12700

Jusqu'au 31 juillet 2011 se tient une exposition exceptionnelle à la Cinémathèque française (à Paris tout près de Bercy) sur le maître américain Stanley Kubrick auteur de seulement 12 films (fear and desire, son premier film est à considérer comme un film amateur) en 44 années d'une carrière exemplaire où tous les genres cinématographiques majeurs sont représentés :la guerre (Spartacus, Full Metal Jacket), le space opera (2001 odyssée de l'espace), le drame (Lolita), l'horreur fantastique (Shining), le film historique (Barry Lindon), le film noir (le baiser du tueur, l'ultime razzia) et les inclassables : Orange mécanique (satire & anticipation) Dr Follarmour  ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (humour noir ?).

L'expo  est plutôt classique. On déambule de film en film dans un ordre chronologique (de Fear and Desire jusqu'à Eyes wide shut) avec à la fin un espace consacré aux films non réalisés :
- le fameux Napoléon, au scénario et repérage achevés mais les studios y ont renoncé suite à l'échec cuisant de l'excellent Waterloo de Sergei Bondarchuk (sublime film de guerre russo-italien très réaliste à voir d'urgence).
- AI, intelligence artificielle, film sans cesse repoussé en attendant des effets spécieux au point et qui sera réalisé 2 ans après la mort de Kubrick par son ami Spielberg.
- Aryan papers, film sur la seconde guerre mondiale et l'élimination des Juifs qui ne vit pas le jour car la Liste de Schindler venait de sortir.
Enfin, l'expo s'achève sur le premier métier de Kubrick : la photographie (pour le magazine LOOK).

L'expo se décompose principalement de photos, souvent de tournage avec Stanley Kubrick présent. C'est curieux de voir le temps défilé sur 5 décennies. Les films kubrickiens passent évidemment le temps (comme le bon Bourgogne) : du noir et blanc au technicolor en passant par la folie pop pour finir par les années 80-90.
En outre, quelques (trop) rares objets de films sont présents. Quelques-uns sont marquants comme son 1er scénario envoyé à lui même et jamais ouvert (afin de pouvoir prouver qu'il en est l'auteur), le casque born to kill, divers costumes (Barry Lindon, et Spartacus principalement), la maquette du vaisseau spatial Discovery et un fauteuils blanc du milk bar des Droogs issu d'Orange mécanique. C'est assez troublant de voir ces objets devant soi de films aussi "cultes".
L'expo se veut intéractive par la diffusion d'extraits de films ou d'interviews (Spielberg parlant des Sentiers de la Gloire) mais le visiteur "entre dans le film" 2001 par une démonstration de la projection frontale - trucage utilisé durant la scène du prologue de 'l'aube dans l'humanité". En fait, le procédé est assez simple ; on projette une image sur un miroir partiellement argenté de 90 cm de diamètre, monté à environ 20 cm de l'objectif à un angle de 45°. La caméra filmait à travers le miroir, dont la surface réfléchissait sur l'écran projeté.

Pour conclure, même si cette expo se tient dans un haut lieu de la cinéphilie, c'est remarquable d'observer que le 7ème art peut être un sujet à part entière comme l'est la peinture ou la photographie. Le cinéma, né officiellement en 1895, est enseigné mais il manque des musées à sa gloire. Avec les nouvelles technologies (internet, vidéoprojection...), on pourrait imaginer des lieux entièrement dédiés à cet art.

Seul petit bémol, le prix de l'expo: 10 € ça fait cher. Pour ceux qui n'ont pu se rendre à Paris, je conseille la bible de tout kubrickien : livre sk
C'est issu des archives de Kubrick et la plupart des photos vues à l'expo sont dans ce livre indispensable (544 pages, pour environ 47 €, édition Taschen).