Dangereuse_sous_tous_rapports

Réalisé par Jonathan Demme
Titre original : Something wild
Année : 1986
Origine : Etats-Unis
Durée : 113 minutes
Avec : Jeff Daniels, Melanie Griffith, Ray Liotta, Margaret Colin, Charles Napier, Leib Lensky,...

Fiche IMDB

Résumé : Charlie Driggs est un jeune cadre bien sous tous raports, dont l'existence tranquille est brusquemet bouleversée par l'irruption de la fougueuse et sexy Lulu. Celle-ci grimpe dans sa voiture et l'embarque dans des aventures rebondissantes. Mais quand l'ancien amant de Lulu, récemment libéré de prison, réapparaît, Charlie comprend que cette équipée sauvage menace sa carrière, sa fiancée, mais aussi sa vie...


Ce film de Jonathan Demme est l’une des comédies américaine les plus réussies des années 1980. Il narre les aventures d’un jeune cadre, Charlie Driggs (Jeff Daniels) qui se fait entraîner dans une folle virée par une jeune femme (Mélanie Griffith), sous la forme du road-movie.

Demme signe avec Dangereuse sous tous rapports l’un de ses films les plus percutants, tant dans la description des personnages que dans les situations explorées. Il pointe du doigt une american way of life qui finit par standardiser les personnes, en laissant en marge ceux qui ont décidé de suivre une autre voie.

Le personnage, magnifiquement campé par un Jeff Daniels (La rose pourpre du Caire de Woody Allen, Insomnies) très en forme, décide pour une fois de s’accorder une petite fantaisie en ne respectant pas la loi. Cette action le fait remarquer par une jeune femme mystérieuse, Lulu, délicieusement interprétée par Mélanie Griffith (dans un de ses plus grands rôles), qui qualifie Charlie de « rebelle » et qui l’entraîne dans une cavalcade pleine de péripéties, à laquelle Demme insuffle un rythme trépidant, comme dans toute bonne comédie.

Au cours du film, Charlie, jeune cadre coincé, finira par évoluer et s’affirmer (on n’est pas si loin de La garçonnière de Billy Wilder), laissant tomber son emploi. Le film, qui a commencé comme une pure comédie, devient plus amer et finit par se transformer en thriller haletant avec l’arrivée de Ray (splendide Ray Liotta), fraîchement sorti de prison et mari de Lulu-Audrey (Griffith).

Demme n’a pas son pareil pour ancrer son film dans l’Amérique profonde, loin des villes : la façon dont il filme les routes, les habitations, les motels, les restaurants de passage, … permet de découvrir une Amérique loin des sentiers battus, inconnue et marginale, qui semble avoir été oubliée.

En outre, Demme aime profondément ses personnages, même s’ils ne sont pas bien malins ; il filme des êtres humains, souvent marginalisés, qui essaient par tous les moyens de s’en sortir. Même le personnage de Ray, vulgaire et violent, finit par devenir touchant : le regard qu’il porte lorsqu’il est poignardé par Charlie à la fin du film montre tout son désespoir. La scène où Lulu demande à Charlie de faire comme s’il était son mari devant sa mère est particulièrement poignante. Demme a réussi à parfaitement doser rire et larmes, action et émotion. Il donne à apprécier de toutes ses forces l’instant présent.

Le film est également une invitation à la liberté. Pour exister, le personnage de Daniels, entraîné malgré lui dans une aventure rocambolesque, devra sortir du carcan dans lequel la société américaine l’a figé. Aux côtés de Lulu, il se rend enfin compte que la vie peut être particulièrement excitante si l’on suit ses désirs, même si cela peut virer au drame : au moins, il aura essayé de donner un sens à sa vie.

Demme cite Hitchcock et Pabst. Melanie Griffith, femme double et fascinante (Vertigo n’est pas loin), en changeant sa couleur de cheveux, tente de donner un nouveau départ à son existence. Si au début du film son personnage paraît futile et totalement dénué de scrupules, au fur et à mesure, il devient de plus en plus touchant et le spectateur finit par ne voir plus qu’une pauvre jeune femme rêveuse ayant perdu ses repères et essayant par tous les moyens d’avoir une vie meilleure : la référence à Loulou de Pabst (« Lulu », surnom d’Audrey) est explicite. Demme se réfère également aux comédies de Preston Sturges et de Howard Hawks avec une héroïne qui déclenche sans le vouloir toute une série de catastrophes qui entraîne Jeff Daniels dans de multiples péripéties.

Le film suivant de Demme, Veuve mais pas trop…, aura le même ton désabusé mais finalement optimiste de Dangereuse sous tous rapports. Ensuite, Demme changera de registre avec son célèbre Le silence des agneaux, modèle de thriller angoissant. La suite de sa filmographie sera moins brillante, même si son remake du génial Charade de Stanley Donen, La vérité sur Charlie, est plutôt sympathique et que son film documentaire The agronomist est très intéressant.

Espérons qu’il revienne néanmoins au plus vite à ce style de comédie drôle et tendre à la fois, acide et attachante, qualité qui se fait de plus en plus rare dans le cinéma comique américain contemporain, à l'exception de quelques brillants auteurs épars comme Wes Anderson.