cat3_ebola_syndrom_z2EBOLA SYNDROME
réalisateur : herman yau

année : 1996
Durée : 98 minutes

Acteurs : Anthony Wong Chau-Sang, Simon Yam

FICHE IMDB

Résumé :ce film de Herman Yau narre les aventures d'un homme, psychopathe en puissance, qui va devenir une vraie bombe à retardement en contractant le virus ébola.


A partir d'une trame quasi anecdotique que l'on pourrait résumer, comme le fait si bien METROPOLITAN FILMEXPORT dans sa présentation du DVD, par la phrase liminaire suivante «  quand un psychopathe malpoli rencontre le virus ébola » , le réalisateur HERMAN YAU, déjà à l'origine de quelques oeuvres déviantes ( THE UNTOLD STORY,TROUBLESOME NIGHT), signe ici ce qu'il convient d'appeler une pierre angulaire de la sulfureuse catégorie 3 hong kongaise réputée pour ses excès en tous genre et son mauvais goût de bon alois.

« EBOLA SYNDROME », loin de déroger aux règles semble au contraire les compiler pour mieux les transcender.

« EBOLA SYNDROME » est présenté comme le périple d'un homme ( superbement incarné par ANTHONY WONG magnifique de présence et réellement possédé par son rôle de tueur psychopathe prêt à tout) déchu qui semble s'enfoncer progressivement dans une folie meurtrière qui l'obligera à se réfugier en afrique du sud pour échapper aux forces de l'ordre hong kongaises.

Vivant en parias et exploité dans un restaurant chinois par des patrons chinois peu reconnaissants, qui n'auront de cesse de le rabaisser, le personnage de ANTHONY WONG en viendra à les détester cordialement, et ce de manière de moins en moins voilée, alors que dans le même temps il ressent une forte attirance physique pour sa jeune et jolie patronne. Or, notre personnage principal est présenté comme étant particulièrement repoussant, ayant des manières des plus vulgaires et une façon de se comporter toujours plus ou moins suspecte tant il parait sur le fil du rasoir. Quand à son comportement sexuel il est des plus tourmenté, soumis qu'il est à une grande misère sexuelle liée à un isolement expliqué à la fois par la différence culturelle, par le passé douteux du personnage, et son apparence repoussante et inquiétante à la fois. Tout cela contribue à faire de notre « héros » un concentré de frustrations des plus explosif.

A l'occasion d'une sortie avec son patron parti négocier de la viande au rabais dans une tribus décimée par une maladie apparemment  terrible, notre personnage principal contracte le virus ébola en violant une femme agonisante ( ce qui en dit plus long que n'importe quel discours sur le sens moral de notre homme).

Agonisant à son tour, il est abandonné par ses patrons ( sous l'impulsion de la patronne, le mari étant décris comme soumis et faible) en pleine nature,à son triste sort. Mais le film nous apprend qu'une personne sur mille peut être porteur sain de la maladie, autrement dit permettre la propagation de l'épidémie sans être malade elle même, et notre héros est bien sûr de ceux-là. (Passé ce petit laps de temps purement culturel et informatif, qui ne fait que servir la trame du film, nous pouvons continuer notre voyage dans l'horreur et le mauvais gout.)

L'heure de la vengeance a sonné, et remis de sa période d'incubation du virus il entreprend de tuer ses patrons et de reprendre le restaurant à son compte, le plus simplement du monde, créant du même coup une nouvelle spécialité culinaire qui fait fureur : le hamburger chinois dont nous assistons à la préparation bien particulière, puisqu'il faut de la chair humaine, en l'occurrence celle des anciens propriétaires du restaurant dont l'absence ne semble pas troubler durablement les esprits, pas même ceux de la police. On l'aura compris le film d'HERMAN YAU est émaillé d'humour noir corrosif et transgressif propre aux films de la catégorie 3, mais qui semble ici bien adapté tant le film prend des allures de satire sociale nihiliste par son jusqu'au boutisme.

De plus en plus recherché par la police locale enquêtant sur les origine d'une épidémie meurtière : notre virus ébola qui n'entre en scène que dans la dernière partie du film, notre héros rejoint à nouveau hong kong où il sèmera la terreur et le chaos.

Il est difficile de décrire avec précision la spirale de folie meurtrière dans laquelle s'enferme le personnage d' ANTHONY WONG, mais cette violence devient toute symbolique avec le virus ébola, en effet celui-ci passe du statut de psychopathe dangereux à celui où il incarne vraiment le danger le plus mortel qui soit puisqu'il le transporte en son sein même. A partir de là, on peut encore distinguer deux stades différents : le premier où il est porteur et propagateur inconscient du virus, et le deuxième stade, corrolaire celui-ci, où il est porteur conscient du virus et où il choisi de vivre avec, voir même de l'utiliser comme arme de dissuasion tant sa folie meurtrière ne semble pas connaitre de limites.

Le virus agit d'ailleur à plus d'un titre sur le comportement de notre homme, en effet il lui permet d'acquérir une forme bien funeste de notoriété, lui qui a jusque là vécu en parias dans l'ombre de la société, sans reconnaissance des siens, et il lui confère une forme de pouvoir qui n'est pas pour lui déplaire, puiqu'il l'utilisera pour effrayer le gens qui lui barreront la route.

A ce stade, le film HERMAN YAU prend une tout autre tournure, y compris sur le plan formel, ce qui est le plus notable : en effet, alors que la première partie visait à installer le personnage et l'histoire, la deuxième tourne à la chasse à l'homme. Notre personnage jusque là obscur devient le centre de toutes les attentions en même temps qu'il est le point de départ, bien involontaire, d'une monstrueuse pandémie plongeant hong kong , grande mégalopole dans un chaos indescriptible.

Le contenu même du film s'affine pour cesser de n'être qu'un portrait de psychopathe de plus et les degrés de lecture deviennent multiples. En effet, on peut entrevoir une dénonciation  de la faiblesse des services sanitaires en chine, incapables de traiter le problème de manière adaptée et suffisamment réactive, le rendant par là même plus dramatique encore, il dénonce également le développement économique anarchique de la Chine, laissant de nombreuse personnes dans la misère, ce qui est un constat international puisque l'on retrouve cette situation en Afrique du Sud; de plus il pointe du doigt des travers propres à chaque société et que les cultures ne reconnaissent habituellement que chez l'autre : le racisme que le réalisateur montre comme  la chose la mieux partagée  de toutes les sociétés.

Cet amas de choses à priori fortement négatives pourraient contribuer à rendre le film particulièrement malaisant, ce qu'il est parfois, mais HERMAN YAU montre  un certain talent pour désamorcer les situations les plus extrêmes, ce qui là encore peut susciter quelques interrogations du genre : peut on rire de tout ? La question serait sans appel si HERMAN YAU n'avait choisit d'attirer notre attention sur certains risques.

La séquence finale est d'ailleur très représentative de la folie du personnage et de sa démesure, mais aussi de l'humour très particulier qui parsème le film par petites touches, un peu épaisses, mais très efficaces : cette scène représente notre fuyard cerné de toutes parts par les forces de l'ordre engoncées dans des tenues protectrices, (qui nous avaient déjà fait sourire dans le triste « ALERTE » sorte de pendant américain, en moins réussi et jouissif, évidemment ) car consciente des dangers que représente celui-ci.

Bien que cerné, celui-ci continu de fanfaronner tant sa mégalomanie à pris le pas sur toute autres considérations cartésiennes, et il va même jusqu' à menacer un inspecteur  de police de lui cracher dessus si celui-ci ne lui cède pas le chemin.

L'humour est ici iconoclaste et témoigne de la folie du personnage ainsi que de sa démesure, mais il est également emprunt d'une dimension nihiliste qui pousse aussi bien le personnage que le réalisateur à ne pas faire de quartier.

En résumé, le film se révèle être, en plus d'un excellent moment de divertissement régréssif et jouissif, une très bonne satire sociale.

Par peepingtom21

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