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Réalisé par Jeff Nichols

Année : 2007

Origine : Etats-Unis

Durée : 92 minutes

Avec : Michael Shannon, Douglas Ligon, Barlow Jacobs, Natalie Canerday, Glenda Pannell...

Résumé : La rivalité de demi-frères suite à la mort de leur père.


FICHE IMDB

Shotgun Stories est le premier film de Jeff Nichols. Son film qui été tourné en seulement 21 jours, est pourtant loin d'être bâclé.
Shotgun Stories se déroule dans dans une ville perdue dans le sud de l'Arkansas. Dans cet endroit 3 frères : Son (interprétré par Michael Shannon, vu notamment dans Bug de William Friedkin), Kid et Boy vivent ensemble dans une maison (quasiment délabrée) suite au départ d'Annie, la femme de Son. Son et Kid (qui vit habituellement dans une tente) travaillent ensemble dans une exploitation de poisson tandis que le rondouillard Boy (qui vit habituellement dans un van) se laisse quelque peu vivre et n'a pas de travail. Un événement majeur va rapidement survenir dans le film : il s'agit du décès du père de Son, Kid et Boy qui leur est signalé par leur mère. Les 3 frères se rendent en retard à la cérémonie et Son va faire un discours contre son père décédé, lequel les a abandonnés pour refaire sa vie avec une autre femme . Cette femme est d'ailleurs présente lors de la cérémonie avec ses 4 enfants qui sont donc les demi-frères de Son, Kid et Boy. Histoire de montrer un peu plus son dégoût à l'égard de son père décédé, Son crache sur le cercueil de celui-ci. Ce moment, présent dès le début du film, marque le début des hostilités entre Son, Kid et Boy d'un côté et de l'autre côté les 4 frères Hayes, Cleaman, Stephen, John et Mark. On comprend très vite que l'on va assister à un drame familial.
Jeff Nichols s'attache en fait à montrer par le biais de ce premier film l'inutilité de la vengeance. Par le biais de plusieurs de ses personnages, il nous dit très clairement que cela ne mène à rien. Et c'est bien le cas. Mais pourtant, les intimidations sont multiples entre Son, Kid et Boy et de l'autre côté les frères Hayes.

Car le réalisateur a beau laisser de nombreuses zones d'ombre, on comprend aisément qu'il y a un lourd contentieux entre ces deux familles (qui pourtant ne forment qu'une seule et même famille puisque ce sont des demi-frères). Son, Kid et Boy ont un ressentiment envers un père qui a les abandonnés et ont été élevés par une mère qui ne leur a inculqués que la haine de leurs demi-frères.
Jeff Nichols filme à merveille la tension qui se met progressivement en place en place dans cette ville perdue de l'Arkansas. Ce drame familial est filmé dans un cadre naturel qui laisse la part belle aux paysages ruraux : plaines de blé, régions de coton et étangs sont filmés majuestueusement, le tout sous un soleil de plomb. Considéré comme un digne héritier de Terrence Malick d'après l'affiche du film, Jeff Nichols magnifie lui aussi les paysages américains et dresse un portrait très juste de la condition humaine. La tragédie humaine se fond dans l’immensité des paysages. On a l'impression que rien ne peut arrêter ce drame.
Pourtant, Jeff Nichols montre bien dans son film que toutes ces personnes ont une vie qui leur appartient et qu'ils feraient bien de la vivre pleinement au lieu de ressasser un passé qui ne pourra de toute façon pas changer : Son a une épouse (qui l'a momentanément quitté car elle ne veut pas qu'il continue de jouer dans les casinos) et un fils ; Kid est sur le point de se marier avec sa petite amie Cheryl ; de l'autre côté Cleaman a lui aussi deux enfants et ses deux frères cadets sont encore très jeunes.
En fait, il faut attendre l'inéluctable, à savoir la mort de plusieurs protagonistes pour que certains personnages prennent conscience qu'il est temps de passer à autre chose et de stopper cette violence qui ne mène à rien.

On ne peut qu'apprécier toute la subtilité du film et le fait qu'un personnage comme Boy, pourtant bien décidé à venger l'un de ses frères(comme le prouve le moment où il décide de prendre une initiative et d'acheter un fusil), comprend que la mort n'amène que la mort. Il faut passer à autre chose mais surtout vivre. Le dernier plan du film où la caméra recule et montre plusieurs des personnages en train de se reposer avec le fils de Son à leur côté est une façon de dire qu'ils ont compris que la vie doit continuer. Le passé est une chose, il faut vivre le présent.
Le film Shotgun Stories illustre également à merveille l'ennui que certaines personnes peuvent ressentir à habiter dans un lieu où les occupations sont peu nombreuses. Son, Kid et Boy ont peu de moyens et leurs occupations se limitent à aller pêcher, passer des moments ensemble sans rien faire (ce qui donne lieu à des scènes d'unee grande sensibilité car on comprend tout le côté fraternel de ces personnages), à regarder des jeunes jouer au basket (c'est le cas de Boy). Sur cet aspect des choses, le film fait penser à La dernière séance de Peter Bogdanovic.
Bénéficiant de décors naturels qui sont magnifiés par son réalisateur, d'acteurs qui sont tous très bons, d'une histoire forte, d'une description sociale très juste de personnes qui n'ont rien ou presque rien (Son, Kid et Boy), Shotgun stories est une découverte fort intéressante. Son réalisateur est une révélation dont on attend impatiemment son prochain film.