Déjantés du ciné

17 mai 2020

Official secrets de Gavin Hood

official secrets1Titre du film : Official secrets

Réalisateur : Gavin Hood

Année :
2019

Origine :
Royaume-Uni

Durée :
1h52

Avec :
Keira Knightley, Ralph Fiennes, Rhys Ifans, etc.

FICHE IMDB


Synopsis :
2003, la guerre d’Irak se profile. Katharine Gun, employée des renseignements britanniques, reçoit une note de la NSA. Les États-Unis sollicitent l’aide de la Grande-Bretagne pour rassembler des informations compromettantes sur certains membres de l’ONU afin de les obliger à voter en faveur de l’invasion. Gun prend alors la décision de diffuser le mémo à la presse. En choisissant d’exposer cette vaste conspiration politique, la lanceuse d’alerter va tout risquer : sa vie, sa famille, sa liberté…

Le 20 mars 2003, une coalition menée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni envahit l’Iraq avec « l’opération liberté irakienne ». La raison de cette invasion ? La présence supposée d’armes de destruction massive, jamais prouvée à ce jour. Cette sombre histoire est connue. En revanche, on se souvient moins de l’histoire de Katharine Gun. Cette employée des renseignements britanniques avait indirectement tenté d’empêcher la guerre en révélant l’histoire du mémo compromettant. C’était pour elle le début d’un engrenage infernal…

Près de 15 ans après les faits, le cinéaste sud-africain Gavin Hood a décidé de relater cette histoire palpitante. A son crédit Hood compte un oscar en 2006 du meilleur film étranger pour Mon nom est Tsotsi. Mais il est aussi capable du pire avec un lamentable X-Men origins : Wolverine. Dans une filmographie irrégulière, Official secrets tient-il le haut du pavé ou est-ce au contraire une œuvre à oublier ?

official secrets 2Le réalisateur peut d’abord se targuer de développer son scénario à la manière d’une enquête journalistique. Le film débute avec le jugement attendu de Katharine Gun avant de laisser place immédiatement à un long flashback. Dans celui-ci, Gavin Hood retrace les événements de façon très détaillée avec une indication précise des jours concernés. Il dresse d’ailleurs un parallèle intéressant entre le vécu de Katharine Gun et la grande histoire. En effet, on a droit à des extraits d’archives avec Tony Blair, George W. Bush, etc. De façon logique, le film comprend deux parties distinctes : d’une part la révélation du mémo et la recherche du coupable, d’autre part la procédure judiciaire qui s’en suit. La situation de Katharine Gun est présentée comme dans un thriller et on se demande bien comment elle va s’en sortir. Car l’État britannique contre Gun c’est comme le combat de David contre Goliath.

Le film permet également au spectateur de voir comment s’effectue le travail quotidien au sein d’un journal. On apprend comment fonctionne un grand journal tel que l’Observer : la récupération d’informations, les contacts, la pression politique, les choix éditoriaux, etc. Ces données sont tout à fait captivantes.

Pour autant, Gavin Hood a bien du mal à transcender son matériau de base. Sa mise en scène est d’une désespérante platitude et est totalement impersonnelle. De plus, si le choix de révéler les événements de manière chronologique se conçoit totalement, le réalisateur ne fait jamais preuve d’inventivité ou d’originalité. Indéniablement, Official secrets vaut plus par son sujet que par son traitement. C’est dommage car le rôle de lanceuse d’alerte est toujours autant d’actualité. Le film fait immanquablement écho à l’affaire politico-judiciaire Trump-Zelenski qui sera peut-être dressée en porte-étendard par les démocrates lors des élections américaines de 2020.

official secrets 3Si Official secrets aurait pu être meilleur dans les mains d’un réalisateur de talent, rendons tout de même justice à l’actrice principale. Keira Knightley incarne une Katharine Gun à la fois fragile et volontaire, travaillant « pour le peuple britannique ». On frissonne avec elle lors de son jugement. Keira Knightley tient là un de ses meilleures rôles, à mille lieux de ses films romantiques (Orgueil et préjugés, Reviens-moi, Cœurs ennemis). Et Ralph Fiennes a une vraie épaisseur en avocat ayant pris sous son aile Katharine Gun.

Au final, si Official secrets n’est pas une œuvre majeure, ce thriller politique relate un fait divers passionnant. A l’heure des fake news et des mensonges d’État, on ne peut pas dire qu’il soit spécialement dépassé.

 

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/official-secrets-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

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03 mai 2020

L'attaque de la malle-poste d'Henry Hathaway

RAWHIDE 99Titre du film : L’attaque de la malle-poste

Réalisateur :
Henry Hathaway

Année :
1951

Origine :
Etats-Unis

Durée :
1h29

Avec :
Tyrone Power, Susan Hayward, Hugh Marlowe, Dean Jagger, Edgar Buchanan, Jack Elam etc.

FICHE IMDB


Synopsis : Le bandit Zimmerman et ses trois complices prennent en otages les usagers d’un relais de poste où doit s’arrêter un convoi d’or. Tom, Vinnie et quelques autres vont désormais vivre sous leur menace. Lorsque Tom essaie de s’échapper pour aller chercher du secours, sa tentative échoue. Les événements, dès lors, vont se précipiter.


Capable d’œuvrer dans n’importe quel genre, Henry Hathaway met en scène en 1951 le western
L’attaque de la malle-poste. Le film démarre de façon joyeuse avec une diligence traversant de très belles montagnes enneigées. Une belle façon pour le réalisateur de tromper son monde car le ton va rapidement changer.

Hathaway est un cinéaste appréciant plus que tout les challenges et l’innovation. A cet égard L’attaque de la malle-poste porte bien la marque de son auteur. Tourné à Lone Pine, le film est un western par son environnement mais dans les faits il s’agit plutôt d’un film noir se déroulant en vase clos.

RAWHIDE 98D’ailleurs, les amateurs constateront que le scénariste est Dudley Nichols, déjà présent sur l’un des chefs-d’œuvre de John Ford, La chevauchée fantastique (1939). Ce western était déjà une sorte de huis clos avec des personnes regroupées dans une diligence le temps d’un voyage. Comme dans le film de John Ford, Hathaway joue la carte du huis clos puisque l’action se déroule dans et autour du relais de poste.

Ainsi,  quatre bandits évadés retiennent prisonniers deux adultes, Tom Owens et Vinnie Holt (et un bébé). Cette situation peut paraître assez simple. Une nouvelle fois, il convient de ne pas se fier aux apparences.

A l’écran, Hathaway sublime son matériau de base. Il distille une tension permanente par plusieurs biais. D’abord sa mise en scène se marie parfaitement à son sujet. Le travail sur les cadrages est impressionnant et renforce le sentiment d’oppression. Et que dire des gros plans sur les visages des personnages permettant de comprendre l’hostilité entre le chef des bandits, Zimmerman et l’inquiétant Tevis ? Cette tension se ressent également par les efforts déployés par les otages pour s’en sortir. Dans un endroit où la violence est reine, il y va de leur survie. On assiste ainsi à un subtil jeu de dupe où Tom Owens et Vinnie Holt tentent de gagner du temps pour trouver une solution. Et chacune de leurs tentatives est risqué : qu’il s’agisse d’un papier risquant d’être dévoilé ou d’un trou creusé alors que les bandits sont juste à côté… Hathaway fait parfaitement monter la tension et le spectateur se demande bien comment nos deux héros vont pouvoir s’en sortir. Surtout que le cinéaste s’amuse à brouiller astucieusement les pistes par une instabilité permanente. Le spectateur sent qu’il peut se passer quelque chose à tout moment dans ce western psychologique. Et pour jouer dans ce huis clos, Hathaway a aussi tapé dans le mille au niveau du casting.

RAWHIDE 95Du côté des hors-la-loi, Doug Marlowe, jusque-là habitué à des rôles romantiques, interprète Zimmerman. Il est ici aux antipodes et joue de façon convaincante un homme dangereux, calculateur et déterminé. Et que dire de Jack Elam, inoubliable avec son physique particulier ? Il est habité par ce rôle d’obsédé sexuel et psychopathe notoire. Voilà l’un des méchants les plus marquants du western puisque ce personnage n’obéit qu’à ses pulsions. Le film serait sans doute un peu fade si les héros n’étaient pas aussi à la hauteur. Tyrone Power, qui en avait marre de jouer le chevalier servant dans des films de cape et d’épée, tient un rôle bien plus ambigu. Son personnage de Tom Owens accepte de nombreuses humiliations pour sauver sa peau. D’ailleurs, il déclare non sans amertume à Vinnie : “Je leur ai servi de paillasson. Et pourquoi ? Parce que j’avais le trac. ” Pour lui rendre la pareille, Tyrone Power peut compter sur une excellente actrice. Susan Hayward, dont c’est le premier grand rôle, va devenir une immense star suite à ce film. Et c’est mérité car elle joue avec beaucoup d’à-propos le rôle d’une femme forte et courageuse. Un personnage en somme très moderne, bien loin de la représentation de la femme des années 50.

L’attaque de la malle-poste multiplie les bons points et ça n’est pas terminé. Dans ce film mené tambour battant, on ne s’ennuie pas une seconde, qu’il s’agisse de scènes d’action ou d’autres, tendues ou  intimistes. Hathaway gratifie d’ailleurs le spectateur de plusieurs séquences incroyables. La plus mémorable d’entre elles reste sans aucun doute celle où Jack Elam tire sur le bébé. Cette scène ne pourrait jamais être tournée de la sorte de nos jours ! De plus, Hathaway a la bonne idée d’avoir laissé de nombreuses séquences sans musique, accroissant de la sorte la tension latente. Et puis la photographie est vraiment soignée, jouant sur les nuances du noir et du blanc. L’ambiance film noir s’en ressent d’autant plus.

Au final, la réussite de la production, sur les plan commercial et critique, est totalement méritée. Il ne s’agit pas du meilleur film d’Henry Hathaway (on lui préfère Le carrefour de la mort) mais d’un western parfaitement mis en scène.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/lattaque-de-la-malle-poste-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

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21 avril 2020

Invisible man de Leigh Whannell

invisibleman1Titre du film : Invisible man

Réalisateur : Leigh Whannell

Année : 2020

Origine : Etats-Unis

Durée : 2h05

Avec : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer, Aldis Hodge, Michael Dorman, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Cécilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d'enfance et sa fille adolescente. Mais quand l'homme se suicide en laissant à Cécilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s'il est réellement mort.

 

Le travail du cinéaste australien Leigh Whannell avait déjà été remarqué avec l’excellent thriller de science-fiction survitaminé Upgrade sorti en 2018. A peine deux ans plus tard, il réalise cette fois une version personnelle de L’homme invisible, célèbre roman de H.G. Wells paru en 1897, ayant donné lieu à de nombreuses adaptations.

Whannell parvient à se démarquer de ses prédécesseurs de deux façons : en s’inscrivant dans l’ère du temps sur le plan sociétal et en adoptant un point de vue original.

invisibleman2Dans Invisible man, on est pris à la gorge dès la première scène. On assiste à l’évasion d’une jeune femme, Cécilia Kass, qui a préparé son départ méticuleusement pour échapper à son mari violent. On tremble pour elle car il s’en faut de peu pour que son projet avorte. Et même quand elle est sauvée, cette femme n’est pas sereine pour autant. On sent qu’elle est encore sous le coup d’une relation toxique avec son mari possessif et manipulateur. Même la disparition de ce dernier ne la tranquillise pas totalement. Ce fort intérêt porté aux violences faites aux femmes est inévitablement à mettre au crédit du mouvement « me too » qui a clairement changé la donne. Le cinéma a lui aussi été traversé par cette onde de choc.

Il est donc logique d’une certaine façon qu’Invisible man joue avant tout sur l’aspect psychologique. Dans ce thriller, il y a ce qu’on voit mais surtout ce que l’on ne voit pas. Cécilia Kass assiste à des phénomènes étranges (un feu sur une gazinière dont le volume augmente tout seul etc.) laissant penser que quelqu’un la persécute. Mais qui ? Le film est vraiment très réussi au niveau de sa mise en scène. Leigh Whannell effectue un travail subtil entre ce que l'on voit dans le champ et le hors champ. Avec finalement peu de moyens, le metteur en scène Leigh Whannell parvient à instaurer un sentiment de peur, vécu à la fois par le spectateur et par le personnage principal.

Dans Invisible man, le film adopte un point de vue original, celui de Cécilia Kass et non celui de l’homme invisible comme on a l’habitude de le « voir » dans ce genre de film. C’est très intéressant car cela prouve une fois de plus qu’Invisible man est ni plus ni moins qu’un long métrage sur le harcèlement. Une fois n’est pas coutume, le harceleur est invisible, ce qui rend son emprise encore plus forte sur sa victime. Non seulement cette dernière ne peut pas efficacement se défendre, mais en plus elle est prise pour folle par son entourage. Quand on réfléchit bien, tout ceci n’est pas sans rappeler le comportement type d’un mari violent manipulateur. Souvent ce dernier se montre charmant aux yeux de son entourage alors qu’il est impitoyable avec sa femme dans la vie privée. Dès lors, la femme a bien du mal à trouver un écho pour étayer ses dires. Dans Invisible man, on ne cesse de ressentir cette pression psychologique avec une subtile montée en puissance des méfaits de l’homme invisible. On est tenu en haleine par la difficile quête de vérité de Cécilia. On tremble pour elle, preuve que le film marche aussi bien par son aspect thriller que par sa réflexion sociétale. On a d’ailleurs droit à un twist final tout à fait probant.

invisibleman3Avant cela, le spectateur aura tout de même droit à plusieurs séquences horrifiques assez gore. On songe notamment à l’épisode dans l’hôpital psychiatrique où les morts vont s’amoncellent en un temps record.

Invisible man prouve tout le bien que l’on pense d’Elisabeth Moss, l’actrice de la série culte The handmaid’s tale. Elle est vraiment impeccable dans le rôle de cette femme victime de violence qui va se battre jusqu’au bout pour s’en sortir. Son abnégation est remarquable, et symbolise évidemment ce mouvement féministe que l’on écoute enfin. Elisabeth Moss porte clairement le film sur ses épaules, même si les autres acteurs et actrices sont tout à fait convenables dans leur jeu.

En somme, Invisible man constitue une relecture pertinente du mythe de l’homme invisible et surtout une réalité visible des violences faites aux femmes. On valide à 100 %.

11 avril 2020

Rio Conchos de Gordon Douglas

rioconchosjaquetteTitre du film : Rio Conchos

Réalisateur :
Gordon Douglas

Année :
1964

Origine : Etats-Unis

Durée :
1h47

Avec :
Richard Boone, Stuart Whitman, Anthony Franciosa, Edmond O’Brien, Wende Wagner, etc.

FICHE IMDB


Synopsis : Pardee, un colonel sudiste, appuyé par des indiens, souhaite continuer la guerre avec des armes volées à l’armée nordiste. Un commando, formé d’un major sudiste, un capitaine nordiste, un sergent noir et un bandit partent les récupérer. Leur but : faire sauter les armes dans le camp des voleurs.


Le réalisateur Gordon Douglas est connu du grand public pour Des monstres attaquent la ville (1952), film de science-fiction où il aborde son histoire de façon réaliste et met en garde contre les dangers du nucléaire. Ce metteur en scène touche-à-tout a beaucoup œuvré dans le cinéma de genre, qu’il s’agisse du polar, du films d’aventures et du western. En 1964, le western américain est en pleine mutation. Et la première scène de Rio Conchos est là pour nous le signaler. Dans une scène d’une violence sèche et abrupte, un homme tue des Indiens en train d’enterrer un des leurs. Les héros westerniens ne sont plus ce qu’ils étaient jadis. Le monde a bien changé...

rioconchos2Dans Rio Conchos, un petit groupe d’hommes est chargé de récupérer des armes volées à l’armée américaine. Or, cette équipe se distingue dès le départ par son aspect hétéroclite. Elle est composée d’un capitaine s’étant fait subtiliser les fameuses armes, d’un sergent noir taciturne et loyal, d’un Mexicain roublard et d’un ex-soldat confédéré. Chacun a ses motivations propres – qui n’ont rien de très glorieux – pour avoir rejoint cette équipe et c’est ce qui rend cette alliance de circonstance encore plus explosive. Rio Conchos préfigure le western italien avec ses personnages individualistes et sa violence exacerbée. Comme le dit le Mexicain : « peu importe comment un homme gagne son pognon, ce qui importe c’est comment il le dépense. »

Dans ces conditions, on perçoit la tâche quasi insurmontable qui se profile pour ce commando. D’autant qu’avant d’espérer retrouver les armes volées, nos protagonistes font face à des environnements hostiles. Le film donne l’occasion de voir de superbes décors extérieurs, qu’il s’agisse de canyons, d’endroits désertiques ou encore de marécages. Le voyage n’est dès lors pas de tout repos pour nos héros. Surtout que les mauvaises rencontres sont légion.

S’il n’est pas John Ford ou Raoul Walsh, Gordon Douglas sait manier une caméra et les scènes d’action du film en sont une preuve évidente.  L’attaque de la ferme isolée est très bien rythmée et parfaitement mise en scène. Le spectateur est happé par ce moment de bravoure où le commando doit affronter des Indiens belliqueux. De la même façon, Gordon Douglas utilise magnifiquement ses décors naturels lors du guet-apens des bandits de grands chemins.

A son crédit, Rio Conchos peut aussi se targuer de personnages qui ne sont jamais des caricatures, élément que l’on peut reprocher au western italien. Habitué à des seconds rôles, Richard Boone tient ici le haut de l’affiche. James Lassiter est un homme torturé dont on ressent le passé douloureux. Il est animé par un sentiment permanent de vengeance. Richard Boone apporte beaucoup de subtilité et même de l’humanité à ce personnage. Stuart Whitman joue pour sa part un capitaine particulièrement ambigu. S’il est toujours épris d’ordre, on sent que cette quête est un moyen pour lui d’obtenir une réhabilitation, voire une promotion. Quant à Anthony Franciosa, il campe un Mexicain affable et bien retors. Par son interprétation haute en couleurs, Franciosa apporte un volet comique à ce film sérieux tout à fait bienvenu. De son côté, la jeune Wende Wagner joue une Indienne mutique qui va rejoindre cette équipée. Mais ici point d’histoire d’amour ce qui constitue une des originalités du film. Cette Indienne est un personnage à part entière qui aura son importance dans le récit. Une preuve parmi tant d’autres que Rio Conchos n’est absolument pas un western anti-Indien.

rioconchos3En fait, la thématique centrale de ce western est la vengeance. James Lassiter hait les Indiens, ces derniers haïssent les Américains et le colonel sudiste, Pardee, hait les nordistes ! Edmond O’Brien a sorti sa tenue de gala pour interpréter un Pardee habité. L’acteur s’est visiblement régalé dans le rôle de ce colonel refusant la défaite du Sud. Pardee est un personnage incroyable, quasi anachronique, qui tente de créer un nouveau Sud au Mexique et prépare sa revanche. La dernière partie qui lui est dédiée est étonnante et culmine dans une conclusion symbolique et particulièrement noire.

Ainsi, Rio Conchos est une œuvre dévoilant de façon éclatante la vision d’une Amérique désenchantée. Pourtant, dans cet océan de haine, l’espoir est toujours là. Après tout, l’Indienne n’aide-t-elle pas ses compagnons d'(in)fortune à se libérer de leurs cordes ? Une scène qui en dit long là encore sur la richesse de ce Rio Conchos.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/rio-conchos-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

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01 avril 2020

Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood

richard1Titre du film : Le cas Richard Jewell

Réalisateur :
Clint Eastwood

Année :
2020

Origine :
Etats-Unis

Durée :
2h11

Avec :
Paul Walter Hauser (Richard Jewell), Sam Rockwell (Watson Bryant), Kathy Bates (Bobi Jewell), Olivia Wilde (Kathy Scruggs), etc.

FICHE IMDB


Synopsis : En 1996, Richard Jewell fait partie de l'équipe chargée de la sécurité des Jeux d'Atlanta. Il est l'un des premiers à alerter de la présence d'une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté... de terrorisme, passant du statut de héros à celui d'homme le plus détesté des États-Unis.


Clint Eastwood est désormais passé maître dans l'art d'adapter au cinéma des faits divers ayant défrayé la chronique aux États-Unis. Ce fut notamment le cas avec le drame L'échange (2008) se déroulant dans les années 20 avec Christine Collins, une mère recherchant son enfant disparu. Plus récemment Sully (2016) rappelait l'épisode de 2009 de l'avion de l'US Airways ayant effectué un amerrissage sur les eaux du fleuve Hudson avec 155 passagers...sains et saufs. Evidemment, Eastwood ne se limite pas à narrer un drame ou une manœuvre incroyable.  Ses films sont plutôt l'occasion d'effectuer une radiographie de la société américaine.

richard3Le cas Richard Jewell n'échappe pas (fort heureusement) à cette règle. Clint Eastwood dresse évidemment le portrait de cet homme étant devenu pendant quelques jours un véritable héros national, puisqu'il avait permis de sauver des vies en signalant la présence d'une bombe lors des Jeux Olympiques d'Atlanta de 1996. Mais la joie de cet homme et de sa famille fut de courte durée puisqu'il fut rapidement mis au ban des accusés.

Le film montre de façon réaliste comment une personne peut se retrouver du jour au lendemain précipitée dans un scandale médiatique alors qu'il n'y a pas l'ombre d'une preuve tangible contre lui. Dans L'échange, Eastwood brossait le portrait d'une police abusant de son pouvoir et ne reconnaissant jamais ses torts. Comme Christine Collins, Richard Jewell va être trainé dans la boue par le FBI et par les médias. Il faut voir comment les télévisions et les journaux s'en prennent à Richard Jewell. On croirait que l'on a affaire à des vampires assoiffés de sang. Olivia Wilde incarne à merveille une journaliste à scandale prête à tout (mais vraiment à tout ...) pour obtenir un scoop et faire la une de son journal. Les méthodes employées par les agents du FBI ne sont pas meilleures, puisque l'on voit à de nombreuses reprises qu'ils tentent par tout moyen (bonjour la légalité) d'obtenir des aveux ou des documents mettant Richard Jewell en difficulté. Comme la police ne trouve pas de coupable, pourquoi ne pas s'en remettre à la seule personne qui pouvait tirer profit de cette situation.

Eh oui Eastwood dépeint une société où l'injustice est criante. On s'attaque à Richard Jewell car on a personne d'autre à accuser. Et il faut dire qu'il est la victime idéale. Cet homme rondouillard, vieux garçon célibataire vivant avec sa mère est un homme incroyablement naïf. On dirait vraiment un gros bébé à sa maman. Le film oppose vraiment deux camps. On a d'un côté les médias et le FBI qui cumulent malhonnêteté et manigances en tous genres pour exploiter au mieux cette affaire. De l'autre côté on a un Richard Jewell donnant l'impression de vivre dans un autre monde. Il a du mal à réaliser ce qui lui arrive et il fait toujours preuve d'une extrême gentillesse. La situation qu'il vit apparaît encore plus criante d'injustice. Heureusement, Richard Jewell peut compter sur un avocat un peu rock'n'roll totalement acquis à sa cause. Car le sauveur de ces Jeux Olympiques d'Atlanta a lui-même besoin d'être sauvé.

En ces temps où le bon vieux rêve américain se disloque de toute part, Clint Eastwood trouve une nouvelle fois l'occasion de mettre en lumière un homme ordinaire devenu un héros et injustement considéré par la suite. Cette reconnaissance posthume (Richard Jewell est décédé en 2007 d'une défaillance cardiaque) est fondamentale. Comme dans tous ses films, Eastwood laisse la part belle au facteur essentiel : l'humain. Le cinéaste américain rappelle de manière évidente que Richard Jewell est un héros, comme l'a été le commandant de bord "Sully". Il y a une vraie émotion, qui se dégage de ce film, ne serait-ce que le personnage principal et la belle relation d'amitié qu'il entretient avec son avocat.

richard2La réussite du film tient d'ailleurs à son excellente distribution. Paul Walter Hauser campe un Richard Jewell plus vrai que nature (quand on voit certaines images d'époque, on est bluffé par la ressemblance physique). Il est à la fois ce héros discret mais aussi cet homme parfois agaçant tant sa candeur est incroyable. De son côté, Sam Rockwell joue très justement le rôle de son avocat, un homme faisant son possible pour que la vérité soit rétablie au grand jour. Dans un rôle secondaire mais important, Kathy Bates campe une mère fusionnelle, inquiète pour le devenir de son fils. Elle est à l'opposé d'une Olivia Wilde jouant très bien le rôle d'une journaliste opportuniste et n'ayant pas froid aux yeux.

Avec un grand classicisme - chose à prendre dans le bon sens du terme - Clint Eastwood continue d'explorer les notions de héros et en même temps les travers de notre société. A l'heure de l'omniprésence des réseaux dits "sociaux", le lynchage médiatique d'un Richard Jewell fait froid dans le dos mais est surtout cruellement d'actualité.


21 mars 2020

El perdido de Robert Aldrich

el-perdido-jaquette

Titre du film : El perdido

Réalisateur : Robert Aldrich

Année : 1962

Origine : États-Unis

Durée : 1h52

Avec : Kirk Douglas, Rock Hudson, Dorothy Malone, Carol Lynley, Joseph Cotten, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Alors qu’elle engage son gigantesque troupeau vers le Texas, la famille Breckenridge reçoit la visite de Brendan O’Malley, un aventurier que le shérif Stribling poursuit pour le meurtre de son beau-frère. Si les deux hommes pactisent le temps de convoyer les bêtes, les embûches se multiplient sur le parcours, naturelles comme une tempête de sable, guerrières comme l’attaque d’indiens rebelles.

 

En 1961, le western américain a déjà derrière lui ses meilleures années. D’ailleurs, John Ford met en scène l’un de ses films les plus faibles avec Les deux cavaliers (à ne pas confondre avec Les cavaliers du même Ford sorti en 1959 et constituant un excellent film). Le western est également en pleine mutation. Durant cette même année, Marlon Brando se mue en acteur-réalisateur. Il gratifie le spectateur d’une œuvre étonnante avec La vengeance aux deux visages. Et Sam Peckinpah réalise son premier film avec New Mexico. Le changement est en marche.

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De son côté, Robert Aldrich est bien connu par amateurs de polars avec le chef-d’œuvre En quatrième vitesse(1955). Il est aussi est l’auteur de plusieurs westerns mémorables tels que Bronco Apache et Vera Cruz (1954). En 1961, à la demande de Kirk Douglas, il réalise un western sur le convoyage d’un troupeau, doublé d’une chasse à l’homme. Rien de neuf sous le soleil. Par ailleurs, on s’attend de la part d’Aldrich à une œuvre dure et assez violente. Le résultat final est à l’opposé de ce que l’on pourrait imaginer.

El perdido est en apparence bien ancré dans le western avec ses longues étendues désertiques, ses canyons, ses endroits accidentés à traverser. Les protagonistes doivent aussi faire face à la présence d’Indiens et de bandits des grands chemins. Du classique en somme. Oui mais cela ne constitue que le background de ce film privilégiant l’aspect psychologique.

Ce western dont on préférera son titre original The last sunset (Le dernier coucher de soleil), est un formidable mélodrame aux relents sirkiens évidents. On retrouve d’ailleurs un des acteurs fétiches de Douglas Sirk, l’excellent Rock Hudson (Tout ce que le ciel permet, Écrit sur du vent). Il tient ici un des rôles principaux avec Kirk Douglas. Dans ce film furieusement romanesque, les deux acteurs sont à l’opposé l’un de l’autre. Rock Hudson est Strigling, un représentant rigoriste de la loi. Kirk Douglas joue O’Malley, un homme affable, recherché pour meurtre ayant rejoint le Mexique. Bon gré mal gré ils vont devoir s’allier pour convoyer un troupeau de vaches. Mais leur périple ne sera pas de tout repos, d’autant qu’ils convoitent la même femme, Belle Breckenridge.

Le spectateur devient le témoin privilégié d’un sublime western mélodramatique. Ce film évite toute mièvrerie contrairement à ce que certains lui reprochent. En effet,  les personnages ont un vécu pesant que l’on ressent constamment. Ils ne peuvent pas échapper à leur passé. La tension entre les protagonistes masculins est d’autant plus forte. Les dialogues donnent lieu à certains échanges verbaux violents et sarcastiques. Kirk Douglas s’est gardé la meilleure part (n’oublions pas qu’il est producteur du film) avec notamment cette réplique cinglante : « votre sœur était une sorte de champagne offerte à tous ceux qui en désiraient ». O’Malley aime passionnément Belle et est prêt à tout pour la conquérir. Il n’hésite pas à déclarer au mari de celle-ci, joué par un Joseph Cotten couard et désabusé : « si je mène le convoi à bon port, j’enlèverai votre femme. » Déterminé et quelque peu menaçant, O’Malley joue également à plusieurs reprises la carte de l’amoureux transi auprès de Belle : « pour moi le temps s’est arrêté dès notre première rencontre. »

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En ces temps où la femme est – à juste titre – remise sur le devant de la scène, qu’en est-il des actrices dans cette œuvre ? Elles tiennent des rôles très importants, à l’instar de leurs homologues masculins. Elles ne sont pas des faire-valoir. Dorothy Malone est à l’aise dans le rôle de cette femme marquée par la vie. Elle sait ce qu’elle veut et ne souhaite pas commettre les erreurs passées. Pour ne rien gâcher, elle dégage une sensualité évidente. L’autre personnage féminin, celui de la fille de Belle, est incarné par une Carol Lynley excellente en femme-enfant s’éveillant à l’amour. Elle est vraiment troublante (ah la robe jaune) et va faire vaciller le cœur d’un de nos protagonistes. Contrairement à ce que l’on a pu lire, le scénario de Dalton Trumbo est loin d’être inabouti.

Il convient également de noter que El perdido aborde de manière frontale la question de l’inceste, en le traitant de façon subtil et mélodramatique. Voilà encore un fait original pour un western… Incontestablement, El perdido est un film atypique, sans doute déroutant pour certains amateurs de westerns. C’est aussi une œuvre aux antipodes de ce que réalise habituellement Aldrich. Même le duel final surprend par sa conclusion inattendue. Ce long métrage est décidément une œuvre mésestimée méritant d’être réhabilitée.

Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/el-perdido-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

03 mars 2020

Mystify Michael Hutchence de Richard Lowenstein

mistify_documentaireTitre du film : Mystify Michael Hutchence

Réalisateur : Richard Lowenstein

Année : 2019

Origine : Australie

Durée : 1h48

Avec : Michael Hutchence, Kylie Minogue, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Sophistiqué et chaleureux mais aussi timide et fragile, Michael Hutchence, chanteur du groupe INXS, célèbre dans les années 80/90, a personnifié la définition même du performer à l’attraction sexuelle magnétique. Mystify est un portrait intime de la rockstar réalisé à partir d’images d’archives rares ou inédites et de témoignages de ses proches, des membres du groupes ainsi que de ses compagnes Kylie Minogue, Elena Christensen et Paula Yates.


C
ritique : Michael Hutchence est l’auteur, compositeur et chanteur du mythique groupe INXS. On lui doit des hits immortels tels que Original sin (1983), Never tear us apart (1987) ou encore Suicide blonde (1990). Le 22 novembre 1997, il est retrouvé mort dans une chambre d’hôtel à Sidney. Plus de vingt ans après sa mort, le réalisateur australien Richard Lowenstein a décidé de lui consacrer un documentaire Mystify Michael Hutchence. Ami proche de la star, Lowenstein a réalisé plusieurs clips pour INXS et U2.

Richard Lowenstein est sans conteste la personne la plus à même de faire un documentaire sur Michael Hutchence. Il dispose visiblement d’un nombre conséquent d’images et vidéos inédites sur son ami. Il choisit de décrire la vie de Michael Hutchence en évoquant sa carrière de chanteur (son ascension puis sa chute) et en parallèle les femmes qui ont compté pour lui. On voit Michael Hutchence d’abord avec Michele Bennett, son premier grand amour. Puis on observe sa relation avec la chanteuse Kylie Minogue. Ensuite le chanteur se retrouve avec le mannequin Helena Christensen. La période la plus sombre de sa vie se déroule avec la controversée Paula Yates.

MYSTIFY_MHHC_1991_ParisApt02_credit_GregPerano_GPIl manque clairement un fil directeur fort puisque les événements sont simplement relatés de manière chronologique. Toutefois, le réalisateur compense cela par des images personnelles rares de Michael Hutchence avec ses proches. A de nombreuses reprises, le documentaire se pare d’extraits de vidéos tournées par Hutchence lui-même ou par ses compagnes. On a vraiment l’impression d’entrer dans le quotidien de cette immense star. On apprend par exemple avec amusement sa passion pour l’art, et notamment pour des auteurs Français (Cocteau, Camus). Et aussi son amour pour la France !

Le documentaire étant tourné par un proche de Hutchence, il n’hésite pas à jouer sur la fibre émotionnelle. Les ex de Michael Hutchence et ses proches évoquent le passé avec beaucoup de nostalgie. Mine de rien, même si le montage est forcément orienté, on est tout de même touchés à plusieurs reprises. On songe notamment aux propos de Kylie Minogue, lorsqu’on la voit croquer la vie à pleine dents avec la star d’INXS. On notera que le réalisateur prend le parti très original d’utiliser le son d’entretiens qu’il a conduit avec les proches d’Hutchence, sans montrer à ce moment leurs visages.  Ce choix audacieux – et un peu perturbant au début puisque le documentaire est en VOSTF – casse la routine de documentaires alternant de façon monotone des entretiens.Ce procédé accroît le côté sensible de l’œuvre. Cela donne l’impression d’un paradis perdu.

Mystify Michael Hutchence a également le mérite d’aborder les questions moins glamour du chanteur. Il était visiblement très friand (comme souvent dans ce milieu) de drogue, de sexe et d’alcool. Le documentaire met aussi en lumière un aspect totalement inconnu de Michael Hutchence, à savoir un accident (une agression dont il a été victime) qui va avoir des répercussions fondamentales sur le reste de sa vie. On comprend mieux les tourments intérieurs de cet homme profondément fragile et pourtant ô combien charismatique sur scène.

MYSTIFY_MH_85_DIS_creditStevePyke_GSTSur ce dernier point, on regrettera que Lowenstein ne laisse pas le temps au spectateur d’apprécier la présence magnétique de Hutchence et sa voix si particulière. On reste un peu sur notre faim, surtout que les choses commençaient pour le mieux avec un magnifique (mais trop court) extrait d’un live avec Never tear us apart. Le public semble subjugué par cette star qui a joué dans d’immenses stades, y compris à Wembley.

Il va sans dire que l’attrait de ce documentaire dépend forcément de l’affinité que l’on a avec le groupe INXS et son chanteur culte. C’est évidemment un must pour les fans. Mais c’est aussi une œuvre intéressante pour ceux cherchant à en savoir plus sur cet écorché vif. On ressort de ce visionnage d’images, de photos et vidéos personnelles avec le sentiment d’un homme talentueux cultivé, hédoniste ayant fini tristement sa vie. Bien loin de l’image de drogué que certains ont voulu lui coller à la peau. Lowenstein réhabilite à juste titre l’image d’un Mystify Michael Hutchence. Preuve que ce documentaire a fait mouche.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/mystify-michael-hutchence-la-critique-du-film-et-le-test-dvd/

17 février 2020

Voyage à deux de Stanley Donen

Voyage___deux_photos_05Titre du film : Voyage à deux

Réalisateur : Stanley Donen

Année : 1967

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h52

Avec : Audrey Hepburn, Albert Finney, Jacqueline Bisset, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Elle étudie la musique, lui l'architecture. Elle est espiègle, d'une beauté lumineuse et novice en amour. Il est arrogant, d'un naturel déconcertant et coureur de jupons. Leur première rencontre est peu probante mais le hasard en a décidé autrement. Joanna et Mark se recroisent et tombent amoureux. Le mariage, un enfant, la réussite. Des années plus tard, de disputes en trahisons, les choses ont changé. De retour sur la Côte d'Azur, leurs escapades passées défilent. Ils se souviennent à quel point ils étaient passionnés, complices et insouciants... Leurs chemins peuvent-ils se séparer ?


Quand on pense à Stanley Donen, décédé en 2019, à l’âge de 95 ans, on songe forcément à l’âge d’or des comédies musicales.
Chantons sous la pluie (1952) trône au firmament des plus grandes réussites du genre. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi, sans être exhaustif, les sublimes Un jour à New York (1949) ; Les sept femmes de Barberousse (1954) ou encore Drôle de frimousse (1957).

Pour autant, il serait réducteur de considérer Donen uniquement comme l’auteur de magnifiques comédies musicales. Les années 60 sont ainsi placées sous le signe de l’évolution. Des œuvres comme Charade (1963) et Arabesque (1966) sont des comédies où la liberté se ressent au niveau du scénario et de la mise en scène.

Voyage___deux_photos_06Voyage à deux, tourné en 1967, s’inscrit dans cette césure des années 60. Le cinéaste parle toujours d’un sujet qui lui tient à cœur, à savoir les émois d’un couple.Cela étant, le ton n’est plus léger comme dans ses comédies musicales : il est empreint d’un indicible mélancolie. Et pour appuyer son propos, il rompt avec le classicisme des années 50 pour faire preuve d’une incroyable modernité, qui surprend encore aujourd’hui par son audace.

«  Qui peuvent bien être ces gens qui se regardent pendant des heures et n’ont rien à se dire ? – Des gens mariés. » Cette réplique célèbre de Voyage à deux résume à elle seule le constat doux-amer de cette chronique du couple. Stanley Donen égratigne avec un humour noir bien senti l’institution du mariage. Surtout, son œuvre se veut une réflexion très mature sur l’usure d’un couple. A cet effet, le film évoque les étapes de scènes d’une vie conjugale : la rencontre et la passion du début, ensuite la complicité de jeunes mariés, puis arrive le stade de l’ennui avant celui de l’adultère. Voilà qui n’est pas très optimiste pour le devenir des couples et surtout un tel scénario pourrait paraître terriblement banal.

Ce n’est pas l’approche prise par Donen. Son scénariste, Frédéric Raphael, va s’appuyer sur son vécu personnel pour lui proposer de déconstruire totalement ce scénario classique. Exit donc le cheminement chronologique. Donen va profiter du leitmotiv du voyage dans le sud de la France pour mélanger différentes époques. Tout fonctionne par associations d’idées : des véhicules, des lieux déjà visités, des situations déjà rencontrées (l’oubli du passeport). C’est de cette façon que le couple ne cesse de se remémorer leurs souvenirs communs. Les flashbacks et flashforwards se multiplient et l’on repère notre couple de stars (Audrey Hepburn et Albert Finney) en fonction de leur mode vestimentaire ou de tout autre indice (changement de voiture, appartements plus « cosy », etc.).

Cette approche singulière a été récemment reprise dans la nouvelle version des Filles du docteur March qui mélange les époques, tout en conservant les mêmes actrices.

C’est sans doute cette histoire en forme de puzzle qui a perturbé le public lors de sa sortie et explique l’échec rencontré par ce film (en France, il s’écrasera à moins de 250 000 spectateurs). Pourtant, le procédé est particulièrement astucieux et donne encore plus de profondeur à cette œuvre riche sur le plan sentimental.

Voyage___deux_photos_16Car ne nous y trompons pas, Donen parle bien ici d’amour ! S’il est frappant de constater la différence de la relation du couple selon les voyages et donc les époques, Donen interpelle aussi le spectateur sur un autre point. Alors que la relation semble partir à vau-l’eau, qu’est-ce qui explique que l’on est toujours sensible à l’autre ? Pourquoi lui donne-t-on une seconde chance ? C’est bien tout ce vécu en commun, ces souvenirs mémorables, ces éléments permanents, qui créent cette relation intime et fondamentale.

Que ce soit dans la légèreté de ses comédies musicales ou dans des œuvres plus réflexives telle Voyage à deux, Donen parle d’un sujet universel : l’amour et le couple. Cela n’est pas anodin si le titre original est « Two for a road ». Pour accroître l’aspect mélancolique et nostalgique de ce long métrage, Stanley Donen peut compter sur la douce mélodie d’Henry Mancini.

Et qui de mieux pour incarner le couple vedette que la belle Audrey Hepburn. L’actrice star, alors âgée de 38 ans, interprète à merveille le rôle de Joanna. En fonction des époques, elle joue tout aussi bien la fille pétillante et espiègle que la femme solidement établie et cynique. De son côté, Albert Finney lui rend parfaitement la pareille dans le rôle d’un homme calculateur très soucieux de sa réussite professionnelle et pourtant lui aussi attaché à sa compagne.

Pour adoucir cette radiographie clinique d’un couple, Stanley Donen laisse apparaître à plusieurs reprises sa science du gag. On songe ainsi à la visite du château de Chantilly en accéléré (encore un effet de mise en scène novateur). Et puis il y a évidemment le voyage avec un autre couple et leur gamine totalement insupportable. Avec le mariage, Donen attaque gentiment (avec une longueur d’avance) l’idée de l’enfant-roi.

Il va sans dire que Voyage à deux est une œuvre magistrale. Au-delà de son aspect mélancolique et doux-amer, c’est une belle réflexion sur la vie. Voilà un film qui mérite d’être considéré à sa juste valeur, juste en dessous du magistral Chantons sous la pluie.

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Critique parue à l’origine sur le site Ciné Dweller à l’adresse suivante :

https://cinedweller.com/movie/voyage-a-deux-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/

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28 janvier 2020

La fille au bracelet de Stéphane Demoustier

lafilleaubraceletTitre du film : La fille au bracelet

Réalisateur : Stéphane Demoustier

Année : 2020

Origine : France

Durée : 1h35

Avec : Melissa Guers, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni, Annie Mercier, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie.

 

La fille au bracelet se présente comme un film de procès. La jeune Lise, porte depuis deux ans un bracelet électronique à sa cheville et est à ce titre assignée à résidence. Elle est en effet l’unique accusée du meurtre de sa meilleure amie, Flora.

En premier lieu, le film va s’attacher durant une heure et demie à nous prouver la culpabilité ou l’innocence de Lise. On va donc vivre de l’intérieur son procès, comme si nous étions un des jurés de la cour d’assises. Voilà pour le côté purement judiciaire. L’autre attrait du film tient à son choix de nous faire vivre le quotidien de Lise.

De façon adroite, La fille au bracelet mélange donc enquête judiciaire et vie privée. C’est sans doute ce qui donne encore plus de force à ce long métrage très réaliste de Stéphane Demoustier, le frère d’Anaïs, à qui il a d’ailleurs dévolu le rôle de l’avocate générale.

Cette dernière n’est ni avocate ni générale. Elle est tout simplement un magistrat représentant le ministère public. Et dans cette affaire elle est aussi raide que la justice, fustigeant tout autant l’attitude de la jeune femme que des pièces semblant l’accabler.

lafilleaubracelet2Ce film de procès est bien le témoin de son époque avec l’utilisation de nouvelles technologies. Ainsi, on se sert d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux ou encore d’une autre vidéo filmée dans une soirée via un smartphone. Jadis, ce genre de preuves n’aurait pas été disponible.

Ces nouveaux éléments accroissent le côté réaliste de ce procès faisant plus vrai que nature. Et Stéphane Demoustier n’aura de cesse d’instiller des éléments de doute dans la tête du spectateur – comme celui des jurés – à mesure que le procès va progresser et apporter de nouvelles pistes de réflexion. Jusqu’à la fin, un suspense sera savamment entretenu pour savoir si Lise est ou non coupable.

En second lieu, le spectateur à s’interroger sur un autre point, tout aussi fondamental. Que Lise soit ou non disculpé, elle et sa famille continueront de toute façon à payer un lourd tribut à la société. En effet, ces gens sont, quoi qu’il se passe, considérés comme des pestiférés, des gens dont on a mis sur la place publique des choses de l’ordre de l’intime. Le film montre bien la césure entre une Lise considérée autrefois comme une jeune fille épanouie et une Lise emprisonnée chez elle et murée dans un silence profond.

Cette fille s’est refermée depuis qu’elle a été accusée. Le film montre bien que cette famille s’est de plus en plus disloquée dans ses relations. Les visages fermés, les longs silences, le manque de communication entre les membres de cette famille, sont autant d’éléments de « preuves ». Quoi qu’il arrive, Lise est et restera coupable. Son geste à la fin du film en est une preuve éclatante.

En troisième lieu, le film s’intéresse à la jeunesse actuelle. La famille, les jurés d’assises, les magistrats, ont finalement bien du mal à comprendre les mœurs de cette jeunesse où l’on peut embrasser quelqu’un en toute légèreté ou changer fréquemment de partenaire sans l’amour soit jamais prise en considération. Dans ce film, l’avocate générale fustige Lise pour ses mœurs dissolues, mais comme le rappelle l’avocate de Lise, sa cliente doit être jugée par rapport à la loi et non par rapport à la morale. Le film décrit une jeunesse libérée ne se souciant guère de la portée de ses actes. Est-ce à dire qu’il y a un fossé générationnel ? Peut-être.

lafilleaubracelet3La fille au bracelet a en tout cas le grand mérite de dépasser le stade du film de procès. Il convient à cet égard de noter que ce long métrage prend le parti de s’intéresser au coupable présumé et à sa famille. D’habitude, le spectateur est placé du côté de la famille de la victime. C’est ce qui rend cette œuvre singulière. Et puis La fille au bracelet brasse bien d’autres thématiques (les relations humaines, la jeunesse) rendant ce film très intéressant.

La distribution est d’ailleurs à la hauteur de l’événement. Melissa Guers, dont c’est le premier rôle au cinéma, nous épate en interprétant le personnage difficile à décrypter de Lise. Roschdy Zem est également excellent dans le rôle du père qui souhaite coûte que coûte sauver sa fille. Anaïs Demoustier joue pour sa part une avocate générale déterminée à condamner la seule accusée dont elle dispose dans cette affaire. Annie Mercier est de son côté remarquable en avocate ayant de la bouteille, défendant Lise avec beaucoup d’a-propos. Seule Chiari Mastrionni apparaît très effacée en tant que mère de Lise, mais son rôle y est pour beaucoup. Lors de ses rares présences, on comprend que son couple a volé en éclats suite à cette affaire, même si tout le monde vit officiellement sous le même toit.

Voilà en tout cas un film fort sur le plan des émotions et très proche du documentaire par son aspect réaliste et sa reconstitution soignée, méritant amplement d’être vu.

16 janvier 2020

Les chevaliers du Texas de Ray Enright

les_chevaliers_du_texas_affiche_cinema_rougeTitre du film : Les chevaliers du Texas

Réalisateur : Ray Enright

Année : 1950

Origjne : Etats-Unis

Durée : 1h28

Avec : Joel McCrea, Alexis Smith, Dorothy Malone, Zachary Scott, Douglas Kennedy, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Durant la guerre de Sécession, Luke Cottrell, chef des francs-tireurs nordistes, brûle le ranch des « Trois Cloches » propriété de Kip Davis, Charlie Burns et Lee Price. Pour se venger, Kip décide de laisser sa fiancée Deborah et prend la route du sud pour retrouver Luke Cottrell et le punir. Afin de pouvoir reconstruire le ranch, Kip s’engage avec Rouge de Lisle, bientôt rejoint par Charlie, pour organiser un trafic d’armes pour le Sud. Lorsqu’enfin Kip revient dans la ville, il apprend que Deborah est amoureuse de Lee…

Ray Enright est un cinéaste touche-à-tout ayant mis en scène de nombreux westerns, polars et comédies. Son meilleur western (proche du chef d’œuvre), Ton heure a sonné, est sorti en 1948. Il s’agit d’une subtile réflexion sur la vengeance, avec un excellent Randolph Scott. A peine un an plus tard, Ray Enright met en scène Les chevaliers du Texas également une belle réussite.

leschevaliersdutexas1L’action se déroule pendant la guerre de Sécession, à Brownsville, ville la plus au sud des États-Unis, marquant la frontière avec le Mexique. C’est dans ce contexte que trois Sudistes partent à la recherche d’un certain Cottrell, qui a brûlé leur ranch.

Le scénario n’est pas de prime abord d’une folle originalité. Après tout on a affaire à une énième histoire de vengeance avec, comme toile de fond, la guerre de Sécession. Pourtant, à y regarder de près, le scénario traite les rapports entre les différents protagonistes avec beaucoup d’à-propos.

Kip Davis, le personnage principal du film, est interprété par Joel McCrea (vu dans le très bon 3000 dollars mort ou vif), comme toujours impeccable dans son jeu. Il est tiraillé entre son amour pour Deborah (Dorothy Malone) qu’il fréquente depuis longtemps et la belle Rouge (Alexis Smith) de Lisle (!), une chanteuse de saloon. Jusqu’à la fin, au gré des péripéties du film, on se demande bien laquelle des deux décrochera le cœur de notre héros.

Mais Kip Davis n’a pas la tête uniquement aux histoires d’amour. Dans cette époque troublée, il doit faire face aux troupes yankees, au gang de Luke Cottrell et à une amitié qui se délite de plus en plus avec ses deux amis. Il faut dire que certains tirent notamment parti de la guerre pour s’enrichir. A cet égard, les choix opérés par Kip Davis (contrebande, massacre d’une troupe) sont largement discutables et en font un héros beaucoup moins lisse que ce que l’on pourrait imaginer au départ.

Ce long métrage bénéficie également d’un superbe technicolor où apparaissent toutes les nuances des couleurs. On se régale en voyant ce film qui ne subit pas le poids de son âge. Au contraire, il y a un charme désuet mais bien réel à regarder ce western d’antan.

leschevaliersdutexas4Pour ne rien gâcher, la distribution est au diapason de ce long métrage. Outre Joel McCrea, acteur injustement méconnu du grand public, cette production de genre peut compter sur la présence d’Alexis Smith. Celle-ci parvient à rendre crédible et émouvante son personnage de chanteuse de saloon trouble. C’est elle qui est à la manœuvre dans une scène de séduction inoubliable. A bien des égards, avec 15 ans d’avance, elle évoque la Kim Novak de Kiss me stupid de Billy Wilder. Les autres acteurs font le travail mais paraissent plus effacés, qu’il s’agisse de Dorothy Malone, Zachary Scott ou Douglas Kennedy.

En dépit d’un scénario traditionnel et de rebondissements attendus, Les chevaliers du Texas est un western laissant la part belle aux relations entre ses personnages et disposant de couleurs remarquables. A découvrir.

Critique parue à l'origine sur le site Ciné Dweller à l'adresse suivante :
https://cinedweller.com/movie/les-chevaliers-du-texas-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray/