kaboomTitre du film : Kaboom
Réalisateur : Gregg Araki
Année : 2010
Origine : Etats-Unis
Durée : 86 minutes

Avec : Thomas Dekker (Smith), Haley Bennett (Stella), Juno Temple (London), Roxane Mesquida (Lorelei), Chris Zylka (Thor), James Duval (le messie), Kelly Lynch (Nicole), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Smith, jeune étudiant américain avec un mode de vie particulièrement libéré, a des visions étranges qui l'amènent à faire des recherches sur une personne disparue.

Considéré comme un des réalisateurs américains actuels les plus trash, Gregg Araki revient avec Kaboom à ses premières amours. Exit le drame façon Mysterious skin et la comédie potache façon Smiley face.

Kaboom donne singulièrement l'impression d'être un gros délire, filmé sous acide. Le spectateur connaisseur des premières œuvres d'Araki est un terrain connu, peut-être même un peu trop car les références à Nowhere et The doom generation sont explicites.

Ici, comme dans tous ses films, Gregg Araki traite de la jeunesse américaine qui apparaît vraiment complètement paumée, en perte totale de repères.

La première preuve de la difficulté de ces jeunes de se raccrocher à des normes clairement établies est l’ambiguïté sexuelle qui se dégage tout au long du film avec des personnages qui se couchent tous les uns avec les autres. Le principal protagoniste, Smith, donne au départ l'impression d'être homosexuel puisqu'il flashe sur son colocataire, le beau blond mais un tantinet débile Thor (qui rappelle le blond de Splendor, du même Araki), mais dans le même temps il couche avec la blonde London, toujours ouverte à une relation sexuelle. Le personnage de Smith tente même de stabiliser sa relation lorsqu'il souhaite être avec London pour autre chose qu'un simple plan baise.

D'autres personnages sont du même acabit avec certaines personnes à tendance bi-sexuelles. Et puis même lorsque l'orientation sexuelle est bien établie, à l'instar de l'amie de Smith, Stella, qui est une lesbienne assumée ou de sa copine du moment Lorelei, le couple demeure très fragile.

Kaboom va jusqu'à nous narrer une expérience à trois qui est parfaitement en phase avec le reste du film. Le sexe devient une sorte d'exutoire, une façon d'oublier tous les problèmes quotidiens. C'est par exemple le cas de London qui souhaite instamment coucher avec Smith car elle est stressée en raison d'un examen qui est proche et a donc besoin de se détendre. On notera au passage que trois des personnages du film, à savoir Smith, London et Lorelei sont véritablement assoiffés de sexe et sont du coup capables d'épuiser leur partenaire. Pour preuve, ce dialogue savoureux de Stella qui déclare à Lorelei qu'elle n'en peut plus et que si ça doit continuer comme ça, son « minou va exploser ». Les dialogues du film sont au demeurant particulièrement provocateurs, avec des propos sexuels on ne peut plus clairs. Mais tout cela se passe sur un ton très drôle, comme lorsque Smith parle de son sexe en évoquant le terme de « tuyauterie » ou lorsqu'il a une terrible envie d'aller aux toilettes et qu'il déclare qu'il a « envie de pisser comme une femme enceinte ».

Smith est du reste le symbole de cette jeunesse désorientée. A lui tout seul il est un paradoxe : d'un côté il est toujours prêt à coucher aux gens qui s'offrent à lui ; d'un autre côté il cherche à stabiliser ses relations sur le plan sexuel.

La deuxième difficulté de cette jeunesse américaine de se raccrocher à des normes est ce besoin essentiel de quitter le monde réel de manière provisoire en allant à des fêtes, en buvant de l'alcool, en fumant des drogues douces ou encore en mangeant des space cookies. C'est d'ailleurs en mangeant des space cookies que Smith a des hallucinations ou peut-être tout simplement des rêves prémonitoires. Sur ce point, le film demeure extrêmement mystérieux, laissant la part belle à tous types d'interprétations par le spectateur. Avec une mise en scène inventive et adaptée à son sujet par l'utilisation de floutages et de flashbacks, le côté rêve est clairement mis en avant. Il y a aussi le beau travail apportée à la photographie qui participe à cette ambiance hallucinée avec de nombreux filtres colorés (sans compter les yeux très bleus de certains des protagonistes). Tout cela aboutit à se demander si ce qui arrive à Smith est bien réel ou si c'est le résultat de délires quasi paranoïaques ?  Cette ambiance lynchienne (le cinéaste s'est d'ailleurs déclaré très influencé par la série Twin peaks de David Lynch) n'est pas sans rappeler l'excellent Mysterious skin de Gregg Araki. Mais ici, si le fond est sérieux, la manière de le raconter ne l'est pas du tout.

Gregg Araki continuer d'explorer des thèmes qui lui sont chers avec la thèse du complot, du kidnapping (qui fait penser au kidnapping par des extraterrestres dans Nowhere du même Araki) ou encore des sectes. Le côté paranoïaque qui parcourt tout le long du film donne une ambiance vraiment étrange à Kaboom. Quel est le lien de cette jeune fille rousse  qui a été kidnappée par des hommes portant des masques d'animaux puis assassinée avec Smith ? Pourquoi Lorelei, la petite amie de Stella, semble avoir des pouvoirs paranormaux ? Voilà autant de questions qui ne seront résolues qu'à la fin du film, dans un final apocalyptique complètement délirant, qui fait sans conteste penser à Nowhere et à The doom generation, mais en pire. Car là Gregg Araki apporte une vision planétaire à son film, avec cette thématique de fin du monde. Sur ce sujet, on appréciera la présence en forme de clin d'oeil de l'acteur James Duval (présent dans la « teen apocalypse » de Gregg Araki) dans le rôle d'un gourou censé annoncer la fin du monde. Mais tout cela n'est évidemment pas à prendre au premier degré. L'évocation d'une secte de l'ordre nouveau combattue par une organisation secrète dénommée la résistance est tellement délirante que l'on n'y croit pas une seconde. Mais cela participe parfaitement à l'ambiance chaotique de ce film et en faisant de ces jeunes des victimes d'un système (l'idée de leurs pouvoirs paranormaux qui leur été transmis suite à un kidnapping), Gregg Araki continue de montrer une jeunesse à la dérive, mais cette fois-ci victimes de phénomènes extérieurs. Certaines idées au niveau de la mise en scène sont particulièrement bien vues, à l'instar des divers split-screen qui ne sont pas sans rappeler les thrillers à la Brian de Palma. Et puis l'image qui se détruit souligne bien le côté nihiliste de ce film.

La thématique fin du monde est aussi étayée par une musique qui ambiante qui prend tout à la fois des accents pop que des accents house ou rock. La BO du film participe bien à l'ambiance étrange de cette œuvre qui ne se prend pas au sérieux mais comporte malgré tout une conclusion assez peu enthousiasmante. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le dernier morceau du film est le cultissime Bitter end du groupe Placebo. Et puis toute cette musique correspond bien à ce qu'écoute toute cette jeunesse américaine.

Kaboom est sans conteste une véritable curiosité, un film déjanté qui doit beaucoup à la personnalité de son réalisateur mais aussi à son excellente distribution. Les acteurs, pour la plupart inconnus (hormis la jeune française Roxane Mesquida, vue notamment dans le terrible A ma soeur ! ou encore dans Une vieille maîtresse de Catherine Breillat), sont parfaits dans leurs rôles respectifs. La beauté de tous ces acteurs accroît le côté sitcom de l'ensemble. Mais ici il s'agit bien d'une sitcom trash avec en tête d'affiche un héros, Smith, incarné avec conviction par un Thomas Dekker qui fait étrangement penser aux personnages joués par James Duval dans les premiers films d'Araki.

A tout juste cinquante ans (il est né le 17 décembre 1959), Gregg Araki continue d'avoir un regard original sur la jeunesse américaine, très loin de ce que l'on peut voir dans le cinéma traditionnel. Pour cela, Gregg Araki continue d'être un cinéaste majeur à surveiller de près. On attend donc avec jubilation son prochain film.