Déjantés du ciné

18 avril 2017

Grave de Julia Ducournau

Grave1Titre du film : Grave

Réalisatrice : Julia Ducournau

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h38

Avec : Garance Marillier (Justine), Ella Rumpf (Alexia), Rabah Naït Oufella (Adrien), Laurent Lucas (le père), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

 

Précédé d’une réputation flatteuse après son passage au festival de Cannes et à d’autres manifestations cinématographiques, Grave attise forcément notre curiosité. Dans ce nouveau film d’horreur à la française, a-t-on affaire à une belle réussite ou au contraire à une œuvre inégale comme de nombreux autres films français de genre ? (Haute tension, A l’intérieur)

Premier long métrage de la jeune Julia Ducournau, Grave constitue une bonne surprise. En effet, il s’agit d’une œuvre qui joue beaucoup sur les représentations et sur le côté psychologique, et pas uniquement sur le côté horrifique. L’héroïne principale, la jeune Justine (la citation à la Justine de Sade est évidente), rentre dans une école vétérinaire. C’est pour elle l’occasion d’un grand changement. Elle doit tout à la fois s’intégrer au sein du corps des vétérinaires mais aussi faire avec son propre corps.

grave3De manière parfois trash, la réalisatrice Julia Ducournau évoque le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. Justine est en fin de compte une jeune fille brillante sur le plan scolaire qui se cherche au niveau de l’identité. Lorsqu’elle se trouve dans son école de véto, elle rencontre un monde qui lui est étranger, et l’intégration n’est pas évidente. Le rituel du bizutage est bien présent et oblige les bizuts à subir des événements pas toujours très sympathiques : ramper comme des esclaves ; jeter son matelas sur lequel on dort par la fenêtre  ; se faire inonder de sang d’animal (hommage à Carrie) ; manger de la cervelle de rat qui constitue d’ailleurs une scène-clé du film. Julia Ducournau retranscrit bien ce bizutage et en particulier le premier soir à l’école de véto avec la fête qui est organisée. On ressent bien l’ivresse des fêtes étudiantes avec tous les délires qui semblent permis. Par moments, on a l’impression que la jeune réalisatrice est sous l’influence de Gaspar Noé ou de Gregg Araki.

Mais tout le monde n’y trouve pas son compte dans ces fêtes. Justine semble perdue. Elle est clairement à la recherche du groupe auquelle elle appartient et même de sa propre identité. Elle ne sait pas très bien où elle en est. Elle continue à se chercher, y compris dans sa propre féminité. Si elle est effectivement une fille, elle n’est pas à l’aise lorsqu’on l’oblige à porter une jupe. De la même façon, elle est forcément troublée lorsque sa grande sœur s’amuse à pisser debout comme un garçon. Voilà qui remet une nouvelle fois en question sa propre identité. Et que dire de cette scène où sa sœur veut lui raser des poils pubiens, pour lui donner une nouvelle féminité. Cette séquence est sans aucun doute un passage-clé du film. Il révèle à Justine sa véritable nature, celle d’une jeune femme qui prend un plaisir certain à manger de la viande humaine. Ce cannibalisme, très réaliste dans son approche, donne une nouvelle dimension au film. Ce dernier joue sur deux registres qui se complètent plutôt bien : le gore pur et dur et le psychologique.

Les séquence gore, pas très nombreuses, donnent lieu en tout cas à des scènes sacrément marquantes. Qui malheureusement ne sont pas toujours bien amenées : la fameuse scène du doigt me paraît un peu « too much » et trop abrupte. De la même façon, la révélation finale concernant le père de Justine surligne trop quelque chose qu’on aurait pu laisser à la libre appréciation du spectateur. C’est un peu dommage car cela amoindrit la portée du film puisque l'on pourrait avoir l’impression que la réalisatrice a voulu juste choquer pour choquer.

grave4Pourtant, à y regarder de près, cela n’est pas le cas. Grave évoque certes le cannibalisme mais il raconte surtout le difficile passage à l’âge adulte avec une jeune femme qui découvre sa sexualité. De façon peu conventionnelle certes, mais elle découvre désormais un corps qu’elle n’avait jamais utilisé pour assouvir ses pulsions. A l’instar de la comédie horrifique Teeth et de l’excellent It follows, Grave montre que la sexualité est quelque chose de compliqué à appréhender, et qu’elle peut donner lieu à des conséquences inattendues. Dans Teeth, l'héroïne juvénile disposait d'un incroyable vagin denté lui permettant de se protéger de prédateurs masculins. Dans It follows, le sexe, tel un interdit qu’il ne faut pas franchir, devient maléfique puisqu’il finit par poursuivre ses utilisateurs. La jeune héroïne le comprend rapidement à ses dépens. Dans Grave, Justine assouvit sa passion du corps de l’autre de façon extrême. Même si ces films sont évidemment assez différents par leur approche, ils racontent tous l’histoire d’une adolescente qui se métamorphose (les scènes sous la douche sont à cet égard symboliques de cet état de fait) puisqu’elle vit le passage obligé de l’adolescence à celui de l’adulte. La cinéaste Julia Ducournau insiste d’ailleurs sur la transformation sur le plan physique.

A cet égard, il convient de signaler la performance époustouflante de Garance Marillier dans le rôle de Justine. La jeune actrice est totalement à son aise en interprétant cette jeune fille tout à la fois frêle, timide et pouvant s’avérer extrêmement violente lorsqu’elle laisse parler ses envies. Ella Rumpf, dans le rôle de sa grande sœur Alexia, livre aussi une prestation de tout premier plan. Elle est l’initiatrice de Justine et ce dès la première scène. D’ailleurs, les deux sœurs à l’écran sont finalement très proches. Comme quoi, même dans des films français dits de genre, on peut avoir droit à une distribution de qualité.

Au final, en dépit de défauts d’écriture alourdissant son propos, Grave s’avère un film d’horreur psychologique de bonne tenue. On attend avec intérêt la prochaine œuvre de Julia Ducournau.

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07 avril 2017

The lost city of Z de James Gray

thelostcity1Titre du film : The lost city of Z

Réalisateur : James Gray

Année : 2017

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h21

Avec : Charlie Hunnam (Percy Fawcett), Sienna Miller (Nina Fawcett), Tom Holland (Jack Fawcett), Robert Pattinson (Henry Costin), Angus Macfadyen (James Murray), etc.

Synopsis : L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie.

FICHE IMDB


Avec The Lost City of Z, James Gray adapte le roman La Cité perdue de Z écrit par David Grann. Il s’intéresse de ce fait à la vie de Percy Fawcett, un explorateur du Xxème siècle qui a réellement existé.

Au même titre que de grands films d’aventures métaphysiques tels que Aguirre la colère de Dieu de Werner Herzog ou Apocalypse now de Francis Ford Coppola, The lost city of Z est l’histoire d’une obsession : celle de Percy Fawcett qui cherche coûte que coûte à découvrir une cité ancienne, qu’il nomme la cité perdue de Z.

James Gray laisse la part belle à cette quête qui semble de prime abord inaccessible. A plusieurs reprises, Percy Fawcett va se rendre dans la forêt amazonienne. Le cinéaste américain met en scène des images splendides de cette forêt verdoyante qui recèle bien des dangers : serpents, fièvre, piranhas, courants rapides, etc. On est abasourdi par la beauté de ces paysages naturels, filmés avec une grande fluidité et une maîtrise incomparable. Ce long métrage nous propose quelques scènes spectaculaires, dignes de tout bon film d’aventures : le voyage en radeau avec des eaux qui peuvent se révéler bien difficiles ; des conditions climatiques rendant le voyage dans la forêt chaotique ; la réception d’indigènes qui ne sont pas tous bienveillants.

thelostcity3The lost city of Z est aussi l’occasion pour James Gray de remettre en perspective la notion de races et d’égalité des peuples. Dans The immigrant, il mettait en cause l’égalité des sexes avec une condition féminine bien difficile, notamment dans les basses couches de la société. Dans The lost city of Z, il traite cette fois de l’égalité des peuples. Ces « étrangers » qui vivent dans les forêts verdoyantes d’Amazonie sont-ils des sauvages, inférieurs dans leur statut aux Européens ? Sont-ils tous des cannibales, dénués d’intelligence ? Evidemment, James Gray apporte une réponse bien plus nuancée que les Lords britanniques de l’époque, à travers le personnage de Percy Fawcett.

Ce dernier est d’ailleurs un héros qui s’intègre parfaitement à l’univers de James Gray. Pour cet homme qui a un honneur à recouvrer, il fait tout pour redorer le blason de sa famille. Ainsi, il n’hésite pas à répondre favorablement à la demande de la société géographique royale d’Angleterre en se rendant en Amazonie. Puis il participe au conflit mondial de 1914-1918. Epris de justice, Percy Fawcett est un homme droit sur qui on peut compter. Il faut noter que l’intérêt du film tient aussi à la personnalité de son personnage principal, lequel fait preuve constamment de courage (voire de témérité) et de droiture en toutes circonstances. Des notions qui de nos jours ont tendance à s’estomper de plus en plus.

A sa façon, The lost city of Z apparaît comme la quête majestueuse d’un homme qui traverse les époques, les lieux différents, les guerres, mais avec une idée constante : trouver son graal. Certaines scènes quasi oniriques sont sublimes et attestent de l’obsession qui a gangrenée le cerveau de Percy : on songe ainsi à cette inoubliable scène où il rencontre une voyante qui finit par le transporter dans sa cité rêvée. Ou encore à l’une des scènes finales qui apparaît plus que jamais comme un songe.

Au demeurant, ce père, pourtant aimant, sacrifie dans sa quête sa famille. Sienna Miller tient ici un de ses meilleurs rôles, celui d’une femme qui accepte les nombreuses périodes d’absence de son époux. Elle s’en accommode, même si on voit bien qu’il lui manque. Si son rôle dans cette histoire peut apparaître mineur en comparaison des exploits de Percy Fawcett, il n’empêche que James Gray dresse un beau portrait de femme.

thelostcity2Outre Sienna Miller, c’est évidemment le rôle de Charlie Hunnamn en Percy Fawcet qui retient l’attention. L’acteur est vraiment excellent et les effets de maquillage sont vraiment bien rendus, puisque l’on assiste au cours du film à son vieillissement « naturel ». Cela donne de la profondeur à cette aventure qui ne pourra pas durer éternellement. Dans le rôle de l’ami fidèle de Percy Fawcett, Robert Pattinson version barbu, interprète un Henry Costin crédible.

Au final, The lost city of Z constitue sans nul doute un des films les plus ambitieux de James Gray. C’est un film d’aventure dans le sens le plus noble du terme, qui peut se targuer d’une mise en scène de très bon niveau. On est happé par cette histoire qui dure pourtant 2h21. Mais James Gray n’ennuie jamais son spectateur, puisqu’il conduit le spectateur dans plusieurs lieux et plusieurs époques. De la même façon, rêve et réalité se côtoient e façon pertinente. Sous ses allures de film classique, The lost city of Z est une œuvre fondamentalement novatrice. Une aventure comme on en fait quasiment désormais, à l’heure du numérique. Voilà donc un film hautement recommandable.

25 mars 2017

Split de Night Shyamalan

split1Titre du film : Split

Réalisateur : Night Shyamalan

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 1h57

Avec : James McAvoy (Kevin), Anya Taylor-Joy (Casey Cooke), Betty Buckley (la docteure Karen Fletcher), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités.

 

Après plusieurs années d’errance marquées par des échecs commerciaux et critiques, le cinéaste Night Shyamalan est enfin de retour. Avec Split, il signe une de ses œuvres les plus intéressantes aux côtés de Sixième sens et d’Incassable.

Split apparaît de prime abord comme un pur thriller avec un psychopathe qui enlève trois adolescentes et les enferme dans une pièce isolée. Pourtant, comme c’était déjà le cas pour le film de super-héros (Incassable), Shyamalan se plaît à détourner les genres et à y apporter sa patte personnelle.

split2Il est clair que Split est tout sauf conventionnel. Il y a bien un grand méchant en la personne de Kevin. Mais ce dernier est un être perturbé qui dispose de 23 personnalités différentes. A l’écran, la performance de James McAvoy, qui interprète les différentes personnalités de Kevin est bluffante. L’acteur n’a pas hésité à singulariser chacun de ses personnages en jouant tour à tour un être cynique, une personne efféminée, un garçon de 9 ans, une femme, etc. La voix de James McAvoy est à chaque fois différente tout comme son attitude et les habits qu’il porte. A des années-lumière du drame Reviens-moi qui l’avait fait connaître, James McAvoy fait un numéro d’acteur époustouflant qui devrait lui permettre de remporter des prix dans des festivals. C’est grâce à cette performance que Split prend une tournure étonnante puisque les trois victimes sont confrontées à un ennemi protéiforme, quasi insaisissable. C’est difficile de négocier avec un adversaire mais quand celui-ci héberge 23 personnalités, les choses se compliquent sérieusement.

Le cinéaste Night Shyamalan livre donc une œuvre très personnelle qui se démarque du tout venant. Mais l’intérêt de cette œuvre ne s’arrête pas là. De la même façon que Kevin dispose de plusieurs personnalités, Split est un film hybride. Ce n’est pas seulement un thriller étrange. C’est aussi un huis-clos, un film analysant la personnalité complexe d’un psychopathe, un drame, le tout mâtiné de fantastique (la fin du film). A cet effet, Shyamalan a la bonne idée de mettre en parallèle deux traumas : ceux vécus durant leur enfance par Kevin et par la jeune et courageuse Casey Cooke, l’héroïne du film. On comprend mieux leur comportement à l’aune des événements douloureux qu’ils ont subi.

C’est en mélangeant adroitement les genres que Shyamalan livre au spectateur une œuvre dense et riche sur le fond. D’autant que l’on n’a pas l’habitude de voir un « méchant » qui effectue des séances chez son psychiatre, bien conscient des difficultés qu’il rencontre. Le seul petit défaut que l’on peut d’ailleurs trouver dans Split est la durée un peu trop longues de ces séances. Cela coupe parfois le rythme et la tension du film.

split3Car il faut bien reconnaître que Split est un long métrage très prenant. C’est un huis-clos oppressant qui bénéficie de la superbe photo du chef-opérateur qui a officié sur l’excellent It follows. Split confronte le monstre Kevin à ces trois jeunes femmes qui cherchent par tout moyen à s’évader, sentant clairement que leur avenir est plus qu’incertain avec cet homme totalement fou.

Le film atteint son paroxysme au niveau de la tension par un final où l’on passe dans un nouveau genre, celui du survival. Cette fois-ci, notre héroïne Casey doit faire face à la 24ème personnalité de Kevin, qui est de loin la moins enviable à connaître. Le film devient notoirement violent et l’incursion du fantastique dans un quotidien jusque-là très réaliste, est une excellente idée. Le spectateur est une nouvelle fois surpris par la tournure des événements. Jusqu’à la toute fin du film (on appréciera le clin d’oeil au film Incassable), on ne sait pas comment tout cela va se terminer. A juste titre, Night Shyamalan évite le happy end hollywoodien qui aurait été clairement malvenu. Il propose au contraire une fin nuancée, qui pourrait même justifier une suite.

En l’état, Split est une œuvre très riche qui bénéficie de l’interprétation magistrale de James McAvoy et d’une tension permanente dans un thriller qui ne faiblit pas sur la durée. Au contraire, le film propose son climax par une fin radicale et bestiale. Nul doute que Split sera l’un des meilleurs films de l’année 2017.

On attend désormais avec une certaine impatience la prochaine œuvre de Night Shyamalan qui a remonté de plusieurs crans dans notre estime.

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15 mars 2017

Aliens, le retour de James Cameron

aliens1Titre du film : Aliens, le retour

Réalisateur : James Cameron

Année : 1986

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h17 (2h34 pour la version longue)

Avec : Sigourney Weaver (Ellen Ripley), Michael Biehn (caporal Dwayne Hicks), Lance Henriksen (Bishop), Paul Reiser (Carter Burke), Bill Paxton (Hudson), Carrie Henn (« Newt »), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Après 57 ans de dérive dans l'espace, Ellen Ripley est secourue par la corporation Weyland-Yutani. Malgré son rapport concernant l’incident survenu sur le Nostromo, elle n’est pas prise au sérieux par les militaires quant à la présence de xénomorphes sur la planète LV-426 où se posa son équipage… planète où plusieurs familles de colons ont été envoyées en mission de "terraformage".

 

Alien (1979) a rencontré à sa sortie un grand succès tant critique que public. C’est donc logiquement qu’un second opus voit le jour. Aliens, le retour constitue une suite directe de l’Alien de Ridley Scott (1979). Pourtant, il se révèle très différent du film original. Il faut dire que derrière la caméra c’est désormais James Cameron (Terminator, 1984) qui est à la manœuvre.

D’un huis-clos horrifique se déroulant à l’intérieur d’un vaisseau, on passe désormais à un pur shoot-them-up, extrêmement jouissif ! On ne peut pas savoir si c’était voulu à la base par les producteurs d’Aliens, toujours est-il que Cameron a pris le contrepied d’Alien, le huitième passager, même si les éléments principaux de l’histoire sont toujours présents.

aliens3Ainsi, Ellen Ripley constitue une héroïne courageuse qui va devoir affronter non pas un alien mais de nombreux aliens sur une planète qui n’a pas franchement l’air très hospitalière. Pour mener à bien une mission qui lui a été confiée, Ellen Ripley retourne avec des marines très entraînés et à en découdre. Ces marines ajoutent clairement au côté viril du film. D’ailleurs, on constatera avec intérêt que les femmes se débrouillent en fait comme des hommes, à l’image du première classe Vasquez. De son côté, Ripley est, comme dans Alien, particulièrement volontaire et constitue une héroïne très masculine dans ses faits et gestes pour sauver sa peau et celles de son entourage.

Ce point est très intéressant car dans le même temps, Aliens comporte une forte thématique liée à la maternité. Dès le début du film, Ripley, qui a dérivé 57 ans dans l’espace en hypersommeil, apprend que sa fille est décédée sur Terre. Elle a donc perdu un lien filial important. On comprend dès lors tout l’attachement qu’elle a auprès de la jeune « Newt », trouvée sur la planète LV-426 et qu’elle prend rapidement sous son aile. Elle a sans nul doute une relation de mère avec cette dernière. D’ailleurs, Newt finira par l’appeler maman, ce qui est loin d’être anecdotique.

La thématique maternelle ne s’arrête pas aux humains, elle va même jusqu’aux aliens, avec la « reine-mère » qui pond des aliens et constituera un des plus grands dangers rencontrés par Ripley, donnant lieu à une scène finale mémorable, dans un univers futuriste tout à fait étonnant.

Contrairement à ce que laisserait supposer le film par son aspect « actioner », Aliens ne se résume pas à des combats mettant en scènes l’opposition entre les humains et les xénomorphes. S’il est évident que cet aspect occupe un point non négligeable de l’histoire – et qu’il est au demeurant fort réussi, Cameron n’ayant son pareil pour réaliser des scènes limpides et dynamiques – on peut compter également sur une réflexion intéressante sur l’être humain.

Deux visions de notre monde sont apparaissent diamétralement opposés : on a d’un côté l’inextinguible recherche de profits de la corporation Weyland-Yutani, représentée par Carter Burke. Cette société symbolise le capitalisme sauvage, prêt à tout pour s’en sortir, quitte à mettre en danger des vies humaines. De l’autre côté, on a des gens prêts au contraire à tout pour sauver des vies humaines, quitte à se mettre en danger. C’est évidemment la courageuse Ripley qui symbolise cette vision de notre monde.

aliens4A sa façon, Aliens montre bien que les avancées de la science ne constituent pas forcément une bonne nouvelle et qu’il n’est pas déraisonnable de penser que notre envie insatiable de découvrir de nouveaux mondes, pourrait nous jouer de vilains tours.

Quelques mots sur la distribution. Evidemment, Sigourney Weaver crève l’écran et est le personnage central du film. Seul l’alien, avec son design effrayant et si particulier, peut la concurrencer. Les autres acteurs du film font le job et constituent de bons seconds rôles. James Cameron a intégré dans cette équipe des acteurs qu’il avait déjà fait tourner dans Terminator deux ans auparavant, comme Michael Biehn et Bill Paxton. Ces marines ont de la gueule et cela accroît le côté « actioner » de l’ensemble. On n’oublie pas pour autant la présence de Lance Henriksen, inoubliable dans le rôle de Bishop ou encore Paul Reiser dans celui du couard et manipulateur Carter Burke.

Aliens, le retour est un film de science-fiction survitaminé, qui en dépit d’une durée relativement longue (2h17), ne baisse jamais de rythme. On ne s’ennuie pas une minute et James Cameron parvient, dès que c’est nécessaire, à faire remonter la tension d’un cran. Ce film, devenu un modèle du genre, n’a pas vieilli d’un iota et on en vient à regretter les effets numériques utilisés actuellement par les réalisateurs.

05 mars 2017

Alibi.com de Philippe Lacheau

alibi3Titre du film : Alibi.com

Réalisateur : Philippe Lacheau

Année : 2017

Origine : France

Durée : 1h30

Avec : Philippe Lacheau (Grégory Van Huffel), Elodie Fontan (Flo Martin), Julien Arruti (Augustin), Tarek Boudali (Mehdi), Nathalie Baye, Didier Bourdon, Nawell Madani, etc.

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Synopsis : Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d'alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients.

 

L'acteur - réalisateur Philippe Lacheau s'était fait remarquer en 2014 en mettant en scène Babysitting, une comédie déjantée située entre Very bad trip et Projet X. Le succès aidant, l'ami Philippe Lacheau a réalisé un Babysitting 2. En 2017, il revient avec une nouvelle comédie délirante dénommée Alibi.com.

Dans la droite lignée de l'humour vue sur Canal + et sur ses précédents films, Philippe Lacheau offre au spectateur une comédie survitaminée bourrée de gags. Alors on pourra toujours ergoter que l'ensemble n'est pas très fin, mais ce long métrage n'a d'autre but que de divertir le spectateur. Et sur ce point, le film touche largement sa cible.

alibi4Déjà, l'idée de base est assez amusante avec cette société, Alibi.com, chargée de trouver des solutions en tous genres à leurs clients pour leur trouver un alibi. Tromper son conjoint en toute sécurité, aller à un match de foot au lieu de recevoir ses beaux-parents, voilà quelques-unes des possibilités permises grâce à Alibi.com. Évidemment, Philippe Lacheau joue à fond la carte de l'humour et il propose des solutions délirantes pour permettre aux clients d'Alibi.com de s'en sortir comme des fleurs.

Côté fun, on pourrait en rester là mais cela serait méconnaître Philippe Lacheau. Pour mettre du piquant à son scénario, le gérant d'Alibi.com, Greg (interprété par Philippe Lacheau lui-même, on n'est jamais mieux servi que par soi-même), tombe amoureux d'une belle jeune femme, Flo Martin (Elodie Fontan, vue dans Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu) avec qui c'est rapidement le grand amour. Le couple s'entend à merveille et partage de nombreux délires en commun, lesquels donnent lieu à des scènes réjouissantes : personnage de la soubrette sexy, duo improvisé sur la musique de « Partenaire particulier ». Mais cette romance idyllique prend du plomb dans l'aile car le père de Flo est un client de... Alibi.com !

On imagine aisément la relation particulière entre Greg et son nouveau beau-père. Notre menteur professionnel doit non seulement cacher sa véritable activité à sa chérie mais aussi trouver un alibi à son beau-père infidèle ! Tout cela donne lieu à des séquences savoureuses, avec des acteurs totalement en roue libre. L'ensemble donne l'impression d'être un peu décousu, partant dans tous les sens mais la générosité et la sincérité du propos emportent la décision.

Il faut dire que Philippe Lacheau, en bon trentenaire a été biberonné aux années 80 et son film en porte clairement la marque. Outre l'évocation de la musique des années 80, les amateurs de cette époque seront aux anges par les clins d'oeil appuyés à La guerre des étoiles et à Mad Max. Tout cela donne lieu évidemment à des scènes débiles, blagues potaches avec des combats ridicules et une course-poursuite improbable.

Philippe Lacheau ne détourne jamais son regard de son but initial : amuser son auditoire. Et sur ce point, il y va parfois un peu fort – ce qui étonnera sans doute le public français – avec des blagues douteuses, où le sexe est toujours cité comme moteur de blague. Alibi.com n'a pas à rougir de l'humour total de Very bad trip. Dans ce registre, on remarquera le sort peu enviable du petit chien de Flo qui en voit de toutes les couleurs dans le film.

alibi5Cela va sans dire mais la réussite d'Alibi.com tient pour beaucoup dans la joyeuse interprétation des acteurs du film. Philippe Lacheau est bon dans le rôle de ce trentenaire rapidement dépassé par les événements (finalement comme dans Babysitting). Pour lui rendre la pareille, Elodie Fontan n'a jamais été aussi belle. Elle est sans conteste l'atout charme du film. Ce long métrage étant avant tout une comédie, il bénéficie de la présence de tous les copains de Philippe Lacheau : ses potes Julien Arruti et Tarek Boudali composent d'excellents seconds rôles. Il leur arrive toutes sortes de galères que l'on suit avec délectation. On appréciera également de retrouver dans le rôle des parents de Flo une inoxydable Nathalie Baye et un Didier Bourdon faisant mouche avec son humour des Inconnus (autre clin d’œil à la jeunesse de Philippe Lacheau?). Quant à Nawell Madani, elle fait monter la température avec son côté sexy écervelée, starlette à deux balles prête à tout pour réussir dans le show-business.

En somme, voilà une comédie très plaisante à regarder qui reste toutefois à réserver à un public averti, les blagues à tendance sexuelle étant nombreuses. On ne peut que se réjouir de l'existence d'un tel cinéma en France.


23 février 2017

Loving de Jeff Nichols

LOving2Titre du film : Loving

Réalisateur : Jeff Nichols

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 2h03

Avec : Joel Edgerton (Richard Loving), Ruth Negga (Mildred), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel sauf qu'il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958.

 

Pour mettre en scène son nouveau long métrage, Jeff Nichols (Midnight special) s'est basé sur une histoire vraie et en partie sur le documentaire « The Loving story ». Il prouve à nouveau toute l'humanité qui se dégage de son cinéma en s'intéressant à un couple mixte, Mildred et Richard Loving (elle afro-américaine, lui blanc) qui s'est marié à Washington en 1958. Or, le couple Loving réside en Virginie où les mariages entre Blancs et gens de couleur sont interdits dans cet État, en application du Racial integrity act, loi votée en 1924.

Loving n'est pas spécifiquement un biopic mais bien plutôt un film militant. En effet, avec beaucoup d'à propos, le réalisateur Jeff Nichols décrit minutieusement le combat de ce couple mixte, qui s'est battu pour que son mariage soit reconnu comme étant légal.

Le film est intéressant car il évoque bien ce contexte, pouvant paraître surprenant de nos jours avec ces États sudistes interdisant le mariage entre couples mixtes. Preuve que la guerre de Sécession n'a pas fait converger les choses entre le Nord et le Sud, tant au niveau des lois qu'au niveau des mentalités. Ce long métrage a le mérite d'étayer le racisme ambiant qui gouverne cette époque dans un État du sud comme la Virginie. Un couple tel que celui des Loving doit faire face à des pressions importantes, en particulier des policiers voyant d'un très mauvais œil leur mariage. Dans une séquence du film, un policier se plaît à dire aux époux Loving qu'ils auront des enfants dégénérés, en raison du mélange de races différentes.

loving3Très logiquement, on assiste au chemin de croix des Loving, lesquels vont rencontrer des embûches avant d'espérer vivre librement leur amour. Loving (dont le nom est finalement approprié aux sentiments amoureux de ce couple) est à ce titre une belle histoire d'amour, symbolisée par le combat de ces deux amants. Dès le départ, Mildred et Richard Loving savent que leur amour est interdit et qu'ils vont rencontrer de nombreux problèmes. Mais ils choisissent d'aller contre la loi en cours et de prouver que leur amour peut être plus fort que tout.

Le cinéaste Jeff Nichols parvient très justement à intégrer dans une même histoire deux choses assez différentes : la petite histoire par les événements quotidiens auxquels doit faire face le couple Loving et la grande histoire par le mouvement en faveur des droits civiques des noirs qui est à l’œuvre. La situation des Loving s'inscrit dans une histoire plus globale avec un certain Martin Luther King à la manœuvre.

Même s'il faut bien reconnaître que le mariage mixte n'est pas la priorité des Noirs en matière de droits. On suit avec beaucoup d'attrait et de sentiment d'injustice toute la dureté du combat des Loving pour faire évoluer la loi. Ce couple apparaît comme très courageux, car faire évoluer la jurisprudence à cette époque tenait alors de la gageure.

loving4Loving est très prenant et doit sans doute une grande partie de sa réussite à son duo d'acteurs : Joel Edgerton et Ruth Negga. Le premier a beau être australien et seconde éthiopienne, ils campent un couple sudiste authentique. Surtout, ces deux acteurs se rendent parfaitement la pareille et se complètent très bien à l'écran. Joel Edgerton est excellent en homme un peu renfrogné, aimant son épouse et déterminé à assumer sa famille. De son côté, Ruth Negga un personnage plus extraverti, qui aime plus que tout son époux et ses enfants. Elle campe brillamment cette femme battante, prête à tout pour défendre ses droits. A cet égard, elle n'hésite pas à faire appel à des avocats et aux médias de l'époque pour alerter la population au sujet de sa situation profondément injuste. Car le couple Loving ne cherche pas à obtenir un privilège particulier, mais simplement que son union soit reconnue par tout le monde.

Loving n'est pas un film de procès puisque cette question n'occupe qu'une partie de l'histoire. C'est avant tout une histoire d'amour pure entre deux personnes d'origine différente. La fin du film, qui évoque la véritable histoire, est assez poignante dans sa conclusion. C'est aussi la preuve que ce Loving est un film qui a touché dans le mille sur le plan émotionnel.

Voilà clairement une œuvre réussie qui aurait mérité d'obtenir un prix au festival de Cannes. On attend avec intérêt le prochain long métrage de Jeff Nichols, jusqu'ici auteur d'un sans faute, et ayant eu l'intelligence – depuis Midgnight special – de rendre ses films accessible au plus grand nombre.

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13 février 2017

Ensemble nous allons vivre une très très grande histoire d'amour de Pascal Thomas

ensemblenousallons1Titre du film : Ensemble, nous allons vivre une très très grande histoire d'amour...

Réalisateur : Pascal Thomas

Année : 2010

Origine : France

Durée du film : 1h39

Avec : Julien Doré (Nicolas), Marina Hands (Dorothée), Guillaume Gallienne (Hubert), Noémie Lvovsky (madame Adélaïde), Bernard Ménez (le patron du salon de coiffure), Christian Morin (le journaliste), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Entre Dorothée et Nicolas, c'est le coup de foudre. Ensemble, ils vont vivre une très, très grande histoire d'amour... Ils en sont sûrs, certains. Mais la vie s'ingénie toujours à contrarier les meilleures résolutions, le plus parfait des scénarios et rien ne va se passer comme prévu.

Après avoir réalisé entre autres Mercredi, folle journée ! (2001), Le grand appartement (2006) et Le crime est notre affaire (2008), Pascal Thomas nous revient avec un film complètement délirant.
Avant de voir le film, on peut déjà s'en douter : ensemble, nous allons vivre une très très grande histoire d'amour. Pascal Thomas va se faire plaisir et nous faire plaisir du même coup en nous proposant une comédie romantique. Heureusement le cinéaste a eu la bonne idée de nous servir un long métrage à des années-lumière de la comédie romantique attendue. Pascal Thomas fait exploser de toutes parts les codes du genre.
Le film est loin d'être balisé. Ne serait-ce déjà qu'avec ses personnages qui apparaissent totalement décalés. Les deux rôles principaux ont échu à l'excellente actrice Marina Hands (Lady Chatterley) et de manière beaucoup plus étonnante au chanteur Julien Doré. Ce dernier est pourtant excellent dans son rôle avec notamment son accent méridional.

ensemblenousallons3Mais au juste de quoi nous parle le film ? De deux jeunes gens, Nicolas (Julien Doré) et Dorothée (Marina Hands) qui tombent amoureux l'un de l'autre dès leur première rencontre, lors d'un festival de danse folklorique (!). C'est immédiatement le coup de foudre.
Mais alors, si nos deux tourtereaux se retrouvent ensemble dès le départ, quel est l'intérêt du film ?
Eh bien le réalisateur Pascal Thomas a décidé de nous montrer un amour qui va être soumis à rude épreuve, devant faire face à des malentendus, des trahisons et des séparations. Pour autant, et c'est là où Pascal Thomas est le plus fort, c'est que son film véhicule une émotion vraie et sincère en passant par le registre de la comédie.
A l'image de ces très beaux paysages ensoleillés et de ces belles régions urbaines, cet amour, poussé à l'extrême, est beau à voir.
Ainsi, Julien Doré est savoureux en interprétant le rôle de Nicolas, ce jeune homme qui va tout faire pour conquérir sa belle. Et quand celle-ci va lui échapper en raison de quiproquos et de commérages, tel un Rastignac de l'amour, il va monter à Paris afin de la retrouver et de faire à nouveau sa vie avec.
En être sensible ayant un amour pur pour Dorothée, Nicolas va traverser Paris. Ne parvenant pas à la retrouver, on voit alors un Nicolas qui devient un clochard et va même jusqu'à tenter de suicider. On appréciera le talent de Pascal Thomas qui réussit tout de même à faire passer des éléments graves (la pauvreté avec cet homme devenu un moment un clochard ; la tentative de suicide) avec sa patte comique. Jamais le film ne tombe dans un côté larmoyant. Et puis, il demeure évident que Pascal Thomas aime tous ses personnages, leur donnant à chacun une existence propre. L'humanisme du film est clair et net. A tel point qu'on en arrive à des situations incroyables, comme ce triangle amoureux formé de Nicolas, Dorothée et Hubert (Guillaume Gallienne, formidable de drôlerie et de sensibilité dans le rôle difficile d'un sourd-muet). Nicolas et Hubert désirent la même femme mais ce dernier finit par comprendre que son épouse d'alors sera mieux avec Nicolas. La fin du film part complètement en vrille avec le mariage (attendu) entre Nicolas et Dorothée qui se fait dans un couvent avec la bénédiction d'un Hubert qui a retrouvé tous ces sens !
Histoire rocambolesque, abracadabrantesque, le film Ensemble, nous allons vivre une très très grande histoire d'amour fait montre d'une joie communicative. Le côté anarchiste de Pascal Thomas est mis au service de l'humour et du bonheur de vivre.
Les seconds rôles du film sont eux aussi hauts en couleur et participent au succès du film. Citons notamment le personnage joué par la cinéaste Noémie Lvovsky en sorte de nymphomane éprise de Nicolas ou encore celui de Bernard Ménez, excellent en patron de salon de coiffure.
Tout ce petit monde évolue dans un environnement parsemé d'embûches mais où la liberté et la joie de vivre sont fondamentament les maîtres mots. Rien que pour cela, le film de Pascal Thomas, qui n'est certes pas parfait (une certaine irrégularité en raison du côté foutraque de l'ensemble), mérite largement d'être vu.

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28 janvier 2017

Mulholland drive de David Lynch

mulho1Titre du film : Mulholland drive

Réalisateur : David Lynch

Année : 2001

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h26

Avec : Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland drive. Elle fait la connaissance de Betty, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.


Mulholland drive (2001) était au départ le pilote d'une série télévisée. Ne réussissant pas à trouver les financements adéquats, David Lynch a trouvé un producteur français qui a vu les 50 minutes de ce pilote et a invité Lynch d'en faire un film. Bien lui en a pris car ce film constitue sans aucun doute l'apothéose du style de David Lynch. Le festival de Cannes ne s'y est pas trompé en lui octroyant le prix de la mise en scène.

Il y a bien un scénario dans Mulholland drive mais on a rapidement l'impression qu'il est secondaire. On s'intéresse évidemment à cette jeune femme, "Rita", qui a échappé de peu à un meurtre au début du film. Amnésique, elle prend refuge de façon illicite dans une résidence de Los Angeles où elle fait rapidement connaissance avec l'occupante, Betty. Cette dernière va tenter d'aider "Rita" à retrouver qui elle est. Tout laisse à penser qu'il s'agit d'une sorte de thriller lambda. Cela serait bien mal connaître David Lynch.

mulho6Mulholland drive est avant tout une oeuvre qui s'adresse à nos sens. C'est un film d'ambiance où le réalisateur se plaît à brouiller les pistes. Même des événements en apparence positifs posent question. On songe ainsi aux personnes âgées qui débarquent en même temps que Betty à Los Angeles : leur sourire paraît artificiel, au même titre que la ville. David Lynch invite le spectateur à s'interroger sur ce qu'il y a derrière le vernis propret de la bourgeoisie. De la même manière que le cultissime Sunset Boulevard, Lynch décrit le monde du cinéma qui est fascinant mais également totalement faux. D'ailleurs, il dénonce violemment les coulisses d'un Hollywood mafieux où les producteurs imposent leurs actrices comme dans le cinéma d'antan.

Tout cela nous amène à la grande question du film : qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Pour ne donner qu'un exemple parmi tant d'autres, dans la deuxième partie, la musique continue alors que la chanteuse est décédée. Tout serait faux ? Nos vies ne seraient-elles qu'un fantasme ? Mulholland drive mêle adroitement événements bien concrets et choses abstraites. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser. Le film, notamment quand on le voit pour la première fois, peut paraître extrêmement déstabilisant. Quand on apprécie cette oeuvre "lynchienne", on a forcément envie de la regarder à nouveau. Et ce d'autant plus que Lynch dissémine des indices tout au long de son film. La première partie donne l'impression d'un gigantesque fantasme alors que la seconde correspond à la déchéance de son héroïne. Deux parties qui se répondent l'une à l'autre de façon évidente.

Pourtant de nombreux spectateurs risquent de trouver ce film très particulier. Car on glisse progressivement vers des contrées de plus en plus étranges, avec des événements de plus en plus difficiles à décrypter. C'est comme si Lynch nous refaisait le coup de la saison 2 de Twin Peaks, particulièrement audacieuse.

mulho3Dans Mulholland drive, il convient de noter l'importance de la thématique du double, qui fonctionne à merveille. Il y a d'un côté la blonde ingénie et de l'autre la brune qui a vécu un drame. A un moment donné, la blonde devient brune. Et cela va bien au-delà de la scène culte de la relation amoureuse entre les deux jeunes femmes. La relation trouble de ces deux personnages laisse un doute quant à l'existence de la brune. Dès lors, on comprend pourquoi Mulholland drive est comparé au chef d'oeuvre d'Hitchcock, Vertigo. Rien que ça ! 

Il convient d'ajouter qu'outre un scénario à multiples interprétations, Mulholland drive est sacrément bien filmé. Chaque travelling donne une sensation d'inquiétude, à l'image de l'une des premières scènes où la voiture noire descend sur la route de Mulholland drive en direction de Los Angeles. On comprend très vite qu'il va se passer quelque chose de grave. Ce sentiment est accru par la musique atmosphérique d'Angelo Badalamenti, compositeur attitré des films de Lynch, à qui l'on doit notamment la fameuse BO de la série Twin Peaks.

Les acteurs sont quant à eux parfaits. Naomi Watts, alors au début de sa carrière a bénéficié du succès du film. De manière plus étrange, Laura Harring, dans le rôle de la brune, pourtant parfaite, a quasiment disparu des écrans radars. Pourtant, à la sortie du film, on l'annonçait comme la nouvelle Ava Gardner.

Quoiqu'il en soit, Mulholland drive apparaît comme un film sensoriel majeur, une des oeuvres les plus marquantes de David Lynch et un film souvent cité comme l'une des références par les critiques de cinéma. Malheureusement, Inland Empire, son dernier film à ce jour, est une oeuvre expérimentale, étrange mais surtout ennuyeuse voire même ratée. Gageons que l'on retrouve le meilleur de Lynch dans la troisième saison de Twin Peaks qu'il vient tout juste de tourner.

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17 janvier 2017

Mon top 20 commenté des meilleurs films de 2016 (avec des liens pour accéder à la critique de chaque film chroniqué)

Mon top 20 commenté de l'année 2016 (il suffit de cliquer sur les titres apparaissant en gras pour obtenir la critique du film)

moidaniel1) Moi, Daniel Blake de Ken Loach

2) Manchester by the sea de Kenneth Lonnergan

3) L'économie du couple de Joachim Lafosse

4) Le fils de Jean de Philippe Lioret

5) La tortue rouge de Michael Dudok de Wit

6) Julieta de Pedro Almodovar

7) Une vie entre deux océans de Derek Cianfrance

 

medecindecampagne8) Médecin de campagne de Thomas Lilti

9) Premier contact de Denis Villeneuve

10) Elle de Paul Verhoeven

11) Rogue one de Gareth Edwards

12) Rosalie Blum de Julien Rappeneau

13) Toni Erdmann de Maren Ade

14) L'effet aquatique de Solveig Anspach

15) 10 cloverfield lane de Dan Trachtenberg

16) American nightmare 3 de James DeMonaco

17) Frankenstein de Bernard Rose

18) Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder

19) Carol de Todd Haynes

20) The strangers de Na Hong-Jin

 

Comme chaque année, le mois de janvier est l'occasion de dresser le bilan de l'année précédente sur le plan cinématographique. Evidemment, cet exercice est subjectif mais comme pour tout, il est nécessaire de faire des choix, à partir du moment où ceux-ci sont justifiés. Pour cela, je vous invite à relire les critiques établies tout au long de cette année 2016.

2016 se révèle plutôt un bon cru. Pas de chef d’œuvre à l'horizon mais plusieurs films ont retenu mon attention. Ce sont d'ailleurs des longs-métrages qui mettent l'accent sur l'être humain et sur les rapports qu'il entretient avec des congénères. La palme (d'or) de ce classement revient à l'excellent Moi, Daniel Blake d'un Ken Loach toujours aussi régulier dans la qualité de ses films. Sa dernière œuvre est comment souvent une chronique sociale où le cinéaste britannique prend la défense des plus démunis dans une société de plus en plus inégalitaire. C'est clairement le film qui m'a le plus marqué, notamment par son incroyable réalisme.

unevieentredeuxLes amateurs de mélodrame pourront quant à eux ressentir des émotions au gré de l'intense Manchester by the sea, porté à bouts de bras par l'interprétation habitée de Casey Affleck, et réalisé par Kenneth Lonnergan, cinéaste méconnu en France dont on a hâte de connaître ses deux premiers films. D'autres mélodrames méritent d'être évoqués. C'est le cas d'Une vie entre deux océans, le nouveau film de Derek Cianfrance (Blue Valentine) où Michael Fassbender n'est pas étranger à sa réussite. Et puis Carol de Todd Haynes dépeint une histoire d'amour entre femmes, dans une société corsetée dans ses principes.

Les cinéastes de renom ont globalement répondu présents en cette année 2016, avec un Almodovar toujours aussi passionné par le portrait de femmes, ici dans l'excellent Julieta, ou encore le thriller Elle de Paul Verhoeven qui a valu à son actrice principale, notre frenchie Isabelle Huppert, de nombreux prix.

Justement, à propos de nos petits Français, qu'en est-il de nos cinéastes ? La France n'a pas à rougir. Plusieurs œuvres sont pertinentes. On compte ainsi le nouveau film de Philippe Lioret, qui termine au pied du podium avec Le fils de Jean, un film fort sur le plan émotionnel. Médecin de campagne de Thomas Lilti permet au spectateur de se rappeler que François Cluzet peut être un très bon acteur. Les comédies françaises sont aussi de la partie, avec le ludique Rosalie Blum et le déjanté Marie et les naufragés.

Les amateurs de science-fiction et d'horreur y trouveront également leur compte, avec le très réussi Rogue one, épisode indépendant de la saga Star Wars, le huis-clos 10 cloverfield lane, le politico-gore American nightmare 3 ou encore l'humaniste Frankenstein de Bernard Rose.

Les déceptions sont rares mais bien réelles : le ridicule Freaks of nature ne vaut le détour que pour la plastique de Vanessa Hudgens. Quant à la pseudo suite de Blair Witch, elle n'a guère plus d'intérêt. Enfin, parmi les cinéastes les plus attendus, Woody Allen déçoit avec Cafe society, opus clairement mineur.

Voilà, 2016 c'est fini. Vivement 2017 !

freaksofnature

 

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07 janvier 2017

Rogue one : a Star Wars story de Gareth Edwards

rogueone1Titre du film : Rogue one : a Star Wars story

Réalisateur : Gareth Edwards

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 2h14

Avec : Felicity Jones (Jyn Erso), Diego Luna (le capitaine Cassian Andor), Ben Mendelsohn (le directeur Orson Krennic), Mads Mikkelsen (Galen Erso), Forest Whitaker (Saw Gerrera), Donnie Yen (Chirrut Imwe), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie.

 

L'année 2015 avait été marquée par le retour de La guerre des étoiles avec le Le réveil de la force, un épisode sympathique manquant toutefois cruellement d'ambition. Un an plus tard, nous voilà déjà de retour dans l'univers Star Wars.

Rogue one constitue cependant un épisode à part, ne s'inscrivant pas dans la continuité du Réveil de la force. Au niveau des événements historiques, on se situe entre l'épisode 3 (La revanche des Sith) et 4 (Un nouvel espoir, le tout premier Star Wars de George Lucas). Dès lors, on ne s'étonnera pas d'entrer de plein pied dans l'action, sans avoir droit au menu textuel habituel commençant par « il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine... ».

rogueone3Ici, les scénaristes se sont bien plus impliqués que sur Le réveil de la force. On a vraiment droit à une histoire originale, qui prend parfaitement sa place dans l'univers Star Wars. L'épisode 3 s'était achevé par les débuts de la construction de l'étoile de la mort. Rogue one commence avec un grand scientifique, Galen Erso - interprété par Mads Mikkelsen dans un rôle sympathique! - chargé d'achever l'étoile de la mort. Avant de rejoindre à contre-coeur l'Empire, il met à l'abri sa fille, la jeune Jyn Erso, laquelle va jouer un rôle fondamental dans cette aventure.

Soyons honnête, si Rogue one constitue un bon cru dans la filmographie Star Wars, il souffre d'un démarrage poussif. Les scènes d'exposition sont trop longues, alors qu'il s'agit d'une histoire indépendante avec des personnages que l'on ne reverra plus par la suite.

Cette réserve mise à part, une fois que l'on a passé la première demi-heure, Rogue one s'avère un spectacle total. Comme on peut s'en douter, Jyn Erso rejoint les « rebelles ». Si elle est motivée à l'idée de pouvoir retrouver son père, elle s'investit totalement dans la quête des rebelles : trouver les plans de l'étoile noire (ce qui constitue au final une transition logique par rapport à l'épisode 4).

Le film propose un nombre important de scènes d'action, qui ont l'avantage de se dérouler sur différentes planètes, sur terre, dans les airs et évidemment dans l'espace comme tout bon spectacle de « space opera ».

Les scènes de bravoure ne manquent pas et on prend évidemment fait et cause pour la jeune Jyn Erso, incarnée avec conviction par la jolie Felicity Jones, découverte en 2007 dans l'adaptation BBC du roman de Jane Austen, Northanger Abbey. Comme quoi, tous les chemins mènent à la guerre des étoiles !

Cette dernière n'est pas seule. Jyn Erso est accompagnée dans sa quête par le capitaine Cassian Andor (Diego Luna, pas franchement charismatique), l'ex droïde impérial K-2SO venu apporter la touche humoristique et Donnie Yen toujours aussi virevoltant dans le rôle d'un jedi aveugle.

rogueone6Rogue one évite le côté fanboy du Réveil de la force, tout en mettant en scène quelques personnages cultes de la saga, à commencer par un Dark Vador toujours aussi effrayant, et Mon Mothma du côté des rebelles.

Sans dévoiler de spoilers, on ne peut passer sous silence la bataille finale, plus spectaculaire et prenante que jamais. On n'avait pas vu une séquence d'action aussi marquante depuis L'empire contre attaque. C'est dire à quel point on a été conquis.

De la même manière, le ton du film, très sérieux dans l'ensemble, est appréciable et redonne ses lettres de noblesse à la franchise. Son final apocalyptique finit de nous satisfaire, alors que l'on s'attendait à un happy end hollywoodien. Le film gagne clairement en émotion et en crédibilité. On n'hésite pas à faire mourir des personnages clés, de la même manière que la série Le trône de fer.

Tous ces points positifs sont à mettre au crédit de son réalisateur, Gareth Edwards, qui a fait bien du chemin depuis Monsters (2010) et Godzilla (2014). Sans nul doute, il livre ici son film le plus abouti.

Toutefois, il ne peut empêcher quelques défauts, inhérents à l'aspect commercial de l'ensemble : la 3D est totalement inutile. Aucune scène ne s'avère remarquable grâce à elle. Au contraire, on a une perte de luminosité, dans un film multipliant les scènes sombres... Quant à la musique, pour d'obscures raisons de droits, on a une musique quelque peu insipide qui rappelle vaguement par moments la bande son de John Williams. On regrette de ne pas entendre les morceaux les plus célèbres de La guerre des étoiles.

Heureusement, ces éléments n’obèrent pas le plaisir que l'on prend à regarder ce spectacle, bien meilleur que Le réveil de la force. Et puis, la dernière image du film est particulièrement émouvante, puisqu'il s'agit du visage de la princesse Leia. On assiste à un hommage involontaire à Carrie Fisher, récemment décédée d'une crise cardiaque.

rogueone5