thepurge1Titre du film : American nightmare

Titre original : The purge

Réalisateur : James DeMonaco

Année : 2013

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h26

Avec : Ethan Hawke (James Sandin), Lena Headey (Mary Sandin), Max Burkholder (Charlie Sandin), Adelaide Kane (Zoey Sandin), Edwin Hodge (l'intrus), Tony Holler (Henry), Rhys Wakefield (le chef du gang masqué), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Dans un futur proche, les Américains disposent d'une journée dans l'année où ils peuvent commettre des activités criminelles sans être inquiétés. Ce jour est appelé la purge.

American nightmare est un thriller d'anticipation qui part sur une idée de base terrifiante : pour juguler la violence, les autorités américaines ont décidé qu'une fois par an, pendant 12 heures, toutes les activités criminelles seraient légalisées. Autrement dit, durant ce court laps de temps, tout le monde peut tuer son voisin, sa voisine, son facteur, son instituteur, etc., sans rien risquer. De leur côté, les institutions ferment les yeux durant cette période. Ainsi, les forces de police ont ordre de ne pas intervenir.

Ce moment très particulier, qui est tout simplement dénommé la purge, laisse donc n'importe quel citoyen dans une situation de danger potentiel. Et évidemment, qui est-ce qui trinque dans ce cas ? Les plus faibles. Car il va sans dire que ce ne sont pas les criminels qui sont les cibles premières lors de la purge. Non, ce sont les clochards, les sans-abris, les personnes qui n'ont pas la capacité de se protéger suffisamment. Le film en remet donc une couche sur la paranoia sécuritaire des Etats-Unis (décidément il y aura toujours un avant et un après 11 septembre 2001) et il se permet même de faire une parabole sur l'oppression des riches sur les pauvres.

Le pitch du film peut certes paraître abracadabrantesque mais dans une société américaine ultra sécuritaire et où les armes se vendent aussi librement que l'on vend acheter sa baguette de pain, rien n'est jamais impossible. Surtout que l'on apprend au début du film que la purge a lieu depuis plusieurs années car elle a permis de réduire de façon très importante la criminalité aux Etats-Unis.

thepurge2Pour autant, American nightmare pose à la base de véritables questions de morale. Comment peut-on impunément tuer des gens sans risquer ? La question mérite réellement d'être posée. Et puis comme à chaque fois qu'un système extrême se met en place, il y a des gens qui sont là pour en profiter. C'est ainsi que le personnage principal du film, James Sandin (Ethan Hawke), est un homme riche qui vend des systèmes de sécurité (pour justement se prémunir du jour de la purge !) haut de gamme comme des petits pains, notamment à ses voisins. Mais il y a toujours un retour de bâton et la famille Sandin l'apprendra à ses dépens, l'amenant à réviser sa position sur la purge.

De manière générale, la purge est un huis-clos implacable qui n'est nullement aimable. On voit ainsi qu'au moment où démarre la purge, c'est une chasse à l'homme générale qui débute. Et dans ce cas, on s'en prend aux pauvres et aux communautés opprimés. Ce n'est pas un hasard si un homme noir est recherché dans le quartier riche où réside la famille Sandin. Cet homme va d'ailleurs être à l'origine des problèmes de la famille Sandin puisqu'en lui accordant asile lors de la purge, cette famille va recevoir la visite d'un gang qui lui laisse le choix : soit elle lui livre celui qu'il considère comme étant leur prisonnier, soit ils seront tous exterminés. Choix ô combien difficile, surtout quand le fugitif joue à cache-cache pour éviter d'être repris.

De manière générale, American nightmare montre bien que l'évolution (que l'on souhaite uniquement théorique) des Etats-Unis donne lieu à des dérives extrêmement dangereuses : comment peut-on légitimer des meurtres ? Et puis surtout ces meurtres n'ont aucune raison d'être et ne servent que les intérêts des meurtriers qui justifient leur choix par le simple fait qu'ils ont le droit de tuer. Pêle-mêle on a donc droit à un néo-gang du ku klux klan qui s'en prend à un noir ; à un jeune homme qui tente de tuer le père de sa petite amie car ce dernier refuse qu'elle sorte avec lui ; à des gens qui entendent se venger d'un homme qui s'est enrichi sur leur dos. Avec la légitimation du crime, on arrive à d'incroyables dérives qui font perdre tout repère à une société démocratique. Là on dérive tout bonnement vers le chaos.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on voit bien dans le film que les coups de feu partent de partout et que n'importe qui peut se retrouver tué. American nightmare n'hésite pas à montrer des scènes de meurtre en direct. C'est aussi une façon de faire réfléchir le spectateur quant à la banalisation de la violence.

Tout le monde ou presque est en danger. Car les dirigeants ne sont pas fous. Dans une société paranoïaque qui a perdu toute notion de moralité, ceux qui se font appeler les pères fondateurs ne craignent rien puisque dans les règles qu'ils ont établies, la purge ne peut pas les toucher. Le film n'oublie pas de faire une petite critique politique.

thepurge3Tout le monde s'y retrouve dans ce système : les politiques qui voient le taux de criminalité baisser, les gens qui se lâchent lors de cette journée de la purge, les fabricants d'armes qui voient leur chiffre d'affaires exploser.

Mais évidemment tout est bon dans le meilleur des mondes à partir du moment où l'on n'est pas une victime collatérale de la purge. Lors du dernier dialogue du film, que l'on peut comprendre comme étant le point de vue du réalisateur, on entend la voix d'un homme lors du générique de fin qui déclare dans les médias : “Mes deux fils sont morts hier soir. Mes deux seuls enfants. Avant j'étais fier d'être américain. Plus maintenant. Mon pays m'a tout pris.” Tout est dit. Gageons qu'American nightmare reste à jamais à l'état fictionnel.

Au final, si American nightmare comporte de nombreuses invraisemblances et part sur un postulat extrême, il n'empêche qu'il pose de réelles questions de société. En plus, on est bien servi côté thriller et action. Je ne saurais donc que trop vous conseiller de regarder ce film qui ne dure qu'une heure vingt six.