evildeadEvil dead de Sam Raimi, 1981
Film américain
Durée du film : 1h20
Acteurs principaux : Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Hal Delrich, Betsy Baker, Sarah York
Musique : Joseph LoDuca

FICHE IMDB

résumé: de jeunes imprudents en vacances vont déchainer les forces du mal...

Ressorti récemment (mai 2003) sur grand écran, ce film est l'un des sommets du film gore.

Suivant une trame classique, cinq jeunes vont passer un week-end dans un chalet, isolé en pleine montagne, où ils découvrent un recueil d'incantation qui va déchainer les forces du mal, le film explose les barrières du genre pour les pousser jusqu'à la parodie.
Ce cocktail détonant d'humour et d'épouvante se fait dans le respect du cinéma de genre et ne permet finalement qu'un peu plus de frénésie et de folie destructrice.
Ce film, premier d'une trilogie, est pénétré d'une ambiance sombre que même les touches d'humour ne parviennent à ternir. Malgré un budget très limité, le film est particulièrement efficace, car il regorge de bonnes trouvailles et d'un montage intelligent et dynamique.
Le ton est donné d'entrée, où la caméra suit le périple de nos vacanciers, mais également le parcours d'un camion, tandis qu'un troisième plan en caméra subjective, dévale la forêt à grande vitesse, le tout créant un suspense avec une économie de moyens remarquable.

Non content de retenir l'attention par ce jeu de caméra, Sam Raimi grossit le trait en nous faisant participer aux conversations des jeunes, notamment entre Scott (Hal Delrich), le conducteur, et Ash (Bruce Campbell) qui a la carte :
Scott : " J'espère qu'on n'est pas perdu. On est où ?
Ash consultant la carte : - Attend je vais te le dire.
Conclusion de Ash : On est là ! "
Le dialogue touche souvent au non sensique tant il est parfois infantile, ce qui ne fait que renforcer l'impression du spectateur qu'il faut être idiot pour s'isoler dans un tel endroit. évidemment, le chalet est sinistre à souhait et semble à l'abandon.

Dès la première soirée, les jeunes, deux couples, Scott et Shelly, Ash et Linda, et une célibataire aux nerfs sensibles : Cheryl, vont être exposés à des phénomènes curieux.
Raimi distille savamment l'angoisse au cours de son film, pour le plonger, ainsi que le spectateur, dans la paranoïa la plus totale, puis enfin dans l'horreur.

Là encore, les évènements, apparaissent selon une logique classique puisque c'est Cheryl qui va être témoin et victime des premières manifestations. On ne le croira pas, car l'on connait sa sensibilité et son imagination, et elle ne sera pas soutenue car elle n'est pas en couple : l'horreur peut donc continuer.

Tout débute réellement avec la découverte d'un vieux manuscrit, d'un magnétophone et d'un poignard sacrificiel.
Nos héros entreprennent d'agrémenter leur soirée par l'écoute de la bande magnétique, tandis que l'orage gronde dans la montagne. Le jeu va donc consister à effrayer les filles, en particulier Cheryl, par les incantations qui y sont présentes : il s'agit bien d'un jeu d'adolescents jouant à se faire peur et à affronter leur peur.
Dès lors, tout s'accélère avec une folie confinant à la frénésie la plus destructrice.

La caméra n'adopte pendant longtemps que deux points de vue : celui de Ash, et celui du Mal. Elle n'adoptera les points de vue des autres membres du groupe que lorsqu'ils seront possédés par les démons. Le film flirte même avec la schizophrénie tant les héros ont de choses à redouter : ils en viennent à douter d'eux-mêmes.

D'excellentes trouvailles jalonnent le film : la caméra subjective symbolisant le Mal, fonçant à travers la forêt dans un magma sonore des plus bizarres (en fait, un ensemble de sens repassés à l'envers), l'idée du viol de la vierge par la forêt, le réveil des forces du mal par un moyen indirect : un magnétophone.
Autre idée forte, l'utilisation spatiale du chalet, qui en fait presque un personnage à part entière : en effet, sa complexité labyrinthique ne cesse de s'étoffer au fur et à mesure du film, le rendant quasi fantasmatique.
Le chalet est également un lieu très ambivalent : c'est en son sein que reposent les moyens de réveiller les démons, mais il se présente également comme un refuge (contre les forces du mal), et un lieu à fuir absolument. Dans cette mesure, sa complexité contribue à déstabiliser quelque peu le spectateur, comme les héros pour entretenir aussi bien le suspense que la paranoïa : derrière chaque porte est susceptible d'apparaitre une pièce nouvelle, qui peut contenir un danger nouveau.

Il est à noter que le spectateur découvre l'architecture des lieux au fur et à mesure du film, et qu'il n'est pas possible d'en avoir une idée précise.
L'ambiance malsaine est entretenue tout au long du film : les filles sont touchées les premières et les garçons forcés de tuer leur compagne. Scott, le premier, le fera avec une férocité redoutable. Ash le fera presque par accident, tant il reste attaché au souvenir de sa bien aimée, et même l'agonie de celle-ci dans ses bras ressemble à un horrible coït se terminant par une éjaculation sanguinolente.

Dans ce film, Sam Raimi semble devoir tout oser et briser toute forme de tabous : il passe notamment le romantisme à la moulinette de l'humour noir.
Cela permet à Raimi de nous gratifier de superbes scènes de jeu de regard entre Ash et Linda, d'abord lors de l'offre du collier où Ash affirme son attachement à sa compagne, jeu qui se poursuit lors de la possession de celle-ci mais dans un but très différent : s'il s'agit toujours de tromper l'autre, la mort est cette fois-ci à prendre en compte.

Le jeu de leurre, dans lequel excelle Raimi, notamment par l'utilisation de fausses alertes, propre au genre, atteint son paroxysme lorsque les filles possédées vont recouvrer un semblant d'apparence normale pour supplier Ash de les libérer. Ce jeu s'avère extrêmement pervers quand on connait l'intensité de l'attachement de Ash au passé et à ses amis, car de tous il s'avère le plus sentimental.
Elément virtuose du film, la caméra s'avère sans doute être le seul personnage central du film qui repose sur une mise en scène remarquable et qui se traduit par une suite de scènes anthologiques.

A voir ou à revoir, Evil dead est un réjouissant jeu de massacre qui ne peut laisser indifférent.

La BA en VO