manchesterTitre du film : Manchester by the sea

Réalisateur : Kenneth Lonergan

Année : 2016

Origine : États-Unis

Durée : 2h18

Avec : Casey Affleck (Lee Chandler), Michelle Williams (Randi Chandler), Kyle Chandler (Joe Chandler), Lucas Hedges (Patrick), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Manchester by the sea nous raconte l’histoire des Chandler, une famille de classe ouvrière, du Massachusetts.

 

N'y allons pas par quatre chemins, Manchester by the sea est l'une des grandes réussites de l'année 2016. Son réalisateur, Kenneth Lonergan, est parvenu à renouer avec la grande tradition hollywoodienne du mélodrame.

C'est l'acteur Casey Affleck (le frère de Ben) qui interprète le rôle principal du film, celui de Lee Chandler. Le talent de Casey avait déjà été remarqué dans d'autres longs métrages, et notamment dans L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007). Ici, sans exagérer, on peut dire qu'il tient le rôle de sa carrière. On le sent comme habité par Lee Chandler, un homme brisé par la vie. Lee Chandler est hermétique à tout ce qui se passe autour de lui. Ainsi, dès le début du film, il reste totalement insensible aux avances de résidentes de l'immeuble où il travaille en tant qu'homme à tout faire. Notre quadra bourru passe le plus clair de son temps à effectuer son job avec sérieux mais comme un robot. Le soir, sa seule distraction est de boire des bières et de s'en prendre à quelques clients, lorsque l'alcool a eu raison de lui.

manchester4On sent clairement que Lee n'est pas bien dans sa peau et que le démon de la culpabilité le ronge à petit feu de l'intérieur. C'est un coup de fil lui apprenant le décès de son frère qui va l'obliger à retourner dans sa ville natale, Manchester (aux États-Unis), et à replonger dans un passé traumatique.

Manchester by the sea ne fait pas partie de ces œuvres lacrymales où le spectateur se retrouve prisonnier de la mise en scène du réalisateur. Non, ici les événements sont révélés avec subtilité, par petites touches. Le montage du film joue un rôle fondamental avec cette astucieuse utilisation des flashbacks. On apprend progressivement ce qui s'est passé dans cette petite ville côtière de Manchester et les raisons ayant amené Lee à la quitter. En voyant les moments de joie, en famille, entre Lee Chandler et son épouse Randi, mais aussi la grande complicité entre Lee et son frère Joe, on tremble à l'idée de découvrir le drame en question. De manière assez surprenante, il intervient assez tôt (à la fin du premier tiers du film) et se révèle d'une incroyable puissance émotionnelle. On ressort sacrément secoué de cette scène, ayant choisi de manière pertinente le sublime adagio d'Albinoni. On ressent des émotions très fortes, comprenant aisément la culpabilité et la souffrance qui rongent Lee Chandler. Le film prend une autre dimension.

Il joue adroitement sur la difficulté de Lee de se reconstruire après l'histoire tragique qu'il a vécue. Mais le film est aussi celui du lien affectif reliant Lee à son neveu Patrick. En respectant les dernières volontés de son frère Joe, Lee devient le tuteur de cet adolescent aussi perdu que Lee (moments de peur, décès de son père). L'un et l'autre sont des êtres isolés sur le plan familial. Lee doit donc s'occuper de cet adolescent en souffrance. Ce dernier a plein d'aventures avec ses copines de lycée, ce qui apporte un peu de légèreté et d'humour à ce mélodrame. La relation entre Lee et Patrick est un des éléments centraux du film. On saisit parfaitement que la relation entre les deux est difficile puisqu'ils se doivent réapprendre à se connaître, et à jouer un nouveau rôle. Lee devient pour Patrick une sorte de père de substitution et c'est loin d'être évident. A tel point qu'une grande partie du film s'intéresse au devenir de cet adolescent.

manchester2Surtout que son passé ne cesse de resurgir devant lui lorsqu'il fait face à son ex-femme. On n'est pas prêt d'oublier cette séquence de la « poussette » où Lee est confronté plus que jamais à son passé. La scène est extrêmement poignante et on en ressort encore complètement chaviré.

Le réalisateur oppose au calme apparent de la petite ville côtière de Manchester la souffrance insondable de Lee. Ce dernier apparaît plus que jamais comme un fantôme parmi les vivants souhaitant tourner le dos à un passé douloureux qu'il a pourtant toujours bien en tête. Ce film est d'une justesse de ton épatante et il est tellement crédible qu'il en fait froid dans le dos. Se reconstruire après un drame, c'est une chose difficile, et parfois on ne s'en remet jamais.

Comme on peut s'en douter, Manchester by the sea ne serait pas un grand film sans une distribution à la hauteur. Le casting quatre étoiles est pour beaucoup dans la réussite du film. Outre un Casey Affleck qui mériterait l'oscar pour son rôle et une juste reconnaissance de son talent, d'autres acteurs se révèlent remarquables. A commencer par le jeune Lucas Hedges, crédible dans le rôle de cet ado tourmenté. La présence de l'acteur Kyle Chandler est également remarquable, dans le rôle du frère de Lee, qui est à ses côtés dans les bons moments (les sorties en mer, sortes de bouffées d'oxygène) et les moments plus délicats. Quelques mots aussi sur Michelle Williams, qui apporte beaucoup d'émotion dans les rares scènes où on la voit à l'écran.

Après une œuvre aussi forte, on a qu'une hâte, découvrir les deux premiers longs métrages du réalisateur Kenneth Lonergan, quasi invisibles dans notre pays : Tu peux compter sur moi (2000), Margaret (2011). Et puis vivement son prochain film, que l'on connaisse à nouveau de telles émotions.

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