mademoiselledejon1Titre du film : Mademoiselle de Joncquières

Réalisateur : Emmanuel Mouret

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h49

Avec : Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...

 

C'est toujours avec un plaisir non feint que l'on part à la découverte du nouveau film d'Emmanuel Mouret. Car ce cinéaste français est passé maître dans les comédies amoureuses au charme délicieusement désuet.

On avait été séduit en 2015 par son précédent long métrage, Caprice, une comédie très drôle avec Emmanuel Mouret tiraillé par son amour pour deux femmes jouées par une formidable Anaïs Demoustier et par Virginie Efira.

mademoiselledejon2En 2018, Emmanuel Mouret ne change pas une équipe qui gagne. Il reste sur le marivaudage amoureux. Toutefois, il y a bien un grand changement puisqu'il s'essaie au film en costumes. Avec Mademoiselle de Joncquières, Emmanuel Mouret adapte librement une nouvelle de Denis Diderot et situe son action dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle.

Ce réalisateur néo-rohmerien (la petite graine de folie en plus) met en scène une comédie aigre-douce savoureuse. Il est évident que le film a été extrêmement écrit dans ses moindres détails, comme le prouve la prédominance des dialogues. Cela n'est absolument pas un défaut. Bien au contraire. Il n'y a qu'à entendre les bons mots que s'échangent les principaux protagonistes. La belle Cécile de France y incarne Madame de La Pommeraye, une riche veuve, qui finit par céder aux avances du Don Juan, le marquis des Arcis, joué par un Edouard Baer très à l'aise dans son rôle. Madame de La Pommeraye comprend rapidement que le marquis s'est joué d'elle, comme d'autres femmes auparavant. C'est alors qu'elle fomente un plan machiavélique pour se venger du marquis.

Les dialogues du film font souvent mouche et on s'étonne d'apprécier autant ces phrases au charme désuet. Peut-être que ce sentiment est sublimé par le fait que notre société est entré dans une génération smartphone totalement exaspérante. Toujours est-il que l'on prend beaucoup de plaisir dans cet affrontement verbal entre une femme blessé dans son orgueil qui va aller très loin pour se venger d'un homme coupable de multiplier les conquêtes sans se soucier de leurs sentiments.

A sa façon, Emmanuel Mouret réalise un film que l'on pourrait aisément qualifier de féministe. Cécile de France y incarne une femme forte, prête à tout – quitte à manipuler son entourage – pour arriver à ses fins. C'est elle qui donne le la et le marquis suit, sans se douter un instant des desseins de son « amie ». La femme donne l'impression d'être déterminée et conquérante alors que l'homme n'agit que par passion, au gré de sentiments qu'il n'arrive pas à maîtriser. Dès lors, le sexe faible n'est pas franchement celui que l'on désigne généralement de manière péjorative.

Le charme de Mademoiselle de Joncquières ne se limite pas à ses deux acteurs principaux et à leurs joutes verbales. Le film a été très soigné dans sa mise en scène et dans le choix de ses décors naturels. On observe avec ravissement les belles demeures à la campagne qui sont la propriété de ces nobles oisifs. Madame de La Pommeraye et le marquis des Arcis passent ainsi le plus clair de leur temps à profiter d'immenses jardins pour flaner et évoquer ce qu'ils ont sur le cœur. Quand les choses se corsent, le réalisateur privilégie les jolis intérieurs d'un château, nous rappelant à cette occasion à quelle époque on se situe.

mademoiselledejon3Mais me direz-vous, et mademoiselle de Joncquières dans tout ça ? Ah, elle est incarnée par la jeune et mignonne Alice Isaaz. Avec son visage juvénile et ses sentiments intériorisés, elle semble à l'opposé de Madame de La Pommeraye. Jusqu'à la fin du film, on se sait que peu de choses d'elles et encore moins ce qu'elle pense de cette relation entre le marquis et madame de La Pommeraye. Dans tous les cas, elle complète avec ravissement un nouveau triangle amoureux créé par Emmanuel Mouret. Et puis elle est l'objet de toutes les attentions par le marquis, qui pense constamment à elle.

D'ailleurs, ce film a finalement beaucoup de points communs avec les œuvres précédentes d'Emmanuel Mouret : dialogues bien sentis, triangle amoureux, comédie (plus ou moins) légère, et donc la question de la passion amoureuse. Tous nos personnages agissent avec excès, et ce en raison de la flamme qui les anime. La vengeance de Madame de La Pommeraye n'a d'égal que la passion qu'elle a eu autrefois pour le marquis.

Evidemment, la réussite du film tient à la qualité du casting. Cécile de France et Edouard Baer forment un duo plein de charme et de malice. A leurs côtés, Alice Isaaz et Natalia Dontcheva (jouant le rôle de madame de Joncquières) sont bien plus que de simples faire-valoir.

Au final, voilà une belle comédie qui assoit une nouvelle fois la maîtrise d'Emmanuel Mouret. On attend avec envie son prochain film.