lovelybones2Réalisé par Peter Jackson

Année : 2010
Origine : Nouvelle-Zélande
Durée : 128 minutes
Avec : Saoirse Ronan (Susie Salmon), Mark Wahlberg (Jack Salmon), Stanley Tucci (George Harvey), Rachel Weisz (Abigail Salmon), Susan Sarandon (la grand-mère de Susie), Rose McIver (Lindsey Salmon), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Une jeune fille qui a été assassinée raconte son histoire et assiste au développement de l'enquête qui a lieu pour retrouver son meurtrier.

 

Avec Lovely bones, Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux) adapte La nostalgie de l'ange, roman publié par Alice Sebold en 2002. Nous avions quitté Peter Jackson avec un  King Kong au budget colossal et dont l'aspect rappelait celui des films hollywoodiens à l'ancienne, avec malheureusement un cruel manque d'émotion et une durée un peu trop longue.

 

Désormais, le cinéaste néo-zélandais nous revient avec un film à budget plus raisonnable et surtout avec un film beaucoup plus personnel et ambitieux par les thématiques qu'il développe.

Dans un style qui rappellera à certains le très beau Heavenly creatures, Peter Jackson prend comme personnage principal une jeune fille de 14 ans, Susie Salmon (jouée par la très photogénique Saoirse Ronan), qui a été violée assassinée. En étant dans l'au-delà, aux portes du paradis, Susie Salmon raconte comment était sa vie avant qu'elle soit tuée et durant tout le film on assiste au chagrin des parents Salmon (joués par Mark Wahlberg et Rachel Weisz) qui n'arrivent pas à faire le deuil de leur fille et font tout pour retrouver l'identité du tueur de leur fille. Pendant ce temps, Susie Salmon essaie de rentrer en contact avec ses parents et de leur signifier que le tueur est tout simplement le voisin qui habite la maison en face.

L'un des premiers grands mérites de Peter Jackson dans ce film est d'avoir réussi à mélanger les genres, sans pour autant handicaper la cohérence de son long métrage. Ainsi, le film comprend tout à la fois des éléments fantastiques qui lui permettent de dégager une poésie et une délicatesse sentimentale particulièrement prégnante et des éléments plus « réalistes », qui l'inscrivent dans le mode du thriller.

Les deux genres se répondent parfaitement. Les éléments fantastiques ont principalement lieu lorsque l'on voit la petite Susie Salmon qui est dans un monde fantasmatique qui n'est pas encore le paradis, mais qui s'y rapproche. Avec une nouvelle amie qu'elle a retrouvé, Susie s'invente un monde imaginaire où elle évolue. Les effets spéciaux sont franchement impressionnants et les trouvailles visuelles ne font pas du tout toc. On y croît vraiment. Susie Salmon fait évoluer, au gré de son humeur et au gré de l'humeur des membres de sa famille qui pensent toujours fortement à elle, le monde qu'elle se bâtit dans cet au-delà. Les décors sont superbes et l'on voit par exemple un champ de blé qui donne un aspect apaisé à la scène auquelle on assiste. Il y a aussi le moment où Susie et sa nouvelle amie, Holly, décident de jouer ensemble au gré des saisons. On assiste à une vision tout à fait passionnante de ce que pourrait constituer l'au-delà. 

Pour autant, le film n'oublie jamais de nous rappeler que cet au-delà dans lequel évolue Susie n'est qu'un passage. Elle doit accepter sa nouvelle situation (et ne plus penser à se venger de son tueur) pour accéder, au paradis, tout comme ses parents, meurtris dans leur chair par le décès de leur fille aînée, doivent accepter de faire le deuil. C'est ainsi que les parents, et notamment le père, Jack Salmon (joué par un Mark Wahlberg plutôt convaincant), font tout pour connaître l'identité du tueur. Une grande partie du film consiste donc en une enquête policière. Si le spectateur sait quasiment dès le départ de qui il s'agit, la vraie question est de savoir si la famille Salmon va réussir à démasquer ce tueur et dans quelles conditions. En vue de mettre fin aux agissements de ce serial-killer, Jack Salmon et sa fille cadette, Lindsey, remuent ciel et terre. Un élément d'ailleurs très intéressant dans le film est la façon qu'a Peter Jackson de faire monter la tension en  confrontant ce psychopathe avec soit Suzie Salmon – lors de la découverte du plan machiavélique avec cette cabane souterraine qui fait office de piège – soit Lindey Salmon lorsque celle-ci décide d'aller chercher chez le tueur des preuves de sa culpabilité.

Dans une certaine mesure, le film est aussi une belle réflexion sur la vie. Avec ses très beaux yeux qui donnent un côté nostalgique à Lovely bones, l'actrice jouant Susie n'a de cesse de nous raconter ce qu'elle ne pourra jamais faire, étant décédée. Elle nous invite très logiquement à profiter de la vie. Très belle réflexion sur la vie, sur l'au-delà, sur la notion de deuil qu'il faut réussir à faire, Lovely bones établit une relation entre vivants et morts (à partir de l'idée du souvenir) qui ne manque pas d'intérêt. C'est l'occasion pour le réalisateur du Seigneur des anneaux de démontrer qu'il est capable de faire preuve d'une vraie sensibilité et de dégager une émotion qui envahit le spectateur à son tour.

La distribution du film est dans l'ensemble satisfaisante.

Une mention spéciale à l'acteur jouant le rôle du serial-killer. Il arrive à distiller un vrai sentiment de malaise par sa simple présence. Le seul défaut notable du film est le personnage de la grand-mère, jouée par une exquise Susan Sarandon, mais dont le rôle intervient en décalage avec le ton du film. C'est dommage car du coup le personnage de la grand-mère irresponsable n'apporte rien au film. Ce défaut mineur n'entache pas le plaisir à regarder ce film.

A mi-chemin entre le thriller et le film fantastique, Lovely bones est un film très réussi qui peut se targuer de bénéficier d'images époustouflantes, qui continue de marquer les esprits, longtemps après la vision de ce long métrage. Voilà à n'en pas douter un des films les plus enthousiasmants de ce début d'année 2010.