captivesTitre du film : Captives

Réalisateur : Atom Egoyan

Année : 2015

Origine : Canada

Durée : 1h52

Avec : Ryan Reynolds, Scott Speedman, Rosario Dawson, Mireille Enos, Kevin Durand, Alexia Fast, Bruce Greenwood, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Huit après la disparition d'une petite fille, des indices laissent supposer qu'elle est encore en vie.

 

Après plusieurs ratés (les films Chloé, Adoration), on était légitimement en droit de penser si le cinéaste Atom Egoyan était encore en capacité de sortir un grand film.

La réponse est apportée avec Captives, qui constitue un véritable tour de force. Ce film synthétise d'ailleurs très bien la filmographie du réalisateur canadien, en évoquant plusieurs sujets qui lui tiennent à coeur : l'enfance ; le voyeurisme ; les nouvelles technologies.

captives6Depuis son chef d'oeuvre, De beaux lendemains, Atom Egoyan ne nous avait pas raconté avec autant d'intensité le monde de l'enfance, une enfance maltraitée. Ici, une petite fille, Cassandra, est enlevée à l'âge de 9 ans par un ravisseur qui a tout du pédophile. L'enlèvement de jeunes filles et leur séquestration est une thématique très actuelle que l'on retrouve dans plusieurs films récents. On songe au très perturbant Megan is missing de Michael Goi, au torturé Chained de Jennifer Lynch ou encore plus récemment à Prisoners de Denis Villeneuve. Mais à la différence de ses pairs, Egoyan ne cherche pas à faire dans le sensationnel ou dans le choquant. Pas question pour lui de décrire un pédophile et faire un énième long métrage sur un détraqué qui s'en prend à des enfants. Son film reste avant tout très psychologique dans son approche.

Atom Egoyan s'intéresse avant tout aux relations entre les individus. Comme dans Exotica, il y a dans Captives un voyeurisme mais qui n'est jamais complaisant. Car le spectateur voit la souffrance de Cassandra et de sa mère. En l'espèce, c'est la jeune Cassandra qui est condamnée, depuis “sa prison”, à observer sa mère, sans pouvoir communiquer avec elle. Le pédophile qui la retient en otage depuis de nombreuses années prend plaisir à voir souffrir Cassandra mais aussi sa mère, puisque de manière perverse il dissémine dans l'hôtel où celle-ci travaille, des objets ayant appartenus à Cassandra.

De manière évidente, Atom Egoyan met le doigt sur les dangers que constitue Internet, comme il l'avait déjà indiqué dans Adoration. A la manière du film Trust de David Schwimmer, Captives montre bien qu'Internet donne la possibilité à des détraqués sexuels de se fédérer entre eux, ce qui leur ouvre des portes...

Captives décrit un réseau de pédophiles particulièrement bien organisé. Par son côté réaliste, le film est assez malaisant. On se rend compte que les enfants ne sont plus à l'abri de rien. Le danger peut venir de n'importe où. Il faut être particulièrement vigilant avec l'utilisation d'internet, surtout que les réseaux dits “sociaux” ne cessent de prendre de l'importance. Dans Captives, c'est Cassandra elle-même qui sert d'appât pour attirer des petites filles dans les filets des prédateurs sexuels.Tout cela fait peur car Egoyan décrit avec une minutie et un sens du détail un réseau de pédophiles qui sait où il va, et qui dispose de moyens importants.

En plus de sa grande richesse sur le plan thématique, Captives se révèle fort sur le plan émotionnel. Pour arriver à ce résultat, le cinéaste canadien n'a pas hésité à recourir à plusieurs reprises à des flashbacks qui nous montrent d'un côté la vie avant l'enlèvement et de l'autre la vie actuelle. Le spectateur se sent forcément en empathie avec les membres de cette famille qui sont tous détruits mentalement, et qui aspirent à retrouver une vie normale. Pour cela, encore faut-il avoir des nouvelles de Cassandra qui a disparu depuis plusieurs années.

captives5C'est d'ailleurs tout l'objet du film. Si on retrouve dans celui-ci toutes les obsessions d'Egoyan, Captives constitue un thriller particulièrement haletant. On se demande si cette famille “éclatée” va pouvoir être réunie. Autrement dit, les parents de Cassandra ou la police parviendront-ils à retrouver Cassandra et à démanteler ce réseau de pédophiles ? Bien malin sera celui qui pourra deviner la fin de Captives, car son réalisateur a bien vérouillé son film. Le réseau de pédophiles, qui semble partout et nulle part – la scène de la soirée de charité pour donner des dons à la police en est une preuve évidente, avec ces prédateurs qui jouent le rôle de bienfaiteurs avant de revêtir le costume de prédateurs – fait froid dans le dos. On sent qu'il faut un acharnement incroyable, voire une certaine chance, pour pouvoir être plus malin que ces gens.

Quelques mots sur la distribution. Dans le rôle des parents détruits mentalement, Ryan Reynolds et Mireille Einos sont très crédibles. Mention spéciale aux deux agents de police du film. Rosario Dawson joue ainsi de manière sobre le rôle de cette inspectrice qui traque les réseaux de pédophiles sur internet. Quant à Scott Speedman, il incarne un troublant policier, qui semble avoir été touché sur le plan mental à force de travailler dans ce milieu. Car l'une des questions du film est aussi de savoir comment ces policiers font pour vivre normalement après avoir vus dans la journée de nombreuses images d'enfants maltraités, martyrisés ? Pas évident. Le mal peut gangréner tout le monde, y compris ceux qui le combattent.

Au final, Atom Egoyan livre avec ce film un thriller captivant, en phase avec les préoccupations de notre société actuelle, qui ne dessert l'étreinte sur le spectateur que lorsque le générique de fin apparaît à l'écran.