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Le retour des tomates tueuses

Réalisateur: john De Bello
Origine : U.S.A.
Année:1988

FICHE IMDB

Durée: 1H 38

résumé:un savant fou veut prendre sa revanche en créant une armée d'hommes tomates.



Premier film de Georges Clooney, alors abonné aux séries télévisées, cette suite de « l'attaque des tomates tueuses » ( 1978), du même réalisateur, un récidiviste, est ouvertement orientée vers la série B, voire le Z, si l'on tiens compte du budget.

Ce caractère affirmé rend les choses plus sympathiques pour ce qui pourrait tourner à la catastrophe tant le scénario brille par son indigence.

En effet, quelque années après la ( terrible) guerre liée au soulèvement des tomates, celle-ci sont interdites sur tout le territoire ( c'est à dire les Etats Unis). Un vétéran,Wilbur, héros de la guerre contre les tomates, à ouvert une pizzéria ( sans tomates, s'il vous plait !), dans laquelle il emploie son neveu Chad et Matt, un ami de ce dernier.

Or, Chad est amoureux de la belle Tara, vivant en recluse dans le manoir du professeur Gangreen ( prononcer gangrène). Celui-ci se livre, dans le secret de son laboratoire, à d 'étranges expériences dont la finalité nous est dès le départ délivrée : transformer des tomates en hommes afin de se constituer une armée pour dominer le monde ( scénario délirant digne d'un James Bond sous acide ).

Mais l'amour entre Tara et Chad va perturber les plans du professeur !!!

Dès le départ, le film affiche le côté burlesque, avec un humour certes pesant mais véritablement décontracté: nous somme sur un plateau d'émission proposant des films, émission fidélisant ses spectateurs par des jeux d'argent. Seulement, dans ce décor de pacotille, tout sonne faux : l'animateur semble sur le retour et ne plus croire en ce qu'il fait, le décor est ringard à souhait, la somme d'argent à gagner est ridicule ( 7 dollars 25 !). De plus, le tout est présenté avec une précipitation qui semble singer le dynamisme de grandes chaines commerciales ciblant un public jeune ( non, je n'ai pas cité MTV !), le tout accentuant le côté délicieusement pathétique de la scène.

Suite à cela, l'animateur commande la projection d'un film. Au bout de quelques images de scènes de plages visant à glorifier le bikini et propres à faire passer « alerte à Malibu » pour l'adaptation d'une oeuvre platonicienne, l'ordre est donné d'interrompre la projection: le film n'est pas celui qui était prévu.

L'humour, régressif et potache, n'hésite donc pas à céder à la facilité, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités....

Le bon film est donc ajusté et la projection ( notre film) peut commencer.

« Le retour des tomates tueuses » s'ouvre sur un plan fixe ( clin d'oeil à la Hammer ??) du manoir inquiétant de Gangreen, éclairé par les éclairs. L'atmosphère qui pourrait être sinistre, ce qui est suggéré par ce plan, est désamorcée par le caractère fauché de l'esthétique, volontairement affiché : le manoir en question n'est qu'une sorte de tableau ( assez mal peint d'ailleurs).

Par là même, le film affiche son affiliation au Z en étalant son faible budget dans une mascarade irrévérencieuse digne d'un Ed Wood dans l'esprit.

La « force » du film réside dans son utilisation de la musique, propre à rythmer le métrage, certes, mais aussi à faire naître une ambiance. On pourrait même dire qu'elle revient en leitmotiv: en effet, celle-ci permet la transformation des tomates en humains. Seulement, si chacun semble avoir son propre thème musical pour devenir un individu plutôt qu'un autre, tous sont soumis au même thème ( du Mozart, pas moins !) pour revenir à l'état de tomate. La musique de Mozart devenant donc une menace pour Tara, ou une délivrance quand il s'agit des hommes de mains de Gangreen.Au-delà des métamorphoses induites par la musique, celle-ci n'a de cesse de rendre des hommages, parfois incertains, à de grands monuments du septième art : ainsi, une scène de deal de tomates est-elle soutenue par la musique du parrain, une scène de duel par la musique si identifiable de Morricone, etc...

Irrévérencieux en apparence, le film se fend donc d'une série d'hommage à priori inattendu.

Les gags eux-même, pour stupides et lourds qu'ils puissent paraitre, ne peuvent se réduire à cela, certains demandant une certaine attention pour être appréciés : l'exemple le plus flagrant est cette scène, en début de film, où l'on voit Matt faire une pizza pour un client qui lui demande de changer de chaine télévisée, or, il lance sa pâte en l'air avec le geste traditionnel du pizzaiolo , puis fait ce qu'on lui à demandé, sans plus se préoccuper de cette fameuse pâte. En fin de film, sans raison aucune, il reçoit celle-ci sur la tête !!

le réalisateur s'est donc amusé à joué avec les nombreux ressorts comiques qu'autorise le cinéma, et les preuves sont nombreuses.

Dans le même esprit sont tournés en dérision les aparté des comédiens envers le spectateurs, ceux-ci devenant extrêmement appuyés, au point d'en devenir grotesques. Les dialogues, bien entendu, sont au diapason, se moquant ouvertement des « codes » du cinéma grand public américain. Ainsi, lorsque Wilbur appelle des renforts, ses amis de régiment, la conversation est-elle des plus édifiante:   « - Dan (l'expert en déguisement), réveille-toi, j'ai besoin de toi pour écraser la menace rouge !

  • des communistes, hein !!

  • pire que ça ! Des tomates !! »

bref, on le voit, tout est passé à la moulinette dans le plus pur esprit loufoque.

Le film, s'il rend un hommage musical à de nombreux films, oscille entre différents style: tour à tour comédie sentimentale, il se mue en film d'espionnage ou d'action en un clin d'oeil, tout en se moquant de gimmicks du genre.

Choisissant d'emblée de se moquer de son faible budget pour en faire une force, le film pousse la logique jusqu'à s'arrêter pour faute de budget manquant. La réponse apportée est l'introduction de publicité pour financer le reste du métrage, une solution inspirée du réel et de film autrement plus prestigieux ne bénéficiant pas du même budget que celui-ci. Inutile de dire qu'ici cet apport sera tout sauf discret, allant jusqu'à occulter les acteurs dans certaines scènes, ou à démonter le cours d'une action, tant son intrusion est agressive.

Cela pourrait n'être que parodique et se limiter à cela, mais de nombreux indices laissent à penser qu'il faut plutôt y voir un message d'alerte nous informant de ce qui peut devenir une dérive incontrôlable et hautement préjudiciable au cinéma.

« le retour des tomates tueuses », sous des aspects de grosse comédie se révèle un hommage au cinéma et aux travers qui le menace : ainsi voit-on à la fin du film une personne nous avertir qu'un film n'est réellement terminé qu 'après son générique, avertissement qui prend toute sa valeur puisqu'une scène nous montre des hommes tomates, que l'on croyait défaits, prendre le contrôle du plateau télévisé sur lequel le film à débuter pour annoncer l'interruption des programmes ainsi qu'une hypothétique suite au film.

Dans ce qui semble monté de bric et de broc, fini par se dégager une sorte de logique, les scènes se répondant, rien n'étant laissé au hasard ( le gag de la pizza qui retombe en fin de film en témoigne), les scènes se répondant, le film se terminant là où il a commencer, épousant la forme d'une boucle.

Sans faire de ce film ce qu'il n'est pas, à savoir un chef-d'oeuvre, force est de constater un certain respect du cinéma,  dans le fond ( le discours tenu sur le respect des films et de leurs génériques, par exemple) comme dans la forme ( les hommages, certes appuyés, mais qui révèlent un certain amour du cinéma).

« Le retour des tomates tueuses » se révèle donc un moment de cinéma fort agréable, rendu culte par la première apparition cinématographique de George Clooney.