Déjantés du ciné

16 mars 2019

Alita : battle angel de Robert Rodriguez

alita1Titre du film : Alita : battle angel

Réalisateur : Robert Rodriguez

Année : 2019

Origine : États-Unis

Durée : 2h02

Avec : Rosa Salazar (Alita), Christoph Waltz (docteur Dyson), Keean Johnson (Hugo), Jennifer Connely (Chiren),

FICHE IMDB

Synopsis : Lorsqu’Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans un futur qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire.

 

Vous en avez marre des blockbusters sans âme ? Vous cherchez un film alliant efficacement action, émotion et science-fiction ? Dans ce cas, Alita : battle angel est le film qu’il vous faut.

En liminaire, il convient de noter que ce long métrage est produit par James Cameron qui souhaitait à l’origine s’occuper lui-même de la mise en scène d’une adaptation du manga philosophique et violent Gunnm (9 volumes publiés entre 1990 et 1995). Mais, trop accaparé par ses suites d’Avatar, James Cameron a proposé la réalisation d’Alita à Robert Rodriguez (Une nuit en enfer ; Sin city). Enthousiasmé par ce projet, Rodriguez a consulté à de nombreuses reprises James Cameron. Le résultat final, plus que probant, est une œuvre de Rodriguez où l’on sent bien la patte de Cameron.

Dans Alita, l’amateur de science-fiction devrait être ravi car on y retrouve des thématiques développées dans Ghost in the shell, Blade runner ou encore Terminator. Avec Alita, on se situe au XXVIème siècle. La Terre est alors divisée en deux mondes : les dominants vivent à Zalem, une mégapole en apesanteur qui déverse toutes sortes de matériels obsolètes sur les habitants d’en bas, vivant à Iron city. C’est dans une décharge d’Iron city qu’Alita, une cyborg très abîmée, est découverte par le docteur Dyson. Celui-ci la ramène chez lui et décide de la réparer.

alita2Lorsqu’il est ramené à la vie, ce cyborg au visage angélique et à l’apparence frêle, à qui l’on donne le nom d’Alita, se pose les mêmes questions que le spectateur : qui est-il ? qu’était-il avant d’échouer dans une décharge et quel dessein suivait-il ? Les réponses nous seront astucieusement distillées au fur et à mesure qu’Alita découvrira sa vraie nature et son passé (par le biais de courts flashbacks).

Car si une partie de ce cyborg est humain, il constitue dans le même temps une formidable machine à tuer, ce que le film va nous montrer admirablement. En effet, ce blockbuster multiplie les scènes de combat qui constituent une de ses grandes qualités. Ces scènes se révèlent d’une grande lisibilité et parfois d’une violence inouïe pour une telle production. On reste scotché par les face-à-face entre Alita et d’autres cyborgs, notamment lors de la sublime séquence du motorball où vitesse et combats se conjuguent de façon harmonieuse.

Pour autant, Alita : battle angel n’est pas juste un blockbuster tourné vers l’action. C’est une œuvre bien plus profonde s’interrogeant sur la condition humaine. A l’instar de Blade runner, le film se demande si un cyborg peut ressentir des émotions et même aimer. Et sur ce point, contre toute attente, Alita comporte de belles séquences d’émotion, à travers la relation d’amour entre notre héroïne guerrière et le jeune Hugo. Et tout cela n’est pas juste du remplissage pour répondre à un cahier des charges ayant décidé de placer une romance dans cette histoire. Non, on croit vraiment à cette relation entre une cyborg et un homme. L’émotion est même palpable par instants et apporte un supplément d’âme à Alita, distinguant cette œuvre du tout-venant.

Les yeux de notre héroïne (typiques du manga), critiqués par certains, sont très expressifs et donnent une identité propre à Alita. Voilà sans conteste la plus humaine des cyborgs. D’ailleurs, quelle scène magnifique lorsque Alita propose à Hugo de lui offrir son cœur, au propre comme au figuré.

alita3Espérons qu’Alita : battle angel satisfera ses producteurs sur le plan financier, car sa fin laisse clairement la place à une suite. On serait vraiment frustré que cet excellent film n’ait pas droit à un épisode 2. En écoutant le générique de fin, le hit Swan song (titre ô combien symbolique) de la jolie chanteuse et mannequin Dua Lipa, on trépigne que l’aventure Alita puisse continuer.

Avant de terminer, quelques mots sur les acteurs. La belle Rosa Salazar prête ses traits à notre héroïne, après être passée par la case motion capture. Elle interprète avec beaucoup de sensibilité le rôle ambivalent d’Alita, tout à la fois une jeune fille frêle et sensible qu’une guerrière ultra déterminée. A ses côtés, l’Allemand Christoph Waltz est excellent dans le rôle du controversé docteur Dyson. Quant à Keean Johnson, il fait ce qu’on attend de lui en interprétant le rôle déterminant d’Hugo, un personnage qui n’est pas au-dessus de tout soupçon. C’est là une autre réussite de cette histoire : on n’a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants (comme dans nombre de blockbusters) mais plutôt des personnages très « humains » avec des qualités et des défauts qui leur sont propres.

En somme, Alita : battle angel est un film dont l’intelligence du propos n’a d’égal que la qualité de ses scènes d’action. On tient là le meilleur blockbuster vu sur grand écran depuis une certaine trilogie du seigneur des anneaux.


05 mars 2019

Miniaturiste de Guillem Morales

miniaturistelaurencecendrowicz2Titre de la mini-série : Miniaturiste

Réalisateur : Guillem Morales

Année : 2018

Origine : Royaume-Uni

Durée : 2h36

Avec : Anya Taylor-Joy, Romola Garai, Alex Hassell, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Amsterdam, 1686. Nella Oortman épouse un riche marchand dans l’espoir de trouver amour et prospérité. A seulement 18 ans, la jeune femme découvre un monde peuplé de sombres secrets et de mystères qui lui font craindre pour sa vie.

Une fois n'est pas coutume, nous mettons l'accent sur une mini-série qui vaut le déplacement : Miniaturiste


Miniaturiste est une mini-série en trois épisodes adaptant le best-seller éponyme de la Britannique Jessie Burton. Pour son premier roman, paru en 2014, cette dernière a rencontré un succès immédiat qui ne s’est pas démenti depuis.

Miniaturiste est incontestablement une œuvre atypique. Jessie Burton s’est inspirée d’un personnage ayant réellement existé, celui de Petronella Oortman (1656-1716). Cette Néerlandaise a vécu à Amsterdam durant l’âge d’or de la capitale des Pays-Bas, la ville étant alors au cœur d’un réseau mondial de commerce maritime.
Petronella Oortman, dite Nella avait épousé un riche marchand néerlandais. Elle est restée à la postérité pour sa célèbre maison de poupées, laquelle fait partie de la collection permanente du Rijksmuseum à Amstermdan. C’est là que l’Histoire, la vraie, s’arrête et que débute l’intrigue de Miniaturiste.
La série retranscrit d’ailleurs fidèlement l’histoire du roman. Elle est ici présentée en trois épisodes de 52 minutes (dont le découpage peut paraître quelque peu factice).

D’autant qu’il s’agit d’une production de la BBC ayant manifestement bénéficié d’un budget très confortable. Et le téléspectateur le ressent clairement à l’écran. Le soin particulier apporté aux décors intérieurs et extérieurs, aux vêtements portés par les acteurs de la série et de manière plus générale le background très détaillé, donnent vraiment l’impression de se situer dans l’Amsterdam de 1686. Certains décors rappellent les tableaux des grands maîtres néerlandais de cette époque (Vermeer, Rembrandt, Jan Steen). La photographie est elle-même sublime et participe à l’ambiance étrange de cette série cossue.

miniaturistelaurencecendrowicz5Miniaturiste est avant tout une histoire étonnante, où le spectateur est sans cesse transporté entre rêve et réalité, dans une sorte de conte pour adultes. Nella, venue de sa campagne et contrainte d’épouser Johannes Brandt, un riche marchand d’Amsterdam, afin d’éponger les dettes de sa famille bourgeoise désargentée, démarre le récit.

La suite est tout sauf ce à quoi cette jouvencelle pouvait s’attendre : un accueil très froid par sa belle-sœur, la pieuse Marin, des domestiques se comportant de façon bien familière à son égard et un mari bien peu intéressé par sa jeune épouse. Le réalisateur Guillem Morales parvient très justement à retranscrire le sentiment de malaise ressenti par notre héroïne.

On lui cache des choses et cela titille forcément notre curiosité. Mais le meilleur est encore à venir pour le spectateur lorsque Johannes lui offre une maison de poupées reproduisant la demeure familiale à l’identique. Des événements - généralement dramatiques - vont se produire au fur et à mesure que Nella reçoit des reproductions miniaturisées d’objets -représentant des choses, des personnes existant réellement-, d’un inconnu. On se demande bien si cette maison de poupées n’est pas ensorcelée. Et puis comment ce miniaturiste, qui lui fait ces curieux présents, peut avoir connaissance de la vie de Petronella, qui passe le plus clair de son temps enfermée dans cette demeure bourgeoise. Et surtout pourquoi lui fait-il ces présents ?

Peut-être que cette maison de poupées et les actions qu’elle engendre ne sont que le fruit de l’imagination de Petronella. Après tout, le sous-texte social de cette série est riche et vivace. On voit bien que dans cette Amsterdam du XVIIème siècle, l’Église est toute puissante, fait preuve d’un autoritarisme sans bornes, notamment contre ceux ne faisant pas preuve de la morale attendue. Dans le même temps, la série critique sans ambages cette société corsetée où la liberté de choisir sa vie n’est pas de mise. On est vraiment dans une société du paraître où il faut donner le change par rapport à ce que l’on est censé être et non ce que l’on est.
Cette maison de poupées est fondamentale tant par son côté fantastique, merveilleux, que par son aspect métaphorique où elle semble montrer que les gens ne sont pas libres de leur mouvements mais dépendants d’une force supérieure.

miniaturistelaurencecendrowicz0Le réalisateur Guillem Morales brouille astucieusement les pistes de telle sorte que jusqu’à la fin, le doute quant à la véracité des faits est permis. Et bien qu’il s’agisse d’une série et non d’un film, la mise en scène est appréciable : la plupart des scènes se déroulent dans un quasi huis-clos, sans ligne de fuite. C’est comme si les personnages étaient eux-mêmes emprisonnés par leur propre destin.

En plus de toutes les qualités évoquées plus haut, cette série peut se targuer d’une distribution de premier plan, notamment pour les rôles féminins. La charmante Anya Taylor-Joy tient le rôle principal de Nella. Elle est parfaite en jeune fille, pure, prude. A ses côtés, on retrouve l’aguerrie Romola Garai, enlaidie au possible pour jouer le rôle de la belle-sœur, l’austère et froide Marin.
Miniaturiste constitue au final une série étrange, magique, inquiétante, valant vraiment le détour. D’autant qu’elle comporte plusieurs degrés de lecture. Elle devrait donner envie à ceux n’ayant pas lu le livre de courir se le procurer.

Histoire de donner l’eau à la bouche aux futurs téléspectateurs, laissons la parole à Johannes Brandt, le mari de Nella : "c’est dur de dire la vérité quand toute votre vie est bâtie sur le mensonge et le secret".

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/miniaturiste-la-critique-de-la-serie-le-test-dvd

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21 février 2019

Happy birthday de Susan Walter

happybirthday2Titre du film : Happy birthday

Réalisatrice : Susan Walter

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h34

Avec : Sharon Stone, Tony Goldwyn, Ellen Burstyn, Famke Janssen, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Styliste de mode, Senna Berges (Sharon Stone) court toujours après le succès dans son métier. Côté cœur, elle enchaîne les rencontres d’un soir avec des hommes plus jeunes malgré les foudres de sa meilleure amie. A chaque anniversaire, elle se retrouve seule avec sa mère autoritaire pour souffler ses bougies. Le jour de son 46ème anniversaire, Senna rencontre dans un bar Adam, un élégant avocat de son âge...

 

Sortant directement en VOD et DVD, le film Happy birthday disposait d’une solide tête d’affiche en la présence de Sharon Stone, peu vue ces dernières années au cinéma, pour espérer apparaître sur le grand écran.
Aussi, c’est peut-être tout simplement le sujet qui a rendu les distributeurs frileux . En effet, ce Happy birthday casse les codes habituels de la comédie romantique.
Ici, point de couple glamour incarné par des gravures de mode ayant au maximum la trentaine. Non, le film préfère mettre en scène un couple de quinquagénaires, voire quasiment de sexagénaires, puisque’à la ville Sharon Stone a 60 ans alors que Tony Goldwyn, son amoureux fictif, en a 58. Forcément, les « rom-com » gravitant autour de cet âge réussissent moins à faire rêver les nostalgiques de Basic Instinct.Happy birthday s’intéresse donc à la question des relations amoureuses pour les gens étant entré dans l’automne de leur existence. Dans une société obsédée par l’âge, cette histoire tenait visiblement à cœur à Sharon Stone, puisque la star américaine, en plus d’être la tête de pont de ce film, en est également la productrice.

HappybirthdaycopyrightTiberius_Film3L’icône Sharon incarne Senna Berges, une femme évoluant dans le milieu de la mode, « personal shopper » pour clients très riches. Au niveau personnel, Senna n’a évidemment pas d’enfant et ne se préoccupe de rien. Elle vit des histoires sans lendemain, plus intéressée par croquer le sexe que par la perspective d’une relation durable. Son personnage est évidemment atypique dans le sens où il se comporte comme une adolescente et non pas une femme de son âge, inversant les rôles avec le cliché de l’adulescent masculin à qui le cinéma enseigne souvent la nécessité de se ranger. Évidemment, dans le cas du personnage de Sharon, l’arrivée du prince charmant va changer la donne…

Au-delà de l’aspect romantique Happy birthday s’interroge de manière plus générale, et cela représente son attrait principal, sur le temps qui passe, les choix de vies et les conséquence occasionnées. Un des personnages centraux, la mère de Senna, interprété par l’actrice Ellen Burstyn, n’a de cesse, lors de chacun des anniversaires de sa fille, de l’inviter à se stabiliser. La complicité entre la matriarche et la fille plus si jeune est forte, mais elle est également nourrie par une certaine incompréhension entre les deux femmes, de deux générations différentes, d’où une tension palpable. Senna n’en demeure pas moins consciente des limites de son style de vie, et à plusieurs reprises, l’on sent poindre des regrets pesants.

HappybirthdaycopyrightTiberius_Film5Les interrogations interviennent également lors de confessions qui agrémentent la narration à différents moments. On voit ainsi face caméra les principaux protagonistes de All I wish (titre original bien plus signifiant que Happy birthday) qui évoquent leurs souhaits, rêves et désillusions. Les confidences du personnage joué par Famke Janssen (une autre quinquagénaire, âgée de 54 ans) sont riches d’enseignements puisque derrière son apparente réussite sociale, cette protagoniste évoque sans détours les regrets quant à son couple qui se disloque.Voilà des thématiques fortes : l’amour à 50 ans, le temps qui glisse entre nos doigts... Néanmoins pareil sujet aurait mérité une mise en scène plus éclatante. En l’état, le travail Susan Walter, dont c’est le premier long métrage, et qui a pourtant été choisie par la grande Sharon, ne brille pas par l’excellence de son travail. La mise en scène est académique, et la photographie plutôt terne, donnant l’impression d’assister à un programme télévisuel de seconde zone plutôt qu’à un véritable film pour le grand écran.

Pour autant, l’éclat de Sharon Stone et le plaisir de la voir à nouveau à l’écran font que l’on regarde avec un certain plaisir ce Happy birthday. Dans le contexte du DTV, et c’est en cet état qu’on le chronique, ce n’est pas forcément un programme que l’on conseillera aux spectateurs exigeants, mais la comédie romantique distille un certain charme, qui mérite bien une certaine curiosité.
Les acteurs jouent d’ailleurs correctement leur rôle, même s’il faut reconnaître qu’ils sont globalement éclipsés par l’omniprésence d’une Sharon Stone qui porte entièrement le film sur ses épaules (n’en n’est-elle pas la productrice ?).

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/happy-birthday-la-critique-du-film-le-test-dvd

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09 février 2019

Puppet master : the littlest reich de Tommy Wiklund et Sonny Laguna

puppetmasterTitre du film : Puppet master : the littlest Reich

Réalisateurs : Tommy Wiklund et Sonny Laguna

Année : 2019

Origine : États-Unis

Durée : 1h30

Avec : Thomas Lennon, Jenny Pellicer, Nelson Franklin, Charlyne Yi, Barbara Crampton, Udo Kier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Récemment divorcé, Edgar retourne dans la maison de son enfance pour faire le point sur sa vie. Il y trouve un pantin à l’allure malfaisante ayant appartenu à son défunt frère. Cherchant à se faire rapidement de l’argent, il décide d’aller le vendre aux enchères lors d’une convention, accompagné de sa nouvelle petite-amie et d’un ami, tous inconscients du danger qui les attend.


Débutée en 1989, la saga des Puppet master, imaginée par Charles Band, fête aujourd’hui ses 30 ans d’existence. Reconnaissons d’emblée que si les trois premiers volets s’avèrent de bonne qualité, la suite est nettement moins réjouissante avec des films franchement mauvais.

On n’était donc pas forcément très pressé de voir ce treizième volet de la saga. Et pourtant il s’agit sans conteste d’un long métrage totalement jouissif, ayant bien mérité le grand prix de Gérardmer obtenu en ce début d’année 2019.

La scène d’introduction nous met tout de suite dans l’ambiance. On retrouve avec plaisir André Toulon, celui ayant donné vie aux fameuses poupées maléfiques. Dans le rôle de ce personnage torturé, l’acteur polyvalent Udo Kier est en roue libre, tout à la fois misogyne et homophobe. Par l’intermédiaire d’André Toulon, les poupées démarrent leur série de meurtres.

Mais ce n’est rien avec ce qui est à venir. Puppet master : the littlest reich profite à plein de son scénario, à savoir des gens réunis dans un hôtel en vue de vendre à prix d’or des poupées. Ce synopsis est propice à mettre en scène un véritable carnage. Car les nombreuses marionnettes vont s’animer et s’en prendre sans vergogne à toute personne vivante se trouvant sur leur passage.

puppetmaster3Le scénario est clairement plus élaboré qu’à l’accoutumée pour les films de cette saga. Il faut dire que le scénariste n’est autre que S. Craig Zehler, à qui l’on doit Bone Tomahawk, film ayant d’ailleurs obtenu le grand prix à Gérardmer en 2016. Sur Puppet master : the littlest reich, le scénario est prétexte à une ritualisation des mises à mort. Chaque scène de meurtre constitue un morceau de bravoure du film. On voit qu’un soin particulier a été apporté à ces scènes qui sont tout à la fois variées et très inventives.

C’est clairement le point fort du film. D’autant que les réalisateurs Tommy Wiklund et Sonny Laguna ont laissé libre cours à leur imagination. Les scènes de meurtres sont gore, originales, fun, et bénéficient d’un montage limpide (pas de jump-cut ou de montage haché). Sans être exhaustif et sans vouloir trop en dévoiler, les scènes avec la femme enceinte, l’homme qui finit par uriner sur son visage, ou encore une poupée d’un bébé Hitler terminant dans un four (crématoire?), sont marquantes et très marrantes.

Dans Puppet master : the little reich, les réalisateurs n’ont aucune pitié pour leurs personnages. Ils sacrifient tout le monde, ce qui va dans le sens du ton libre et décomplexé du film. Les cinéastes ne se sont imposés aucune limite. Les acteurs, qui font le job, ne sont que de la chair à canon.

Le héros, un dessinateur de BD, donne en fin de compte le LA. En effet, il transmet ses peurs dans ses BD. Ici, on est comme dans un comic book live. Le film s’ouvre sur les pages d’un comics, comme dans un Marvel. On peut même penser que cet épisode des Puppet master critique la prévisibilité et le côté aseptisé des productions Marvel. Le film est ici au contraire gore, irrévérencieux et imprévisible.

Il n’y a pas de limite morale comme dans le cinéma hollywoodien. On est dans une production Full Moon, la firme indépendante de Charles Band, ce qui explique la carte blanche qu’on eu les réalisateurs. On n’hésite pas à tuer un gamin ou même une femme enceinte dans une séquence rappelant les œuvres du Peter Jackson de la première époque (Bad taste, Brain dead).

Voilà un joyeux délire qui n’est toutefois pas dénué de fond. Ainsi, ce « littlest reich » fait référence à l’extermination des Juifs et des homosexuels par les nazis. A ce titre, ce n’est pas un hasard si le casting est multi-ethnique avec des blancs, des noirs (l’excellent « nounours »), des asiatiques (la jeune femme « geek). Par ailleurs, la vente des marionnettes à prix prohibitif n’est pas sans rappeler les ventes en ligne sur e-bay ou les ventes aux enchères qui atteignent parfois des montants excessifs.

Et puis reconnaissons que ce Puppet master n’est pas du tout « cheap » et que sa photographie est soignée. On n’a pas du tout affaire à la série Z auquel on pouvait s’attendre au départ.

puppetmaster2Les acteurs font aussi plaisir à voir. La mignonne Jenny Pellicer, jouant le rôle d’Ashley, la copine du principal protagoniste du film, apporte quelque chose de rafraîchissant avec son jeu naturel. Elle est à l’oeuvre sur un des plans nichons du film, ce qui n'est pas sans déplaîre le spectateur. Eh oui, comme dans toute production Full moon, il y a un cahier des charges à respecter avec un zeste d’érotisme. Le film rend également hommage à des acteurs mythiques, tels que Udo Kier et Barbara Crampton (déjà présente dans un petit rôle dans le premier Puppet master) mais aussi à la musique très fulcienne de Fabio Frizzi. Avec la grande créature finale animée en stop-motion, l'hommage est aussi dirigé aux effets spéciaux d'antan, à la Ray Harryhausen ou Phil Tippett.

En somme, Puppet master : the littlest reich est une comédie horrifique divertissante et constituant un jeu de massacre jubilatoire. Dans ce film où rien n’est sacré, le fait de lui avoir accordé le grand prix à Gérardmer constitue une sorte de gros fuck à la société bien pensante. On attend désormais le prochain opus avec intérêt. Après tout, comme l’indique le film « to be continued ».

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30 janvier 2019

Manon Lescaut de Gabriel Aghion

manonlescaut1Titre du film : Manon Lescaut

Réalisateur : Gabriel Aghion

Année : 2013

Origine : France

Durée : 1h30

Avec : Samuel Thels, Céline Perreau, Xavier Gallais, Laurent Stocker, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Amiens, 1713. Des Grieux est un jeune étudiant de bonne famille, qui s’apprête à devenir Chevalier de l’Ordre de Malte. Son avenir est tout tracé jusqu’à sa rencontre avec la belle Manon, jeune fille d’origine modeste.

 

Manon Lescaut est un célèbre roman (1731) de l’abbé Prévost. Cette histoire d’amour passionnée entre le chevalier des Grieux, un garçon de bonne famille destiné à une carrière ecclésiastique et Manon Lescaut, une roturière de petite vertu, a connu plusieurs adaptations dans l’ensemble assez décevantes. Seul Henri-Georges Clouzot avec son Manon (Lion d’or à Venise en 1949) est parvenu à rendre justice au roman en transposant cette histoire dans la France occupée de 1944.

Mais depuis ce film, rien de bien folichon à l’horizon. Et ce n’est pas cette adaptation datée de 2013, mise en scène par Gabriel Aghion (Pédale douce, Belle maman) qui risque de relever le niveau.

Déjà, il ne s’agit pas d’un film mais d’un téléfilm commandé par France 3. Les chaînes de télévision peuvent livrer de belles adaptations de la littérature. On songe ainsi aux téléfilms romantiques estampillés BBC.

Manon9copThierryOzilManon Lescaut n’a nullement le charme précieux et romantique des œuvres télévisuelles britanniques. Le problème le plus criant tient au choix de l’actrice principale. N’y allons pas par quatre chemins : Céline Perreau joue très mal le rôle de Manon Lescaut. Elle surjoue en permanence. Dès lors, son statut de femme fatale prend sérieusement du plomb dans l’aile. D’ailleurs, on se demande comment cette Manon Lescaut parvient à faire tourner la tête de tous les hommes.

Dans le même ordre d’idée, dès le début de ce téléfilm, on reste perplexe lorsque Manon Lescaut se déshabille en pleine rue à Amiens pour séduire le candide chevalier des Grieux…

De la nudité gratuite dans un téléfilm tout public. Voilà qui a de quoi surprendre. Et le réalisateur Gabriel Aghion de multiplier à plusieurs reprises ce choix artistique. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’apporter un peu de piquant à un récit manquant cruellement de vigueur. Car Manon Lescaut n’est pas un téléfilm très palpitant. Sans dire que l’on s’ennuie ferme, on ne ressent jamais la passion entre ces deux êtres, alors que c’est l’objet même de l’histoire. Un comble !

Et puis France 3 n’est pas la BBC. Visiblement les moyens financiers ont été limités. Si les décors (châteaux, vieille prison) et les costumes respectent l’époque en question, il n’y a rien de remarquable. On a un peu l’impression d’une reconstitution bon marché. Le budget a dû être tellement serré que la production ne s’est pas embarrassée à respecter scrupuleusement le roman. Ainsi, pas de déportation pour Manon Lescaut en Amérique, précisément en Louisiane française.

Au lieu de cela, le spectateur assiste à des joutes verbales avec des dialogues trop littéraires. Ne soyons toutefois pas trop dur, quelques phrases font mouche, nous ramenant bien souvent au côté (pseudo) femme fatale de Manon Lescaut : « la femme jeune est un poison subtil » ; « la passion est mauvaise conseillère. »

Manon6Si cette adaptation morne de Manon Lescaut ne passionnera pas les foules, elle met toutefois en lumière une jeune femme libre, proposant une vie de débauche afin d’améliorer son quotidien. Elle amène sur son chemin du péché l’aimant chevalier des Grieux, prêt à tout pour elle. Ce gentilhomme sombre corps et bien, victime de sa passion amoureuse. Pendant que sa belle tapine chez les riches, il s’adonne aux tricheries au jeu et même au meurtre par amour. C’est bien dommage que cet aspect ne soit pas mieux mis en scène et joué par des acteurs plus convaincants.

Même un acteur comme Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française, peine à convaincre. On se demande quelle mouche l’a piqué pour vouloir faire de Manon sa maîtresse car sa passion apparaît aussi rapide que grotesque. C’est en fait un autre second rôle qui retient notre attention. Xavier Gallais interprète avec conviction le personnage de Christian Lescaut, le frère de Manon. On apprécie son côté libéré d’arnaqueur et les rapports troubles qu’il entretient avec sa sœur. Voilà un personnage haut en couleurs qui nous extrait parfois de la léthargie de ce téléfilm.

Au final, Manon Lescaut constitue clairement une adaptation décevante du roman de l’abbé Prévost. Cette histoire d’amour passionnelle est sabordée par une mise en scène peu inspirée, une actrice principale banale et des moyens trop limités alloués à ce téléfilm. Si quelques dialogues bien sentis et des personnages secondaires n’étaient pas là pour remonter le niveau, on serait proche du naufrage intégral.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/manon-lescaut-la-critique-du-telefilm-le-test-dvd

 

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20 janvier 2019

The unseen de Geoff Redknap

the_unseen_jaquette_c0658Titre du film : The unseen

Réalisateur : Geoff Redknap

Année : 2017

Origine : Canada

Durée : 1h50

Avec : Aden Young, Julia Sarah Stone, etic.

FICHE IMDB

Synopsis : Persuadé qu’il devient invisible, un homme solitaire décide de retrouver sa fille, disparue sans laisser de trace. Parviendra-t-il à résoudre le mystère en dépit de son état physique instable ?

 

Présenté en 2017 au festival Hallucinations collectives, The unseen est le premier film de Geoff Redknap, spécialisé dans les effets spéciaux et notamment ceux de Deadpool. Ce cinéaste canadien propose ici une variation du mythe de l’homme invisible.
Cette figure bien connue du cinéma fantastique classique est notamment apparue récemment dans Hollow man (2000) de Paul Verhoeven et dans Le garçon invisible (2014) de Gabriele Salvatores.

Geoff Redknap apporte sa pierre à l’édifice avec une vision très personnelle du mythe. A fortiori, The unseen est avant tout un drame mâtiné de fantastique. Le principal protagoniste, Bob Langmore, ouvrier dans une scierie, est atteint d’une maladie mystérieuse qui le rend progressivement invisible. L’originalité du film réside dans le fait que l’état de cet homme est traité comme une pathologie incurable. Raison pour laquelle il a dû abandonner sa famille.

theunseen3_41e4dThe unseen traite avant tout de relations familiales éclatées : un père et mari absent ; une fille qui en veut à sa mère car elle n’aurait rien fait pour retenir son père. Bob Langmore va profiter de la situation pour se rapprocher de sa fille. Paradoxalement, plus il devient invisible, plus il est visible pour sa fille sur le plan affectif. Il tente de remplir (enfin) son rôle de père. The unseen s’avère très touchant de ce point de vue. Et puis le film pose en filigranes cette question essentielle : peut-on récupérer le temps perdu ?

La musique lancinante du groupe Caveboy renforce l’immersion dans le film. On a l’impression qu’elle apporte une douceur, une sensibilité qui s’adapte bien au propos de The unseen. Elle est en phase avec les thématiques principales de cette œuvre. La musique accroît par ailleurs ce sentiment d’environnement froid, grisâtre, sans avenir. Les entreprises ferment les unes après les autres, transformant la ville en cité fantôme. Tout cela n’est pas sans rappeler les personnages de l’excellent It follows traversant un Détroit abandonné sur une musique atmosphérique.

Dans The unseen, ceux qui restent sont comme englués dans ce quotidien morne. La dimension sociale du film est évidente. D’ailleurs, de manière sous-jacente, le réalisateur critique l’homophobie qui sévit dans cette ville perdue dans le fin fond du Canada. Il est évident que l’on ne peut pas grand-chose contre les « on dit ». De manière plus générale, le film est une ode à la différence. Cela n’est pas innocent si l’ex-femme de Bob Langmore a refait sa vie avec une femme.

Pour asseoir son drame fantastique, le réalisateur Geoff Redknap utilise des effets spéciaux très réalistes qui ne sont pas sans rappeler ceux de Terminator. Cette incroyable histoire d’homme invisible attise l’intérêt de certaines personnes, lesquelles font écho à de tristes heures de notre histoire contemporaine. Le médecin chinois fait immanquablement penser aux médecins nazis pratiquant des études sur les cobayes humains pendant la deuxième guerre mondiale. L’invisibilité est vécue comme une maladie mais c’est aussi un pouvoir que l’on peut utiliser à sa guise (chez Verhoeven le personnage principal en profitait pour s’introduire dans les douches des filles pour les voir nues).

theunseen_002_600x240_ed3adAu niveau de la distribution, on ne peut que louer sa grande qualité, toute en sobriété. L’acteur principal, Aden Young, est crédible dans ce rôle de l’homme invisible. A plusieurs reprises, on perçoit sa souffrance d’être différent des autres. Quant à la jeune actrice, Julia Sarah Stone, elle est épatante de naturel et place le spectateur en situation d’empathie avec elle.

Tout n’est cependant pas parfait dans ce film. Et si l’on veut ergoter un petit peu, on peut lui reprocher d’avoir ajouté une sous-intrigue inutile autour d’un dealer de trafic d’organe d’ours qui semble juste là pour son côté action. Manifestement, le réalisateur ou les producteurs craignaient que ce drame intimiste et social finisse par ennuyer le spectateur.
D’autant que le ton reste de bout en bout assez froid, à l’image de l’environnement grisâtre de ce ces villes post-industrielles ouvrières qui s’éteignent petit à petit. Métaphore de l’état de santé du héros et de sa place dans la société ?
Toujours est-il que The unseen demeure une bonne surprise qui, en ce début d’année 2019, n’a toujours pas trouvé de distributeur en France.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/the-unseen-la-critique-du-film

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10 janvier 2019

Mon top 20 commenté des meilleurs films de 2018 (avec des liens pour accéder à la critique des films chroniqués)

Mon top 20 commenté de l’année 2018 (il suffit de cliquer sur les titres apparaissant en gras pour obtenir la critique du film) :

 hostiles11. Hostiles de Scott Cooper (États-Unis)

2. Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret (France)

3. Hérédité d’Ari Aster (États-Unis)

4. Upgrade de Leigh Whannell (États-Unis)

5. Une femme heureuse de Dominic Savage (Royaume-Uni)

6. Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu (Japon)

7. Suspiria de Luca Guadagnino (Italie)

8. Realive de Mateo Gil (Italie)

9. Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez (France)

10. Ghostland de Pascal Laugier (France), critique de Locktal

11. Le grand bain de Gilles Lellouche (France)

12. A star is born de Bradley Cooper (États-Unis)

13. Les frères Sisters de Jacques Audiard (France)

ami_ami14. Ami-Ami de Victor Saint Macary (France)

15. Lady bird de Greta Gerwig (Etats-Unis)

16. Halloween de David Gordon Green (États-Unis)

17. Strangers : prey at night de Johannes Roberts (États-Unis)

18. Dans la brume de Daniel Roby (France)

19. La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher (France)

20. Downsizing d’Alexander Payne (États-Unis)

 

On pourrait aisément résumer l’année 2018 en évoquant le titre « retour vers le futur ». Car cette année a été marquée par le retour au premier plan du western, avec d’abord l’excellent Hostiles, western désenchanté, qui trône en tête de mon classement. Sans oublier Les frères Sisters, western crépusculaire bien violent qui est loin d’avoir démérité, dont la seule faiblesse est sans doute son scénario trop linéaire.

Le retour vers le futur est également dû à la profusion de films d’horreur de qualité. On se croirait revenu dans les années 80 ! Pour n’en citer que quelques-uns : l’éprouvant Hérédité figure sur mon podium de l’année. D’autres films de genre sont marquants, à l’instar de l’excellente production Blumhouse que constitue Ugrade, le néo-Suspiria qui a su se détacher de son illustre modèle pour livrer un autre film (et quel final!) avec une Dakota Johnson à des années-lumière de la trilogie guimauve des 50 nuances, ou encore Ghostland, dernière œuvre bien retorse de notre frenchie Pascal Laugier.

mademoiselledejonD’ailleurs, la France est bien servie dans ce classement avec des œuvres hétéroclites. Ainsi, outre Ghostland, Mademoiselle de Joncquières, drame romantique bénéficiant de dialogues d’un autre temps (encore un retour vers le futur…), côtoie le thriller tordu Un couteau dans le cœur (avec une méconnaissable Vanessa Paradis) ou le film de zombies à la française que constitue La nuit a dévoré le monde. Évidemment, les comédies ont également droit de cité, tant qu'elles sont d’un bon niveau, et c’est le cas avec les rafraîchissants Le grand bain et Ami-Ami, deux films décalés et réellement drôles.

Comme on peut s’en douter, les Américains sont également très bien représentés avec 8 films dans ce top comme… les Français ! Eh oui, nous faisons jeu égal avec eux, même si les meilleurs films restent selon moi Américains avec notamment 3 films dans le top 4 : Hostiles, un western (ça vous l’avez compris) et donc 2 films d’horreur (Hérédité et Upgrade).

Le top laisse également la place à des films sensibles, comme le bouleversant Une femme heureuse, un portrait sans concession d’une femme mariée qui ne supporte plus sa vie ou encore la palme d’or remportée par Kore-Eda Hirokazu avec le très beau Une affaire de famille.

Quelques mots sur les films absents de ce classement et notamment les flops. Ils sont peu nombreux. Le tiercé est occupé par deux films d’horreur : les décevants Predator (un remake / reboot raté) et La nonne ( un film très lourd) côtoient le film d’auteur Woman at war dont le côté décalé m’a ennuyé et laissé de marbre.

Quoi qu’il en soit, cette année fut plutôt emballante ! Vivement les films de 2019 et même les séries (on attend la fin du trône de fer…).

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31 décembre 2018

Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu

affairedefamilleTitre du film : Une affaire de famille

Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu

Année : 2018

Origine : Japon

Durée : 2h01

Avec : Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka, Kiki Kirin, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent.

 

On ne pouvait pas finir l’année 2018 sans une critique de la palme d’Or cannoise. Cette dernière a d'ailleurs a été donnée à un réalisateur très apprécié sur ce blog : le japonais Kore-Eda Hirokazu. Véritable successeur d’Ozu, Kore-Eda fait preuve dans sa filmographie d’un humanisme sincère, tout en effectuant une radiographie de la société japonaise.

Même si le festival de Cannes lui a accordé son plus prestigieux prix, Une affaire de famille ne constitue pas le meilleur film de son réalisateur. On lui préférera la gravité d’un Nobody knows ou la tendresse de Notre petite sœur.

Cela étant, Une affaire de famille n’en demeure pas moins un excellent film. Et il constitue une parfaite synthèse de la filmographie de ce cinéaste incontournable.

Le film raconte l’histoire de personnes vivant de petits larcins, qui décident de recueillir une fillette, manifestement maltraitée par ses parents.

uneaffairedefamille2Kore-Eda Hirokazu s’intéresse aux laissés-pour-compte avec ces gens peinant à joindre les deux bouts, qui effectuent des petits boulots et commettent dans le même temps des vols quotidiens. La famille qui nous est présentée est atypique : la grand-mère possède une petite maison où elle a accueilli sa petite-fille (laquelle travaille en se dénudant dans un établissement spécialisé), un couple, leur garçon et désormais cette fillette. En somme voilà une famille reconstituée en raison des difficultés économiques et qui se côtoie avec une certaine promiscuité.

Avec ce melting pot d’inconnus recréant à leur façon une cellule familiale dans laquelle ils apprennent à se connaître, se respecter, s’apprécier, et finalement s’aimer, Une affaire de famille vient en écho (et même en opposition) à Still walking où l’on assistait aux zizanies d’une famille et l’impossible compréhension entre les générations.

Kore-Eda Hirokozu ne juge jamais ses personnages. Chacun a ses raisons et il respecte les choix de ses protagonistes. Il préfère montrer, comme dans Tel père, tel fils, que les liens du cœur peuvent être plus forts que ceux du sang. Les petites attentions, les repas de famille – entre différentes générations – font plaisir à voir et prouvent qu’il faut parfois peu de choses pour être heureux.

A cet égard, la plus belle scène du film, qui constitue d’ailleurs la césure avec la suite, est celle de la journée passée à la mer. On constate que la grand-mère est heureuse et que tous les membres de cette famille sont heureux de jouer et de passer du temps ensemble. L’émotion est palpable et l’humanisme de Kore-Eda atteint son apogée. On comprend aisément qu’il s’agit d’une parenthèse enchantée.

D’autant que la suite de ce long-métrage humaniste révèle les secrets inavoués, les motivations de chacun. En somme sur les raisons de cette union hétéroclite entre des gens n’ayant aucun lien entre eux. Kore-Eda nous fait penser cette fois à son thriller psychologique, The third murder, avec ces interrogatoires ayant pour but de découvrir la vérité. Ces interrogatoires révèlent les faiblesses de nos protagonistes et dans le même temps leur humanisme profond (le choix de la « mère de famille »). On est également touché par la très belle scène du bus, qui ne fait que conforter que l’importance des liens du cœur.

uneaffairedefamille3Comme toujours, Kore-Eda peut compter sur une distribution de très bon niveau. Rendons hommage à Kiki Kirin qui interprète la grand-mère avec beaucoup de naturel. Cette actrice, vue dans de nombreux films de Kore-Eda, est décédée en septembre 2018 à l’âge de 75 ans. Elle nous manquera. A ses côtés, tous les autres acteurs se fondent parfaitement dans leurs personnages, à tel point qu’on a parfois l’impression d’assister à un documentaire.

Avec Une affaire de famille, Kore-Eda Hirokazu parle de ce qui l’intéresse le plus : l’évolution de la société japonaise. A travers l’histoire de gens défavorisés, il aborde tous les thèmes qui lui sont chers : l’enfance maltraitée (la fillette), les questions de la filiation, et les liens entre les membres d’une famille. S’il ne s’agit pas du meilleur film de son auteur, c’est une œuvre riche et faisant preuve d’une belle sensibilité.

La palme d’or obtenue à Cannes avec ce film permettra sans doute de mettre en lumière la filmographie passionnante de Kore-Eda.

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22 décembre 2018

Overlord de Julius Avery

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Titre du film : Overlord

Réalisateur : Julius Avery

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Jovan Adepo, Wyatt Russell, Pilou Asbaek, Mathilde Ollivier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : A la veille du débarquement, un groupe de parachutistes est largué en France occupée. Alors qu’ils luttent pour accomplir ce qui ressemble à une mission impossible, ils tombent sur un laboratoire secret dans lequel sont menées des expériences surnaturelles.

 

Overlord est produit par J.J. Abrams (Star Trek ; Star Strek into darkness) et bénéficie à ce titre d’un budget conséquent, ce qui n’est pas fréquent pour un film de genre.

Ce film se déroule durant la seconde guerre mondiale. Des soldats américains sont parachutés dans un village français afin de détruire une antenne-radio.

Dès le départ, le ton est donné avec une introduction digne des meilleurs films de guerre : le spectateur est le témoin de ces GI’s sautant en parachute dans des conditions tumultueuses, avec un ennemi prêt à les éliminer.

Réalisé par l’australien Julius Avery, Overlord est également intéressant dans la mesure où c’est une œuvre hybride. Il ne s’agit pas uniquement d’un film de guerre mais également d’un film d’action et d’un film d’horreur – bien marqué dans le bis, au bonheur des amateurs du genre.

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Si le scénario du film n’est pas d’une grande complexité, il a le mérite de mettre (intelligemment) en relation les agissements des médecins nazis lors de leurs horribles expérimentations avec la survenance de nazis zombies particulièrement coriaces. L’idée est plutôt bonne et donne lieu à des scènes bien gore et décomplexées.

Car Overlord est avant tout un spectacle total qui en donne au spectateur pour son argent. On ne voit d’ailleurs pas le temps passer et on peine à croire que le film dure 1h50. Il faut dire que ce long métrage multiplie les scènes d’action et on ne s’ennuie pas une minute.

Si l’on n’est jamais vraiment surpris par ce qui se passe, force est de constater que la mise en scène est appliquée, dynamique et exploite au mieux l’environnement qui nous est proposé que cela dans le repère des nazis ou dans le village français. S’il y a quelques notes d’humour (noir), le ton du film reste généralement sérieux. Et c’est tout à son honneur.

Overlord n’est pas non plus avare en matière de gore avec quelques séquences qui ne sont pas piquées des hannetons. Ces scènes sont d’autant plus remarquables que les maquillages et SFX sont vraiment bluffants. On a vraiment l’impression de voir des morts-vivants plus vrais que nature.

En dépit de ses nombreuses qualités, Overlord souffre d’un scénario qui multiplie à outrance les invraisemblances. A titre non exhaustif, on pourra s’étonner de la facilité des GI’s à passer parfois les lignes ennemies. De la même façon, c’est bizarre que les nombreux tirs en provenance de la maison où résident les GI’s n’alertent jamais les nazis. Auraient-perdu le sens de l’ouïe ?

On a même droit à des séquences totalement « too much », à l’image du gamin qui court au milieu d’une bataille, parvenant à échapper à tous les tirs ennemis. Quel talent ! Le top des invraisemblances revient au personnage de Mathilde Ollivier, la Française du film, qui d’une part n’en fait qu’à sa tête (se prend-t-elle pour une GI’s?) et garde chez elle un membre de sa famille qui a tout d’un mort-vivant.

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La pertinence du scénario laisse clairement à désirer mais l’essentiel est ailleurs. Overlord est avant destiné à divertir en proposant un spectacle de ce que l’on voit habituellement.

Une fois n’est pas coutume pour un film de genre, la distribution est dans l’ensemble de qualité. Les acteurs interprétant les soldats américains sont crédibles. On ressent parfois l’influence d’une œuvre comme Aliens, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le seul point noir au niveau du casting est une nouvelle fois la pauvre Mathilde Ollivier dont le personnage manque de finesse et que l’on sent peu concernée. Peut-être avait-elle déjà conscience que son personnage était mal écrit.

Heureusement, les menus défauts du film (scénario abracadabrantesque, une des actrices pas terrible au niveau de son jeu) son compensés par la générosité d’Overlord qui est sans conteste une œuvre fun et réjouissante. Les amateurs de films de genre (guerre, action, horreur) seront sans aucun doute aux anges.

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11 décembre 2018

Realive de Mateo Gil

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Titre du film : Realive

Réalisateur : Mateo Gil

Année : 2018

Origine : Italie

Durée : 1h52

Avec : Tom Hughes (Marc), Oona Chaplin (Naomi), Charlotte Le Bon (Elizabeth), Barry Ward (Dr West)

FICHE IMDB

Synopsis : Marc est un jeune trentenaire à qui tout réussit. Lorsqu’il apprend qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il prend une décision radicale : cryogéniser son corps dans l’espoir qu’on puisse le guérir dans le futur. A son réveil, 60 ans plus tard, sans repères et séparé de ses proches, Marc découvre un monde dans le quel il est devenu un étranger.

 

Réalisé par l’italien Mateo Gil, Realive part d’un postulat intéressant : atteint d’un cancer incurable, Marc, un trentenaire, décide d’échapper à la mort…en se suicidant. Mais son suicide a un but bien précis : permettre à son corps, alors en excellent état, d’être cryogénisé. L’objectif avoué est que les progrès futurs de la science le ramènent un jour à la vie.

Evidemment, cet espoir va se concrétiser puisque dans le cas contraire il n’y aurait pas de film…

Realive marche dans les pas de Bienvenue à Gattaca (1997), tant parce qu’il s’agit d’une œuvre dystopique qu’en raison de son traitement épuré. C’est d’ailleurs ce traitement quasi clinique qui permet au cinéaste Mateo Gil de masquer la faiblesse de son budget.

Ce long métrage est axé sur le personnage de Marc, lequel raconte son histoire (sa première vie en somme) avant son réveil par le biais de flashbacks.

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Realive met astucieusement en opposition les deux vies de Marc : celle avant la cryogénisation et celle après. Le film est empreint de nostalgie à moults reprises. Marc regrette clairement d’avoir fait un mauvais choix et de ne pas avoir profité pleinement de sa vraie fin de vie.

Le film invite le spectateur à s’interroger sur les conséquences de la cryogénisation. S’il est présenté comme un nouveau « Lazare », Marc ne repart pas de zéro. Il se remémore son passé, et notamment les moments heureux qu’il a vécus.

Realive pose les bonnes questions liées à la cryogénisation : si l’on a un jour la chance d’être ramené à la vie, pourra-t-on trouver sa place dans un monde qui a changé ? Comme nos proches seront décédés, ne risque-t-on pas d’être touché par la solitude ou à tout le moins par des regrets éternels difficilement supportables ?

La mise en scène marque également une césure entre ces deux vies différentes : les événements passés sont présentés comme des moments de joie, avec des couleurs chaudes. En revanche, le réveil de Marc et l’apprentissage de sa nouvelle vie a lieu dans un environnement clos et froid, celui d’une clinique new age.

La cryogénisation n’est plus en 2018 un mythe. On estime que 300 personnes dans le monde en bénéficient actuellement. Cela étant, Realive est là pour rappeler que ce procédé, encore hypothétique quant à ses conséquences, n’est pas forcément l’Eldorado attendu. Déjà, il faut avoir la chance d’être réanimé. Ensuite, il y a le risque d’être cruellement seul dans un monde inconnu et dans un état physique différent de celui que l’on a eu auparavant. Le personnage de Marc n’est pas un nouveau mais plutôt une sorte de monstre de Frankenstein revisité.

D’ailleurs, une des scènes-clés du film nous permet de comprendre que la réanimation d’un corps après de nombreuses années de cryogénisation (plus de 60 ans dans le cas de Marc) n’est pas quelque chose d’inné. Des sacrifices sont redoutés avant d’aboutir au résultat tant espéré.

Cela n’est pas un hasard si le docteur se nomme West : c’est une allusion explicite à Herbert West : réanimateur, nouvelle de Lovecraft parue en 1922 où un savant fou était prêt à tout pour ressusciter des morts.

Surtout, Mateo Gil nous amène à nous poser des questions sur notre propre condition : la mort, que nous rencontrerons tous, est quelque chose de naturel. Vouloir la combattre ou l’esquiver n’est pas forcément le meilleur choix, comme le prouvent les regrets (éternels?) de Marc.

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D’autant qu’il évolue désormais dans un monde où les sentiments semblent avoir disparu, l’amour étant par exemple réduite à sa considération purement physique.

Au niveau de la distribution, Tom Hughes est parfait dans le rôle difficile de Marc, un homme sensible, censé, se posant continuellement des questions sur ses choix. On retrouve à ses côtés, dans sa vie « passée » la belle espagnole Oona Chaplin dans le rôle de la compagne aimante. C’est elle qui apporte un côté romantique (et parfois même mélodramatique par son aspect histoire d’amour impossible) à Realive. Quant à l’ex-miss météo Charlotte Le Bon, elle fait preuve de beaucoup de sensibilité dans le rôle d’e l’infirmière de Marc. De son côté, Barry Ward interprète un trouble docteur West , que l’on peut aisément assimiler à un néo docteur Frankenstein.

En somme, en dépit d’un budget sans doute famélique et d’un rythme pas franchement alerte, Realive peut se targuer de thématique riches, d’une histoire prenante (les flashbacks constituent une excellente idée) et d’une solide distribution. Voilà un très bon complément au modèle du genre en matière de science-fiction réflexive, à savoir Bienvenue à Gattaca.

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