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Titre du film : La valise

Réalisateur : Georges Lautner

Année : 1973

Origine : France

Durée : 1h40

FICHE IMDB

Synopsis: Sentant sa vie menacée dans un pays arabe où il était en mission, l’espion israélien Bloch demande à être rapatrié en France. Le capitaine Augier est alors chargé de faire sortir clandestinement Bloch du pays. Cependant, ce dernier devra, pour cela, être enfermé dans une valise diplomatique.

 

Tout au long de sa carrière, Georges Lautner a été l’auteur de comédies et polars plutôt musclés. Dans le rang des comédies, on compte entre autres les cultissimes Tontons flingueurs, la trilogie des Monocle mais aussi des œuvres plus mineures telle que cette Valise.
A sa sortie en 1973, ce film a rassemblé plus d’1,2 million de spectateurs, score tout à fait honorable. Mais ce succès a été occulté par une polémique. En effet, à l’époque, le conflit israélo-palestinien connaissait une de ses plus graves tensions avec l’attaque d’Israël par les troupes égyptiennes et syriennes. Georges Lautner a reçu des injures venant de milieux juifs qui n’ont manifestement pas compris le film.

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Car il est évident que La valise n’est pas à prendre au sérieux. Et ça, on le voit bien dès le départ avec une parodie de western spaghetti.
Ce long métrage nous révèle ensuite rapidement le cœur de son intrigue avec un agent des services secrets israéliens, le commandant Bloch (formidable Jean-Pierre Marielle) qui est recherché par des tueurs. Isolé et sans solution, Bloch recueille l’appui de l’ambassade de France à Tripoli, qui a l’idée de lui faire quitter le pays dans une valise diplomatique, portée par le capitaine Français Augier.La valise
est constamment truculent. Le spectateur a bien souvent l’occasion de rire des (més)aventures du commandant Bloch, obligé à plusieurs reprises de rester dans sa valise, en raison de circonstances défavorables. Entre une grève à Air France qui le contraint à rester bien plus longtemps que prévu à Tripoli, un avion détourné ou encore un voyage chaotique dans le désert, notre principal protagoniste en voit de toutes les couleurs, dans des scènes où l’humour est omniprésent.

Un autre attrait du film tient à l’opposition entre les deux personnages principaux du film. Le commandant Bloch dégage une classe, un charme certain et fait preuve d’un humour au second degré. Il taquine le capitaine Augier (Michel Constantin, excellent dans son rôle) qui apparaît comme son parfait opposé. Ce dernier incarne un homme manquant cruellement de finesse, particulièrement pingre (il trafique ses notes de frais), à l’humour peu fin et qui apparaît désarmé dans ses relations avec les femmes.

Car
La valise ne serait pas aussi piquant et perdrait une grande partie de son attrait, sans son triangle amoureux. Dans cette histoire, il y a une femme, Françoise, jouée par Mireille Darc (une habituée chez Lautner dans les années 70 : Il était une fois un flic, Les seins de glaceMort d'un pourri) qui incarne brillamment son rôle de femme fatale, faisant tourner les têtes, et notamment celles de Bloch et d’Augier. Il faut voir le commandant Bloch, fou d’amour pour cette femme, raconter avec nostalgie sa rencontre lors d’un flashback savoureux !

Lautner s’amuse à entretenir l’idée de cette femme qui fait l’objet de toutes les convoitises. Les hommes ne pensent qu’à elle et en oublient même leurs différences, et oppositions. C’est sans doute cela qui n’a pas plu à certains, d’autant que la fameuse Françoise sort avec des gens de toutes origines. Le commandant Bloch se pare d’ailleurs de cette réflexion qui est (évidemment) à prendre au second degré : « 
un Egyptien, un Grec, un Français, elle prend vraiment les plus dégénérés ».

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Notre réalisateur français n’a absolument pas cherché à donner une dimension politique à son long métrage. Au contraire, il met en scène une comédie joviale, décomplexée – même si ça part parfois un peu dans tous les sens – où la fraternité et l’amour sont élevés au rang de valeurs cardinales.
In fine, Georges Lautner délivre un message de paix où les protagonistes masculins font tous cause commune autour de cette femme, symbole de l’amour. Certains personnages changent d’ailleurs de vie du jour au lendemain et en sont très fiers : « Bloch quitte l’armée israélienne. Moi je quitte l’armée française. On en a ras le bol de ce métier à la con ».

Le propos pourra paraître naïf aux yeux de certains, mais, au fond, est-ce vraiment important ? On apprécie l’idée que ces gens soient heureux d’être ensemble, à l’image de cette fin en forme de parodie où l’amour dépasse une fois de plus les frontières. Faites l’amour, pas la guerre est le leitmotiv de ce film. Quoi de plus beau qu’une telle déclaration d’amour ? Merci Georges Lautner.