americannight1Titre du film : American nightmare 3 : elections

Titre original : The purge : election year

Réalisateur : James DeMonaco

Année : 2016

Origine : Etats-Unis

Durée : 1h50

Avec : Frank Grillo (Sergent), Elizabeth Mitchell (Charlie Roan), Mykelti Williamson (Joe Dixon), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Une sénatrice américaine se lance dans la course à l'élection présidentielle en proposant l'arrêt total de la Purge annuelle. Ses opposants profitent alors d'une nouvelle édition de cette journée où tous les crimes sont permis pour la traquer et la tuer...

 

American nightmare 3 : elections constitue le troisième volet de la saga American nightmare. Après un premier opus convaincant et un second sentant bien trop le réchauffé, que vaut ce troisième épisode ? Clairement, on tient là le meilleur de la série.

On se retrouve à nouveau avec cette idée terrifiante : pour juguler la violence, les autorités américaines – désignées comme les nouveaux pères fondateurs - ont décidé qu'une fois par an, pendant 12 heures, toutes les activités criminelles seraient légalisées. Cet événement se nomme la purge (titre du film en anglais). Tout simplement.

L'attrait de ce troisième volet tient à deux raisons : un scénario plus élaboré que les précédents films et des considérations tout à la fois sociales et politiques bien senties.

americannight2Dans American nightmare 3, on se situe en 2025, à quelques semaines de l'élection présidentielle comme dans la vraie vie en cette année 2017. Pure coïncidence ? On a du mal à y croire. Surtout que le point de vue du réalisateur James DeMonaco paraît assez clair. Il critique à tout-va cette société fictionnelle (on espère qu'elle le reste à jamais) où la purge est un dessein politique et économique. La purge permet à des riches de s'en prendre à des pauvres. Surtout, elle donne une légitimation à une société américaine ultra sécuritaire, manifestement pas remise des attentats du 11 septembre 2001. De là à y voir un lien avec le programme de l'actuel candidat républicain à l'élection présidentielle, Donald Trump, il n'y a qu'un pas, que chacun peut franchir.

Les nouveaux pères fondateurs profitent de la purge pour s'en prendre à une femme, bien placée d'après les sondages, pour obtenir la présidence des Etats-Unis, à l'instar d'Hillary Clinton à notre époque actuelle. Cette femme, c'est la sénatrice Charlie Roan, une partisane de la suppression de la purge. On comprend donc qu'elle ait beaucoup d'ennemis qui souhaitent mettre fin à ses jours.

A l'instar d'un film de Carpenter – on pense par moments à Assaut – American nightmare 3 comporte plusieurs scènes d'action bien « carrées » où Charlie Roan fait l'objet de toutes les attentions. Ce long métrage évite d'être redondant, défaut constaté dans American nightmare 2. En effet, les lieux d'action sont très différents et on assiste à de nombreux retournements de situation. On suit avec intérêt les événements vécus par Charlie Roan et son garde du corps. La mise en scène et la photographie du film sont bien plus soignées que dans les précédents opus. On voit très bien ce qui se passe et il y a une continuité au niveau des séquences.

Dans ces scènes d'action, on regrettera uniquement quelques ralentis, totalement inutiles, et une volonté de donner à la purge un côté spectacle, qui n'est pas franchement le bienvenu. On aurait préféré au contraire plus de tension. Mais ces défauts restent heureusement mineurs.

americannight3D'autant que les qualités du film ne se limitent pas à un bon scénario et à une critique ouverte de la politique. C'est aussi un long métrage s'interrogant constamment sur les aspects sociétaux de la purge. Car la légitimation du crime donne lieu à des dérives graves. C'est tout sauf anodin si l'un des personnages du film déclare que la purge « c'est Halloween pour les adultes ». Cette déclaration est symptomatique du mode de pensée de nombre d'Américains. Contrairement à ce que pensent certains, la violence n'est pas un jeu que l'on peut pratiquer librement comme dans un jeu vidéo ou en regardant un film. Légitimer la violence, voire même la rendre nécessaire (la journée de la purge) est le résultat d'une société qui s'enfonce progressivement dans un système archaïque et totalitaire. Exit la démocratie.

On a l'impression de se retrouver dans une sorte d'Hostel où des riches payent pour massacrer des gens, juste pour leur plaisir personnel. Dans cet ordre d'idée, dans American nightmare 3, on évoque un début de tourisme criminel avec des étrangers venant en masse du monde entier, lors de la journée de la purge, pour tuer gratuitement des gens. L'idée fait vraiment froid dans le dos. Car in fine la purge est détournée de son objet initial : à la base, elle était justifiée par la volonté de faire baisser la criminalité. Ici, elle transforme la société américaine en gigantesque safari où l'homme peut satisfaire ses plus bas instincts en tuant ses congénères. Et comme souvent, ce sont les pauvres et les faibles qui en payent le prix fort.

Au niveau de la distribution, la tendance est également à la hausse. Alors que ce genre de série B ne s'illustre généralement pas au niveau de la qualité de ses acteurs, ce film horrifique nous fait mentir. Frank Grillo est excellent dans le rôle du garde du corps, toujours déterminé à aider la sénatrice en danger, et prêt à sécuriser le moindre de ses déplacements. Quant à Elizabeth Mitchell, elle incarne une convaincante Charlie Roan, femme engagée dans ses choix. Elle fait preuve dans ce film de beaucoup de détermination mais révèle aussi ses peurs, ce qui la rend d'autant plus humaine.

En synthèse, American nightmare 3 est sans conteste le meilleur opus de cette saga initiée en 2013. La charge contre la politique est pertinente, tout comme son volet sociétal. Voilà un film bien plus intelligent qu'il n'y paraît au premier abord. A voir.

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