lecomplexeTitre du film : Le complexe du castor

Réalisatrice : Jodie Foster

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée du film : 91 minutes

Avec : Mel Gibson (Walter Black), Jodie Foster (Meredith Black), Anton Yelchin (Porter Black), Riley Thomas Stewart (Henry Black), Jennifer Lawrence (Norah), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Walter est un homme déprimé qui n'arrive plus à communiquer avec son entourage. Il décide alors d'utiliser une marionnette pour dire ce qu'il pense franchement. 

 

Présenté cette année au festival de Cannes en sélection officielle (hors compétition), Le complexe du castor représente le troisième film derrière la caméra de l'actrice Jodie Foster. A l'instar de ses deux précédents longs métrages en tant que cinéaste, à savoir Le petit homme (1992) et Week-end en famille (1996), Jodie Foster traite avant tout dans Le complexe du castor de la famille.

Ici, on suit Walter Black (Mel Gibson), un homme qui a tout pour être heureux. Sur le plan professionnel, il est à la tête d'une entreprise de jouets. Sur le plan personnel, il est marié avec Meredith, une femme qui est ingénieur (Jodie Foster). De plus il a deux enfants. Pourtant, malgré tout cela, Walter Black n'est pas bien dans sa peau. C'est un homme dépressif qui n'arrive plus à communiquer avec les gens qui l'entourent, et qui passe ses journées à prendre des médicaments et à dormir.

Son épouse, qui a tout fait pour lui, ne sait plus comment faire. D'autant que la personnalité négative de Walter se transmet sur ses enfants. Le jeune Henry se révèle particulièrement solitaire alors que l'adolescent Porter ressemble de plus en plus à son père, ce qui l'indispose au plus haut point. C'est donc avant tout pour le mal qu'il cause sur le moral de ses enfants que Meredith décide de le mettre à la porte de sa maison.

Walter, qui rate de peu le suicide dans une scène tragi-comique, récupère dans une poubelle une marionnette de castor. Même si l'on n'y fait pas forcément attention, l'instant est très symbolique. Le fait d'aller chercher quelque chose dans une décharge est une façon pour Walter de faire table rase du passé (qui est donc mis à la poubelle) et de s'accorder un nouveau départ.

Le problème reste cependant entier. Walter est toujours déprimé et ne peut supporter la personne qu'il est devenue au fil du temps. De plus, comment obtenir une nouvelle chance alors que l'on a perdu toute crédibilité au niveau de son entourage ? Pour résoudre cette question, Walter prend le parti d'utiliser sa marionnette qui va parler à sa place et représenter en quelque sorte un nouveau Walter. En prenant un timbre de voix différent de la sienne, Walter crée donc un nouveau Walter, un Walter plus serein, plus optimiste, qui affronte plus facilement la réalité.

Cela étant dit, Walter doit d'abord réussir à faire accepter le principe de cette curieuse thérapie (la marionnette du castor étant sans cesse accrochée au bras droit de Walter) à son entourage. Tout comme il n'est pas évident pour la réalisatrice Jodie Foster de faire accepter cette marionnette pour le spectateur. Car au début que l'on voit le castor, on a tendance à en rire en se disant que cet homme, Walter Black, est complètement malade. Oui, mais voilà, c'est le but même du film de Jodie Foster. Sur un thème aussi sérieux que la dépression, avec cette histoire de marionnette, Jodie Foster s'attaque à un sujet risqué qui aurait pu sombrer dans le ridicule. La cinéaste américaine évite à tout moment cet écueil et réussit au contraire à montrer de manière admirable à quel point la dépression est un processus destructeur dont il est difficile d'en sortir.

Même lorsque Walter Black revient dans la maison familiale avec un optimisme retrouvé, on voit bien malgré tout qu'il y a toujours un malaise. Certes, Walter réussit à nouveau à se faire aimer de son épouse et à se faire apprécier de son jeune fils. Walter obtient également la reconnaissance de ses collègues de travail en remettant la société à flot et en créant une nouvelle ligne de jouets, tout simplement monsieur Castor qui devient rapidement le numéro 1 des ventes.

Oui mais voilà tout cela n'est que de la poudre aux yeux. Walter Black n'arrive pas à affronter la réalité sans passer par sa marionnette qui joue le rôle d'une sorte de tampon. Pourtant, cet état de fait ne peut durer indéfiniment. Comme on a coutume de le dire, la réalité finit toujours par vous rattraper. Walter n'échappe pas à cette règle. Si au début du film, la marionnette apporte une touche de gaieté, d'amusement (voir par exemple la scène où Walter prend la douche avec sa marionnette) - même pour le spectateur -, progressivement elle crée une situation de malaise et on voit bien que le film ne peut que virer au drame. L'épouse de Walter, Meredith, ne peut plus supporter ce castor (voir la scène où Meredith ne peut plus supporter d'avoir dans le lit conjugal cette marionnette qui donne l'impression de faire un ménage à trois, ou pire d'avoir un époux qui ne s'assume pas en tant que tel) et les événements s'enchaînent de façon inexorable contre Walter. Ce dernier est amené à frapper involontairement son fils aîné, Porter, qui ne le supporte pas (sûrement parce qu'il lui ressemble de plus en plus) et plus tard dans le film à commettre un acte irréparable qui va signifier la fin de sa nouvelle vie avec le castor tout comme la fin de son aventure professionnelle.

Le film de Jodie Foster est poignant et très fort sur le plan émotionnel. On s’accroche aux différents personnages du film. Car si Mel Gibson est touchant dans le rôle de cet homme vulnérable qu'est Walter Black, il n'est pas le seul à féliciter. Les autres acteurs du film sont formidables. A commencer par Jodie Foster qui, outre le rôle de réalisatrice, tient également celui de Meredith, l'épouse de Walter. Elle constitue judicieusement son opposé. Elle est une femme aimante, calme, posée, accomplie dans son travail. Elle permet au spectateur de s'interroger sur la question de la normalité. En effet, comment fait-on quand on a un chez soi son conjoint qui agit de façon bizarre et que, quoi que l'on fasse, cela ne sert à rien ? La réalisatrice Jodie Foster a réussi son film car celui-ci évoque des questions universelles autour de la famille.

Les autres acteurs du film ne sont pas cantonnés à de simples seconds-rôles. Anton Yelchin est très bon dans le rôle de Porter, le fils aîné des Black, qui hait son père et cherche à se différencier de lui, comme le prouvent tous les « post it » qui égayent le mur de sa chambre et rappellent toutes les similitudes qu'il a avec son père. Avec le personnage joué par Anton Yelchin, Jodie Foster aborde de manière frontale le mal-être adolescent. Cette question est également au coeur des préoccupations de la belle Norah, l'amie de Porter, qui est interprétée par l'excellente Jennifer Lawrence, découverte dans le film Winter's bone. Le personnage de Norah a très bien été étudié et apporte un complément important dans ce film. Norah est une jeune femme qui a tout pour être heureuse. Elle est belle, elle est jeune, elle est brillante à l'école. Et pourtant, elle n'est pas heureuse. Elle n'arrive pas à se remettre du décès de son frère qui est mort d'une overdose. Le personnage de Norah, qui est joué avec beaucoup de justesse, donne une dimension supplémentaire au film. Il expose clairement au spectateur que l'on peut tous être sujet à un mal-être intérieur, pour diverses raisons. La problématique est de réussir à en sortir et de s'appuyer sur les gens que l'on aime.

La fin du film, même si elle est un peu trop rapide et quelque peu convenue, étaye bien cette idée.

En conclusion, sans avoir l'air d'y toucher, Le complexe du castor constitue un véritable film d'auteur. Le pari était loin d'être gagné d'avance pour Jodie Foster qui s'est attaquée à la question de la dépression en utilisant brillamment un ton tragi-comique. Mel Gibson, star sur le déclin en raison de ses frasques sur le plan personnel, est brillant dans le rôle d'un homme détruit qui cherche à se reconstruire. A lui seul, il justifie que l'on aille voir ce complexe du castor.