j'airencontrélediableTitre du film : J'ai rencontré le diable

Réalisateur : Kim Jee-Woon

Année : 2011

Origine : Corée du Sud

Durée du film : 142 minutes

Avec : Lee Byung-Hun (Soo-Hyun), Choi Min-Sik (Kyung-Chul), Chun Kook-Haun (capitaine Jang), Oh San-Ha (Ju-Yeon), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un agent secret cherche à se venger d'un serial killer qui a tué sa petite amie.

Réalisé par le sud-coréen Kim Jee-Woon (Deux soeurs ; A bittersweet life), J'ai rencontré le diable est un thriller qui rejoint la longue liste des films du même genre estampillés Corée du Sud.

Pour autant, le film fait preuve d'une certaine originalité et d'un degré de violence qui est tout bonnement estomaquant.

Le film débute avec un serial-killer, kyung-Chul (Choi Min-Sik), qui prend un plaisir certain à maltraiter des jeunes femmes. Après les avoir blessé et violé, il les torture en découpant leurs corps en plusieurs morceaux. Sa dernière victime en date, Ju-Yeon, n'est autre que la fiancée de Soo-Hyun (Lee Byung-Hun), un agent des services secrets. Ce dernier est alors obnubilé par l'idée de venger sa copine.

De façon assez rapide, il retrouve la trace du tueur. Mais il ne le tue pas. Non, il entend le faire souffrir. Pas en le gardant avec lui mais en étant à ses trousses en permanence. Pour ce faire, il introduit une puce GPS dans le corps du meurtrier. L'originalité du film réside dès lors dans le fait que les rôles se sont inversées : le tueur n'est plus le chasseur mais le chassé. Ses faits et gestes sont contrôlés par Soo-Hyun qui ne manque pas de le blesser gravement à plusieurs reprises.

Dans cette entreprise, la violence atteint un niveau rarement vu au cinéma. Car si le tueur Kyung-Chul est blessé en de nombreuses occasions, le choix de Soo-Hyun qui est de le poursuivre sans pour autant vouloir le tuer immédiatement ou le livrer à la police, cause de nombreuses victimes collatérales. Ainsi, Kyung-Chul, tueur particulièrement sadique et malin, prend plaisir à tuer entre autres des gens dans un taxi et un pharmacien. Sans compter la tuerie qu'il va commettre vers la fin du film.

En le traquant de la sorte, Soo-Hyun laisse la possibilité au tueur en série de continuer à perpétrer ses meurtres. Dès lors, la question que pose indubitablement le cinéaste est celle de l'intérêt de la vengeance. Ce déchaînement de violence ne sert à rien.

Et puis, Kim Jee-Woon laisse le spectateur s'interroger sur le fait de savoir si en combattant un monstre de la même façon que lui, on ne devient pas également un monstre. Il faut bien voir que les méthodes employées par Soo-Hyun sont plus que contestables. D'abord, au début du film, il s'en prend à des suspects qui n'ont rien à voir avec cette histoire. Ensuite, il traque de manière quasi aveugle le tueur en série, ne se rendant pas compte que les morts qui se succèdent attestent de son manque de lucidité et du côté inutile de sa vengeance. Enfin, son choix de punir ce tueur de la même façon qu'il le fait avec ses victimes n'est pas digne d'un être humain raisonnable.

A cet égard, les nombreuses scènes sanguinolentes, gore, qui émaillent le film n'ont pas un côté « fun » mais au contraire sont là pour montrer que la violence n'aboutit à rien, sinon à un surcroît de violence.

Loin de certains films américains qui posent la vengeance de manière binaire (il y a les gentils d'un côté, les méchants de l'autre), J'ai rencontré le diable amène le spectateur à s'interroger sur la violence. Il n'y a pas ici de propos réactionnaire. Si la fin qui est réservée au tueur est pour le moins horrible, il faut bien garder à l'esprit que les dernières images du film sont celles d'un « héros » qui pleure à chaudes larmes.

Sur le plan de la mise en scène, J'ai rencontré le diable est parfaitement maîtrisé. Les excès de violence sont particulièrement bien mis en valeur. Si le film dure plus de 2h20, on ne s'ennuie pas une minute. Le film tient bien le rythme sur toute sa durée. Il est haletant de bout en bout, avec notamment de nombreux rebondissements.

Les deux acteurs principaux du film sont très bons. Choi Min-Sik (l'acteur principal dans l'inoubliable Old boy de Park Chan-Wook, film également sur la vengeance) incarne à merveille le rôle du tueur détraqué qui prend un plaisir certain à faire souffrir ses victimes. L'acteur réussit même à apporter un humour noir au film.

Quant à Lee Byung-Hun (déjà vu dans A bittersweet life, un autre thriller de Kim Jee-Woon), il joue bien le rôle de ce personnage qui, à l'opposé du tueur, est un homme qui ne laisse pas transparaître ses sentiments et entend se venger de manière froide.

Au final, voilà un thriller plutôt original qui est rondement mené. Si le film est une vraie réussite, il reste tout de même réservé à un public averti, au regard de ses nombreuses scènes violentes.