29 février 2008
August Underground de Fred Vogel
Réalisé par Fred Vogel
Année : 2001
Origine : U.S.A.
Durée : 71 minutes
Avec : Fred Vogel, Ann Marie Reveruzzi, John A. Wisniewski...
Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour son premier long métrage le réalisateur Fred Vogel n’y a pas été de main morte pour nous livrer ce August Underground terriblement vomitif et dérangeant, filmé comme un "snuff movie".
En effet, le script suit le parcours de deux tueurs en série qui passent leur temps à humilier, torturer et violer leurs victimes séquestrées dans leur cave.
D'entrée, le métrage affiche clairement son côté amateur, avec une image floue, tout juste digne d'un caméscope bas de gamme, mais ce sera pour rapidement faire comprendre au spectateur qu'il va suivre les faits et gestes d'un homme détraqué, filmés par son acolyte.
Et dès sa première séquence, nous allons assister à l'impensable, puisque la caméra va pénétrer dans cette cave nauséabonde où une jeune femme est ligotée nue à une chaise, baignant dans ses excréments et portant les stigmates de ses tortures passées, alors que le caméraman et son ami vont s'amuser à humilier et à violenter un peu plus leur victime en se gaussant de celle-ci dans un élan de perversité définitivement glauque.
Ensuite, nous allons assister à diverses pérégrinations des deux individus, pour des séquences où la violence la plus froide aura toujours le dernier mot, entre cette autre jeune femme battue à mort et ce gérant d'épicerie humilié avec deux de ses clients, sans oublier quelques retours terriblement sordides dans la cave.
Alors que penser d'un tel "spectacle" n'hésitant pas à aller très loin dans le mauvais goût le plus répugnant, puisque les humiliations subies par les victimes de ces deux tarés flirteront aussi bien avec la scatologie qu'avec les tortures les plus ignobles ( le sein dépecé ), le tout étalé complaisamment sur l'écran ?
Déjà, il est clair que le réalisateur Fred Vogel a indiscutablement cherché à choquer et révulser son spectateur le plus endurci en allant le plus loin possible dans l'abject, et le côté "snuff" de l'ensemble participe activement à rendre mal à l'aise, aussi bien dans l'aspect plus que réaliste des atrocités commises que dans l'utilisation de plans-séquences donnant véritablement une sensation de "vécu" à l'ensemble, renforcé par l'image volontairement sale et dégradée.
En effet, c'est cette volonté réaliste de tous les instants qui rendre le métrage éprouvant, puisque le caméraman participe également aux exactions et utilise des zooms pour détailler l'étendue des supplices subis pas les victimes, qui en disent long sur le degré d'inhumanité avec laquelle celles-ci sont traitées, et les rires incessants des deux protagonistes accentueront l'impact malsain des méfaits commis, laissant ainsi le métrage se joindre à la lignée d'œuvres telles que C'est arrivé près de chez vous, l'humour en moins, ou Henry, portrait of a serial killer, le gore et la décadence en plus.
Ensuite, en se contentant de montrer ces abominations sans aucun recul, sans jamais chercher à étoffer la psychologie des personnages ni même à générer le moindre suspense, Fred Vogel adopte une position ambiguë, puisque les actes de violence gratuite ne seront jamais condamnés, juste montrés complaisamment, et les séquences ne connaissant pas d'issue violente n'apporteront pas grand-chose de plus, si ce n'est de nous instruire quand même sur le caractère perverti et dépravé des deux individus ( les gros plans sur les carcasses lors de la visite de l'abattoir à cochons ).
Et enfin,si les fans de gore et de sévices déviants seront ravis par ce déluge d'atrocités plus que réalistes, l'intérêt cinématographique d'un tel OFNI échappera certainement aux autres, qui se demanderont vraiment jusqu'où on peut aller dans l'abject.
L'interprétation est convaincante, les différents interprètes évoluant avec un naturel qui fait froid dans le dos, alors que la mise en scène, jouant sur l'amateurisme avec une caméra hésitante, tremblante et sautante, accentue bien évidemment l'effet réaliste recherché.
Les effets spéciaux sont plus que bluffants, en versant aussi bien dans le glauque naturiste que dans le gore putride.
Donc, ce August underground restera une expérience délicate, définitivement "autre" et malsaine, à réserver bien sûr à des spectateurs avertis et endurcis !
28 février 2008
Seul contre tous de Gaspar Noé
Film français de 1998
Durée du film : 1h33
Acteurs principaux : Philippe Nahon, Blandine Lenoir, Frankye Pain, Martine Audrain
Résumé : Ce film narre l'histoire d'un ex boucher, d'abord à Lille puis à Paris où il décide de refaire sa vie...
Seul contre tous est la continuation du moyen métrage de Gaspar Noé intitulé Carne. S'il est des films dont on se souvient toute sa vie parce qu'ils sont une interrogation sur l'existence, Seul contre tous en fait partie.
Ce premier acte de l'apocalypse de Noé (l'apocalypse signifiant la révélation) raconte l'histoire d'un boucher incarné par un formidable Philippe Nahon (aussi bien en tant qu'acteur qu'en voix off) qui éprouve un amour particulièrement malsain (tant ses sentiments sont forts) pour sa fille. La vie de ce boucher est misérable et toute la puissance du film de Noé réside dans les paroles et les réflexions de ce même personnage qui apparaissent particulièrement crues et choquantes (parfois c'est tellement étonnant et surréaliste ce qu'il raconte qu'on arrive à en rire).
Pourtant, et c'est ça qui met forcément le spectateur mal à l'aise, c'est que le boucher n'a pas toujours tort. On arrive même parfois à ressentir de la pitié pour lui. Pourtant, nombre des facettes de son caractère sont condamnables : n'est-il pas raciste ? N'a-t-il pas eu une expérience avec la patronne du bar uniquement pour ouvrir à nouveau (en tout cas c'est ce qu'il pense) une boucherie chevaline ? Que penser de ses crises de folie (liées à son amour démesuré pour sa fille) ou encore de son point de vue sur la vie en général et notamment ce raccourci (si on peut le dire ainsi) entre le fait que l'homme est une bite et la femme est un trou ?
Nombre des paroles et des actions du boucher sont évidemment condamnables mais voilà, son existence est tellement misérable et notre personnage est tellement désabusé qu'on a dès lors du mal à le détester. Noé finit peut-être - probablement c'est voulu - par nuancer un personnage sans nuances. On finit presque par accepter (tout au moins on en n'est pas écœuré) l'acte que le boucher fait à la fin du film quant on pense à ce qui aurait pu se passer quelques minutes auparavant.
Au fond, ce boucher exprime à sa manière toute la complexité d'une société et toute la bassesse des rapports humains. En un certain sens, Noé dresse un portrait social pas très flatteur de notre douce France. Le fait d'avoir créé un personnage aussi " mauvais " et sans nuances que son boucher permet au jeune réalisateur français de critiquer avec d'autant plus de force une société dans laquelle tout n'est pas rose.
La dualité riches/pauvres et l'asymétrie des lois qui en découle est l'une des principales attaques de Noé.Ce dernier montre bien que les lois, contrairement à ce qu'elles semblent signifier, ne sont pas faites pour tout le monde. Ou plus précisément chacun n'est pas mis sur un même pied d'égalité. Les lois ont été faites par les riches afin d'asseoir leur position. On retrouve là exprimé le point de vue de nombre de littéraires qui ont toujours tiré à vue sur les bourgeois et les notables. Ce fut par exemple le cas d'un Honoré de Balzac. Mais Gaspard Noé va plus loin.
C'est en dressant un tableau crasseux de notre société (alors que d'autres auraient critiqué les riches en dressant un tableau quasi idyllique de leur situation) que Noé montre avec un talent certain la mesquinerie, la bassesse, la bêtise, l'injustice qui se trouve partout. Au coin de la rue, dans un café, dans une société industrielle.. Mais il ne faut pas s'y méprendre et tomber dans un pessimisme ambiant.
C'est en effet par ses choix très contestables que notre anti-héros se retrouve seul contre tous. Encore qu'à la fin il n'est plus seul contre tous : le message d'espoir est bien présent et il n'a rien d'illusoire.
En somme, voilà un film qui ne peut laisser indifférent, qui vous fait l'effet de cinquante mille coups reçus en pleine tête. Un film qui vous remue les tripes. On ne sort pas indemne d'un tel voyage même s'il est évident qu'on aura appris nombre de choses intéressantes ou en tout cas instructives sur la nature humaine. Alors maintenant, si cette analyse ne vous a pas rebuté ou choqué, si vous souhaitez voir un autre aspect du cinéma " d'auteur " français, vous savez ce qu'il vous reste à faire.
27 février 2008
Capitaine Achab de Philippe Ramos
Capitaine Achab de Phillipe Ramos
FRANCE, 2008
Acteurs principaux : Denis Lavant, Jacques Bonnaffé, Dominique Blanc, Virgile Leclerc...
Musique : Pierre-stéphane Meugé.
Résumé : la vie d'un homme qui se destine à devenir chasseur.
Librement inspiré du livre de Herman Melville « Moby Dick », phillipe Ramos nous dresse un portrait très personnel du sinistre capitaine
Alors que le roman de Melville, véritable huis-clos, ne se déroule qu'en mer et ne dresse un portrait d'Achab qu'au travers de son acharnement à chasser la baleine qui l'a blessé, Phillippe Ramos prend le parti de lui inventer une jeunesse , à priori, des plus improbables : Achab est un enfant des bois et des montagnes avant de devenir un redoutable chasseur de baleines.
L'enfance d'Achab porte déjà les germes de ce destin hors du commun, germes propres à façonner un caractère fort que rien ne semble devoir altérer.
Dès le premier plan, à la photographie si soignée, Phillipe Ramos plante son univers nimbé d'érotisme troublant : le film s'ouvre sur le corps nue d'une jeune femme, filmé en gros plan, dont on découvre par la suite, via la voix off du père d'Achab qu'elle vient de décéder en donnant naissance à celui-ci.
L'enfance d'Achab sera émaillée de changement de foyer : élevé à sa naissance par une tante, il sera vite repris par un père ( Jean François Stévenin ), rugueux homme des bois amateur de chasse.
Suite à la mort brutale de celui-ci, Achab est pris en charge par une autre tante, Rose, à l'éducation rigide et à la piété indéfectible : en effet celle-ci croit aux vertus de la censure, aussi prive-t-elle le jeune Achab du médaillon de sa jeune belle-mère louise, de même elle arrache des pages de la bible, pages mentionnant, selon elle, les parties impures de femmes ayant tenté le Sauveur.
Achab n'aura de cesse de faire regretter à sa tante ce qu'il considère comme un vol.
Rose, elle , croit que son mariage avec Henry permettra de remettre Achab sur une voie qu'elle juge plus saine. Mais d'emblée son époux affiche son mépris pour Achab qui n'est pas son fils, et n'aura pour lui que coups et brimades.
Ceci contribuera à forger le caractère d'Achab qui n'hésite pas à mettre en scène son enlèvement et sa mort pour échapper à ce foyer où il ne trouve pas sa place.
Il errera en barque jusqu'au moment où blessé par deux bandits il sera recueilli par un prêtre qui le traitera comme son fils, mais qu'Achab fuira parce qu'il ne veut pas que l'on choisisse sa vie à sa place, lui qui en découvrant l'océan à préféré devenir marin.
L'ascension d'Achab sera fulgurante : de simple marin il deviendra le redoutable capitaine Achab, chasseur de baleine réputé pour sa férocité et son caractère inflexible.
C'est cet homme que nous retrouvons un jour blessé et soigné par Anna ( Dominique Blanc), veuve qui rêve de pouvoir retenir cet homme si ténébreux. Mais c'était sans compter sur sa quête dont on sait bien qu'elle le mène à sa perte.
La fin du film n'est pas une révélation en soi car chacun connait le célèbre roman de Melville qui à déjà fait l'objet de diverses adaptations plus ou moins heureuses (la plus fameuse à ce jour étant l'adaptation de Huston ).
Celle-ci se révèle des plus dépouillée et novatrice, empruntant à l'original son lyrisme, et faisant de la vie d'Achab un conte romanesque aux limites de la rêverie et du fantasme.
Le film se découpe en cinq chapitres ( façon de préserver la référence littéraire), que l'on serait tenté de nommer des « chants », tant la référence à la tragédie grecque et à l'odyssée semble évidente, Achab ayant, lui, rendez-vous avec son funeste destin.
L'univers de Ramos est lui-même multiréférenciel: la nature, tout d'abord, occupe une place prépondérante, que ce soit la forêt, qui ne quittera quasiment jamais Achab, ou l'océan, deux univers dont le gigantisme semble écraser l'homme.
Dans le film, il semble naturel que l'un succède à l'autre, les éléments semblant se faire écho d'ailleurs, le bruit de l'océan prolongeant et rappelant le long bruissement de la forêt que connait si bien Achab.
La mise en scène et la caméra mettent en scène la nature de manière majestueuse, faisant du film un véritable poème visuel à la beauté picturale envoutante.
Si la nature se révèle envoutante, elle se révèle vite ambivalente : à la fois fascinante et mystérieuse, il semble reposer en son sein quelque danger insaisissable, ce qui fait dire à l'un des protagonistes, s'adressant au jeune Achab : « regarde l'océan. Après dieu, c'est à lui que les hommes obéissent ».
Ramos, en esthète, magnifie cette même nature d'un trait quasi naturaliste, faisant de celle-ci un personnage à part entière, sorte d'incarnation de dieu.
Prenant son temps pour dresser le portrait de celui qui deviendra le redoutable Achab, le film multiplie les points de vue. On peut même observer un jeu remarquable entre la parole et l'image, où l'une va initialiser l'autre, jeu qui n'est pas sans rappeler des propos bibliques: « Au commencement était la Parole ».
Les références bibliques, multiples dans l'oeuvre de Melville, jalonnent le film, à commencer par le nom même du héros. De même pourra-t-on voir que la bible de sa mère est l'un des deux talismans de Achab, que celui-ci sera recueilli par un prêtre, et que le mythe de Jonas sera évoqué lors d'une lecture publique, Moby Dick étant elle-même à la fois le pendant de Dieu et la concrétisation du jugement dernier pour Achab. Mais cette même religion s'avère être ambivalente dans le parcours de notre héros: celui-ci n'écarte-t-il pas la main du prêtre qui se pose sur son épaule alors que son père est à la chasse, sa tante qui le recueille lors du décès de ce dernier n'est-elle pas maltraitante à son égard, malgré sa piété aveugle, le prêtre qui le recueille n'essaie-t-il pas de modeler Achab selon son désir ? On le voit, les références bibliques accompagnent notre personnage, sans que celui-ci semble s'en soucier, alors qu'il semble choisir son destin avec un obstination proche de la foi justement.
Si la parole invite l'image, par le biais de la voix off, les personnages, eux, sont taciturnes et se révèlent souvent bourrus, à l'image de cette nature qui les entoure et semble les avoir façonné.
Cela confère au film un sentiment de solennellité et de gravité, impression accentuée par le parti pris esthétique de Ramos, dont la photographie fait souvent référence à la peinture, surtout l'école Flamande dont la noirceur est propre à retranscrire les états d'âmes d' Achab.
Le rythme du film est nonchalant, s'accordant parfois à la rêverie des personnages, abandonnant le spectaculaire pour mieux souligner le tragique.
Une autre référence essentielle dans le film est la poésie, dans le verbe des acteurs, où le moindre des dialogues est finement ciselé, mais dans la forme également : les mouvements de caméra sont majestueux, ornant superbement le récit. Une scène illustre le procédé à la perfection , l'ouverture du quatrième chapitre intitulé « Anna » : celle-ci décrit le parcours d'un oeuf (en voix off ), pendant qu'elle fait la cuisine, récit à la beauté prosaïque évidente, tandis que la caméra reconstitue nonchalamment ce même parcours, roulant entre les meubles, pour achever sa course tout aussi tragiquement que l'oeuf, à savoir devant la fenêtre où l'on voit le corps d'Achab blessé gisant dans la cour.
Le film se permet même quelques percées oniriques et surréalistes voyant un Achab gigantesque se dresser sur l'océan, entre autres choses.

Ce récit, malgré son âpreté, n'est pas dénué d'une certaine sensualité, diffuse, certes, mais faisant écho à l'onirisme diffus du film. Les femmes et l'érotisme ne sont envisagés que sous l'angle castrateur, comme en témoigne le comportement et l'éducation rigoriste de Rose, une castration par l'interdit ou par le fait que Achab s'éveille à la sensualité avec des personnes qui ne sont pas de son âge, comme le montre son attachement à Louise, sa belle-mère.
Pire, l'érotisme, est parfois détourné de son objectif : lors de la scène d'ouverture, la caméra parcours le corps nu d'une jeune femme dont on fini par découvrir qu'elle vient de mourir en couche ( la mère d'Achab ).
Par la suite, notre héros ne cessera d'avoir des rapports troubles et conflictuelles avec les femmes, ce qui tendrait, peut être à expliquer son rapport si étroit à la mer ( elle-même source de vie).
Ramos déroule sous nos yeux un conte en faux semblant et en trompe l'oeil, se jouant de la simple adaptation littéraire, pour nous amener dans l'univers d'un personnage lui-même fictionnel, au point que celui-ci se réinvente même une mère, qu'il aurait connu : Louise. Cette fiction dans la fiction rappelant le besoin incessant d'Achab de s'inventer une vie, fait lui-même écho à la façon dont Ramos se joue des codes, tournant dans la luxuriance de la Suède et en France une évocation fantasmatique de l'Amérique.
Plus qu'une course acharnée contre une baleine, le film nous dépeint l'histoire d'un homme à la poursuite de son destin, rejoignant en cela l'oeuvre de Melville.
Le Achab de Ramos cherche à maitriser sa destinée et à la concrétiser, ne laissant à personne la possibilité de le contrôler, mais de nombreux signes semblent montrer qu'il ne fait qu'obéir à une chose qui lui échappe.
Il devient chasseur de baleines, réalisant ainsi son voeu de ressembler à son père, la lecture publique de l'histoire de Jonas préfigure sa propre destinée, et le parcours même de l'oeuf, décrit par Anna, à la vie si fragile semble lui-même préfigurer le triste sort d'Achab.
Cela pris en compte, le film prend des allures de marche inéluctable vers la mort, Moby Dick étant à la fois concrétisation et achèvement du destin d'Achab qui semble lui-même résigné à disparaitre dans une scène où sa disparition pourrait passer pour un suicide.
Le film de Ramos, on le voit, est d'une grande richesse, et se révèle être d'une très grande qualité.
Barking dog de Bong Joon-ho
Réalisé par Bong Joon-ho
Titre international : Barking dogs never bite (littéralement "Les chiens qui aboient ne mordent jamais")
Année : 2000
Origine : Corée du Sud
Durée : 109 minutes
Avec : Lee Sung-jae, Bae Du-na, Byeon Hie-bong, Kim Ho-jung, Kim Roe-ha,...
Fiche IMDB
Résumé : Yun-Ju, jeune assistant d'université, mène une vie paisible avec sa femme enceinte. Mais une chose perturbe son existence : les aboiements incessants d'un chien de quartier ...
Premier film du jeune prodige sud-coréen Bong Joon-ho, auteur des remarqués et remarquables Memories of murder et The host, Barking dog est une œuvre étrange, une sorte de comédie noire décalée mais particulièrement réjouissante.
Le film narre d’une part les mésaventures d’un jeune assistant d’université au chômage qui se sent persécuté par les aboiements incessants des chiens de ses voisins, d’autre part les tribulations tragico-comiques d’une jeune fille à la dérive. Ces deux destinées vont bien évidemment être amenées à se croiser.
Sur cette trame minimaliste, Bong Joon-ho tisse un enchevêtrement absurde de petites saynètes à forte connotation sociale, dressant un portrait peu reluisant de la société sud-coréenne uniquement basée sur le culte de la réussite et de la reconnaissance.
En effet, le héros Yun-ju (interprété de manière convaincante par Lee Sung-jae) est un assistant d’université sans travail, dominé psychologiquement par son épouse enceinte (seul salaire du ménage), et qui passe son temps à errer ou se saoûler avec ses amis. Son seul objectif est d’obtenir à tout prix un poste de maître de conférence, afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa femme et de leur futur enfant et reprendre ainsi ses fonctions de chef de famille. Surmené, frustré, humilié en permanence par sa femme qui ne cesse de lui reprocher sa paresse et son inactivité, Yun-ju développe une paranoïa de plus en plus aiguë qui se traduit par une véritable persécution provoquée par les aboiements (imaginaires ?) des chiens du voisinage et qui le mène à tuer ces pauvres animaux (tous plus mignons les uns que les autres !).
La jeune fille prénommée Hyeon-nam (jouée avec tout l’abattement nécessaire par la charmante Bae Du-na, vue notamment dans le très noir Sympathy for Mr Vengeance de Park Chan-wook et plus récemment dans l’excellent The host, du même Bong Joon-ho), quant à elle, travaille sans conviction au syndicat du voisinage, subissant sans cesse les moqueries de ses patrons et traînant son ennui avec sa seule amie (qui est obèse). Hyeon-nam est tout aussi à la dérive que Yun-ju, constamment humiliée, dont le seul rêve est de se faire remarquer pour apparaître à la télévision (et être célébrée en héroïne).
On voit donc très clairement que Bong Joon-ho critique férocement cette société sud-coréenne où ne compte que l’apparence : réussite sociale (pour Yun-ju, le poste de maître de conférence lui permettrait de devenir quelqu’un et enfin de se faire respecter) ou reconnaissance (pour Hyeon-nam, qui croit que le fait de passer à la télévision, laquelle crée chaque jour des pseudo-héros éphémères, lui permettrait de sortir de la misère quotidienne et aussi d’être respectée). Une société qui écrase impitoyablement les plus faibles ou ceux qui ne rentrent pas dans le moule, qui vend des rêves quasi-impossibles à atteindre (par le biais de la télévision, par exemple), mais aussi une société corrompue dans laquelle tout s’achète, même les postes professionnels (comme le constatera et l’appliquera plus tard Yun-ju), enfin une société dont l’injustice ou l’inégalité si prononcées, ne créant que des gagnants ou des perdants, peuvent rendre fou.
Dans le film, cette folie s’exprime bien sûr par la paranoïa de Yun-ju, mais aussi par toute une galerie de personnages ambigus, comme le concierge dont le plus grand plaisir est de cuisiner des chiens pour les manger ou cet homme, caricature du samouraï, qui rêve de les embrocher.
Bien évidemment, l’humour et la poésie incongrue de Bong Joon-ho permettent de tempérer la noirceur du tableau, tout en humanisant des personnages pas toujours attachants (comme Yun-ju par exemple, qui tue tout de même des chiens innocents et provoque même la mort d’une vieille dame, choquée par l’assassinat sauvage de son toutou adoré). C’est ce mélange de brûlot social et d’humour noir qui donne à Barking dog sa saveur si particulière.
En outre, le jeune cinéaste se permet parfois des audaces intéressantes, comme cette longue scène irréelle se déroulant dans les sous-sols de l’immeuble, dans laquelle le concierge expose le récit comico-terrifiant de Chauffage Kim, très bel hommage à Edgar Allan Poe, notamment à sa célèbre nouvelle Le chat noir. Le spectateur ne sait comment réagir devant cette séquence étonnante à la durée dilatée, comme suspendue, qui interroge au passage sur notre part sombre et la culpabilité de chacun. Parodiant au début les pseudo-slashers américains du type Urban Legends de Jamie Blanks, ce passage crée progressivement un malaise par le seul biais de la mise en scène quasi-expressionniste de Bong, où l’ombre finit par prendre possession du plan.
Par ailleurs, comme dans les superbes Memories of murder et The host, Bong Joon-ho, même si les personnages sont peu reluisants, ne les méprise jamais et leur offre toujours un moment d’héroïsme ou d’humanité, même si celui-ci ne dure parfois que le temps d’une scène. Ainsi, l’épouse de Yun-ju, présentée comme une véritable mégère dominatrice, devient émouvante lorsque, licenciée de son entreprise, elle avoue à son mari avoir gardé la prime de licenciement pour lui payer le poste de maître de conférence dont il rêve. De même, l’amie obèse de Hyeon-nam devient héroïque lorsqu’elle vient sans réfléchir au secours de celle-ci, agressée par un individu. Même Yun-ju, souvent pathétique, apparaît touchant lorsqu’il avoue à Hyeon-nam qu’il est le fameux tueur de chiens, alors que celle-ci n’avait rien remarqué.
En revanche, c’est le contraire qui se produit avec Hyeon-nam. Alors que la jeune fille est présentée de prime abord comme le personnage le plus sensible du film, petit chaperon malmené par la vie mais pourtant toujours prête à se rendre utile et aider les gens, Bong Joon-ho laisse progressivement entendre que Hyeon-nam n’agit de cette manière que par besoin de reconnaissance, cette reconnaissance qui lui échappe d’ailleurs toujours, comme en témoigne la scène où la vieille dame à qui Hyeon-nam est venue en aide et qui ne lui lègue à sa mort que ses radis, ou encore le passage où, alors que Hyeon-nam a participé activement à l’arrestation d’un satyre ( bien qu’un doute subsiste sur le danger que représente réellement ce soi-disant satyre…), la télévision ne fait pas un plan sur elle.
Cette ambiguïté des personnages, tantôt antipathiques tantôt émouvants, fait la force de Barking dog et se retrouve dans ses deux films postérieurs. Elle permet en effet de présenter tout simplement des êtres humains, dans leurs qualités comme dans leurs défauts. Bong Joon-ho se révèle donc au final un grand humaniste.
A la fin du film, Yun-ju, qui a finalement obtenu son poste de maître de conférence (par corruption), ne semble pas plus heureux. Le plan d’ouverture de Barking dog et le dernier plan où apparaît Yun-ju sont identiques, montrant que la réussite sociale de Yun-ju n’a pas fait changer les choses, que le statut de Yun-ju est resté le même (on ne sait même pas si sa paranoïa a disparu, malgré ses aveux à Hyeon-nam). En revanche, Hyeon-nam et son amie obèse, dans la dernière scène du film, réalisent leur idée d’aller se promener en forêt, ayant tiré un trait sur leur désir de reconnaissance et préférant se ressourcer dans les joies simples et la beauté de la Nature ; elles semblent toutes deux avoir trouvé la paix. Yun-ju a atteint son but, pas Hyeon-nam, mais celle-ci apparaît cependant plus sereine. Le culte de la réussite sociale et de la reconnaissance propre à la société sud-coréenne (mais les sociétés américaine ou même française n’en sont pas si éloignées… ) est donc un leurre, une chimère. L’essentiel est finalement d’être en paix avec soi-même, cela seul peut amener le bonheur et la joie de vivre.
Œuvre inclassable, Barking dog présente un rythme très changeant et surprend souvent le spectateur. Par son mélange de lenteur, de ralentis figeant l’action et d’accélérations brutales, le film fait souvent penser à une partition de jazz, provoquant un sentiment presque aérien, à la limite de l’onirisme mais non dénué d’une certaine inquiétude, tandis que l’incongruité de certaines situations ainsi que l’enchaînement absurde et répétitif (les noix, le papier toilette) de certaines séquences évoquent le surréalisme.
Il faut enfin parler de la maîtrise de la mise en scène de Bong Joon-ho, qui explose à tous les niveaux, que ce soit dans la multiplication des points de vue, dans l’instauration d’ambiances, dans l’utilisation remarquable de l’espace ou encore dans la création d’un véritable suspense hitchcockien dans certaines scènes (le cinéaste fait d’ailleurs un clin d’œil au chef d’œuvre Fenêtre sur cour d’Hitchcock, lorsque Hyeon-nam découvre par le biais de jumelles le meurtre d’un chien par Yun-ju, tandis que la découverte du corps du chien dans la forêt évoque le très drôle Mais qui a tué Harry ?).
Comédie noire mâtinée de satire sociale difficilement classable et souvent surprenante, Barking dog est un coup de maître de la part du jeune cinéaste sud-coréen. Si le film peut dérouter, il demeure parfaitement équilibré et s’avère passionnant de bout en bout, tout en étant souvent attachant. Bong Joon-ho, qui passe d’un genre à l’autre en gardant son style et sa thématique, confirmera son talent dans ses deux films postérieurs, les mémorables Memories of murder (polar) et The host (film de monstre). Assurément un cinéaste à suivre de très près…
26 février 2008
Nowhere de Gregg Araki
Film américain de 1997
Durée du film : 1h22
Acteurs principaux : James Duval, Debi Mazar, Rachel True, Chiara Mastroianni, Nathan Bexton, Kathleen Robertson, Christina Applegate, Jaason Simmons, Joshua Gibran Mayweather, Jordan Ladd, Sarah Lassez
Musique : Bud Carr et Peter M. Coquillard
Résumé : Nowhere montre au travers de la journée d'un jeune homme en quête de l'Amour une jeunesse américaine en perdition.
Nowhere est le troisième volet de la trilogie " Teen apocalypse " de Gregg Araki (dont le dernier film, Smiley face, sorti sur les écrans en 2008, est une comédie sous acide très drôle) dont les deux premiers films sont Totally fucked up et The doom generation. C'est un film coup de poing sur une jeunesse de Los Angeles en totale déconfiture. Le titre du film qui signifie en français " nul part " est à cet égard très révélateur.
Toutes les extravagences possibles et imaginables ont lieu dans ce film très particulier. Le début de Nowhere montre le héros principal, Dark (qui siginifie en français " sombre ") Smith (incarné par un très convaincant James Duval) en train de se masturber sous la douche de façon particulièrement désabusée : tout l'univers d'Araki est déjà en place : une jeunesse qui ne sait pas quelle place elle a dans la société et l'importance donnée à la dimension sexuelle (et notamment homosexuelle).
Mais ceci n'est qu'un avant-goût du film : les rapports sadomasochistes sont très présents, les rapports homosexuels sont très explicites (Gregg Araki ayant un penchant certain pour la cause homosexuelle), les jeunes ne pensent qu'à se droguer, à faire la fête et l'amour (sur ce dernier point la scène de viol est atroce et ce d'autant plus que l'acteur jouant le rôle du violeur n'est autre que Jaason Simmons, acteur plus connu pour avoir joué dans la série Alerte à Malibu).
En outre, il n'y a aucune retenue dans les rapports (notamment sexuels) entre les personnages : par exemple, Mel, la copine de Dark, n'hésite pas à fréquenter d'autres garçons, considérant qu'il faut qu'elle profite à fond de sa jeunesse. Ces rapports sont si forts, si intenses, si crus et inconsidérés parfois qu'ils expliquent en partie les deux suicides qui ont lieu dans le film. Nowhere n'en est pas pour autant un film uniquement dramatique.
La dimension comique est également omniprésente. Elle renforce le sentiment de désœuvrement, l'état de " shootés " de ces jeunes qui sont laissés à l'abandon. La présence du monstre extraterrestre d'abord sous la forme d'un être caoutchouteux puis par un insecte géant qui s'est emparé du physique de Montgomery - qui aurait été kidnappé par des aliens - est particulièrement bien vue. C'est à la fois drôle et touchant. C'est ce qui fait la force de ce film.
La façon de filmer et le sujet traité par Araki laisse a priori penser qu'on a à faire à un genre de sitcom. Pourtant il ne faut pas s'y tromper : si sitcom il y a, tout est extrêmement trash dans Nowhere : le triptyque sexe (agrémenté de violence), drogue et rockn'roll (ou plus précisément musique métal) fonctionne à plein régime. Les dialogues échangés entre les personnages n'en sont que plus jouissifs (Dark déclarant vers la fin du film : " je m'éclate autant que si j'avais un furoncle au cul " : c'est effectivement drôle et triste).
Pour autant, aussi bizarre que cela puisse paraître, Nowhere est également une ode à l'amour via son héros qui est à la recherche de l'amour pur (qu'il ne trouve pas dans le personnage féminin de Mel, sa petite amie).
En fin de compte, Nowhere est un film essentiel dans le sens où il traite d'une façon très intéressante la thématique d'une jeunesse américaine à la dérive, un peu comme un Bully de Larry Clark ou plus encore comme The rules of attraction (une adaptation du roman du même nom de Bret Easton Ellis où les thèmes du rock, du sexe et de la violence sont omniprésents) de Roger Avary. Il s'agit donc d'un film à voir mais qui est à déconseiller aux personnes sensibles.
Rollerball (2002) de John Mac Tiernan
Réalisé par John Mac Tiernan
Titre original : Rollerball
Année : 2002
Origine : Etats-Unis
Durée : 98 minutes
Avec : Chris Klein, Jean Reno, LL Cool J, Rebecca Romijn, Naveen Andrews, Oleg Taktarov, David Hemblen,...
Fiche IMDB
Résumé : Le rollerball, sport d’équipe très violent où tous les coups sont permis, enflamme les foules et bénéficie d’une diffusion sur les chaînes du monde entier. Dépourvu de scrupules, l’entraîneur mafieux Alexis Petrovich n’hésite pas à truquer les compétitions à l’insu de ses joueurs. En particulier, lors d’une tournée de son équipe en Asie centrale…
Ce texte, qui défend un film particulièrement controversé du grand cinéaste américain John Mac Tiernan, contient des spoilers : il est donc conseillé d'en entreprendre la lecture après avoir vu le film.
Après son excellent remake de L’affaire Thomas Crown (intitulé en français Thomas Crown), film à mon sens surestimé de Norman Jewison, John Mac Tiernan se lance dans un nouveau remake d’un autre film célèbre de Jewison, Rollerball (1975). Après les échecs publics successifs des pourtant intéressants Le 13ème guerrier et Thomas Crown, Mac Tiernan se réapproprie Rollerball en en faisant un film d’une grande sauvagerie.
Rollerball devient entre ses mains un film d’une noirceur absolue, où Mac Tiernan a transposé l’action du film original dans les pays d’Asie Centrale comme la Mongolie et notamment ceux nés après l’éclatement de l’URSS (Kazakhstan, Turkménistan,...).
Si le film reprend à peu de choses près la trame principale du Rollerball de Jewison, le traitement de Mac Tiernan est très différent.
Le spectateur suit donc les aventures d’un jeune casse-cou, Jonathan Cross (Chris Klein) qui accepte de participer, afin de se renflouer, en compagnie de son ami Marcus Ridley (le rappeur LL Cool J) à un sport extrême, le rollerball, où tous les coups son permis, dans un tournoi organisé dans les pays d’Asie Centrale par le tyran Alexandre Petrovich (Jean Réno, assez jouissif). Mais les règles semblent truquées…
La vision du film frappe par sa saleté perpétuelle : toutes les rues où se déroule le film sont décrépites, surpeuplées de clochards, de maisons à moitié détruites, de détritus, d’ordures. La pauvreté est omniprésente. Mac Tiernan montre également des pays où les gens semblent enfermés, prisonniers. Comme le fait remarquer Aurora (la belle Rebecca Romijn, l’héroïne d'un film récent de De Palma, l’excellent Femme fatale), « il est impossible de quitter le pays ».
D’ailleurs, la fameuse scène de poursuite dans la nuit filmée en infrarouge, pourtant tant décriée, ne dit pas autre chose que cela : sortir n’est qu’un trompe-l’œil dans un monde où toute tentative d’évasion se heurte à une limite qu’on ne peut faire que reculer, mais jamais dépasser. Comme le constate à juste titre Mac Tiernan lui-même, les spectateurs qui critiquent l’audace de cette séquence sont les premiers à regarder les reportages des informations télévisées filmés de la même manière, en vision de nuit.
Cela dit, Rollerball est un film véritablement rageur, où Mac Tiernan pointe du doigt tous les travers de la société actuelle, notamment la course à l’audimat, la dictature de la publicité et l’omniprésence des médias. Il suffit de penser à la première scène de rollerball proprement dite du film, où Jonathan Cross doit montrer à l’écran la marque de la boisson qu’il est en train d’engloutir. Mac Tiernan dépeint une société où seule la consommation compte, où le capitalisme règne en maître et où les gens sont réduits à n’être que des consommateurs.
Toutes les scènes de rollerball frappent par leur violence, elles sont filmées frontalement, sans concession. On cogne, on frappe, on roule, les corps des joueurs tombent, virevoltent, s’écrasent contre une paroi qu’ils ne peuvent franchir. Mac Tiernan entrecroise ces séquences avec des scènes dans lesquelles il observe les examinateurs compter les billets, prendre les paris. Tous les moyens sont bons pour faire grimper le taux d’audience, même s’il faut tromper spectateurs et téléspectateurs. Mac Tiernan semble nous dire que tout est leurre, qu’il n’existe plus que la manipulation, l’essentiel étant que le peuple ne se rende compte de rien.
Jean Réno compose un personnage tyrannique, représentant le capitalisme sauvage, intriguant et manipulant dans tous les sens. Seul compte pour lui la diffusion du rollerball dans le monde entier.
Devant ce tyran, les gens ne peuvent que s’écraser ou se taire. Le rollerball devient l’opium du peuple, surtout des plus défavorisés (les mineurs du film). Mais les émeutes commencent à se multiplier, les rues grondent, la révolution se fait sentir.
Lors du match d’adieu organisé pour le départ de Jonathan, en fait pour son meurtre censé faire sauter l’audimat, quelque chose casse. Mac Tiernan filme cette scène de manière encore plus brutale. Les corps tombent en maculant le terrain de sang, tout y devient plus exacerbé, plus aucune règle ne protège le jeu. Les dirigeants scrutent avec délectation le spectacle, le taux d’audience explose : les spectateurs veulent de la violence, on va leur en donner jusqu’à plus soif.
La vitre séparant le terrain de la tribune des officiels devient alors la seule frontière à franchir. Dans un accès de fureur, Jonathan brise enfin cette vitre : la frontière tombe et la révolution peut se mettre en marche. La suite du film est une escalade dans la barbarie : le peuple finit par se soulever pour lutter contre la dictature, contre le fait qu’on en a fait des drogués de l’image.
Une question peut cependant se soulever : pourquoi Jonathan, héros individualiste, a-t-il provoqué cette révolte ? Réponse : Mac Tiernan est finalement un grand romantique, d’ailleurs comment en douter à la vision de ses films, qui sont en fait surtout des films d’amour (Thomas Crown étant sans doute son film d’amour le plus direct) ! En effet, Jonathan a déclenché une révolution par amour pour Aurora, menacée et victime du chantage odieux de Petrovich. Superbe geste romantique, qui donne une signification nouvelle au film : ce brûlot nihiliste, plein de bruit et de fureur, est tout simplement un magnifique film d’amour, un amour qui s’affranchit de toutes les frontières, qui finit par briser les murs et déclencher une révolution !
Rollerball est un film inachevé, que Mac Tiernan n’a pu mener à terme (selon lui, le film tel qu’il est sorti ne représenterait que le tiers du film qu’il avait en tête). Mais, tel qu’il est aujourd’hui, il reste d’une noirceur et d’une fureur implacables. Si le film peut certes dérouter (ce fut un échec public total), il n’en demeure pas moins l’un des plus intéressants et audacieux de son auteur, qui y a pris d’énormes risques.
25 février 2008
Veuve mais pas trop... de Jonathan Demme
Réalisé par Jonathan Demme
Titre original : Married to the Mob
Année : 1988
Origine : Etats-Unis
Durée : 103 minutes
Avec : Michelle Pfeiffer, Matthew Modine, Dean Stockwell, Mercedes Ruehl, Alec Baldwin, Joan Cusack,...
Résumé : Croyant quitté une vie basée sur la violence à la mort de son mari tueur de la mafia, la belle Angela doit bien vite déchanter car le grand patron la trouve très à son goût. Fuyant avec son fils, elle ignore qu'elle est surveillée par un agent du FBI...
Veuve, mais pas trop… est le dernier film, à ce jour, où Jonathan Demme laisse éclater sa verve et sa fantaisie. C’est le complément indispensable à son attachant Dangereuse sous tous rapports. Il narre les aventures d’Angela De Marco (Michelle Pfeiffer, éblouissante), qui cherche par tous les moyens à échapper à son milieu mafieux, sa « famille », à la suite de l’assassinat de son mari (Alec Baldwin), homme de main de Tony « Le Tigre » (Dean Stockwell, prodigieux), sorte de parrain local, pour essayer de redémarrer une nouvelle vie. Seulement le FBI, notamment un de ses agents, Mike (Matthew Modine, révélation du célèbre Full metal jacket de Kubrick), ne cesse de la traquer pour coincer Tony, d’autant plus qu’Angela est également pourchassée par celui-ci qui est tombée amoureux d’elle. Mais l’amour va entrer en jeu, compliquant encore plus la situation.
Demme réalise ici une de ses plus grandes comédies, qui derrière son air léger, cache une profonde humanité. Si l’humour se fait plus voyant que dans ses premières comédies douce-amères (Citizens band, Melvin and Howard, Swing shaft), le film reste néanmoins très acide. Il est notamment très critique envers les méthodes mafieuses et les méthodes policières, qu’il renvoie dos à dos. Une des scènes les plus fortes du film est la garde à vue d’Angela, durant laquelle les agents du FBI se comportent comme de véritables animaux, sans prendre en compte les sentiments d’autrui. Angela fera d’ailleurs remarquer la ressemblance flagrante de leurs méthodes avec celles de la mafia.
Demme suit malgré tout la voie de la comédie pure, enchaînant les quiproquos et le comique de situation avec un grand bonheur. Le personnage de Tony « Le Tigre », magistralement interprété par Dean Stockwell (Le garçon aux cheveux verts de Losey), est particulièrement drôle. Sous son allure de brute épaisse, sorte de parodie de parrain mafieux, tuant froidement ceux qui se dressent sur sa route, Tony est curieusement terrorisé par son épouse Connie (Mercedes Ruehl, excellente), savoureuse caricature de la « mama » italienne, d’une jalousie maladive. Leurs scènes comptent parmi les plus amusantes du film, Tony étant proprement terrifié, comme un enfant, par son ouragan de femme. Celle-ci est d’ailleurs la seule personne capable de lui faire peur (il suffit de prêter attention aux regards qu’ils se lancent mutuellement !), même s’il continue de faire la cour à Angela.
Cependant le cœur du film reste l’attachant personnage d’Angela. Celle-ci, comme la plupart des héros de Demme (notamment l’Audrey-Lulu de Dangereuse sous tous rapports), cherche désespérément à survivre, à se sortir du carcan dans lequel la mafia l’a enfermée. Mère d’un petit garçon auquel elle inculque des valeurs droites, elle suscite l’admiration par sa volonté d’avoir une vie normale, décente, dans laquelle elle pourra se regarder en face. Michelle Pfeiffer lui offre une dignité remarquable, rendant Angela très émouvante aux yeux du spectateur.
La scène où elle ramène Mike (Matthew Modine) dans son misérable appartement (il faut voir la baignoire située en plein milieu de la cuisine qui lui sert de table !), un peu émêchée par l’alcool qu’elle a ingurgité et où, après avoir maladroitement essayé de le séduire, elle lui confesse son manque d’intelligence et son désir désespéré d’avoir droit à une seconde chance, est extrêmement touchante, d’autant plus que le spectateur sait que Mike, agent du FBI, joue double jeu, rendant de ce fait la scène particulièrement cruelle.
Le spectateur en effet ne peut s’empêcher de compatir à la situation d’Angela. Demme a toujours dépeint des personnages qui, même s’ils ne sont pas bien malins, ont une profonde humanité. Il a toujours éprouvé un grand respect et une immense tendresse pour eux, pensant qu’ils méritent tous une seconde chance (voir Dangereuse sous tous rapports ou le méconnu mais magistral Melvin and Howard).
Comme l’affirme d’ailleurs le personnage de Modine : « Tout le monde a droit à une seconde chance ». La volonté d’Angela pour redémarrer une nouvelle vie et offrir une chance à son fils est poignante. Toutes les scènes qui la regardent déambuler dans les rues de la ville à la recherche d’un emploi simple mais qui lui redonnerait une certaine dignité sont très réussies, Demme n’ayant pas son pareil pour ancrer ses protagonistes dans le décor et les engluer dans une réalité qu’ils ne maîtrisent pas.
En revanche le personnage de Mike semble un peu plus fade, mais ne nuit nullement au film. Modine lui donne son air un peu lunaire, un peu décalé. Par ailleurs, les décors (meubles, bibelots, vêtements, décorations,… ) sont d’un mauvais goût réjouissant, les couleurs sont criardes, ringardes : il suffit de contempler l’extraordinaire maison des De Marco pour mesurer l’étendue du désastre. « Tout ce que nous avons est tombé d’un camion », déclare Angela. Ce mauvais goût culmine dans les ahurissantes chambres d’hôtel à Miami. Le rêve américain s’est transformé en un cauchemar hideux, complètement artificiel, clinquant et toc.
Veuve, mais pas trop… reste néanmoins une comédie, et Demme, qui aime trop ses personnages, ne peut s’empêcher d’offrir un nouveau départ à Angela et Mike, après leurs multiples déboires. Il ne faut surtout pas manquer le générique de fin, où le spectateur attentif pourra redécouvrir des scènes du film, cadrées d’un angle différent. La scène finale apparaît après la totalité du générique de fin et rend un vibrant hommage aux grandes comédies américaines classiques. On y découvre Angela et Mike entamer un gracieux pas de danse, avant de tomber dans les bras l’un de l’autre. Conclusion optimiste pour un film qui, sous son apparente légèreté, révèle le profond humanisme de son réalisateur.
24 février 2008
La garçonnière de Billy Wilder
Réalisé par Billy Wilder
Titre original : The apartment
Année : 1960
Origine : Etats-Unis
Durée : 125 minutes
Avec : Jack Lemmon, Shirley Mac Laine, Fred Mac Murray, Ray Walston, Jack Kruschen, David Lewis,...
Fiche IMDB
Résumé : C.C. "Bud" Baxter, anonyme employé d'une gigantesque société d'assurances, prête son appartement comme garçonnière à son supérieur. Ce geste lui vaut une promotion mais aussi des ennuis. En effet, le soir de Noël, il découvre chez lui la charmante liftière d'ascenseur de la comédie qui a tenté de se suicider par désespoir...
Voici l’un des films les plus cyniques de Billy Wilder. La garçonnière raconte l’histoire d’un homme ordinaire, anonyme, plongé dans les chaînons d’une multinationale dont le siège est implanté à New York. Jack Lemmon lui donne son aspect, son air un peu gauche et sa sensibilité. Cet homme, par pression, prête son appartement à ses supérieurs afin que ceux-ci puissent laisser libre court à leurs adultères et avoir par commodité un pied à terre, jusqu’au jour où il rencontre une jeune liftière (Shirley Mac Laine) qui travaille dans la même entreprise que lui …
Billy Wilder prend visiblement un plaisir jubilatoire à détailler au spectateur, sans la moindre concession, le fonctionnement d’une grande entreprise, cette description ne virant jamais à la caricature. Wilder a toujours été un réaliste, mais ici il se surpasse et se range aux côtés des anonymes. Sa présentation des patrons, enfermés dans leur égoïsme sans mesurer les conséquences que leurs fantaisies peuvent avoir sur les autres, notamment ceux qui sont en bas de l’échelle, reste sans équivalent. Il suffit de visionner la première scène du film, où l’uniformisation est devenue la règle et où les êtres humains perdent tout identité, se contentant d’être un rouage de l’entreprise.
Si l’on rit beaucoup à la vision du film, on ne peut s’empêcher d’avoir un pincement de cœur en voyant Lemmon et Mac Laine se démener et subir le pouvoir des puissants. Le couple qu’ils forment est l’un des plus émouvants que le cinéma hollywoodien nous ait donné, sans le moindre glamour. Wilder a toujours eu de la tendresse pour ses personnages.
Le film, très drôle, est sans cesse sur la corde raide, se teintant au fur et à mesure d’amertume et le rendant de ce fait très attachant.
Wilder ne cherche jamais à excuser Lemmon : en effet, c’est lui-même qui s’est mis dans cette situation qui semble inextricable, par pure ambition sociale. Le cinéaste de Certains l’aiment chaud montre qu’il n’y a en fait pas d’issue possible une fois qu’on a mis le pied dans l’engrenage, à moins de rejeter purement et simplement le système américain (qui est aussi le nôtre, dans une moindre mesure), qui se résume le plus souvent à l’ambition sociale.
L’entreprise lobotomise littéralement ses employés, condamnés à l’anonymat, ne pouvant s’exprimer, le seul moyen d’exister, de s’affirmer étant de la quitter. Wilder affirme que les patrons, quels que soient les efforts de leurs employés, demanderont toujours plus ; il les décrit d’ailleurs comme de véritables vampires. Wilder a rarement été aussi lucide.
En outre le cinéaste de Sunset Boulevard / Boulevard du crépuscule, malgré la noirceur du propos, révèle son humanisme. Il observe avec une infinie tendresse son couple de vedettes. Le film est également touchant dans sa façon de laisser une chance à ses personnages, les regardant se débattre dans la lente déshumanisation de la société, mais sans jamais tomber dans la pitié ou le misérabilisme.
Wilder reste un grand romantique (voir également sa magistrale La vie privée de Sherlock Holmes, avec le personnage de Géraldine Page qui interprète l’espionne allemande), il croit encore que l’amour permet aux êtres de s’en sortir. Devant l’égoïsme et la cécité des puissants, l’amour devient le seul remède à ce fatalisme, il permet à l’homme de se surpasser et de laisser poindre ses émotions.
Toutes les scènes réunissant Lemmon et Mac Laine sont merveilleuses, très émouvantes. Wilder, tout en observant leurs fêlures, les montre sous leur meilleur jour, dans toute leur grandeur. Il ne peut s’empêcher de les réunir dans la dernière scène du film, car il demeure un grand optimiste, malgré les dysfonctionnements de la société.
En conclusion, on peut dire que Wilder signe l’un des films définitifs sur la bureaucratie. Pour enfin exister, se laisser aller, être libre, Lemmon devra quitter l’entreprise pour sortir du moule dans lequel on veut l’enfermer. Il y aura perdu une place, mais y aura gagné en humanité. Wilder a signé avec La garçonnière une immense comédie, sur le fil du rasoir. La drôlerie n’est jamais un barrage pour l’émotion, au contraire, elle en est le moteur, l’essence.
Funny games de Michael Haneke
Funny games de Michael Haneke (1997)
Film autrichien
Durée du film : 1h44
Acteurs principaux : Susanne Lothar, Ulrich Mühe, Arno Frisch, Frank GieringMusique : Walter Amann
Résumé : Pendant l'été une famille (père, mère, jeune fils) se rend sur son lieu de vacances. Elle va alors être prise à parti par deux jeunes psychopathes.
Funny games est le film le plus controversé du réalisateur autrichien Michael Haneke (Code inconnu). Ce film, qui traite de la violence de façon très intimiste (ce qui le rend d'autant plus réaliste), a déchaîné les passions à sa sortie. Les admirateurs du film sont tout aussi nombreux que ses détracteurs. Et les raisons ne manquent pas.
Ce film est présenté de façon particulièrement malsaine - même aux yeux de ses fans. Voilà un film dont on se souvient forcément après l'avoir regardé. Funny games ne peut laisser insensible. Car il traite de la violence de manière brute.
Le réalisateur qui en a surpris plus d'un à cette occasion a avant tout cherché à faire une sorte de parodie de polar. Toutes les règles de ce genre très codifié sont battues en brèche : On tue un chien puis un enfant alors que ces faits ne sont jamais présents dans les polars ; On ne connaît à aucun moment le véritable mobile de ces deux psychopathes ce qui a pour effet de dérouter le spectateur voire de l'agacer (pour ceux qui n'apprécient pas le film) ; Il n'y a pas de happy end. A eux seuls, ces trois éléments " non respectés " créent un sentiment de malaise et probablement le dégoût de certains spectateurs.
Car Michael Haneke qui a voulu faire avec Funny games le film le plus réaliste qui soit en traitant directement du thème de la violence ne fait aucune concession cinématographique. Pas de happy end comme il est d'usage dans ce genre de films à Hollywood. Sur ce point, le réalisateur fustige une partie de sa profession, celle là même qui pour faire plaisir le spectateur (en tout cas c'est ce qu'elle croie) et pour rassembler un maximum de monde sur grand écran fait des films, des scénarios et des notamment des finals particulièrement stupides car dénués de toute vraisemblance.
Michael Haneke a voulu justement aller à l'opposé de ce système. A maintes reprises, il montre clairement que ce sont les deux jeunes psychopathes qui ont toutes les cartes en main pour faire comme tout ce qu'ils souhaitent. Ils s'amusent avec leurs victimes et se lancent même des défis. Ainsi, dans une scène ils font croire au père et à la mère de famille victimes de leurs sévices qu'ils peuvent s'échapper et dans une autre scène qu'ils ont la possibilité de les tuer.
Ce côté très cynique et qui prend de surcroît à parti le spectateur donne lieu à des scènes parfois difficilement supportables. Mais bon, ceci dit, le film y gagne beaucoup en réalisme de la sorte.
En fin de compte, Funny games est un film froid, cynique, implacable, extrêmement bien mis en scène et qui revisite de façon très originale le thème rebattu de la violence. Par de nombreux aspects, cela demeure un film intéressant mais à réserver à un public averti et conscient de ce qu'il va voir.
23 février 2008
Magnolia de Paul-Thomas Anderson
Film américain de 1999
Durée du film : 3h 04
Acteurs principaux : Tom Cruise, Melinda Dillon, William H. Macy, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, John C. Reilly, Philip Baker Hall, Jason Robards, Jeremy Blackmon, April Grace, Luis Guzman, Richard Jay, Orlando Jones, Alfred Molina, Michael Murphy, Melora Walters, Michael Bowen.
Musique : Jon Brion
Résumé : Le temps d'une journée a priori banale, la vie de plusieurs personnages s'entrecroise sous le soleil de la Californie. Bref, la journée de neuf personnages à Los Angeles.
Pour son troisième film (après Hard eight et Boogie nights), Paul-Thomas Anderson (auteur très récemment du film There will be blood) réussit avec un talent indéniable à relier la vie de plusieurs personnages l'espace d'une même journée.
Paul-Thomas Anderson ne se montre pas tant critique mais plutôt observateur. Ce sont différentes histoires tirées de différents destins qui nous sont narrées. Comme Robert Altman dans Short cuts il s'intéresse à l'interaction de ces hommes et de ces femmes. Le film a beau durer 3 heures, on ne voit pas le temps passer.
La variété des personnages et des situations fait passer tour à tour le spectateur des rires aux larmes. Le rôle tenu par Tom Cruise est de ce point de vue très représentatif. Il incarne un jeune animateur de télévision sur la séduction masculine. L'acteur tient parfaitement le rôle de ce gourou combattant ardememnt la cause des hommes contre les femmes (il a d'ailleurs obtenu un golden globe à cette occasion). On comprend rapidement que son personnage, Frank Makey, s'est construit un passé et une nouvelle vie. Mais la vérité a tôt fait de resurgir. Cette idée est particulièrement vivace dans le film.
Le réalisateur indique à de nombreuses reprises que " le passé est peut-être fini, mais il n'en a pas fini avec nous ". Ce que Frank Makey a d'abord du mal à accepter mais dont il prend ensuite acte. Mais Tom Cruise n'est pas le seul que l'on peut applaudir. Tous les acteurs, sans exception, sont formidables et c'est ce qui fait que l'émotion dans ce film est omniprésente.
Personnellement, j'affectionne l'idylle qui naît entre le policier humaniste et Claudia Wilson Gator (brillamment interprétée par Melora Walters), une junkie profondément humaine et honnête. Son histoire est du reste particulièrement intéressante pour celle qui n'est autre que la fille du présentateur télé vedette Jimmy Gator. Je n'ommettrai pas de signaler les rôles prépondérants de Julianne Moore et de Philip Seymour Hoffman. La première est très touchante en incarnant une femme qui a épousé un vieil homme, Earl Patridge (le père de Frank Makey) pour sa fortune mais qui ne se réjouit pas de la maladie qui condamne son mari, car le repentir la rattrape. Le second apparaît comme le fidèle infirmier de Earl qui va tout faire pour réaliser les dernières volontés de son employeur, à savoir retrouver son fils qu'il a abandonné depuis des années.
Les autres personnages et notamment Donnie Smith, le " génie " qui a raté sa vie ; Stantey Spector, le nouveau " génie, n'en sont pas moins intéressants. Quant à la pluie de grenouilles à la fin du film qui a laissé plus d'un spectateur perplexe, ce n'est pas tant une référence biblique qu'une référence au livre de Charles Fort, Book of the damned. Pour Paul-Thomas Anderson, quand tout va mal, un événement peut arriver.
Reste que le maître mot du film est que le passé nous rattrape toujours à un moment donné. Cependant tout n'est pas perdu pour autant. Heureusement car les rebondissements présents dans le film sont tels qu'on aurait pu sinon tomber dans une mélancolie certaine. En fin de compte, le film de Paul-Thomas Anderson est très brillamment réalisé et interprété. Il s'agit d'un must à voir absolument.


