manonlescaut1Titre du film : Manon Lescaut

Réalisateur : Gabriel Aghion

Année : 2013

Origine : France

Durée : 1h30

Avec : Samuel Thels, Céline Perreau, Xavier Gallais, Laurent Stocker, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Amiens, 1713. Des Grieux est un jeune étudiant de bonne famille, qui s’apprête à devenir Chevalier de l’Ordre de Malte. Son avenir est tout tracé jusqu’à sa rencontre avec la belle Manon, jeune fille d’origine modeste.

 

Manon Lescaut est un célèbre roman (1731) de l’abbé Prévost. Cette histoire d’amour passionnée entre le chevalier des Grieux, un garçon de bonne famille destiné à une carrière ecclésiastique et Manon Lescaut, une roturière de petite vertu, a connu plusieurs adaptations dans l’ensemble assez décevantes. Seul Henri-Georges Clouzot avec son Manon (Lion d’or à Venise en 1949) est parvenu à rendre justice au roman en transposant cette histoire dans la France occupée de 1944.

Mais depuis ce film, rien de bien folichon à l’horizon. Et ce n’est pas cette adaptation datée de 2013, mise en scène par Gabriel Aghion (Pédale douce, Belle maman) qui risque de relever le niveau.

Déjà, il ne s’agit pas d’un film mais d’un téléfilm commandé par France 3. Les chaînes de télévision peuvent livrer de belles adaptations de la littérature. On songe ainsi aux téléfilms romantiques estampillés BBC.

Manon9copThierryOzilManon Lescaut n’a nullement le charme précieux et romantique des œuvres télévisuelles britanniques. Le problème le plus criant tient au choix de l’actrice principale. N’y allons pas par quatre chemins : Céline Perreau joue très mal le rôle de Manon Lescaut. Elle surjoue en permanence. Dès lors, son statut de femme fatale prend sérieusement du plomb dans l’aile. D’ailleurs, on se demande comment cette Manon Lescaut parvient à faire tourner la tête de tous les hommes.

Dans le même ordre d’idée, dès le début de ce téléfilm, on reste perplexe lorsque Manon Lescaut se déshabille en pleine rue à Amiens pour séduire le candide chevalier des Grieux…

De la nudité gratuite dans un téléfilm tout public. Voilà qui a de quoi surprendre. Et le réalisateur Gabriel Aghion de multiplier à plusieurs reprises ce choix artistique. A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’apporter un peu de piquant à un récit manquant cruellement de vigueur. Car Manon Lescaut n’est pas un téléfilm très palpitant. Sans dire que l’on s’ennuie ferme, on ne ressent jamais la passion entre ces deux êtres, alors que c’est l’objet même de l’histoire. Un comble !

Et puis France 3 n’est pas la BBC. Visiblement les moyens financiers ont été limités. Si les décors (châteaux, vieille prison) et les costumes respectent l’époque en question, il n’y a rien de remarquable. On a un peu l’impression d’une reconstitution bon marché. Le budget a dû être tellement serré que la production ne s’est pas embarrassée à respecter scrupuleusement le roman. Ainsi, pas de déportation pour Manon Lescaut en Amérique, précisément en Louisiane française.

Au lieu de cela, le spectateur assiste à des joutes verbales avec des dialogues trop littéraires. Ne soyons toutefois pas trop dur, quelques phrases font mouche, nous ramenant bien souvent au côté (pseudo) femme fatale de Manon Lescaut : « la femme jeune est un poison subtil » ; « la passion est mauvaise conseillère. »

Manon6Si cette adaptation morne de Manon Lescaut ne passionnera pas les foules, elle met toutefois en lumière une jeune femme libre, proposant une vie de débauche afin d’améliorer son quotidien. Elle amène sur son chemin du péché l’aimant chevalier des Grieux, prêt à tout pour elle. Ce gentilhomme sombre corps et bien, victime de sa passion amoureuse. Pendant que sa belle tapine chez les riches, il s’adonne aux tricheries au jeu et même au meurtre par amour. C’est bien dommage que cet aspect ne soit pas mieux mis en scène et joué par des acteurs plus convaincants.

Même un acteur comme Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française, peine à convaincre. On se demande quelle mouche l’a piqué pour vouloir faire de Manon sa maîtresse car sa passion apparaît aussi rapide que grotesque. C’est en fait un autre second rôle qui retient notre attention. Xavier Gallais interprète avec conviction le personnage de Christian Lescaut, le frère de Manon. On apprécie son côté libéré d’arnaqueur et les rapports troubles qu’il entretient avec sa sœur. Voilà un personnage haut en couleurs qui nous extrait parfois de la léthargie de ce téléfilm.

Au final, Manon Lescaut constitue clairement une adaptation décevante du roman de l’abbé Prévost. Cette histoire d’amour passionnelle est sabordée par une mise en scène peu inspirée, une actrice principale banale et des moyens trop limités alloués à ce téléfilm. Si quelques dialogues bien sentis et des personnages secondaires n’étaient pas là pour remonter le niveau, on serait proche du naufrage intégral.

Critique parue à l'origine sur le site avoir-alire.com à l'adresse suivante :
https://www.avoir-alire.com/manon-lescaut-la-critique-du-telefilm-le-test-dvd