Sweet_Sweetback_27s_Baad_Asssss_SongFilm américain, 1971
Durée : 97 minutes
Réalisé, écrit, produit et composé par Melvin Van Peebles
Fiche IMDB

Rares sont les films qui peuvent se targuer d'avoir inventés un genre cinématographique à eux seuls. Et pourtant, Sweet Sweetback's Baadasssss Song (SSBS) a créé, en cette riche année 1971, la blaxploitation (terme inventée par le Variety magazine lors de la sortie en salle de ce film),  genre difficilement définissable puisque touchant à tous les genres (horreur, policier, aventure, western)....disons "film d'action redonnant la fierté au peuple Noir (et en général) fait par des Noirs".

SSBS,1er black movie, est une véritable bombe lacrymale. D'ailleurs, tout commence par ces étranges mots écrits pour introduire le film :

"Sire, ceci n'est pas une ode à la brutalité que l'artiste aurait inventé,
mais l'hymne sorti de la bouche de la réalité"

Incantation traditionnelle du Moyen-Age

Par cette phrase, le spectateur est prévenu qu'il va être plongé dans une rude réalité ; c'est le moins que le puisse dire, tant ce film sur les ghettos noirs a dû être un choc en 1971.

Dès la première scène, le ton est donné. On assiste au dépucelage d'un très jeune noir (joué par Mario Van Peebles, fils de Melvin) avec ce dialogue surréaliste de la prostituée "tu n'es pas chez le photographe...allez". Cette fille comblée de joie donnera son surnom au jeune : sweetback (joli dos).
20 ans après, le film reprend avec Sweetback toujours dans le même lit, mais cette fois ci en adulte bête de sexe. Il se produit même dans un café théatre où il montre ses talents d'homme noir. Jusqu'à là, rien de révolutionnaire : juste un peu de sexe montrer. Même si aucune scène n'est pornographique, le film a cependant été classé X lors de sa sortie américaine et dixit le réalisateur-acteur de nombreuses scènes n'étaient pas simulées et il aurait même attrapé une MST !!!

Le film va basculer lorsque Sweetback va réagir au tabassage injuste d'un frère noir militant chez les Black Panthers. Débute ainsi une longue cavale.

Tout au long de cette course poursuite avec les forces de l'ordre, plusieurs leithmotivs apparaissent.
Le principal est que l'homme noir est persécuté par une police raciste pour qui les noirs ne sont que des nègres et n'hésitant pas à les descendre si besoin est. Heureusement, ce long-métrage n'est pas "anti-blanc", on voit dans différentes scènes que blancs et noirs peuvent cohabiter voire plus. Ainsi, dans un incroyable duel avec la cheftaine d'une bande de Hell's Angel, notre héros choisit comme arme son pénis et évidemment s'en sortira sous les houraaaah.

En plus d'avoir des scènes chaudes, le ton du film est clairement anarchiste : irrévencieux envers l'Ordre établi, irréligieux (voir le dialogue avec l'Evangéliste bidon)...

Par souci de réalisme et à cause d'un budget de seulement 500 000 $, dont une partie financée par Bill Cosby, tous les acteurs sont amateurs et le film est tourné en indépendant en 19 jours.  Cela se ressent dans la mise en scène vraiment bordélique marquée, par un abus d'effets psychedeliques qui ont plutôt mal vieillis. Les éclairages sont faits à l'arrache et Melvin Van Peebles aurait dû écouter son directeur de la photographie Bob Maxwell, inquiet du résultat. Par contre, la musique, aujourd'hui culte,  est omniprésente durant le film. C'est un mélange de black music (gospel, funk, soul) et de sons urbains ; le tout avec un son crade dans la lignée d'un On the Corner de Miles Davis. Pour l'histoire, la musique est jouée par Melvin (formidable homme touche à touche) et un groupe inconnu à l'époque : les Earth wind and fire !!!

Malgré de fortes réserves sur la mise en scène, Sweet Sweetback's Baadasssss Song  est un film révolté à voir au moins une fois dans sa vie. Par son succès au box office (10 millions de $ de gain) et malgré un budget de cheap 500 000 € !), la blaxploitation était née et quelques mois plus tard des films comme Shaft, Superfly allaient conquérir le monde.