Déjantés du ciné

13 juillet 2019

Aniara de Pella Kagerman et Hugo Lilja

aniara1Titre du film : Aniara

Réalisateurs : Pella Kagerman et Hugo Lilja

Année : 2019

Origine : Suède

Durée : 1h46

Avec : Emelie Jonsson, Bianca Cruzeiro, Arvin Kananian, Jamil Drissi, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Après avoir fini d'exploiter la Terre, ce qui reste de la population humaine lance plusieurs vaisseaux dans l'espace pour transporter des colons vers leur nouvelle maison : Mars. Un de ces vaisseaux s'appelle Aniara. L'engin, qui ressemble à un immense centre commercial, offre tous les services nécessaires à satisfaire une société profondément consumériste et destructrice. Tout semble bien se passer jusqu'à ce qu'un accident le fasse dévier de sa trajectoire.

 

L’écologie est devenu un enjeu majeur – en tout cas pour de plus en plus de citoyens – de notre société, comme le prouvent les nombreuses manifestations relatives au réchauffement climatique. Si l’on ne fait rien, il est évident que notre belle Terre deviendra inhospitalière.

Si Aniara est un film de science-fiction, il amène le spectateur à s’interroger sur le fait que les hommes gaspillent les ressources de la Terre et donc obligés de quitter la planète bleue pour rejoindre Mars, un territoire pas franchement connu pour son côté accueillant. D’ailleurs, si les mentalités ne changent pas, le risque d’épuiser les ressources sur Mars est bien réel.

A bien des égards, Aniara fait penser à l’excellente série de science-fiction des années 2000 (2004-2009) Battlestar Galactica. Le titre de la série évoque le nom du vaisseau de la même façon que pour Aniara, censé ramener les voyageurs de l’espace sur Mars. Surtout, Aniara rappelle Battlestar Galactica car il recréé une micro-société avec le chef (le commandant), des pilotes, des ouvriers, des techniciens, etc. et une majorité de citoyens lambda.

aniara2Le parallèle ne s’arrête pas là. Alors que la situation devient par moments bien difficile, pour ne pas dire plus, il faut donner de l’espoir aux gens. Dans la célèbre série de science-fiction, le commandant Adama disait aux membres de son équipage qu’ils reverraient la Terre, car ils avaient besoin de se raccrocher à quelque chose. Il en va de même dans Aniara avec les déclarations du chef ou encore lors de l’épisode marquant de la sonde qui pourrait bien sauver nos protagonistes.

Pour autant, à la différence de Battlestar Galactica, Aniara est un film (non une série) qui de surcroît ne s’offre pas au spectateur. Il demande un minimum d’attention de sa part. La mise en scène est au plus près des personnages. Il y a dans Aniara un refus du spectaculaire. Les deux jeunes réalisateurs suédois Pella Kagerman et Hugo Lilja ont voulu se centrer sur l’étude de caractères. On a clairement affaire à un film de science-fiction qui peut ennuyer le spectateur si ce dernier n’est pas intéressé par cette étude sociétale quasi chirurgicale.

Cela serait bien dommage tant Aniara s’avère captivant si on se laisser porter par les messages qu’il a à passer et par son rythme. Le découpage du film en cycles est ambitieux. Il a pour but de montrer le temps qui passe lentement à l’intérieur du vaisseau. Et tout ceci confère à cette histoire un côté inéluctable : on sent que cela ne peut pas bien finir, même si on conserve un espoir jusqu’au bout…

Pour tenir sur le plan psychologique dans cet univers en vase clos, les protagonistes disposent de plusieurs solutions. La plus originale et celle fonctionnant le mieux est la mima, une sorte de logiciel artificiel absorbant les souvenirs et les souffrances des individus. C’est un genre de thérapie moderne. Comme pour la question de l’épuisement des ressources, Aniara fait immanquablement écho à notre société actuelle avec un nombre toujours plus élevé de gens victimes de stress, d’angoisse.

aniara3Les deux co-réalisateurs mettent aussi en avant une autre réalité : lorsque les gens perdent tout espoir, ils se réfugient dans la religion et dans toutes sortes d’excipients. Le cas de l’amour libre est symbolique d’une perte totale de repères. La société semble alors se désagréger.

Très riche au niveau de sa structure scénaristique, Aniara doit sa réussite à sa distribution de qualité. Les acteurs font corps avec leurs personnages. On songe notamment à l’héroïne, campée par la très convaincante Emelie Jonsson, qui évolue au gré de l’avancement de cette histoire. Il va sans dire que le côté « monsieur » ou « madame tout le monde » des acteurs donne encore plus de véracité à l’ensemble.

Pour conclure, Aniara est une œuvre ambitieuse de science-fiction. Si l’on parvient à faire avec l’absence de spectaculaire, Aniara se révèle clairement comme un film majeur sur le passage du temps et sur le fait que l’on répète (toujours) les mêmes erreurs. Le film a mérité amplement le prix du jury qu’il a obtenu en début d’année 2019 au festival international du film fantastique de Gérardmer.

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02 juillet 2019

Le daim de Quentin Dupieux

ledaim1Titre du film : Le daim

Réalisateur : Quentin Dupieux

Année : 2019

Origine : France

Durée : 1h17

Avec : Jean Dujardin (Georges), Adèle Haenel (Denise), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Georges, 44 ans, et son blouson, 100% daim, ont un projet.

Le dernier film de Quentin Dupieux est sans doute moins hallucinant que ses précédents longs métrages, notamment Rubber (2010) et son pneu tueur ! Pour autant, l’univers fantaisiste, foutraque et déjanté de ce cinéaste insaisissable est toujours bien présent. A tel point que si l’on n’accepte pas le point de vue adopté par le réalisateur, on risque fort de rester au bord du chemin et de trouver son nouveau film très ennuyeux.

Ca serait bien dommage car Le daim dispose d’indéniables qualités. A cet effet, Jean Dujardin, acteur oscarisé, est au top de sa forme. Avec un talent indéniable, il joue le rôle de Georges (on ne connaîtra jamais son nom de famille), un homme qui a semble-t-il quitté sa famille du jour au lendemain et décidé de faire table rase du passé en s’installant dans les Pyrénées.

Si Quentin Dupieux a l’habitude de mettre en scène des films totalement fous, cette fois-ci il change de paradigme : exit les scènes surréalistes ou des digressions scénaristiques n’ayant – à première vue – ni queue ni tête. Désormais, en lieu et place de films fous, il filme tout simplement...la folie. Georges est un homme perdant pied avec la réalité au fur et à mesure qu’il rentre dans un incroyable délire. Il faut le voir au début du film acheter un blouson en daim plusieurs milliers d’euros, comme s’il s’agissait de la septième merveille du monde.

ledaim3Mais la suite est encore plus grave. Georges s’invente carrément une nouvelle vie, comme s’il refusait tout ce qui le caractérisait jusque-là. Il a l’impression qu’il est devenu quelqu’un avec son blouson en daim. Il déclare à plusieurs reprises qu’il a un « style de malade ». Mais c’est plutôt lui qui est malade ! Car comment dire autrement de quelqu’un qui parle à son blouson comme s’il s’agissait d’une personne à part entière. Évidemment, chacun pourra voir dans cette relation exclusive une forme de critique de la société de consommation. C’est un fait.

Cela étant, l’intérêt du film va bien au-delà de ce simple constat. Comme indiqué précédemment, Quentin Dupieux filme la folie comme s’il s’agissait d’un cas clinique. Georges, qui est de quasiment tous les plans, sombre progressivement dans un délire n’ayant visiblement aucune limite. Ainsi, alors qu’il ne connaît rien au monde du cinéma, il s’improvise cinéaste du jour au lendemain en filmant avec un caméscope anachronique tout ce qui l’entoure. D’une certaine façon, on assiste à une mise en abîme du cinéma puisque Dupieux filme Georges qui lui-même filme, comme s’il s’agissait d’un vrai cinéaste. Et à partir du moment où il fait croire à son entourage et se persuade qu’il est un réalisateur, il devient de plus en plus inquiétant.

Dans sa folie, il entraîne une jeune femme, Denise (Adèle Haenel), très intéressé par le projet de Georges. Elle se propose d'ailleurs en tant que monteuse amatrice. Un des autres centres d’intérêt du Daim part de l'idée que Georges crée à partir de rien le scénario de son film. Ou plutôt il crée au gré de ce que lui demande de faire son blouson (à savoir qu’il devienne le seul à posséder un blouson dans le monde entier! Rien que ça!), le fameux daim, et au gré de ses sorties nocturnes. Quentin Dupieux change la perception que le spectateur a de Georges : ce dernier passe du statut de « pauvre type », de looser ultime à celui de dangereux psychopathe, prêt à tout pour obtenir des financements et disposer de matière pour son film.

Quentin Dupieux dresse alors un étonnant (mais pertinent) parallèle entre l’évolution du psychique Georges à mesure qu’il s’habille de plus en plus en daim (le blouson, le chapeau, le pantalon, les gants, les chaussures). C’est comme si l’animal qui sommeillait en lui se réveillait, laissant transparaître des pulsions dangereuses, où le sentiment n’a pas cours. Cela n’est pas un hasard si Dupieux nous montre à de nombreuses reprises un véritable daim.

On pourrait donc voir dans le port de ce blouson en daim, qui prête au départ à sourire, une sorte de malédiction. La fin du film, avec Denise reprenant le flambeau n'est pas sans rappeler la transmission d'une malédiction dans un film d'horreur.

ledaim4Quoi qu’il en soit, sous son apparente futilité voire stupidité (on peut tout à fait rester hermétique au style Dupieux), Le daim est un des films les plus aboutis de son auteur. Dupieux livre une analyse clinique, sans concession, d’un homme ayant perdu le sens des réalités et sombrant vers le côté obscur de la nature humaine. Si le ton du film est résolument orienté vers l’humour, les thématiques développées : la folie, la solitude, la société de consommation, le meurtre gratuit, ont de quoi faire réfléchir.

Outre son scénario très astucieux, Le daim peut se targuer d’une excellente distribution : Jean Dujardin, très l’aise dans le rôle de Georges, tient là une de ses meilleures interprétations. Adèle Haenel lui rend parfaitement la pareille avec sa passion quasi morbide de voir où va l’entraîner Georges.

En somme, Dupieux coche toutes les cases, faisant de son film une œuvre riche et ayant plusieurs degrés de lecture. Encore faut-il être réceptif car Le daim est tout de même réservé à un public ayant l’esprit (très) ouvert. Si c’est le cas, je vous recommande chaudement ce long métrage étonnant à l'humour bien décapant !

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20 juin 2019

Ne coupez pas ! de Shin’ichirô Ueda

necoupez1Titre du film : Ne coupez pas !

Réalisateur : Shin’ichirô Ueda

Année : 2019

Origine : Japon

Durée : 1h36

Avec : Takayuki Hamatsu, Yuzuki Akiyama, Harumi Shuhama, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le tournage d'un DTV horrifique bat son plein dans une usine désaffectée. Techniciens blasés, acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l'énergie nécessaire pour donner vie à un énième film de zombies à petit budget.

 

Ne coupez pas ! est sorti en France en avril 2019 après un passage dans de nombreux festivals, ce film étant sorti en 2017 au Japon… Il aura donc fallu plus de 2 ans pour voir ce film d’horreur nanti d’une excellente réputation.

Pourtant, quand on commence à le regarder, Ne coupez pas ! fait un drôle d’effet. On assiste à un plan-séquence (donc des scènes filmées sans coupe, en temps réel) de plus d’une demi-heure où le temps peut paraître long (à moins d’apprécier le cinéma Z) : les acteurs jouent comme des pieds, le scénario part complètement en vrille, les dialogues sont nuls. Quant à la mise en scène, on dirait vraiment du grand n’importe quoi. Et pour ne rien arranger, on a même affaire à une attaque de zombies dans cette histoire déjà bien débile ! Aurait-on affaire à un nanar ?

Bref, on se demande bien dans quelle galère on est tombé. Comment des spectateurs ont pu trouver ce film intéressant ? Et comment va-t-on tenir à regarder cette œuvre nanaresque pendant plus d’une heure et demi ? La réponse à nos légitimes interrogations intervient à la fin du plan-séquence.

[DÉBUT DU SPOILER]

necoupez3On comprend alors que tout ceci n’était qu’un habile stratagème pour nous montrer que le plan-séquence n’est qu’un film dans le film. La deuxième partie de Ne coupez pas ! (titre que l’on peut considérer à plusieurs niveaux : c’est à la fois une évocation au plan-séquence qu’une façon de dire au spectateur de rester car le meilleur est à venir), de loin la plus longue et la plus intéressante, nous place alors dans les coulisses du tournage. On nous montre alors tout ce qui paraissait complètement absurde dans la première partie du film. Tout prend du sens. Ne coupez-vous ! devient réellement passionnant car cette partie répond parfaitement à la précédente. Ce long métrage a un vrai côté ludique car on s’amuse à comparer ce que l’on avait vu dans le plan-séquence, et qui cette fois-ci a une explication plausible. Sans compter que de nombreuses trouvailles sont fameuses : l’acteur bourré aux mouvements incontrôlables, la femme du réalisateur qui s’improvise au pied levé actrice, les effets spéciaux rudimentaires, et puis évidemment le plan final du film dans le film dont la réussite tient au système D !

Le réalisateur Shin’ichirô Ueda a très bien mené sa barque. Non seulement il est parvenu à duper le spectateur, mais en outre il a effectué une véritable mise en abyme du cinéma.

[FIN DU SPOILER]

Ne coupez pas ! a tout du film fun et jouissif. Sa réputation flatteuse n’est pas galvaudée. A une époque où les blockbusters font la loi dans les cinémas et les films sont de manière générale de plus en plus standardisés, Ne coupez pas ! fait souffler un sacré vent de fraîcheur. On prend un vrai plaisir à regarder cette œuvre atypique, totalement barrée, qui est immanquablement une ode au cinéma et notamment aux réalisateurs devant faire avec de petits budgets. On sent que le réalisateur Shin’ichirô Ueda a déjà dû faire avec des budgets minuscules et qu’il a sans doute été confronté à moults problèmes qu’il a fallu résoudre tant bien que mal. Il va sans dire que voir le film une seconde fois devrait d’ailleurs donner au spectateur une nouvelle perspective. Car on est alors en mesure de saisir pourquoi tel dialogue du plan séquence nous paraît trop long ou carrément inadapté.

Ce long métrage est aussi une déclaration d’amour au cinéma d’horreur, qu’il s’agisse des zombies à la Romero mais aussi à toutes les petites productions indépendantes dont le résultat peut paraître très amateur aux yeux de certains.

Shin’ichirô Ueda peut être fier de cette excellente comédie horrifique qu’il a écrit, monté et réalisé. On lui souhaite le meilleur pour la suite et de nous surprendre à nouveau la prochaine fois.

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09 juin 2019

L'exorciste 2 de John Boorman

exorciste2Titre du film : L’exorciste 2

Réalisateur : John Boorman

Année : 1978

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h58

Avec : Linda Blair, Max Von Sydow, Louise Fletcher, Kitty Winn, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le père Lamont enquête sur la mort mystérieuse du père Merrin, survenue à la suite d’un exorcisme, et va devoir combattre le démon Pazuzu que la jeune Regan a toujours en elle.

 

L’Exorciste 2 est souvent été conspué par le public qui s’attend à voir la suite directe de L’exorciste.
Pourtant, c’est une œuvre vraiment à part, surtout dans la filmographie de John Boorman, alors au sommet de sa gloire avec entre autres des films comme
Délivrance, Duel dans le pacifique ou Point blank à son actif.

exorciste21L’Exorciste 2 n’entretient aucun rapport avec le classique de William Friedkin, si ce n’est le personnage de Regan McNeill jouée par Linda Blair. On passe d’un film de terreur infernale à une oeuvre mystique qui nage en plein onirisme arty. De quoi effectivement interloquer les fans de L’exorciste, pas forcément préparés à un tel dispositif artistique, d’autant que L’Exorciste est l’un des plus gros succès de l’histoire avec pas moins de 5.4M d’entrées en France (un record historique pour un film de ce genre) et 230M$ aux USA, ce qui était, en 1972 monumental.

Cette séquelle suit le père Lamont, interprété par un Richard Burton, physiquement présent mais qui semble ailleurs ; il a été mandaté par le Vatican pour retrouver l’origine du démon. Après des séances d’hypnose singulières qui semblent vouloir hypnotiser le spectateur lui-même, le film va alors se partager entre le quotidien de Regan McNeill et le cheminement du père Lamont en Afrique, à la recherche du démon Pazuzu !

John Boorman semble vouloir affirmer un point de vue artistique diamétralement opposé à l’original qui était plus structuré et plus adapté aux canons du cinéma d’épouvante, qu’il redéfinissait de façon phénoménale, mais le résultat déconcerte dans son ton, sa lenteur, ses écarts devenant autant d’écueils à la compréhension du film, alors que l’on peut reprocher à l’ensemble une absence de ligne directrice forte qui rajoute de la confusion.
Aux nombreuses références religieuses et philosophiques inhérentes aux productions démoniaques, viennent se superposer des rites tribaux africains qui nous baignent dans un mysticisme éreintant.

Pour autant, L’exorciste 2 comporte des qualités formelles indéniables. Le film regorge d’idées visuelles quasi expérimentales de toute beauté, notamment dans sa description de l’Afrique primitive, où la nature est aussi splendide qu’hostile. L’utilisation du montage parallèle avec une alternance des gratte-ciels et des montagnes en Afrique, était pour son époque originale. La fluidité de la réalisation, son ouverture sur l’épure, l’inconscient de sa protagoniste, Regan Mc Neill, sont autant d’audaces qui rendent a posteriori l’approche aussi singulière qu’intéressante.

exorciste22Et puis L’exorciste 2 contient aussi un score marquant d’Ennio Morricone, entre des séquences africaines tribales et un thème principal lyrique et entêtant.

En somme, L’exorciste 2, navet patenté en son temps et flop mondial (30M$ aux USA !!!), ne peut plus être appréhendé de la même façon qu’à a sortie. Bancal, le film l’est, mais il comporte des qualités indéniables qui transcendent le genre qu’il aborde. John Boorman perpétue ainsi avec courage une œuvre personnelle et intransigeante qui était la sienne, loin de livrer un copycat de son prédécesseur. Mal lui en a pris pour Warner qui osait le plus gros budget de son histoire et l’auteur William Peter Blatty qui se sentit trahi par ce résultat atypique, allant jusqu’à proposer sa propre séquelle du 1, en qualité de réalisateur en 1989, avec L’Exorciste, la suite. Un nouvel échec... Le diable ne faisait alors plus peur à quiconque en ce temps...


Critique parue à l’origine sur le site avoir-alire.com à l’adresse suivante
 :

https://www.avoir-alire.com/l-exorciste-2-l-heretique-la-critique-du-film

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27 mai 2019

La valise de Georges Lautner

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Titre du film : La valise

Réalisateur : Georges Lautner

Année : 1973

Origine : France

Durée : 1h40

FICHE IMDB

Synopsis: Sentant sa vie menacée dans un pays arabe où il était en mission, l’espion israélien Bloch demande à être rapatrié en France. Le capitaine Augier est alors chargé de faire sortir clandestinement Bloch du pays. Cependant, ce dernier devra, pour cela, être enfermé dans une valise diplomatique.

 

Tout au long de sa carrière, Georges Lautner a été l’auteur de comédies et polars plutôt musclés. Dans le rang des comédies, on compte entre autres les cultissimes Tontons flingueurs, la trilogie des Monocle mais aussi des œuvres plus mineures telle que cette Valise.
A sa sortie en 1973, ce film a rassemblé plus d’1,2 million de spectateurs, score tout à fait honorable. Mais ce succès a été occulté par une polémique. En effet, à l’époque, le conflit israélo-palestinien connaissait une de ses plus graves tensions avec l’attaque d’Israël par les troupes égyptiennes et syriennes. Georges Lautner a reçu des injures venant de milieux juifs qui n’ont manifestement pas compris le film.

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Car il est évident que La valise n’est pas à prendre au sérieux. Et ça, on le voit bien dès le départ avec une parodie de western spaghetti.
Ce long métrage nous révèle ensuite rapidement le cœur de son intrigue avec un agent des services secrets israéliens, le commandant Bloch (formidable Jean-Pierre Marielle) qui est recherché par des tueurs. Isolé et sans solution, Bloch recueille l’appui de l’ambassade de France à Tripoli, qui a l’idée de lui faire quitter le pays dans une valise diplomatique, portée par le capitaine Français Augier.La valise
est constamment truculent. Le spectateur a bien souvent l’occasion de rire des (més)aventures du commandant Bloch, obligé à plusieurs reprises de rester dans sa valise, en raison de circonstances défavorables. Entre une grève à Air France qui le contraint à rester bien plus longtemps que prévu à Tripoli, un avion détourné ou encore un voyage chaotique dans le désert, notre principal protagoniste en voit de toutes les couleurs, dans des scènes où l’humour est omniprésent.

Un autre attrait du film tient à l’opposition entre les deux personnages principaux du film. Le commandant Bloch dégage une classe, un charme certain et fait preuve d’un humour au second degré. Il taquine le capitaine Augier (Michel Constantin, excellent dans son rôle) qui apparaît comme son parfait opposé. Ce dernier incarne un homme manquant cruellement de finesse, particulièrement pingre (il trafique ses notes de frais), à l’humour peu fin et qui apparaît désarmé dans ses relations avec les femmes.

Car
La valise ne serait pas aussi piquant et perdrait une grande partie de son attrait, sans son triangle amoureux. Dans cette histoire, il y a une femme, Françoise, jouée par Mireille Darc (une habituée chez Lautner dans les années 70 : Il était une fois un flic, Les seins de glaceMort d'un pourri) qui incarne brillamment son rôle de femme fatale, faisant tourner les têtes, et notamment celles de Bloch et d’Augier. Il faut voir le commandant Bloch, fou d’amour pour cette femme, raconter avec nostalgie sa rencontre lors d’un flashback savoureux !

Lautner s’amuse à entretenir l’idée de cette femme qui fait l’objet de toutes les convoitises. Les hommes ne pensent qu’à elle et en oublient même leurs différences, et oppositions. C’est sans doute cela qui n’a pas plu à certains, d’autant que la fameuse Françoise sort avec des gens de toutes origines. Le commandant Bloch se pare d’ailleurs de cette réflexion qui est (évidemment) à prendre au second degré : « 
un Egyptien, un Grec, un Français, elle prend vraiment les plus dégénérés ».

lavalise3

Notre réalisateur français n’a absolument pas cherché à donner une dimension politique à son long métrage. Au contraire, il met en scène une comédie joviale, décomplexée – même si ça part parfois un peu dans tous les sens – où la fraternité et l’amour sont élevés au rang de valeurs cardinales.
In fine, Georges Lautner délivre un message de paix où les protagonistes masculins font tous cause commune autour de cette femme, symbole de l’amour. Certains personnages changent d’ailleurs de vie du jour au lendemain et en sont très fiers : « Bloch quitte l’armée israélienne. Moi je quitte l’armée française. On en a ras le bol de ce métier à la con ».

Le propos pourra paraître naïf aux yeux de certains, mais, au fond, est-ce vraiment important ? On apprécie l’idée que ces gens soient heureux d’être ensemble, à l’image de cette fin en forme de parodie où l’amour dépasse une fois de plus les frontières. Faites l’amour, pas la guerre est le leitmotiv de ce film. Quoi de plus beau qu’une telle déclaration d’amour ? Merci Georges Lautner.

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15 mai 2019

Blanche comme neige d'Anne Fontaine

blanchecomme1Titre du film : Blanche comme neige

Réalisatrice : Anne Fontaine

Année : 2019

0rigine : France

Durée : 1h52

Avec : Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Damien Bonnard, Vincent Macaigne, Jonathan Cohen, Benoît Poelvoorde, Pablo Pauly, Charles Berling, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants...

 

Il était une fois une belle jeune femme abandonnée dans les bois. Une méchante sorcière extrêmement envieuse de son charme complote pour éliminer cette rivale. Cette histoire vous rappelle quelque chose ? Blanche neige peut-être ? Gagné !

La réalisatrice Anne Fontaine, à qui l’on doit une version modernisée d’Emma Bovary (Gemma Bovary, 2014) se plaît ici à détourner le conte des frères Grimm pour livrer une ode à la liberté et à l’amour, avec en filigranes une vision féministe assumée des choses.

blanchecomme2Dans Blanche comme neige, l’actrice Lou de Laâge tient le rôle principal, celui de Claire, une très belle femme qui n’est autre qu’une Blanche neige des temps modernes. Et les les 7 nains ? Ils sont remplacés par 7 hommes tombant amoureux de Claire.

Si l’histoire de Blanche neige est respectée dans ses grandes lignes (l’abandon dans la forêt, la méchante marâtre, les tentatives de meurtre de la belle jeune femme), Anne Fontaine revisite à sa façon ce mythe universel pour lui donner un côté très actuel.

Claire n’est pas une héroïne naïve, un peu nunuche. Elle est surprise par ce qui lui arrive mais elle prend les événements comme ils viennent, sans se soucier du lendemain. Surtout, la portée sensuelle voire érotique que dégage la jolie Lou de Laâge est indéniable. Sans jamais tomber dans la vulgarité, son personnage, celui de Claire, se dénude et n’écoute que ses envies. Les hommes sont comme subjugués et tentent de charmer la belle Claire. Cette dernière s’amuse sans doute de son pouvoir de séduction (qu’elle découvre?).

On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec cette héroïne libre et le mouvement « me too » apparu depuis l’affaire Weinstein, marquant quant à lui la libération de la parole des femmes face au harcèlement et aux agressions sexuelles. Dans Blanche comme neige, Claire choisit ses amants et garde le contrôle de son destin. Claire paraît d’ailleurs quasiment insaisissable. Elle ne s’attache à rien et à personne, mais profite simplement de l’instant présent. Ce long métrage est non seulement un film sur la libération de la femme mais aussi sur l’apprentissage de son propre corps.

A l’inverse, les hommes doutent beaucoup dans ce film, qu’ils soient névrosés (formidable Vincent Macaigne !), peu à l’aise avec les femmes (Jonathan Cohen, Pablo Pauly), un peu rustres et même lourdauds pour certains ( Benoît Poelvoorde, impayable comme d’habitude!). Ce sont donc les femmes qui ont le pouvoir dans Blanche comme neige, qu’il s’agisse de la belle (et pure?) Claire ou de la marâtre, jouée par une Isabelle Huppert très à l’aise dans le rôle de la femme perfide.

blanchecomme3Pour mieux toucher son public, le film opte pour un ton résolument humoristique. La maladresse des ces hommes dans leurs tentatives d’approche, se retrouvant comme des enfants face à Claire, est amusante et même touchante.

Ce long métrage est également une critique – à peine voilée – de notre société actuelle. Avec la digitalisation de cette dernière (internet, le smartphone, etc.), tout va très vite et on ne prend plus le temps de profiter de notre environnement. Les personnages vivant en ville semblent étouffer par ces conditions pas franchement optimales. A l’inverse, la vie à la campagne, à la montagne est mise en avant. Cela n’est pas un hasard si Claire est comme « transformée » au sein de cette nature vivifiante. Les cours d’eau, les paysages forestiers, un chalet en bois, éveillent en elle des pulsions dont elle n’avait pas connaissance jusqu’alors. L’air de la montagne ? Sans doute. Plus sûrement, on peut songer aux joies offertes par ces superbes paysages naturels où l’on prend le temps de vivre tranquillement.

Sans avoir l’air d’y toucher, sous ses dehors de comédie gentiment subversive, Blanche comme neige développe de nombreux thèmes et assume un propos résolument féministe avec une héroïne belle et forte. Lou de Laâge participe pleinement à la réussite de ce film. Elle irradie l’écran à chacune ses apparitions. Gageons que ce rôle brillamment joué lui ouvre d’autres portes.

05 mai 2019

La sentinelle des maudits de Michael Winner

lasentinellejaquetteTitre du film : La sentinelle des maudits

Réalisateur : Michael Winner

Année : 1977

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h32

Avec : Cristina Raines, Burgess Meredith, Ava Gardner, Jeff Goldblum, Christopher Walken, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une jeune top model emménage dans une maison uniquement habitée par un prêtre aveugle. D’étranges phénomènes se produisent dès l’arrivée de la jeune femme.

 

A la fin des années 60 et au début des années 70, les grands studios se sont intéressés de nouveau au film d’épouvante et plus précisément de possession. Suite au succès de L’exorciste en 1973, Universal met en chantier sa propre histoire d’épouvante et de possession. Michael Winner, tout juste auréolé du succès planétaire d’Un justicier dans la ville (1974), se voit confier par Universal un pur film de commande. La sentinelle des maudits constitue pourtant une œuvre à la croisée des genres, mélangeant tout à la fois le thriller psychologique hitchcockien et le cinéma d’épouvante. On est d’ailleurs plus proche de Rosemary’s baby (1968) que de L’exorciste par la dimension psychologique qui est essentielle.

L’héroïne, Allison Parker, interprétée par Cristina Raines, un modèle des années 70, souhaite avoir son propre appartement dans les beaux quartiers de Manhattan pour obtenir son indépendance. Elle échoue dans une résidence mystérieuse avec des voisins pour le moins étranges.

lasentinelle3L’acteur Bergess Meredith interprète un voisin pour le moins envahissant, accompagné d’un chat et d’un canari qui constituent un whodunit connu. Son comportement reste très mystérieux et on se demande pourquoi il laisse sa photo dans l’appartement d’Allison. Mais il n’est pas le seul à inquiéter. On songe ainsi aux deux lesbiennes aux mœurs très libres voire exhibitionnistes.

Et puis le conjoint d’Allison apparaît très ambigu dans son comportement, très hitchcockien dans ce sens. On se demande s’il ne manipule pas l’héroïne. D’ailleurs, il est harcelé par la police, suite au suicide de sa précédente femme.

Dès le départ, Winner instaure un climat oppressant où on ne distingue plus la réalité de l’imaginaire. En effet, l’héroïne est perturbée, comme le prouve son passé récent qui est révélé par petites touches.

La sentinelle des maudits fait partie de la mouvance de ces films d’horreur qui reviennent actuellement sur le devant de la scène (Conjuring) où celui qui croit fait face aux forces du diable. Et puis la morale chrétienne est constamment présente avec notamment le suicide constituant un interdit. Si l’héroïne se suicide à la fin, c’est le Mal qui remporte la partie.

Michael Winner livre un film d’horreur où la mort rôde partout, accroissant par là-même son côté oppressant. La mise en scène et les lieux choisis sont parfaitement adaptés au sujet de cette œuvre. Il n’y a jamais d’horizon, comme si aucun espoir n’était permis. Et puis l’action se passe pratiquement toujours dans un appartement avec des plans serrés sur les visages. Autant d’éléments qui renforcent cette impression de claustrophobie.

Histoire de ne pas relâcher son étreinte sur le spectateur, le réalisateur n’hésite pas à faire preuve de mauvais goût, en mettant en scène des situations malaisantes et parfois bis. On pense ainsi à cette fête décalée regroupant des personnes sorties de nulle part.

lasentinelle2S’il s’agit bien d’un film de studio, il comporte des déviances bis, héritières du cinéma d’exploitation. On songe immanquablement au bis italien comme L’antéchrist (1974) d’Alberto de Martino.

La partition musicale de cette œuvre participe à sa réussite avec une sorte d’easy listening alliée à des morceaux Hermanniens.

Le final est proprement hallucinant avec son orgie de freaks qui assaille l’héroïne. Le film utilise adroitement au début les ficelles du thriller psychologique avant de basculer dans l’horreur pure.

Notons que La sentinelle des maudits donne l’occasion de découvrir de jeunes Jeff Goldblum et Christopher Walken qui côtoient des stars vieillissantes comme Ava Gardner ou Burgess Meredith.

 
Critique parue à l’origine sur le site avoir-alire.com à l’adresse suivante :

https://www.avoir-alire.com/la-sentinelle-des-maudits-la-critique-du-film

25 avril 2019

The endless de Justin Benson et Aaron Moorhead

theendlessafficheoriginaleTitre du film : The endless

Réalisateurs : Justin Benson et Aaron Moorhead

Année : 2018

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h51

Avec : Justin Benson, Aaron Moorhead, Callie Hernandez, Tate Ellington, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Deux frères retournent dans la secte qu’ils ont quittée dix ans auparavant après avoir reçu une mystérieuse lettre rédigée par l’un des membres de leur ancienne « famille ». Très vite, des événements inexpliqués vont remettre en cause leurs croyances…

 

The endless est le troisième long métrage des Américains Justin Benson et d’Aaron Moorhead. Les deux compères sont également les acteurs principaux de leur film où ils interprètent (avec leurs prénoms) les frères Justin et Aaron Smith.

Ce film est clairement placé sous le signe de l’étrange. Au début du film (pouvant rappeler Lost highway de Lynch), Aaron reçoit une mystérieuse vidéo provenant du camp Arcadia où il a séjourné naguère avec son frère. Cette vidéo l’intrigue et lui donne envie de retourner à Arcadia, d’autant que son quotidien ne le passionne guère. Mais son frère aîné Justin est beaucoup plus réservé à l’idée de retourner dans ce camp car ses membres font partie d’une secte dont l’idée est de se suicider pour atteindre « l’Ascension ».

S’il finit par céder aux souhaits de son frère, Justin n’est pas au bout de ses surprises en retrouvant le camp Arcadia. Et le spectateur non plus !

Avec une part de mystère constante, The endless joue adroitement sur plusieurs tableaux. Il y a d’abord le thriller : les membres de ce camp comptent-ils vraiment en finir ? Il y aussi le fantastique avec un questionnement autour de cette force mystérieuse rôdant constamment dans les parages. Et puis il y a la science-fiction : pourquoi les membres d’Arcadia ne semblent pas avoir vieilli depuis une décennie?

Theendless_6_cpt_La_Aventura_AudiovisualDans un environnement en apparence paradisiaque – le camp étant placé dans une zone forestière avec au milieu un lac – on sent que le danger peut venir aussi bien d’une force supérieure (l’allusion à Lovecraft au début du film n’est pas anodine) que de l’attitude des membres d’Arcadia, trop accueillants pour être honnêtes. Le film prend son temps pour installer et pour tisser les rapports entre les protagonistes, d’abord les frères puis les frères avec les autres personnages, que cela soit la femme au comportement maternel, l’apprenti magicien ou le créateur de bière, peu prolixe et mystérieux.

The endless dévoile rapidement sa grande thématique : le camp est situé dans une zone de boucles temporelles. Autrement dit le passé et le présent se mélangent pour former une boucle infinie. Les événements se répètent sans cesse, d’où le titre du film puisque The endless signifie en français L’interminable. On comprend mieux certaines choses mais cette situation place les protagonistes devant un choix cornélien : soit vivre éternellement une vie sans obligations, sans contrariétés ; soit vivre comme tout un chacun une vie faite de contraintes, d’un quotidien parfois morne ou stressant et qui s’achèvera un jour par l’inéluctable. D’une certaine façon, nos deux co-réalisateurs mettent en avant la question des règles en société finissant par nous asphyxier, par nous ôter toute forme de liberté.

Les deux réalisateurs laissent toutes les interprétations possibles au spectateur. Il est évident que l’on pourra continuer à tirer de nouvelles perspectives lors d’un nouveau visionnage de ce film. D’autant que plusieurs points restent (délibérément?) inexpliqués : de quand date le camp Arcadia ? Pourquoi les boucles temporelles sont apparues à cet endroit ? Qui est ce monstre tapi dans l’ombre qui attend son heure ?

Theendless_9_cpt_Snowfort_picturesMême s’il est doté d’un budget limité que l’on ressent notamment au niveau des effets spéciaux, The endless compense largement ce défaut mineur par des trouvailles visuelles simples ayant le mérite d’accroître le côté mystérieux de l’ensemble (l’épisode de la corde, les deux lunes apparaissant à l’écran, l’enregistrement d’une scène en direct sans aucune personne à la manœuvre, etc.).

The endless a également le grand mérite de refuser le spectaculaire au profit d’une science-fiction intelligente, réflexive ayant pour but de faire réfléchir le spectateur tout en l’amenant vers des contrées inconnues, où sommeille une force supérieure qui nous dépasse (Lovecraft).

Évidemment, notre ressenti positif ne serait pas le même sans une distribution de qualité. En plus d’assurer le poste de metteur en scène (et de scénariste pour Justin Benson), nos deux réalisateurs américains assurent de façon probante derrière la caméra. On voit qu’ils ont beaucoup travaillé leurs personnages, et la relation compliquée entre ces deux frères Smith (Monsieur tout le monde) n’en apparaît que plus probante.

Si science-fiction rime pour vous avec réflexion (et non pas action), The endless et son monde d’étrangeté devrait vous captiver.


Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/the-endless-la-critique-du-film-le-test-du-blu-ray

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15 avril 2019

Mon inconnue d'Hugo Gélin

moninconnueTitre du film : Mon inconnue

Réalisateur : Hugo Gélin

Année : 2019

0rigine : France

Durée : 1h58

Avec : François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe, Edith Scob, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Du jour au lendemain, Raphaël se retrouve plongé dans un monde où il n'a jamais rencontré Olivia, la femme de sa vie. Comment va-t-il s’y prendre pour reconquérir sa femme, devenue une parfaite inconnue ?

 

Les comédies romantiques (réussies) sont généralement l’apanage des anglo-saxons. Quatre mariages et un enterrement, Quand Harry rencontre Sally ou plus récemment Orgueil et préjugés, 500 jours ensemble. Côté français, pas grand-chose de marquant à l’horizon.

Pour notre plus grand plaisir, Mon inconnue va sans doute changer la donne. Troisième long métrage d’Hugo Gélin (petit-fils de Daniel Gélin), ce film part d’un postulat original qui va nourrir cette histoire riche et passionnante.

moninconnue2Tout commence comme dans la plus belle histoire d’amour : Raphaël et Olivia se rencontrent au lycée, ils ont immédiatement le coup de foudre l’un pour l’autre. Ils partagent tout et sont fusionnels. Olivia va aider Raphaël à lancer sa carrière professionnelle. Mais le succès aidant, Raphaël, auteur à succès s’éloigne progressivement de sa belle. Au moment où le point de non-retour semble être atteint entre les ex tourtereaux, Raphaël se réveille un matin...dans un univers parallèle.

On n’est pas comme dans Un jour sans fin où un homme revit chaque jour les mêmes événements. Non, là c’est bien pire. Raphaël n’est plus l’auteur à succès qu’il était devenu (grâce à Olivia) et surtout sa femme ne le connaît plus. Cela va donner lieu à des scènes bien cocasses. On rit beaucoup, notamment de l’incrédulité de Raphaël, pensant au départ avoir affaire à des caméras cachés !

Et côté rires on est également bien servi avec Félix, l’ami d’enfance de Raphaël, qui vit avec lui une véritable « bromance » dans ce nouvel univers. Ils sont tous les deux profs dans le même collège et partagent tous leurs loisirs. Bien qu’étonné du comportement de ce nouveau Raphaël, Félix est disposé à aider son ami. Même dans les situations les plus incongrues. On a droit ainsi à des scènes très amusantes, notamment lorsque Félix se prend pour l’agent artistique de Raphaël afin de permettre à ce dernier d’approcher sa belle.

Car dans ce nouveau monde, Olivia est devenue une grande pianiste (sa passion de toujours) à la renommée internationale. Le scénario se révèle d’une grande intelligence. Il montre tout simplement ce qui aurait pu être la vie de Raphael et d’Olivia s’ils ne s’étaient pas rencontrés. Raphaël n’aurait jamais été un auteur à succès et Olivia aurait pu penser à son propre destin au lieu de suivre celui de son chéri. A sa façon, le film évoque la situation de ces nombreuses femmes dans le monde qui par amour ont fait le choix (parfois difficile) de faire une croix sur leur carrière. La portée féministe du propos est on ne peut plus limpide et particulièrement bien amenée.

Au demeurant, Mon inconnue est aussi et surtout une très belle histoire d’amour. En effet, dans le contexte particulier de cette histoire, Raphaël fait l'impossible pour reconquérir sa femme qu’il a perdue aussi bien dans son vrai monde que dans ce monde parallèle. C’est beau d’ailleurs de voir cet homme, sans doute conscient de ses erreurs passées, usant de moults stratagèmes pour retrouver l’amour de sa belle. Surtout qu’il est le seul à se souvenir ces beaux moments passés avec Olivia. Les flashbacks évoquant ces souvenirs accroissent le côté romantique et nostalgique de ce beau film. De la même façon, la scène au restaurant où ils imaginent la vie qui aurait pu être la leur "s'ils étaient sortis ensemble auparavant" est tout à la fois pertinente et émouvante. On a envie de dire à Olivia : mais c'est ton homme !

Les spectateurs les plus attentifs constateront avec intérêt que la grand-mère d’Olivia (Edith Scob, toujours juste) se semble se souvenir de Raphaël. Comment est-ce possible ? Toutes les suppositions sont possibles, y compris de penser que Raphaël est mis à l’épreuve dans cette vie pour séduire de nouveau sa moitié. L’aspect féministe du film est une nouvelle fois mis en exergue.

moninconnue3Quoi qu’il en soit, au-delà de son excellent scénario et des thématiques intéressantes qu’il développe, Mon inconnue doit son incontestable réussite à sa distribution au diapason de cette œuvre. François Civil, dans le rôle de Raphaël, montre une palette de jeu variée tant sur l’aspect comique que romantique du film. A ses côtés, la belle Joséphine Japy (ressemblant étrangement à l’actrice de Plus belle la vie Elodie Varlet) séduit par son jeu tout en finesse, son charme et sa spontanéité. Ces deux acteurs campent un couple amoureux plus vrai que nature. On sent qu’il y a une alchimie entre les deux. Par ailleurs, Benjamin Lavernhe est le troisième larron qui apporte beaucoup de légèreté et d’humour dans cette histoire. Le potentiel comique de l’acteur est indéniable.

En somme, Hugo Gélin parvient adroitement à mélange des genres que l’on pourrait penser antinomiques dans un film français : la comédie, le drame, la romance et le fantastique se côtoient naturellement.

La réussite est totale pour cette belle comédie romantique prenant des allures de fable. L’émotion, la passion, la nostalgie, l’humour, la joie sont au rendez-vous dans ce feel-good movie à la française revigorant.

05 avril 2019

Les griffes de la nuit de Wes Craven

lesgriffes1Titre du film : Les griffes de la nuit

Réalisateur : Wes Craven

Année : 1985

0rigine : Etats-Unis

Durée : 1h31

Avec : Robert Englund, Heather Langenkamp, Johnny Depp, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d'ailleurs que parmi ses amis, elle n'est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l'un d'entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil.

 

Les griffes de la nuit est le film le plus célèbre de Wes Craven avec Scream et La colline a des yeux. C’est aussi une des œuvres les plus réussies de ce « pape » du cinéma horrifique.

D’ores et déjà on préférera aux Griffes de la nuit son titre international, A nightmare on Elm Street (Un cauchemar sur Elm Street), bien plus évocateur. En effet, l’originalité de ce long métrage tient au fait qu’un mystérieux tueur sévit dans une banlieue résidentielle, à Elm Street. Sauf que notre tueur n’agit pas comme les autres. Il commet ses crimes dans le sommeil de ses futures victimes. Si l’on s’endort, on s’expose donc à une mort bien réelle d’un terrible croque-mitaine.

lesgriffes2Ce dernier prend la forme d’un homme au visage brûlé, portant constamment sur lui un pull-over rouge et des lames acérées au bout de ses doigts qu’il fait crisser avec délectation. C’est Freddy Krueger ! A la différence d’un Michael Myers ou d’un Jason Voorhees tuant de manière monotone leurs victimes, Freddy est un psychopathe prenant un plaisir sadique à terroriser ses proies. Il joue avec ses victimes avant de leur porter le coup fatal. Il y a d’ailleurs beaucoup d’humour noir dans Les griffes de la nuit.

Freddy est interprété brillamment par Robert Englund, à tel point que ce rôle lui a collé à la peau à tout jamais. On oublie même souvent que Robert Englund est connu initialement pour son rôle de gentil extraterrestre dans la série V, une série culte des années 80. Ici, il trouve en fin de compte un rôle totalement à l’opposé de celui de la série.

Les griffes de la nuit est un film qui alterne brillamment les scènes d’humour (noir) avec des scènes horrifiques bien prenantes. On se met à frissonner pour les jeunes victimes – comme souvent ce sont des adolescents qui sont la cible du monstre lorsque celles-ci commencent à s’endormir. Freddy peut alors sévir en toute quiétude. Seule solution pour lui échapper : parvenir à se réveiller avant de se faire tuer dans son rêve.

Les meurtres sont non seulement nombreux mais très originaux et franchement marquants. Lorsque l’on a vu ce film, on se souvient forcément de l’inoubliable séquence de la baignoire où des lames apparaissent au niveau des cuisses de l’héroïne, Nancy, lorsque celle-ci commence à tomber dans les bras de Morphée. Autre scène particulièrement marquante : le moment où le personnage joué par Johnny Depp, interprétant son premier rôle au cinéma, se trouve endormi et donc sous la coupe de Freddy. Les trouvailles visuelles sont alors incroyables et le spectateur se voit gratifier d’un gore généreux. Le film est d’autant plus inquiétant que l’on est sans cesse transporté entre rêve et réalité. Freddy peut donc apparaître à tout moment, d’autant que ce meurtrier peut revêtir différentes formes pour mieux tromper l’ennemi. Ce croque-mitaine se révèle particulièrement fourbe.

lesgriffes3Il joue d’ailleurs à un véritable jeu du chat et de la souris avec l’héroïne, Nancy. A plusieurs reprises, celle-ci échappe de peu à la mort qui lui est promise. Très courageuse, elle va tout faire pour mettre hors d’état de nuire ce cruel Freddy, et a même l’idée de le tuer en le ramenant dans le monde des vivants ! Vaste programme mais peut-on vraiment tuer Freddy… N’est-il pas indestructible, à l’image d’un Michael Myers ?

Dans tous les cas, Les griffes de la nuit bénéficie également d’une bande son totalement adaptée. Les synthétiseurs de Bernard Bernstein, sont stressants tant dans leur côté calme (on sent que la menace rôde) que dans leurs envolées lorsque Nancy ou d’autres jeunes affrontent Freddy.

La distribution est de qualité, contrairement aux films de ce genre. Robert Englund est inoubliable en Freddy et Heather Langerkamp joue avec conviction le rôle de Nancy. Un méchant charismatique, une héroïne totalement impliquée dans son rôle, que demander de plus ?

Film majeur ayant engendré de nombreuses suites (de qualité généralement médiocre, hormis Freddy 7 réalisé par… Wes Craven), Les griffes de la nuit est un des meilleurs films d’horreur de tous les temps. Malgré le poids des années, ce long métrage continue de faire son effet.