Poultrygeist_NYC

Réalisateur : Lloyd Kaufman

Année : 2006

Pays : Etats-Unis

Durée : 1h39

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Acteurs principaux : Lloyd Kaufman, Jason Yachanin, Kate Graham, Allyson Sereboff, Robin Watkins, Ron Jeremy, Rose Ghavami, Joshua Olatunde, Caleb Emerson, Khalid Rivera, Joe Fleishaker.

Synopsis : pour se venger de sa rupture avec Wendy, Arbie s'engage dans un Fast food fraichement construit sur les ruines d'un cimetière indien.

 

 

Donnant ouvertement dans la parodie et le clin d'œil à des œuvres phares du cinéma gore, dont Poltergeist, Poultrygeist s'avère être un film certes outrancier mais terriblement jouissif, en plus d'être un film politiquement incorrect et déviant, sans doute l'une des pépites de la célèbre firme Troma qui compte déjà quelques joyaux : Troméo et Juliette, Toxic avenger pour les plus célèbres.

 

Dès la scène d'ouverture, respectant tous les codes du genre, le filmage est nerveux, l'ambiance malsaine à souhait. Le tout saupoudré d'un brin d'érotisme décalé, légèrement bon enfant. On se croirait presque revenu  dans les années 80, lorsque le cinéma de genre n'avais pas peur de briser des tabous.

Cette scène nous montre une « ébauche » d'ébats entre Arbie et Wendy, deux jeunes qui s'aiment certainement mais font preuve d'une maladresse exacerbée par le lieu qu'ils ont choisis : un cimetière indien à l'abandon. Cette profanation semble déclencher le réveil de mort vivants qui, contre toute attente, vont se mêler aux ébats de notre couple trop occupé pour s'en rendre compte : que l'on se rassure, le mauvais goût et l'imagination de Lloyd kauffman ne s'arrêteront pas là !

 

Un an plus tard, Arbie séparé de Wendy partie étudier en Fac la retrouve à l'occasion d'une manifestation contre l'ouverture de l'un des restaurants de la chaine «  Chicken Bunker » sur le site même de leurs ébats passés.

Découvrant l'homosexualité de son ancienne compagne, Arbie jure de se venger en s'engageant dans ce même fast food symbole d'une économie qu'elle rejette tant.

Évidemment, les ennuis ne font que commencer.

L'équipe des employés semblent devoir à eux seuls symboliser toutes les tares ou les craintes des Etats Unis : Denny, le manager afro américain semble s'être résigner à accomplir les pires besognes, endetté qu'il est de son investissement dans l'affaire, Paco Bell, le « cuisinier » homosexuel ne manque pas d'ajouter sa touche personnelle aux plats qu'il concocte, le redneck barbu Carl Jr.  entretien des relations coupables avec les volailles surgelées et Humus, préposée au nettoyage, ne manque pas de terroriser tout le monde en s'agitant frénétiquement dans sa burka écarlate....

 

On le voit, Lloyd kauffman ne donne pas dans la demi mesure et semble vouloir dénoncer et tourner en ridicule toutes les craintes de la société américaine. Le propos ne gagne peut être pas en finesse, mais le film à au moins le mérite d'exister et de dédramatiser tout en dénonçant certaines dérives.

Sont évidemment stigmatisées les multinationales et le peu de cas qu'elles font de la culture, la santé, les lois.

À ce titre, Chicken Bunker cumule les errements : manquement à l'hygiène et aux règles sanitaires les plus élémentaires, management forcené sont au programme, et, cerise sur le gâteau, le prétexte du film : la profanation de cimetière avec la malédiction qui s'ensuit.

Comme de nombreux films de la Troma, Poultrygeist entretient donc bien un fond « politique ».

Mais, comme pour éviter toute censure, ou pour mieux respecter certains codes du cinéma d'horreur lui-même autrefois porteur de message ( j'ai bien dis autrefois), le fond politique est noyé dans un magma ouvertement chaotique et anarchique, comme si le métrage débordait des idées de son réalisateur.

Toutefois, rendons grâce à  Lloyd Kauffman, si chaos il y a, il est jouissif à souhait, et porté par une énergie et un sens du rythme pas toujours présent, hélas, dans les films de la Trauma.

Pour cela, le brûlot à la sauce kauffman pioche allègrement dans les références cinématographiques : Poltergeist, tout d'abord dont le titre du métrage est jeu de mot basé sur une contraction avec le mot poultry ( volaille), mais on peut également trouver des références à Alien pour l'éclosion des œufs pourris devenus monstrueux, sans compter les références aux multiples films de Zombis, même si la référence ultime en la matière est le « Dawn of the dead » de Romero ( des héros enfermés dans un centre commercial et luttant contre les zombis, la ressemblance est troublante...).

Respectant donc les codes du genre, tout en les démontant, Lloyd Kauffman se livre à un joyeux jeu de massacre : la profanation va déchainer les esprits des « Traumahawks », indiens reposant dans l'ancien cimetière, pour une terrible vengeance. En effet, quiconque mangera des burger se verra transformé en horrible poulet mort vivant prêt à dévorer les vivants !!

Donnant dans le gore avec autant de retenue et de finesse que pour la politique, le réalisateur se livre à une surenchère gore avec force effets spéciaux des plus cheap, véritables hommages à eux seuls de tout un pan du cinéma artisanal, aux moyens certes limités, mais faisant toujours preuve d'imagination. On assiste donc à des geysers de « sang » couleur ketchup, à de monstrueuses transformations aux maquillages sur-appuyés le tout baignant dans un humour maison fortement teinté de scatologie ( la scène d'explosion dans les toilettes, en hommage à Street Trash, en est la plus belle illustration) et d'allusions sexuelles.

Bref, le film donne dans la surenchère à tout va, ce qui n'est pas la moindre de ses forces ! En effet, cette surenchère devient presque un leitmotiv, la dynamique même du film, rendue plus efficace encore par un sens du rythme consommé.

Si le film adopte un regard parodique vis à vis du cinéma de genre, il le fait dans le respect de celui-ci et s'avère davantage être une satire sociale purement déjantée, mais pas seulement.

A l'univers gore et satirique, viennent se rajouter pêle mêle un parodie de comédie musicale, où tous les poncifs du genre sont copieusement éreintés ( Chansons stupides et chorégraphie des plus disgracieuse...), la comédie sentimentale ( la liaison entre Arbie et Wendy étant l'un des fils rouge du film) et le teen movie que Lloyd Kauffman semble tant apprécier ( le film dresse un portrait peu sympathique de la jeunesse américaine quasi décérébrée).

Au final, Poultrygeist s'avère être un pur plaisir coupable, jouissif et régressif en diable, à recommander pour une détente absolue.