tokyoRéalisé par Michel Gondry, Léos Carax et Bon Joon-Ho
Année : 2008
Origine : France, Japon, Allemagne, Corée du Sud
Durée du film : 105 minutes

FICHE IMDB

Résumé : Trois cinéastes offrent chacun une vision originale de Tokyo.

Tokyo ! est un film à sketchs réalisé par trois cinéastes très différents : Michel Gondry, Léos Carax et Bong Joon-Ho. Chacun d'entre eux a livré à cette occasion sur un format court une vision particulièrement originale de Tokyo !

Si les sketchs sont en soi très différents, ils montrent tous le fait que la ville nous enferme dans un système où il devient de plus en plus difficile de communiquer. La ville nous fait soi disparaître d'un point de vue individuel (sketch de Michel Gondry), soit elle nous offre de telles  possibilités grâce aux nouvelles technologies que l'on est même plus obligé de communiquer avec l'extérieur (sketch de Bong Joon-Ho). Dans ce cas, on peut de manière radicale être amené à se révolter (sketch de Léos Carax).

Le premier sketch de Tokyo ! est celui de Michel Gondry. Il montre un couple de jeunes qui n'arrive pas à trouver un appartement à un prix raisonnable dans Tokyo pour se loger (la cherté de l'immobilier qui sévit qui sévit depuis plusieurs années est évoquée sans détours, sachant que Tokyo est sur ce point l'une des villes les plus chères de la planète). Ce couple réside ainsi provisoirement chez une amie. Le sketch évoque l'exiguité de certains dans Tokyo. Comment vivre en effet de manière décente à quatre dans un petit appartement ? Ce sketch, bien ancré dans la réalité, vire progressivement dans le fantastique avec la jeune femme du couple, qui se sent quelque peu isolée (on lui reproche notamment son manque d'ambition) et qui finit par se transformer en chaise. Cette jeune femme trouve donc désormais une place dans la société et même une certaine utilité. De façon très poétique, comme il sait le faire très bien dans son chef d'oeuvre Eternal sunshine of the spotless mind, Michel Gondry évoque pleinement une ville gigantesque qui finit par happer ses habitants, leur faisant perdre  leur individualité face au grand nombre personnes qui résident dans cet endroit. Le problème est également récurrent dans plusieurs grandes villes telles que Paris, New York, Londres, etc.

Le second sketch de Tokyo ! marque le retour de Léos Carax. Neuf ans après l'échec (commercial) de son film Pola X (qui est il faut le reconnaître un film d'auteur bien dérangeant), Léos Carax revient de façon rageuse avec un sketch complètement anarchiste. L'excellent acteur Denis Lavant, pour le coup méconnaissable, interprète un personnage issu de nulle part qui sort des égoûts et agresse la population, allant jusqu'à balancer des bombes. Denis Lavant est vraiment impressionnant dans son rôle de Monsieur Merde, qui semble insaisissable et qui déteste ouvertement la population nippone (bien que le propos puisse être valable pour tous les pays, et notamment pour les Etats-Unis). Sketch à l'humour bien corrosif, les aventures de monsieur Merde amènent le spectateur à se poser des questions sur la société contemporaine. Sans aucun doute, le sketch de Léos Carax est le plus intéressant et  celui qui amène le plus à réfléchir.

Le troisième et dernier sketch de Tokyo ! est l'oeuvre de Bong Joon-Ho, auteur notamment  de l'excellent film The host. Dans un Tokyo qui paraît vidé de ses habitants, lesquels restent chez  eux, le cinéaste traite du problème de l'incommunicabilité. Il prend pour cela un exemple extrême avec ce personnage qui vit seul depuis 10 ans à Tokyo dans son appartement, en totale autarcie. Cet exemple très particulier n'est pourtant pas si loin de la réalité avec des gens qui désormais s'ouvrent de moins en moins sur l'extérieur avec les possibilités qu'offre notamment Internet. Le tableau décrit par Bong Joon-Ho n'est pas totalement noir car l'amour peut changer la donne et faire que notre personnage s'ouvre sur l'extérieur. Particulièrement atypique et dérangeant sur la vision de notre monde, le sketch de Bong Joon-Ho souffre d'une certaine lenteur, dû à son scénario. Le cinéaste sud-coréen met un peu trop de temps à exposer son propos.

De manière plus générale, les trois sketchs de Tokyo ! sont très bien mis en scène et se révélent particulièrement originaux. Oui mais voilà, ils souffrent de facto du même problème : la démonstration est trop surréaliste et décalée et fait que le spectateur ne se sent pas totalement impliqué. C'est dommage car cette vision des choses est non dénuée d'un certain intérêt et l'humour est omniprésent.

Il convient de noter pour terminer que Tokyo !, en compétition au festival international du film fantastique à Neuchâtel, y a obtenu une mention spéciale du jury.