bandedefilles1Titre du film : Bande de filles

Réalisatrice : Céline Sciamma

Année : 2014

Origine : France

Durée : 1h52

Avec : Karidja Touré, Assa Sylla, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : La vie d'un membre d'une bande de filles dans une cité.

 

Après Naissance des pieuvres et Tomboy, la cinéaste Céline Sciamma nous livre son nouveau long métrage. Un film sur l'ambiguité sexuelle ? Un peu. Un film féministe ? Totalement.

Bande de filles transpire une féminité qui a le mérite de critiquer notre société actuelle où les interdits sont plus nombreux que l'on imagine. Et pour tordre le cou à ces interdits, Céline Sciamma va détourner avec un plaisir certain les codes sociaux. La première séquence est loin d'être anodine : on y voit des joueurs de football américain qui se combattent avec brutalité. En mettant en scène ce sport très masculin, on se demande bien où la cinéaste veut en venir. Eh bien on ne tarde pas à le savoir car lorsque les joueurs retirent leur casque, on découvre des jeunes filles. Eh oui il n'y a pas de tabou à avoir, les femmes peuvent très bien elles aussi jouer à des jeux “naturellement” réservés à des hommes. Mais avant d'en arriver là, il faut parvenir à s'émanciper.

Ce que n'a pas encore réussi Marieme, jeune femme noire bientôt âgée de 16 ans, toujours sous le joug de multiples personnes et de son environnement sociétal. Ainsi, elle vit dans une cité où les femmes sont bien peu considérées ; son frère lui tape dessus quand elle ne fait pas ce qu'il juge respectable ; sa mère n'a rien de mieux à lui proposer qu'un boulot en tant que femme de ménage (comme elle) ; à l'école, ses mauvais résultats amènent son professeur principal à lui proposer un CAP. Bref, les voyants de la liberté ne sont absolument pas au vert.

bandedefilles3Le déclic arrive cependant le jour où Marieme tombe sur une bande de 3 filles qui ne se soucient pas des autres et vivent pour elles. Marieme rejoint ce petit groupe et son attitude change alors du tout au tout. Elle s'habille de manière bien plus “rebelle” et surtout elle se laisse beaucoup moins faire. Marieme prend en main sa vie et la réalisatrice Céline Sciamma en profite pour passer son message féministe. A travers le personnage de Marieme devenu Vic (pour victoire) qui cherche désormais à mordre la vie à pleines dents, Bande de filles inverse des situations que l'on a l'habitude de voir : des combats de filles remplacent des combats de garçons. On a aussi la preuve qu'il n'y a pas que les hommes qui sont capables de boire comme des trous et de faire la fête : Marieme et ses nouvelles copines boivent, chantent et dansent sur “Diamonds” de Rihanna, chanteuse noire à succès. Ce qui n'est pas surprenant puisque Rihanna est un modèle de réussite, en même temps qu'une femme très libérée avec les nombreuses provocations sexuelles qu'elle effectue en public.

Marieme entend bien suivre à sa façon une voie qui lui permette de se libérer. Pour ce faire, elle se conduit comme un véritable garçon manqué et se met à vendre de la drogue dans sa cité, “métier” qui est traditionnellement réservé aux garçons.

Son émancipation a même lieu sur le plan sexuel. Après avoir couché avec un garçon et avoir été insultée par son entourage, c'est elle qui finit par avoir le dernier mot. Là encore, cela n'est pas anodin quand elle prend l'initiative de la relation sexuelle, prouvant que l'égalité des sexes peut exister.

Evidemment, une telle attitude ne lui ramène pas que des copains et son parcours est pour le moins chaotique. Mais au moins Marieme ne se laisse pas faire. Elle n'a de cesse de clamer son droit à la liberté. Et si tout n'est pas facile, au moins elle conserve le choix de faire ce qu'elle souhaite.

Cela étant, la réalisatrice reste particulièrement lucide. Les métiers qui s'offrent à ses filles perdues dans les cités n'ont rien de reluisant. Entre le vol, la prostitution et la vente de drogues, le choix est tout de même restreint et peu enthousiasmant. Mais au moins des filles comme Merieme tentent de briser l'hégémonie masculine.

bandedefilles2Avec Bande de filles, Céline Sciamma réalise donc un film féministe où la fille des cités n'est plus seulement une victime. Non, la femme a autant de droits que l'homme et même dans l'univers très macho des cités. Alors, évidemment le parcours de Marieme n'est pas des plus crédibles et il reste très atypique. Pour autant, un tel film a le mérite d'amener le spectateur à réfléchir. Avant que les gens ne modifient leur comportement, il convient de s'attaquer aux mentalités.

Le jeu extrêmement énergique et plein de naturel des jeunes filles que l'on voit à l'écran, apporte un vrai plus à ce film sociétal où la femme n'est pas là uniquement pour se fondre dans un décor dédié à la base aux mâles.

Quant à la bande originale du film, elle est entraînante, avec un son qui joue à fond la carte de la techno ambiante.

Deux seuls accros sont à noter dans ce long métrage : sur la forme, on regrettera des fondus au noir un peu trop présents. S'ils ont pour but de marquer certaines séquences ou tout simplement l'apprentissage de Marieme, ils sont globalement inutiles. Sur le fond, le film dure 1h52 et aurait pu être un peu écourté, certaines séquences étant moins prenantes que d'autres.

Au final, Bande de filles est une chronique sociale engagée où la femme noire est mise en avant, dans le contexte difficile de la vie en banlieue. Voilà une description originale d'un monde d'habitude dédié à l'homme. L'excellente distribution du film et la bande son très actuelle finissent de nous convaincre.