bullheadTitre du film : Bullhead

Réalisateur : Michael R. Roskam

Année : 2012

Origine : Belgique

Durée du film : 129 minutes

Avec : Matthias Schoenaerts (Jacky Vanmarsenille), Jeroen Perceval (Diederik Maes), Jeanne Dandoy (Lucia Schepers), Robin Valvekens (Jacky âgé de 13 ans), etc.

Synopsis : Un jeune homme se trouve au coeur d'un trafic d'hormones. Mais surtout il cache un secret pour le moins dramatique. 

Premier long métrage du flamand Michael R. Roskam, Bullhead est ce que l'on pourrait appeler un polar agraire. En effet, il se déroule dans le milieu agricole.

Issu d'une famille d'agriculteurs dans le sud du Limbourg, Jacky Vanmarsenille est une figure importante dans le milieu du trafic des hormones, avec notamment l'aide que lui procure un vétérinaire corrompu. Alors qu'il est sur le plan de signer un contrat important et d'étendre son influence, Jacky doit au contraire se faire particulièrement discret suite au décès d'un policier fédéral. Car la police enquête et il fait partie des gens qui sont surveillés.

Le synopsis du film laisse entendre que l'on a à faire à une sorte de polar. Si l'enquête policière, qui est rondement menée correspond bien à la toile de fond du film, elle n'en constitue pas pour autant le sujet principal du film.

Toute cette histoire nous ramène au personnage de Jacky Vanmarsenille. Ce jeune homme de 33 ans apparaît comme quelqu'un de rustre et plutôt brutal, en tout cas en affaire. Et cela n'est pas spécialement dû au fait qu'il vit depuis son enfance dans un monde agricole qui paraît fermé. Non, en fait on apprend dans le film que Jacky doit faire chaque jour avec un terrible secret.

bullhead2Le drame originel nous est raconté par le biais d'un flashback terrifiant qui ne cesse de hanter le quotidien de Jacky. Il faut dire qu'il y a de quoi être tourmenté. Lorsqu'il était âgé de 13 ans, Jacky s'est fait écraser ses testicules par un garçon plus âgé que lui. La scène est terrible à voir et elle explique beaucoup de choses.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi s'injecte en permanence des anabolisants pour tenter de devenir ou à tout le moins de rester en apparence un homme comme les autres. La testostérone qu'il prend est une hormone stéroïdienne. Elle permet une augmentation de la masse musculaire. Elle joue un rôle dans le désir sexuel mais aussi dans l'agressivité.

Cette hormone préfigure bien toute la personnalité de Jacky. C'est un être frustré qui n'en a pas moins des désirs. Il est obligé à plusieurs reprises de refouler ses pulsions sexuelles et quand on le voit en train de fréquenter son amour d'enfance, on voit bien qu'il est dans un état second. Le réalisateur Michael R. Roskam filme notamment à merveille cette scène dans la boîte de nuit où Jacky arrive déterminé, désireux de ramener celle qu'il aime (ce sentiment est appuyé par des ralentis totalement justifiés). Mais il sait qu'il est un être castré et pour se donner du courage, il boit jusqu'à perdre la raison, les gros plans sur son visage étant admirables de sincérité.

L'acteur Matthias Schoenaerts qui joue le rôle de Jacky réalise une performance époustouflante. Il est parfait dans le rôle de cet homme qui d'un côté donne l'impression d'être une véritable force de la nature, un être dangereux, imprévisible, et d'un autre côté est une personne blessée dans sa chair et fragile sur le plan psychologique.

S'il est surnommé Tête de bœuf (traduction littérale en français du titre du film) par certains, cela n'est pas sans raisons. C'est bien entendu dû à son physique imposant. Mais c'est aussi une façon de rappeler qu'il est lié aux bœufs qui constituent son gagne-pain. En effet, il fait évoluer les bœufs en leur injectant des hormones. Ces bœufs deviennent ainsi gros plus rapidement et plus gras. De son côté, Jacky est une bête blessée qui s'injecte des anabolisants pour être un autre homme.

bullhead1Mais on est toujours rattrapé par son passé, ce que déclare d'ailleurs en voix-off Matthias Schoenaerts au tout début du film (« tu te fais toujours couillonner »).

En ce sens, Bullhead est non seulement un polar agricole très intéressant – ce trafic d'hormones paraissant plus vrai que nature – mais aussi et surtout un terrible drame humain.

Le réalisateur Michael R. Roskam ne juge jamais son anti-héros. Il a même une certaine compassion envers lui. Pourtant, Jacky est loin d'être un tendre. Certaines scènes sont d'une violence assez dure. On pense notamment à la scène où Jacky tabasse l'homme qui a passé la nuit avec son amour d'enfance ou bien évidemment la scène de l'ascenseur qui n'est pas sans rappeler la violence brutale aperçue dans l'excellent Drive de Nicolas Winding Refn.

Pour autant, la violence la plus terrible est bien celle que l'on ne voit pas : lors de la castration, on ne voit que le visage de Jacky et l'horreur est encore plus insoutenable.

Bullhead est un film qui prend à la gorge du début à la fin tant en raison d'un excellent scénario que d'un acteur principal remarquable.

Ce ne sont pas les seules qualités de ce film. On notera que pour un premier long métrage, Michael R. Roskam s'est montré particulièrement à son avantage. Son film est extrêmement maîtrisé d'un point de vue formel. On peut signaler entre autres la présence de très beaux ralentis (voir la scène dans la boîte de nuit) ; plusieurs travellings de qualité et un excellent plan-séquence dans l'hôpital psychiatrique qui donnent une dimension supplémentaire à Bullhead.

Si l'on ajoute la photographie aux couleurs sombres qui amplifie l'aspect dramatique du film, on comprendra que l'on tient là un film de tout premier plan. C'est le premier choc de l'année. Et sans nul doute l'un des films majeurs de 2012.