lanuitad_vor_1Titre du film : La nuit a dévoré le monde

Réalisateur : Dominique Rocher

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h34

Avec : Anders Danielsen Lie, Denis Lavant, Golshifteh Farahani, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s'organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ?

 

Premier long métrage de Dominique Rocher, La nuit a dévoré le monde est un film de zombies. Encore, me direz-vous ? Oui, mais cette oeuvre est quasiment un film d’auteur. Les amateurs de films d’action avec des zombies assoiffés de sang risquent d’ailleurs de trouver le temps très long. Comme dirait un célèbre mage, « fuyez, pauvres fous ! ».

Adaptation du roman éponyme de Pit Agarmen, La nuit a dévoré le monde est à proprement parler un huis-clos. On suit le personnage de Sam, venu récupérer ses affaires chez son ex, lors d’une soirée. Après s’être isolé dans une pièce et avoir sombré dans les bras de Morphée, il se réveille le lendemain matin. Mais comme l’indique le titre du film, les choses ont radicalement évolué : pour une raison que l’on ne connaîtra jamais (mais après tout cela n’est pas le sujet du film), de nombreuses personnes ont été tuées et le monde est désormais occupé par des zombies tueurs.

lanuitad_vor_2Jusque-là, on est en terrain connu. Mais on n’a pas vraiment affaire à des morts-vivants déchaînés dans le style de 28 semaines plus tard, et tous les films du même genre. Non, ici on est plutôt dans le style d’une œuvre à la George A. Romero avec des zombies qui avancent (relativement) lentement. Et surtout le film met l’accent sur l’aspect psychologique. Chez Romero, le zombie est en fin de compte une façon de montrer la réaction d’un groupe face à une menace. Romero s’intéresse ainsi à la relation entre les gens. Dans La nuit a dévoré le monde, ce n’est pas le groupe qui captive le réalisateur Dominique Rocher mais l’individu seul face au reste du monde. On pourrait presque apparenter le film au célèbre Je suis une légende.

Sauf qu’ici, le « héros » limite ses déplacements. Il reste la plupart du temps dans son appartement haussmannien. Le plus important pour lui est d’abord de répondre à des besoins primaires : sécuriser son appartement et la résidence dans laquelle il se trouve, disposer de suffisamment de denrées alimentaires pour survivre, avoir une eau suffisante pour se laver et boire. On est vraiment dans un côté pratique, un côté presque réaliste si une menace – aussi incroyable que l’invasion de zombie tueurs – avait lieu.

Évidemment, le film doit faire avec un budget serré, ce qui justifie d’autant plus ce huis-clos étonnant. Pour autant, le film comporte bien quelques scènes de tension. Mais tout cela se matérialise avant-tout dans l’atmosphère générale que dégage le film : les différentes sorties du héros pour trouver de la nourriture avec cette cage d’escalier lugubre, ses explorations dans l'immeuble avec un danger latent, etc.

La nuit a dévoré le monde est avant tout un film d’ambiance. Soit on accroche soit on peut trouver le temps long. Car la grande thématique du film est bien celle de la solitude de l’homme. Comment faire quand on se retrouve quasiment seul dans un environnement hostile ? C’est évidemment original d’avoir un film de zombies qui se déroule à Paris. C’est également symptomatique du message que souhaite véhiculer cette œuvre. Dans une ville aussi importante, aussi tentaculaire, n’est-on pas qu’un individu lambda ? Comment fait-on pour communiquer avec les autres ? L’évolution de notre société avec ce tout technologique semble donner une réponse pessimiste quant aux rapports de l’homme avec ses congénères.

La nuit a dévoré le monde traite dans le cas présent de l’ennui. Le personnage principal tente de s’occuper en faisant de la musique. Et comme par hasard, cette façon de se divertir attire les zombies qui sont sensibles aux sons. Cela donne lieu à quelques scènes très intéressantes où le héros doit se confronter avec ce danger latent.

lanuitad_vor_3L’acteur Anders Danielsen Lie, vu dans le dépressif Oslo 31 août, est excellent dans le rôle-clé de ce film. On voit bien l’évolution de son personnage, qui combat non seulement l’ennemi extérieur mais aussi ses démons intérieurs. Quand on est désespérément seul, la folie guette à tout moment. Outre cet acteur, on peut compter sur Denis Lavant qui campe un zombie inoubliable, le seul avec lequel communique notre héros. Et puis la présence de la belle Golshifteh Farahani apporte un côté quasi fantasmatique : on se demande bien si on ne navigue pas entre rêve (cauchemar?) et réalité. Les conditions de sa venue nous interrogent sur la notion de l'inconnu.

Cela va bien dans les thématique du film : la solitude, la peur de l’autre, la difficulté de communiquer.

Comme quoi, avec peu de moyens et un scénario en apparence attendu, on peut réaliser un film prenant et intelligent. On dépasse largement le statut de simple film de zombies. Il va sans dire que Dominique Rocher est désormais attendu au tournant.