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Un film de Zeb Haradon
Réalisé en 2004
Nationalité : USA
Acteurs : Zeb Haradon, Robin Ballard

Fiche IMDB

synopsis : Jim et Lana, voisins dans un grand immeuble, se retrouvent coincés pendant plusieurs semaines dans un ascenseur.

Si elevator movie est une oeuvre à petit budget, il n'en demeure pas moins que sa découverte lors de festivals underground à suscité l'enthousiasme au point de faire entrer le film dans le cercle tant convoité, bien que souvent trop galvaudé, des oeuvres cultes.

Le métrage de Zeb Haradon se révèle insolite, aux frontières de l'expérimentation.

Sur une trame des plus simple, quasi anecdotique, nous voyons se dérouler l'exploration et le dévoilement de fantasmes liés à la frustration sexuelle.

En un sens,  elevator movie n'est que cela : un film sur la frustration, mais il l'aborde de manière résolument originale.

Tout d'abord,  Zeb Haradon, avec une grande économie de moyens et d'effets, nous dresse un portrait peu reluisant de la société contemporaine : on voit deux personnes, un homme qui est dans un ascenceur, et une femme qui attend de pouvoir le prendre.

Nos deux personnages vont se retrouver coincés dans le même ascenseur, pour des raisons obscures, qui ne servent que  le scénario mais ce dernier n'est déjà plus qu'un prétexte.

Zeb Haradon filme les espaces comme Tsai Ming Liang, soulignant par là même la solitude des personnages, ainsi que le caractère froid et déshumanisé des architectures. Ce sentiment est accentué par le parti pris esthétique du réalisateur : le film est réalisé dans un 16 mm dont le grain noir et blanc renforce la sensation d'abandon, de détresse sourde des bâtiments comme des personnages.

Ces derniers, une fois en présence l'un de l'autre ne peuvent retenir une certaine gêne et s'en tienne à une courtoisie toute superficielle, répondant par là même aux codes sociaux les plus basiques.

Par un coup du sort cette promiscuité gênante, qui n'était pas appelée à durer, va se prolonger de manière inattendue suite à une panne.

Nos personnages, d'abord patients vont devoir faire connaissance et bavarder afin de passer le temps. Cela nous permet par la même occasion de découvrir les personnages en même temps qu'ils se révèlent l'un à l'autre, la mise en scène n'accordant pas au spectateur de temps d'avance sur les personnages en présence l'un de l'autre. Ce procédé participe à l'immersion du spectateur, sentiment d'immersion accentué par le choix de filmer un huis clôt.

Lana se présente donc à Jim. Ils découvrent qu'ils sont presque voisins, Jim avouant avoir déjà vu ( observé ?? ) une Lana qui semblait l'ignorer totalement. D'emblée la situation apparait asymétrique : l'un semblant connaître un peu l'autre, quand ce dernier ignore jusqu'à l'existence du premier.

Lana, belle jeune femme, a les bras chargés de commissions qu'elle ne manque pas de renverser en voulant relancer l'ascenseur par quelques sauts. Jim, courtois, va l'aider à ramasser celles-ci, mais emporté par sa fébrilité va se révéler maladroit en la bousculant.

elevator movie débute comme une comédie de moeurs où un homme secrètement amoureux de sa voisine se trouverait enfermé, par hasard, avec celle-ci.

Zeb Haradon semble même prendre un plaisir particulier à cultiver ce malentendu, car Jim et Lana vont bavarder et badiner pendant quelques temps. Sauf que leurs échanges n'atteignent jamais la légèreté nécessaire, l'atmosphère étant curieusement tendue par un élément indicible, impalpable.

En effet, une tension, bien que sourde, est présente.

Si le film ne repose pas nécessairement sur son scénario, car Zeb Haradon nous fait rapidement comprendre que l'intérêt se trouve ailleurs, l'atmosphère se charge au fur et à mesure d'une tension croissante, tandis que les personnages se dévoilent.

La situation déjà asymétrique, se révèlera l'être à plus d'un titre : nous apprenons que Lana est une fille libérée, nouvellement reconvertie à des valeurs plus morales, tandis que Jim se révèle profondément frustré, en proie à des fantasmes sexuel délirants et envahissants. Il confessera même à Lana que son rêve de biologiste est de créer une plante carnivore capable de faire des fellations...

La facilité et la simplicité toutes désarmantes avec lesquelles le jeune homme fait part de ses fantasmes à pour effet de refroidir quelque peu une Lana déjà rendu méfiante par une situation qui l'isole avec un homme qu'elle ne connait pas et lui semble suspect : Jim est fuyant, semble mal à l'aise en sa présence, comme s'il cachait quelque monstrueux mystère qu'il aurait du mal à contenir.

Comme si les paroles des uns et des autres ne suffisaient pas, nous les voyons, de surcroit, fouiller réciproquement dans les affaires de l'un de l'autre pendant le sommeil de leur propriétaire. À cette occasion Lana fera une découverte qui la fera d'abord sourire : il y a trois vidéocassette de film pornographique dans le sac que Jim tient de manière obsessionnelle, toutes trois ayant trait à la sodomie, élément à priori sans importance, mais qui nous renseigne un peu plus sur la monomanie de notre personnage.

Ces éléments pris en compte, ainsi que le fantasme si particulier de Jim, vont achever de le rendre suspect aux yeux de Lana.

Jim va être dans le registre de la séduction vis à vis de Lana, registre qui va se montrer rapidement intolérable devant l'insistance de Jim à connaitre des détails intimes de sa vie sexuelle.

Insidieusement la frustration sexuelle va prendre la pas sur toute autre considération dans le discour de Jim, mais aussi dans son comportement.

En effet, alors que les protagonistes font connaissance et bavardent pour tromper le temps en attendant d'être secourus, ils ne perdent pas de vue d'essayer de sortir ou de signaler leur présence dans l'ascenseur bloqué.

Voyant que les secours tardent, ils se créent des repères temporels en marquant les jours passés par des croix, à l'image de prisonniers attendant la libération.

Leurs efforts pour sortir, vont être supplantés par la résignation, qui les conduira à vivre dans cet espace clos sans presque se soucier de l'extérieur et d'éventuels secours.

Un élément vient pourtant troubler leur « quiétude » : tous les matins, Lana et Jim ont le loisir de constater qu'une mystérieuse aide vient leur apporter de l'eau et des provisions afin qu'ils ne dépérissent pas. Lorsqu'ils constatent pour la première fois cette aide, ils ne sont pas encore dans le renoncement et redoublent d'énergie pour être secourus, signaler leur présence.

Mais ils doivent vite se faire à l'idée que personne ne semble devoir les entendre ni pouvoir venir les aider. L'idée d'une aide extérieure inconnue plonge le film aux frontière du fantastique.

Zeb Haradon filme en plan fixe et continus, soulignant le sentiment d'enfermement de ses personnages. La caméra n'offre jamais de vue sur le hors champs, signifiant par là  même que celui-ci est absent, presque abstrait.

L'ascenseurs'affirme alors comme un pur espace cinématographique, où les choses ne prennent réalité qu'au sein de cet espace, un espace quasi fantasmatique, où chacun projettera ses angoisses, comme ses plus troubles obsessions.

Jim se faisant de plus en plus pressant, ayant recours à quelques plaisirs solitaires à peine disimulés, Lana va départager l'ascenseur en deux zones afin de délimiter son espace, et se protéger.

Zeb Haradon se montre assez juste dans sa peinture des relations sociales, ici réduite à un microcosme à travers lequel l'auteur vise l'Amérique toute entière et son puritanisme dévastateur propre à cultiver la frustration sexuelle, et la lente dégradation de celles-ci.

En quelques plans, quelques postures et détails, tout semble dit : Jim ressemble jusque dans sa tenue à un adolescent mal dégrossi, dont l'éveil à la sexualité s'est fait grâce un recours compulsif à la pornographie, tandis que Lana est une jeune femme affirmant sa féminité au travers de sa tenue vestimentaire.

metal

L'élément fantastique, longtemps à l'état de simple ébauche, par la présence de l'aide extérieure inconnue, abstraite, véritable main de dieu ( ? ), va se faire plus visible avec l'apparition d'un autre élément.

Alors que nos protagonistes semblent avoir abandonner tout espoir et ne consacrer leurs efforts qu'à la ( sur)vie dans l'ascenseur, Jim devenant de plus en plus un prédateur pour Lana, cette dernière va finir par céder aux avances de Jim.

Les deux protagonistes étant persuadés de mourir dans l'ascenseur, le sexe leur semble alors la dernière échappatoire volontaire possible.

La scène de préliminaire donne alors lieu à une vision aux frontières du surréalisme : Jim enlève une succession de culottes à Lana, dans un mouvement de plus en plus rapide, montrant à la fois son excitation et sa crainte de ne pas voir l'acte se réaliser.

C'est alors que le deuxième élément fantastique apparait : le sexe de Lana n'est plus qu'un amas métallique, un assemblage compliqué, qui n'a plus rien d'organique.

Dès lors l'étrange maladie n'aura de cesse de progresser.

Que celle-ci commence par le sexe de Lana n'est évidemment pas un hasard : elle représente la censure, et ce à plusieurs plans. Tout d'abord celle de Lana vis à vis de Jim, qui ne fini par céder que suite aux évènements qui lui font craindre sa vie, mais aussi la censure sociale.

La maladie agit donc comme une métaphore de la frustration et de ses conséquences.

On repense alors à J.G.Ballard auteur de Crash !  définissant son ouvrage comme le premier roman pornographique fondé sur la technologie.

Ici, cette même technologie serait, métaphoriquement, la conséquence d'une frustration sexuelle.

La pornographie se définissant par le caractère mécanique des rapports sexuels, il semblerait que Zeb Haradon ai pris cette définition au pied de la lettre, introduisant ( sans jeu de mots...) la mécanique dans le sexe même, et non plus dans la façon de concevoir l'acte.

elevator movie semble donc appartenir à la mouvance cyber-punk, l'idée du sexe mécanique répondant à la célèbre scène de Tetsuo, où au cours de sa transformation, le héros va perforer sa partenaire de son sexe devenu monstrueuse foreuse.

Ici, la transformation du sexe de Lana a une dimension psychanalytique évidente, éminemment castratrice, puisqu'elle laisse Jim à ses fantasmes, tout en le renfermant et le frustrant de son désir et de l'objet de celui-ci.

La transformation de Lana va évoluer au point que seul un amas de tuyaux métalliques, encore doué de la parole, subsistera.

Parachevant les fantasmes morbides de Jim, qui se croit enfin seul avec celle qu'il désire, il va se livrer à de coupables accouplements, perturbés par l'ouverture des portes de l'ascenceur, laissant voir l'horrible coït à une femme qui ne peut retenir un cri d'effroi devant une telle folie.

Car, au final,  elevator movie partant de la frustration sexuelle d'individus lambda, dépeint le lent glissement vers la folie, l'ascenseur jouant le rôle de révélateur, n'étant que la projection mentale des Fantasmes dérangés de Jim.

elevator movie  est un film qui ne souffre aucunement de son budget réduit, et puise sa force dans son minimalisme, instaurant et soulignant une atmosphère des plus particulières.

D'emblée  Zeb Haradon s'affirme comme un auteur à suivre, même s'il lui faut confirmer ce premier essai, certes insolite, mais réussi.