Coup de projecteur sur 10 films qui ont marqué les années 2001 à 2010 :

Alors que l'on commence tout juste l'année 2011, un petit rappel sur des films ayant marqué les dix dernières années ne manque pas d'intérêt.

Cette rétrospective, qui se base sur mon film préféré de chaque année, est forcément subjective mais elle met tout de même en valeur dix films qui ont fait parler d'eux lors de leur sortie et qui continuent pour certains à marquer durablement le septième art.

Les films en question :

2001 : La chambre du fils de Nanni Moretti (Italie) ;

2002 : Parle avec elle de Pedro Almodovar (Espagne) ;

2003 : Le retour du roi de Peter Jackson (Etats-Unis) ;

2004 : Old boy de Park Chan-Wook (Corée du Sud) ;

2005 : The descent de Neil Marshall (Royaume-Uni) ;

2006 : Le labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (Etats-Unis) ;

2007 : Anna M de Michel Spinosa (France) ;

2008 : There will be blood de Paul-Thomas Anderson (Etats-Unis) ;

2009 : Morse de Tomas Alfredson (Suède) ;

2010 : Le soldat dieu de Koji Wakamatsu (Japon).

 

lachambredufils2001 : L'année de Nanni Moretti

Le renouveau du cinéma italien n'a pas encore débuté que déjà l'un de ses fers-de-lance, Nanni Moretti, se fait particulièrement remarqué en cette année 2001 où il obtient la palme d'or avec La chambre du fils.

Réalisateur italien engagé, comme le prouvent ses derniers films (Le caiman), Nanni Moretti est aussi capable de faire des longs métrages d'une grande sensibilité, à la thématique universelle. C'est le cas ici avec La chambre du fils où il interprète lui-même le rôle principal du film, celui d'un père de famille qui a bien du mal à faire le deuil de son fils.

Ce film montre très subtilement la dislocation des relations au sein d'une famille suite à la mort accidentelle d'un enfant.

Toujours situé dans un ton juste, le film de Nanni Moretti ne sombre jamais dans le pathos. Au contraire, le cinéaste italien manifeste à travers ce film une sensibilité à fleur de peau. La fin du film, vue comme une ouverture vers l'extérieur, est bien dans l'idée que la vie doit  continuer malgré tout.

Voilà un très beau film, où tous les acteurs jouent parfaitement leur rôle (en plus de Nanni Moretti, l'actrice Laura Morente est remarquable), qui constitue indéniablement une des palmes d'or de Cannes les plus justifiées.

 

parleavecelle2002 : Un film de Pedro Almodovar à l'honneur

Si Pedro Almodovar n'a pas eu droit pour sa part à une récompense majeure dans un des trois festivals incontournables (Berlin, Cannes et Venise), il n'empêche que ses films sont bien souvent d'une grande qualité. Avant de tourner Parle avec elle, Pedro Almodovar est dans une excellente phase, après avoir mis en scène des films tels que En chair et en os (1997) et Tout sur ma mère (1999).

Le cinéaste espagnol réalise même avec Parle avec elle un véritable chef d’œuvre sur un sujet pourtant particulièrement casse-gueule.

En effet, le film évoque tout de même une relation sexuelle qu'a un infirmier avec une femme tombée dans le coma, ce qui a pour effet de la ramener durablement à la vie. Autour d'un sujet que certains pourraient qualifier de prime abord de scabreux, le cinéaste réussit à tisser un drame d'une grande intensité, où finalement tous les personnages ont leurs raisons propres et où personne n'est à blâmer.

Pedro Almodovar en profite pour évoquer une thématique qui lui tient à cœur : la vie et la mort, et il rend grâce une fois de plus à la beauté des femmes, ici sous les traits des superbes Leonor Watling et Paz Vega.

Mis en scène brillamment, avec un superbe travail opéré sur la photographie, Parle avec elle est un film qui laisse aussi la part belle à ses acteurs. Voilà donc un film à voir ou à revoir.

 

 

leretourduroi2003 : Peter Jackson termine sa trilogie du seigneur des anneaux

Capable dans ses jeunes années de films d'horreur ultra gore avec Bad taste (1988) et Braindead (1993), Peter Jackson est également l'auteur de drames intimistes, d'une grande finesse comme Heavenly creatures (1996) ou Lovely bones en cette année 2010.

En adaptant le seigneur des anneaux, Livre le plus lu du vingtième siècle derrière la Bible avec un nombre incalculable de fans, Peter Jackson était donc attendu au tournant. Le résultat est à la hauteur des espérances.

Si ce troisième volet du seigneur des anneaux (après la communauté de l'anneau, sortie au cinéma en 2001 et les deux tours, sortie en 2002) est très axé sur les combats – comme dans le livre d'ailleurs – il donne lieu à de grands moments de bravoure et à des combats titanesques.

Certains moments du film restent durablement gravés dans les mémoires, comme lorsque les Rohirrim viennent au secours de Minas Tirith (certainement la plus belle scène de charge vue au cinéma) ou lorsque Eowyn affronte le terrible seigneur des Nazguls. Sans oublier le courage de Sam aux fins de secourir Frodon et de l'amener jusqu'à la montagne du destin. La fin du film est très émouvante avec tous les personnages principaux qui regagnent chacun des horizons différents.

Ce film clôt de manière admirable cette fantastique trilogie du seigneur des anneaux en atteignant une dimension dramatique rarement vue dans un blockbuster. On attend avec impatience Peter Jackson dans deux ans, lorsqu'il va nous montrer son adaptation de Bilbo le hobbit, qui devrait sortir en décembre 2012 puis en décembre 2013.

 

oldboy2004 : La Corée du Sud bouscule la hiérarchie établie

Si la Corée du Sud possède un auteur reconnu mondialement avec Im Kwon Taek,le renouveau de ce pays est assuré par de nouveaux cinéastes tels qu'Im Sang Soo, Lee Chang Dong, Hong Sang Soo et donc Park Chan Wook. Avec son film Old boy qui a obtenu le grand prix du festival de Cannes en 2004, ParK Chan Wook entre dans la cour des grands. 

Et il faut dire que c'est mérité. Old boy constitue le deuxième film de la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook après Sympathy for Mr vengeance (2003) et avant Lady vengeance (2005).

Ce long métrage part d'un postulat pour le moins original avec Oh Dae-Soo, un père de famille au dessus de tout soupçon, qui est enlevé devant chez lui et qui est placé dans une cellule isolée. Il va rester 15 ans dans cette cellule avec une télévision mise à disposition pour lui montrer l'évolution de la société.

Évidemment, le spectateur ne sait pas plus qu'Oh Dae-Soo pourquoi il a été kidnappé ni pourquoi il  est resté autant de temps dans une cellule. C'est alors qu'un jeu de pistes particulièrement tordu est créé par le ravisseur d'Oh Dae-Soo, jusqu'à une révélation étonnante qui est véritablement l'apothéose de ce film. Avant d'en arriver là, le réalisateur Park Chan-Wook aura fait montre de son talent de cinéaste avec une mise en scène d'une grande fluidité et des scènes inoubliables.

A cet effet, on a droit à des scènes surréalistes avec par exemple Dae-Soo qui sort d'une malette ou encore le ravisseur muni d'un masque à gaz qui observe Dae-Soo qui est endormi. Mais sans conteste la scène la plus marquante est ce superbe plan de séquence où Dae-Soo, armé d'un marteau, combat pendant plus de 3 minutes une douzaine d'hommes dans un couloir. Culte !

Marqué par la formidable performance de l'acteur Choi Min Sik dans le rôle d'Oh Dae-Soo, Old boy est un film  captivant. Il est aussi le symbole de la montée en puissance de la Corée du Sud sur le plan cinématographique.

 

thedescent22005 : Le cinéma d'horreur revient en force

Pour les fans du genre, Neil Marshall est le cinéaste du bourrin mais inégal Dog soldiers, un film sur des militaires qui se font dégommer par des loups-garous.

Pourtant, réalisé par le même cinéaste,The descent constitue le choc de l'année 2005. Le réalisateur britannique transcende le genre (le cinéma d'horreur) pour donner lieu à un survival de grande classe.

Dans ce film, Neil Marshall met en scène six femmes – qui au demeurant se comportent comme des hommes – venues se débarrasser de leurs soucis quotidiens le temps d'un week-end en faisant de la spéléologie dans les Appalaches.

Dans un environnement hostile peuplé de monstres humanoïdes, ces femmes reviennent à une nature primitive et leur unique interrogation est de survivre. The descent est prenant de bout en bout dans un endroit obscur qui est à déconseiller aux claustrophobes.

La fin du film bénéficie d'un twist des plus intéressants qui ne laisse pas de place au happy end. Voilà un film majeur du cinéma d'horreur et même du cinéma tout court, à ranger aux côtés de films qu'il cite implicitement, Alien et Predator.

 

lelabyrinthedepan2006 : Une année prolifique sur le plan cinématographique

En cette année 2006, les chefs d’œuvre sont de sortie. Le choix a donc été draconien. Le regard aurait aussi bien pu se porter sur La vie des autres du jeune cinéaste allemand Florian  von Donnersmarck que sur l'excellent Black book de Paul Verhoeven. Mais non la première place va revenir à Guillermo del Toro. Réalisateur de plusieurs films reconnus dans le genre avec Mimic (1997), L'échine du diable (2002) et Blade 2 (2002), Guillermo del Toro rentre avec Le labyrinthe de Pan dans une nouvelle dimension.

Ce film joue astucieusement sur deux aspects antinomiques : la réalité avec en 1944 la guerre d'Espagne en toile de fond et le rêve avec ce conte qu'est amené à vivre une petite fille. De manière particulièrement adroite, del Toro mélange ces deux éléments. La mise en scène est d'ailleurs d'un incroyable dynamisme, de telle sorte que l'on est emporté par cette histoire.

D'un côté, on a la petite Ofélia qui vit avec sa maman et a peur de l'homme que cette dernière fréquente, le terrible Vidal, capitaine de l'armée franquiste. D'un autre côté, la petite Ofélia vit des aventures extraordinaires par le biais du dieu Pan.

Mais ces êtres merveilleux existent-ils vraiment ou ne sont-ils pas tout simplement le fruit de l'imagination de cette jeune fille pour échapper à la réalité ? Car le quotidien est loin d'être plaisant avec un  Vidal qui représente à lui seul le fascisme.  Sergi Lopez  est à cet égard parfait dans le rôle de Vidal ; il représente sans conteste un des « méchants » les plus impressionnants et les plus charismatiques de l'histoire du cinéma.

Film magistral où il y a une antinomie entre fascisme et merveilleux, Le labyrinthe est rempli d'images fabuleuses. Sa fin est a fortiori très réussie. Ce film marque durablement la rétine.

 

annamphotos2007 : Un cinéaste français surprend son monde

Comment penser que le réalisateur de La parenthèse enchantée (2000), chronique sur les années post 1968, film certes sympathique au demeurant mais pas vraiment transcendant, serait capable de livrer un drame d'une grande intensité ? Pas grand monde.

Et pourtant, en traitant à l'écran le cas d'une érotomane amoureuse d'un médecin père de famille, le réalisateur Michel Spinosa dresse le portrait d'une femme excessive, qui n'en demeure pas moins humaine.

A cet égard, la composition d'Isabelle Carré est époustouflante dans le rôle de cette femme amoureuse à la folie. Le tour de force de Michel Spinosa est de mettre le spectateur en empathie avec ce personnage d'Anna alors que celle-ci commet des actes répréhensibles. Preuve que le personnage d'Anna a parfaitement été travaillé, évitant toute caricature.

A noter également l'excellente interprétation de Gilbert Melki dans le rôle du médecin dont est amoureux Anna. Évidemment, le film ne serait pas aussi réussi sans une mise en scène bien adapté à son sujet, où Michel Spinosa filme au plus près du corps d'Isabelle Carré.

Ce grand film est aussi la preuve que le cinéma français peut encore faire de grandes choses.

 

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2008 : Un film de Paul-Thomas Anderson confirme tout le bien que l'on pense de ce réalisateur

Auteur de films d'excellente facture avec Magnolia (2000) et Puch drunk love (2003), Paul-Thomas Anderson a l'habitude de prendre son temps. Bien lui en a pris car avec There will be blood il donne au spectateur une fresque sociale d'une grande intensité, malgré sa durée de 2h38.

Ce film commence par la découverte d'un premier puits de pétrole au début du XXème siècle par le personnage de Daniel Plainview jusqu'à la crise de 1929. There will be blood dresse le portrait d'un incroyable self-made-man, ce Daniel Plainview, prêt à tout pour réussir. Cet homme s'avère être quelqu'un d'aussi sombre sur le plan relationnel que le pétrole qu'il chérit tant. Daniel Day-Lewis a très logiquement obtenu l'oscar du meilleur acteur pour ce rôle.

On notera également la composition de Paul Dano, excellent en prêtre radical. Pour parachever le tout, on a droit tout au long du film à une mise en scène fluide, à une superbe photo et enfin à la musique inspirée de Jonny Greenwood (guitariste du groupe de rock alternatif Radiohead).

En somme, le jeune Paul-Thomas Anderson (il est né en 1970) prouve avec ce film qu'il est un auteur américain surdoué, pétri de talent.


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2009 : La Suède fait un retour fracassant sur le devant de la scène

Avec une avalanche de films sur la thématique du vampire, difficile de renouveler ce mythe. C'est pourtant ce que réussit brillamment à faire le réalisateur suédois Tomas Alfredson, qui offre  une vision originale du vampire que l'on n'avait pas vu depuis l'excellent Aux frontières de l'aube (1988) de Kathryn Bigelow.

Dans Morse, le fait d'être immortel n'est pas ressenti comme une bénédiction, c'est plutôt le fait de devoir tuer des gens pour se nourrir qui est vécu comme un fardeau.

Le cinéaste Tomas Alfredson ne se contente pas de brosser un film fantastique. Au contraire, le fantastique n'est qu'un des éléments de son film.

Morse se déroule dans les années 80 dans une petite ville de Suède où le temps est particulièrement peu clément puisqu’il y fait très froid et la neige est omniprésente. Dans ce cadre où la vie semble assez rude, on va suivre la rencontre entre deux personnages qui sont rejetés, exclus par le monde qui les entoure. Dans Morse, on assiste ainsi  à une belle histoire d'amitié/d'amour pur entre deux êtres très différents : Oskar, un jeune garçon blond de 12 ans qui est martyrisé par ses camarades de classe et Eli, une jeune fille brune, énigmatique, qui se révèle être un vampire.

La mise en scène de Tomas Alfredson est parfaite, privilégiant des gros plans sur les visages qui permettent ainsi de voir les beaux yeux bleus d’Eli, ce qui renforce le côté mystérieux voire envoûtant (ne pas oublier qu’elle est un vampire) de son personnage. Les rapports entre Oskar et Eli sont très forts, ce que rappelle sans équivoque l'une des très belles scènes finales du film. Chronique fantastique d’une grande sensibilité, Morse est un véritable bijou. 

 

lesoldatdieuyes 2010 : Le Japon retrouve les sommets

Le soldat dieu est évidemment le plus récent de cette liste puisqu'il n'est sorti sur les écrans français qu'en décembre 2010. Dans une année 2010 où les grands films se comptent sur les doigts d'une main, le cinéaste Koji Wakamatsu a su tirer son épingle du jeu avec son histoire de lieutenant de l'armée japonaise revenu de la guerre sino-japonaise en héros mais privé de ses bras et de ses jambes.

Si le film de Wakamatsu mérite de figurer en bonne place, c'est en raison de thématiques fortes qui y sont développées : le cinéaste s'en prend clairement à un nationalisme aveuglant  mais aussi à un machisme ambiant.

Pour Wakamatsu, l'expression de soldat-dieu n'a rien d'honorable. Elle renvoie en fait à un nationalisme exacerbé. Dans le film, on voit par exemple qu'il y a une propagande de tous les instants qui est véhiculée par le média présent partout à l'époque, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, à savoir la radio. Du coup, tout le monde ou presque se met à la cause de l'Empire.

Ce soldat dieu est aussi le symbole du machisme ambiant de l'époque. Cet homme-tronc, le lieutenant Kurokawa, ne peut plus que manger et dormir. Pour autant, il continue d'exprimer ses envies à son épouse. Sa femme, Shigeko est sous son emprise. Seulement, le réalisateur a la bonne idée de montrer qu'en temps de guerre, les rapports de force ne sont plus les mêmes, a fortiori quand on est fortement handicapé. Shigeko en vient progressivement à se venger. Cette révolte ne peut être que salutaire.

Par ailleurs, le lieutenant Kurokawa, est in fine le symbole d'un Japon en pleine déconfiture. Son suicide coïncide d'ailleurs avec la fin de la guerre marquée par la capitulation de l'empire du Japon le 15 août 1945. Du début à la fin du film, la guerre est au demeurant vilipendée par son inutilité. Ce n'est pas anodin si la dernière image du film est celle de la bombe atomique.

Wakamatsu réalise ainsi avec Le soldat-dieu un film extrêmement abouti qui  se révèle un formidable plaidoyer contre la guerre. Dans un style très sec et sans concession, le cinéaste en profite également pour s'insurger contre une société japonaise des années 40 alors rétrograde, tant par son nationalisme exacerbé que dans les relations entre hommes et femmes.

C'est la fin de cette rétrospective. On se donne rendez-vous dans dix ans pour la rétrospective des dix meilleurs films des années 2011 à 2020 !