le_grand_bain1Titre du film : Le grand bain

Réalisateur : Gilles Lellouche

Année : 2018

Origine : France

Durée : 1h58

Avec : Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Leila Bekhti, Marina Foïs, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée.

 

Avec Le grand bain, l'acteur Gilles Lellouche passe pour la première fois à la réalisation. Le néo-cinéaste débute sa carrière derrière la caméra par une comédie.De prime abord, on pourrait s'attendre à une énième comédie franchouillarde dans le style des films de Dany Boon.

Que nenni ! Gilles Lellouche surprend (agréablement) son monde en mettant en scène une comédie sociale. Sur ce point, Le grand bain évoque plutôt des œuvres britanniques, et notamment l'hilarant The full monty (1997). Dans cette comédie « so british », des chômeurs issus d’un milieu ouvrier, finissent par jouer les chippendales, contre rénumération. Sauf que ces hommes disposaient d'un physique parfois ingrat ! Cela a donné lieu à des scènes hautes en couleurs, marquées par la musique Hot Stuff (1979) de Donna Summer.

Avec Le grand bain, Gilles Lellouche reprend partiellement ce concept avec des hommes disposant (pour certains) d'un physique pas vraiment avantageux, s'étant mis en tête de représenter la France au championnat du monde de natation synchronisée par équipe...masculine !

legrandbain3Le film va s'évertuer à nous montrer le côté improbable de cette équipe, faite de bric et de broc. On rigole beaucoup devant les entraînements et les performances de ces nageurs du dimanche.

Mais là où Le grand bain diffère sensiblement de The full monty, c'est qu'il effectue une véritable radiographie de notre société, bien mal en point au demeurant. Le casting hétéroclite du film, constitué notamment de Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Virginie Efira, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine amuse le spectateur. Car les personnages qu'ils interprètent sont de véritables loosers en puissance. On rigole, on se moque mais rapidement on comprend que le film a autre chose à raconter. Derrière le vernis humoristique, Gilles Lellouche a l'ambition de montrer que notre société est malade, avec nombre d'entre nous au bout du rouleau. Mathieu Amalric, dans un rôle à contre-emploi, incarne un personnage dépressif, Jean-Hugues Anglade un chanteur raté, Benoît Poelvoorde un patron dont la société est au bord du dépôt de bilan. Quant à Guillaume Canet, il interprète un homme révolté contre tout qui se met sa famille à dos. Et que dire de l'entraîneur de cette « dream team » dont le coach, joué par Virginie Efira, est une alcoolique anonyme. Pas très réjouissant tout ça !

Heureusement, Gilles Lellouche utilise constamment le ton de la comédie, ce qui permet de faire passer son message avec beaucoup de légèreté. Le grand bain n'en demeure pas moins un excellent « feel good movie ». Ce fameux bain, c'est la réunion de gens différents, partageant leurs peines, leurs difficultés, leurs craintes, leurs traumas. Les scènes dans les vestiaires, comme dans d'autres sports, sont celles de partages. On confie des choses à des inconnus, comme si cela avait un côté cathartique.

legrandbain2Dès lors, ces loosers au grand cœur n'ont d'autre but que de s’affirmer et d’être reconnu. Cela n'est pas un hasard si le film démarre avec la chanson « Everybody wants to rule the world » (1985) de Tears for Fears. Et c'est encore moins étonnant que l'on écoute le thème principal des chariots de feu (1981), film bien connu sur le sujet du dépassement de soi.

La compétition de natation synchronisée donne lieu sans conteste à l'une des meilleures scènes du film. Gilles Lellouche prend parfaitement à contre-pied le spectateur en proposant un spectacle détonnant. C'est d'ailleurs une façon de clore à merveille ce feel good movie.

L'excellent morceau « So good so right » (1981) d'Imagination correspond à notre état d'esprit en sortant de la salle de cinéma.

Sans conteste, Gilles Lellouche mérite le succès que rencontre Le grand bain, une comédie très drôle (ah ce Philippe Katerine, quel joyeux drille !) mais aussi sérieuse sur le fond.