26 avril 2009
Caos calmo d'Antonello Grimaldi
Réalisé par Antonello Grimaldi
Année : 2008
Origine : Italie
Avec : Nanni Moretti, Alessandro Gassman, Valeria Golino, Charles Berling, Hippolyte Girardot, Denis Poladylès, Isabella Ferrari...
Durée : 115 minutes
Résumé : Un homme n'arrive pas à faire le deuil de son épouse.
Réalisé par le cinéaste italien Antonello Grimaldi qui adapte là un
roman à succès, Caos calmo a pourtant tout du film morettien.
Il faut dire que le principal rôle du film, autour duquel tout gravite,
est tenu par Nanni Moretti. Celui-ci interprète le personnage de
Pietro, un homme parti à la plage pour se distraire avec son frère
Carlo (joué par Alessandro Gassman). Là, chacun d’eux sauvent une jeune
femme de la noyade. A son retour, Pietro trouve sa femme, Lara,
allongée par terre : elle vient de décéder.
On le comprend immédiatement : Caos calmo est un film sur le deuil.
Tout ceci est donc très proche des préoccupations de Nanni Moretti et
notamment de son chef d’œuvre absolu, le sublime film La chambre du
fils, récompensé à juste titre par la Palme d’Or à Cannes en 2001.
Sauf qu’ici la personne qui décède n’est pas son fils mais son épouse.
Pietro se retrouve seul avec sa petite fille de 10 ans. Pietro n’arrive
pas à faire sortir sa douleur, d’où le titre du film, Caos calmo, le
chaos calme.
Pourtant, ce personnage a complètement perdu ses repères. Du jour au lendemain, il décide subitement d’accompagner sa fille à l’école. Il lui déclare qu’il l’attendra jusqu’à ce qu’elle ait terminé et c’est ce qu’il fait. Pietro attend toute la journée sur la place située en face de l’école. Il s’interroge sur l’existence avec des choses futiles (les différentes compagnies aériennes qui l’ont fait voyager ; les différentes adresses où il a vécues durant son existence) ou plus sérieuses (les choses qu’il apprend sur sa femme par le biais de sa belle-sœur, Marta, plutôt perturbée sur le plan psychologique et qui est jouée par Valeria Golini). Surtout, il se raccroche à la vie par le biais de son être le plus cher qui lui reste : sa fille, qui elle aussi ne semble pas plus ébranlée que cela par le décès de sa mère.
Le fait de rester sur la même place tous les jours de la semaine va permettre à Pietro de se faire de nouvelles relations. On peut citer par exemple la mère qui amène chaque jour à l’école son enfant trisomique, lequel a une sorte de jeu avec Pietro. On peut citer également la jeune femme mystérieuse qui promène chaque jour son chien. Il y aussi le cafetier du coin ou encore un vieil homme qui a lui aussi perdu sa femme et qui invite Pietro à déjeuner. On se retrouve dans une sorte de microcosme avec la sphère privée et la sphère publique qui ne font plus qu’un lorsque Pietro est sur cette place.
Car Pietro travaille habituellement dans un grand groupe audiovisuel qui est concerné par une fusion. Pietro travaille désormais depuis la place située en face de l’école de sa fille. Et de nombreuses fois, ses collègues (interprétés par une belle brochette d’acteurs français : Charles Berling, Hippolyte Girardot, Denis Poladylès), qui sont pour certains ses amis, viennent le voir soit pour lui parler de la fusion, soit pour lui proposer un poste, soit pour lui donner un sentiment sur un collègue de travail. Sur ce point, on peut penser que Nanni Moretti se plaît à évoquer par le biais de son personnage le monde capitaliste, qui n’est pas sans évoquer son dernier film, Le caïman. En effet, les questions d’argent et de pouvoir sont au cœur des interrogations des personnages qui viennent voir Pietro. Mais lui n’en a que faire et il le fait clairement savoir. Le capitalisme, vu comme une histoire de trahisons, de mésalliances, est critiqué au plus haut point, mais de manière assez subtile.
Pour sa part, Pietro cherche avant tout à faire son deuil et à fréquenter pour l’heure les personnes qui lui sont les plus chères : il y a ainsi sa petite fille avec qui il s’entend parfaitement. Il y a aussi son frère Carlo, séducteur italien qui connaît un succès professionnel avec la vente d’un jeans qui fait fureur et quoi est très tendance. Carlo a d’ailleurs des rapports très proches tant avec son frère Pietro qu’avec sa nièce Claudia. Les relations entre ces trois personnages sont sincères et révélatrices d’un amour réciproque.
On notera que Pietro cherche à faire table rase du passé, comme le prouve son choix de couper ses relations professionnelles et de ne pas chercher à savoir quelles ont pu être les relations qu’a pu nouer sa femme (pour preuve, il détruit tous les mails rédigés par sa femme sans les lire). Beau film sur le plan émotionnel, Caos calmo bénéficie sur ce point du thème principal du film. Cependant, notons que les autres musiques du film auxquelles le spectateur a droit ont parfois tendance à surligner l’émotion. Le réalisateur Antonello Grimaldi aurait pu être plus fin.
De même, le réalisateur nous livre une scène de sexe entre Pietro et Eleonora Simoncini (jouée par la volcanique Isabella Ferrari), la femme bourgeoise que Pietro a sauvé de la noyade, qui paraît parfaitement incongrue. Cette scène semble complètement décalée par rapport au ton général du film. On comprend que le réalisateur du film souhaite nous montrer une sorte de renaissance de la part de Pietro mais il aurait pu faire preuve de plus de subtilité. Heureusement, il ne s’agit pas de la scène finale.
En somme, Caos calmo est un beau film qui tient avant tout par l’excellente prestation de Nanni Moretti, dont on ressent les sentiments rien qu’en l’observant. Nul doute que si ce film avait été réalisé par Moretti lui-même, il aurait été mieux mis en scène et aurait été plus subtil sur certains aspects.
19 avril 2009
Burn after reading de Joel et Ethan Coen
Réalisé par Joel et Ethan Coen
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Avec : George Clooney, Brad Pitt, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, Richard Jenkins...
Durée : 95 minutes
Résumé : Les mésaventures de plusieurs personnes qui tentent de s'enrichir après avoir mis la main sur des documents appartenant à un ex membre de la CIA.
Réalisé par Joel et Ethan Coen, Burn after reading fait suite à l’excellent No country for old men. Les frères Coen reviennent à la comédie, genre qu’ils ont récemment abordé en 2003 avec le sympathique Intolérable cruauté et en 2004 avec le pathétique Ladykillers.
Dans ce film, on nous raconte les mésaventures de plusieurs personnages avec en premier lieu Osbourne Cox (interprété par John Malkovich) qui démissionne de la CIA. Il décide alors de raconter ses mémoires, lesquelles sont retranscrites sur un CD. Il perd ce CD qui est récupéré par un professeur de sport peu scrupuleux, Chad (Brad Pitt) qui souhaite récupérer de la sorte avec sa collègue Linda (Frances McDormand) de l’argent en faisant parler Osbourne. Au milieu de tout ça, on retrouve Harry Pfarrer qui couche entre autres avec la femme d’Osbourne Cox, Katie Cox (Tilda Swinton).
Jouant sur des situations totalement absurdes qui vont de mal en pis,
le scénario des frères Coen montre qu’à partir de rien du tout, il peut
arriver des choses terribles. Tous les acteurs du film sur-jouent et
participent à une ambiance globale certes drôle mais particulièrement
cynique.
Car si les frères Coen sont sans nul doute en mode mineur avec ce film,
en revanche dans leur critique ils n’y vont pas avec le dos de la
cuillère.
Tous les maux que l’on peut constater dans notre société actuelle, et particulièrement aux Etats-Unis sont passés en revue : il y a d’abord le culte du corps avec une femme qui veut faire de la chirurgie esthétique ou encore un homme qui s’est fait implanter des cheveux qui est évoqué dans le film. Toujours sur cette question, il y a le travail de Chad et Linda dans un gymnase. Le sport est vu comme quelque chose de nécessaire pour améliorer son physique.
Les frères Coen critiquent également une société où la notion de fidélité semble avoir bien disparue. Les personnages sont d’ailleurs assez cyniques. Katie Cox trompe sans vergogne son époux mais elle ne sait pas que dans le même temps, son amant, Harry, fréquente plusieurs femmes. On apprendra même plus tard dans le film que l’épouse d’Harry, qu’on pensait assez sérieuse sur ce point, trompe également son mari ! Bref, on assiste à un véritable mic-mac où tous les coups sont permis en amour, à partir du moment où le conjoint ne l’apprend pas. En plus d’apparaître comme des gens infidèles, les Américains sont présentés comme de véritables obsédés sexuels, à l’image du personnage d’Harry, qui a conceptualisé un fauteuil très spécial.
En rapport avec l’amour, on notera que les frères Coen balancent également sur les sites de rencontres où l’on ne cherche (d’après le film) quasiment que des rencontres d’un soir et où l’on n’hésite pas à tromper son conjoint. Les sentiments sont visiblement rares.
Dans une société où les valeurs morales ne sont plus de mise, on ne s’étonnera pas que l’une des dernières grosses critiques des frères Coen a lieu contre cette société où l’argent est le maître mot. Le personnage de Chad, bien débile, en est le meilleur exemple. Ce personnage est complètement à la ramasse, ce qui donne lieu à des scènes assez drôles, puisqu’il cherche coûte que coûte à récupérer de l’argent en faisant chanter Osbourne Cox. D’ailleurs, l’épouse de ce dernier est également obnubilée par l’idée de récupérer les livrets d’épargne de son époux.
En dressant un portrait peu flatteur mais assez réaliste de notre
société actuelle (même si tout est exagéré), les frères Coen donnent
une certaine substance à un film qui peut paraître inoffensif au
premier abord.
Car on restera avant tout intéressé par les aventures des différents
personnages du film, qui sont servis en l’occurrence par des acteurs
qui en font des tonnes. La distribution, qui rassemble George Clooney,
John Malkovich, Tilda Swinton, Frances McDormand, Brad Pitt ou encore
Richard Jenkins, est excellente. George Clooney interprète par exemple
parfaitement le rôle d’un véritable obsédé sexuel qui passe de femme en
femme sans aucun remord. Brad Pitt est également très bon avec son
personnage à moitié demeuré. Les femmes ne sont pas en reste, le
personnage joué par Frances McDormand étant quasiment l’alter ego
féminin de Chad (joué par Brad Pitt).
Tous les acteurs ont l’air de bien s’amuser. Signalons que les personnages des services secrets (CIA), sont également présentés comme particulièrement ridicules dans leur organisation. Car au fond, le fameux CD, qui est recherché, n’est qu’un prétexte qui sert de révélateur d’une société qui semble être fondée sur des choses matérielles, futiles ou avant tout sexuelles.
Au final, Burn after reading est à prendre pour ce qu’il est, c’est-à-dire un pur moment de détente. Cette comédie assez drôle bénéficie de l’humour des frères Coen. Espérons cependant que les deux frangins nous reviennent avec une histoire plus sérieuse, là où ils sont les meilleurs (hormis The big lebowski qui demeure une comédie de très grande qualité).
12 avril 2009
L'Etrange festival de Lyon
Ce festival s'est déroulé du 1er au 7 avril 2009 au cinéma Comoedia de Lyon.
Il a eu pour but de faire découvrir un cinéma alternatif. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'opération est réussie.
Entre avant premières de films que l'on ne verra jamais sur grand écran en dehors de ce festival et films originaux voire couillus (la diffusion le samedi soir d'un film pour adultes), L'Etrange festival a vraiment offert une programmation atypique, ô combien plaisante pour les gens curieux et ouverts d'esprit.
Et puis un intérêt fondamental de ce festival a été de pouvoir parler aussi bien à des festivaliers qu'à des cinéastes (j'ai pu parler très tranquillement à Jean-Louis Van Belle et à Gérard Kikoïne, ce dernier ayant même accepté d'être pris en photo avec moi !) dans une ambiance très cool.
Vivement la prochaine édition de L'Etrange festival !
Pour patienter d'ici là, j'ai effectué des critiques sur tous les films que j'ai vu durant L'Etrange festival. Plusieurs n'auront pu être vus, faute de temps ou parce que je les avais déjà vus. Sont donc passés à la trappe Midnight meat train de Ryuhei Kitamura ; Leolo de Jean-Claude Lauzon ; Diabolical doctor Z de Jess Franco ; For y'ur height only de Eddie Nicart ; Climax de Frédéric Grousset ; Les contes de l'horloge magique de Ladislas Starewitch ; Le bonheur a encore frappé de Jean-Luc Trotignon et Bronson de Nicolas Winding.
Et voici mon avis sur les films vus durant le festival :
Jeudi 2 avril 2009 :
The burrowers de J.T. Petty :
Le visionnage de The burrowers a été précédé par les bandes annonces de films en rapport plus ou moins direct avec le film. Ainsi, on a eu droit à la bande annonce de Tremors et à celle de Razorback.
On nous a également signalé lors d'une présentation succincte du film que celui-ci ne ferait l'objet d'aucune distribution en salles. C'était donc une occasion unique ou presque (le film était en sélection au festival de Gérardmer) de voir The burrowers.
Mon avis sur le film : The burrowers se déroule dans le Grand Ouest américain, et précisément dans le Dakota, en 1873. Le film se déroule à une époque marquée par les conflits entre Américains et Indiens. C'est d'ailleurs toute l'originalité de ce film qui mélange western et film d'horreur. The burrowers a comme point de départ l'attaque d'une famille de fermiers et la disparition d'une jeune femme. La famille de la disparue, un groupe de chasseurs et des militaires partent à la recherche des kidnappeurs, pensant qu'il s'agit des Indiens.
Le réalisateur J.T. Petty est plutôt doué derrière la caméra en filmant de très belle manière les grands espaces américains [c'est d'ailleurs un plaisir sur ce point d'avoir pu regarder ce film au cinéma, sur un grand écran].
Ces grands espaces, filmés en plans larges, ont quelque chose d'inquiétant. La mise en scène laisse supposer qu'une menace latente est présente.
Progressivement, on comprend évidemment que ce ne sont pas les Indiens qui sont responsables des disparitions étranges de plusieurs personnes. L'exemple le plus significatif est la jeune femme qui est retrouvée enfouie dans le sol vivante (The burrowers signifiant en français Les enfouisseurs), qui ne bouge pas et qui garde les yeux grands ouverts.
J.T. Petty a l'intelligence de ne révéler que progressivement l'identité de ces monstres tapis dans l'ombre, qui attendent que leur heure soit venue. Ces monstres sont d'ailleurs très bien faits et leur motus operandi se révèle original. On appréciera au passage la photo du film qui provoque quelques montées de tension avec de nombreuses scènes qui ont lieu dans l'obscurité.
Doté d'acteurs qui se révèlent dans l'ensemble plutôt convaincants – mis à part le personnage du militaire raciste joué par Doug Hutchinson, qui paraît assez caricatural – The burrowers est un long métrage tout à fait convenable.
La seule réelle déception vient du fait que le réalisateur a par moments du mal à insuffler du rythme à son film. Heureusement, la fin est menée tambour battant (peut-être un peu trop vite d'ailleurs !).
Au final, The burrowers est un film d'horreur atypique, que l'on pourrait situer entre La prisonnière du désert de John Ford et Pitch black de David Twohy.
Samedi 4 avril 2009 :
Les singes font la grimace de Jean-Louis Van Belle : Samedi 4 avril 2009 à 17h15
Le visionnage de Les singes font la grimace a été précédé par la bande annonce de Link (forcément il s'agit d'un singe tueur !).
Mon avis sur le film : D'après son réalisateur Jean-Louis Van Belle, Les singes font la grimace est un chef d'oeuvre décalé du polar.
Le cinéaste déclare qu'il y a eu une seule prise par plan et que cela a permis d'économiser sur la pellicule ! Le film a été tourné en dix jours pour seulement 200000 francs. Les dialogues qui étaient écrits la veille ne correspondaient jamais avec les scènes qui étaient alors prévues.
Sans avoir vu le film, le lecteur attentif comprend aisément avec ses simples déclarations que Les singes font la grimace n'est pas à prendre au sérieux et qu'il s'agit d'un joyeux bordel. Et c'est le cas. Le film prend comme point de départ le casse du siècle. Deux bandes opposées vont alors se disputer le magot. Le film est on ne peut plus décalé avec des scènes de flingage parfaitement ridicules. Le son et l'image ne sont d'ailleurs pas toujours synchrones ce qui donne un aspect bien particulier aux scènes dites d'action.
Les scènes de cascade sont également du grand n'importe quoi. Je pense notamment à la scène où l'héroïne, à savoir la fille de « Pierrot » se jette d'un pont en voiture et atterrit comme par miracle sur un hors bord ! La scène où l'héroïne fait de l'escalade et prend à revers plusieurs ennemis vaut également le détour !
Les singes font la grimace est également marqué par des raccords étranges qui donnent un aspect (volontairement ?) foutraque au film. Mais ce long métrage ne serait rien sans ses personnages savoureux qui n'hésitent pas à débiter des dialogues dignes d'Audiard.
Si Les singes font la grimace a tout du film Z tant sur la forme que sur le fond, on prend un plaisir certain à visionner ce polar décalé qui est foncièrement drôle. Pour reprendre les termes utilisés par Jean-Louis Van Belle, « les mecs se flinguent avec un plaisir et une maladresse touchante ».
On se croirait par moments débarqué dans un film de Jean-Marie Pallardy du style de Vivre pour survivre.
Sans compter que Les singes font la grimace comporte également son lot de scènes érotiques purement gratuites, qui se marient bien à ce film complètement détendu.
Au final, Les singes font la grimace n'est certes pas le film du siècle mais c'est une oeuvre rare d'un cinéaste qui a semble-t-il pris beaucoup de plaisir à tourner ce long métrage.
Après la projection du film, Jean-Louis Van Belle a répondu à plusieurs questions du public présent dans la salle :
- Pour réaliser son film, il a fait preuve de beaucoup de débrouille. Ainsi, la scène du hors bord et celle de la troupe de majorettes ont été ajoutées au film car ces éléments se trouvaient là au moment du tournage.
- Il a été un touche-à-tout : dessinateur, comédien et travaillant désormais dans la communication.
- Il a arrêté le cinéma car il ne trouvait pas dans le métier l'amitié, la chaleur qu'il aurait voulu.
Hansel et Gretel de Yim Pil-Sung : Samedi 4 avril 2009 à 19h30
Avant la séance on nous signale que le film est sorti 2 jours avant en DVD, chez l'éditeur Wild Side. Le film n'étant pas sorti en salles, c'est une occasion unique de le voir sur grand écran.
Le visionnage du film Hansel et Gretel a été précédé par la bande annonce du film très étrange Valerie, a week of wonders.
Mon avis sur le film : Réalisé par le sud-coréen Yim Pil-Sung, Hansel et Gretel est le second film de ce cinéaste. Il a commencé sa carrière dans le long métrage avec Antartic city, une sorte de variation psychologique sur The thing de Carpenter, qui révélait un auteur capable de faire de beaux plans mais qui était dans l'ensemble plutôt ennuyeux.
Dans Hansel et Gretel, Yim Pil-Sung offre au spectateur un nouveau film étonnant où il s'inspire évidemment du mythe des frères Grimm avec notamment une forêt inquiétante ; les friandises qui sont servies au début du long métrage ou encore le fait de changer les gens en statuettes.
Dans sa trame, le film peut également faire penser au très beau Alice ou la dernière fugue de Chabrol, même si ici la fin est plus heureuse.
Par rapport à Antartic journal, Yim Pil-Sung rend une copie beaucoup plus intéressante. Ce conte pour enfants, très noir (la question de la pédophilie est clairement abordée), bénéficie de décors superbes, d'une belle photo, d'une musique ambiante parfaitement adaptée au sujet et d'une interprétation très satisfaisante.
Une des choses que l'on aurait éventuellement à redire, est l'impression que le film tourne par moments un peu en rond avec le personnage principal qui n'arrive pas à s'échapper de cette maison dirigée par des enfants à la recherche de bons parents pour s'occuper d'eux. Quant à l'élément fantastique, il est bien abordé par son aspect conte horrifique. En revanche, la piste du film de fantôme n'est pas vraiment heureuse.
De manière plus large, le film peut être vu comme une évocation de la difficulté des liens entre parents et enfants au sein de la cellule familiale. La fin du film est cependant assez optimiste, permettant la cohésion entre parents et enfants.
Au final, Hansel et Gretel est un conte horrifique plus que recommandable.
Dans la chaleur de St-Tropez de Gérard Kikoïne : Samedi 4 avril 2009 à 21h45
Les organisateurs de L'Etrange festival ont eu la bonne idée de faire précéder le film de bandes annonces de films pornographiques. On a eu droit aux bandes annonces de Cette salope... d'Amanda (bande annonce où l'on retrouve le cinéaste Francis Leroi !) ; S.O.S. Mesdemoiselles ; Elle suce à genoux ; Baiser au soleil ; Rapport sur la vie sexuelle de la ménagère.
Mon avis sur le film : Réalisé en 1982 par le cinéaste Gérard Kikoïne, un des maîtres du cinéma pornographique des années 70 et 80 avec des films tels que Chaudes adolescentes, Bons chics bons genres mais salopes, La clinique des fantasmes, Dans la chaleur de St-Tropez est vu par son auteur comme un film de vacances.
Tourné à St-Tropez même, le film comprend plusieurs vedettes françaises du cinéma porno de cette époque. On retrouve ainsi, avec un grand plaisir, Alban Ceray (le patron), Jean-Pierre Armand (Eddy), Marilyn Jess (Karine) et Olinka (Zaza).
Le synopsis du film est en apparence assez basique. Pourtant il s'agit d'une intéressante mise en abîme du cinéma pornographique. En effet, Alban Ceray interprète le rôle d'un cinéaste pour adultes qui réalise un film à St-Tropez. A la recherche de lieux insolites et de belles actrices, il va réussir à inclure dans son film la débutante Karine (Marilyn Jess), issue d'un milieu bourgeois.
Si le film est rempli de scènes pornographiques (fellations, pénétrations, éjaculations), il n'en demeure pas moins que tout se passe dans une excellente ambiance. Gérard Kikoïne filme avec amour tous ses acteurs et cela se voit clairement à l'écran.
Le film doit d'ailleurs sa réussite à la bonne humeur que véhiculent les acteurs du film et aux dialogues savoureux qu'ils débitent. La phrase culte du film reste de ce point de vue le fameux « OK patron » que déclare à de nombreuses reprises le sympathique Eddy (Jean-Pierre Armand), qui est l'assistant du réalisateur dans le film.
N'omettons pas de signaler que le film doit également son succès à la présence de deux véritables « bombes » : Marilyn Jess et Olinka qui paraissent très sensuelles. Par ailleurs, ces deux actrices ne manquent pas d'humour : Onlinka joue bien la fille délurée (« Zaza ») alors que Marilyn Jess essaie de faire la fille prude (alors qu'elle cède rapidement aux avances !).
L'intérêt du film tient enfin à la critique du mode de vie bourgeois auquelle se livre Gérard Kikoïne : le père de Karine se la joue au bon père de famille, bien sous tous rapports alors qu'au fond il a des pulsions sexuelles, comme le prouve la très amusante scène finale du film.
En synthèse, Dans la chaleur de St-Tropez est un film pornographique très drôle, servi par des acteurs qui ont visiblement pris beaucoup de plaisir à jouer dans le film. Voilà donc un film témoin d'une époque qui semble désormais révolue.
Après la projection du film, Gérard Kikoïne a répondu à plusieurs questions du public :
- Il a déclaré que c'est la première fois qu'il se trouve face à un public.
- Son film a été fait « avec amour ». D'ailleurs, il y avait une bonne ambiance sur le tournage.
- Gérard Kikoïne vient à la base du montage.
- Dans le film Dans la chaleur de St-Tropez, il n'y a pas de son direct mais une post-synchronisation à la manière des films italiens. Pour l'anecdote, c'est Gérard Kikoïne en personne qui effectue le doublage de la célèbre réplique « OK patron ».
- Si le film laisse l'impression d'une grande liberté, Gérard Kikoïne explique que tout était déjà scénarisé au moment de tourner. Il n'y avait pas de place (ou peu) à l'improvisation.
- Son point de vue sur le porno actuel ? Impression selon lui d'une viande froide ce qui est dommage car les filles sont superbes.
- Que sont devenus les acteurs de cette époque ? Marilyn Jess tient une galerie d'art. Elle photographie des reflets. Richard Allan quant à lui travaille à la fabrication de chocolats érotiques.
Dimanche 5 avril 2009 :
Perverse et docile de Jean-Louis Van Belle : Dimanche 5 avril 2009 à 13 heures
Le visionnage du film Perverse et docile a été précédé par la bande annonce du très marquant Thriller a cruel picture.
Mon avis sur le film : Réalisé par Jean-Louis Van Belle, Perverse et docile a vu son titre changer à plusieurs reprises. Initialement, le film devait s'intituler « Une femme ». Ensuite, le distributeur a choisi « Une femme tue » et enfin il a été retenu le titre « Perverse et docile ».
Le film, que l'on pourrait voir de prime abord comme la description d'une serial-killer, se révèle en fait un véritable rape and revenge (littéralement viol et vengeance), genre très en vogue dans les années 70 et dont les fleurons sont des films tels que La dernière maison sur la gauche de Wes Craven, I piss on your grave ou encore Thriller a cruel picture.
On comprend à la fin du film les agissements de Françoise, l'héroïne du film jouée par une Carole Lebel qui n'hésite pas à user de ses charmes mais dont le jeu d'actrice paraît quelque peu statique.
Le cinéaste Jean-Louis Van Belle prend d'ailleurs un plaisir certain à filmer son actrice principale sous toutes les coutures. Il y a d'ailleurs dans le film de nombreux plans coquins avec plusieurs jeunes femmes qui se mettent nues pour des raisons plus ou moins valables.
Le spectateur, avide de jolies formes, prendra quant à lui forcément du plaisir, notamment lors d'un travelling astucieux où il apercevra le dos et les fesses de plusieurs jeunes femmes. Ensuite, le cinéaste montrera dans les plans suivants ces mêmes femmes de face, en faisant de gros plans sur leurs seins. La nudité est d'ailleurs un des leitmotivs de ce film avec par exemple un photographe qui se plaît à travailler au milieu de filles nues qu'il fouette de temps en temps.
Quant à notre héroïne, une belle jeune femme rousse, elle passe son temps à voyager : on la retrouve à Dusseldorf, à Paris, à Londres, à Naples, à Rome et à Berlin. Elle n'a pas le temps de s'ennuyer.
D'ailleurs, elle n'a de cesse d'user de ses charmes auprès d'hommes quelque peu libidineux, trop contents de pouvoir mettre la belle dans leur lit ! Mais ces hommes, qui sont loin d'être dotés d'une finesse d'esprit, ne se doutent nullement qu'ils ont affaire à une femme dangereuse. Celle qui est appelée au début du film « Pervertissima » et qui accepte d'être « docile » a tout de la mante religieuse (elle est souvent habillée en rouge, couleur évoquant le sang).
Signalons que comme dans d'autres de ses films, le cinéaste Jean-Louis Van Belle propose au spectateur des meurtres originaux où l'image et le son ne sont pas synchrones et où l'ellipse est utilisée de manière parfois curieuse.
Si le film n'est pas parfait en raison notamment de faux raccords et de dialogues sortis de nulle part, il n'empêche que Perverse et docile est une oeuvre attachante.
Au demeurant, le cinéaste retombe parfaitement sur ses pattes puisque la fin de Perverse et docile explique clairement le début du film et les agissements de l'héroïne.
Après la projection du film, Jean-Louis Van Belle a répondu à plusieurs questions du public, en faisant preuve comme à son habitude de beaucoup d'humour, d'auto-dérision et d'humilité :
- Lorsqu'il tourne un film, il n'a pas besoin de scénario ni de titre. Il réfléchit la nuit et note alors les scènes pour le lendemain. D'ailleurs, quand il tourne un film, il pense déjà au suivant.
- Pour lui, la trouvaille et la spontanéité des comédiens sont des choses essentielles.
- Il n'a aucune influence cinématographique. Il n'a jamais fait d'école de cinéma.
- Il a travaillé comme agent de renseignement à la SNCF ce qui permet d'expliquer son plaisir à filmer des scènes de train dans le film Perverse et docile.
- Pour lui, il est essentiel de faire des films. Le reste est accessoire. Il explique que lorsque des amis lui prêtaient de l'argent, il leur rendait ensuite le double de la somme prêtée. Comme il le dit si bien, « Si tu veux bien déjeuner, partage ton repas avec celui qui t'invite ».
Paris interdit de Jean-Louis Van Belle : Dimanche 5 avril 2009 à 15 heures
Le visionnage de Paris interdit a été précédé par les bandes annonces de films en rapport plus ou moins direct avec le film. Ainsi, on a eu droit à la bande annonce de Mondo cane et de Mondo pazzo.
Mon avis sur le film : Réalisé par Jean-Louis Van Belle en 1970, Paris interdit est un reportage-fiction où son auteur n'a filmé que ce qu'il a vu, l'a étonné, l'a réjoui.
Des mots mêmes de son réalisateur, Paris interdit est un enfant de Mondo Cane. Les producteurs français ont d'ailleurs voulu faire une copie de ce dernier film.
Paris interdit a fait l'objet d'une censure, laquelle a exigé 161 mètres de coupe.
Le film Paris interdit est un melting pot de personnes (authentiques comme le rappelle Jean-Louis Van Belle) aux habitudes de vie pour le moins particulières.
On croise d'abord dans le film un coiffeur des morts qui va se mettre à raser un homme qui est toujours en vie ! On retrouve dans ce long métrage tout un tas de personnages étonnants. Certains se révèlent vraiment marquants comme le fakir avec ses fakirettes : lorsqu'une lame transperce son cou, le spectateur peut se sentir tout à la fois révulsé et amusé. Une autre scène marquante est l'épisode de la vieille dame qui vient faire empailler son chien : le cinéaste nous montre tout le processus pour arriver jusqu'à l'empaillement ce qui est pour le moins bien dégueu !
Jean-Louis Van Belle nous présente également différentes sectes : celle des adorateurs du feu ; celle des adorateurs d'Hitler et à la fin du film celle des témoins de l'Arché de Noé.
Toutes ces visions pour le moins spéciales qu'offre Paris interdit pourrait choquer certaines âmes sensibles.
Mais Jean-Louis Van Belle désamorce en partie le processus dramatique en faisant parler en voix off les protagonistes et en instaurant tout au long du film un narrateur qui se révèle pour le moins décalé. Ce dernier explique de manière souvent très drôle des choses en rapport avec ce que l'on voit à l'écran. Par exemple, avant de présenter des femmes qui prennent en banlieue des cours de strip-tease, le narrateur évoque des HLM « uniformément uniformes » et un « excès de régularité dans le régularisme » ».
Toujours étonnant, souvent drôle, Paris interdit est même parfois touchant avec par exemple ce club de danse classique pour handicapés physiques.
La force du réalisateur Jean-Louis Van Belle est d'avori réussi à s'immiscer au milieu de ces personnes et à filmer leurs bizarreries.
Film atypique par excellence, Paris interdit est une sacrée curiosité.
Après la projection du film, Jean-Louis Van Belle a répondu à plusieurs questions du public :
- Il a rappelé que l'on a vu une version censurée de son film. Il pense pouvoir sortir une version double DVD de Paris interdit par le biais de l'éditeur américain Mondo Macabro.
- Il a signalé que pour trouver ces personnages authentiques, il a traîné dans Paris.
Cold prey de Roar Uthaug : Dimanche 5 avril 2009 à 19h45
Le visionnage du film Cold prey a été précédé par la bande annonce de Murder Rock (un des pires films de Fulci !) et celle de The burning.
Mon avis sur le film : Film norvégien réalisé en 2006 par Roar Uthaug, Cold prey est un pur slasher. On suit les pérégrinations d'un groupe de cinq jeunes (trois garçons, deux filles) qui trouvent refuge dans un hôtel abandonné, après que l'un des leurs se soit blessé en faisant du sport.
L'intérêt de Cold prey est d'abord le milieu dans lequel se déroule l'action. On est en montagne et ainsi tout l'hôtel est entouré de neige. On comprend vite que l'on va assister à une sorte de huit clos puisqu'un échappatoire pour nos cinq protagonistes est quasi impossible.
Une autre qualité de ce long métrage est de faire monter la sauce progressivement. Les meurtres, qui sont la marque de fabrique de tout slasher qui se respecte, n'interviennent pas immédiatement dans le film. Le cinéaste prend son temps pour présenter les personnages et pour poser une ambiance.
C'est par une mise en scène en caméra subjective et par des apparitions fugitives que le spectateur comprend qu'un tueur rôde. Heureusement, le cinéaste a la bonne idée de nous faire découvrir l'apparence de ce tueur relativement tardivement.
Par ailleurs, les amateurs de films d'horreur apprécieront le fait que les meurtres soient secs, bien brutaux.
Cependant, tout n'est pas parfait. Le scénario est relativement prévisible et Cold prey dispose de quelques scènes illogiques. Mais cela n'entame pas le plaisir que l'on a à visionner ce slasher très efficace.
A noter que le succès commercial de Cold prey a engendré de nombreux rejetons, dont un Cold prey 2.
Cold prey 2 de Mats Stenberg : Dimanche 5 avril 2009 à 21h45
Le visionnage du film Cold prey 2 a été précédé par la bande annonce de Sleepaway camp et celle de Slumber party massacre.
Faisant suite au succès de Cold prey, Cold prey 2 est apparu sur les écrans de cinéma norvégiens en novembre 2008.
Le réalisateur a changé. Il s'agit cette fois de Mats Stenberg.
Le film commence exactement là où Cold prey premier du nom se termine. Si les premières minutes laissent espérer un slasher du niveau de Cold prey, le spectateur déchante rapidement.
Non content de faire dans la redite, Cold prey 2 se retrouve avec moults défauts qu'avait réussi à éviter Cold prey. Ainsi, Cold prey 2 donne l'impression de se retrouver avec un tueur dans le style de Jason Vorhees. Le tueur semble increvable et comme par magie il ressuscite.
Autre défaut qui est vraiment pour le coup dommageable : le fait que l'on voit systématiquement le tueur. Là encore, on pense à Jason avec ce tueur qui avance à deux à l'heure et tue ses victimes de façon mécanique. Dans ces conditions, la tension que l'on pouvait ressentir à la vue de Cold prey n'existe quasiment plus dans Cold prey 2.
Par ailleurs, l'action du film, à savoir un hôpital, rappelle étrangement Halloween 2. En somme, on ne peut pas dire que sur le plan du scénario les intervenants se soient foulés.
Mais bon, pour autant Cold prey 2 n'est pas une sombre bouse. Les quelques scènes d'horreur, même si elles font dans la surenchère, demeurent assez efficaces.
En fait, le seul point vraiment positif du film est l'actrice principale Ingrid Bolso Berdal (déjà vu dans Cold prey) qui prend son rôle très à coeur et se révèle assez convaincante.
Au final, Cold prey 2 est un film d'horreur parfaitement dispensable.
Lundi 6 avril 2009 :
The proposition de John Hillcoat : lundi 6 avril 2009 à 19h45
Le visionnage du film The proposition a été précédé par la bande annonce des films Cut-throats nine (un western visiblement bien sanglant) ; Companeros ; Keoma et Le grand silence.
Mon avis sur le film : The proposition est la troisième réalisation du cinéaste australien John Hillcoat. Au scénario mais aussi à la musique, on retrouve le musicien Nick Cave qui avait déjà participé au scénario du précédent film de John Hillcoat.
The proposition est un western crépusculaire qui rappelle le cinéma de John Ford ou encore plus récemment celui de Clint Eastwood avec Impitoyable dans sa manière de filmer en plans larges le bush australien ou dans sa façon de filmer les couchers de soleil.
L'ambiance très étrange de ce film donne également l'impression que l'on ait à la lisière du fantastique de manière continuelle. On pense dès à présent au chef d'oeuvre du cinéma fantastique australien, à savoir Pique nique à Hanging rock de Peter Weir.
Mais par sa violence brutale le film revient de manière impromptue à des éléments plus réalistes. Cette violence exacerbée rappelle sans conteste le western italien.
Mais que raconte au juste The proposition ? Un capitaine de police australien, Stanley, use de son pouvoir et fait une proposition ignoble à un homme, Charlie Burns (superbement interprété par l'acteur Guy Pearce, qui se fond dans un rôle de personnage quasiment taciturne) : retrouver et tuer son frère aîné, accusé des pires méfaits et recherché par la police locale, pour sauver son autre frère qui est menacé de la pendaison le jour de Noël.
The proposition est un film clairement mélancolique, comme le prouvent les nombreux couchers de soleil mais aussi très belle bande son du film. C'est le cas de la musique d'introduction notamment avec la voix d'un enfant ou encore dans d'autres morceaux avec la voix de Nick Cave qui donnent le sentiment au spectateur d'écouter une complainte.
On a l'impression d'assister à une quête sans solution, à l'instar du film comme Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia d'un autre cinéaste désenchanté, Sam Peckinpah.
The proposition tire également sa force dans sa capacité à montrer une humanité inhumaine. Car finalement si les frères Burns agissent tels des sauvages sans véritable but, les autres personnes qui sont présentées ne valent guère mieux. Car pendant que l'on critique les méfaits des frères Burns, on massacre allègrement la population aborigène. Le parallèle que l'on peut faire entre la naissance des Etats-Unis (massacre des Indiens) et celle de l'Australie (massacre des Aborigènes) est évident. Le réalisateur implore à sa façon le pardon des aborigène par un message inscrit juste au début du film et par un générique de fin où il montre plusieurs photos authentiques d'aborigènes qui ont été torturés.
Au final, pas forcément facile d'accès, The proposition est un western lent où la violence est latente et extrêmement brutale lorsqu'elle arrive. Ce western à la lisière du fantastique est avant tout psychologique. D'ailleurs, de simples regards sur les protagonistes en disent long sur leur émotions. Voilà un film mélancolique qui mérite d'être découvert.
Le marché sexuel des filles de Noboru Tanaka : lundi 6 avril 2009 à 21h45
Le visionnage du film Le marché sexuel des filles a été précédé de trois bandes annonces. Comme chacune des bandes annonces était uniquement en japonais, je serais bien incapable de dire de quels films il s'agit.
J'ai simplement constaté que la première bande annonce concernait un film de sabre aux relents érotiques ; que la seconde bande annonce évoquait a priori un film de tortures, là encore assez érotique et que la troisième bande annonce avait un côté lesbien.
Bref de sacrés curiosités, rien qu'au niveau des bandes annonces !
Mon avis sur le film : Réalisé par Noboru Tanaka, Le marché sexuel des filles est une production de la Nikkatsu. Il s'agit d'un roman porno ou pinku eiga (attention ce n'est nullement un film pornographique, cela correspond chez nous à un film érotique), genre dans lequel a beaucoup oeuvré Noboru Tanaka. Le marché sexuel des filles est le premier grand succès critique de cet auteur.
Si le film comporte son lot de scènes érotiques, qui montrent d'ailleurs des femmes qui sont loin d'être enjouées par cet acte sexuel, Le marché sexuel des filles peut aussi être vu comme une chronique familiale et sociale.
Chronique familiale car le film dresse le portrait d'une famille qui est dans une situation peu enviable sur le plan économique : la mère se prostitue, la fille se prostitue et le fils est handicapé mental.
Chronique sociale car le réalisateur du film nous décrit véritablement les bas-fonds avec des hommes vieux, libidineux, qui payent pour s'offrir des prostitués. Ce commerce du sexe est évidemment critiqué en substance par l'auteur du film.
Le film de Noboru Tanaka est loin d'être lisse : non seulement la mère et la fille se prostituent mais en outre la fille fait plaisir à son frère en lui faisant des petites gâteries.
Comme on le sait, la censure japonaise interdit de montrer des poils pubiens. Comme souvent, les cinéastes rivalisent d'ingéniosité pour détourner la censure. Ici, le réalisateur montre par exemple montre la jeune fille qui fait une fellation à son frère. Mais on ne voit jamais le sexe de l'homme qui est caché par le gant de toilette qui est utilisée à cette fin par la jeune fille. On a également droit à plusieurs scènes fort coquines où le cinéaste insiste soit sur le postérieur soit sur les seins des femmes.
Mais le film ne se réduit pas à des scènes érotiques plus ou moins choquantes. C'est aussi un drame humain qui se matérialise par plusieurs morts tragiques.
D'ailleurs, l'une des originalités du film est son changement de couleur vers la fin. Ainsi, alors que la majeure partie du film est en noir et blanc (représentation des bas fonds), il passe par deux fois en couleur lorsque l'horizon semble s'améliorer.
Au final, même si Le marché sexuel des filles comporte plusieurs scènes érotiques quelque peu redondantes, son approche sociale le rend intéressant de bout en bout.
07 avril 2009
L'échange de Clint Eastwood
Réalisé par Clint Eastwood
Titre original : The changeling
Année : 2008
Origine : Etats-Unis
Durée : 141 minutes
Avec : Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly, Jeffrey Donovan, Jason Butler Harner...
FICHE IMDB
Résumé : Se déroulant aux Etats-Unis dans les années 20, L'échange narre le combat d'une femme pour récupérer son fils.
Avant dernier film en date de Clint Eastwood (auteur d'excellents films comme Million dollar baby ou Mystic river), L'échange lui a permis d'obtenir au festival de Cannes un prix spécial pour l'ensemble de sa carrière.
Inspiré d'une histoire vraie, L'échange nous ramène dans le Los Angeles des années 20. On est précisément en 1928. Une mère célibataire, Christine Collins (interprétée par Angelina Jolie) travaille dans un centre de télécommunication. Très sérieuse sur le plan professionnel, elle accepte, un peu à contrecoeur, de travailler le samedi alors qu'elle devait passer la journée avec Walter, son fils âgé de neuf ans. A son retour, son fils a disparu. Elle alerte aussitôt la police. Près de cinq mois plus tard, la police lui affirme qu'elle a retrouvé son fils. Mais c'est un autre garçon qui l'attend sur le quai de la gare.
L'échange est un drame où l'émotion est omniprésente. Avec une mise en scène classique particulièrement bienvenue, Clint Eastwood retranscrit parfaitement le combat de cette mère à retrouver son véritable. Car dès le départ Christine Collins est convaincue que ça n'est pas son enfant qu'on lui a ramené. On appréciera dans le film l'interprétation d'Angelina Jolie, qui est tout à fait convaincante dans le rôle de Christine Collins. C'est de loin le meilleur rôle et la meilleure interprétation d'Angelina Jolie, habituée à jouer les bimbos de service. Ici, elle est très sobre dans son jeu. Elle est tout à la fois déterminée à retrouver son enfant et fragile sur le plan émotionnel.
Mais surtout L'échange est l'occasion pour Clint Eastwood de critiquer une ville de Los Angeles où la corruption semble monnaie courante. Et le pire dans cette histoire est le fait que la corruption provient de la police elle-même. La police abuse de son pouvoir, faisant ce qu'elle veut et surtout ne reconnaissant jamais ses torts. La police fait tout pour étouffer cette histoire d'enfant retrouvé qui ne serait pas le bon. A tel point que Christine Collins va être traînée dans la boue (son instinct maternel étant même remis en cause) va être interné dans un hôpital psychiatrique de façon totalement arbitraire. Clint Eastwood nous révèle des événements incroyables qui ont lieu dans les années 20 : des gens, considérés par la police, étaient déclarés fous et passaient directement par la case hôpital psychiatrique. De nombreuses personnes ont visiblement fait l'objet d'un internement sous le code 12, c'est-à-dire à l'initiative de la police.
Mais Christine Collins peut compter sur des personnes intègres qui sont prêtes à l'aider. On a ainsi le révérend Briegleb, interprété par un toujours aussi bon John Malkovich, qui fait le maximum pour donner un coup de main à Christine Collins. Le révérand souhaite pour sa part que la police redevienne une administration qui aide le citoyen. Ce qui n'est alors pas le cas puisque comme il le dit si bien, la police, qui possède les lois, se croît au-dessus des lois. Mais toute la police n'est pas corrompue. Ainsi, un officier de police est celui qui va permettre de débloquer la situation en faveur de Christine Collins.
Une autre réussite du film de Clint Eastwood est le fait que le cinéaste américain arrive à mélanger une histoire personnelle avec des faits qui nous ramènent à la vie publique. De surcroît, le film mélange tout à la fois drame et thriller. Car on va de découverte en découverte (et la raison de l'absence de réapparition du vrai Walter Collins fait froid dans le dos) et au bout du compte, le spectateur peut avoir un avis tout à fait personnel sur la fin du film et donc sur la fin de cette histoire.
On appréciera aussi la musique du film, composée par Clint Eastwood, qui accroît l'émotion que l'on a à regarder cette histoire qui semble bien injuste.
Mais au-delà de toutes ces injustices, Clint Eastwood n'est pas totalement négatif sur le genre humain. Ce n'est pas un hasard si dans les dernières minutes du film Christine Collins déclare qu'elle aimerait bien que le film New York-Miami le prix de meilleur film lors des Oscars. Ce qui est le cas. Et cette information, au demeurant anecdotique, montre que Christine Collins est prête à continuer une nouvelle vie. En effet, New York-Miami est une comédie romantique de Frank Capra, réalisateur connu pour garder foi en le genre humain.
Au final, L'échange est un drame intense sur une femme qui veut connaître la vérité. Le film bénéficie d'un excellent scénario et de très bons acteurs, notamment d'Angelina Jolie, qui tient là le rôle de sa vie.
Une nouvelle fois, Clint Eastwood livre un film d'un excellent niveau.





