shameTitre du film :Shame

Réalisateur : Steve McQueen

Année : 2011

Origine : Royaume-Uni

Durée du film : 99 minutes

Avec : Michael Fassbender (Brandon), Carey Mulligan (Sissy), James Badge Dale (David), Nicole Beharie (Marianne), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un jeune homme paraissant bien sous tous rapports est victime d'addiction sexuelle.

 

Cela faisait trois ans que l'on était sans nouvelles de Steve McQueen (homonyme du célèbre acteur), réalisateur qui avait fait sensation avec son premier film, Hunger, un biopic politique particulièrement rude à regarder.

Ce jeune réalisateur, épuisé par ce premier film, avait envisagé un temps d'arrêter le cinéma. Bien lui en a pris de ne pas avoir pris cette décision.

Car avec ce second long métrage, intitulé Shame (littéralement « honte » en français), il livre à nouveau au spectateur un film intense et riche sur le plan thématique.

Shame raconte la vie de Brandon (Michael Fassbender, qui était déjà l'acteur principal dans Hunger), un jeune homme qui paraît bien sous tous rapports : il dispose d'un appartement qu'il tient correctement ; il fait attention à être constamment propre sur lui ; il a un travail qui lui rapporte une coquette somme d'argent chaque mois. Donc tout semble aller pour le mieux dans la vie de Brandon. Sauf que tout ceci n'est qu'une façade et si l'on gratte un peu, la situation de ce jeune homme est loin d'être idyllique.

Le réalisateur Steve McQueen montre que Brian est accroc au sexe. Il a un besoin viscéral de sexe comme un drogué a besoin de sa dose pour se sentir mieux. Dès le début du film, on voit Brandon en train de se masturber, dans tous les endroits – chez lui sous la douche ou dans les toilettes - qui lui permettent de s'adonner à ce plaisir personnel. Par ailleurs, il regarde des vidéo sur Internet et paye à domicile des prostituées. L'addiction au sexe pour Brandon est telle qu'il se trouve dans la nécessité de regarder des vidéo porno et de se masturber dans les toilettes sur son lieu de travail.

Brandon voit sa vie morne mais parfaitement huilée être déstabilisée le jour où arrive brusquement sa sœur cadette Sissy. Cette dernière va faire indirectement prendre conscience à Brandon de l'anormalité de son quotidien. Pour masquer sa dépendance au sexe et éviter d'être en relation avec sa sœur, Brandon trouve un substitut : il se met à courir plusieurs fois, le soir, histoire de se défouler.

Brandon a besoin de sexe mais il est incapable de ressentir des émotions pour quelqu'un. Il n'arrive pas à avoir une relation stable et équilibrée. Son histoire d'amour avortée avec une collègue de travail qui s'était montrée aimante et compréhensive le prouve clairement. Tout comme le discours de Brandon à cette femme, Marianne, sur le mariage et les relations homme-femme. Cette incapacité à aimer et ce besoin continu de sexe est révélateur d'une grande solitude. Brandon est d'autant plus seul qu'il vit à New York, une ville tentaculaire où il n'est qu'un anonyme parmi d'autres. Que ce soit à don domicile ou à l'extérieur de celui-ci, Brandon fréquente des lieux de vie particulièrement froids et impersonnels, une manière pour le réalisateur Steve McQueen de souligner que le sexe qui est évoqué dans le film est mécanique et dénué d'émotions. Cette misère sexuelle est sans nul doute le résultat d'une absence de liens sociaux pour Brandon.

Dans un autre genre, la situation de la sœur de Brandon, Sissy, est aussi alarmante d'un point de vue personnel que celle de son frère. En outre, cette jeune femme est instable de manière générale : elle ne vit que de petits boulots et n'a pas de logement.

Sissy couche à tout va avec des hommes après être tombée immédiatement amoureuse de ceux-ci. Elle est incapable d'avoir une relation stable avec quelqu'un. Elle ne fait que des rencontres éphémères avec des hommes mariés. De plus, le fait de s'accrocher tant bien que mal à son frère Brandon est une façon pour Sissy de chercher à conserver un lien social. Ses nombreuses tentatives de suicide attestent de son état moral pour le moins incertain.

Sissy et son frère Brandon sont victimes l'un et l'autre d'une solitude extrême (sans compter un lourd passif familial qui est implicitement évoquée) auquelle ils tentent d'échapper par des moyens différents.

Avec un tel sujet, le réalisateur Steve McQueen aurait pu aisément tomber dans la vulgarité mais il évite brillamment cet écueil. Les scènes de sexe ne sont jamais explicites. Elles sont suffisamment claires pour que l'on comprenne ce qui se passe à l'écran.

Si Shame se révèle un film intéressant, c'est aussi et surtout pour sa distribution qui réussit à faire corps avec le sujet du film et donc avec les personnages qu'ils interprètent. Comme dans Hunger, Michael Fassbender est impressionnant de maîtrise à tel point que l'on a l'impression qu'il est Brandon. Le prix de la meilleure interprétation masculine qu'il a obtenu au festival de Venise est totalement mérité. Quant à Carey Mulligan (vue récemment dans le formidable Drive), elle joue bien le rôle de cette fille très fragile sur le plan psychologique.

Quelques mots aussi sur la bande son du film qui donne de l'intensité à celui-ci en mariant à merveille musique classique pour les moments sombres (du Jean Sebastien Bach joué par Glenn Gould) et musique de « boîte » pour les moments plus sereins et apaisés (Genious of love de Tom Tom Club, I want your love de Chic, etc.).

Au final, Shame est un film important qui traite de la solitude morale et de l'addiction sexuelle qui peut en découler. Le réalisateur Steve McQueen convainc pleinement et on attend déjà avec une certaine impatience son prochain film.