docteurZafficheRéalisé par Jess Franco
Année : 1966
Origine : Espagne
Durée : 86 minutes
Titre original : Miss Muerte
Titre international : The diabolical doctor Z

Avec : Antonio Jiménez Escribano, Guy Mairesse, Howard Vernon, Mabel Karr, Fernando Montes, Estella Blain.

FICHE IMDB

Résumé : Une jeune femme cherche à se venger de plusieurs personnes suite à la mort de son père, le fameux docteur Z.
Réalisé en 1966 par le très prolifique cinéaste espagnol Jess Franco (auteur du cultissime Vampyros lesbos ou encore des très bons Eugénie et Eugénie de Sade), représentant du bis (voire du Z) par excellence, Le diabolique docteur Z est un film français qui mérite à tous points de vue d'être signalé.
En effet, ce film, qui est du Jess Franco première manière, constitue un film fantastique relativement classique, dans la veine de L'horrible docteur Orlof (1962). Surtout, dans ce film, Jess Franco ne se contente pas de copier le chef d'oeuvre de Franju que constitue Les yeux sans visage (1960).
Adaptant directement un roman qu'il a concocté pour l'occasion sous un pseudo (David Kuhne), Jess Franco réalise un film fantastique relativement délirant, qui surfe quelque part sur le succès des James Bond. On est d'abord aux prises avec le docteur Zimmer (le fameux docteur Z), une sorte de savant fou, qui a comme idée de faire des expériences sur l'être humain afin de séparer la zone du cerveau qui est celle du bien et celle du mal ! Rien que ça. Comme on dit, plus c'est gros, plus ça passe. Après le décès de Zimmer, qui a été humilié par plusieurs de ses confrères pour ses idées complètement folles, sa fille Irma va poursuivre son oeuvre et s'évertuer à supprimer un à un les docteurs qui sont directement ou indirectement à l'origine de la mort de son père.

Le seul point qui peut faire penser aux yeux sans visage est la brûlure qu'a subie Irma Zimmer, qui décide alors de changer de visage en faisant pratiquer une opération chirurgicale lui permettant de retrouver un joli visage.

Irma Zimmer a autour d'elle plusieurs personnes qu'elle commande avec plus ou moins de réussite : il y a Hans Bergen qui est véritablement son homme de main, qui correspond globalement au fidèle Morpho de L'horrible docteur Orlof ; on trouve également Miss death qui est particulièrement dangereuse car elle a des ongles très longs qui contiennent un poison.
Miss Death (qui constitue le titre du film en anglais ou en espagnol) est d'ailleurs un personnage clé car c'est la petite amie du docteur Philippe Brighthouse. Miss Death est également prépondérante car avant de travailler (contre sa volonté) pour Irma Zimmer, elle anime un divertissement dans un cabaret où elle joue le rôle d'une araignée géante. Les scènes à l'intérieur du cabaret sont très réussies et donnent une ambiance surréaliste au film (ambiance que l'on retrouvera plus tard, avec un ton beaucoup plus érotique, dans le très étrange Mari-cookie and the killer tarantula). Sans compter que la chorégraphie très lascive de Miss death est très sensuelle. L'ambiance étrange que l'on retrouve dans ce cabaret est d'autant plus prégnante que le costume de Miss death fait véritablement penser à une araignée.

Très soigné sur le plan de la photographie, le film bénéficie d'un très beau noir et blanc. Par ailleurs, la réussite du film tient également à sa mise en scène très soignée : Jess Franco a fait un bel effort sur chacun de ses plans, comme le prouvent notamment les nombreux travellings avant ou les mouvements en plongée, forts réussis (par exemple dans le cabaret).


De plus, il est utile de souligner que si le film se révèle par moments quelque peu sensuel, il n'est à aucun moment vulgaire. On sent bien que Jess Franco souhaite dénuder ses actrices mais il en reste au strict minimum, en raison évidemment de l'époque. Ce qui n'est pas en soi. On évite dans ce film les regards un peu gratuits dont fait parfois preuve le cinéaste espagnol sur l'anatomie féminine.

Mais Le diabolique docteur Z doit aussi sa réussite à un humour bien senti, qui se révèle très amusant. En dehors du scénario qui est en soi complètement délirant, Jess Franco nous concocte quelques répliques vraiment marrantes. On notera sur ce point le côté décalé du personnage du commissaire de police qui enquête sur la disparition étrange de différentes personnes. Le commissaire est joué par Franco lui-même, lequel n'hésite pas à déclarer vers la fin du film qu'il s'était mis à la recherche de personnes disparues car il avait passé une bonne nuit et qu'il n'avait rien d'autre à faire. Notons également le côté relativement kitch de certains décors, et notamment de la machine qui est censée « transformer » les gens en les mettant sous le contrôle d'Irma Zimmer. Cela ajoute au côté charmant du film.

Du côté de la distribution, on retrouve quelques habitués de Franco, notamment Howard Vernon (qui jouait le rôle du docteur Orlof), toujours aussi charismatique, qui interprète ici le rôle du docteur Vicas. On a donc droit à un Jess Franco qui joue le rôle d'un commissaire qui se révèle assez drôle. Son collègue britannique n'est autre que Daniel White, qui a composé de nombreuses bandes son des films de Jess Franco.
En somme, maintenant un suspense constant avec une intrigue qui est sans cesse renouvelée, bénéficiant d'une mise en scène soignée et dynamique ainsi que d'une très belle photo, Le diabolique docteur Z constitue à n'en pas douter un des meilleurs films dans la filmographie très conséquente de Jess Franco.