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Titre international : Robin and Marian

Film américain de 1976

Acteurs principaux : Sean Connery, Audrey Hepburn, Robert Shaw

Musique : John Barry


FICHE IMDB


Lorsque le film La rose et la flèche sort en 1976 sur les écrans de cinéma, le réalisateur américain Richard Lester, est connu comme étant une sorte de touche-à-tout qui a abordé beaucoup de genres (la comédie avec Le Knack et comment l’avoir qui lui a permis d’obtenir la Palme d’Or à Cannes en 1965 ; le drame avec Petulia ; le film catastrophe avec Terreur sur le Britannique ; le film d’aventures avec Les Trois mousquetaires, etc.) avec le même esprit iconoclaste. Pourtant, dans ce film il ne fait preuve d’aucun cynisme.
Par contre, il peut s’enorgueillir d’avoir déjà réussi un double tour de force.

Le premier est celui d’avoir réuni à l’écran Sean Connery (46 ans à l’époque, qui restera probablement à la postérité pour ses rôles de James Bond) ainsi que la fabuleuse Audrey Hepburn (47 ans à cette époque, et qui a alors joué pour les plus grands : Blake Edwards, Billy Wilder, George Cukor, etc.), qui pour sa part n’avait plus tourné depuis 1967.

Sur le plan du scénario, Richard Lester s’intéresse à la légende de Robin des Bois, personnage qui vivait dans la forêt royale de Sherwood (comté de Nottingham) et était connu pour détrousser les riches au profit des pauvres, avec l’aide de ses compagnons Petit Jean, Will Scarlet et frère Tuck.
Et c’est de là que vient le second tour de force de Lester. En effet, alors que Robin des Bois a déjà été adapté de nombreuses fois au cinéma (notamment par Michael Curtiz en 1938 avec le célèbre acteur Errol Flynn), le réalisateur britannique réussit à s’approprier la légende pour en faire un film très personnel.

En effet, La rose et la flèche traite des derniers jours de Robin des Bois et non des actes héroïques qui l’ont rendu si célèbre. Le film commence d’ailleurs au moment où Robin, qui a passé plusieurs années en croisade aux côtés de Richard Cœur de Lion, revient, à la mort de ce dernier, dans sa belle forêt de Sherwood en compagnie de son fidèle Petit Jean (joué par Nicol Williamson). C’est alors qu’il retrouve, non loin de là, son amour de jeunesse, Dame Marianne, qui est sur le point d’être arrêtée par le shérif de Nottingham (joué par le regretté Robert Shaw).

Dans La rose et la flèche, la thématique principale est l’histoire d’amour qui s’établit entre Robin des Bois et Marianne.
Pourtant, les choses ont beaucoup changé depuis que Robin a quitté l’Angleterre. Et c’est surtout le poids des ans qui se fait sentir. Sean Connery incarne un Robin des Bois vieillissant qui revoit son amour d’antan, Marianne.

Le réalisateur Richard Lester montre des héros fatigués, que confirme sa mise en scène sobre, quasiment effacée. Le filmage fait corps avec la fatigue accumulée par les personnages. On est bien loin des chansons de geste qui acclament des héros jeunes, forts et intrépides. D’ailleurs, le combat qui a lieu entre Robin et le shérif de Nottingham à la fin du film montre bien que l’on a à faire à des héros qui n’ont plus leur force d’antan. Ce n’est pas au premier qui portera le coup fatal mais plutôt à celui qui saura résister le plus longtemps.

Si Richard Lester a choisi délibérément de représenter des héros entre deux-âges, c’est pour axer son film non pas sur le spectaculaire (comme pourrait l’être un film d’aventures ou de cape et d’épée) mais bien sur l’intime. Au fond, ce qui l’intéresse le plus, c’est de montrer la passion a toujours uni Robin et Marianne. Même si ces derniers ne se sont pas vus depuis de nombreuses années, leur amour de l’un envers l’autre est resté intact. Pourtant, au début du film, on a l’impression que tout sépare Robin de Marianne : en plus du fait qu’ils ne se sont pas vus depuis de nombreuses années, le premier est au service de l’homme (Robin défend les opprimés après avoir servi le roi Richard Cœur de Lion) alors que la seconde est au service de Dieu puisque Dame Marianne est devenu une abbesse qui se fait désormais appeler mère Jeannette.

Cependant, alors que les hautes autorités que représentent Richard Cœur de Lion ou Jean sans Terre ne semblent rechercher que le pouvoir et la richesse matérielle, ce qui rend leurs personnages bien futiles et détestables, Robin et Marianne n’ont que des sentiments purs. L’Amour qui anime ces deux êtres est plus fort que tout et c’est ce qui va les réunir à nouveau. On constatera à cet égard que les premiers plans du film qui montraient des paysages épurés et arides (le film a été tourné en 6 semaines en Espagne) lorsque Robin était au service du roi Richard Cœur de Lion ont laissé place à la forêt verdoyante de Sherwood. Par là même, Richard Lester montre de façon explicite que la vie reprend son cours.
Robin et Marianne ont beau avoir vieilli, le sentiment de l’un envers l’autre est toujours aussi fort : Marianne ne déclare-t-elle pas à Robin des phrases aussi claires telles que « J’ai cru mourir quand tu m’as quitté » ou « Te perdre deux fois ce serait trop ».
Les rencontres intimes entre Robin et Marianne sont toujours dans le film emplies d’une force poétique incomparable, notamment lors de cette superbe scène où ils se retrouvent autour d’un étang, le sentiment amoureux étant renforcé par la musique très douce par instants de John Barry.
L’amour des deux personnages est si fort qu’il ne leur permet pas de faire correspondre dans la foulée leurs idées, il y a bien souvent un temps de décalage. Alors que Marianne demande à Robin « Tu me trouves vieille et laide ? », celui-ci ne répond pas immédiatement. Ce n’est que plus tard dans le film que Robin déclare « Tu es tellement belle. »
Ce jeu des correspondances est très présent dans le film. Le summum étant atteint lorsque Robin demande tout naturellement « Est-ce que tu m’aimes ? » Ce n’est qu’à la fin du film que Marianne libère la flamme amoureuse qui est en elle, en faisant une déclaration que n’importe quoi souhaiterait entendre un jour dans sa vie : « Je t’aime tant, plus que tout ce qui existe ». Utilisant de nombreuses métaphores pour expliquer à Robin à quel point il est l’homme de sa vie, elle termine par cette majestueuse déclaration : « Je t’aime plus que Dieu. » La force de cette phrase est magnifique, puisqu’elle vient d’une personne qui est une nonne, donc au service de Dieu.
Marianne prononce durant cette scène finale une phrase très importante lorsqu’elle déclare à Robin : « Je ferai tout pour toi sauf prendre ton deuil. » En effet, cette phrase explique pourquoi Marianne décide d’empoisonner Robin afin qu’ils meurent ensemble. Cette mort est dans la plus pure tendance du romantisme.
Robin n’est pas non plus en reste en terme de romantisme puisque pour prouver son amour à sa belle, il prend son arc avant de mourir (Robin est considéré selon la légende comme un archer doté d’une très grande adresse, un peu comme un Ulysse) et envoie une flèche. Cet acte a pour conséquence de transformer symboliquement Robin en Eros, puisque ce dernier est toujours représenté avec un arc et des flèches d’amour. D’ailleurs, à l’endroit où se pose ladite flèche, le fidèle Petit Jean devra enterrer les deux tourtereaux. Unis à la fin de leur vie, Robin et Marianne sont donc unis pour l’éternité. En cela, le titre anglais du film, Robin and Marian est beaucoup plus évocateur que son titre français « La rose et la flèche ».

En somme, ce film de Richard Lester est un très beau film romantique, très bien joué qui par ailleurs met en avant plusieurs valeurs morales telles que la Fidélité (de Robin à Richard et de Petit Jean à Robin), l’Amour (l’idylle entre Robin et Marianne) ou l’Honneur (le combat loyal auquel se livrent Robin et le shérif de Nottingham). Ces valeurs rendent l’émotion encore plus visible et plus sincère. N’hésitez donc pas un instant à voir ce film encore trop méconnu.