thecured1Titre du film : The cured

Réalisateur : David Freyne

Année : 2018

Origine : Irlande

Durée : 1h35

Avec : Ellen Page (Abbie), Sam Keeley (Senan Brown), Tom Vaughan-Lawlor (Conor)

FICHE IMDB

Synopsis : Des années après que l'Europe ait été ravagée par le virus Maze qui transforme les humains en monstres cannibales, un antidote est enfin trouvé. Senan Brown est hanté par ce qu'il a fait. Alors qu'il revient vivre chez sa belle-sœur devenue veuve, la peur et la suspicion risquent de plonger de nouveau le monde dans le chaos.

 

A l'énoncé de son synopsis, The cured (littéralement le guéri en français) ne joue pas franchement la carte de l'originalité. En effet, dans la lignée de 28 jours plus tard et de ses nombreux rejetons, il s'inscrit dans le sous-genre horrifique du film de virus.

A cet égard, on apprend au début du film que le virus Maze s'est propagé en Europe, déclenchant chez les infectés une violente psychose, les transformant en zombies assoiffés de sang. L'action se situe en Irlande, dévastée par ce virus. Un traitement à Maze a été trouvé, efficace dans 75 % des cas. Le film démarre lorsque la dernière vague des traités (ceux qui ont été guéris) réintègre la société.

Alors, quoi de neuf à l'horizon au regard de ce scénario particulièrement balisé ? The cured propose en fait autre chose qu'un simple film de zombies. Pour cela, il base son histoire à partir d'une idée novatrice : les traités se souviennent de tous les actes qu'ils ont commis. Voilà qui change radicalement les choses.

The cured se distingue ainsi du tout-venant en relatant le point de vue d'êtres humains, naguère contaminés, qui ont conscience des horreurs qu'il ont effectuées.

thecured3Le film amène alors le spectateur à s'interroger sur des notions de morale et de faits de société. Du côté d'ex contaminé, comment réintégrer normalement la société alors que l'on a tué des gens et que l'on a conscience de ces meurtres ? Du côté des personnes ayant perdu des proches en raison du virus Maze, comment pardonner à ceux qui ont tué, même s'ils étaient dans un état second, incapables de se contrôler ?

Pour mettre en scène ce film qui privilégie l'aspect psychologique à l'action pure et dure, le réalisateur irlandais David Freyne se focalise principalement sur trois personnages : Senan Brown, un traité, qui a perdu son frère pendant l'infection. Il est hébergé par sa belle-sœur, Abbie, qui élève seule son jeune fils. Le troisième personnage est Conor, un autre traité, logeant du foyer regroupant d'anciens zombies, sa famille l'ayant rejeté.

A grands renforts de flashbacks, David Freyne montre les cauchemars que subit perpétuellement Senan. Rongé par des remords, ce dernier a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie, d'autant que les traités sont mis à l'index de la société, sans compter les contrôles auxquels ils sont quotidiennement soumis. Senan est le personnage principal de ce long métrage. Il est le référent du spectateur et nous fait comprendre que pour vivre à nouveau, il faut s'accepter soi-même avant d'espérer se faire accepter des membres de la société

La relation entre Senan, Abbie et Conor est forte et constitue le nœud dramatique de cette histoire qui va révéler progressivement des secrets quasiment inavouables. Voilà qui donne de l'intensité émotionnelle à une histoire qui n'en manquait pas.

Surtout que dans le même temps, le cinéaste David Freyne pose une autre question fondamentale sur le plan de la morale et de l'éthique : que faire des 25 % d'incurables ? Doit-on les enfermer comme des animaux ou doit-on les tuer en raison de leur dangerosité ? Ou peut-on attendre qu'un nouveau traitement parvienne à les guérir ?

Cette question des personnes incurables nous renvoie immanquablement à une autre actualité, bien plus proche de nous : celle de l'intégration des migrants. Le sous-texte politique du film est évident et ne manque pas d'attrait.

thecured2En plus de son scénario astucieux et d'une mise en scène rigoureuse, The cured doit sans conteste sa réussite à une distribution de qualité. La canadienne Ellen Page, à la filmographie particulièrement éclectique, est tout à fait crédible dans le rôle d'Abbie. Elle côtoie dans ce film deux irlandais : Sam Keeley est excellent dans le rôle du tourmenté Senan ; Tom Vaughan-Lawlor est charismatique dans le rôle de Conor, un homme refusant d'être relégué au second plan.

Évidemment, si le film est intéressant par les thématiques qu'il développe, il risque fortement de décevoir les amateurs de films d'horreur où l'action prédomine. On est tout de même en face d'une œuvre réflexive, où l'émotion est sans cesse privilégiée. Tout cela pourra paraître un peu long pour certains spectateurs.

Quoi qu'il en soit, The cured est un long métrage parfois passionnant, qui a le mérite d'apporter sa pierre à l'édifice dans un genre pourtant sur-représenté. David Freyne est clairement un réalisateur prometteur dont on attend impatiemment les prochains travaux.