Par locktal

 

L'année 2011 s'est terminée il y a quelque temps, avec des chiffres de fréquentation des salles de cinéma en hausse, dus certainement en partie au succès considérable de Intouchables, d'Eric Toledano et Olivier Nakache.

Mais au-delà des excellents chiffres commerciaux (qui ne concernent hélas qu'une poignée de films, souvent à fort potentiel commercial), il me semble que cette année 2011 a plutôt été un bon cru en termes artistique et de création.

La plupart des grands cinéastes attendus a réussi à présenter, sinon un grand film, du moins une œuvre intéressante et cohérente avec leur univers cinématographique.

On peut notamment citer Woody Allen avec son beau Minuit à Paris, Gus Van Sant avec le poignant Restless, Steven Spielberg avec Les aventures de Tintin – Le secret de la licorne, les frères Dardenne avec leur émouvant Le gamin au vélo, Sofia Coppola avec l'évanescent Somewhere, David O. Russell avec Fighter, Wim Wenders avec le superbe Pina, Werner Herzog avec l'étonnant La grotte des rêves perdus, Christophe Honoré avec Les biens-aimés (chronique inégale mais attachante), Jia Zhang Ke avec le magnifique I wish I knew, André Téchiné avec Impardonnables, Frederick Wiseman avec Boxing gym, Pablo Trapero avec le très noir et éprouvant Carancho, Steven Soderbergh avec l'inquiétant Contagion, Philippe Garrel avec le déroutant Un été brûlant, David Cronenberg avec le troublant A dangerous method, Roman Polanski avec le grinçant Carnage,... J'ai omis délibérément les 20 films composant mon top 20, disponible en fin d'article.

Quelques grands auteurs ont déçu, à l'instar de Clint Eastwood avec son poussif (voire lelouchien) Au-delà, Paolo Sorrentino avec un très inégal This must be the place (avec un Sean Penn en surjeu) ou encore Daniele Luchetti, avec un assez décevant La nostra vita.

Du coté des découvertes, il faut reconnaître qu'il n'y a pas eu de grandes révélations cette année 2011, du moins au niveau des sorties cinéma.

Toutefois, La solitude des nombres premiers de l'italien Saverio Costanzo (qui utilise les codes du giallo dans un drame romantique assez troublant), Winter's bone de l'américaine Debra Granik (avec une époustouflante Jennifer Lawrence), My little princess de la française Eva Ionesco (film quasi-autobiographique qui dissèque avec force les rapports troublants que la cinéaste encore enfant a entretenus avec sa mère), Animal Kingdom de l'australien Daniel Michôd ou encore le beau Blue Valentine de l'américain Derek Cianfrance, font naître l'espoir de futurs auteurs intéressants dont les prochains films démontreront (ou pas) l'importance.

On peut y ajouter l'américain Mark Romanek (clippeur reconnu et auteur de l'anecdotique Photo obsession) qui a réalisé le poignant Never let me go, superbe histoire d'amour tragique.

Au niveau des confirmations, provenant des Etats-Unis, l'admirable western La dernière piste de Kelly Reichardt confirme les qualités de ses précédents films Old joy et Wendy & Lucy. De même, John Cameron Mitchell, après les réussites de Hedwig and the angry inch et surtout de Shortbus, signe un mélodrame puissant avec Rabbit hole, transcendé par l'interprétation très convaincante de Nicole Kidman et Aaron Eckhart. On peut encore citer le très émouvant Un jour de Lone Scherfig (la réalisatrice de Une éducation), superbement interprété par le couple Jim Sturgess-Anne Hathaway.

En ce qui concerne le Canada, le cinéaste québécois Denis Villeneuve (auteur du beau Un 32 août sur terre) a livré un remarquable film, Incendies, tragédie familiale sur la quête des origines et les éternels fantômes du passé.

Du côté européen, la française Valérie Donzelli (la réalisatrice du sympathique La reine des pommes) a offert un énergique La guerre est déclarée, même si certains tics « bobo » parasitent parfois le film, tandis qu'une autre française, Mia Hansen-Love, après les réussites de Tout est pardonné et Le père de mes enfants, a réalisé le très sensible Un amour de jeunesse, qui révèle une actrice à fleur de peau, Lola Creton. Enfin, Polisse de Maïwenn Le Besco, malgré quelques lourdeurs, se révèle assez passionnant lorsque le film flirte avec le documentaire. On peut y ajouter aussi le malsain We need to talk about Kevin, de la britannique Lynne Ramsey, malgré une symbolique un peu outrancière.

Pour le reste du monde, le constat est le même : assez peu de découvertes.

En Asie, on peut noter la réussite du deuxième film du coréen Na Hong-jin (après l'impressionnant The chaser) : The murderer. Un autre coréen, Kim Jee-woon, a présenté un superbe thriller d'une grande noirceur : J'ai rencontré le diable, tandis que le chinois Li Hongqi a offert le beau Winter vacation, chronique d'un désœuvrement dans une Chine à deux vitesses.

On peut aussi saluer la bonne santé du cinéma du coréen Hong Sang-soo, qui a offert deux excellents films cette année 2011 : Hahaha et Oki's movie, ainsi que la réussite assez étonnante et sobre de Hara-kiri du japonais Takashi Miike, remake intéressant du génial Hara-kiri de Masaki Kobayashi, et celle de La ballade de l'impossible, adaptation fiévreuse du best-seller de Haruki Murakami que le cinéaste franco-vietnamien Tran Anh Hung a tournée au Japon.

Les grosses machines hollywoodiennes ont pour la plupart reproduit sans âme et sans recul des recettes déjà toutes faites, et on ne peut que déplorer ce manque d'imagination et d'audace. Entre de multiples suites à l'intérêt limité (l'affreux Transformers 3 de Michael Bay, le dernier Harry Potter intitulé Harry Potter et les reliques de la mort - 2ème partie de David Yates qui a le mérite de clore de manière plutôt réussie même si sans surprise cette saga interminable, le ridicule Destination finale 5 de Steven Quale, le pathétique Pirates des Caraïbes 4 – La fontaine de jouvence de Rob Marshall,... ) et des produits totalement formatés (World invasion – Battle Los Angeles de Jonathan Liebesman, La couleur des sentiments de Tate Taylor, Le discours d'un roi de Tom Hooper,... ), le spectateur n'a pas été très gâté. Le pire a sans doute été atteint par le ridicule blockbuster d'auteur de Danny Boyle, 127 heures, film quasi-insupportable en raison d'une « mise en scène » épileptique et clippesque.

Cependant, au milieu de ce constat assez catastrophique, quelques bons blockbusters ont émergé, comme le très étrange La planète des singes – Les origines de Rupert Wyatt, l'ironique Scream 4 de Wes Craven (inégal mais attachant), le délirant Sucker punch de Zack Snyder (souvent inventif et plus profond qu'il n'y paraît, alors que je suis loin d'être un fan du travail de Snyder), l'intéressant X-men le commencement de Matthew Vaughn, l'amusant Crazy stupid love de Glenn Ficarra et John Requa ou encore le sympathique Capitaine America de Joe Johnston (qui évite souvent le patriotisme béat, malgré le sujet).

L'emploi quasi-systématique de la 3D pour la plupart de ces grosses productions, ne servant en général pas les films (à quelques exceptions près, comme Hugo Cabret de Martin Scorsese ou Pina de Wim Wenders), est devenu un élément purement commercial qui permet d'augmenter le prix de la place de cinéma.

L'exercice de la politique a inspiré quelques films intéressants, le plus marquant d'entre eux étant l'admirable L'exercice de l'Etat de Pierre Schoeller, qui dissèque avec beaucoup de discernement le fonctionnement d'un cabinet ministériel (l'étonnant Pater de Alain Cavalier traite aussi du pouvoir, mais le film est un peu à part). On peut y ajouter La conquête de Xavier Durringer, qui retrace l'ascension à la présidence française de Nicolas Sarkozy, même si ce film plutôt agréable mais sans réelle réflexion est loin d'atteindre la réussite de L'exercice de l'Etat. Néanmoins, ces deux films (voire trois, avec Pater) démontrent que la France est capable d'offrir des films ayant pour sujet-même le pouvoir politique. Aux Etats-Unis, le film de George Clooney, Les marches du pouvoir, sur le même sujet, mérite également le coup d'oeil, même si on reste assez loin des réussites impressionnantes d'Alan J. Pakula (A cause d'un assassinat, Les hommes du président) ou de John Frankenheimer (Un crime dans la tête, L'opération diabolique).

Par ailleurs, la peur engendrée par la fin du monde irrigue de nombreux films sortis cette année 2011 et a inspiré de très belles réussites, que cette thématique soit le sujet-même du film ou qu'elle soit en filigrane : The tree of life de Terrence Malick, Le cheval de Turin de Béla Tarr, Melancholia de Lars Von Trier, Contagion de Steven Soderbergh ou encore L'Apollonide de Bertrand Bonello (qui évoque la fin d'un monde). On peut également noter que cette angoisse devant l'Apocalypse continue d'être traitée par certains films de 2012, comme le superbe Take shelter de Jeff Nichols ou encore 4:44 last day on Earth d'Abel Ferrara.

Il faut aussi attirer l'attention sur le succès inédit, tant public que critique, du très beau The artist de Michel Hazanavicius, émouvant hommage au cinéma muet hollywoodien, souvent inventif et porté par le formidable couple Jean Dujardin-Bérénice Béjo. Si le film a fait un peu trop parler de lui (les Césars et surtout les Oscars aidant), il n'en demeure pas moins que The artist est une œuvre tout à fait réjouissante.

Enfin, on peut saluer en cette année 2011 le retour au cinéma du grand cinéaste américain Monte Hellman (l'auteur mythique de Macadam à deux voies et de The shooting notamment), avec l'intriguant Road to nowhere, qui utilise les codes du film noir pour devenir progressivement une réflexion sur le cinéma et ce qu'est un cinéaste. Hellman donne naissance à un film très personnel, à défaut d'être totalement réussi, qui se conclut sur un dernier plan sidérant, peut-être le plus beau de cette année 2011.

 

Pour finir, voici mon top 20 des films sortis au cinéma en 2011 :

1)    The tree of life (Terrence Malick, USA)

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2)    Le cheval de Turin (Béla Tarr, Hongrie)

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3)    Melancholia (Lars Von Trier, Danemark)

melancholia

4)    La piel que habito (Pedro Almodovar, Espagne)

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5)    Essential killing (Jerzy Skolimowski, Pologne)

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6)    Hugo Cabret (Martin Scorsese, USA)

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7)    L’Apollonide – Souvenirs de la maison close (Bertrand Bonello, France)

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8)    Hahaha (Hong Sang-soo, Corée du Sud)

hahaha

9)    Il était une fois en Anatolie (Nuri Bilge Ceylan, Turquie)

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10) Hors Satan (Bruno Dumont, France)

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11) Drive (Nicolas Winding Refn, USA)

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12) Shame (Steve MacQueen, RU)

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13)  Le Havre (Aki Kaurismäki, France / Finlande)

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14)  Détective Dee – Le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark, HK)

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15)  L’étrange affaire Angelica (Manoel de Oliveira, Portugal)

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16)  Habemus Papam (Nanni Moretti, Italie)

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17) Black swan (Darren Aronofsky, USA)

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18)  Une séparation (Asghar Farhadi, Iran)

separation

19) Super 8 (J. J. Abrams, USA)

super

20) Pater (Alain Cavalier, France)

pater

 

En tout cas, l'année cinéma 2011 fut un excellent cru, malgré le peu de révélations. J'espère que l'année 2012 sera tout aussi riche.