thelast1Titre du film : The last girl (The girl with all the gifts)

Réalisateur : Colm McCarthy

Année : 2017

Origine : Royaume-Uni

Durée : 1h52

Avec : Sennia Nanua (Melanie), Gemma Arterton (Helen Justineau), Paddy Considine (le sergent Eddie Parks), Glenn Close (le docteur Caroline Caldwell), etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Au fin fond de la campagne anglaise, une base militaire héberge et retient prisonniers un groupe d’enfants peu ordinaires qui, malgré le fait d’avoir été infectés par un agent pathogène « zombie » qui a décimé la planète, demeurent capables de penser et de ressentir des émotions.

 

Avec son affiche sanglante lorgnant clairement du côté des films d’horreur, The last girl donne l’impression, de prime abord, de n’être qu’un énième film de zombies.

Pourtant, s’il s’inscrit dans un genre surabondant frôlant la saturation, il a le mérite de se démarquer rapidement du tout-venant. Le festival du film fantastique de Gérardmer ne s’y est d’ailleurs pas trompé en lui délivrant le prix du jury.

The last girl - dont le titre original, The girl with all the gifts est beaucoup significatif du contenu de cette œuvre – est déjà remarquable par la figure de son héroïne. Il ne s’agit pas d’une jeune femme qui va se révéler courageuse en affrontant une horde de zombies. Non, ici on a affaire à une fillette de dix ans, haute comme trois pommes et toute mignonne. Alors pourquoi diable est-elle enfermée dans une sorte de bunker avec d’autres enfants? Il s’avère que ces enfants ont été infectés par un champignon pathogène. De fait, ils peuvent se révéler très dangereux.

thelast4C’est pourquoi ils sont constamment surveillés par des militaires et n’ont le droit de sortir de leur cellule qu’en étant ligotés et seulement pour recevoir les cours d’une jeune professeure (Gemma Arterton). C’est comme si on testait la part d’humanité qu’il y a en ces enfants. Dans quel but ? On ne tardera pas à découvrir l’horrible réalité.

En attendant, comme dans tout bon film de zombies qui se respecte, on apprend que la pandémie due au champignon pathogène a touché un grand nombre de la population, transformant nombre d’humains en monstres assoiffés de sang. Vous me direz que tout ceci est très classique.

D’autant qu’à l’instar du début de l’excellent 28 semaines plus tard, on ne tarde pas à assister à une scène de combat avec des centaines (des milliers?) de contaminés s’en prenant aux derniers humains ayant échappé au virus. Les prémices d’un film d’action mâtiné d’horreur ? Pas vraiment. Le réalisateur Colm McCarthy, dont c’est le premier long métrage, après qu’il se soit fait la main sur des épisodes des Tudors ou encore de Doctor Who, privilégie l’aspect psychologique sur le reste.

Si l’on excepte quelques scènes un peu gore, il faut bien reconnaître que The last girl pourrait s’apparenter à un pur film d’auteur.

Dans ce road movie urbain – décidément ce film est multi genre – où nos principaux protagonistes (notre jeune héroïne, la professeure, une scientifique jouée par Glenn Close et des militaires) sont livrés à eux-mêmes, le but devient simple : survivre dans un environnement hostile. Cette quête est d’autant plus ardue que les intérêts des uns et des autres sont divergents.

Après avoir installé un climat lourd et oppressant dans le premier tiers de son film, Colm McCarthy ne relâche pas la pression sur le spectateur en instaurant une tension quasi omniprésente. A de moults reprises, on se demande bien comment nos personnages vont se sortir de situations ô combien délicates. Comme quoi, pas besoin de jouer sur le côté spectaculaire avec des attaques de zombies pour marquer son auditoire.

En plus d’un scénario bien plus fin qu’attendu, The last girl pose de vrais questionnements autour du devenir de l’Homme. Et puis il s’intéresse dans le même temps aux « contaminés ». Comme le suggérait en son temps George A. Romero (qui vient récemment de décéder) dans Le jour des morts-vivants avec le personnage de Bouba, et si ces zombies étaient dotés d’une conscience, comme nous ? Dans cette œuvre où le psychologique prend une part déterminante, Colm McCarthy va même plus loin en évoquant cette horrible réflexion : et si l’ère de l’homme était révolue, pour laisser place à une espèce plus puissante, celle des »contaminés » ? Ne cédant jamais à la facilité, Colm McCarthy va jusqu’au bout de son idée avec une fin surprenante et nihiliste, qui devrait laisser pantois plus d’un spectateur. Le réalisateur a d’ailleurs le mérite de terminer son film par un climax très réussi.

thelast3Au terme d’1h52 d’un voyage intense, Colm McCarthy sera parvenu à nous surprendre, ce qui n’était pas gagné d’avance dans un genre surabondant.

Même la distribution, habituellement faiblarde dans de telles productions, tire le film vers le haut. Les personnages ne sont pas des caricatures. La jeune Sennia Nanua, dans le rôle principal, est épatante de naturel. Elle dégage une vraie émotion en incarnant à merveille cet enfant dangereux qui cherche simplement sa place dans le monde. Ayant eu une enfance brisée, elle aspire à autre chose dans ce monde désolé. On est également (très) agréablement surpris par la performance de Gemma Arterton. L’actrice britannique, dont le personnage a bien été travaillé, fait autre chose que montrer son joli minois. Quant à Paddy Considine, il joue de façon convaincante un officier militaire.

The last girl bénéficie aussi d’un background bien travaillé. Encore une fois, on ne tombe pas dans la facilité avec par exemple des effets spéciaux clinquants. Comme dans 28 jours plus tard - une des influences évidentes du film - on traverse des rues désertes, des lieux abandonnés, avec une nature qui a déjà repris ses droits.

Au final, The last girl constitue un film d’horreur (mais pas seulement) de premier plan, notamment par son aspect psychologique très développé. Voilà une œuvre qui se bonifiera au cours du temps. On attend avec impatience le prochain long métrage du prometteur Colm McCarthy.