Déjantés du ciné

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25 février 2009

Lady vengeance de Park Chan-wook

Lady_vengeance Réalisé par Park Chan-wook
Titre international : Sympathy for Lady vengeance
Année : 2005
Origine : Corée du Sud
Durée : 112 minutes
Avec : Lee Yeong-ae, Choi Min-sik, Go Su-hee, Kim Bu-seon, Kim Shi-hoo, Kwon Yea-young, Lee Dae-yeon, Lee Seung-shin,..


Fiche IMDB

Résumé : Geum-ja, une belle jeune fille, devient un personnage public lorsqu'elle est accusée de l'enlèvement et du meurtre d'un garçon de 5 ans. Ce crime atroce obsède les médias. Geum-ja passe aux aveux et est condamnée à une longue peine de prison. Elle va consacrer ses 13 ans d'enfermement à la préparation méticuleuse de sa vengeance contre son ancien professeur Mr. Baek...


Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d’avoir vu le film avant d’en entreprendre la lecture.

Lady vengeance, réalisé en 2005, est le dernier volet de la trilogie que le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook a consacré à la thématique de la vengeance, après les très réussis Sympathy for Mr Vengeance (2002) et Old boy (2003). C’est aussi le film le plus éprouvant et le plus le plus extrêmede cette intéressante trilogie.

Le film suit la parcours d’une belle jeune femme, Geum-ja, interprétée par la surprenante Lee Yeong-ae (déjà vue dans le très beau JSA que le même Park Chan-wook a réalisé en 2000), de sa sortie de prison, où elle a purgé injustement une peine de 13 ans pour un meurtre d’enfant qu’elle n’a pas commis, à la mise en scène de sa vengeance, mûrement préméditée.

Mais Lady vengeance s’intéresse avant tout à la faute et l’expiation, deux actions infernalement entremêlées et dont les conséquences sont hélas sans fin. Très proche d’une tragédie grecque, comme les deux précédents opus, mais beaucoup plus intériorisé que ceux-ci, Lady vengeance commence de manière plutôt calme : néanmoins, la violence sourde qui habite Geum-ja et la dévore de l’intérieur, qui se fait sentir au début par petites touches, s’affiche de plus en plus clairement, jusqu’à éclater dans une scène particulièrement atroce.

La structure du film, très complexe, superpose le présent et le passé de l’héroïne (ou plutôt l’anti-héroïne), c’est-à-dire le kidnapping de l’enfant, son meurtre odieux et l’incarcération de Geum-ja, vibrant hommage aux films Women in prison, notamment à la série de films La femme-scorpion (la célèbre Sasori immortalisée par Meiko Kaji) dont les meilleurs volets ont été signés par Shunya Ito, monument de cinéma pop.

Cette structure heurtée est à l’image de la personnalité fortement schizophréne et fragmentée de Geum-ja, qui se maquille d’ailleurs les yeux en rouge pour mener à bien cette vengeance, ce qui contraste avec la pureté virginale de ses traits, et la représente comme un ange déchu. Devenue froide et inhumaine, Geum-ja cherche la rédemption dans sa vengeance, mais elle se rendra compte, trop tard, que la rédemption dans cette voie ne peut être qu’illusoire. Et que l’expiation d’une faute est sans fin… Que la lumière ne revient pas de cette façon…

Toutes les scènes se déroulant au sein de la prison sont empreintes d’un humour à froid typique du cinéaste et parfois d’une très grande cruauté, Park Chan-wook prenant bien soin d’identifier toutes les détenues et leurs crimes (le nom de chacune des incarcérées s’affiche en toute lettre sur l’écran), afin de montrer que ces femmes sont des êtres de chair et de sang.

Durant cette période, notre héroïne se montre petit à petit d’une froideur et d’une cruauté sans équivalent, extrêmement calculatrice, malgré l’image respectable et angélique (comme son physique) qu’elle essaie de donner à son entourage et son soi-disant chemin vers la pénitence (notamment exprimée par la scène où la tête de Geum-ja, dans sa case, est entourée d’une lumière artificielle l’apparentant à un ange qui aurait trouvé la lumière), pénitence qu’elle ne cessera de bafouer.

L’entrée en scène de sa fille, adoptée à son incarcération par des parents australiens et ne parlant qu’anglais, fait contrepoids à l’âme complètement asséchée et la violence intérieure de Geum-ja et permet à celle-ci de faire état d’un peu d’humanité, hélas pas suffisamment pour la faire renoncer à cette vengeance insensée qui est devenue sa seule raison de vivre et peut-être le seul moyen de sa rédemption (du moins le croit-elle…) pour expier ses fautes. Comme le dit elle-même Geum-ja à sa fille : « A petit péché, petite expiation et à grand péché, grande expiation ».

A ce titre, une scène est particulièrement remarquable entre Geum-ja et sa fille : elle a lieu lorsque Geum-ja, qui a à sa merci le véritable coupable du crime, le professeur Baek (interprété par un très convaincant Choi Min-sik, le héros de Old boy et du superbe Ivre de femmes et de peinture de Im Kwon-taek), pour lequel elle a été condamnée, lit à haute voix un lettre écrite en anglais par sa fille. Cette scène, en split-screen, met au même niveau le sentiment de vengeance que Geum-ja éprouve envers Mr Baek et le sentiment de vengeance qui anime la petite fille envers sa mère, démontrant que le sentiment de vengeance à tous les niveaux est un fardeau inutile qui ne sert qu’à empoisonner et détruire des vies humaines et qui est hélas un cercle vicieux et sans fin, encore une fois comme dans la tragédie grecque.

Malgré ce sursaut d’humanité, la vengeance de Geum-ja est inéluctable et va déboucher sur une scène impressionnante, l’une des plus longues et des plus atroces que le cinéma nous ait donnée, d’une violence physique et psychologique absolument inouïe. Une scène qui donne le vertige, voire la nausée au spectateur et qui prouve, par l’absurde, l’inutilité de la vengeance et le cercle vicieux et infini qui en découle : c’est la scène où Geum-ja, qui a renoncé à tuer de ses mains Monsieur Baek, coupable de multiples meurtres d’enfants, réunit tous les parents des victimes et les pousse à participer activement au meurtre du véritable coupable, Monsieur Baek donc.

Park atteint ici un point de non-retour qui révulse littéralement le spectateur puisqu’il l’oblige à suivre ce meurtre atroce et pensé, construit et prémédité de bout en bout par Geum-ja. C’est d’ailleurs une séquence qui peut paraître très embarrassante par son ambiguité, mais qui possède un impact certain.

Cela dit, que le spectateur ne se trompe pas (surtout s’il se remémore les deux précédents films du cinéaste) : l’excès, la démesure et la monstruosité de cette mise à mort, pensée et mise en scène par Geum-ja, prouve clairement par l’absurde le grotesque de la situation et par là-même l’inutilité de tout sentiment de vengeance. D’une barbarie impressionnante, cette scène culmine dans le fait que Geum-ja oblige Monsieur Baek à écouter, sans droit de réponse, sa sentence de mort. Un par un, les parents vont le blesser à l’arme blanche, pour que chaque crime qu’il a commis soit expié et jusqu’à ce que mort s’ensuive. D’ailleurs, lorsque ceux-ci versent dans un seau tout le sang répandu dans cette mascarade sur le plastique protégeant le sol, ce sang n’en finit pas de couler, car c’est non seulement le sang de Monsieur Baek, mais aussi le sang des parents devenus bourreaux.

En outre, la scène suivante, dans laquelle Geum-ja (enfin démaquillée, mais loin d’être purifiée) se trouve en présence du fantôme du petit garçon qu’elle n’a pas tué mais pour le meurtre duquel elle a été condamnée, celui-ci lui cloue littéralement le bec, la laissant réfléchir à la monstruosité de son acte. Celui-ci était-il nécessaire ? La question reste donc en suspens…

En tout cas, ce partage de la vengeance est particulièrement odieux, d’autant plus que Geum-ja, comme l’exprime la voix off appartenant à sa fille, a utilisé les parents des victimes comme des instruments, à ses propres fins, et les a même payés pour cela. Le scène suivante du partage du gâteau servant à célébrer l’exécution de Monsieur Baek fait évidemment écho à ce partage de la vengeance.

Mais le sentiment d’expiation a perdu toute saveur, toute signification, les parents et Geum-ja restant complètement repliés sur eux-mêmes, inertes. La rédemption tant recherchée est en effet loin d’être au rendez-vous… Non, la libération de l’âme n’a pas eu lieu. Non, la rédemption n’a pas été atteinte par ce crime abject. Et non, Geum-ja n’a pas expié. Elle n’aura jamais fini d’expier et devra porter à tout jamais ce crime comme un fardeau. Comme elle le dit d’ailleurs elle-même dès la première rencontre avec sa fille, leur séparation sera sa croix.

Pourtant, un léger espoir, malgré tous les évènements, survit. En effet, la rancune de sa fille à l’égard de Geum-ja semble s’être amenuisée. La scène finale, qui se déroule sous la neige purificatrice, où Geum-ja et sa fille sont réunies, sans doute une dernière fois avant le départ de celle-ci pour l’Australie, laisse un sentiment incertain, mais peut-être un début de paix… Cette paix que le crime monstrueux de Monsieur Baek n’aura pas permis d’atteindre, l’amour de sa fille pourra peut-être la lui donner…Et le spectateur interprètera ces adieux selon sa sensibilité…

Au final, Lady vengeance conclut en beauté la trilogie de Park Chan-wook. C’est le plus radical et le plus heurté des trois films, le moins aimable aussi car le plus ambigu, patchwork de scènes étranges, surréalistes, intimistes, violentes et choquantes, mais qui démontre le savoir-faire étonnant d’un cinéaste qui n’aime rien de mieux que cultiver l’ambiguité et qui finit de nous prouver l’extrême complexité du sentiment de vengeance. La dualité entre bien et mal, ange et démon, péché et expiation, amour et haine a rarement été aussi malmenée, le personnage de Geum-ja étant une parfaite incarnation de tous ces sentiments ambivalents, ange lumineux et noir, souvent contradictoire, complètement schizophrène, comme le film, mais surtout ange déchu qui cherche par tout moyen une rédemption qui ne peut être qu’illusoire.

Lady vengeance demeure un choc émotionnel unique, une expérience limite et douloureuse sur le fil du rasoir qui n’en finit pas d’interroger le spectateur sur les contradictions du monde. C’est un fascinant cinéma de l’excès, qui confirme que Park Chan-wook est un des cinéastes contemporains les plus excitants, mais non exempt d’une certaine ambiguité morale.

Le cinéaste sud-coréen a depuis changé de voie et a offert en 2007 un très intéressant Je suis un cyborg, film étrange, inégal mais attachant. Il est actuellement en train de tourner un film de vampires, Thirst, que j’attends donc avec une certaine impatience…

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18 février 2009

Chomsky et compagnie

chomsky


Un film de Olivier Azam et Daniel Mermet.

Pays: France

Genre: Documentaire

Durée: 100 min

Sortie en salles 26 novembre 2008

FICHE IMDB

Synopsis : A l'heure où impuissance et résignation l'emporte, le travail de Noam Chomsky est un antidote radical pour tous ceux qui veulent en finir avec la fabrique de l'impuissance et ses chiens de garde intello-médiatiques. Inlassable, inclassable, implacable, "l'intellectuel le plus populaire et le plus cité au monde" poursuit la mise à nu des mécanismes de domination avec une étonnante vitalité. Mais pas d'hagiographie, pas de prêt à penser. Souvent l'intellectuel est celui qui veut nous faire penser comme lui. Au contraire, Chomsky nous incite a développer par nous même en pensée critique contre les différentes formes de pouvoir et les idéologies qui les justifient.

 

Chomsky, linguiste de renommée internationale après avoir révolutionné cette science avec sa théorie sur la grammaire générative et transformationnelle, est actuellement professeur émérite de linguistique au Massachusset institute of  Technology.
Bien qu'âgé de 81 ans, Noam Chomsky est également célèbre pour son engagement politique : il est un sympathisant de la mouvance anarcho-syndicaliste et fait partie de l'Industrial Workers of the World (IWW). Ses critiques portent notamment sur la politique étrangère de certains pays, surtout celle des États-Unis d'Amérique, et le fonctionnement des médias.
Selon Eugene Garfield, Chomsky fait partie des dix auteurs les plus cités dans le monde au XXe siècle entre 1976 et 1983. Plusieurs documentaires lui ont été consacrés : Chomsky, les médias et les illusions nécessaires en 1992, Noam Chomsky : pouvoir et terreur. Entretiens après le 11 septembre de John Junkerman en 2003.
En préambule du film, on retrouve un remerciement aux S.M.G. , les souscripteurs modestes et géniaux : en effet le film a été réalisé dans la plus grande indépendance, financé par des souscriptions.En mai 2007, la série d'entretiens avec Noam Chomsky a été un succès pour l'émission de radio « Là bas si j'y suis » de France Inter. De Paris à boston, de Montréal à Toronto, Olivier Azam et Daniel Mermet en ont fait un film.
Le film, s'il dresse un portrait de Chomsky et son oeuvre, permet également de resituer le personnage et son engagement dans l'histoire, un engagement qui a commencé contre la guerre du Viet Nam et n'a jamais faibli depuis.
C'est, fort de son expérience de linguiste, que  Noam Chomsky s'attache à décrypter les discours politiques et leur terrible logique visant à ôter à tout citoyen la possibilité de s'exprimer comme il le souhaiterait réellement. Les mécanismes, selon lui, sont multiples : tout commence par le traitement arbitraire de l'information.
En effet, exemples historiques à l'appuie,  Noam Chomsky montre que certains faits sont passés sous silence quand d'autres sont surexposés : l'un des exemples les plus criants est celui du massacre du Timor. En effet, alors que toutes les caméras du monde occidental étaient tournées vers le cambodge et alors  même que l'on déplorait le massacre perpétré par les Khmers rouges, alors désignés seuls responsables, personne ne cherchant à savoir comment on en était arrivé là : que les Khmers aient pris le pouvoir en réaction aux bombardements intensifs américains liés à l'élargissement de la guerre du Viet Nam est donc passé mystérieusement sous silence, tout comme la guerre du Timor, intimement liée à la déclaration d'indépendance de ce dernier ainsi qu 'à la richesse de ses ressources naturelles.
Plus inquiétant, Chomsky  nous montre que cette distortion de l'information n'est pas isolée : Oscar Romero, était archevêque de San Salvador (en Amérique centrale) lorsqu’on l’assassina en 1980 pendant qu’il célébrait la Messe , pour avoir osé dénoncé la dictature en place. Le 19 octobre 1984, le père Popieluszko était enlevé par trois officiers de la SB près de Wloclawek, à 120 km au nord de Varsovie pour être exécuté. Son assassinat provoqua un tollé général, alors que celui d' Oscar Romero passa inaperçu. D'après une étude de  Noam Chomsky ce dernier s'aperçu que l'évènement connu une couverture cent fois plus importante pour  le père Popieluszko. Pourquoi un tel écart ? Parce que la Pologne faisait partie du bloc soviétique ? Ou parce que la dictature d'Amérique centrale ne s'était imposée qu'avec le soutien logistique des Etats Unis ?
On serait tenter de stigmatiser le rôle des médias en voyant de tels exemples, mais loin de toute théorie du complot,  Noam Chomsky explique tout simplement que la raison est d'ordre économique : les médias appartiennent à de grands groupes ayant les mêmes intérêts que les gouvernements. Il n' y a donc pas lieu de voir pratiquer une censure telle qu'on a pu en observer dans les dictatures : dans nos démocratie le mécanisme est plus insidieux, puisque toute information peut être dite, seule varie l'exposition qu'on lui accordera, noyée dans la masse des informations et sous exposée, une information passera tout aussi inaperçu.

Un autre mécanisme évoqué par Noam Chomsky pour expliquer les manipulation issues du discours politique est la « fabrique du consentement » : ce concept inventé par Edward Bernays, intégrant des notions de psychanalyse et de sociologie, vise à réduire le discours politique à une propagande substituant des attentes et des besoins ( naissance de la société de consommation et du marketing) aux attentes réelles des citoyens, le libre arbitre de ces derniers étant jugé dangereux par les politiciens. L'apel aux urnes, s'il subsiste n'est là que pour obéir aux obligations démocratiques, une démocratie recherchant toujours l'appuie de ses concitoyens, quitte à l'obtenir de manière discutable : pour entrer en guerre contre le Viet Nam, les Etats Unis évoquèrent l'attaque de l'un de leurs vaisseaux. L'histoire démontra par la suite qu'il ne s'agissait que d'un prétexte, ledit vaisseaux n'ayant pas été victime d'agression. Nul n'ignore ce qui, plus près de nous, a servi de prétexte pour attaquer l'Irak. Tout cela, selon  Noam Chomsky relève de la fabrique du consentement : donner des informations orientées quand il le faut pour agiter les peurs et créer des élans de patriotisme afin de justifier une politique qui dans le fond échappe à toute éthique, quand elle n'échappe pas tout simplement aux citoyens qui les vivent.
Ceci permet même au célèbre linguiste de conclure de manière radicale, mais sans doute juste : la démocratie et le capitalisme sont incompatibles. Le capitalisme vise en effet à la concentration des richesses, certes, mais exige aussi la concentration des forces et des pouvoirs, contrairement à ce qu'exige une démocratie.

Au delà de  Noam Chomsky , l'un des mérites du film est de montrer d'autres intellectuels « héritiers » de cette démarche contestataire : Jean Bricmont, physicien essayiste belge, ayant popularisé et soutenu l'oeuvre de  Chomsky, et Normand Baillargeon , auteur du petit traité d'auto défense intellectuel, visant à dévellopper l'esprit critique s'inscrivent bien dans le sillon chomskyen.
En effet,  Noam Chomsky, malgré sa renommée et son appartenance indiscutable au cercle des intellectuels, ne cherche jamais à se poser en donneur de leçons, ni à nous inciter à penser comme lui : il nous invite plutôt a exercer notre esprit critique et notre curiosité afin de nous faire notre propre avis, notre propre opinion. La notion d'opinion est bien au coeur du problème, ce que  la politique, via les techniques de management et de marketing développées aux Etats Unis dès les années 20 ,  a bien compris, multipliant les moyens de contrôler celle-ci : la lutte contre le terrorisme internationale est venue remplacer à temps la logique de la guerre froide, devenue caduque, pour perenniser une politique extérieure agressive et une politique intérieure liberticide.

Le film, qui aurait pu être rebutant de technicité de par la comlexité de son sujet brille au contraire par sa remarquable clarté, due à la simplicité des intervenants, chomsky en tête n'hésitant pas à vulgariser leur discours et à le nourrir d'exemples parlant à tous.
Le film d' Olivier Azam et Daniel Mermet montre que l'on peut très bien être un intellectuel sans être le chien de garde du pouvoir en place, le tout avec une simplicité, un humaniste et un humour désarmant.

 

Posté par peepingtom21 à 12:56 - Documentaire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2009

Seven swords de Tsui Hark

Seven_swords Réalisé par Tsui Hark
Titre international : Seven swords
Année : 2005
Origine : Hong Kong
Durée : 153 minutes
Avec : Donnie Yen, Leon Lai, Charlie Young, Liu Chia-liang, Kim So-yeon, Dai Liwu, Duncan Lai, Lu Yi, Ma Jingwu, Sun Honglei, Jason Pai Piao,...


Fiche IMDB

Résumé : A l'aube des années 1660, la Mandchourie annexe la Chine pour y installer la dynastie Ching. A la suite des multiples insurrections contre le gouvernement, ce dernier interdit l'étude et l'exercice des arts martiaux afin de maintenir l'ordre et la discipline dans le pays. Fire-wind, chef militaire de la dynastie antérieure, se dit qu'en aidant le gouvernement à faire appliquer la nouvelle loi il parviendra à s'enrichir rapidement. Il a projeté de s'attaquer à la dernière ville frontière, petite bourgade du nom de Martial Village, dont les habitants sont réputés rebelles et courageux. Fu Qingzhu tente de mettre un terme à cette boucherie et décide de sauver Martial Village. Il convainc deux habitants de l'accompagner jusqu'au Mont Heaven pour solliciter l'appui de Maître Shadow-Glow. Ce dernier leur vient en aide et ordonne à quatre de ses meilleurs disciples de partir.


Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d'avoir vu le film avant d'en entreprendre la lecture.

Réalisé par Tsui Hark en 2005 après son impressionnant Time and tide, son passionnant La légende de Zu et son délirant Black Mask 2 (un peu Z mais vraiment fun), Seven swords marque le retour du grand cinéaste hongkongais au wu xia pian, genre qu’il avait délaissé en 1995 après son formidable The blade (même si La légende de Zu peut se rapprocher du wu xia pian, c’est de manière détournée), mais le film est ici clairement crépusculaire.

En premier lieu, il faut reconnaître que quelques défauts mineurs émaillent le film. La bande-son composée par Kenji Kawai ne paraît pas très adaptée au métrage (d’autant que le compositeur japonais a écrit de magnifiques partitions pour Mamoru Oshii, notamment celle de Ghost in the shell et de sa suite, Innocence – Ghost in the shell 2). Il est également regrettable que Seven swords ait vu sa durée raccourcir, car des pans entiers de l’histoire semblent échapper au spectateur, notamment les scènes qui concernent l’origine des épées, pourtant superbes, ou encore celles qui s’intéressent au passé des personnages. Il serait d’ailleurs passionnant de découvrir la version de 4 heures que Tsui avait montée au départ, qui était sans doute plus équilibrée, même si cette version longue relèbve aujourd’hui du domaine du rêve, Tsui ayant confirmé qu’elle avait été définitivement détruite.

Malgré ces petites réserves qui heureusement n’empêchent pas de suivre la trame principale, le spectacle est de toute beauté. Si le scénario, sans surprise, n’est qu’un démarquage du célèbre Les sept samouraïs d’Akira Kurosawa (l’un des maîtres cinématographiques de Tsui), la mise en scène de Tsui Hark, d’une virtuosité époustouflante, pare le film d’une force épique peu commune.

Dans Seven swords, elle est un peu moins chaotique que d’habitude, même si certaines séquences semblent un brin décousues (cela reste tout de même la marque de fabrique du cinéaste, qui pense le monde en chaos), s’attardant un peu plus sur les protagonistes et leurs motivations. L’utilisation du format cinémascope magnifie les splendides paysages de la Chine, immenses et dans lesquels les personnages semblent se perdre.

Une phrase prononcée par le personnage interprété par Leon Lai à un enfant éclaire tout à fait le spectateur sur le propos du cinéaste (propos qui se retrouve d’ailleurs dans la plupart de ses films) : le monde est laid, mais la beauté existe et le but de la vie est justement d’avoir la force de trouver cette beauté. Toute la mise en scène de Tsui repose sur ce précepte : le chaos du monde peut, si l’homme en a la volonté, peut déboucher sur la beauté.

Et c’est le miracle qu’accomplit, comme quasiment tous les films précédents du cinéaste, Seven swords, parsemé de séquences barbares, chaotiques, émouvantes ou tragiques, où la fulgurance de certains moments (la Beauté à l’état pur, parfois), au sein-même de certaines scènes décousues, vient contrebalancer le chaos d’un monde qui court à sa perte, corrompu par le pouvoir et l’argent. Tout individu, perdu dans l’immensité des paysages, prisonnier d’un monde qui le dépasse, va être confronté à un choix qui révélera sa véritable nature et sa place au sein de cet univers : courage, honneur, lâcheté ou traîtrise. Seuls les sept épéistes, parés d’une aura surhumaine pour certains, semblent plus grands que ce monde.

La narration du film, qui a souvent recours aux flashbacks, aussi bien pour révéler quelques bribes du passé des sept héros ou encore pour expliquer certaines sous-intrigues qui ont une importance dans les actions et les choix de certains personnages (comme l’histoire passionnante de la jeune esclave coréenne), maintient constamment l’attention du spectateur et donne un relief inattendu au film. Notamment, à la fin du film, l’une des plus grandes audaces de Tsui Hark est de laisser en suspens une action déterminante pour se consacrer au duel final et de reprendre en flashback cette action après le combat titanesque que se livrent le personnage interprété par le grand Donnie Yen et Ravage.

Cette construction rappelle un peu Time and tide qui, à la fin du film, multiplie les combats finaux, au point que le spectateur ne sait plus quelle est vraiment la scène d’action finale. Par ce procédé, Tsui démontre que, justement, toutes les séquences se valent et ont toutes leur importance propre. Et dans Seven swords, le superbe duel final, d’une rare virtuosité (le combat entre les murs du couloir) n’occulte absolument pas le fait que Fang, la jeune villageoise qui est l’institutrice des enfants et également la fille du chef du village, assassiné par le traître, a été sauvée d’une mort certaine par ses propres élèves et qu’elle a tué de sa propre main le traître. Par ailleurs, cette scène, à l’instar de celle dans A toute épreuve de John Woo, dans laquelle le héros interprété par Chow Yun-fat sauve les bébés lors du carnage final, ne dit que cela : sauvons les enfants avant qu’il ne soit trop tard.

Seven swords est d’ailleurs tellement foisonnant qu’il mérite plusieurs visions. Même si le film a été coupé, il conserve toute sa force épique. Certaines critiques estiment que Tsui a aseptisé un peu son style pour plaire à un plus large public : c’est sans doute vrai, car effectivement, il y a très peu d’effusions de sang, ce qui n’occulte nullement la barbarie de certaines scènes (notamment la scène d’introduction du film, qui montre le massacre d’un village par l’armée de Ravage, d’une très grande violence ; l’arrivée des sept épéistes au village, qui font état de leur aptitude incroyable aux arts martiaux en massacrant quelques généraux de Ravage ; le massacre dans la grotte ; le duel final), qui rappellent un peu l’exceptionnel The blade.

Pour finir, il faut noter l’incroyable maîtrise du style de Tsui Hark en ce qui concerne les scènes d’action. Toutes les séquences de combat sont absolument remarquables, toujours originales et empreintes du style inimitable du cinéaste. Et contrairement à ce que pensent certaines personnes ayant vu le film, je trouve ces scènes sont d’une incroyable efficacité tout en restant parfaitement lisibles.

Bref, même troué, Seven swords est une œuvre qui bénéficie d’un souffle épique indéniable. Film à ce jour le plus abordable du cinéaste pour les spectateurs qui ne connaissent pas les films de celui-ci, à défaut d’être son meilleur, Seven swords démontre brillamment que Tsui Hark conserve tout son talent. Si son style s’est peut-être un peu assagi (quoi que…), il demeure toujours unique en son genre et reste le maître moderne incontesté du wu xia pian, lui qui a fortement contribué à sa renaissance dans les années 1980-90, après les films-culte de la Shaw Brothers (avec des films aussi célèbres et formidables que L’hirondelle d’or de King Hu, La rage du tigre de Chang Cheh ou encore Le tigre de jade de Chu Yuan) des années 1960-70. Par ailleurs, le cinéaste hongkongais rend aussi un très bel hommage à Akira Kurosawa. J’espère que Tsui Hark reviendra sans tarder à ce genre qu’il maîtrise si bien…

Posté par locktal à 10:03 - Arts martiaux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 février 2009

Backstage de Emmanuelle Bercot

Backstage

Réalisé par Emmanuelle Bercot
Titre international : Backstage
Année : 2005
Origine : France
Durée : 115 minutes
Avec : Isild Le Besco, Emmanuelle Seigner, Noémie Lvovsky, Valéry Zeitoun, Samuel Benchetrit, Edith Le Merdy, Jean-Paul Walle Wa Wana, Mar Sodupe, Louise Lamétrie, Claude Duneton,...

Fiche IMDB

Résumé : Lucie, 17 ans, est une adolescente "ordinaire". Sa mère, collectionneuse d'autographes, voue un véritable culte à un tas de vedettes et consacre tout son temps libre à ses activités de fan. Mais Lucie, elle, ne disperse pas ses sentiments. De star dans son coeur, dans sa tête, il n'y en a qu'une. Tout le monde le sait. Ses photos recouvrent les murs de sa chambre, les pages de son cahier de texte. Un jour, son destin va la conduire à pénétrer dans la vie de son idole.

Ce texte contient des spoilers : il est donc conseillé d’avoir déjà vu le film avant d’en entreprendre la lecture.

Après deux court-métrages très réussis qui ont pour thématique commune l’adolescence et le difficile passage à l’âge adulte, Les vacances (1997) et La puce (1999), qu’elle a tournés tous les deux avec la lumineuse atrice française Isild Le Besco, et un premier long-métrage datant de 2001, Clément (que je n’ai hélas pas encore vu), la cinéaste française Emmanuelle Bercot réalise en 2005 un deuxième film particulièrement intéressant, Backstage, qui s’intéresse à la relation ambiguë entre une star et une jeune fan.

Loin des films insipides et mode du genre Bouge ! de Jérôme Cornuau ou encore Alive de Frédéric Berthe, Backstage est une fascinante étude de caractère, beaucoup plus proche du style des immenses Maurice Pialat ou  John Cassavetes, dans lequel Emmanuelle Bercot filme au plus près les relans de l’âme.

Le film commence par une scène qu’on dirait issue de Star à domicile, la célèbre émission de TF1 (qui a aujourd’hui disparu) : une chanteuse célèbre, Lauren Waks (jouée par Emmanuelle Seigner), vient dans une famille pour faire cadeau d’une chanson en direct à une jeune adolescente complètement fan de la star, Lucie (interprétée à nouveau par Isild Le Besco), à la demande de la fameuse émission et de la mère de la jeune fille.

Dans cette scène, l’esthétique clip de la télévision est portée à son paroxysme : paillettes, lumière aveuglante,… Mais déjà, la réaction de Lucie, qui s’enfuit et s’enferme dans sa chambre en pleurant comme une folle, laisse planer un certain malaise.

Ce malaise ne cessera de s’intensifier tout au long du film, à partir du moment où Lucie fugue de chez elle pour rencontrer son idole.

Sur ce canevas, Emmanuelle Bercot se livre à une description impitoyable de l’univers du show-business, où tout le monde vit à 100 à l’heure et devient complètement hystérique, où seules comptent les rapports de force et de domination, mais surtout la cinéaste va explorer la relation tortueuse qui va se nouer entre la chanteuse Lauren Waks et sa fan.

Cette relation est évidemment le cœur-même de Backstage. Au contact de sa star qui l’a acceptée et lui a ouvert son univers, Lucie va finir par se trouver, mais le chemin aura été extrêmement difficile. Emmanuelle Bercot décrit tout simplement une relation complexe qui va virer au vampirisme pur et dur, mais la cinéaste, sur un sujet somme toute peu original, a la bonne idée d’inverser le rapport star/fan. En effet, au fur et à mesure que la relation entre Lauren et Lucie se développe, le spectateur sent progressivement que Lucie va prendre le dessus sur son idole, finissant par la vampiriser, la rendant dépendante mais en même temps se rendant elle-même dépendante.

Lauren est présentée comme hypersensible, mais aussi égoïste : elle a fini par s’isoler complètement et a coupé les ponts avec tout le monde, même sa famille , ici représentée par le père de Lauren que celle-ci ne veut même pas recevoir chez elle. Cette relation ambivalente et destructrice, pour l’une comme pour l’autre, Emmanuelle Bercot va la filmer sous toutes les coutures, au plus près de la chair et des corps, et surtout de l’âme.

Mais la cinéaste va montrer que cette relation d’attraction/répulsion est nécessaire et même vitale pour les deux jeunes femmes. Tous les sentiments découlant de cette relation comme l’adulation, la jalousie, l’amour, le désir sexuel, la haine, le chantage affectif, l’autodestruction, sont abordés de manière frontale dans ce psychodrame étourdissant, où la réalistarice démontre que ce sont justement ces heurts et ces antagonismes qui vont permettre à Lucie de se trouver et de devenir adulte. Emmanuelle Bercot démontre en fait que tout rapport fort se forge dans la douleur, que ce soit l’une ou de l’autre. Et c’est bien cette douleur, cette expérience de la souffrance, qui permettent aux gens d’évoluer, de trouver sa voie et évidemment de rentrer dans l’âge adulte.

Tour à tour victimes et bourreaux, ne pouvant vivre l’une sans l’autre (la relation entre les deux femmes est présentée comme une véritable addiction), les actrices Emmanuelle Seigner et Isild Le Besco livrent une performance impressionnante, à fleur de peau, toujours convaincantes et crédibles, à la fois immatures, drôles, vicieuses ou émouvantes.

En outre, on notera la présence au casting de la cinéaste française Noémie Lvovsky (auteur des magnifiques Oublie-moi, La vie ne me fait pas peur, Les sentiments ou dernièrement du jubilatoire Faut que ça danse !), qui est également excellente dans le rôle de la manager de Lauren.

Ponctué de signifiantes chansons décrivant l’état d’esprit des deux protagonistes (et chantées par Emmanuelle Seigner elle-même), Backstage est une surprise inattendue du cinéma français, qui donne l’occasion à Emmanuelle Bercot de dresser le portrait attachant mais sans fioriture d’une jeune adolescente en crise, issue d’un milieu modeste, au départ bercée d’illusions et débordant d’amour (ce qui s’exprime par l’idolâtrie qu’elle éprouve pour une star), mais que le contact avec le rêve et l’illusion d’une vie soi-disant meilleure va faire grandir en lui permettant de s’accepter.

A ce titre, la scène finale est particulièrement poignante : elle montre Lucie revenue dans son milieu social, qui se rend compte que finalement la relation ambiguë mais privilégiée qu’elle a entretenue avec Lauren Waks a eu des répercussions bien évidemment sur elle, puisque cette relation lui a permis de se trouver, mais que cette relation a eu aussi des conséquences sur Lauren, qui ne l’oubliera sans doute jamais (la belle chanson finale dédiée à Lucie).

Emmanuelle Bercot offre un film certes dur mais extrêmement poignant, jamais caricatural, qui est aussi une étude profonde des affres de l’adolescence et de la difficulté d’assumer la célébrité. Les deux portraits peints par la jeune réalisatrice possèdent une force peu commune, dont la justesse de ton et l’absence de concessions ne peuvent laisser le spectateur indifférent. Au final, Backstage s’avère être une remarquable réussite sur un sujet certes déjà traité mais rarement de façon aussi crue et radicale.

Posté par locktal à 11:42 - Drame - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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