ler_veitalienAnnée : 2010
Origine : Italie
Durée : 101 minutes

Avec : Riccardo Scamarcio (Nicola), Jasmine Trinca (Laura), Luca Argentero (Libero), Laura Morante (Maddalena), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Dans une Italie de la fin des années 60 en pleine effervescence, un jeune policier, qui souhaite devenir acteur, va devoir faire des choix cornéliens.

Après un sympathique Romanzo criminale (2006), Michele Placido nous revient avec Le rêve italien. Présenté à la 66ème mostra de Venise, le film allie tout à la fois vie privée et grande Histoire. Il se déroule à la fin des années 60, à un moment charnière où des étudiants de tous horizons ont souhaité changer le monde. A l'instar de la France, la société a été remise en cause. En Italie, d'après le film, ce sont le capitalisme d'une part et le milieu bourgeois catholique qui sont remis en question.

Michele Placido livre un film qui rappelle bien évidemment toute cette époque où l'on souhaite plus de liberté, plus d'égalité entre les gens. On voit dans le film toute la volonté de ces étudiants à bloquer le système en place pour ouvrir la voie à un nouveau système. Mais il n'est pas évident de changer comme cela une société et le gouvernement en place ne compte bien évidemment pas se laisser faire.

C'est la raison pour laquelle on voit dans le film à de nombreuses reprises l'intervention des forces de l'ordre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le personnage principal du film, Nicola, est un policier. Ce personnage va de son côté illustrer le changement puisqu'il va laisser son statut de policier pour passer à celui d'acteur de théâtre. On peut immédiatement faire un parallèle avec la vie du cinéaste puisque Michele Placido a été officier de police au début de sa vie professionnelle avant de rejoindre une troupe de théâtre. Le film est donc fortement autobiographique, même si tout cela reste de la fiction.

Michele Placido a souhaité donner une ampleur à son film sur le plan historique. Les partis pris de la mise en scène évoquent bien ce souhait. Ainsi, à de plusieurs reprises, le film se retrouve en noir et blanc, avec tout à la fois des images du film et des images tirées d'archives historiques. Cela démontre la volonté du cinéaste d'inscrire son film sur le plan historique. De la même manière, les ralentis que l'on peut observer à plusieurs reprises ont pour but d'insister sur les événements vécus et de leur donner de la sorte une assise sur le plan historique. La très belle musique du pianiste Nicola Piovani (auteur entre autres de la BO du film Je vais bien ne t'en fais pas) se révèle parfaitement adéquate au sujet évoqué.
Côté mise en scène, on regrettera par contre le filmage caméra à l'épaule lors des scènes d'action, qui donne presque mal à la tête et a surtout une capacité à rendre les événements peu lisibles.

Le rêve italien n'est pas que le souhait d'un cinéaste d'évoquer la période de la fin des années 60. C'est aussi une histoire d'amour avec la description d'un triangle amoureux. Il y a la belle Laura (Jasmine Trinca, vue notamment dans le chef d'œuvre La chambre du fils), issue d'un milieu aisé, qui rejoint les étudiants révoltés et est éprise de deux garçons bien différents : Libero, le chef des étudiants révoltés et Nicola, le policier qui a infiltré le milieu étudiant en se faisant passer pour un étudiant. Comme dans le très beau Mon frère est fils unique, on comprend aisément que ce triangle amoureux ne pourra s'achever que de manière dramatique.

D'ailleurs, on peut faire un parallèle que l'on peut faire entre les histoires privées et la grande Histoire. Dans les deux cas, le rêve ne se sera pas concrétisé. Le changement tant souhaité par certains n'aura pas eu lieu et tous les personnages vivront par la suite la vie de leur côté. Comme l'indique si justement une des répliques du film Nous nous sommes tant aimés (la référence de la fresque historique et politique), « on a voulu changer le monde mais c'est le monde qui nous a changé ».

Si Michele Placido fait preuve d'intentions tout à la fois louables tout au long de son film, on regrettera tout de même le fait que les scènes s'enchaînent rapidement et qu'au final, le cinéaste n'approfondit pas vraiment son sujet sur le plan historique, politique et économique. L'ensemble est évoqué mais de manière très générale. Cela reste une analyse de surface? C'est d'autant plus dommageable que les acteurs, qui sont loin d'être des inconnus, se révèlent  tous très bons.
En raison d'un traitement insuffisant de son sujet principal, Le rêve italien demeure un bon film mais n'atteint pas le niveau du chef d'oeuvre Nous nous sommes tant aimés voire même de l'excellent Mon frère est fils unique. Dans ces deux films cités, l'engagement des cinéastes sur le plan politique est bien plus important et donne un réel intérêt aux films.

Le rêve italien est malgré tout un film à conseiller, ne serait-ce que pour le public français en raison des quelques citations aux films français de la Nouvelle vague, et notamment des parapluies de Cherbourg de Jacques Demy.