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99 francs de Jan Kounen

Pays : France

Année : 2007

Durée : 1 h 40

Acteurs : Jean Dujardin, Frédéric Beigbeder, Vahina Giocante, Jocelyn Quivrin, Patrick Mille, Elisa Tovati, François Levantal

synopsis :

Octave exerce la profession de rédacteur publicitaire. Il travaille pour la  Ross & Witchcraft, surnommée "La Ross". Il est couvert d'argent, de filles et de cocaïne. Pourtant, il doute. Deux événements vont bouleverser le cours de la vie d'Octave. Son histoire d'amour avec Sophie, la plus belle employée de l'agence, et une réunion chez Madone pour vendre un film de pub à ce géant du produit laitier. Le doué Octave déjante alors et décide de se rebeller contre le système qui l'a créé, en sabotant sa plus grande campagne.

 

"Je suis le type… qui vous fait rêver de ces choses que vous n'aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait… Quand, à force d'économies, vous réussissez à vous payer la bagnole de vos rêves… je l'aurai déjà démodée.… Je m'arrange toujours pour que vous soyez frustré… Je vous drogue à la nouveauté… il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente… Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas…"

Le film s'ouvre sur ces paroles, prononcées en voix off par Octave ( Jean Dujardin, grimé en sosie caricatural de Beigbeider) Parango sur le point de se suicider, et faisant le bilan de sa vie.

On pourrait même le résumer à cela, tant l'imagerie propre à Jan Kounen s'acharne à vider l'histoire de son propos ( je n'ose dire de son fond...). Nul n'ignore l'histoire de 99 francs, best seller de Beigbeider censé vilipender le milieu de la publicité que son auguste auteur connait si bien, les médias (auprès desquels il travaillait) le propulsant déjà au rang d'enfant terrible de la littérature, présenté comme l'ultime provocateur.

Si provocation il y a, elle est d'abord à l'encontre de l'honnêteté : qui a entendu parlé de ce procès pour plagiat ( par articles interposés ) intenté par Marc Gendron, québécois, auteur deux ans avant 99 Francs de Titre à suivre qui traite du même sujet que l'ouvrage de Beigbeider ?

Pire, ce dernier à été défendu par un magazine littéraire, lire, pour ne pas le citer, dont  Beigbeider

fut l'un des fidèles collaborateurs...

Après avoir éprouver le « sérieux » du best seller dont Kounen tente l'adaptation, attachons nous au film.

Celui-ci semble devoir additionner tous les tics les plus détestables de Kounen, rendant l'objet, un prétendu brulot sur la publicité, platement publicitaire, ce qui n'est pas le moindre des combles.

En effet, à force d'abuser d'une image à l'esthétique surtravaillée et lissée, on se rapproche dangereusement de ce que le film est censé dénoncer. L'illusion publicitaire est encore accrût par l'usage d'une caméra mobile jusqu à l'hystérie, car oubliant le sens du mouvement qu'elle reproduit.

Et c'est bien là que réside le grand défaut de Kounen: s'en tenir à l'illustratif sans réfléchir à se que véhicule ses images, les rendant aussi creuses que les images d'un mauvais clip ou d'une publicité.

Et que dire du traitement de l'histoire ?? Le supposé brûlot deviens le lieu d'une rébellion puérile et stérile, caricaturale ( à l'image de Jean Dujardin singeant Beigbeider, non pas que l'acteur soit en cause, mais que ce parti pris « esthétique » n'apporte en soi absolument rien à part rattacher lourdement le film au livre dont il est l'adaptation).

Kounen, déjà peu habitué à la finesse semble ici devoir ici miser sur la surenchère, donnant allègrement dans le « too much » indigeste et bien peu propice à faire de son film une oeuvre contestataire dérangeante, ce qui là aussi montre toutes limites du système Beigbeider.

En effet, comment peut il avoir participé d'aussi près à un film, poussant le vice jusqu'à y faire quelques apparitions ( histoire de bien affirmer la filiation) quand celui-ci discrédite autant la prétendue contestation de son livre ? Faut il y voir l'aveu d'un coup médiatique facilitée par son appartenance à ce milieu ?

Dans l'espoir de s'attacher un peu plus les faveurs du public ( ?), Kounen multiplie les références cinématographiques : de Tarantino à Gilliam ( période las vegas parano, pour les scènes d'usage de drogues), passant de the truman show à des scènes animées, le métrage s'avère au final profondément décousu, ne retenant de sa trame principale qu'un fil ténu prétexte à toutes les exubérances de Kounen.

Au final, le fight club à la française ( autre référence à peine voilée) n'est qu'un immense ratage : Kounen n'est pas Fincher et Beigbeider est bien loin d'être Chuck Palahniuk , auquel il fut pourtant comparé.