Déjantés du ciné

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31 mai 2009

Gemini

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Gemini

Réalisation : Shinya Tsukamoto

Avec : Motoki Masahiro, Ryô, Yasutaka Tsuitsui.

Pays : Japon

Année : 1999

Durée : 84

Fiche IMDB

 

Synopsis :

A la fin de l'ère Meiji, dans les années 20, au sein d'une riche et traditionnelle famille de médecins, Yukio exerce son métier, entouré de ses parents et de Rin, son épouse.

Alors que la maison semble soudain hantée par une présence étrange, les parents de Yukio meurent dans des circonstances étranges.

Ce film est l'adaptation d'un roman de Edogawa Rampo ( auteur japonais célèbre ayant choisit ce pseudonyme en hommage à Edgard Allan Poe, au nom quasi imprononçable au pays du soleil levant le traduisant phonétiquement par  Edogawa Rampo).

Ce film, magistral, bien que dans la lignée thématique de Tsukamoto : la morbidité des passions, le fétichisme, les pulsions destructrices et la fusion du corps et de la matière, est étonnant à plus d'un point de vue.

Tout d'abord, Tsukamoto délaisse l'univers urbain qui semblait le fasciner et l'inspirer dans ses précédentes réalisations ( Tetsuo 1 et 2, Tokyo fist, Bullet ballet ) pour ancrer son histoire dans une petite ville du début du siècle. Cela donne au réalisateur l'occasion de réaliser son premier film « historique ».

Accordant la forme au fond, il va s'attacher à dépeindre le quotidien de Yukio et Rin de manière inhabituelle pour lui : les plans sont superbement composés et précis, tandis que la caméra est posée ( pour un film de Tsukamoto). Il semble touché par la même grâce animant Sogo Ichii quelques années plus tôt pour son superbe «  labyrinthe des rêves ». Ce faisant, le réalisateur rend hommage au cinéma classique japonais si réputé pour la maitrise de ses plans, et le côté lent, voire contemplatif de l'action.

La première partie du film est une démonstration éclatante du talent de Tsukamoto qui a su faire évoluer son style si particulier et frénétique jusque là.

Mais si tout se passe sans éclat dans la vie aseptisée de Yukio, médecin reconnu pour son talent et décoré pour avoir exercé avec succès sur le front, force est de constater que peu à peu le voile se déchire sur cette réalité si resplendissante en apparence.

Tout commence par d'étrange odeurs envahissant la maison de manière inexpliquée.

Par petites touches imperceptibles, l'univers de si bien réglé de toute la famille de Yukio et son épouse va basculer tandis que la maison semble hantée par une présence impalpable.

Rin, la jeune épouse de Yukio, sera même jugée responsable des évènements tragiques, notamment la mort du père.

Il faut dire que celle-ci n'a jamais été vraiment été acceptée par les parents de Yukio, d'autant plus qu'un mystère pèse sur elle : elle est amnésique et ne connait rien de son passé.

Les décès mystérieux de ses parents va replonger Yukio dans une réalité autrement plus complexe que ce qu'il acceptait de croire.

En effet, Yukio, élevé dans le cadre traditionaliste de sa famille voit, comme ses parents, le monde de manière manichéenne : un monde où s'affronte le bien et le mal, sans jamais se mêler.

L'une des allégories du Mal est le monde des « taudis » où vivent et s'entassent les pauvres décris comme des êtres aux mœurs dégénérées, dangereuses pour la société, la « bonne » société représentée par Yukio et sa famille. On le devine aisément, cela n'est qu'une transposition des craintes plus contemporaines où la banlieue serait un danger potentiel, un lieu fantasmatique symbole de toutes les déviances.

Le film bascule définitivement lors d'une courte scène où la mère va rencontrer un être étrange et bariolé le soir de sa mort.

C'est à ce moment là que Tsukamoto choisit d'infléchir le cours de la narration, en faisant se rencontrer deux êtres aussi opposés que possible : la mère dévouée et soumise, en costume traditionnel et l'inconnu étrange, bigarré de couleurs vives, à la tenue loqueteuse, sale et au regard si étrangement dominateur.

A cette scène fait écho la rencontre de Yukio et de son double, où Yukio apprend qu'il avait un  frère jumeau, abandonné par ses parents à cause d'une marque jugée honteuse : une tâche en forme de serpent sur la cuisse droite.

On peut supposer que la forme de la tâche n'est pas due au hasard, tant elle est riche de symbolisme : le serpent renvoie au pêché, au mal qui s'introduit dans le jardin d'Eden.

Et c'est bien de cela qu'il s'agit : Sutekichi, le frère jumeau, prend la place de Yukio et joue son rôle, goutant au confort de sa position sociale, de sa renommée et d'un mariage récent.

Plus troublant est le fait que Sutekichi maintienne Yukio captif au fond d'un puit, comme pour avoir le plaisir de lui faire assister à sa lente déchéance.

Sutekichi se montre même cruel en apprenant à Yukio que Rin était sa femme et qu'ils vivaient dans les taudis qu'il déteste tant.

Tsukamoto met en parallèle la lente dégradation de Yukio qui assiste impuissant à l'imposture de celui qui est son frère jumeau et le processus qui conduit Sutekichi à se glisser de plus en plus dans le rôle de Yukio.

Au travers de cela, Tsukamoto ne manque pas de souligner les ressemblances des deux frères : Yukio ressemble à Sutekichi lorsqu'il vivait dans les taudis, et Sutekichi ressemble à Yukio quand tout allait bien.

Il faut noter que la forme du film est double, collant ainsi parfaitement au thème de la gémellité : si les scènes de vie actuelles sont filmées avec le plus grand classicisme, les scènes passées ( ou supposées telles car nimbées de fantasmagorie, les taudis étant un lieu à part, méconnu et pour cette raison quasi fantasmé) permettent à Tsukamoto  de renouer avec son style, à savoir une caméra épileptique, des plans rapides et syncopés contribuant à faire du monde des taudis un milieu trépidant et chaotique, un espace de bruit et de fureur où tout peut arriver, un monde dénué d'humanité, de calme et de douceur car dominé par les règles de la survie.

Tsukamoto semble d'ailleurs renvoyer dos à dos ces deux univers qu'il ne semble pas apprécier : si l'un est le lieu de tous les dangers, l'autre est froidement déshumaniser, calme et austère, d'une rigidité morbide et et maladive, ne laissant pas la place aux sentiments humains.

Une scène est particulièrement démonstrative à cet égard : au début du film, Yukio, au cours d'un repas avec ses parents, fait part à son père de ses interrogations quand aux limites de la médecine et de son rôle  face à la souffrance de ses patients. La réponse du père est une injonction à ne pas se poser de question métaphysique et a agir comme son rôle de médecin le demande.

Sans le vouloir, Yukio, qui se croit fortement ancré dans le monde du bien, est déjà tourmenté et peut être moins manichéen qu'il ne le laisse paraitre. Il va sans dire que la rencontre du frère va le faire évoluer.

Lui qui se croyait incapable de faire du mal, parce que médecin, va tuer son frère après s'être échapper du puit. Curieusement, cet acte barbare et bestial va le faire craquer et souligner son humanité.

Ceci est un trait récurent dans l'œuvre de Tsukamoto : les expériences limites, violentes permettent aux héros de retrouver et d'éprouver leur humanité, qu'il s'agisse de la mise en danger dans Bullet ballet, du fétichisme morbide et masochiste du corps au travers de la boxe dans Tokyo fist, de la transformation dans Tetsuo, le héros, chez  Tsukamoto doit reconquérir son humanité perdue dans la froideur du quotidien et de l'urbanisation dont Tokyo semble être la métaphore la plus cauchemardesque.

Ainsi Yukio trouvera t il un apaisement dans le meurtre de son double maléfique, à la manière d'un William Wilson, une des référence évidente du film à l'œuvre de Poe.

Le dernier plan est, là encore, inhabituel chez  Tsukamoto car porteur d'optimisme : on y voit Yukio partir faire sa tournée de médecin et se diriger d'un pas sûr vers le monde des taudis, comme s'il en avait toujours accepté l'existence.

Si Gemini est un film sur la gémellité, il se démarque fortement de Faux semblant de David Cronenberg où la folie conduisait un des frères jumeau à occaparer la place de son frère parce qu'il refusait le départ de celui-ci avec une femme. Le film de Cronenberg porte plus sur l'aspect fusionnel de la gemellité et le fantasme de l'indifférenciation du corps de l'autre : la folie réside dans le fait de vouloir ne faire qu'un avec l'autre, tandis que dans Gemini la démarche est tout autre. En effet, Yukio, par le biais de son frère, va s'approprier et prendre en compte une réalité qu'il n'admettait pas. Pour cela, il devra admettre sa différence, et plus largement celle des autres.

De manière symbolique, le puit dans lequel l'enferme  Sutekichi représente l'inconscient, le refoulé : il s'agit aussi bien des pulsions destructrices, incompatibles avec la fonction de médecin, que de la représentation sociale de la misère et de la réalité sociale au Japon.  Sutekichi peut même être vu comme une projection fantasmatique synthétisant, matérialisant toutes les frustrations et colères de Yukio.

Tsukamoto fait de Yukio le symbole de la réussite du Japon triomphant, manichéen parce que niant la pauvreté et l'échec, et qui va s'affirmer, devenir plus complexe en prenant conscience de la réalité.

 

Gemini, s'il adopte la forme du film de genre, le retour du double maléfique qui veut se venger, est un film d'une grande richesse qui asseoit définitivement Tsukamoto aux côté des grands réalisateurs japonais.

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25 mai 2009

XXY de Lucia Puenzo

XXY

Réalisé par Lucia Puenzo
Titre international : XXY
Année : 2007
Origine : Argentine
Durée : 86 minutes
Avec : Inés Efron, Ricardo Darin, Valeria Bertuccelli, German Palacios, Carolina Pellentti,..

Fiche IMDB

Résumé : Alex, une adolescente de 15 ans, porte un lourd secret. Peu après sa naissance, ses parents ont décidé de quitter Buenos Aires pour aller s'installer sur la côte uruguayenne, dans une maison en bois perdue dans les dunes. C'est là qu'un couple d'amis venus de Buenos Aires vient leur rendre visite accompagnés d'Álvaro, leur fils de 16 ans. Le père, un spécialiste en chirurgie esthétique, a accepté l'invitation en raison de l'intérêt médical qu'il porte à Alex. Une attirance inéluctable naît entre les deux ados qui va tous les obliger à affronter leurs peurs... Des rumeurs se répandent dans la ville. On commence à dévisager Alex comme si c'était un monstre. La fascination qu'elle exerce risque désormais de devenir dangereuse.


Réalisé en 2007, XXY est le premier film d’une jeune réalisatrice argentine, Lucia Puenzo, fille du cinéaste Luis Puenzo, auteur notamment de L’histoire officielle et de La peste. Le film traite d’un sujet fort troublant : l’hermaphrodisme, mais sans jamais rechercher le sensationnalisme ou la complaisance. D’une grande finesse d’écriture et de style, XXY ne verse jamais dans la facilité et le voyeurisme, ce qui est primordial pour un film au thème aussi dérangeant.

Au contraire, la jeune réalisatrice suit avec une infinie délicatesse et une grande tendresse les états d’âme d’une jeune fille (ou un jeune garçon ?) prénommée Alex, atteinte d’une ambiguïté génitale : d’apparence douce et plutôt féminine, Alex a « les deux »… Aimé(e) de ses parents, Alex a du mal à assumer son hermaphrodisme, d’autant plus qu’âgé(e) de 15 ans, elle (il) est en pleine crise d’adolescence.

L’arrivée du jeune Alvaro va tout chambouler : séduit(e) par le jeune garçon, Alex voit son corps se transformer et s’éveiller au désir… Magnifiquement interprétée par la jeune actrice Inès Efron, Alex va être obligé(e) d’effectuer LE choix : être fille ou garçon… La grande force du film est de considérer Alex non comme une curiosité mais comme un(e) adolescent(e) s’ouvrant aux émois du désir, qui commence petit à petit à découvrir son corps.

Filmé dans de splendides paysages naturels et sauvages dans un coin paumé de l’Uruguay, au bord d’une plage (mais le film pourrait se dérouler n’importe où, d’où l’universalité du sujet), XXY préserve cependant le mystère d’Alex, amenant sans cesse le spectateur à s’interroger sur ce qu’il voit ou croit voir. Lucia Puenzo, un peu à la manière de la jeune cinéaste argentine Lucrecia Martel (auteur des excellents La ciénaga et La niña santa), ne révèle en effet pas tout et conserve tout au long du film une ambiguïté bienvenue qui est aussi celle d’Alex.

Partagé(e) constamment entre le féminin et le masculin, Alex recherche tout simplement son identité propre. Cette hésitation permanente culmine dans une incroyable scène d’amour entre Alex et Alvaro, d’une audace stupéfiante, laissant le spectateur interloqué et troublé.

Le récit, tout en zones d’ombre, est basé sur une mise en scène d’une grande sensibilité, qui englobe les points de vue de tous les protagonistes sans jamais chercher à les juger : Alex, Alvaro, les parents d’Alex, les parents d’Alvaro.

Car si XXY se concentre avant tout sur Alex, le film n’oublie jamais les réactions des adultes et les interrogations de ceux-ci par rapport à la sexualité de leurs enfants. Face à ce phénomène inexplicable, les parents d’Alex et ceux d’Alvaro ne savent pas comment se comporter et sont figés, malgré l’amour qu’ils portent à Alex, entre égoïsme, tolérance et incompréhension. Tout(e) en contradictions, Alex souffre incroyablement de son hermaphrodisme : elle (il) est différent(e).

Et comme chacun sait, ce qui est différent fait peur (et fait même peur à soi-même)… Elle (il) réagit par rapport à cela par un mélange de colère et de sauvagerie qui la ferme au regard des autres. Cette peur de la différence débouche sur une scène très dure, où de jeunes gens intrigués par l’hermaphrodisme d’Alex la (le) contraignent à se déshabiller devant eux. Pire qu’un viol, cette séquence impitoyable dénonce  notre attitude face à ce que nous ne comprenons pas.

Mélodrame délicat et touchant, XXY intrigue, fascine, met mal à l’aise. Mais le film distille au fur et à mesure une émotion qui ne cesse de grandir. D’un cas étrange et particulier, Lucia Puenzo en fait une fable sur la tolérance et sur la quête d’identité, elle touche donc à l’universel. Mais Alex demeure insaisissable, unique. Tout le film chemine sur l’acceptation de son état, de son corps, de son désir, sur la découverte de l’amour, afin qu’elle (il) fasse son propre choix, envers et contre tout.

Sur un sujet casse-gueule, Lucia Puenzo réussit un premier film étonnant qui évite tous les pièges inhérents à ce type de sujet et qui ne sombre jamais dans le pathos. Préservant le mystère d’Alex tout en amenant le spectateur à la (le) comprendre, la jeune cinéaste argentine frappe fort et parvient à rendre son héroïne (héros) attachant(e).

En outre, XXY démontre une nouvelle fois la vitalité actuelle du cinéma argentin et son originalité. Après Lucrecia Martel et le regretté Fabian Bielinsky (cinéaste récemment décédé et auteur des très bons Les neuf reines et El aura, avec Riccardo Dorin, excellent acteur qui joue d’ailleurs le père d’Alex dans XXY), Lucia Puenzo est une réalisatrice assurément à suivre...

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18 mai 2009

Ponyo d'Hayao Miyazaki

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Réalisé par Hayao Miyazaki

Année : 2008

Origine : Japon

Durée : 100 minutes

Avec les personnages de : Sosuke, Ponyo, Lisa, Fujimoto, Koichi...

FICHE IMDB

Résumé : Le jeune Sosuke ramasse un jour un poisson rouge à tête humaine. Ce poisson rouge, qui se nomme Ponyo, souhaite devenir une jeune fille.

Ponyo sur la falaise a été réalisé par Hayao Miyazaki. Ce dernier est désormais depuis de nombreuses années le grand maître de l'animation japonaise. Il est l'auteur de plusieurs films d'animation très connus en France tels que Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Mon voisin Totoro, Le château ambulant ou encore Nausicaa.
Présenté au dernier festival de Venise, Ponyo sur la falaise marque le grand retour de Miyazaki. Il signe là une oeuvre majestueuse, destinée tant aux enfants (la cible principale du film) qu'aux adultes.

On notera que Ponyo sur la falaise est une astucieuse transposition de la petite sirène du conte d'Andersen. Ici, le jeune Sosuke, âgé de 5 ans, recueille chez lui un poisson rouge qui a une tête humaine. Il aime ce poisson rouge et souhaite le protéger pour toujours. Il appelle son poisson rouge Ponyo. Et ce poisson rouge a la volonté de devenir une petite fille.
Miyazaki n'a de cesse dans ce film d'animation de traiter une des thématiques qui lui est chère : l'enfance.
Sa petite héroïne Ponyo, qui est magnifique (voir la scène où elle marche sur les vagues pour rejoindre Sosuke, qui rappelle inmanquablement la fin de Nausicaa), véhicule des idées positives.

Et puis à l'instar d'un film d'animation comme Totoro, Hayao Miyazaki fait intervenir de nombreux éléments fantastiques pour faire rêver son spectateur. Et la magie opère tout le temps. Que l'on soit enfant ou adulte, on est émerveillé par ce film d'animation, en apparence d'une grande simplicité (même au niveau des dessins, Miyazaki ayant décidé d'utiliser des couleurs pastelles et des aquarelles), qui n'est rien d'autre qu'un hymne d'amour à la vie, à la nature.

Car comme dans l'ensemble de sa filmographie, Miyazaki aborde les rapports entre l'homme et la nature. D'habitude, ce thème est traité sur la terre ferme. Ici, il s'intéresse beaucoup à la mer (comme dans Porco Rosso). La transformation de Ponyo de poisson rouge en petite fille a engendré des changements climatiques. Si de manière plus ou moins directe, Miyazaki rappelle au spectateur les risques liés aux changements du climat que l'on connaît actuellement, il reste plutôt optimiste sur les conséquences, comme le prouve la fin du film de Ponyo sur la falaise.

Miyazaki traite également beaucoup dans ce film les rapports familiaux qui sont là aussi plutôt vus comme positifs. Le réalisateur japonais permet une vie quasi idéale entre toutes les générations : enfants, parents, personnes âgées, par le biais du personnage de Sosuke. Ce dernier apprécie sa maman Lisa, son père, les personnes âgées de la maison de retraite.
Mais bien évidemment Ponyo sur la falaise sans les rapports quasi fusionnels qui existent entre Sosuke et Ponyo : les rapports entre ces deux enfants, innocents, sont d'une grande tendresse et sont souvent très drôles. Par exemple, il y a la scène où Ponyo est surexcitée lorsqu'elle arrive pour la première fois dans la maison de Sosuke et où elle souhaite plus que tout manger du jambon !

Il a également la scène où Ponyo use de ses pouvoirs magiques pour agrandir le petit bateau de Sosuke. De surcroît, le chara-design est superbe, les traits des deux enfants ayant été très bien dessinés.
Ce qui permet à Ponyo sur la falaise de rentrer dans le cercle des meilleures réalisations de Miyazaki tient également au ton d'ensemble de ce film d'animation : ce conte est un véritable émerveillement pour les yeux et son côté tout à la fois humaniste et extrêmement positif ne peut que faire plaisir le spectateur en ces temps moroses.
A l'instar d'un Mon voisin Totoro, Ponyo sur la falaise est une sorte d'anti-dépresseur, le parfait remède pour retrouver la pêche.
Rempli de personnages positifs, à commencer par les enfants que sont Ponyo et Sosuke – lesquels représentent l'avenir du monde – Ponyo sur la falaise est une belle réussite de la part d'Hayao Miyazaki. Voilà un film d'animation incontournable qui signe le grand retour du maître japonais de l'animation.

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11 mai 2009

Loft de Kiyoshi Kurosawa

Loft Réalisé par Kiyoshi Kurosawa
Titre international : Loft
Année : 2005
Origine : Japon
Durée : 111 minutes
Avec : Miki Nakatani, Etsushi Toyokawa, Hidetoshi Nishijima, Yumi Adachi, Sawa Suzuki, Haruhiko Kato, Ren Osugi,...

Fiche IMDB

Résumé : Reiko, jeune écrivain auréolée par la récente obtention d'un fameux prix littéraire, étouffe dans son petit appartement tokyoïte. Aidée par son éditeur, elle décide par conséquent de s'installer dans une grande maison isolée de tout. Elle rencontre un archéologue victime d'étranges malaises depuis qu'il a déterré une momie vieille de mille ans.


Réalisé en 2005 juste après l’étrange mais fascinant Dopplegänger (2003), Loft marque a priori le retour du cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa au film de fantôme, genre qu’il a déjà abordé avec succès grâce aux très réussis Séance (2000) et Kaïro (2001).

Comme avec ces deux films, Kurosawa utilise les ficelles du genre pour continuer son exploration des relations humaines et de leur côté ambivalent. D’ailleurs, Kurosawa signe avec Loft un film à mi-chemin entre Séance et l’étonnantJellyfish (2003), parfois difficile d’accès mais toujours passionnant, comme une sorte de film-somme.

Austère mais radical, le film de Kiyoshi Kurosawa égare le spectateur dans les méandres de l'inconscient de ses deux héros marqués par la solitude, admirablement exprimée par la mise en scène aride de Kiyoshi Kurosawa. Loft fait perdre totalement pied au spectateur, l'entraînant vers des territoires inconnus qui sont aussi le miroir des désirs de ses protagonistes esseulés.

A ce titre, la remarquable scène de rencontre entre l'héroïne Reiko (interprétée par la très jolie Miki Nakatani, connue pour son rôle dans les célèbres Ring en 1998 et Ring 2 en 1999 d’Hideo Nakata mais aussi dans le méconnu mais génial Kaosu du même Nakata en 1999) et le docteur Yoshioka (joué par Estushi Toyokawa, vu notamment en 1990 dans l'excellent Jugatsu de Takeshi Kitano et en 1995 dans le sublime Love letter de Shunji Iwai), à travers une fenêtre qui n'est autre que la matérialisation du désir des héros qui veulent à tout prix ne plus être seuls, sera le déclencheur de tous les désirs enfouis.

Cette scène sera reprise dans de nombreuses séquences du film, où Reiko et Yoshioka voient leurs désirs se matérialiser dans la fenêtre d'en face, un peu comme dans le génial Fenêtre sur cour (1954) d’Alfred Hitchcock, ce qui fait que le spectateur ne sait jamais vraiment ce qui se passe à l'écran, égaré entre l'inconscient des personnages et la réalité de ce qui se trame.

Film sur l'incommunicabilité (comme dans le génial Cure en 1997, mais aussi ,dans Kaïro et Jellyfish), sur la solitude qui rend fou (comme Kaïro) et sur le couple (comme Séance), Loft se présente comme un condensé de toutes les thématiques chères à Kiyoshi Kurosawa. Les désirs des personnages les contaminent (la contamination est une autre des grandes thématiques de Kurosawa, comme dans l’excellent Door III qui date de 1996) et s'incarnent dans cette magnifique forêt balayée par le vent qui est la personnification de ces désirs (et cette fois-ci, on pense au remarquable Charisma que le même auteur a réalisé en 1999).

Loft est un film mystérieux qui multiplie les pistes (est-on dans un film de fantômes ? Dans un polar ?) mais débouche sur la notion de culpabilité qui finit par contaminer le héros. Le film, qui a débuté comme une sorte de thriller hitchcockien, se transforme progressivement en un film langien, où la culpabilité du héros ne cesse de s'accroître, cette culpabilité qui est en fait la conséquence de sa solitude et qui finit par remonter littéralement à la surface, comme le montre la magistrale séquence finale, pour le perdre totalement (et là, on pense à La rue rouge que Fritz Lang a réalisé en 1945, son génial remake de La chienne que Jean Renoir a réalisé en 1931, dans lequel le personnage incarné par Edward G. Robinson finit par être dévoré par sa culpabilité). Face à cette culpabilité représentée par la momie, dont on ne sait si elle est réelle ou seulement dans l'esprit de Reiko et Yoshioka, même l'amour naissant entre les deux héros (mais est-ce de l'amour, ou bien seulement la conséquence de leur solitude ?) ne peut rien.

Loft se situe très loin de la vague post-Ring, le réalisateur entraînant son spectateur dans un labyrinthe mental dans un film d'une rare audace et synthétisant toute sa thématique. Le cadre des plans enferme (comme dans Kaïro) de plus en plus les personnages qui finissent par perdre tout sens des réalités, prisonniers de leurs désirs (pour Reiko) et de leur culpabilité (pour Yoshioka).

Au vu des avis mitigés que le film a reçus lors de sa sortie en salles, Loft semble avoir été incompris par une partie de la critique, sans doute déroutée par le faux rythme imposé par le film et la confusion que le métrage engendre, confusion qui est cependant celle des deux héros.

Il est vrai qu'il s'agit d'un film déroutant, mettant très mal à l'aise le spectateur qui ne sait sur quel pied danser. Mais c'est bien ce qui rend le film si fascinant, surtout pour les spectateurs qui connaissent l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa.

Le cinéaste livre en effet avec Loft l'une de ses oeuvres les plus personnelles, très loin des sentiers battus, entre désirs et hallucinations, qui pointe du doigt une solitude de plus en plus pesante et aliénante. C’est d’ailleurs la marque d'un auteur, qui réussit à se réinventer à chaque film, en creusant sans cesse le même sillon.

Loft est une nouvelle pierre à la filmographie extrêmement cohérente de Kiyoshi Kurosawa. Je pense de toute façon que Loft sera de toute façon réévalué avec le temps, comme ce fut le cas pour Jellyfish, mal reçu à sa sortie mais aujourd'hui considéré unanimement comme une réussite totale. Loft est un film à redécouvrir, qui a eu la malchance de sortir au cinéma alors que les spectateurs commençaient à se lasser des films de fantômes japonais.

Après Loft, Kiyoshi Kurosawa a de nouveau réalisé en 2006 un film de fantômes, Rétribution, que je n’ai hélas pas encore vu mais qui semble tout aussi réussi. Son dernier film en date, sorti au cinéma fin mars 2009, est le magistral Tokyo sonata (2008), radiographie saisissante d’une famille japonaise en crise et dans lequel Kurosawa s’éloigne du genre fantastique, comme il l’avait déjà fait dans l’intéressant mais méconnu Licence to live, film datant de 1998. Avec Tokyo sonata, Kurosawa livre sans doute son film le plus abouti, d’autant qu’il n’utilise désormais plus les codes du genre et traite au premier degré tous les thèmes qu’il a déjà abordés en filigrane dans ses films précédents.

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04 mai 2009

Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes

musee1Réalisé par Jean-Michel Ribes

Année : 2008

Origine : France
Avec : Michel Blanc, Victoria Abril, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Isabelle Carré, André Dussollier, Gérard Jugnot, Philippe Khorsand, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Yolande Moreau, François Morel, Dominique Pinon, Daniel Prévost, Muriel Robin, Evelyne Bouix, Pierre Lescure, Jean-Michel Ribes...

Durée : 93 minutes

FICHE IMDB

Résumé : Les comportements drôles, extravagants, étonnants de personnages que l'on retrouve dans un musée.

Avec Musée haut, musée bas, Jean-Michel Ribes adapte sa pièce à succès. En venant au cinéma, on aurait pu craindre que le résultat de l’adaptation de cette pièce soit plus proche d’un téléfilm que d’un film. Heureusement, il n’en n’est rien. Jean-Michel Ribes profite du cinéma pour nous donner un certain rythme à son film, avec notamment des mouvements que l’on ne retrouve quasiment que sur le grand écran (mouvements à la grue en particulier).

Au niveau du film en lui-même, ils montrent une variété de personnes, venues au musée André Malraux, pour voir des œuvres artistiques. A l’image de la société, on a droit à de multiples comportements.
Jean-Michel Ribes semble prendre un certain plaisir à s’attaquer aux gens qui fréquentent les musées. Il y a par exemple les étrangers qui sont fustigés pour leur côté inculte : ainsi, tel est le cas des Anglais dans le film qui n’arrivent même pas à prononcer le nom de Gauguin ; il y a les Allemands qui sont dès le départ pressés d’en finir et qui font une visite du musée au pas de course ; il y a les Japonais qui prennent des photos de tout ce qu’ils voient. Il y a enfin un couple dont la femme est joué par Victoria Abril qui fait preuve d’une inculture assez incroyable avec notamment l’incompréhension qui a lieu quant à la notion d’œuvre qui reste de manière permanente ou non au musée.

Les Français en prennent aussi pour leur grade. Il y a ceux qui cherchent à voir précisément un artiste et qui sont excédés de ne pas le voir directement : tel est le cas du personnage joué par la comique Muriel Robin. Il y a également les personnes qui ne connaissent rien à l’art et qui critiquent ouvertement des grands maîtres sans avoir la moindre idée de leur œuvre : tel est le cas par exemple de la famille dont l’épouse ne supporte pas Picasso. Il y a aussi les gens qui s’extasient devant tout et n’importe quoi, comme c’est le cas du personnage joué par Isabelle Carré.

D’ailleurs, Jean-Michel Ribes en profite pour critiquer ouvertement l’évolution de la notion d’art ou d’œuvre reconnue dans la société. Comme le dit l’un des personnages dans le film, ce qui fait une œuvre d’art, c’est nous, à savoir les membres d’une société. Ce qui peut sembler être du vide aux yeux de certains sera une grande œuvre pour d’autres. Cette notion d’œuvre d’art est donc parfois toute relative. C’est notamment l’art contemporain qui fait l’objet de certaines critiques. C’est le cas notamment dans le film avec quelques créations qui sont exposées dans le musée qui peuvent paraître vraiment ridicules : tel est le cas de la galerie où sont photographiées de nombreux sexes d’hommes ; la galerie où sont exposées des reproductions de mammouths ; la création faite à base de bouteilles en plastique, ou encore la prochaine exposition qui devrait avoir lieu concernant l’art africain.

Jean-Michel Ribes critique également le politiquement correct qui a lieu depuis plusieurs années avec l’écologie qui est désormais la préoccupation de tous. Par le biais du conservateur du musée, joué par un très amusant Michel Blanc, l’écologie est mise à mal. Comme s’il s’agissait d’un recul de la société. Evidemment, le trait est grossi mais sur le fond le réalisateur du film n’a pas forcément tort. L’écologie est certes importante mais on en fait peut-être un peu trop.
Dans tous les cas, avec Musée haut, musée bas, Jean-Michel Ribes fustige les comportements des personnes qui se rendent au musée. Servi par une pléiade d’acteurs connus (citons entre autres Michel Blanc, Victoria Abril, Pierre Arditi, Josiane Balasko, Isabelle Carré, André Dussollier, Gérard Jugnot, Philippe Khorsand, Valérie Lemercier, Fabrice Luchini, Muriel Robin) qui en font des tonnes, le film réserve des moments très drôles. C’est par exemple le cas lors des apparitions de Victoria Abril, qui joue le rôle d’une femme qui ne connaît nullement les œuvres unanimement reconnues ; la conversation entre une femme et des gardiens de musée (galerie réservée aux mammouths) sur la notion d’art ; le moment très drôle où André Dussollier, qui joue le rôle du ministre de la culture, fait dans le politiquement correct lorsqu’il tombe sur la galerie où sont exposées des photographies de sexe alors qu’il considère cela comme parfaitement ridicule ; le moment où des personnes sont isolées dans une pièce et participent à une culture qui se crée par leur biais en direct. C’est pour ma part un des moments les plus amusants du film, montrant à quel point la notion de culture a été tellement élargie de nos jours que l’on peut y ranger tout et n’importe quoi.

Cependant, à mon sens, le film de Jean-Michel Ribes est assez inégal. Plusieurs gags ne sont pas drôles et certains se révèlent même assez agaçants comme l’insistance du mot Gauguin dans le rapport entre le guide et les visiteurs anglais ; les élèves qui viennent au musée et ne cessent de crier ; le rapport entre le personnage joué par Isabelle Carré qui ne cesse de s’émerveiller de tout ce qu’elle voit alors que dans le même temps son compagnon à l’écran, joué par Pierre Arditi, ne cesse de faire la tête et en a dès le départ raz-le-bol d’être dans ce musée.

De plus, à mon sens, le film part complètement en vrille à la fin avec son côté quasiment apocalyptique. En fait, ce qui dessert le film, c’est la redondance ou l’excès de certaines scènes. Le réalisateur Jean-Michel Ribes a trop joué sur la répétition de scènes et il a trop grossi le trait par instants. Du coup, son film s’essouffle sérieusement et tire en longueurs.
Au final, Musée haut, musée bas, est une comédie inégale qui réserve tout de même plusieurs moments assez drôles.

Posté par nicofeel à 21:33 - Comédie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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