virus1Titre du film : Virus

Réalisateur : Kinji Fukasaku

Année : 1980

Origine : Japon

Durée du film : 125 minutes pour la version française (158 minutes pour la version originale)

Avec : Glenn Ford (le président Richardson), Robert Vaughn (le sénateur Barkley), Henry Silva (le général Garland), Sonny Chiba (docteur Yamauchi), Masao Kusakari (docteur Yoshizumi), Olivia Hussey (Marit), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Après un accident, un virus mortel se propage dans le monde entier.

 

Le japonais Kinji Fukasaku est reconnu aujourd'hui mondialement avec son excellent Battle royale.

Pour autant, il serait extrêmement injuste de réduire sa filmographie à ce film-choc. Réalisateur au début de sa carrière de nombreux films violents et controversés qui se déroulent dans le milieu de la pègre japonaise (Le cimetière de la morale, Combat sans code d'honneur, Police contre syndicat du crime), le cinéaste japonais s'est également tourné vers des co-productions internationales, bénéficiant de budgets plus conséquents.

Ce fut le cas le Tora ! Tora ! Tora ! (1970). C'est également le cas du film Virus, qui a coûté beaucoup d'argent mais a été un échec commercial. Est-ce la raison pour laquelle ce film est tombé dans un relatif oubli ? Sans doute, car si l'on juge Virus à ses thématiques et à son traitement, ce film mérite largement d'être (re)découvert.

Avant d'en venir au film proprement dit, il convient de se replacer à son époque. Le film date de 1980. On est donc en pleine guerre froide, période de tensions entre les deux puissances les plus importantes du moment, à savoir les États-Unis et l'URSS. Cette période a été marquée notamment par une course aux armements. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si dans les premières minutes du film un scientifique se permet la remarque suivante : « Cette course aux armements, il faut la laisser tomber. »

C'est dans ce contexte extrêmement tendu que Kinji Fukasaku décide de mettre en scène son film Virus, en se basant sur un roman de l'écrivain japonais Sakyo Komatsu.

Le film se déroule grosso modo en deux parties. Dans la première partie, on voit la diffusion d'un virus (la « grippe italienne ») à l'échelle planétaire qui fait des ravages incroyables. Rien ne semble l'arrêter. Dans la deuxième partie, on assiste à la vie quotidienne des quelques survivants, qui ont migré Antarctique et qui tentent de sauver leur peau coûte que coûte. Pour résumer, on est avec Virus dans une sorte de mélange entre le film-catastrophe et le film apocalyptique.

Le réalisateur ne fait pas dans la dentelle et sa vision du monde est extrêmement pessimiste. Certaines scènes du film sont véritablement marquantes. A titre non exhaustif, on peut citer le fait que : face à la crise le Japon adopte une loi martiale où les militaires brûlent les gens ; les villes se retrouvent complètement dépeuplées et même désertes ; le président américain agonise seul dans son coin ; un sous-marin est coulé pour que ses occupants contaminés ne transmettent pas le virus ; on décrète sur la station en Antarctique une loi mettant fin aux relations individuelles dans le but de repeupler le monde : « une femme devra accommoder un certain nombre d'hommes. »

Certains dialogues font également mouche. L'incapacité à trouver le vaccin et le mensonge des politiques face au virus est clair : « C'est plus un placebo qu'un simple vaccin. » Quant aux responsabilité de chacun, Fukasaku renvoie les deux grandes puissances mondiales dos à dos, avec cette phrase symptomatique d'un russe : « Les États-Unis ne disposent pas du monopole de l'idiotie. »

La fin du film, extrêmement radicale, finit d'achever le spectateur qui aura assisté à une œuvre particulièrement noire.

Au passage, Kinji Fukasaku aura pris un certain plaisir à dénoncer la guerre froide et à faire un film qui invite tout un chacun à rejoindre le clan des pacifistes, si l'on ne veut pas risquer un danger majeur. Sans compter que le risque bactériologique est également mis en avant dans Virus Le film est au demeurant toujours d'actualité avec par exemple le cas récent de la grippe H1N1.

Ce film n'est cependant pas exempt de défauts. Le réalisateur a beau bénéficié d'un casting international avec la présence d'acteurs chevronnés tels que Glenn Ford, Robert Vaughn, Henry Silva ou encore Sonny Chiba, il faut tout de même relever que l'interprétation (surtout au début du film) apparaît quelque peu outrancière. Les acteurs donnent par instants l'impression de sur-jouer, ce qui donne envie de sourire, alors que le sujet du film est très sérieux. Le fait de voir le film en français ne doit certainement pas arranger les choses, le doublage n'étant pas fameux.

Autre sujet qui dessert le film : le fait que le réalisateur fasse certains raccourcis un peu rapides. En plus d'effectuer des raccords parfois un peu hasardeux (ceci étant aussi peut-être dû aux coupes qu'a subies la version française du film), on pourra s'interroger sur la crédibilité de voir que les personnes qui ont été désignées pour rejoindre New York atteignent le centre de la ville en quelques secondes. Il y a aussi le fait que les scientifiques sont toujours là en nombre, et au bon moment, alors que les survivants sont peu nombreux.

Même si Virus n'est pas le film, il n'en demeure pas loin un long métrage passionnant car il ne se limite pas à de l'action décérébrée. Le film a un vrai message à faire passer et rien que pour cela, le film mérite d'être vu. Le film reste à réserver à un public averti, car certaines scènes sont tout de mêmes assez dures.