the_unseen_jaquette_c0658Titre du film : The unseen

Réalisateur : Geoff Redknap

Année : 2017

Origine : Canada

Durée : 1h50

Avec : Aden Young, Julia Sarah Stone, etic.

FICHE IMDB

Synopsis : Persuadé qu’il devient invisible, un homme solitaire décide de retrouver sa fille, disparue sans laisser de trace. Parviendra-t-il à résoudre le mystère en dépit de son état physique instable ?

 

Présenté en 2017 au festival Hallucinations collectives, The unseen est le premier film de Geoff Redknap, spécialisé dans les effets spéciaux et notamment ceux de Deadpool. Ce cinéaste canadien propose ici une variation du mythe de l’homme invisible.
Cette figure bien connue du cinéma fantastique classique est notamment apparue récemment dans Hollow man (2000) de Paul Verhoeven et dans Le garçon invisible (2014) de Gabriele Salvatores.

Geoff Redknap apporte sa pierre à l’édifice avec une vision très personnelle du mythe. A fortiori, The unseen est avant tout un drame mâtiné de fantastique. Le principal protagoniste, Bob Langmore, ouvrier dans une scierie, est atteint d’une maladie mystérieuse qui le rend progressivement invisible. L’originalité du film réside dans le fait que l’état de cet homme est traité comme une pathologie incurable. Raison pour laquelle il a dû abandonner sa famille.

theunseen3_41e4dThe unseen traite avant tout de relations familiales éclatées : un père et mari absent ; une fille qui en veut à sa mère car elle n’aurait rien fait pour retenir son père. Bob Langmore va profiter de la situation pour se rapprocher de sa fille. Paradoxalement, plus il devient invisible, plus il est visible pour sa fille sur le plan affectif. Il tente de remplir (enfin) son rôle de père. The unseen s’avère très touchant de ce point de vue. Et puis le film pose en filigranes cette question essentielle : peut-on récupérer le temps perdu ?

La musique lancinante du groupe Caveboy renforce l’immersion dans le film. On a l’impression qu’elle apporte une douceur, une sensibilité qui s’adapte bien au propos de The unseen. Elle est en phase avec les thématiques principales de cette œuvre. La musique accroît par ailleurs ce sentiment d’environnement froid, grisâtre, sans avenir. Les entreprises ferment les unes après les autres, transformant la ville en cité fantôme. Tout cela n’est pas sans rappeler les personnages de l’excellent It follows traversant un Détroit abandonné sur une musique atmosphérique.

Dans The unseen, ceux qui restent sont comme englués dans ce quotidien morne. La dimension sociale du film est évidente. D’ailleurs, de manière sous-jacente, le réalisateur critique l’homophobie qui sévit dans cette ville perdue dans le fin fond du Canada. Il est évident que l’on ne peut pas grand-chose contre les « on dit ». De manière plus générale, le film est une ode à la différence. Cela n’est pas innocent si l’ex-femme de Bob Langmore a refait sa vie avec une femme.

Pour asseoir son drame fantastique, le réalisateur Geoff Redknap utilise des effets spéciaux très réalistes qui ne sont pas sans rappeler ceux de Terminator. Cette incroyable histoire d’homme invisible attise l’intérêt de certaines personnes, lesquelles font écho à de tristes heures de notre histoire contemporaine. Le médecin chinois fait immanquablement penser aux médecins nazis pratiquant des études sur les cobayes humains pendant la deuxième guerre mondiale. L’invisibilité est vécue comme une maladie mais c’est aussi un pouvoir que l’on peut utiliser à sa guise (chez Verhoeven le personnage principal en profitait pour s’introduire dans les douches des filles pour les voir nues).

theunseen_002_600x240_ed3adAu niveau de la distribution, on ne peut que louer sa grande qualité, toute en sobriété. L’acteur principal, Aden Young, est crédible dans ce rôle de l’homme invisible. A plusieurs reprises, on perçoit sa souffrance d’être différent des autres. Quant à la jeune actrice, Julia Sarah Stone, elle est épatante de naturel et place le spectateur en situation d’empathie avec elle.

Tout n’est cependant pas parfait dans ce film. Et si l’on veut ergoter un petit peu, on peut lui reprocher d’avoir ajouté une sous-intrigue inutile autour d’un dealer de trafic d’organe d’ours qui semble juste là pour son côté action. Manifestement, le réalisateur ou les producteurs craignaient que ce drame intimiste et social finisse par ennuyer le spectateur.
D’autant que le ton reste de bout en bout assez froid, à l’image de l’environnement grisâtre de ce ces villes post-industrielles ouvrières qui s’éteignent petit à petit. Métaphore de l’état de santé du héros et de sa place dans la société ?
Toujours est-il que The unseen demeure une bonne surprise qui, en ce début d’année 2019, n’a toujours pas trouvé de distributeur en France.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/the-unseen-la-critique-du-film