fighter

Titre du film : Fighter

Réalisateur : David O. Russell

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée du film : 100 minutes

Avec : Mark Wahlberg (Micky Ward), Christian Bale (Dicky Eklund), Amy Adams (Charlene Fleming), Melissa Leo (Alice Ward), Jack McGee (George Ward), etc.


FICHE IMDB

Résumé : Un biopic sur le mythique boxeur Micky Ward.

 

Depuis Million dollar baby (2004) de Clint Eastwood, on n'avait pas connu ça : un film sur la boxe qui nous émeut profondément.

Et pourtant c'est bel et bien le tour de force que vient de réussir le cinéaste David O. Russell, auteur jusque-là de films sympathiques mais qui étaient loin de casser la baraque (Les rois du désert ; J'adore Huckabees).

Avec Fighter, le réalisateur américain s'inspire de la vie de Micky Ward, boxeur légendaire qui, après une série importante de défaites, a connu une ascension majestueuse le menant jusqu'au titre de champion du monde en 2000. Pour autant, il ne faut pas s'y tromper : on n'est pas dans un Rocky. Les combats que l'on voit dans le film sont certes importants car ils sont très intenses.

Mais ce qui passionne David O. Russell c'est sans conteste tout le contexte familial. Ainsi, dans le film la clé des défaites et des victoires tient en particulier des relations qu'entretient Micky Ward avec sa famille. Cette dernière vit dans une ville pauvre des Etats-Unis, Lowell. Le frère aîné (de 7 ans) de Micky Ward, Dicky Ward fut à la fin des années 70 une star locale après avoir vaincu le boxeur Sugar Ray (1978) mais depuis il est tombé dans la consommation du crack et n'a jamais pu relancer sa carrière.

Au début du film, on le voit entraîner de façon très irrégulière (retards fréquents) son frère Micky dans une salle de sport minable. On comprend que Micky ait dès lors du mal à s'en sortir dans le milieu de la boxe. Surtout que sa mère, qui s'est autoproclamée comme étant son manager, lui trouve des combats complètement foireux contre des adversaires qui ont bien souvent un poids nettement supérieur à celui de Micky Ward, d'où des résultats catastrophiques.

Le film relate bien dans sa première partie cette série infernale de défaites où Micky se prend branlée sur branlée. Malgré cela, Micky continue de faire confiance à son frère Dicky et sa mère, véritable matriarche qui règne en maître sur ses 7 filles avec qui vit. Fighter établit bien la difficulté de Micky qui voit clairement qu'il n'y a pas d'espoir à continuer de la sorte et qui a cependant besoin de sa famille. Sa famille étouffe Micky Ward et l'empêche de progresser mais il en a besoin. Même quand il décidera de prendre de la distance avec sa famille, Micky Ward continuera d'être lié avec elle. Le lien qu'il a avec son frère Dicky est révélateur des liens qu'il a avec sa famille : bien que Dicky soit très différent de lui, il reste son grand frère, qui fut autrefois son idole. On comprend implicitement que c'est Dicky qui a donné envie à Micky de faire de la boxe. La relation entre ces deux frères est forte et le cinéaste David O. Russell l'exprime parfaitement par le biais d'une distribution de qualité.

Sans conteste, les acteurs du film s'en sortent à merveille. Mark Wahlberg est parfait en Micky Ward, boxeur qui cherche à faire évoluer sa carrière car il sait qu'il n'est plus très jeune et que son temps est compté. Mais c'est surtout Christian Bale, qui demeure inoubliable en Dicky Ward. Il a d'ailleurs obtenu cette année l'oscar du meilleur dans un second rôle. Et c'est complètement mérité au vu de sa performance. Christian Bale incarne réellement Dicky Ward, cet homme irresponsable qui fut jadis un boxeur brillant mais qui a depuis été aspiré par le monde de la drogue. Comme dans The machinist, l'acteur s'est d'ailleurs astreint à un régime des plus draconiens pour donner physiquement un aspect encore plus proche de la réalité. Avec ce personnage, Christian Bale réussit tout à la fois à faire rire le spectateur (voir les fois où il se jette de son immeuble pour atterrir dans les poubelles, afin d'éviter sa mère), à l'agacer par son côté cinglé et à l'émouvoir car au fond Dicky n'est pas un mauvais garçon mais un homme tourmenté (voir les séquences à la prison). David O. Russell, qui a décidé de coller au plus près de la réalité, a pris le parti de rappeler que la chaîne HBO a tourné en 1995 un documentaire sur Dicky Ward mais il ne s'agit pas, comme le croyait Dicky, d'un documentaire à sa gloire mais en fait d'un documentaire sur les méfaits du crack (« High on crack street : lost lives in Lowell »). Si Christian Bale crève l'écran dans ce film, il n'est pas le seul à surprendre. L'actrice Amy Adams, vue jusque-là dans des films gentillets tels que Sunshine cleaning et Une nuit au musée 2, est méconnaissable en barmaid particulièrement sexy. Elle joue bien le rôle de cette femme qui, à l'instar de Dicky Ward, n'a rien fait de sa vie, mais va pousser son petit ami Micky Ward à évoluer. Très juste dans son jeu d'actrice, elle aurait très bien pu obtenir un prix. Mais on ne peut malheureusement pas le donner à tout le monde. En l’occurrence, l'oscar de la meilleure actrice dans un second rôle est revenu cette année à Melissa Leo qui joue dans ce film en interprétant le rôle d'Alice Ward. Cette dernière est marquante en mère dominatrice qui entend faire ce qu'elle veut de ses enfants. Dans un style différent de celui de Dicky, elle est également à côté de la plaque avec ses tenues vulgaires qui lui donnent presque un air de prostituée et avec sa croyance qu'elle est un manager de boxe alors qu'elle n'y connaît rien !

Nanti ainsi d'un casting quatre étoiles, le film part sur de bonnes bases. Encore faut-il que la mise en scène suive. Et de ce côté-là, c'est aussi la satisfaction qui domine. Fighter débute astucieusement par une interview qui introduit en quelque sorte l'histoire. Et puis très logiquement il se termine justement par une autre interview (avec la bonne idée d'introduire lors du générique de fin les deux véritables frères, Micky Ward et Dicky Eklund). David O. Russell respecte bien l'histoire qu'il est en train de traiter, à savoir un biopic sur un boxeur célèbre. A plusieurs reprises, la coloration de l'image change, lui donnant un aspect proche du documentaire. C'est certainement une façon pour le réalisateur d'inscrire ses personnages dans l'Histoire. Et puis il faut dire que les combats n'en sont que plus réalistes. Ces combats de boxe sont bien filmés, en étant proches des personnages. On ressentirait presque les coups portés par les boxeurs. Le paroxysme des combats est atteint lors du dernier combat où Micky Ward se bat pour le titre de champion du monde. L'issue incertaine de ce combat (ce que relatent les commentateurs dont semble se moquer David O. Russell car ceux-ci laissent entendre lors de plusieurs combats que Micky Ward ne fait pas le poids avant de l'encenser comme si de rien n'était quand il gagne) rend la scène d'autant plus captivante.

Le film Fighter peut aussi se targuer d'une bande son de qualité qui s'avère extrêmement éclectique. On a de la musique pop des années 80 avec Dance hall days de Wang Chung, lequel est connu pour avoir composé la musique originale de l'excellent film Police fédérale Los Angeles de William Friedkin. Mais on entend surtout du pur rock avec notamment le groupe mythique Led Zeppelin et leur titre Good times bad times ou encore les Rolling Stones avec Can't you hear me knocking. Des groupes comme les Red hot chili peppers avec Strip my mind et Aerosmith avec Back in the saddle apportent aussi leur pierre à l'édifice pour donner un côté punchy au film. Ce dernier se termine plus tranquillement, tout en émotion, avec du Ben Harper et un titre évocateur : Glory and consequence.

Au final, Fighter constitue un excellent film. Au-delà du fait qu'il s'agit d'un film sur la boxe, c'est une belle réflexion sur les relations humaines, avec des acteurs de grande qualité qui font passer des moments d'émotion. Bien plus fin qu'un Rocky, Fighter glorifie certes un personnage symbolique de l'Amérique triomphante, mais il le fait avec subtilité. Il montre qu'avec la volonté et l'envie, on peut parfois soulever des montagnes.