blanchecomme1Titre du film : Blanche comme neige

Réalisatrice : Anne Fontaine

Année : 2019

0rigine : France

Durée : 1h52

Avec : Lou de Laâge, Isabelle Huppert, Damien Bonnard, Vincent Macaigne, Jonathan Cohen, Benoît Poelvoorde, Pablo Pauly, Charles Berling, etc.

FICHE IMDB

Synopsis : Claire, jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud, qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants...

 

Il était une fois une belle jeune femme abandonnée dans les bois. Une méchante sorcière extrêmement envieuse de son charme complote pour éliminer cette rivale. Cette histoire vous rappelle quelque chose ? Blanche neige peut-être ? Gagné !

La réalisatrice Anne Fontaine, à qui l’on doit une version modernisée d’Emma Bovary (Gemma Bovary, 2014) se plaît ici à détourner le conte des frères Grimm pour livrer une ode à la liberté et à l’amour, avec en filigranes une vision féministe assumée des choses.

blanchecomme2Dans Blanche comme neige, l’actrice Lou de Laâge tient le rôle principal, celui de Claire, une très belle femme qui n’est autre qu’une Blanche neige des temps modernes. Et les les 7 nains ? Ils sont remplacés par 7 hommes tombant amoureux de Claire.

Si l’histoire de Blanche neige est respectée dans ses grandes lignes (l’abandon dans la forêt, la méchante marâtre, les tentatives de meurtre de la belle jeune femme), Anne Fontaine revisite à sa façon ce mythe universel pour lui donner un côté très actuel.

Claire n’est pas une héroïne naïve, un peu nunuche. Elle est surprise par ce qui lui arrive mais elle prend les événements comme ils viennent, sans se soucier du lendemain. Surtout, la portée sensuelle voire érotique que dégage la jolie Lou de Laâge est indéniable. Sans jamais tomber dans la vulgarité, son personnage, celui de Claire, se dénude et n’écoute que ses envies. Les hommes sont comme subjugués et tentent de charmer la belle Claire. Cette dernière s’amuse sans doute de son pouvoir de séduction (qu’elle découvre?).

On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec cette héroïne libre et le mouvement « me too » apparu depuis l’affaire Weinstein, marquant quant à lui la libération de la parole des femmes face au harcèlement et aux agressions sexuelles. Dans Blanche comme neige, Claire choisit ses amants et garde le contrôle de son destin. Claire paraît d’ailleurs quasiment insaisissable. Elle ne s’attache à rien et à personne, mais profite simplement de l’instant présent. Ce long métrage est non seulement un film sur la libération de la femme mais aussi sur l’apprentissage de son propre corps.

A l’inverse, les hommes doutent beaucoup dans ce film, qu’ils soient névrosés (formidable Vincent Macaigne !), peu à l’aise avec les femmes (Jonathan Cohen, Pablo Pauly), un peu rustres et même lourdauds pour certains ( Benoît Poelvoorde, impayable comme d’habitude!). Ce sont donc les femmes qui ont le pouvoir dans Blanche comme neige, qu’il s’agisse de la belle (et pure?) Claire ou de la marâtre, jouée par une Isabelle Huppert très à l’aise dans le rôle de la femme perfide.

blanchecomme3Pour mieux toucher son public, le film opte pour un ton résolument humoristique. La maladresse des ces hommes dans leurs tentatives d’approche, se retrouvant comme des enfants face à Claire, est amusante et même touchante.

Ce long métrage est également une critique – à peine voilée – de notre société actuelle. Avec la digitalisation de cette dernière (internet, le smartphone, etc.), tout va très vite et on ne prend plus le temps de profiter de notre environnement. Les personnages vivant en ville semblent étouffer par ces conditions pas franchement optimales. A l’inverse, la vie à la campagne, à la montagne est mise en avant. Cela n’est pas un hasard si Claire est comme « transformée » au sein de cette nature vivifiante. Les cours d’eau, les paysages forestiers, un chalet en bois, éveillent en elle des pulsions dont elle n’avait pas connaissance jusqu’alors. L’air de la montagne ? Sans doute. Plus sûrement, on peut songer aux joies offertes par ces superbes paysages naturels où l’on prend le temps de vivre tranquillement.

Sans avoir l’air d’y toucher, sous ses dehors de comédie gentiment subversive, Blanche comme neige développe de nombreux thèmes et assume un propos résolument féministe avec une héroïne belle et forte. Lou de Laâge participe pleinement à la réussite de ce film. Elle irradie l’écran à chacune ses apparitions. Gageons que ce rôle brillamment joué lui ouvre d’autres portes.