Déjantés du ciné

20 janvier 2019

The unseen de Geoff Redknap

the_unseen_jaquette_c0658Titre du film : The unseen

Réalisateur : Geoff Redknap

Année : 2017

Origine : Canada

Durée : 1h50

Avec : Aden Young, Julia Sarah Stone, etic.

FICHE IMDB

Synopsis : Persuadé qu’il devient invisible, un homme solitaire décide de retrouver sa fille, disparue sans laisser de trace. Parviendra-t-il à résoudre le mystère en dépit de son état physique instable ?

 

Présenté en 2017 au festival Hallucinations collectives, The unseen est le premier film de Geoff Redknap, spécialisé dans les effets spéciaux et notamment ceux de Deadpool. Ce cinéaste canadien propose ici une variation du mythe de l’homme invisible.
Cette figure bien connue du cinéma fantastique classique est notamment apparue récemment dans Hollow man (2000) de Paul Verhoeven et dans Le garçon invisible (2014) de Gabriele Salvatores.

Geoff Redknap apporte sa pierre à l’édifice avec une vision très personnelle du mythe. A fortiori, The unseen est avant tout un drame mâtiné de fantastique. Le principal protagoniste, Bob Langmore, ouvrier dans une scierie, est atteint d’une maladie mystérieuse qui le rend progressivement invisible. L’originalité du film réside dans le fait que l’état de cet homme est traité comme une pathologie incurable. Raison pour laquelle il a dû abandonner sa famille.

theunseen3_41e4dThe unseen traite avant tout de relations familiales éclatées : un père et mari absent ; une fille qui en veut à sa mère car elle n’aurait rien fait pour retenir son père. Bob Langmore va profiter de la situation pour se rapprocher de sa fille. Paradoxalement, plus il devient invisible, plus il est visible pour sa fille sur le plan affectif. Il tente de remplir (enfin) son rôle de père. The unseen s’avère très touchant de ce point de vue. Et puis le film pose en filigranes cette question essentielle : peut-on récupérer le temps perdu ?

La musique lancinante du groupe Caveboy renforce l’immersion dans le film. On a l’impression qu’elle apporte une douceur, une sensibilité qui s’adapte bien au propos de The unseen. Elle est en phase avec les thématiques principales de cette œuvre. La musique accroît par ailleurs ce sentiment d’environnement froid, grisâtre, sans avenir. Les entreprises ferment les unes après les autres, transformant la ville en cité fantôme. Tout cela n’est pas sans rappeler les personnages de l’excellent It follows traversant un Détroit abandonné sur une musique atmosphérique.

Dans The unseen, ceux qui restent sont comme englués dans ce quotidien morne. La dimension sociale du film est évidente. D’ailleurs, de manière sous-jacente, le réalisateur critique l’homophobie qui sévit dans cette ville perdue dans le fin fond du Canada. Il est évident que l’on ne peut pas grand-chose contre les « on dit ». De manière plus générale, le film est une ode à la différence. Cela n’est pas innocent si l’ex-femme de Bob Langmore a refait sa vie avec une femme.

Pour asseoir son drame fantastique, le réalisateur Geoff Redknap utilise des effets spéciaux très réalistes qui ne sont pas sans rappeler ceux de Terminator. Cette incroyable histoire d’homme invisible attise l’intérêt de certaines personnes, lesquelles font écho à de tristes heures de notre histoire contemporaine. Le médecin chinois fait immanquablement penser aux médecins nazis pratiquant des études sur les cobayes humains pendant la deuxième guerre mondiale. L’invisibilité est vécue comme une maladie mais c’est aussi un pouvoir que l’on peut utiliser à sa guise (chez Verhoeven le personnage principal en profitait pour s’introduire dans les douches des filles pour les voir nues).

theunseen_002_600x240_ed3adAu niveau de la distribution, on ne peut que louer sa grande qualité, toute en sobriété. L’acteur principal, Aden Young, est crédible dans ce rôle de l’homme invisible. A plusieurs reprises, on perçoit sa souffrance d’être différent des autres. Quant à la jeune actrice, Julia Sarah Stone, elle est épatante de naturel et place le spectateur en situation d’empathie avec elle.

Tout n’est cependant pas parfait dans ce film. Et si l’on veut ergoter un petit peu, on peut lui reprocher d’avoir ajouté une sous-intrigue inutile autour d’un dealer de trafic d’organe d’ours qui semble juste là pour son côté action. Manifestement, le réalisateur ou les producteurs craignaient que ce drame intimiste et social finisse par ennuyer le spectateur.
D’autant que le ton reste de bout en bout assez froid, à l’image de l’environnement grisâtre de ce ces villes post-industrielles ouvrières qui s’éteignent petit à petit. Métaphore de l’état de santé du héros et de sa place dans la société ?
Toujours est-il que The unseen demeure une bonne surprise qui, en ce début d’année 2019, n’a toujours pas trouvé de distributeur en France.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/the-unseen-la-critique-du-film

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10 janvier 2019

Mon top 20 commenté des meilleurs films de 2018 (avec des liens pour accéder à la critique des films chroniqués)

Mon top 20 commenté de l’année 2018 (il suffit de cliquer sur les titres apparaissant en gras pour obtenir la critique du film) :

 hostiles11. Hostiles de Scott Cooper (États-Unis)

2. Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret (France)

3. Hérédité d’Ari Aster (États-Unis)

4. Upgrade de Leigh Whannell (États-Unis)

5. Une femme heureuse de Dominic Savage (Royaume-Uni)

6. Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu (Japon)

7. Suspiria de Luca Guadagnino (Italie)

8. Realive de Mateo Gil (Italie)

9. Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez (France)

10. Ghostland de Pascal Laugier (France), critique de Locktal

11. Le grand bain de Gilles Lellouche (France)

12. A star is born de Bradley Cooper (États-Unis)

13. Les frères Sisters de Jacques Audiard (France)

ami_ami14. Ami-Ami de Victor Saint Macary (France)

15. Lady bird de Greta Gerwig (Etats-Unis)

16. Halloween de David Gordon Green (États-Unis)

17. Strangers : prey at night de Johannes Roberts (États-Unis)

18. Dans la brume de Daniel Roby (France)

19. La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher (France)

20. Downsizing d’Alexander Payne (États-Unis)

 

On pourrait aisément résumer l’année 2018 en évoquant le titre « retour vers le futur ». Car cette année a été marquée par le retour au premier plan du western, avec d’abord l’excellent Hostiles, western désenchanté, qui trône en tête de mon classement. Sans oublier Les frères Sisters, western crépusculaire bien violent qui est loin d’avoir démérité, dont la seule faiblesse est sans doute son scénario trop linéaire.

Le retour vers le futur est également dû à la profusion de films d’horreur de qualité. On se croirait revenu dans les années 80 ! Pour n’en citer que quelques-uns : l’éprouvant Hérédité figure sur mon podium de l’année. D’autres films de genre sont marquants, à l’instar de l’excellente production Blumhouse que constitue Ugrade, le néo-Suspiria qui a su se détacher de son illustre modèle pour livrer un autre film (et quel final!) avec une Dakota Johnson à des années-lumière de la trilogie guimauve des 50 nuances, ou encore Ghostland, dernière œuvre bien retorse de notre frenchie Pascal Laugier.

mademoiselledejonD’ailleurs, la France est bien servie dans ce classement avec des œuvres hétéroclites. Ainsi, outre Ghostland, Mademoiselle de Joncquières, drame romantique bénéficiant de dialogues d’un autre temps (encore un retour vers le futur…), côtoie le thriller tordu Un couteau dans le cœur (avec une méconnaissable Vanessa Paradis) ou le film de zombies à la française que constitue La nuit a dévoré le monde. Évidemment, les comédies ont également droit de cité, tant qu'elles sont d’un bon niveau, et c’est le cas avec les rafraîchissants Le grand bain et Ami-Ami, deux films décalés et réellement drôles.

Comme on peut s’en douter, les Américains sont également très bien représentés avec 8 films dans ce top comme… les Français ! Eh oui, nous faisons jeu égal avec eux, même si les meilleurs films restent selon moi Américains avec notamment 3 films dans le top 4 : Hostiles, un western (ça vous l’avez compris) et donc 2 films d’horreur (Hérédité et Upgrade).

Le top laisse également la place à des films sensibles, comme le bouleversant Une femme heureuse, un portrait sans concession d’une femme mariée qui ne supporte plus sa vie ou encore la palme d’or remportée par Kore-Eda Hirokazu avec le très beau Une affaire de famille.

Quelques mots sur les films absents de ce classement et notamment les flops. Ils sont peu nombreux. Le tiercé est occupé par deux films d’horreur : les décevants Predator (un remake / reboot raté) et La nonne ( un film très lourd) côtoient le film d’auteur Woman at war dont le côté décalé m’a ennuyé et laissé de marbre.

Quoi qu’il en soit, cette année fut plutôt emballante ! Vivement les films de 2019 et même les séries (on attend la fin du trône de fer…).

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31 décembre 2018

Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu

affairedefamilleTitre du film : Une affaire de famille

Réalisateur : Kore-Eda Hirokazu

Année : 2018

Origine : Japon

Durée : 2h01

Avec : Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka, Kiki Kirin, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent.

 

On ne pouvait pas finir l’année 2018 sans une critique de la palme d’Or cannoise. Cette dernière a d'ailleurs a été donnée à un réalisateur très apprécié sur ce blog : le japonais Kore-Eda Hirokazu. Véritable successeur d’Ozu, Kore-Eda fait preuve dans sa filmographie d’un humanisme sincère, tout en effectuant une radiographie de la société japonaise.

Même si le festival de Cannes lui a accordé son plus prestigieux prix, Une affaire de famille ne constitue pas le meilleur film de son réalisateur. On lui préférera la gravité d’un Nobody knows ou la tendresse de Notre petite sœur.

Cela étant, Une affaire de famille n’en demeure pas moins un excellent film. Et il constitue une parfaite synthèse de la filmographie de ce cinéaste incontournable.

Le film raconte l’histoire de personnes vivant de petits larcins, qui décident de recueillir une fillette, manifestement maltraitée par ses parents.

uneaffairedefamille2Kore-Eda Hirokazu s’intéresse aux laissés-pour-compte avec ces gens peinant à joindre les deux bouts, qui effectuent des petits boulots et commettent dans le même temps des vols quotidiens. La famille qui nous est présentée est atypique : la grand-mère possède une petite maison où elle a accueilli sa petite-fille (laquelle travaille en se dénudant dans un établissement spécialisé), un couple, leur garçon et désormais cette fillette. En somme voilà une famille reconstituée en raison des difficultés économiques et qui se côtoie avec une certaine promiscuité.

Avec ce melting pot d’inconnus recréant à leur façon une cellule familiale dans laquelle ils apprennent à se connaître, se respecter, s’apprécier, et finalement s’aimer, Une affaire de famille vient en écho (et même en opposition) à Still walking où l’on assistait aux zizanies d’une famille et l’impossible compréhension entre les générations.

Kore-Eda Hirokozu ne juge jamais ses personnages. Chacun a ses raisons et il respecte les choix de ses protagonistes. Il préfère montrer, comme dans Tel père, tel fils, que les liens du cœur peuvent être plus forts que ceux du sang. Les petites attentions, les repas de famille – entre différentes générations – font plaisir à voir et prouvent qu’il faut parfois peu de choses pour être heureux.

A cet égard, la plus belle scène du film, qui constitue d’ailleurs la césure avec la suite, est celle de la journée passée à la mer. On constate que la grand-mère est heureuse et que tous les membres de cette famille sont heureux de jouer et de passer du temps ensemble. L’émotion est palpable et l’humanisme de Kore-Eda atteint son apogée. On comprend aisément qu’il s’agit d’une parenthèse enchantée.

D’autant que la suite de ce long-métrage humaniste révèle les secrets inavoués, les motivations de chacun. En somme sur les raisons de cette union hétéroclite entre des gens n’ayant aucun lien entre eux. Kore-Eda nous fait penser cette fois à son thriller psychologique, The third murder, avec ces interrogatoires ayant pour but de découvrir la vérité. Ces interrogatoires révèlent les faiblesses de nos protagonistes et dans le même temps leur humanisme profond (le choix de la « mère de famille »). On est également touché par la très belle scène du bus, qui ne fait que conforter que l’importance des liens du cœur.

uneaffairedefamille3Comme toujours, Kore-Eda peut compter sur une distribution de très bon niveau. Rendons hommage à Kiki Kirin qui interprète la grand-mère avec beaucoup de naturel. Cette actrice, vue dans de nombreux films de Kore-Eda, est décédée en septembre 2018 à l’âge de 75 ans. Elle nous manquera. A ses côtés, tous les autres acteurs se fondent parfaitement dans leurs personnages, à tel point qu’on a parfois l’impression d’assister à un documentaire.

Avec Une affaire de famille, Kore-Eda Hirokazu parle de ce qui l’intéresse le plus : l’évolution de la société japonaise. A travers l’histoire de gens défavorisés, il aborde tous les thèmes qui lui sont chers : l’enfance maltraitée (la fillette), les questions de la filiation, et les liens entre les membres d’une famille. S’il ne s’agit pas du meilleur film de son auteur, c’est une œuvre riche et faisant preuve d’une belle sensibilité.

La palme d’or obtenue à Cannes avec ce film permettra sans doute de mettre en lumière la filmographie passionnante de Kore-Eda.

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22 décembre 2018

Overlord de Julius Avery

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Titre du film : Overlord

Réalisateur : Julius Avery

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Jovan Adepo, Wyatt Russell, Pilou Asbaek, Mathilde Ollivier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : A la veille du débarquement, un groupe de parachutistes est largué en France occupée. Alors qu’ils luttent pour accomplir ce qui ressemble à une mission impossible, ils tombent sur un laboratoire secret dans lequel sont menées des expériences surnaturelles.

 

Overlord est produit par J.J. Abrams (Star Trek ; Star Strek into darkness) et bénéficie à ce titre d’un budget conséquent, ce qui n’est pas fréquent pour un film de genre.

Ce film se déroule durant la seconde guerre mondiale. Des soldats américains sont parachutés dans un village français afin de détruire une antenne-radio.

Dès le départ, le ton est donné avec une introduction digne des meilleurs films de guerre : le spectateur est le témoin de ces GI’s sautant en parachute dans des conditions tumultueuses, avec un ennemi prêt à les éliminer.

Réalisé par l’australien Julius Avery, Overlord est également intéressant dans la mesure où c’est une œuvre hybride. Il ne s’agit pas uniquement d’un film de guerre mais également d’un film d’action et d’un film d’horreur – bien marqué dans le bis, au bonheur des amateurs du genre.

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Si le scénario du film n’est pas d’une grande complexité, il a le mérite de mettre (intelligemment) en relation les agissements des médecins nazis lors de leurs horribles expérimentations avec la survenance de nazis zombies particulièrement coriaces. L’idée est plutôt bonne et donne lieu à des scènes bien gore et décomplexées.

Car Overlord est avant tout un spectacle total qui en donne au spectateur pour son argent. On ne voit d’ailleurs pas le temps passer et on peine à croire que le film dure 1h50. Il faut dire que ce long métrage multiplie les scènes d’action et on ne s’ennuie pas une minute.

Si l’on n’est jamais vraiment surpris par ce qui se passe, force est de constater que la mise en scène est appliquée, dynamique et exploite au mieux l’environnement qui nous est proposé que cela dans le repère des nazis ou dans le village français. S’il y a quelques notes d’humour (noir), le ton du film reste généralement sérieux. Et c’est tout à son honneur.

Overlord n’est pas non plus avare en matière de gore avec quelques séquences qui ne sont pas piquées des hannetons. Ces scènes sont d’autant plus remarquables que les maquillages et SFX sont vraiment bluffants. On a vraiment l’impression de voir des morts-vivants plus vrais que nature.

En dépit de ses nombreuses qualités, Overlord souffre d’un scénario qui multiplie à outrance les invraisemblances. A titre non exhaustif, on pourra s’étonner de la facilité des GI’s à passer parfois les lignes ennemies. De la même façon, c’est bizarre que les nombreux tirs en provenance de la maison où résident les GI’s n’alertent jamais les nazis. Auraient-perdu le sens de l’ouïe ?

On a même droit à des séquences totalement « too much », à l’image du gamin qui court au milieu d’une bataille, parvenant à échapper à tous les tirs ennemis. Quel talent ! Le top des invraisemblances revient au personnage de Mathilde Ollivier, la Française du film, qui d’une part n’en fait qu’à sa tête (se prend-t-elle pour une GI’s?) et garde chez elle un membre de sa famille qui a tout d’un mort-vivant.

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La pertinence du scénario laisse clairement à désirer mais l’essentiel est ailleurs. Overlord est avant destiné à divertir en proposant un spectacle de ce que l’on voit habituellement.

Une fois n’est pas coutume pour un film de genre, la distribution est dans l’ensemble de qualité. Les acteurs interprétant les soldats américains sont crédibles. On ressent parfois l’influence d’une œuvre comme Aliens, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Le seul point noir au niveau du casting est une nouvelle fois la pauvre Mathilde Ollivier dont le personnage manque de finesse et que l’on sent peu concernée. Peut-être avait-elle déjà conscience que son personnage était mal écrit.

Heureusement, les menus défauts du film (scénario abracadabrantesque, une des actrices pas terrible au niveau de son jeu) son compensés par la générosité d’Overlord qui est sans conteste une œuvre fun et réjouissante. Les amateurs de films de genre (guerre, action, horreur) seront sans aucun doute aux anges.

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11 décembre 2018

Realive de Mateo Gil

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Titre du film : Realive

Réalisateur : Mateo Gil

Année : 2018

Origine : Italie

Durée : 1h52

Avec : Tom Hughes (Marc), Oona Chaplin (Naomi), Charlotte Le Bon (Elizabeth), Barry Ward (Dr West)

FICHE IMDB

Synopsis : Marc est un jeune trentenaire à qui tout réussit. Lorsqu’il apprend qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il prend une décision radicale : cryogéniser son corps dans l’espoir qu’on puisse le guérir dans le futur. A son réveil, 60 ans plus tard, sans repères et séparé de ses proches, Marc découvre un monde dans le quel il est devenu un étranger.

 

Réalisé par l’italien Mateo Gil, Realive part d’un postulat intéressant : atteint d’un cancer incurable, Marc, un trentenaire, décide d’échapper à la mort…en se suicidant. Mais son suicide a un but bien précis : permettre à son corps, alors en excellent état, d’être cryogénisé. L’objectif avoué est que les progrès futurs de la science le ramènent un jour à la vie.

Evidemment, cet espoir va se concrétiser puisque dans le cas contraire il n’y aurait pas de film…

Realive marche dans les pas de Bienvenue à Gattaca (1997), tant parce qu’il s’agit d’une œuvre dystopique qu’en raison de son traitement épuré. C’est d’ailleurs ce traitement quasi clinique qui permet au cinéaste Mateo Gil de masquer la faiblesse de son budget.

Ce long métrage est axé sur le personnage de Marc, lequel raconte son histoire (sa première vie en somme) avant son réveil par le biais de flashbacks.

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Realive met astucieusement en opposition les deux vies de Marc : celle avant la cryogénisation et celle après. Le film est empreint de nostalgie à moults reprises. Marc regrette clairement d’avoir fait un mauvais choix et de ne pas avoir profité pleinement de sa vraie fin de vie.

Le film invite le spectateur à s’interroger sur les conséquences de la cryogénisation. S’il est présenté comme un nouveau « Lazare », Marc ne repart pas de zéro. Il se remémore son passé, et notamment les moments heureux qu’il a vécus.

Realive pose les bonnes questions liées à la cryogénisation : si l’on a un jour la chance d’être ramené à la vie, pourra-t-on trouver sa place dans un monde qui a changé ? Comme nos proches seront décédés, ne risque-t-on pas d’être touché par la solitude ou à tout le moins par des regrets éternels difficilement supportables ?

La mise en scène marque également une césure entre ces deux vies différentes : les événements passés sont présentés comme des moments de joie, avec des couleurs chaudes. En revanche, le réveil de Marc et l’apprentissage de sa nouvelle vie a lieu dans un environnement clos et froid, celui d’une clinique new age.

La cryogénisation n’est plus en 2018 un mythe. On estime que 300 personnes dans le monde en bénéficient actuellement. Cela étant, Realive est là pour rappeler que ce procédé, encore hypothétique quant à ses conséquences, n’est pas forcément l’Eldorado attendu. Déjà, il faut avoir la chance d’être réanimé. Ensuite, il y a le risque d’être cruellement seul dans un monde inconnu et dans un état physique différent de celui que l’on a eu auparavant. Le personnage de Marc n’est pas un nouveau mais plutôt une sorte de monstre de Frankenstein revisité.

D’ailleurs, une des scènes-clés du film nous permet de comprendre que la réanimation d’un corps après de nombreuses années de cryogénisation (plus de 60 ans dans le cas de Marc) n’est pas quelque chose d’inné. Des sacrifices sont redoutés avant d’aboutir au résultat tant espéré.

Cela n’est pas un hasard si le docteur se nomme West : c’est une allusion explicite à Herbert West : réanimateur, nouvelle de Lovecraft parue en 1922 où un savant fou était prêt à tout pour ressusciter des morts.

Surtout, Mateo Gil nous amène à nous poser des questions sur notre propre condition : la mort, que nous rencontrerons tous, est quelque chose de naturel. Vouloir la combattre ou l’esquiver n’est pas forcément le meilleur choix, comme le prouvent les regrets (éternels?) de Marc.

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D’autant qu’il évolue désormais dans un monde où les sentiments semblent avoir disparu, l’amour étant par exemple réduite à sa considération purement physique.

Au niveau de la distribution, Tom Hughes est parfait dans le rôle difficile de Marc, un homme sensible, censé, se posant continuellement des questions sur ses choix. On retrouve à ses côtés, dans sa vie « passée » la belle espagnole Oona Chaplin dans le rôle de la compagne aimante. C’est elle qui apporte un côté romantique (et parfois même mélodramatique par son aspect histoire d’amour impossible) à Realive. Quant à l’ex-miss météo Charlotte Le Bon, elle fait preuve de beaucoup de sensibilité dans le rôle d’e l’infirmière de Marc. De son côté, Barry Ward interprète un trouble docteur West , que l’on peut aisément assimiler à un néo docteur Frankenstein.

En somme, en dépit d’un budget sans doute famélique et d’un rythme pas franchement alerte, Realive peut se targuer de thématique riches, d’une histoire prenante (les flashbacks constituent une excellente idée) et d’une solide distribution. Voilà un très bon complément au modèle du genre en matière de science-fiction réflexive, à savoir Bienvenue à Gattaca.

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01 décembre 2018

Hérédité d'Ari Aster

heredite1Titre du film : Hérédité

Réalisateur : Ari Aster

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h06

Avec : Toni Colette (Annie Graham), Gabriel Byrne (Steve Graham), Alex Wolff (Peter Graham), Milly Shapiro (Charlie Graham)

FICHE IMDB

Synopsis : Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

 

Une fois n’est pas coutume, les amateurs de films d’horreur auront été bien servis en 2018 avec plusieurs œuvres de qualité avec entre autres Suspiria, Upgrade et Halloween.

Premier long métrage du cinéaste américain Ari Aster, Hérédité est une autre réussite du genre, sortie en salles cette année.

Hérédité est un film très original privilégiant l’ambiance plutôt qu’une succession de scènes gore. D’ailleurs, au départ, ce film se présente comme un drame familial. Mais au fur et à mesure que l'intrigue se déploie, le spectateur est amené sur d’autres pistes.

S’il s’inscrit dans la veine d’un Rosemary’s baby, Hérédité possède son identité propre. Son réalisateur, Ari Aster, analyse avec brio le microcosme de la cellule familiale. Ainsi, la famille Graham est soumise à rude épreuve. Le film débute par un décès, celui de l’étrange grand-mère, et se poursuit par des événements tout aussi dramatiques.

Le deuil est une des thématiques principales d’Hérédité, nous ramenant à d’autres questions : s’agit-il d’une malédiction que vit la famille Graham ? La fatalité est-elle à l’œuvre ? Est-ce une réflexion autour de la transmission du mal ? Ou au contraire serait-ce le deuil qui fait sombrer progressivement les personnages dans une sorte de paranoïa ?

La question mérite d’être posée et n’est pas anodine. Surtout qu’Hérédité comporte sans doute plusieurs grilles de lecture. On peut raisonnablement penser que cette histoire glisse progressivement d’une réalité bien concrète (le drame familial) à une forme de fantastique/horreur.

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Si Hérédité suit un schéma narratif non linéaire, qui peut clairement dérouter, il peut se targuer d’une mise en scène au top. La réalisation est vraiment extraordinaire avec une fluidité des plans qui laisse bouche-bée. Il n’y a qu’à voir la première scène du film qui démarre de la cabane en bois (un indice pour la suite…), à la pièce de travail de la mère, de famille, Annie Graham, pour s’achever dans la maison miniature. La virtuosité des plans est assez impressionnante.

Au demeurant, c’est très intéressant qu’Annie soit spécialisée dans la création de miniatures. En effet, il n’est pas déraisonnable de penser que ses créations ont un lien direct avec l’action qui a lieu dans Hérédité. Sans compter que tout cela nous ramène à la question du point de vue. Et si tout cela était fantasmé par Annie qui n’arrive pas à faire le deuil des siens ? Voilà un autre angle d’approche du film.

Dans tous les cas, le spectateur est constamment maintenu sous pression avec une musique d’ambiance qui prend aux tripes. Tantôt elle est quasiment assourdissante tantôt elle semble pratiquement absente. Toujours est-il qu’elle laisse le spectateur dans un sentiment d’inconfort. On sent qu’il va se passer quelque chose mais on ne sait pas quoi ni quand.

La scène où Peter raccompagne en voiture sa sœur Charlie d’une soirée ayant tourné cours, est sans nul doute l’un des moments forts du film.

En plus de sa virtuosité formelle et des multiples interprétations que l’on peut en faire, Hérédité dispose d’un casting quatre étoiles. Dans le rôle de la mère de famille, Annie, Toni Colette est incroyable. Elle est inoubliable et on assiste à son lent déclin sur le plan psychique. Autour d’elles les autres acteurs sont épatants. On songe notamment à la jeune Milly Shapiro, inquiétante dans le rôle de Charlie, une fillette dont le goût pour la morbidité a de quoi décontenancer. A l’inverse, Gabriel Byrne, dans le rôle du père, est le seul qui paraît conserver un lien avec la réalité.

Tout ce beau monde est au diapason d’un film horrifique déroutant, étouffant et constituant une des plus grandes réussites du cinéma horrifique de ces dernières années. Au même titre que l’excellent It follows, Hérédité est un film d’auteur renouvelant brillamment les codes du genre.

On a hâte de voir le prochain film d’Ari Aster.

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21 novembre 2018

Suspiria de Luca Guadagnino

suspiriaTitre du film : Suspiria

Réalisateur : Luca Guadagnino

Année : 2018

Origine : Italie

Durée : 2h32

Avec : Dakota Johnson (Susie Bannion), Tilda Swinton (madame Blanc), Mia Goth (Sara), Chloe Grace Moretz (Patricia), Lutz Ebersdorf (docteur Josef Klemperer), Jessica Harper (Anke), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l'espoir d'intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile. Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent…

 

Le cinéaste transalpin Luca Guadagnino n’a pas froid aux yeux en décidant se proposer sa propre version de Suspiria (1977), un des monuments du cinéma d’horreur signé Dario Argento.

L’utilité du remake d’un tel film semblait inutile et le projet serait forcément casse-gueule. Luca Guadagnino risquait en outre de s’attirer les foudres des fans de la première heure. Sans compter l’immanquable comparaison entre les deux œuvres…

Pour donner du sens à un film attendu mais surtout redouté, Luca Guadagnino prend le parti de se libérer totalement de l’œuvre originelle. Évidemment, le synopsis reste le même avec une jeune danseuse américaine, Susie Bannion, qui rejoint une compagnie de danse dans une bâtisse où vont avoir lieu des événements mystérieux. Pour le reste, le spectateur est clairement en terrain inconnu. Et c’est tant mieux !

suspiria3L'action se passe désormais à Berlin en 1977 (date du film original), dans un contexte marqué par les agissements de la bande à Baader. Le choix de la capitale allemande n’est pas anodin. L’école de danse jouxte le fameux mur de Berlin, évoquant la question de la liberté (la femme entravée dans son désir d’épanouissement) et la culpabilité des Allemands par rapport à la deuxième guerre mondiale. L’ombre de Fassbinder plane sur cette œuvre ancrée dans l’histoire.

Pour accroître le côté mélancolique de ce film, le réalisateur a fait le choix de couleurs sombres, avec une prédominance du gris. Exit donc les couleurs chatoyantes du Suspiria originel.

Quant aux meurtres commis, là encore on change radicalement de postulat. Chez Argento, un mystérieux tueur ganté (comme dans les gialli) élimine un à un des jouvencelles. Chez Guadagnino, la danse, élément devenu central, est à l’origine de la mort de nombreux personnages. La danse est une façon pour la femme de s’émanciper mais aussi de convoquer des forces obscures avec la mort qui rôde. Il est tout de même beaucoup question de possession démoniaque dans ce Suspiria new look.

Dans ces conditions, donner le rôle principal de Susie Bannion à Dakota Johnson peut surprendre. En fait, c’est un pied de nez au cinéma contemporain consensuel. Celle qui apparaissait comme une jeune fille bien sous tous rapports dans la trilogie érotico-romantico-SM des « 50 nuances », casse son image d’ingénue. A l’image du film, bien différent de ce que l’on imagine au départ, la fille de Don Johnson est plus mystérieuse que jamais. Alors que la Susie Bannion d’Argento (Jessica Harper) avait tout du petit être fragile, un peu nunuche, celle de Guadagnino est au contraire une femme mystérieuse. On ne sait pas trop quoi penser d’elle et le réalisateur brouille astucieusement les cartes. Ce n’est plus seulement la grande demeure qui attire l’attention mais également leurs occupants.

La mise en scène est au diapason avec de très jolis jeux de miroirs, des plans en plongée, en contre-plongée. Sans compter des chorégraphies magnifiques, qui évoquent tout à la fois la volonté d’être libre mais aussi la mort qui pointe sans cesse le bout de son nez.

Guadagnino privilégié l’ambiance alors qu’Argento mettait en scène des meurtres très graphiques, à l’image de tout bon giallo. Le réalisateur de ce nouveau Suspiria peut compter sur la musique de Thom Yorke, le leader de Radiohead, dont la musique hypnotique, aux aspects mélodiques, accroît le côté inquiétant de l’ensemble.

suspiria2Cette œuvre non conventionnelle, divisée en six chapitres, se termine par un chapitre final (sans compter l’épilogue) radical hallucinatoire. A sa façon, Guadagnino revisite le raté Mother of tears d’Argento. Mais là, le spectateur a besoin d’avoir le cœur bien accroché car le climax de ce long métrage tranche avec ce que l’on a vu jusque-là. Les couleurs du film changent, donnant l’impression de vivre un cauchemar éveillé ou une entrée dans l’enfer. Le spectacle proposé est celui d’une étonnante orgie gore où la danse a toute sa place. Ces bacchanales constituent l’apothéose de cet envoûtant conte horrifique.

Dans ces conditions, la présence de Dakota Johnson est vraiment un choix couillu. A ses côtés, on retrouve une excellente Tilda Swinton, dont le corps particulier est parfait dans le rôle de la chorégraphe madame Blanc. Les autres acteurs ne déméritent pas non plus. Loin s’en faut.

Ce Suspiria 2018 a son existence propre et n’est pas du tout ridicule, même s’il est loin d’égaler l’œuvre d’Argento. En cause, une durée (bien) trop longue. Le flm aurait été sans doute plus pertinent sur une durée raccourcie d’au moins une demi heure. D’autant que plusieurs sous-intrigues ne sont qu’esquissées (les évocations de la deuxième guerre mondiale, le contexte politique de l’Allemagne de 1977, etc.) et n’apportent pas grand-chose à l’histoire.

Il n’en demeure pas moins que le Suspiria de Guadagnino est hautement recommandable. Il se démarque avec beaucoup d’a-propos de son glorieux aîné pour vivre sa propre vie. Il serait dommage de ne pas lui donner sa chance.

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11 novembre 2018

Le grand bain de Gilles Lellouche

le_grand_bain1Titre du film : Le grand bain

Réalisateur : Gilles Lellouche

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h58

Avec : Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Leila Bekhti, Marina Foïs, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée.

 

Avec Le grand bain, l'acteur Gilles Lellouche passe pour la première fois à la réalisation. Le néo-cinéaste débute sa carrière derrière la caméra par une comédie.De prime abord, on pourrait s'attendre à une énième comédie franchouillarde dans le style des films de Dany Boon.

Que nenni ! Gilles Lellouche surprend (agréablement) son monde en mettant en scène une comédie sociale. Sur ce point, Le grand bain évoque plutôt des œuvres britanniques, et notamment l'hilarant The full monty (1997). Dans cette comédie « so british », des chômeurs issus d’un milieu ouvrier, finissent par jouer les chippendales, contre rénumération. Sauf que ces hommes disposaient d'un physique parfois ingrat ! Cela a donné lieu à des scènes hautes en couleurs, marquées par la musique Hot Stuff (1979) de Donna Summer.

Avec Le grand bain, Gilles Lellouche reprend partiellement ce concept avec des hommes disposant (pour certains) d'un physique pas vraiment avantageux, s'étant mis en tête de représenter la France au championnat du monde de natation synchronisée par équipe...masculine !

legrandbain3Le film va s'évertuer à nous montrer le côté improbable de cette équipe, faite de bric et de broc. On rigole beaucoup devant les entraînements et les performances de ces nageurs du dimanche.

Mais là où Le grand bain diffère sensiblement de The full monty, c'est qu'il effectue une véritable radiographie de notre société, bien mal en point au demeurant. Le casting hétéroclite du film, constitué notamment de Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine amuse le spectateur. Car les personnages qu'ils interprètent sont de véritables loosers en puissance. On rigole, on se moque mais rapidement on comprend que le film a autre chose à raconter. Derrière le vernis humoristique, Gilles Lellouche a l'ambition de montrer que notre société est malade, avec nombre d'entre nous au bout du rouleau. Mathieu Amalric, dans un rôle à contre-emploi, incarne un personnage dépressif, Jean-Hugues Anglade un chanteur raté, Benoît Poelvoorde un patron dont la société est au bord du dépôt de bilan. Quant à Guillaume Canet, il interprète un homme révolté contre tout qui se met sa famille à dos. Et que dire de l'entraîneur de cette « dream team » dont le coach, joué par Virginie Efira, est une alcoolique anonyme. Pas très réjouissant tout ça !

Heureusement, Gilles Lellouche utilise constamment le ton de la comédie, ce qui permet de faire passer son message avec beaucoup de légèreté. Le grand bain n'en demeure pas moins un excellent « feel good movie ». Ce fameux bain, c'est la réunion de gens différents, partageant leurs peines, leurs difficultés, leurs craintes, leurs traumas. Les scènes dans les vestiaires, comme dans d'autres sports, sont celles de partages. On confie des choses à des inconnus, comme si cela avait un côté cathartique.

legrandbain2Dès lors, ces loosers au grand cœur n'ont d'autre but que de s’affirmer et d’être reconnu. Cela n'est pas un hasard si le film démarre avec la chanson « Everybody wants to rule the world » (1985) de Tears for Fears. Et c'est encore moins étonnant que l'on écoute le thème principal des chariots de feu (1981), film bien connu sur le sujet du dépassement de soi.

La compétition de natation synchronisée donne lieu sans conteste à l'une des meilleures scènes du film. Gilles Lellouche prend parfaitement à contre-pied le spectateur en proposant un spectacle détonnant. C'est d'ailleurs une façon de clore à merveille ce feel good movie.

L'excellent morceau « So good so right » (1981) d'Imagination correspond à notre état d'esprit en sortant de la salle de cinéma.

Sans conteste, Gilles Lellouche mérite le succès que rencontre Le grand bain, une comédie très drôle (ah ce Philippe Katerine, quel joyeux drille !) mais aussi sérieuse sur le fond.

01 novembre 2018

Kincsem de Gabor Herendi

kincsem4_51c91Titre du film : Kincsem

Réalisateur : Gabor Herendi

Année : 2017

Origine : Hongrie

Durée : 2h01

Avec : Ervin Nagy, Andrea Petrik, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : 1848. L’Empire austro-hongrois vit des heures agitées. Entraîneur de pur sang, l’aristocrate Blaskovich est tué par son ancien ami, l’officier von Oettingen, venu l’arrêter pour trahison. Devenu orphelin, son fils Ernö est chassé du château confisqué par le traitre pour sa fille Klara. Des années plus tard, Ernö mène une vie aventureuse entre les champs de courses et les conquêtes féminines. Mais le sentiment de vengeance ne l’a pas quitté. Sa revanche va prendre les traits d’un cheval réputé indomptable : Kincsem.

Kincsem est le nom d’une mythique jument hongroise, qui a remporté 54 victoires sur les hippodromes du monde entier en... 54 courses ! Avec ce film, le réalisateur hongrois Gabor Herendi traite la destinée hors du commun de ce cheval.

En se basant sur des faits historiques unanimement reconnus, la production a imaginé un drame romantique. Kincsem est évidemment la star à qui rien ne résiste. Pour autant, c’est une autre histoire qui retient l’attention du public féminin à qui est destiné ce long métrage. On suit ainsi les aventures hautes en couleurs du comte Erno Blaskovich, décidé coûte que coûte à faire payer son ennemi, le responsable militaire autrichien Otto von Oettingen, lequel a tué jadis son père suite à l’échec de la révolution hongroise de 1848. Et le hasard va non seulement lui permettre de se venger grâce à la réussite de Kincsem, mais va surtout dresser sur son chemin la belle Klara von Oettingen, la fille d’Otto, dont il est éperdument amoureux.

kincsem3_3dfe0Si l’issue de cette romance ne laisse guère de doute, il n’empêche que l’on passe un très bon moment à suivre ce jeu de dupes et cette séduction permanente entre deux personnes que tout devrait opposer. Mais l’amour n’a pas de frontières et Erno Blaskovich fait son maximum pour se rapprocher de sa belle. Le plus difficile pour le comte sera alors de choisir entre son amour pour Klara ou sa vengeance. Cruel dilemme !

Le réalisateur a eu la bonne idée de multiplier les genres. Outre la romance et le drame, la comédie est à l’œuvre à plusieurs reprises. Le personnage d’Erno Blaskovich vaut à lui seul le déplacement, tant il est survolté et épris de liberté. Noble désargenté et flambeur, il a bien des difficultés à payer ses créanciers, allant même jusqu’à réclamer un prêt à une mère maquerelle avec beaucoup d’humour : « certaines émotions ne survivent pas si elles sont prisonnières de question d’argent. » De plus, les amateurs d’animaux sont à la fête avec une très amusante complicité entre le chat dénommé Schultz et la fameuse Kincsem.

Il y a même un petit côté historique avec le rappel de la purge ayant suivi l’échec de la révolution hongroise. Le père d’Erno Blaskovich représente l’un de ces nombreux nobles ayant tenté de rétablir les droits et libertés du peuple hongrois, et l’a payé de sa vie, comme plus d’une centaine d’insurgés. Il y a donc la grande Histoire, dramatique, et la petite histoire, bien plus joyeuse, celle de Kincsem.

Bien qu’étant d’une durée plutôt conséquente (2h), ce film parvient à retenir l’attention du spectateur. Il faut dire que la production a mis les petits plats dans les grands avec un budget de 9 millions d’euros, faisant de Kincsem le long métrage le plus cher jamais produit sur le sol hongrois. Et le budget mis à l’œuvre se voit bien à l’écran, qu’il s’agisse des très belles demeures d’époque, des hippodromes, des magnifiques costumes portés par les nombreux acteurs mais aussi le soin apporté à la photographie aux couleurs chatoyantes.

 kincsem2_1c6a8La réalisation est par ailleurs très dynamique, notamment lors des courses de chevaux. On sent bien que la mise en scène a été très travaillée, avec de beaux mouvements de caméra. On regrettera simplement quelques tics visuels (des ralentis lorsque le comte Erno Blaskovich chevauche Kincsem), tout à fait dispensables.

Enfin, on retiendra au niveau de la distribution le beau duo constitué du Hongrois Ervin Nagy, à l’aise dans le rôle de l’impétueux Erno Blaskovich, et de la Serbe Andrea Petrik, pas insensible au charme de l’ennemi de son père. Et puis il convient de signaler l’importance de la relation entre le comte Blaskovich et sa jument : on sent qu’il se passe quelque chose de fort entre l’homme et ce cheval, qui n’est sans doute pas étranger à leurs succès.

Derrière la réalité historique incroyable d’une jument surdouée, Kincsem met l’accent sur une romance certes prévisible mais agréable à regarder. Pas un grand film, mais une œuvre qui devrait ravir les amateurs de romance.

 

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/kincsem-la-critique-le-test-blu-ray

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18 octobre 2018

The cured de David Freyne

thecured1Titre du film : The cured

Réalisateur : David Freyne

Année : 2018

Origine : Irlande

Durée : 1h35

Avec : Ellen Page (Abbie), Sam Keeley (Senan Brown), Tom Vaughan-Lawlor (Conor)

FICHE IMDB

Synopsis : Des années après que l'Europe ait été ravagée par le virus Maze qui transforme les humains en monstres cannibales, un antidote est enfin trouvé. Senan Brown est hanté par ce qu'il a fait. Alors qu'il revient vivre chez sa belle-sœur devenue veuve, la peur et la suspicion risquent de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

 

A l'énoncé de son synopsis, The cured (littéralement le guéri en français) ne joue pas franchement la carte de l'originalité. En effet, dans la lignée de 28 jours plus tard et de ses nombreux rejetons, il s'inscrit dans le sous-genre horrifique du film de virus.

A cet égard, on apprend au début du film que le virus Maze s'est propagé en Europe, déclenchant chez les infectés une violente psychose, les transformant en zombies assoiffés de sang. L'action se situe en Irlande, dévastée par ce virus. Un traitement à Maze a été trouvé, efficace dans 75 % des cas. Le film démarre lorsque la dernière vague des traités (ceux qui ont été guéris) réintègre la société.

Alors, quoi de neuf à l'horizon au regard de ce scénario particulièrement balisé ? The cured propose en fait autre chose qu'un simple film de zombies. Pour cela, il base son histoire à partir d'une idée novatrice : les traités se souviennent de tous les actes qu'ils ont commis. Voilà qui change radicalement les choses.

The cured se distingue ainsi du tout-venant en relatant le point de vue d'êtres humains, naguère contaminés, qui ont conscience des horreurs qu'il ont effectuées.

thecured3Le film amène alors le spectateur à s'interroger sur des notions de morale et de faits de société. Du côté d'ex contaminé, comment réintégrer normalement la société alors que l'on a tué des gens et que l'on a conscience de ces meurtres ? Du côté des personnes ayant perdu des proches en raison du virus Maze, comment pardonner à ceux qui ont tué, même s'ils étaient dans un état second, incapables de se contrôler ?

Pour mettre en scène ce film qui privilégie l'aspect psychologique à l'action pure et dure, le réalisateur irlandais David Freyne se focalise principalement sur trois personnages : Senan Brown, un traité, qui a perdu son frère pendant l'infection. Il est hébergé par sa belle-sœur, Abbie, qui élève seule son jeune fils. Le troisième personnage est Conor, un autre traité, logeant du foyer regroupant d'anciens zombies, sa famille l'ayant rejeté.

A grands renforts de flashbacks, David Freyne montre les cauchemars que subit perpétuellement Senan. Rongé par des remords, ce dernier a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie, d'autant que les traités sont mis à l'index de la société, sans compter les contrôles auxquels ils sont quotidiennement soumis. Senan est le personnage principal de ce long métrage. Il est le référent du spectateur et nous fait comprendre que pour vivre à nouveau, il faut s'accepter soi-même avant d'espérer se faire accepter des membres de la société

La relation entre Senan, Abbie et Conor est forte et constitue le nœud dramatique de cette histoire qui va révéler progressivement des secrets quasiment inavouables. Voilà qui donne de l'intensité émotionnelle à une histoire qui n'en manquait pas.

Surtout que dans le même temps, le cinéaste David Freyne pose une autre question fondamentale sur le plan de la morale et de l'éthique : que faire des 25 % d'incurables ? Doit-on les enfermer comme des animaux ou doit-on les tuer en raison de leur dangerosité ? Ou peut-on attendre qu'un nouveau traitement parvienne à les guérir ?

Cette question des personnes incurables nous renvoie immanquablement à une autre actualité, bien plus proche de nous : celle de l'intégration des migrants. Le sous-texte politique du film est évident et ne manque pas d'attrait.

thecured2En plus de son scénario astucieux et d'une mise en scène rigoureuse, The cured doit sans conteste sa réussite à une distribution de qualité. La canadienne Ellen Page, à la filmographie particulièrement éclectique, est tout à fait crédible dans le rôle d'Abbie. Elle côtoie dans ce film deux irlandais : Sam Keeley est excellent dans le rôle du tourmenté Senan ; Tom Vaughan-Lawlor est charismatique dans le rôle de Conor, un homme refusant d'être relégué au second plan.

Évidemment, si le film est intéressant par les thématiques qu'il développe, il risque fortement de décevoir les amateurs de films d'horreur où l'action prédomine. On est tout de même en face d'une œuvre réflexive, où l'émotion est sans cesse privilégiée. Tout cela pourra paraître un peu long pour certains spectateurs.

Quoi qu'il en soit, The cured est un long métrage parfois passionnant, qui a le mérite d'apporter sa pierre à l'édifice dans un genre pourtant sur-représenté. David Freyne est clairement un réalisateur prometteur dont on attend impatiemment les prochains travaux.

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