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  • Année de production : 2000

  • Réalisateurs : Karim Hussain

  • Acteurs : Brea Asher, Ivaylo Founev, Eric Pettigrew, Christopher Piggins

  • Pays : Canada

  • Durée : 1h32

    Avec Subconscious cruelty, Karim Hussain livre un film aux frontières de plusieurs genres : le surréalisme, le gore et la poésie.

    Le titre, qui pourrait être traduit par cruauté subconsciente, nous éclaire d'emblée sur la volonté du réalisateur : mettre en image ce que serait nos pulsions les plus profondes, sans la présence des mécanismes de censure ordinairement en jeu et à l’origine de ce que Freud a nommé le refoulement.

    En effet, le terme de subconscient fait référence à la psychanalyse, et le célèbre neurologue viennois lui préféra bientôt celui d'inconscient (le « ça ») pour désigner l'ensemble des pulsions et désirs refoulés.

    Le thème de karim Hussain est donc ambitieux, car l'inconscient est, par essence, illogique, ou plutôt doté d'une rationalité qui lui est propre, et comprend également des désirs contraire aux normes sociales.

    Pour illustrer son propos, le réalisateur part du postulat suivant : le cerveau est divisé en deux hémisphères, le gauche est le siège de la logique, tandis que le droit est celui de l'imagination et de l'émotion. Le réalisateur pose alors la question suivante : qu'adviendrait-il si l'on détruisait l'hémisphère gauche, siège de la raison pour ne laisser subsister que l'hémisphère droit, siège du désir ?

    Sur le plan formel, Hussain choisi une photographie riche en couleurs, et prend le parti de ne pas utiliser de dialogue : seule une voix off vient poser quelques commentaires, ou amorcer une situation. Le son joue également un rôle très important dans l'étrange ambiance crée par le réalisateur.

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    Le postulat de départ permet à l'auteur de passer outre les mode narratifs classiques, pour s'affranchir de toute logique : en effet, Subconscious cruelty se divise en quatre tableaux, à priori bien distincts les uns des autres : le premier montre l'autopsie d'une jeune femme, le second traite des pulsions incestueuses d'un homme pour sa sœur enceinte, le troisième montre une étrange cérémonie orgiaque en pleine nature, et le dernier volet nous offre le spectacle d'une scène christique tournant au gore.

    Karim Hussain semble vouloir briser tous les tabous, par des images frontales, ne reculant devant aucun image choc : la scène d'ouverture nous met immédiatement en situation, comme si l'auteur visait à bousculer, à déstabiliser le spectateur, au risque de provoquer le rejet immédiat.

    En effet, la première scène nous montre l'autopsie sans concession d'une belle jeune femme. L'oeil de la caméra parcourt sensuellement un corps étendu, dont on fini par découvrir qu'il est celui d'une morte. Hussain semble prendre un malin plaisir à provoquer le désir pour mieux le détruire ou le confronter au sentiment opposer : le dégoût et la répulsion.

    Cette scène résume a elle seule le contenu de l'ensemble du métrage qui n'aura de cesse de mettre à mal les repères moraux, intellectuels et pulsionnels du spectateur.

    Après s'être joué de nous avec le corps de la morte, Hussain entreprend de filmer son autopsie méthodiquement, le plus froidement du monde. Cela n'est pas sans rappeler un autre cinéaste, avec lequel il a justement travaillé sur ces thématiques : Nacho Cerda pour son « aftermath » à la poésie si troublante.

    L'apogée atteinte lors du deuxième segment, relatant le point de vue d'un homme éprouvant des désirs incestueux pour sa sœur enceinte, peut sembler être une provocation irresponsable, inutile ou révoltante : l'homme tue le nouveau-né à sa naissance. Mais n'est-ce pas justement ce que souhaite le réalisateur : provoquer le spectateur, quelque soit l'émotion suscitée.

    Et, ainsi, l'amener à réfléchir sur ces mêmes émotions dont il convient de se poser la question : qu'est-ce qui les rend si intenses, sur quoi reposent-elles ?

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    Poser ce questionnement ainsi peut sembler bien iconoclaste, mais peut-on considérer que c'est par hasard que Karim Hussain choisi de terminer son film par un segment « christique », dans une scène ou se fondraient la cène et le cannibalisme de femmes proches de succubes ?

    Hussain semble vouloir nous interroger sur la notion même de morale, qui n'est qu'une construction, longue, sur le plan historique, aussi bien qu'individuel, sur le plan psychique.

    Subconscious cruelty, au-delà d'un simple exercice formaliste, fort bien maîtrisé au demeurant, et ne souffrant pas de son faible budget, semble être un effort pour réhabiliter et nous rappeler la part la plus sombre qui est en chacun de nous. Bien qu'empruntant les codes du cinéma gore, notamment la présence de scène sanguinolantes, le film est à réserver aux spectateurs les plus aguerris puisqu'il dépasse largement le film de genre traditionnel qui n'est ici, au final, qu'un outil offrant une palette de couleurs et une game de situations à priori déja bien utilisées au cinéma.

    Assurément, un morceau de bravoure, à l'image d'Aftermath, qui confine à l'expérience visuelle et sensorielle auquel on ne peut rester indifférent.