rabbitholeTitre du film : Rabbit hole

Réalisateur : John Cameron Mitchell

Année : 2011

Origine : Etats-Unis

Durée : 92 minutes

Avec : Nicole Kidman (Becca), Aaron Eckhart (Howie), Dianne Wiest (Nat), Miles Teller (Jason), Tammy Blanchard (Izzy), Giancarlo Esposito (Auggie), etc.

FICHE IMDB

Résumé : Un couple n'arrive pas à faire le deuil de son enfant décédé il y a huit mois.

Après le sulfureux Shortbus, John Cameron Mitchell revient avec son nouveau film, Rabbit hole, sur les écrans de cinéma. Le sujet n'a rien à voir avec son film précédent et le traitement est aussi bien différent.

Dans Rabbit hole, c'est le mot sobriété qui vient immédiatement à l'esprit après avoir vu le film. Il faut dire que vu les thématiques du film, on en attendait pas moins. Basé sur une pièce de David Lindsay-Abaire, qui a d'ailleurs scénarisé le film, Rabbit hole raconte l'histoire d'un couple, Howie (Aaron Eckhart) et Becca (Nicole Kidman), qui a perdu son enfant il y a huit mois. Le couple a été et continue d'être traumatisé par cette disparition.
Howie continue à penser à son enfant en regardant des vidéos de ce dernier ou en laissant à la plage arrière de sa voiture le siège bébé. Pour tenter de faire le deuil, il se rend, d'abord avec son épouse, puis seul, à des groupes qui permettent de rencontrer des gens qui ont subi eux aussi la perte d'un enfant.

De son côté, Becca se sent comme paralysée par la perte de son enfant. Elle ne veut pas être consolée par sa famille (mère, soeur) et attend que cela soit son couple d'amis qui fasse le premier pas pour la contacter à nouveau. Elle reste chez elle, l'âme en peine, à repenser à l'être qu'elle a perdu. Elle décide alors de faire sa thérapie en rencontrant le jeune homme responsable de la mort de son enfant. Une relation apaisée a lieu entre Becca et ce hgarçon, Jason.

Avec une très grande finesse, le réalisateur John Cameron Mitchell montre bien la difficulté qu'un couple peut rencontrer pour faire face à un événement aussi tragique. Certains s'en relèvent, d'autres sont détruits à jamais, à l'image de ce couple dans le couple qui se rend depuis huit ans dans un groupe de soutien avant de se séparer par la suite.

Le couple formé de Howie et de Becca est loin d'être dans sa meilleure phase. Pourtant, on va bien que l'un et l'autre s'aiment. Howie a bien quelques crises de colère et est parfois proche de succomber à la tentation de tromper sa femme. Mais fondamentalement il aimerait tourner la page de ce drame et commencer une nouvelle vie avec sa femme, en ayant pourquoi pas avec elle un enfant. De son côté, Becca entend aussi débuter une nouvelle vie en jetant les affaires de son enfant et en mettant en vente cette maison remplie de souvenirs.

De manière assez différente du chef d’œuvre La chambre du fils, qui constitue sans nul doute le film référence sur la difficulté de faire le deuil et sur les conséquences induites par la perte d'un être cher, Rabbit hole fait son trou de son côté en insistant sur le drame au quotidien qui dévaste tout et change les gens.
Sans être pour autant larmoyant, John Cameron Mitchell met le spectateur dans un sentiment d'empathie avec les personnages principaux du film et amène à se poser des questions essentielles dans le cas d'un tel drame : Comment fait-on pour revivre normalement ? Peut-on un jour vivre correctement avec ce drame sur la conscience ? Est-il possible d'oublier et est-ce la solution ? Beaucoup de questions sont soulevées dans ce film avec un sujet qui n'est certes pas original mais bénéficie d'un traitement des plus subtils.

Et puis il est clair que si le film émeut profondément, c'est bien en raison de son interprétation. Nicole Kidman, qui est en outre productrice du film, livre une très belle composition d'actrice. Le rapport qu'elle entretient avec la personne responsable du décès de son enfant, fait vraiment l'objet de beaucoup de nuances. Quant à Aaron Eckhart, il est lui aussi parfait dans son rôle. Il est vraiment bon dans le rôle de cet homme qui a du mal à accepter de faire le deuil de son enfant mais qui pourtant cherche à changer d'horizon (le fait qu'il fume du shit, qu'il veuille refaire l'amour à sa femme, qu'il veuille rencontrer du monde, etc.).

Au final, Rabbit hole constitue une excellente surprise. En caractérisant parfaitement ce que peut ressentir un couple suite à la perte d'un être aimé – à tel point que l'on peut se demander si le réalisateur n'a pas vécu un tel drame dans sa famille – John Cameron Mitchell livre un film intelligent, subtil, qui touche le spectateur dans son fors intérieur. Voilà donc un film à ne pas rater, surtout si l'on apprécie les films poignants et émotionnellement forts.