ghostland1Titre du film : Ghostland

Réalisateur : Pascal Laugier

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h31

Avec : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Emilia Jones, Taylor Hickson, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.

Critique de Locktal

 

Quatrième film de Pascal Laugier après notamment le traumatisant Martyrs (2008) et l’intrigant The secret (2012), Ghostland plonge dès les premières minutes du film le spectateur dans un home invasion brutal et éprouvant dans lequel les trois protagonistes (une mère prénommée Pauline interprétée de manière sobre et convaincante par la chanteuse Mylène Farmer et ses deux filles adolescentes Beth et Vera) seront victimes d’une effroyable agression par deux psychopathes au sein de la demeure familiale où elles viennent d’emménager.

 

ghostland2Mais le film de Laugier va bifurquer vers d’autres horizons, mutant sans cesse, épousant la psyché de son personnage principal Beth, devenue adulte et ayant atteint son rêve de devenir un écrivain célèbre au même titre que Lovecraft, son idole de toujours, et replongeant dans l’enfer de son passé lorsqu’elle revient dans la maison cauchemardesque dans laquelle vivent toujours sa mère et sa sœur Vera qui a sombré dans la démence paranoïaque. Laugier paie d’ailleurs son tribut au célèbre écrivain américain créateur du mythe de Cthulhu, puisque le film s’ouvre sur un portrait de Lovecraft, et celui-ci est aussi au centre d’une très belle séquence onirique.

Si le récit n’a rien d’original en soi, le cinéaste va déployer tout d’abord une esthétique gothique flamboyante, où les moindres couloirs et recoins de la demeure sont porteurs de mystère et de terreur, comme dans un train fantôme rempli de pièges, esthétique encore décuplée par la présence anxiogène de poupées démembrées. Le spectateur pense alors être en terrain connu, mais il n’en sera rien, Laugier n’ayant de cesse de le perdre, de l’égarer dans les méandres de sa narration.

A la manière du sublime Vertigo d’Alfred Hitchcock, le twist qui arrive en milieu de film va redistribuer les cartes, pulvériser le déroulement du récit et emmener ainsi le spectateur vers des cimes inattendues mais pourtant totalement cohérentes. L’impact sera dévastateur, à l’instar de la deuxième partie de Martyrs (film avec lequel Ghostland entretient de nombreux points communs), permettant de maintenir un état de tension permanent, où les jump scares, effets parfois faciles lorsqu’ils sont mal utilisés, seront terriblement efficaces, culminant dans plusieurs climax impressionnants, virant parfois à l’abstraction.

Mais surtout Laugier présente des personnages touchants. La relation entre les deux sœurs Beth et Verra est particulièrement poignante, chacune des sœurs ayant développé des mécanismes de défense différents mais complémentaires au final. Le refuge de Beth dans l’évasion et l’imaginaire pour échapper à l’horreur est à double tranchant : s’il permet parfois sa survie (physique et mentale), il peut aussi la perdre à jamais dans une illusion, tandis que le caractère pragmatique de Vera ramène constamment Beth dans la réalité.

 

ghostland3Les accusations de certains critiques taxant Laugier de sadique et de complaisant semblent donc à côté de la plaque, le réalisateur aimant profondément ses protagonistes féminines, qui certes suppliciés (physiquement et mentalement, encore une fois) trouvent tout de même la force de se rebeller contre leurs oppresseurs.

Si le déferlement de violence et le malaise de certaines situations du film pourront rebuter, voire provoquer le dégoût, Ghostland est une expérience âpre, troublante, jusqu’au-boutiste, qu’il convient absolument de défendre, surtout en ces temps d’aseptisation et de standardisation du cinéma de genre. Le second degré et le côté meta sont totalement absents, et c’est tant mieux : Ghostland respire l’amour, autant dans ses personnages que dans le rapport que Laugier entretient avec le cinéma d’horreur viscéral. Le festival de Gérardmer 2018 ne s'y est pas trompé en lui décernant le grand prix. A voir de toute urgence !