lovelaceTitre du film : Lovelace

Réalisateurs : Rob Epstein et Jeffrey Friedman

Année : 2014

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h33

Avec : Amanda Seyfried (Linda Lovelace), Peter Sarsgaard (Chuck Traynor), Sharon Stone (Dorothy Boreman), Robert Patrick (John J. Boreman), Juno Temple (Patsy), Hank Azaria (Jerry Damiano), James Franco (Hugh Hefner), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Le film raconte l'histoire de Linda Lovelace, qui a tourné dans Gorge profonde, l'un des films les plus célèbres et les plus rentables du cinéma pornographique.

 

Avec Lovelace, les réalisateurs Rob Epstein et Jeffrey Friedman réalisent un biopic autour de la vie de Linda Boreman, plus connue sous le nom de Linda Lovelace. En effet, cette jeune femme est devenue une célébrité pour avoir joué dans le film pornographique gorge profonde (deep throat de son titre original), l'un des plus grands succès des films X, connu pour sa fameuse scène de fellation avec gorge profonde. Après, il faut tout de même reconnaître que Gorge profonde est un film assez débile avec son scénario qui se résume au fait qu'une femme a son clitoris dans la gorge. Ce film étant mal joué et mal filmé, c'est un mystère qu'il ait accédé au panthéon des films X les plus reconnus.

Dès lors, on peut être relativement sceptique que la vie de Linda Lovelace, qui n'a été célèbre que pour ce film, puisse justifier un film à ce titre. Mais bon, comme on dit en pareil cas, attendons de voir.

Le film ne s'intéresse par ailleurs pas à toute la vie de Linda Lovelace. Il débute quand on la voit âgée de 20 ans et alors assez prude. Elle rencontre un certain Chuck Traynor, un homme plus âgé qu'elle, qui va l'entraîner dans une direction bien peu reluisante.

lovelace2Soyons honnête : le film n'a que peu de qualités. Il est d'abord desservi par un scénario très mal écrit et par un montage totalement stupide. Le film se compose de deux parties bien distinctes : dans la première, Linda Lovelace passe en deux temps trois mouvements du statut de jeune fille prude et sérieuse à celui de star du porno qui n'hésite pas à passer dans tous les endroits des Etats-Unis pour faire la promotion du film Gorge profonde. Dans la seconde partie, on nous fait comprendre que ce que l'on a vu jusque-là n'est que la réalité que l'on a voulu nous faire croire. Autrement dit, on assiste à l'envers du décor avec les raisons qui ont poussé Linda Lovelace à tourner ce film.

Le montage est vraiment mauvais car en plus d'être relativement ennuyeuse, la première partie est bien difficile à comprendre avec cette fille qui accepte sans raisons (pense-t-on alors) d'adhérer à des pratiques sexuelles plus que limites et à tourner dans un film pornographique. Un scénario linéaire et adoptant le point de vue de Linda Lovelace aurait été bien meilleur.

Pour ne pas arranger les choses, les cinéastes Rob Epstein et Jeffrey Friedman font sans cesse des va-et-vient dans le temps avec moults flashbacks. On passe à une époque, on avance de 2 ans, on recule de 6 ans, on avance à nouveau de 2 ans, etc. Je m'y perds certainement mais cela n'a d'autre but que de prouver qu'il est totalement inutile d'apporter de la complexité à un récit qui ne le justifie pas. Les réalisateurs parviennent tout de même à perdre le spectateur dans un récit qui s'étale sur moins de 10 ans et sur un film qui dure une heure et demi.

Autre gros défaut : le côté bien lisse de ce long métrage. Lovelace raconte tout de même l'histoire d'une femme qui a été abusée et séquestrée par un mari tordu qui l'a forcée à tourner dans un film porno mais aussi à avoir des relations avec d'autres hommes pour éponger ses dettes. Dans ce film, tout est complètement aseptisé de telle sorte que cela donne bien peu d'intensité au récit.

Voilà pour les défauts majeurs du film. Ce ne sont malheureusement pas les seuls. La photographie est d'une laideur sans nom et la mise en scène totalement impersonnelle. Du coup, on a plus l'impression de regarder un téléfilm de luxe qu'un film.

Autre défaut : l'actrice principale du film. Amanda Seyfried n'est clairement pas la bonne actrice à qui il fallait confier le rôle de Linda Lovelace. Elle traverse le film comme une âme en peine, et nous donne l'impression que Linda Lovelace est une pure nunuche qui s'est faite avoir de A à Z. Les réalisateurs ont aussi leur part de responsabilité dans le naufrage de l'interprétation de Linda Lovelace. En effet, ils ne traitent quasiment pas le combat de Linda Lovelace (mis à part indiquer qu'elle a écrit un livre pour rétablir sa vérité) contre le monde du porno et contre les violences faites aux femmes.

Car c'est tout l'intérêt de la vie de Linda Lovelace : d'un côté elle restera à jamais l'interprète d'un des films pornographiques les plus célèbres et les plus rentables – le film a coûté 25 000 dollars et en a rapporté 600 millions à ce jour –, film tourné en pleine libération sexuelle, de l'autre, elle demeurera jusqu'à une fervente défenseur de la cause féministe. Malheureusement les réalisateurs n'ont pas joué sur ce côté paradoxal.

lovelace4Quelques éléments de ce film sont tout de même à sauver : on apprend tout de même des choses sur la vie de Linda Lovelace et notamment la pression qu'elle a vécu avec son mari peu scrupuleux, Chuck Traynor, qui lui a fait vivre un véritable enfer : viol, contraintes multiples avec un pistolet sur la tempe, obligation de se prostituer, utilisation de son image à tout-va. Avec Chuck Traynor, on est loin du gendre idéal.

D'ailleurs, une des autres qualités du film est l'interprétation de Chuck Traynor par Peter Sarsgaard. Il joue brillamment le rôle de cet homme amoral qui n'aura fréquenté Linda Lovelace que par intérêt. Les acteurs Jess Franco dans le rôle d'Hugh Hefner, le patron du magazine Playboy et Juno Temple dans le rôle de Patsy, la copine de Linda Lovelace, sont également plutôt bons, mais ils n'ont que des rôles secondaires.

Au final, que retirer de ce Lovelace ? Pas grand chose. On a un film bourré de défauts qui a la chance de connaître une sortie en salles et qui permettra au moins aux spectateurs de se faire une petite idée sur Linda Lovelace. Cela n'est pas franchement enthousiasmant.