête à tout pour y arriver et de l’autre la prude Amelia Sedley. Ces deux femmes, qui se sont connues dans un pensionnat, sont également opposées par leur condition sociale. La première est fille d’un peintre désargenté et d’une chanteuse de cabaret quand la seconde est solidement établie dans la bourgeoisie.

Si le synopsis reste le même, le réalisateur James Strong – qui a mis en scène 6 des 7 épisodes – trouve constamment le bon ton pour manier l’art de l’ironie. On sent que le personnage haut en couleurs de Becky Sharp lui plaît beaucoup. Il s’amuse du fait que Becky fasse tourner la tête de tous les hommes qu’elle est amenée à fréquenter. Cette séductrice est un danger qui a pourtant été identifié par certains : « Méfiez-vous, ce qui est piquant finit toujours par vous écorcher ». Becky assume ses choix, faisant d’elle une héroïne dans l’ère du temps : « Aujourd’hui les femmes n’ont plus à se laisser gouverner comme des enfants. »

Cette Rastignac des temps modernes ne recule devant rien, et tout homme disposant d’une belle position sociale ou d’une grande fortune fait partie de ses plans. Les actions amorales de cette dangereuse séductrice forcent le respect. La charge contre cette société victorienne où la bienséance n’est qu’une façade est manifeste. Et puis la série s’attaque aussi à cette prédominance de la naissance où l’on a bien peu de chance de s’élever socialement. Sauf à s’appeler Becky Sharp et à tout faire pour gravir à toutes enjambées les échelons hiérarchiques. Son élévation est d’ailleurs aussi soudaine qu’improbable, donnant lieu à cette réflexion amusée : « quel beau pays que l’Angleterre, une petite gouvernante va rencontrer un roi. »

lafoireauxvanit_s3La série bénéficie du roman originel pour distiller des dialogues ciselés dont on se réjouit à chaque instant du côté sarcastique et franchement très drôle. Mais ITV est aussi parvenu à rajeunir La foire aux vanités. A chaque épisode, un narrateur présente l’action à venir en actionnant le « manège de la vie » avec les principaux protagonistes. Une façon moderne de rappeler qu’il s’agit d’une immense farce. ITV a également entendu dépoussiérer La foire aux vanités en proposant à la fin de chaque épisode une musique célèbre réinterprétée pour l’occasion. Un procédé déjà vu dans une autre série remarquable, La servante écarlate. Et les chansons ne sont pas choisies au hasard, qu’il s’agisse d’un extrait de Material world (Madonna) ou de Running up that hill (Kate Bush). Preuve s’il en était encore besoin que le contenu féministe de cette œuvre est bien plus actuel que ce que l’on imagine. Les principaux protagonistes, Becky Sharp et Amelia Sedley sont d’ailleurs des femmes.

Au demeurant, la série peut se targuer d’une distribution de grande qualité. La belle Olivia Cooke (vue dans Ready player one de Spielberg), au visage poupin, dégage un charisme certain et se révèle d’une réjouissante espièglerie dans le rôle de Becky Sharp. A elle seule, elle attire tous les regards du spectateur. Ce dernier est également amusé par Frances de la Tour interprétant le rôle de Matilda Crawley. Cette femme attisant les convoitises de sa famille et de son entourage en raison de sa fortune. Les piques qu’elle adresse aux uns et aux autres valent le détour.

En adaptant un classique de la littérature britannique, la chaîne ITV a réussi le tour de force de livrer une œuvre moderne, enthousiasmante, sans oublier d’y adjoindre une bonne dose de sarcasme.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/la-foire-aux-vanites-la-critique-de-la-serie-et-le-test-blu-ray/

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