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Réalisé par John Cassavetes

Année : 1976

Origine : USA

Durée : 105 minutes

Pour le spectateur habitué aux films de genre traitant de l'univers mafieux et du monde de la nuit, The killing of a chinese bookie est un fim déconcertant.

Assis à une terrasse de café, Cosmo Vitelli (Ben Gazzara) apparaît en premier plan avec son costume kitsh de tenancier d'une boîte de strip minable de la côte Ouest. Un soir, il est invité par le patron d'une salle de jeu voisine. Cosmo s'y rend pour flamber devant ses girls et y perd 20 000 dollars. Afin de payer sa dette, il devra honorer un contrat c'est-à-dire assassiner un bookmaker chinois, dont veut se débarasser le conseil d'administration de la salle de jeu.

Dépouillé à l'extreme avec quasiment aucune musique ni d'effet de mise en scène, meurtre d'un bookmaker chinois est un fim surprenant de réalisme. Il se place en contre-point de films tels que Scarface ou Casino qui esthétise la noirceur du milieu pour le rendre fascinant au spectateur et donc lointain et étranger. Cosmo Vitelli est tout l'inverse. Il vient à peine d'avoir fini d'acheter la boîte et a du mal à payer les filles. Pour autant, il cherche dans cet univers triste et sans glamour à maintenir une parcelle de rêve. Son assurance dans sa manière d'allumer ses cigares, de vouloir faire un brin de philosophie au milieu des ses employées en string le rend tout à la fois dérisoire et sublime.

Car Vitelli est le mafieux humain, démythifié, qui s'infiltre au sein du repère du bookmaker chinois avec une étonnante facilité par rapport aux scènes longuissimes de fusillades dont nous avons l'habitude dans ce genre de film. Humain aussi car Cosmo Vitelli n'est pas un tueur mais le devient avec une assurance dérangeante. Comme nous, ce personnage est rempli de paradoxes et de contradictions. Il aime une femme et veut plaire à toutes, il est miséreux mais a sa cadillac et son chauffeur, il a une balle dans le ventre mais veut rester sur scène pour présenter le spectacle.

Intense et poignant, ce film fait preuve d'une extrème originalité car il saisit au vif sans effet de style, sans fioritures superflues. Bref, un film culte sur l'univers poisseux et miteux de la pègre loin des épopées à la scorsese.