potiche2Titre du film : Potiche
Réalisateur : François Ozon
Année : 2010
Origine : France
Durée : 103 minutes

Avec : Catherine Deneuve (Suzanne Pujol), Fabrice Luchini (Robert Pujol), Gérard Depardieu (Maurice Babin), Karin Viard (Nadège), Judith Godrèche (Joëlle Pujol), Jérémie Rénier (Laurent Pujol), Élodie Frégé (Suzanne Pujol jeune), Sergi Lopez (un routier espagnol), etc.

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Résumé : L'émancipation d'une femme au foyer à la fin des années 70.

Après son incursion peu convaincante dans le fantastique avec le film Ricky ou plus récemment son intéressant film sur la maternité avec Le refuge, François Ozon nous revient en très grande forme avec Potiche.

Avec un tel titre, on pouvait craindre une parodie ridicule sur les années 70. Il n'en n'est rien. Certes, comme dans son film 8 femmes, François Ozon a effectué une reconstitution minutieuse des années 70. Ainsi, tous les personnages ont des coupes de cheveux super gonflées et Judith Godrèche a un brushing à la Farrah Fawcett. Les vêtements taille haute sont de sortie, de même que les pattes deff et les cols roulés. Quant aux papiers peints, ils comportent souvent des couleurs orangers et des fleurs. Les téléphones sont de gros téléphones analogiques filaires. Catherine Deneuve, l'actrice principale du film, conduit une autobianchi rouge, petit véhicule typique de cette époque.

Mais François Ozon ne s'est pas contenté de reconstituer un cadre qui rappelle les années 70. Sur un ton parodique qui fait fureur avec des dialogues hilarants, le réalisateur français ne s'est pas gêné pour livrer un vrai message tant social que politique.

François Ozon dresse le portrait d'une famille bourgeoise à la fin des années 70 – le film se déroule en 1977 – ce qui lui permet d'évoquer une époque où les choses étaient  différentes d'aujourd'hui sur certains points et identiques sur d'autres. Le titre Potiche se réfère à la situation initiale de Suzanne Pujol qui est la fille d'un riche industriel - qui a fait fortune dans la vente de parapluies - et qui a épousé Robert Pujol, un homme particulièrement autoritaire qui domine l'entreprise familiale tout comme sa propre famille d'une main de fer. Robert Pujol est finalement le symbole d'une époque où l'homme est considéré comme l'être dominant et où la femme est réduite au rôle de femme au foyer et n'a pas le droit de donner son avis. Notre pauvre Suzanne accepte tout, aussi bien de vivre dans l'ombre de son époux que d'être trompée par ce dernier. Monsieur Pujol déconsidère tellement son épouse qu'il en oublie même son anniversaire. Il lui propose alors qu'elle s'achète un cadeau et qu'il la remboursera après ! Bref, le tableau est loin d'être idyllique pour celle qui est même traitée par sa fille de potiche.

Mais l'intérêt ou plutôt l'un des intérêts du film est bien de montrer à travers l'évolution du personnage de Suzanne celui de femmes qui sont sur la voie de l'émancipation. François Ozon évoque sans conteste ce mouvement qui ne va cesser depuis lors de prendre de l'ampleur. Pour autant, la chose est loin d'être acquise dès le départ comme le prouve le personnage de Suzanne qui n'a pas vraiment le droit à des égards (« Tu as un avis ? » lui déclare son mari) avec un mari dominant à tous points de vue. Mais profitant d'ennuis de santé de son mari, Suzanne va avoir sans conteste l'occasion de prouver qu'elle est loin d'être une potiche en reprenant les rennes de la société et surtout en proposant de multiples idées novatrices. Catherine Deneuve qui joue le rôle de Suzanne a véritablement un rôle en or. L'actrice est pleine de vie et attire autour d'elle par son personnage ô combien positif et sympathique tous les suffrages des spectateurs. Mieux, l'évolution de son personnage est spectaculaire, lui permettant non seulement de prendre à un moment donné les rennes de la société familiale mais en outre de se lancer en politique.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Suzanne a un slogan de campagne intitulé « La liberté guide nos pas ». C'est une allusion évidente au chant du départ puisque les premières paroles de celui-ci sont : «  La victoire en chantant nous ouvre la barrière. La liberté guide nos pas. Et du nord au midi, la trompette guerrière a sonné l'heure des combats. Or, ce même chant du départ a été utilisé par Valéry Giscard d'Estaing qui en a fait son chant de campagne lors de son élection présidentielle en 1974. Et puis le titre original du chant du départ (qui a été changé par Robespierre) est Hymne à la liberté. Cela fait bien écho à la situation de Suzanne qui prend les choses en main et décide enfin de vivre sa vie.

Si l'ascension de Suzanne est peu crédible, cela demeure sans importance. Car le propos d'Ozon est très clair : évoquer l'émancipation des femmes à une époque où le machisme est encore ambiant. Suzanne se retrouve d'ailleurs avec des idées en phase avec son temps, déclarant à sa fille que si elle ne souhaitait pas un nouvel enfant, il existe la pilule et que dans tous les cas, l'avortement (qui a été légalisé en 1975 par Simone Veil, soit pendant le même septennat durant lequel se déroule l'action du film, sous Valéry Giscard d'Estaing) reste possible. On appréciera le fait que Suzanne devient une pure féministe et que c'est au contraire sa fille, victime d'idées conservatrices sur le plan familial, qui finit par devenir la potiche de service. Suzanne fait également des émules autour d'elle puisqu'elle réussit à avoir l'assistante et maîtresse de son mari qui se rallie à sa cause, allant jusqu'à distribuer des tracts clandestinement en faveur de la candidate Suzanne aux législatives.

Si la thématique socio-familiale est très présente dans le film d'Ozon, le réalisateur se permet également de brocarder l'ensemble de la classe politique. C'est d'abord Nicolas Sarkozy qui en fait les frais avec Robert Pujol qui reprend les fameux « Casse-toi pauvre con » et « Travailler plus pour gagner plus ». Ne cherchant pas à inscrire son film dans une idéologie particulière, François Ozon a la bonne idée de faire que son héroïne se porte candidate aux législatives en tant que « sans étiquette », autrement dit sans parti politique avec elle. C'est tout l'intérêt de constater que Suzanne réussit à bouger les lignes en battant tous les représentants des divers partis politiques, et notamment le communiste Maurice Babin (Gérard Depardieu), censé pourtant représenter le peuple lors de ses revendications salariales.

Le cinéaste François Ozon a la bonne idée de terminer son film par le succès de son héroine aux législatives qui va pour l'occasion chanter le morceau « C'est beau la vie » (réinterprété par Benjamin Biolay). Ce morceau prouve à lui tout seul l'évolution de la situation de Suzanne, qui est désormais pleinement épanouie.

Et puis la musique a une importance fondamentale dans le film. Elle comporte tout à la fois un aspect nostalgique avec tous ces flash-backs qui évoquent le passé (avec une belle Elodie Frégé dans le rôle de Suzanne jeune) mais aussi un rappel, évident à cette société des années 70 avec des tubes de Il était une fois (Viens faire un tour sous la pluie) ou de Michèle Torr (Emmène-moi danser ce soir). C'est au demeurant cette nostalgie qui ramène sur la piste de danse de la boîte Le Badaboum le député-maire Maurice Babin et Suzanne Pujol dans une chorégraphie improbable.

Comédie de mœurs, le dernier film de François Ozon est tout à la fois un film sur la guerre des sexes avec cette Suzanne Pujol symbole de femmes prêtes à prendre leur destin entre leurs mains et à ne plus se cacher comme par le passé (voir la révélation sur ses nombreux amants dans le film) mais également un film sur la guerre des classes avec d'un côté un patronat obtus (Robert Pujol) et de l'autre un prolétariat revendicatif.

Ajoutons que la distribution du film, de grande qualité, est au top niveau avec, outre une Catherine Deneuve volontaire et drôle, un Fabrice Luchini qui en fait des tonnes dans un rôle de dirigeant macho, un Gérard Depardieu nostalgique dans son rôle de député-maire amoureux transi mais également des seconds rôles savoureux où l'on croise Karin Viard, Judith Godrèche, Jérémie Rénier et Sergi Lopez dans un caméo en forme de clin d’œil.

La réussite de ce film est totale et il ne serait pas étonnant que ce long métrage constitue le film français de l'année.