split1Titre du film : Split

Réalisateur : Night Shyamalan

Année : 2017

Origine : États-Unis

Durée : 1h57

Avec : James McAvoy (Kevin), Anya Taylor-Joy (Casey Cooke), Betty Buckley (la docteure Karen Fletcher), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités.

 

Après plusieurs années d’errance marquées par des échecs commerciaux et critiques, le cinéaste Night Shyamalan est enfin de retour. Avec Split, il signe une de ses œuvres les plus intéressantes aux côtés de Sixième sens et d’Incassable.

Split apparaît de prime abord comme un pur thriller avec un psychopathe qui enlève trois adolescentes et les enferme dans une pièce isolée. Pourtant, comme c’était déjà le cas pour le film de super-héros (Incassable), Shyamalan se plaît à détourner les genres et à y apporter sa patte personnelle.

split2Il est clair que Split est tout sauf conventionnel. Il y a bien un grand méchant en la personne de Kevin. Mais ce dernier est un être perturbé qui dispose de 23 personnalités différentes. A l’écran, la performance de James McAvoy, qui interprète les différentes personnalités de Kevin est bluffante. L’acteur n’a pas hésité à singulariser chacun de ses personnages en jouant tour à tour un être cynique, une personne efféminée, un garçon de 9 ans, une femme, etc. La voix de James McAvoy est à chaque fois différente tout comme son attitude et les habits qu’il porte. A des années-lumière du drame Reviens-moi qui l’avait fait connaître, James McAvoy fait un numéro d’acteur époustouflant qui devrait lui permettre de remporter des prix dans des festivals. C’est grâce à cette performance que Split prend une tournure étonnante puisque les trois victimes sont confrontées à un ennemi protéiforme, quasi insaisissable. C’est difficile de négocier avec un adversaire mais quand celui-ci héberge 23 personnalités, les choses se compliquent sérieusement.

Le cinéaste Night Shyamalan livre donc une œuvre très personnelle qui se démarque du tout venant. Mais l’intérêt de cette œuvre ne s’arrête pas là. De la même façon que Kevin dispose de plusieurs personnalités, Split est un film hybride. Ce n’est pas seulement un thriller étrange. C’est aussi un huis-clos, un film analysant la personnalité complexe d’un psychopathe, un drame, le tout mâtiné de fantastique (la fin du film). A cet effet, Shyamalan a la bonne idée de mettre en parallèle deux traumas : ceux vécus durant leur enfance par Kevin et par la jeune et courageuse Casey Cooke, l’héroïne du film. On comprend mieux leur comportement à l’aune des événements douloureux qu’ils ont subi.

C’est en mélangeant adroitement les genres que Shyamalan livre au spectateur une œuvre dense et riche sur le fond. D’autant que l’on n’a pas l’habitude de voir un « méchant » qui effectue des séances chez son psychiatre, bien conscient des difficultés qu’il rencontre. Le seul petit défaut que l’on peut d’ailleurs trouver dans Split est la durée un peu trop longues de ces séances. Cela coupe parfois le rythme et la tension du film.

split3Car il faut bien reconnaître que Split est un long métrage très prenant. C’est un huis-clos oppressant qui bénéficie de la superbe photo du chef-opérateur qui a officié sur l’excellent It follows. Split confronte le monstre Kevin à ces trois jeunes femmes qui cherchent par tout moyen à s’évader, sentant clairement que leur avenir est plus qu’incertain avec cet homme totalement fou.

Le film atteint son paroxysme au niveau de la tension par un final où l’on passe dans un nouveau genre, celui du survival. Cette fois-ci, notre héroïne Casey doit faire face à la 24ème personnalité de Kevin, qui est de loin la moins enviable à connaître. Le film devient notoirement violent et l’incursion du fantastique dans un quotidien jusque-là très réaliste, est une excellente idée. Le spectateur est une nouvelle fois surpris par la tournure des événements. Jusqu’à la toute fin du film (on appréciera le clin d’oeil au film Incassable), on ne sait pas comment tout cela va se terminer. A juste titre, Night Shyamalan évite le happy end hollywoodien qui aurait été clairement malvenu. Il propose au contraire une fin nuancée, qui pourrait même justifier une suite.

En l’état, Split est une œuvre très riche qui bénéficie de l’interprétation magistrale de James McAvoy et d’une tension permanente dans un thriller qui ne faiblit pas sur la durée. Au contraire, le film propose son climax par une fin radicale et bestiale. Nul doute que Split sera l’un des meilleurs films de l’année 2017.

On attend désormais avec une certaine impatience la prochaine œuvre de Night Shyamalan qui a remonté de plusieurs crans dans notre estime.